Supposé qu'on exigeât jamais cela de vous
dites , sur votre honneur > si vous êtes disposé k
le faire ?
S^^' lia réponse à ces questions faite , le récîpîen*
W&ioûe daire est averti d'une nouvelle preuve de con-*
Ondidai fiance que TOrdre attend de Un. Cette preuve
par consiste à écrire fidèlement et franchement » sans
^'"^^"^^ dissimulation Vhistoir^ de toute sa i>ie* On lui
. donne pour cela le temps convenable \ et c'est ici
ce lieu ou ce piége fameut dans lequel les frères
une fois enlaces, Weisbauptavoit raison de dire^
Pçur k coup jç les tiens; je le^ défie diJim*
DE lImPIÉTÈ et de l'AnAECHIE« 89*
mUre ; ^iU t^adcnt nous trahir , j'ai aussi leurs secrets. C'est en yaia, en effet y <{ue Tadepte vou* g^ ' droit dissimuler^ Il va voir que les plus petites histoir* circonstances de sa vie , et cellfi&<-là sur<*tout qu'il |^|^^ youdroit tenir les plus secrètes y sont connues des adeptes» Tout ce qu'il a fait lui-même jusqu'alors ^< pour arracher le secret de ses frères , pour con-^ noitre jusqu'aux derniers replis de leur cœur ^ de leurs passions , et tous leurs rapports et tous leurs moyens ^ leurs projets ». leurs intérêts « et toutes leurs actions et opinions , et leurs intrigues et leurs . fautes , d'autres l'ont fait pour lui et mieux ^e ]ui« Ceux^mêmes qui coni^osent la loge où il va être admis , ceux qui vont le reconnoUre pour frère, ce sont ceu^-là qui se sont partagé le soia de le scruien
Tout ce. qui fut d'abord arraché à sa confiance par le frère insinuant » tout ce qu'il a été oblige de dévoiler de sa personne 9 dans les tableaux que son code lui faisoit un devoir de tracer de lui-r même ^ tout ce qui p^idant son grade Minerval DU pendant celui d'Illuminé mineur, a été recueilli de ses secrets par les frères scrutateurs connus et inconnus ; tout cela a été exactement remis aux frères de la nouvelle loge. Avant que de l'admettre parmi eux , ils se sont perfectionnés eux-* mêmes dans cet art scrutateur. Les scélérats entre eux ont-ils donc aussi leur canonisation commQ les Saints ?
Tout ce que Rome fait pour découvrir jusques pmt foibles taches de ceux qu^'elle propose à. la vénération des fidèles , la secte illuminée le fait pour n'admettre à ses mystères que ceux des élè^ Tes dans qui elle ne voit plus la moindre trace de ces vertqs religieuses ou civiles qui le& rendroient suspecta Oui, les scélérats » dans leurs antres ^ veulent se connoltre et savoir si Iquts compUceg 9Qn% aussi méchans qu'eux«
go Conspiration tues Sophistes
le Je ne sais où Weishaupt a pu prendre la partie . '^îm*" ^® ^^^ ^^^ ^"* dirige ici ses Frères scructateurs ; «mCwie mais qu'on imagine une sërîe au moins de quinze '^'^é^ cents questions sur la vie , Tëducation , le corps, ttw$. l'ame, le cœur , la santé, les passions , les inclinations , les connoissances , les relations , les opinions , le logement y les habits , les couleurs fatoritesdu candidat : sur ses parens, ses amis, ses ennemis, sa conduite, ses discours , sa démarche,, ses gestes , son langage , ses préjugés , ses foiblesses ; en un mot des questions sur tout ce qui peut faire connoitre la vie , le caractère , politi*
