‹ Mémoires pour servir à l'histoire du chapitre de la cathédrale de S. Jacques de Montréal [microforme]Chapitre 26 sur 49 · PRET ET · texte numérisé non relu

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force à le porter.

D'ailleurs M. le Grand Vicaire possédait une de ces natures heureuses, richement douées, qui n’ont besoin que des circonstances pour se révéler telles qu’elles sont.

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En 1862, Mgr. Bourget qui avait pu apprécier sa

PE

prudence, sa sagesse, sa discrétion et son dévouement, n’hésita pas à lui confier l’administration de son vaste diocèse, pendant l’absence que nécessitait

son voyage à la ville éternelle.

Il lui fit le même honneur, en 1864 et en 1869. Chaque fois, son évêque n’eut qu’à se louer de la

la

confiance qu’il avait reposée dans son Grand Vicaire, et la manière habile et sage dont celui-ci administra le diocèse, malgré les nombreuses difficultés qui existaient alors, prouva qu’il en était digne à tous les titres. Tous se rappellent encore, la science dont il fit preuve, la prudence et la fermeté qu’il déploya lors du malheureux procès Guibord, Tous se rappellent ses réponses habiles et sages en face d’un juge et d'avocats qui semblaient s'être donné la main pour l’embarrasser et le faire compromettre. Ah! ce qui faisait sa force, c'était son union avec Dieu et avec son évêque. Avec son évêque, dont il suivait les instructions avec la plus scrupuleuse fidélité, et avec lequel il s’identifiait pour ainsi dire. Avec Dieu dont il n’oubliait jamais la sainte présence, et qu’il invoquait sans cesse, surtout dans ces moments difficiles où sous prétexte d'obtenir la réparation d’une injure privée, on cherchait avec rage et perfidie à saper les prérogatives de la Ste. Eglise.

C’était bien en eflet à l'Eglise de Jésus-Christ que l’on en voulait; M. le Grand Vicaire Truteau avait bien compris. Aussi, en fils dévoué, il la défendit avec toute la fermeté et l’énergie dont il

était capable.

Aujonrd’hui, que M. Truteau n’est plus, que les années ont donné le temps aux animosités et aux passions de se calmer et permis aux hommes droits

et impartiaux de juger froidement les faits et d’apprécier leurs conséquences, la justice de la cause, au succès de laquelle il a tant travaillé, apparaît à tous évidente et palpable. Et pendant que la mémoire de M. Truteau vit dans tous les cœurs, les auteurs de la malheureuse persécution contre l'Eglise, à propos d’un excommunié, en sont réduits à avoir honte de leur triomphe qui sera toujours une flétrissure attachée à leur front.

En 1867, lors du mémorable centenaire de St. Pierre, il avait fait le voyage de la ville éternelle, député par son évêqüe, avec Mgr. Joseph Desautels, curé de Varennes, et M. le Chanoine Hicks, de lévêché de Montréal. Le but de son voyage était de travailler de concert avec ces collègues, au règlement des difficultés qui existaient alors au sujet du démembrement de la paroisse de Notre-Dame.

L'état actuel des choses, dit assez haut le succès qu’ils ont obtenu.

M. le Grand Vicaire Truteau, fut aussi chargé de la conduite de plusieurs communautés de cette ville, entre autres, de celle de la Providence, dont il eut la direction comme confesseur ou supérieur, pendant vingt et un ans. Les annales de cette communauté ont recueilli avec soin, les fleurs embaumées de charité et d’héroïque dévouemen. qu’il y a se-

mées avec tant de profusion. Son nom demeurera inscrit dans la fondation et le développement de

leur Institut en caractères plus précieux que l’or et plus durables que le granit.

Son amour pour les pauvres et les infortunés lui faisait aimer cet asile d’un amour de prédilection. Que de fois, on le vit dans les salles des infirmes, au milieu des pauvres orphelines, auprès des malades, répandant partout la paix, ne quittant jamais une affligée sans avoir changé ses larmes en un sourire de bonheur et de consolation ; car Dieu lui avait donné à un suprême degré l’intelligence des souffrances morales, fruit naturel d’un cœur éminemment bon, compatissant et plein de la plus tendre charité.

