PC RP
ca pr
des visites pastorales et autres devoirs attachés à cette redoutable charge.
[1 fat même chargé seul de toute l’administration pendant le second voyage de Mgr. PEvêque de Montréal, en 1846 et 47, à la suite duquel s’opéra lPérection du diocèse d’Ottawa. Il se montra alors plus dévoué que jamais, et fit preuve d’une telle sagesse et prudence que ceux qui le suivaient de plus près en étaient émerveillés.
Ce fut dans cette même année, 1847, qu’il fit à la suite de la visite pastorale, durant laquelle il avait essuyé des fatigues au delà de ses forces, une maladie grave qui faillit être funeste.
C’était durant le typhus qui fit tant de ravages aux portes de Montréal, et enleva huit prêtres et treize religieuses, qni moururent dans l'exercice de la charité la plus pure. |
A l'exemple de son illustre patron, Mgr. Jean Charles Prince, marcha droit au fléau, quoiqu’il fût épuisé par les fatigues récentes d’une longue et laborieuse visite pastorale. Ob£issant à lPimpulsion d’un cœur qui ne battait jamais plus fort qu’à l’aspect des infortunes, l’infatigable Prélat semblait se multiplier. Son titre d’'Evêque, ne lui servait qu’à réclamer une plus grande part de fatigues et de dangers. À toutes les heures du jour et de la nuit, il apparaissait comme un ange consolateur, au chevet des malades ; à ceux qu’il avait espoir de sauver, il
ages
ss et
prodiguait des soins et des encouragements ; à ceux dont la vie semblait prête à s’éteindre, il montrait le ciel, en leur donnant les dernières consolations des mourants. Le redoutable fléau faisait de nombreuses victimes. Souvent il choisissait un des courageux apôtres, ou une des héroïnes de la charité qui lui faisaient cortége. Il semblait ne l’épargner si longteinps que pour mieux latteindre. Il l’attei-
gnit enfin avec violence et le conduisit aux portes du tombeau. Mais Dieu qui ne permettait cette
épreuve que pour mieux faire ressortir la vertu de son
serviteur, qu’il appelait à exercer son zèle sur un autre théâtre, exauça les ardentes supplications qui sollicitaient la conservation d’une existence aussi précieuse à l'Eglise. Un vœu fut fait pour conserver la vie du zélé coadjuteur dont la mort allait achever de répandre la désolation. Ce fut de faire brüler douze cierges tous les samedis, à l'autel de l’Immaculé Cœur de Marie, érigé dans la chapelle de la cathédrale, destiné aux pieux offices de l’Archiconfrérie. Ce vœu fut exaucé, et en reconnaissance il n’a jamais cessé de s’accomplir jusqu’à ce jour. Enfin la divine Providence, qui avait des vues toutes spéciales sur l’évêque de Martyropolis, lui ménagea, en 1851, une occasion glorieuse et avantageuse pour l’Eglise, de visiter la ville sainte et de s’inspirer auprès du Chef Suprême de Eglise ; car il fut député par le premier concile, tenu cette an-
née là à Québec, pour solliciter Papprobation des actes de ce concile, ce dont il s’acquitta avec sa prudence ordinaire.
Ce fut pendant qu’il était encore à Rome, que
le Pape Pie [X, heureusement régnant, à la demande
des Pères de ce concile, le transféra, le 8 Juin 1852, au nouveau Siége de St. Hyacinthe, qui apparaissait comme un septième chandelier placé dans la province ecclésiastique.
De retour en Canada, Mgr. Prince s’occupa activement de lorganisation de son diocèse dont il prit possession le 3 Novembre, 1852. En arrivantdans son diocèse, le nouvel évêque avait tout à créer, à Pexception de son Séminaire qu’il trouva au nombre des plus belles Institutions littéraires du pays. Voulant doter sa ville épiscopale des établissements qui lui manquaient, le zélé Prélat se mit courageusement à l’œuvre. Il fit venir de St. Andéol, France, les religieuses de la Présentation, qui arrivèrent à St. Hyacinthe, en Novembre 1853. Elles se mirent de suite à l’œuvre et bientôt leur petite communauté grandit et obtint les plus beaux succès. Cette communauté compte aujourd’hui plus de cent sujets et possède neuf établissements dans le diocèse, et trois dans ceux des Trois-Rivières et Sherbrooke.