3ue , moral , religieux , l'intérieur , l'extérieur 'un homme ^ et tout ce qu'il a fait , dit ou pensé , et tout ce qu'il feroit , diroit ou penseroit dans une circonstance quelconque : qu'on imagine encore sur chacun de ces articles , vingt , trente , el quelquefois cent questions diverses , toutes plus profondes les unes que les autres ; tel est le catéchisme auquel l'Illuminé majeur doit savoir rérdre , et sur lequel il doit se diriger pour tracer rie et tout le caractère des frères, ou bien même des profanes qu'il importe à l'Ordre de connoitre. Tel est le code scrutateur sur lequel la vie du candidat doit avoir été tracée , avant qu'il ne soit admis au grade d'Illuminé majeur. Ce code est appelé dans les statuts de l'Ordre , nosce te ipsutriy connois-toi toi-même. Ge même mot sert è ce grade de mot du guet ; mais lorsqu'un Frère le prononce , l'autre répond : noscealiosy connois les autres ; et cette réponse exprime beaucoup mieux l'objet d'un code qu'on pourroit appeler le -parfait espion. Qu'on en juge- par les questions suivantes :
Sur la physionomie de l'initié ; « son visage est-il himt en couleur ou pâIe?Ëst-il blanc, noir, blond, brun? A-»t-il l'œil vif, perçant , mat, lan-
DE lImptètî et de l'Anarchie. gi' guissant , amoureux , superbe , ardent , abattu ? En parlant , regarde-t-il en face et hardiment y ou bien de côté ? Peut-il supporter un regard ferme? A-t-il l'air ruse , ou bien ouvert et libre , ou sombre , pensif ou distrait , lëger , insignifiant , ami* cal y jsërieux ? A-t-il Tœil enfoncé ou bien à fleur de tête , ou le regard en Tair ? Son front est-il fronce , et comment ? horizontalement ou bien de bas en haut ? etc. v^
Sur sa contenance : <f est-elle noble ou com* mnne, libre , aisëe ou gênée ? Comme porte-t-il la tête ? droite ou penchée ? en avant , en arrière , ou de côté ? ferme ou tremblante ? enfoncée dans les épaules ou bien tournant de côté et d'autre? » « Sa démarche est-elle lente , vite , posée , à pas longs ou raccourcis , traînante » paresseuse ^ sautillante ? etc. p
« Son langage est-il régulier, ou désordonné » entrecoupé? en parlant acite-t-il les mains, la tête , le corps avec vivacité ? s'approche-t-il de ceux à qui il parle ? les prend-il par le bras , les
habits , la boutonnière ? est-il grand parleur
ou taciturne ? et pourquoi ? est-ce prudence , ignorance y respect y ou paresse? etc. »
« Son éducation à qui la doit-il ? a-t-il toujours été sous les yeux de ses parens ? comment a<»t-il été élevé y et par qui ? estime-t-il ses maîtres ? à qui sait-il çré ae Tavoir formé ? a-t-il voyagé ? en quel pays r i»
Que Ton juge par ces questions de celles qui roulent sur Tesprit , le cœur , les passions de l'initié. Je ne remarquerai sur ces objets que les suivantes « quand il se trouve entre divers partis, quel est celui qu'il prend ? le plus fort ou le plus n)ible? le plus spirituel ou le plus bête ? en formet-il im troisième ? est-il constant et ferme malgré les obstacles ? comment se laisse-t*il prendre? par
gv Conspiration des Sofristes
les lolianges ^ la flatterie » les bassesses ; par les
tolérance , le gouvernement , moines etc* »
Les scrutateurs ont encore bien d'autres détails & faire entrer dans l'histoire de leur initié. Il faui que chaque trait dont ils le peignentsoit démontré par les faits » et p^ ces faits surtout qui trahis^ sent un homme » au moment où il s y attend le pioins* (Lettre de Weishaupt. ) Il faut qu'ils suî« Tent le frèfe à scruter, jusques dans son sommeil : qu'ils sachent dire s'il est dormeur y s'il rêve et à'il parle en réi^ant ; s'il est facile ou difficile à réveiller 9 et quelle impression fait sur lui un réi^eil subit , forcé , inattendu ?.
