DE VOLTAIRE
Monsieur,
.TjLtant eu occasion , il y a quelques jours, de parler de ▼os Mémoires pour servir à V Histoire du Jacobinisme , on y opposa , que la peinture de Voltaire, fondamentale dans cet ouvrage , étoit si différente de ce qu'en ont publié d'autres Historiens de sa vie , que le public étranger ne savoit à quoi s'en tenir : on parla sur-tout de la différence de votre récit de sa mort , avec celui qu'on trouve dans une F^ie de Voltaire , traduite en Anglais par M. Monke , et publiée à Londres en 1 787 ; ce qui me fit chercber .cet ouvrage. Le traducteur se disoit alors , « a young naval Officer , -who while at » Paris y wisfied to emplojr lus recefsfrom professional '» dutjr , both to his improvement and advantage. >> La jeunesse seule de M. Monke et son manque d'expérience,, peuvent pallier son entreprise j car , pour faire participer ses compatriotes au genre de progrès qu'il fit alors Ib Tome III. a
Paris, il leni* apporta dans cette traduction tout le poi^ son c|u'on y r^pandoit alors pour produire ce que le monde connoît maiotenaut et ce dont j'espète qu'il ai eu horreur.
Je ne tous dirai rien de cette yie de Voltaire , dojit la source tous est bien connue (a) et qui n'a pu séduire qne des jeunes gens sans eonnoissance de notre siècle ^ et susceptibles encore d'une sorte d'admiration pour le Grand , même dans le tice et le crime ; mais comme c'est un artifice des impies que de représenter leurs champions comme mourans datis le Ht d'honneur et de pais , je dois appuyer ce que tous aTCz dit de la mort de Voltaire dans une de ces circonstances liées à toute» les autres.
Etant à Paris en 1781 , fy tîs plusieurs fois un^ des personnes qae tous aTCZ citées en témoignage d'après la Toix publique , je tcux dire M. Tronchin > il étoile àticienne eonnoissance de Voltaire à GenèTC , d'oik il étoit Tenu h Paris comme premieir Médecin du pénultième duc d'Orléans : il fut appelé dans cette dernière maladie de Voltaire, et j'ai tenu de lui-même tout eeqni se répandit alors à Paris et au loin , de l*état horrible où se trouTa l'amede ce méchant aux approches' de la- morL Comme Médecin même , M. Tronchin tit tous ses efforts pour le calmer ; car ses TÎolentes agita<^ tions empechoient tout effet des remèdes ; mais il ne •ut y parvenir , et il fut forcé de l'abandonner , par horreur que lui imprimoit le caractère de sa frénésie.
Un état si violent , dans un corps qui dépérit , oie peut long-temps durer ; la stupeur , présage de la dissolution des organes , doit naturellement le suivre ^ comme elle suit d'ordinaire les mouTcmens TÎoIens occasionnés par la douleur ; et c'est ce dernier état de Voltaire qu'on a décoré du nom de calmé, M. Tronchin ne Toulut pas qu'on s'y méprît 5 c'est pourquoi il répandit aussitôt y en qualité de témoin , les circonstances vraies que tous aTez rapportées ; et il le fit , comme leçon bien importante k ceux qui comptent sur le lit de mort , pour examiner les dispositions dans lesquelles tt leur conTÎent de mourir. Ce n'est pas seulement l'état du corps 9 c'est celui de l'ame sur-tout qui peut frustrer l'espérance d'être alors en état de faire cet examen ; car
(41) J'ai vu en eflct ceiieTie de Yoluire j rAttteur est M. de YiUeUc: tnUnt valoit tfadair« Coudoreet«
tAfM est ]OBte et saint, aataat qa il est bon ; et quelquefois , pour donner aux hommes des arertissemeoft Bei^sibles , il permet que. les peines décernées contre ceux qui se rendent si coupables ^ commencent aTantla fin de la yie par le tourment du remords.