Inspiré sans doute par le glorieux Patron de sa ville épiscopale, St. Hyacinthe, qui était un fils de St. Dominique, Mgr. Prince, en même temps qu’il
des
faisait venir les religieuses de la Présentation travaillait à dote” la ville d’une maison de l’Ordre illustre de St. Dominique, si distingué dans l'Eglise par le grand nombre de saints qu’il a produits. Il avait obtenu la promesse positive du Général des Dominicains que ses efforts seraient couronnés de succès ; mais le pieux évêque n’eût pas le bonheur de voir la réalisation de ce projet dont il attendait un si grand bien pour son diocèse. La mort le surprit au moment où il devait s’eflectuer, et en conséquence de cet événement à jamais regrettable, il fut différé et son exécution ne put avoirlieu que sous le troisième évêque de St. Hyacinthe.
Ce généreux Pontife avait décidé de jeter au plus tôt les bases d’une autre institution depuis longtemps objet de ses pensées, et entièrement dans Pesprit de PEglise. Celle-ci, aujourd’hui plus que jamais, appelle les chrétiens au pied de la Croix pour faire descendre par la méditation et la prière le sang du Sauveur sur la société qui a si grandement besoin d’être régénérée dans cette source de toutes les grâces. Pour animer de cette dévotion les fidèles de ce diocèse, il avait établi la confrérie du précieux
Sang.
Cette association compte déjà plus de cinq mille membres au milieu desquels se distingue cinq Evéques de cette Province. Ceux d’entre nous qui en font partie savent apprécier les avantages spirituels
pr De Ge ANCHIEE PRISE
PR Mayen
de cette pieuse société et leur reconnaissance pour celui qui leur a procuré cette faveur doit monter en accents de prières bien ferventes vers le ciel, pour lui en obtenir l'entrée si déjà les portes de la Sainte Cité ne lui avaient pas été ouvertes.
Mais Mgr. Prince voulait faire rendre un honneur bien plus glorieux au précieux Sang et à Marie Immaculée qui n’a été sans tache que parce qu’elle devait être la source de ce Sang uni à la Sainteté Divine. Il avait projeté l'Etablissement d’une communauté de religieuses contemplatives vouées à l’honneur du Sang divin et de la Vierge Marie, et devant par leurs prières et leur vie pénitente, faire amende honorable pour les péchés des hommes, solliciter la conversion des pécheurs et demander qu’une pureté plus grande régnât dans la société.
Il avait formulé sa volonté à cet égard, par un acte du 13 Avril 1860, enrégistré dans les Archives du Diocèse et commençant par ces mots :
‘ Croyant reconnaître depuis longtemps que la “ Providence veut dans mon Diocèse une Commu- ‘ nauté de religieuses, ayant pour but de rendre un ‘“ culte spécial au Précieux Sang de Jésus et à la ‘ pureté Immaculée de Marie, et voulant corres- ‘ pondre aux desseins de la Misérico;de Divine et faire couler une source de grâces abondantes sur “ mon Diocèse et sur tout le pays, je me propose ‘ d'établir cette Institution aussi prochainement que
‘ possible, si les circonstances me le permettent.”
De dures épreuves l’attendaient au début de son Episcopat pour consolider le nouvel Etablissement qui, comme tous ceux qui se font pour Dieu, devait reposer sur les fondements inébranlables du Calvaire, Une des plus sensibles fut le terrible incendie qui ruina en peu d’heures, le 17 Mai 1854, l’ancien collége, qu’il avait acheté, à des termes avantageux, des Messieurs du Séminaire, dont la générosité mérite tout éloge, et changé temporairement en Cathédrale et en Palais. Oh! comme il aimait cette maison si heureusement transformée en maison du Seigneur, après avoir été dix ans l’objet de sa sollicitude ! Il se soumit toutefois avec un grand courage, et se mit à l’œuvre pour refaire les édifices brûlés. Une souscription s’ouvrit et en moins de trois mois on construisait une chapelle assez grande pour la population.