S'il est quelqu'une de ces questions y ou quelque
{partie de la vie du récipiendaire sur laquelle la oge ne soit pas assez bien instruite , divers frères $ont députés et chargés de diriger vers cet articla toutes leurs recherches. Quand enfin le résultat sa trouve conforme aux voeux de la secte , le jour de la réception est désigné. En laissant de côté l'es détails ihsignifians du rite maçonnique sur lequel elle est réglée , ne prenons que les circonstances plus propres à rilluminisme.
ti^fln" L'adepte, introduit dans une chambre obscure ^ mâe y renouvelle son serment du plus profond secret fti'lSi' ^^^ *^^^ ^® ^^'^ verra ou apprendra de l'Ordre* )ew. Il dépose ensuite , entre les mains de son intro* ducteur , Thistoire cachetée de sa vie i elle est Inet dans la Loge , et comparée avec le tableau histo<« rique que les Frères ont eux^méme tracé du récî«. piend^ire^ La lecture finie 1^ Tintroducteur revient et lui dit 2 « Yuus nous avez donaé une preuve précieu&^
M lImPIÉTÉ et de L*ANAftCHîE. 9$
âe votre confiance j mais en véritë ^ nous n'en sommes pas indignes ; et nous espérons que voug j ajouterez , à mesure que vous apprendrez à lious connottre» Faire des hommes qui ne cherchent qu'à se rendre meilleurs ^ eux et les autres., et à sauver le monde entier de ses malheurs , il ne doit plus 7 avoir de dissimulation. Loin d'ici toute réserve. Nous étudions le cœur humain ; -^ aussi ne rougissbns-nous pas de nous révéler mutuelle* ment nos fautes : -^ voici donc le tableau que l'aa* semli^iée des frères a tracé de votre personne* Vous devez au moins y reconnoitre quelques traits ressemblans* Lisez , et répondez ensmte si vous cou'^ tintiez à vouloir être aune société qui » tel que TOUS étes-là ) vous tend encore les bras. »
Si rindignatton de rétrange espionnage dont ce tableau historique est la preuve , pouvoit dans le cœur de l'élève l'emporter sur la crainte d'aln jurer une société qui a désormais contre lui de pareilles armes, ils n'hésiteroit pas à demander sa retraite ; mais il sent tout ce qu'une semblable démarche pourroit désormais lui coûter. Il s'est d'ailleurs lui-même trop bien accoutumé aux fono» .tions scrutatrices, pour s'offenser de leurréstdtat & son égard.' Ôti le laisse quelque temps le mé« diter. Le âêiit^êtte élevé au grade l'emporte sût toute autre considération ; il est introduit dans la loge des Frères ; et là , une partie du voile qui couvre les secrets de la secte , se lève pour lui ; ou plutôt , là ce sont encore les siens qu'on lui arrache , pour savoir à quel point ses vœux se rapprodient de ceux de la Secte.
Après un préambule convenable , « j'ai^ lui dit » l'initiant , quelques autres questions à vous faire^ 9> relatives à des objets sur lesquels il faut absQ« 7» himent que l'opinion des Frères élus nous soit 9 connue : » Que le lecteur observe ces questiomf;
94 Conspiration des Sophistes et quand nous en viendrons aux mystères de l'Or^ ^e^ il en concevra mieux cette mai'che successive et CTaduelle qui les met peu à peu dans le cœur de l'adepte, comme s'il les avoit conçus et ima^ 'ginés tous lui-même.
i.^ « Trouve2>vous dans ce monde. la vertu récompensée et le vice puni ? ne voye^vous pas, au contraire , le méchant plus heureux exténeu* rement y plus considéré , plus puissant que Thonnéte homme ? en un mot , étes-vous content de ce monde , tel qu'il est à présent ? »
2.^ « Pour cnanger Tordre présent des choses , ne voudriez*vous pas , si vous le pouviez , rassembler les bons et les unir étroitement , afin de les rendre plus puissans que les méchans ? »