Cette infidélité daps les circonstances de la m<^ de Voltaire n est pas la seule dont se soit rendu coupable l'auteur de TouTrage ci-dessus ; il en a supprimé encore les circonstances bien connues de son premier mouvez ment de retour à l'église et de ses déclarations à cet effet , que tous avez rapportées d'après des pièces au« thentiques ; actes qui précédèrent les angots^es que ses coopérateurs ont voutu cacher , et dont probablement ils furent eux-mêmes la cause. Ils Tobsédèrent et lé séparèrent ainsi de ce qui seul auroit pu cainter son ame, en le conduisante réparer , du moins pendant le peu de temps qui lui restoit encore dans ce monde, le mal qu'il j avoit {ait. Mais cette supercherie n'a pas trompé cenic qui connoîssoient l'histoire de Voltaire j car, mettant à parties actes d'hjpocrisie qu'il faisoit quelquefois par des craintes pour cette TÎe , on connoît bien ceux que lui ont aassi inspiré des craintes soudaines pour une vie à ▼enir. Je vais tous en citer un exemple , qui me* fut donné ik Gottingue, en Décembre 1776 , par M. Dièze , second bibliothécaire de cette Université ; tous en ferez^ Monsieur , l*usage que vous jugerez à propos*
Durant le séjour de Voltaire en Saxe, et M. Dièze lui servant alors de Secrétaire , il tomba dangereusement malade. Dès qu'il connut son état, il fit demander un Prêtre , lui fit sa confession , et le pressa de lui admi-^ uîstrer le Sacrement , qu'il reçut en effet , après des nctes de pénitence qui durèrent autant que le danger 2 maïs dès qu'il en fut dehors , affectant de rire de ce qu'il nommoit sa petitesse , il dit è M. Dièze : « Vous » avez vu , mon ami , \9l faiblesse de Vhomme ! »
C'est aussi à \à faiblesse humaine qne les sectateurs de cet impie ont attribué ces momens de crainte , ches lui et chez quelques autres de ses complices : La ma-? ladie , ont-ils dit , affoiblit l'esprit comme le corps , et produit souvent la pusillanimité. Sans doute ces actes de retour des impies aux approchée de la mort , sont les symptômes d*une grande faiblesse ; mais oà faut-il la placer ? Est-ce dans leur entendement l Non , car c'est alors qu'il se dégage de tout ce qui l'avoit offusqué dans le cours de la vie : cette faiblesse est toute entière dans leur propre persuasian aç ce qu'ils ont péché.
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( viîj ) Entraînes par la vanitë et .par qnelqae autre passion vicieuse, ces hommes-lâi entreprennent de faire secte: les passions aussi , et l'ignorance chez d'autres hommes, leur procurent des succès : dans l'enÎTrement de leur triomphe , ils se croient capables de dcyenir les législateurs du monde ; ils le tentent , et une foule ayeugle les suit. Parvenus ainsi au faîte du bonheur pour les âmes orgueilleuses , ils se livrent à toute la fougue de leur désirs et de leurs pensëes : le monde alors devant «ux , leur offre de nouvelles jouissances dont la lëgitî«mitë n a pour euT de type que leurs penchans , et ils s'euîvrent de plus en plus de Tencens que leur prodiguent ceux qu'ils ont affranchis comme ewi de toute règle positive. Mais quand une maladie dangereuse corn* mence à faire passer derrière eux tout le cortëge de leurs admirateurs , toute la bande des plaisirs , tout espoir de nouveaux triomphes ^ quand ils se sentent avancer seuls y à nu , vers cet avenir qu'ils ont détermine à leur gré 9 non pour eux-mêmes seulement , mais pour tous ceux que leurs fictions ont entraînés à se conduire d'après leurs règles. — Si dans ce redoutable moment , oà l'orgueil n*a plus rien qui le soutienne , ils viennent à se retracer les raisons sur lesquelles ils ont appuyé leur attaque de la foi publique en une Révélation , destinée à servir aux hommes de règle positive et commune. — 'Ltl faiblesse de ces raisons , qu'ils n'osent plus envelopper du sophisme » les frappe eux - mêmes ; et rien alors , si leur sensibilité ne vient à s'éteindre bientôt , ne sauroit les garantir de Vidée angoissante , d'un compte à rendre par-devant l'Auteur même de cette Révélation,
C'est cette faiblesse réelle des Chefs antichrétiens
3u'il faut travailler aujourd'hui à faire ressortir par-tout ans leur histoire, pour le bien de ceux qui , sans exainen, les croyant persuadés eux-mêmes par de profondes recherches , se livrent sans aucun doute à leurs leçons : il est , dis-je, essentiel de leur montrer que ces hommes là n'ont point eu , et que leurs imitateurs n'ont point de persuasion réelle, et qu'ils ne retiennent eux-mêmes leurs chimères désastreuses que par l'effet narcotique de l'encens de leurs admirateurs. Aussi me proposé-je de publier bientôt , en confirmation de tout ce que vous aver. dit de Voltaire , ce que m'ont faitconnoître h cet égard les relations que )'ai eues autrefois ayec lui. Les temps oii nous sommes font un detolr à
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tons ceux qaî ant va de près la trame oardife par cette Secte contre la Révëlatton , d'en dëvoUer latrocitë et les chrcoti stances boute usea par leur ignorance volontaire ; c*est ce qui me fait partager, Moasîcur , avec tou# les yrais amis de l'iiamajutë , Vadmirtetion et la reconnoissance qui vous sont dues pour vos npbles travaux dans cette charitable carrière.