Mais le zèle de linfatigable Prélat, ne se borna pas à sa ville épiscopale ; il s’étendait à toutes les parties de son diocèse. Dans les cantons ou townships de PEst, il voyait un grand nombre de ses diocésains en danger d’être absorbés, au milieu des populations d’une autre origine et d’une autre croyance religieuse, qui les envahissaient, en acquérant sur eux une prépondérance marquée. Il sentit que
la religion seule pouvait soustraire cette partie de
son troupeau à une infériorité dans laquelle on cher-
ti & Hi
cherait longtemps peut-être à les maintenir. C’es pourquoi, en 1853, il commença dans cette région la série de ses longues et laborieuses visites pastorales qu’il faisait tous les ans avec tant de bonheur et qui produisaient un effet si salutaire sur ceux qui en étaient l’objet.
C’est qu’à exemple du divin Pasteur, le cœur de ce saint Pontife, débordait de dévouement et de charité, d’indulgence et de pardon. Rien ne pouvait arrêter les ardeurs de son zèle ; ni la distance des lieux, ni les périls des sentiers impraticables, ni les pluies, ni les ardeurs du soleil, ni les privations, ni les fatigues ; il voulait porter à toutes ses ouailles la parole de leur pasteur, la bénédiction de leur évêque, les espérances et les consolations du ciel. En vain, lui disait-on, comme les disciples d’Emmaüs à Notre-Seigneur : “ Restez quelques Jours avec nous ; le temps est mauvais, et vous avez besoin de repos : Non, non, répondait ce digne successeur des apôtres, il faut que j'aille évangéliser les diverses paroisses de mon diocèse ; que je cherche les brebis perdues d'Israël, et celles qui ne sont pas de ce bercail, il faut aussi que je les ramène, afin qu’il n’y ait qu’un seul troupeau et un seul pasteur. ” On le conçoit, les plus merveilleux succès récompensaient ce zèle et couronnaient ce grand amour des âmes.
Une ville naissante, surgissait dans les cantons
de l’Est. Parmi sa population toute protestante, se trouvaient quelques familles catholiques, pauvres et sans influence. Un prêtre les desservait, et une humble chapelle servait à les réunir. Mgr. Prince entrevit dès-lors, les belles destinées de cette place remarquable et n’épargna rien pour la préparer à l’importante mission qu’elle devait exercer plus tard sur cette partie du pays. Il dépensa des sommes considérables pour l’achat du terrain et la construction d’une église qui pût rivaliser en grandeur et en élégance avec les temples protestants. Le ciel bénit ses généreux efforts. Car aujourd’hui, la ville de Sherbrooke possède un Siége épiscopal avec Mgr. Racine pour évêque ; les catholiques sont supérieurs en nombre aux protestants et leurs établissements sont les plus beaux de la ville.
Une autre œuvre de Mgr. Prince, fut létablis-
sement du petit séminaire de Ste. Marie du Monnoir. A la tête de cette paroisse, se trouvait un
homme de Dieu, toujours prêt à s’imposer les plus grands sacrifices, quand il s’agissait de la gloire de Dieu et de la belle cause de l’éducation. Avec l’ap-
probation et encouragement de son évêque, M. le Grand Vicaire Crevier entreprit l’érection de cet
établissement qui, par les services rendus à la religion et à l’éducation, remplit parfaitement les vues de son fondateur.
En pasteur vigilant, Mgr. Prince, ne cessa de
veiller sur son troupeau ponr le préserver du poison de lerreur. Ayant promis de garder le dépôt sacré de la foi, il accomplit ce devoir dans la publication de mandements nombreux et varits. Tous ces documents respirent le zèle le plus pur et le plus ardent pour la sanctification de ses ouailles, le maintien de la discipline ceclésiastique, l'exécution fidèle des rites et des cérémonies de la la liturgic romaine, le succès des œuvres de foi et de bienfaisance, la suppression des abus et des désordres. Sa sollicitude pastorale s’étendait à tous ses diocésains de quelque condition qu’ils fussent. Les plus malheureux étaient ceux qu’il recherchait davantage pour les consoler, les fortifier et les instruire. Que de fois en distribuant ses aumônes, ne le vit-on pas catéchiser les pauvres, leur enseigner les prières chrétiennes, et prier lui-même avec eux. Mais si sa charité active, le faisait voler au secours de toutes les indigences, il ne négligeait pas non plus le ministère sacré de la parole. Orateur de circonstances, improvisateur heureux et prédicateur infatigable, il fut fidèle à cet ordre du Seigneur: “ Parle et ne te tais point. ” Tous les sanctuaires de son diocèse ont retenti de sa parole puissante et onctueuse. Quand il parlait du haut de la chaire de Vérité, son cœur se montrait à découvert et ses paroles, tout en portant une juste frayeur dans le cœur de ses auditeurs, les touchaient, les attiraient et les consolaient.
