Tout provincial a près de lui ses Consulteurs
7.*^ « Sous lui est encore un certain nombfe de Préfets , qui peuvent aussi avoir leurs Coadjuteurs dans leurs districts. Tous ceux-là , aussi Lien que le Doyen de la Province , appartiennent à la classe des Régens. »
8.^ « Tous ces emplois sont à vie , hors les cas de renvoi ou de déposition. »
9.^ » Le Provincial est élu par les Régens de sa province , par les Supérieurs nationaux , avec l'approbation du National. Je ne vois pas comment le Code met ici plusieurs Supérieurs nationaux distingués du Chef national , si ce n'est qu'il appelle à présent Supérieurs , ceux
3ue d'abord il nommoit simplement Assistans e ce Chef ( Gehiilfen. ) »
1 0.® <c Tous les succès de riUuminisme dépendans des Régens , il est juste qu'on les mette au-dessus des besoins domestiques. Ils seront donc toujours les premiers pourvus et entre*
DE l'Impiété et be l'Anarchie. aSi
tenus sur la caisse, 01 par les soins de notue Ordre. »
1 1 ^. « Les Régens , dans chaque province , font un corps spécial y immédiatement soumis au Provincial , à qui ils doivent obéissance. ...»
12.^ tf Les emplois de rilluminisme n'étant point des dignités y des places d'honneur j mais ' ce sitiiplescÀar^e5 librement acceptées , les RcSgens doivent être prêts à travailler pour le bien de tout l'Ordre , chacun suivant leur situation et leurs talens. L'âge ici n'est point un titre. Souvent tncme il conviendra que le plus jeune soit Provincial y et le plus ancien simple Supérieur local ou Consulteur , si Tun demeure au centre ^ et l'autre à l'extrémité de la Province ; ou bien , si l'un , par son activité naturelle ou par situation dans le monde , peut mieux remplir l'office de Supérieur , quoique l'autre ait beaucoup plus d'éloquence. Souvent encore un Régent ne doit pas avoir honte de s'offrir pour un petit emploi à remplir auprès diime Eglise (Ijo^e) Minen^ale j o\x il peut être utile par l'exemple. »
1 3.® « Pour que le Provincial ne soit point surchargé d'une trop grande correspondance , tons les quihus licet y toutes les lettres des Régens passeront par les mains du Préfet , à moins que le Provincial n'en ordonne autrement. »
i4«** « Mais ce Préfet n'ouvrira point leà lettres des Régens , il les enverra au Provincial , qui les fera passer à leur destination ultérieure. »
1 5.° « Le Provincial assemble ses Régens , et les convoque y ou tons , ou simplement ceux qu'il juge à propos , suivant les besoins de sa Province. Celui qui ne peut point se rendre à l'invitation y doit en avertir au moins quatre semaines d'avance* D'ailleurs il doit toujouj-s rendre compte de ce «[u'il a fait pour l'Ordre jusqu'à ce moment y et
zS2. CoNSPmATiaN des SopmsTEs
se montrer prêt à remplir les intentions du Provincial et des Supérieurs majeurs» Cette assemblée des Rëgens doit se tenir au moins une fois par an.
1 6.^ « L'instruction suivante dira aux Régens ce qui m^ërite plus spécialement leur attention. »
17.** tt II a déjà été parlé du soin que nous devons avoir , de procurer peu à peu des f jnds à rOrdre. Il suffira de remarquer ici quelques articles. »
« Chaque province a le maniement de ses deniers , et n'envoie au Supérieur que de petites contributions pour frais de lettres. — Chaque assemblée , chaqne Loge est aussi propriétaire de ses fonds ( eigenthumlich ) — Lorsque pour quelque grande entreprise rassemblée des Regens met à contribution la caisse de plusieurs Loges ou Préfectures , cette contribution doit être regardée comme un emprunt. Les Loges en seront dédommagées, non-seulement par le payement des intérêts y mais encore par la restitution des capitaux. » ( Le législateur Illuminé oublieroit-il ici que Impropriété fût la première atteinte portée à Yégalité et à la liberté ? Non sans doute; mais il faut plus d'une grande entreprise , avant que d'arriver à la dernière , à l'anéantissement des propriétés ; et l'Ordre , en attendant , est bien aise de jouir des siennes , de faire croire au moins aux Loges inférieures qu'on ne pense pas à les priver des leurs. )
a Le Provincial n'a point de caisse , mais il a un état de toutes celles de sa province. «>
« Les objets généraux de recette sont , iP fes contributions payées pour la réception des francmaçons , freymaurer-receptionsgelder ; 2.^ le superflu des contributions de chaque mois ; 3.^ les dons gratuits ; 4*^ les. amendes ; 5,^ les legs M
DB L'IîflHÉTi ET DE l'ANARCHIE. 255 donations ; 6-° notre commerce et nos manufactures ; handel und gewerbe* ( Ce dernier mot 0€werbe signifie également négoce^ trafic^ métier.)