L'œuvre des orphelines fut longtemps l’objet de son zèle. Ce fut pour leur procurer une demeure plus spacieuse qu’il fit reconstruire à ses frais, l’école St. Jacques, incendiée en 1852, pour y transporter l’orphelinat, alors relégué dans une des salles de la Maison-Mère, et c’est pour perpétuer la mémoire de ce généreux désintéressement que cet établissement prit dès lors, le nom d’Orphelinat St. Alexis.

L’Hôpital de Joliette le compte aussi au nombre de ses bienfaiteurs. Pour aider les Sœurs dans la construction de cet édifice, il emprunta, sous sa propre responsabilité, près de $ 4,000.00 afin d’en hâter les travaux et de procurer aux pauvres et aux malades, un nouveau refuge. Et pour toutes ces prodigalités, pour toutes ces heures de travail et

parfois de durs labeurs, il ne voulut jamais agréer aucune rétribution de la part des religieuses ; au contraire, quand ces dernières lui avaient rendu quelnues services, il se faisait lui-même leur débiteur, et cela, avec une délicatesse qui voilait toute Pétendue de sa douce charité.

Au service de son vénérable évêque depuis quarante ans, il lui était dévoué corps et âme. Sa fidélité, son respect, son dévouement étaient d’autant plus grands, qu’il savait que ce digne évêque avait sans cesse les yeux fixés sur le St. Siége Apostolique pour en recevoir les doctrines et les règles de conduite. Aussi, si quelque chose eût pu troubler ja paix inaltérable de cette âme si simple, si candide et pourtant si ferme dans le bien, c’eût été la lutie que soutint l’évêque pendant si longtemps, pour la défense de PEglise et des droits sacrés et inaliénables de son siége épiscopal. Il ne s’indignait pas, mais il gémissait, il priait ardemment pour PEglise et pour l’évêque, de même que pour tous ceux qui contristaient l’un et affligeaient l’autre. C’est croyons-nous, le seul chagrin sérieux qu’il ait éprouvé dans sa vie sacerdotale, dépensée toute entière au service de l’Eglise et de son Evêque.

Le fond de son caractère était la bonté, sans mélange d’aucun fiel.

Toujours gai, toujours souriant, toujours de bonne

humeur, même parmi les contrariétés, jamais on ne

ne ne

le vit échapper une parole rude, ni même un mouvement d’impatience ou de mécontentement.

Il aimait à déverser sur les autres cette joie qui remplissait son cœur. Toujours doux, toujours humble, la paix de son âme brillait sar son front comme une douce auréole, elle illuminait tous les traits de cette belle figure, toujours calme et sereine.

Jamais le moindre nuage n’obscurcissait son front ; Jamais aucun trouble intérieur n’altérait le calme de son expression. Il avait cet œil simple dont parle Notre-Seigneur, qui projetait sur ses traits la clarté de la franchise, la sérénité de la vertu et la candeur naïve de l’innocence.

Sa conversation enjouée était parfois agréablement assaisonnée par le sel d’une aimable plaisantrie. Toujours elle récréait, elle n’aflligeait jamais.

Bon par nature, cette bonté naturelle s'était développée et embellie par sa piété, sa vie de renoncement, sa fidélité à tous ses devoirs et son amour sans bornes pour l'Eglise et son auguste Chef, le souverain Pontife. Ferme et inébranlable dans sa {oi aux doctrines romaines, il avait en horreur tout ce qui, de près ou de loin, pouvait s’éloigner du respect et de la soumission à l’enseignement infaillible de la vérité. Aussi, toute doctrine, tout écrit, toute parole, toute conduite contraire à cet enseignement du Vicaire de Jésus-Christ lui r'pagnait

instinctivement.

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