Je suis , etc. Votre très-humble Scrvîtenr i
ïVindsor , le a5 Octobre 1797* D^ Luc.
Après un pareil témoignage , qu'on vienne encore BOUS parler ae Voltaire mourant en héros.
2.^ Il est dans le second volume de ces Mémoires nn fait d'un autre genre , mais important aussi , qui a excité avec un peu plus de fondement quelques réclamations. C'est celui de M. Sinetty, arrivant h Lille en 1776, comme député de XOrient de Paris. ( Page 5o5, ) Je ne sais comment il s'est fait que j'aie dit ceSinetty, Officier de Cavalerie ; c'est dans l'Infanterie qu'il servoît ou qu'il disoit servir. L'erreur est peu essentielle pour le fait j mais elle compromet deux autres Officiers du même nom servant dans la cavalerie , et dont les sentimens 9 les services et la fidélité ^ leur Souverain se trouvent dans la plus parfaite opposition avec le Sinetly, apôtre si précoce de la Révolution. Cette en*eur a donné occasion à des recherches. Un homme respectable, intéressé à vérifier le fait , a écrit \ M. le Comte de Martange « que j'avois cru en 1776 Officier du Régiment de la Sarre» et qui depuis 1ong^ temps étoit Officier-Général. Dans une première réponse de M. le Comte, qui n'avoit point encore in mes Mémoires, on le voit supposer que )'accase la loge Militaire de Lilled*avoir tramé, commencé même la conspiration Jacobine. On s'attend bien comment une assertion de cette espèce devoit être traitée. Mais aussi n ai*je rien dit de semblable ; j'ai dit au contraire que Messieurs les Officiers de la Sarre n'avaient TH dans l'Emissaire du Grand-Orient qu'un ybu et un extravagant , qui s'aperçut bientôt que les Franc-Maçons, Officiers de la Sarre , n'étoient pas des Maçons de son espèce. — M. le Comte de Martange ajoute dans cette même lettre , qu'il n'a jamais connu d'autre M. de Sinetty qne l'Officier de Cavalerie , dont chacun s'accorde èfaireréloge.Quoi qu'on ne soit pas toujours supposé avoir
èontitt tin liomme qu'on n*a ya qu en passant, et Jepttïft plus de vingt ans , c est Ih ce qui pourroit le plus id9 persuader que M, le Comte n'a pas éié tëmoîn du fdit que je raconte. On me permettra bien de dire qu'il est nne seconde lettre de M. de Mar lange , par laquelle il annonce avoir lu mes Mémoifes ^ et j avoir trouve une 8nite de démonstrations , qui lui fait penser que la personne dont je tenovs le fait, pouvoit simplement m avoir induit en erreur sur quelques circonstances ou quelques noms. — - La preuve au moins que ces circonstances ne changent rien au fait, c'est que M. le Chevalier de Mjon, liomme d'honneur assurément, Officier au même fVégiment , et que j*ai cité comme t<^moin « s'est refusé à toutes les sollicitations qui lui ont étë faites poi^r l'engager à le désavouer. Une autre preuve encore , c'est que plusieurs Officiers ont répondu se souvenir du fait en général , quoique depuis vingt ans ils en eussent oublié les circonstances. Enfin une dernière preuve y c'est que celui-là même qui s'é toit cru intéressé à obtenir des desaveux, a eu la franchise de m' avouer que toutes fies recherches faites , il convenoit que le fait en luimême étoit vrai , en sorte que si je perds le nom d'un témoin , je pourrois presque mettre le sien à la place , sinon comme témoin , du moins comme juge. J'avois en effet pris trop de précautions pojr être trompé sur l'esr sence d'un fait important que je savois d'ailleurs , mais que je ne voulois imprimer que sur le rapport d'un témoin oculaire.
5.^ II est une troisième chose dont je dois avertir mes X*ecteurs* C'est que dans les deux premiers volumes de ces Mémoires , édition de lyi^S , il est des citations que Ton a de la peine à tnouver , à cause de i erreur dans les chiffres 9 ou bien à cause de la variété des éditions, sur* •tout pour les lettres de Voltaire. Le Lecteur est pré- ▼cnu , que toutes ces erreurs de date ont été vérifiées et corrigées avec le plus grand soin. J'ai^dit, je le repète : il n'y a pas une seule de ces citations dont je ne répondej Verreur de chiffres à part