MONSIEUR LE GRAND VICAIRE A, F. TRUTEAU
Le Révérend Alexis, Frédéric Truteau, fils de Toussaint Truteau, entrepreneur, et de Marie Papineau, naquit à Montréal, le 11 Juin, 1808, d’une de ces familles canadiennes où se conservait, dans la simplicité de la foi catholique, le respect presque scrupuleux pour les traditions de nos pères. Elevé dans ce milieu heureux, Mr. Truteau apprit dès l’âge le plus tendre à aimer le bien, la Patrie et la Religion, en même temps qu’il se forma à la politesse, au savoir vivre et à toutes les qualités qui sont le charme de la vie sociale. Ceux qui l'ont connu pendant sa longue ct laborieuse carrière de prêtre savent qu’il demeura toute sa vie ce que son éducation première l’avait fait.
Dès l’âge de 10 ans, Mr. Truteau fut placé par sa famille, au collége de Montréal où il fit sa première communion le 25 Mai, 1818 et où il fut confirmé dans le mois de Juin, 1819, par Mgr. de Chevrus, alors évêque de Boston.
Le soin qu’il mit à se préparer à ces deux grandes actions, la piété avec laquelle il les accomplit, firent pressentir, qu’un jour, ce jeune enfant si pieux, si simple et si modeste serait un apôtre intrépide et zélé.
Plus sérieux, plus réfléchi que les enfants de son âge, il montrait déjà une intelligence remarquable ;
attentif aux lecons de ses maîtres, obéissant à tous les ordres qu’il recevait, fidèle observateur de la discipline, respectueux envers l’autorité, doux, affable, dans les rapports quotidiens, on distinguait en lui le germe des vertus qui font les grands citoyens et les grands chrétiens.
Il grandissait ainsi dans le collége à l’ombre des autels, orgueil de ses parents, consolation de ses maîtres, joie de ses condisciples, espérance de tous et édifiant tous ceux qui avaient le bonheur de le voir, de le contempler, de l’étudier de près.
Après avoir terminé son cours d’étude au collége de Montréal, Mr. Truteau qui était réputé le plus grand des jeunes talents de son temps, revêtit l’habit ecclésiastique et devint professeur dans la même Institution, poste qu’il vecupa depuis 1825 jusqu’au 18 Septembre, 1830, alors qu’il fut ordonné prêtre par Mgr. Lartigue qui l’avait tonsuré le 18 Septembre 1825, minoré le 22 Septembre, 1825, fait sous-diacre le 22 Novembre, 1829, et fait diacre le premier Juillet, 1830.
Le jeune professeur consacra ses années de Séminaire à se préparer au saint état du sacerdoce. Aussi fut-il un sujet de grande édification. Partout où le devoir appelait, il portait sur sa phisionomie le reflet des pensées sérieuses dont son âme était pénétrée, et à le voir, soit en classe, soit à l'étude, soit à la chapelle, soit à la récréation ou au réfec-
toire, il n’était pas difficile de deviner qu’il vivait dans une union intime avec Notre-Seigneur.
Bien que rien ne fut calculé, mesuré en lui avec art, tout cependant dans son maintien, dans son extérieur et dans ses actes, rappelait l’ordre et la discipline du cœur et de l'esprit. Je ne sais quoi de limpide et de calme brillait sur sa figure qui reflétait une âme dans laquelle on reconnaissait la divine ressemblance avec Notre-Seigncur. Et ce reflet extérieur de la paix, de l’harmonie intérieure, ne devait pas s’effacer. Ni les rudes labeurs de son ministère fécond, ni l’action des années, ni les peines, ni les luttes, ni les persécutions qui prouvèrent son attachement sa soumission et son respect à lautorité divcésaine ne purent le lui ravir. Les cruelles souffrances de sa maladie, essayèrent bien de troubler cette admirable sérénité répandue sur son noble front, mais elles ne firent qu’en accroître Péclat, jouant, pour ainsi dire, le rôle des ombres dans un tableau. La mort, elle-même, ne voulut pas détruire ce cachet d’une âme pacifique.