Les dépenses sont , i .° les frais d'assemblée , de lettres , de décoration et de quelcrues voyages; 2.® les pensions aux Frères pauvres dépourvus de tout autre moyen ; 3.*^ les sommes à payer pour arriver au grand but de l'Ordre ; 4.^. pour Teit* couragement des talens ; 5.^ pour les essais , les épreuves ; 6.** pour les veuves et les enfans ; 7.^ pour les fondations* »
Ainsi se termine cette première partie des leçons données au Régent Illuminé. Après la lecture qui lui en est faite le jour de son inau-* guratîon ^ il faut qu'il entende encore les suivantes.
Instruction B pour tout grade de Régent.
Nous avons vu , article 16 , les Régens de TU- Denxîiiiw luminisme exhortés à faire une attenlion spéciale P?'^!*" ^•" a cette seconde partie de leurs mstructions ; que tîons ôa le lecteur prenne aussi pour lui cet avis. 11 verra ^^«*^ qu'il lui reste encore bien des choses à mériter sur les moyens , les ressoiurces et les artifices de ' la Secte.
I .^ c< Le but de l'Ordre étant de rendre l'homme plus heureux , la vertu plus aimable , et le vice moins puissant, la conséquence très-naturelle en est que nos Frères docteurs et goui^erneurs du genre humain, doivent s'annoncer publiquement comme | les meilleurs des hommes. Un Régent Illuminé | sera donc un des hommes les plus parfaits. Il sera prudent , prévoyant , adroit , irréprochable , et d'une société assez agréable pour le faire rechercher. Il doit avoir la réputation d'un homme éclairé, bienveillant , intègre , désintéressé , plein
254 Conspiration des Sophistes d'ardeur pour les entreprises grandes ^ extraordinaires en faveur du bien général. i>
( Je n'ai pas besoin de rappeler ici ce que c'est pour rilluminisme que la vertu ; le vice y le bien public* Le lecteur qui ne l'oublie pas sera moins étonné de voir toutes les leçons suivantes adressées à ct€ docteurs , à ces goui^ernews si çertueux du genre hiunain. )
2.° « Les Régens Illuminés doivent étudier Tart de dominer, de gouverner , sans paroître en avoir ridée. ( Die Regenten sollen die kunst studiren zu herrschen , ohne das ansehen davon zu haben. ) Sons le voile de rhumililé*, mais d'une humilité vraie et franche , fondée sur le sentiment de leur propre foiblesse , et sur la conviction que toute leur force uient de notre union , il faut qu'ils exercent un empire absolu et sans bornes 9 sollen sieunumgeschrœnktregierenj et qu'ils tendent à diriger les choses vers chaque objet de notre Ordre. »>
« Qu'ils invitent un sérieux pédantesque , repoussant et risible aux yeux de l'homme sage. Qu'ils donnent eux-mctnes l'exemple d'une respectueuse soumission à l'égard des préposés. S'ils ont les avantages de la naissance , ils n'en seront que plus soumis à un Supérieur né dans l'obscurité. — Que leur conduite varie suivant les sujets. Qu'ils soient le confident de l'un , le père de l'autre, l'écolier d'un troisième ; très - rarement Supérieurs sévères et inexorables ; et alors encore qu'ils fassent voir combien cette sévérité leur déplaît. Ils diront , par exemple, qu'ils aimeroient bien mieux que l'Ordre eût donné à quelqu'autre cette commission désagréable. Ils diront qu'ils s'ennuyent de jouer le rôle de maître d'école auprès d'un homme qui depuis long-temps devroit savoir se conduire lui-môme. »