on
cré
Les fidèles de sa ville épiscopale se rappellent tonjours avec bonheur, les instructions familières et pratiques qu’il leur adressait tous les dimanches, aux exercices de l’Archiconfrèrie du Très-Saint Cœur de Marie. Sa dévotion à lauguste Mère de Dieu est connue de tous: On se rappelle avec quelle tendresse filiale il s’adressait en toutes occasions, à cette bonne et tendre Mère de toute l’Eglise et de son diocèse en particulier. Ce fut sous la protection de PImmaculée Vierge Marie, qu’il put faire tantet de si belles choses, et sourtout allier les vertus qui en ont fait un saint évêque sur la terre, un saint pontife dans le ciel.
Les membres de son clergé étaient Pobjet spécial de sa bienveillance. Il les accueillait avec une affabilité qui les mettait à l’aise, et les portait à lui communiquer leurs peines et leurs déboires, comme leurs joies et leurs succès, toujours sûr de trouver en lui un consolateur affectueux, et un conseiller prudent et sage. Aussi, était-il aimé et vénéré comme un père. C’est surtout dans sa dernière maladie que les sentiments de son clergé se sont manifestés à son égard. Tous ses prêtres vinrent le voir, et lui faire leurs adieux avec les accents du plus respectueux amour et de la tristesse la plus vive. Avec quelle bonté il les reçut, les embrassa,
et les entretint pour la derniere fois. Comme il les
bénit tous avec effusion de cœur, et donna à chacun
d’eux les encouragements et les avis qui leur étaient nécessaires,
Toutes les vertus qu’il avait pratiquées pendant sa vie, parurent s’assembler autour de sa couche funèbre pour lui faire cortège à son dernier passage. Jamais on le vit plus affable, plus humble, plus patient, plus embrasé des ardeurs de la charité, ni plus soumis à la Volonté Divine. Cependant un concert de prières s'élevait sans cesse de tous les cœurs pour faire violence au ciel, et obtenir la guérison de ce père bien-aimé. Mais Dieu qui voulait couronner les vertus de son fidèle serviteur ne consentit pas à prolonger son triste pélérinage. Sentant qu’il allait bientôt quitter la terre, le pieux Evêque se prépara pour le suprême départ. Après avoir donné ses derniers et imperissables conseils, il reçut le St. Viatique et lP'Extrême-Onction avec de grands sentiments de componction et d’amour de Dieu ; puis, étendant ses mains défaillantes sur les assistants agenouillés, et le regard illuminé d’un rayon céleste, il appela sur tous les bénédictions d’en Haut. Quoique le dénouement fatal fut presque certain, on se berçait encore de l’espérance que la mort reculerait devant celui qui sans crainte, l’attendait avec la force d’un Apô-
tre et le calme d’un Saint. Cer espérances furent vaines. La mort frappa bientôt le vertueux Prélat qui rendit sa belle âme à Dieu le 5 Mai 1860.
La nouvelle de son décès, se répandit avec la ra-
pidité de éclair ; de toutes parts on prodiguait des regrets ct des louanges au vénéré défunt. L’empressement de la foule, avide de témoigner sa profonde vénération, ne se ralentit pas pendant les trois jours qu’il y eut chapelle ardente à l’Evêché. Le quatrième Jour, les obsèques furent célébrées avec une grande solennité. Sept Evêques, 150 prêtres, et un concours immense de fidèles, rendaient un solennel hommage au Prélat qui avait si éminemment honoré le sacerdoce, signalé l’Episcopat et servi la sainte Eglise. Les restes mortels du regretté Mgr. Prince reposent dans un caveau sous le sanctuaire, en face du maître-autel.