Le 25 Septembre, 1830, M. Truteau reçut une lettre de Mgr. Lartigue, qui le nommait vicaire à Boucherville sous M. le curé Tabeau. C'était par la maison de ce digne prêtre que Dieu voulait d’abord faire passer le jeune lévite qu’il destinait à une si belle mission dans l'Eglise. M. Tabeau était savant ; mais avant tout il était saint. Sa demeure
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était un sanctuaire toujours ouvert à la piété, au recueillement et à toutes les vertus sacerdotales, C’est là que M. Truteau fit son apprentissage ; c’est là qu’il apprit que le cœur du prêtre est un brasier
‘ardent dont les flammes doivent sans cesse épurer
les caractères et répandre partout la bienfaisante chaleur de Pamour divin.
Le 27 Septembro, 1831, Mgr. Lartigue dont l’œil pénétrait les hommes, appela M. Truteau à l’évêché de Montréal, et lui confia la direction des ecclésiastiques. [Il n’y avait pas à cette époque de grand séminaire et les jeunes ecclésiastiques faisaient leur théologie chez Mgr. Lartigue. La Providence toujours prévoyante parcequ’elle est l’œil de Dieu luimême, voulant préparer pour les luttes de lavenir, qui sont celles que nous traversons depuis plusieurs années, des hommes versés dans la science théologique et les principes ultramontains, obligeait ainsi les élèves du sanctuaire à venir puiser cette science et ces principes à l’unique source où l’on pouvait alors les trouver. Mgr. Lartigue proclamait hautement la souveraineté et indépendance du Pape, son infaillibilité et toutes ses autres prérogatives sacrées. Voilà aussi ce que Dieu voulait de Mr. Tru-
teau, et c’est pourquoi il le conduisit à l’Evèché de Montréal.
Comme il avait une grande rectitude de jugement en peu de temps, il se forma un grand fonds de
saines doctrines qu’il répandit à profusion dans ses leçons aux jeunes séminaristes, et ses leçons avaient d’autant plus de poids, que le professeur était plus digne, plus affable, plus dévoué et plus aimé.
En 1835, M. Truteau devint secrétaire de Mgr. Lartigue, c’est-à-dire qu’il fut initié pour y prendre une part très-active à toutes les difficultés suscitées
contre l’autorité diocésaine. Puis le diocèse de Montréal était nouveau; tout y était à créer ; la ville elle-même manquait en grande partie des œuvres et des Institutions qui font aujourd’hui sa fortune et sa gloire.
Pour faire face à tout cela, il fallait travailler et travailler beaucoup ; la part de l’Evêque était lourde et celle de son secrétaire relativemeni ne l'était pas moins. Cependant, M. Truteau en porta héroïquement tout le poids. Non-seulement, il fut un secrétaire très-laborieux, mais il fut surtout un secrétaire discret, sage, prudent, affable et charitable. Sa correspondance si nombreuse qu’elle fût ne laissa jamais d’être claire, précise et digne.
D’aussi précieuses qualités devaient bientôt attirer sur M. Truteau de nouvelles marques de confiance et d’estime. Pour attacher à sa personne, ce jeune et digne prêtre, et assurer ses services à son Evêché, l’Evêque de Montréal le fit chanoine, le 21 Janvier, 1841. Cette charge peu lucrative au point de vue des intérêts matériels, en rehaussan,
davantage son mérite, lui valut beaucoup dans la confiance et l'estime des autres, et son Evêque en lui conférant le titre de chanoine montrait une lois de plus, que dans l'Eglise, les talents, unis à une vertu éprouvée et à de grands services, sont les seuls titres aux honneurs.
LA M. Truteau eut l’honneur d’être l’un de ceux qui
furent choisis pour composer le premier Chapitre fl de Montréal.
Les hautes vertus et les grandes qualités déployées t | À par M. Truteau, dans ses différentes charges de se-
HI crétaire et de chanoine, le désignaient depuis longï temps à la fonction élevée de Vicaire Général, lors- | que le 27 Décembre, 1847, il y fut nommé par une lettre de Mgr. de Montréal.
C'était un bien lourd fardeau, mais il était de