DE L'bïPIÉTÉ ET DE l'AnABjCHIE. ^55
3.*^ « L'objet de notre sainte religion , répandue dans tout Vunii^ers , ëtant le triomphe de la vertu et de la sagesse , chaque Régent doit chercher à établir une certaine égalité parnù les autres hommes* Qu'il prenne le parti de celui qui est trop abaissé ; qu'il abaisse celui qui s'élève. Il ne doit point soufl'rir que l'imbécille joue trop le maître sur l'homme d'esprit , le méchant sur le bon , l'ignorant sur le savant , le foible sur le fort, quand même le tort seroit du côté du plus fort. Er soll nicht leiden dass der dummere ûher den klûgem — der schi^achere iiber den stŒt^ken , auch wenn dieser unrecht haben sotte , zu sehr den meister spiele. »
^•^ ^ Les moyens de conduire les hommes sont sans nombre. Qui pourroit les décrire tous ? . . • Le besoin des temps doit les faire varier. Dans un temps , on met à profit le penchant des hommes au merveilleux ; dans un autre , on se sert de l'attrait des sociétés secrètes. De-là i^ient çuUl est bon parfois défaire soupçonner à i>os infé^ rieurs y sans leur dire pourtant ce quil en est , que toutes ces autres Sociétés , et celle des Franc^ Maçons , sont secrètement dirigées par nous ; mu bien ce qui est réellement in^ai dans quelques endroits , que les grands Monarques sont gou-cernés par notre Ordre* Quand il se passe quelque chose de grand , de remarquable , il faut aussi jeter en aidant le soupçon que cela nous est dû, — SHl se trouçe un homme d^une grande réputation pour son mérite , faites encore croire qu!il est des nôtres. »
Tous ces artifices coulent sous la plume du Législateur. J'espère qu'on n'exigera pas de la traduction que je fais de ces lois un ordre qu'il dédaigne ici d'y mettre lui-même. On voit qu'il sume mieux accumuler les ruses que lier les pria-*
2 56 Conspiration des Sophistes cipes , dont il peut d'ailleurs supposer ses adeptes assez convaincus ; el d'ailleurs encore n'esi-cci pas ici qu'on peut dire :
Le désordre soutient est un effet de Vart ? Continuons donc simplement comme Weishaupt : « Sans aucun autre objet que celui de donner des ordres mystérieux , on fait , par exemple , trouver dans une auberge , sous l'assiette d'un adepte , une lettre qu'on auroit pu bien plus com* modément lui faire remettre chez lui. — Dans le temps des foires on arrive dans les grandes villes de commerce , tantôt en marchand , tantôt en officier^ tantôt en abbé* Par-tout on se donne la réputation d'un homme extraordinaire , employé â des affaires d'importance, — mais tout cela avec finesse, sans avoir ni l'air emprunté , ni celui d'ua aventurier ; bien entendu qu'on n'ira pas jouer ces rôles dans des villes où l'on seroit exposé aux curieux ou bien à la police. — D'autres fois on écrit des ordres avec une encre chymique , qui dans quelque temps s'efface d'ellemême. »
5.*^ c< Un Régent doit , autant qu'il est possible^ cacher ses foibl esses , même ses maladies, ses désagrémens , à ses inférieurs; au moins ne jamais laisser entendre ses plaintes. »
6.° Ici revient l'article que j'ai cité plus haut sur la manière de rechercher l'appui des fenumes , sur l'art que tout Régent doit étudier pour savoir les flatter , les gagner , et les faire servir au grand objet de Fllluminisme.
t 7.° « 11 faut aussi , ajoute immédiatement le ,' Code , il faut aussi par-tout gagner à notre Ordre : le commun du peuple. Le grand moyen pour cela î est r influence sur les écoles. Ou y réussit encore, tantôt par des libéralités, tantôt par l'éclat, d'autres fois, en s'abaissant, se popularisant, en souffrant
DE l'Impiété kt de l'Anarchie. ^57 frant ai^ec un air de patience , des préjugés , çuâ l'on pourra dans la suite déraciner peu àpeu.^ n
8.° « Lorsqu'on s'est emparé quelque part de l'autorité et du gouvernement , on fait semblant de n'avoir pas le moindre crédit , pour ne pas donner Téveil à ceux qui travailleroient contre nous. Au contraire, là où vous ne pourrez venir à bout de rien, vous prendrez l'air d'un homme qui peut tout. Cela nous fait craindre et rechercher , et fortifie notre parti. >>
9.® « Tous les mauvais succès ou les désavantages de l'Ordre resteront à jamais ensevelis dans un profond secret pour les inférieurs. »
io.° tt C'est aux Régens à pourvoir aux besoins des Frères , et à leur procurer les meilleurs e/nploisj après en avoir aonné avis au Provincial. »
i\P « Les Régens feront une étude spéciale de la réserve , de la discrétion dans leurs discours ^ — sans cependant avoir rien qui annonce l'embarras. — Il est même des occasions où l'on affecte une certaine capacité. On prend ensuite l'air d'un homme à qui l'amitié a fait dire un mot de trop. Cela peut servir à éprouver les inférieurs sur l'habitude du secret. D'autrefois on répand parmi nos gens certaines choses que nous avons intérêt à leur faire croire. Dans les circonstances douteuses il est toujours prescrit de consulter les Supérieurs par la voie des quitus licet. »
1 2.° « Quelque emploi qu'un Régent' ait dans rOrdre , qu'il reponde très*rarement de bouche , mais presque toujours par écrit, aux questions des inférieurs , afin de méditer ou bien de consulter siu* ce qu'il doit répondre. »
1 3.* Les Régens s'occuperont sans cesse de ce qui concerne les grands intérêts de l'Ordre , des opérations de commerce , ou bien d'autres choses semblables , qui peuvent ajouter à notre puis^ . Tome IIL R
a58 Conspiration des Sophistes
sance. Ils enverront aux Provinciaux ces sortes de projets. Si l'objet et pressant, ils lui en donneront avis autrement que par des quitus licet , qu'il ne seront pas permis d'ouvrir. »
1 4.^ « Ils en feront de même pour tout ce qui éoit être d'une influence générale, afin de trouver les moyens de mettre en action toutes nos forces réunies. »
1 5.° « Lorsqu'un écrivain annonce des principes |! qui sont vrais, mois qui n'entrent pas encore dans P notre plan d éducation pour le monde y ou bien des principes dont la publication est prématurée, [ il faut chercher à gagner cet auteur* Si nous ne i pouvons pas le gagner et en faire un adepte y il
faut le décrier. »
^' 1 6.^ « Si un Régent croyoit çenir à bout de faire supprimer les maisons religieuses et appli-
?uer leurs biens à notre objet , par exemple & entretien de maîtres d'école convenables pour les campagnes; ces sortes de projets seroient spécialement bien venus des Supérieurs. »
17.^ « Les Régens donneront la même attention à chercher un plan solide pour des caisses à fondée en faveur des veuves de nos Frères. »
1 8.^ « Un de nos soins les plus importons , doit être aussi de ne pas laisser aller trop loin la serçile vénération du peuple pour les Princes.. Toutes ces basses flatteries ne servent qu'à gâter davantage des hommes, pour la plupart déjà trèsmédiocres et d'un esprit très-foible. Vous donnerez vous-mêmes l'exemplet de la conduite à tenir à leur égard. Evitez avec eux la familiarité ; ne TOUS confiez jamais à eux ; traitez-les poliment ^ m>ais sans gêne y afin çu^ils vous honorent et vous craignent* Ecrivez et parlez sur leur compte,, comme sur tes autres hommes , afin de leur apprendre qu'ils sont hpmmç^ comma nous y et qu«
M lImpiété et de l'Anarchie. aS9 toute leur autorité n'est qu'une affaire de pur« convention. Eine unserer çornehmsten sorgen muss auch seyn , unter das wlke sclai^ische Fursten i^erehrung nicht za hoch $teigen zu lasseriy etc. »
1 9*^ tf Quand parmi nos adeptes il se trouva un homme de mérite , mais peu connu ou méma entièrement ignoré du public , n'épargnons rien pour rélever , pour lui donner de la célébrité» Que nos Frères inconnus soient avertis d'enfleir par-tout en sa faveur les trompettes de la renonmiée , pour forcer au silence l'euvie et U cabale. »
20.^ « L'essai de nos principes et de nos écoles ^ se fait souvent avec plus de succès dans les petits Etats. Les habitans des capitales et des villes commerçantes , sont la plupart trop corrompus , trop distraits par leurs passions , et se croient d'ailleurs trop avancés pour se soumettre à nos leçons. »
21 .^ a II est aussi très utile d'envoyer de temps à autre des Visiteurs y dli bien de donner à un Aégent qui voyage la commission de visiter Ie$ assemblées y de se faire montrer les protocoles ; de se rendre chez les Frères pour examiner leurs papiers ^ leurs journaux ; pour recevoir leurs plaintes. — Ces plénipotentiaires se présentant au nom des très -hauts Supérieurs , pourront corriger bien des fautes , supprimer hardimeilt des abus que les Préfets n'ont pas le courage do réformer, quoiqu'ils soient disposés à le faire par U moyen de ces Y isiteurs. »