‹ Mémoires pour servir à l'histoire du jacobinismeChapitre 29 sur 61 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

Suite des Instructions sur le gouvernement de fllluminisme ; Lois des Supérieurs locaux.

Quelque autorité que semblent exercer dans leurs académies Minervales les Frères lllumi^ riés maieurs , il n'est point de vraie supériorité ^our leur classe préparatoire. Il n'en est point même pour le Chevalier Ecossais de rilluminisme , dans sa classe intermédiaire. L'Ordre ne 'réconnoît de vrais Supérieurs que dans celle des mystères. Dans cette classe même il faut être arrivé au grade de Régent , pour devenir Préfet des Frères Chevaliers Ecossais ou pour être Doyeti dans son District. Ce sont là vraiment les deux premières charges regardées dans l'Ordre , comme donnabt une autorité réelle à exercer sur les Frères.

Quoiqu'il soit dit que chaque Supérieur trouvera dans ses instructions les lois qui le concernent plus spécialement , je ne sais s'il en est de particulières pour les Doyens. Le Code de la Secte ne m'oflre qu'un chapitre sur leurs élection eiconsécration. Cette élection appartient au Provincial, lors^ qu'il est question d'un premier établissement dans un nouveau District. Mais sur la démission ou bien après la mort de ce premier Doyen , les Epoptes s'assemblent pour lui donner un successeur à la

Sluralité des voix ; le Provincial n'a plus que le loit de confirmer le sujet présenté. Quant à ce que le Code appelle la consécration de ce Doyen ,

DE lImpiété et de l'Anarchie, s63 ( Wêthung des decani ) elle se fait par un délégué , que Ton appelle ici plénipotentiaire. Le langage de la cérémonie est un latin barbare et d'une platitude extrême. Ce seroit une scène digne des carrefours et de la plus vile populace, si l'impiété des acteurs n'étoil encore plus révoltante que leurs jeux ne sont dégoûtans par leur bassesse. Vil singe de Molière , le Législateur Illuminé fait ici pour l'élection de son Doyen , ce que Fauteur du Malade imaginaire a fait pour la réception de son docteur. Il se permet en dérision de saint Paul , de Moïse et des bénédiction!; relii^ieuses , tout ce que Molière s'est permis en se ]ouant des Hypocrates charlatans. Quoiqu'il faille bien peu d'esprit pour se jouer des choses saintes , il s'en faut bien qu'il sache être plaisant dans ses dérisions. Epargnons au Lecteur ces turpitudes ; il faudrait être Epoptes pour en sup* porter sans dégoût la lecture. C'est cependant là tout ce que le Code du Doyen Illuminé m'ofiri« roit à extraire, (a)

^— Il ■ m II MM— ^— 1^— ^— — ^

(a) Si Ton veut absolument un ëchantillon de cette mîsffrable farce, qu'on suppose ces Epoptes assembles et revêtus de leurs habits sacerdotaux. Le dëtëguë ouvre la scène par ces mots : Aperi^ Domine , os meum , et les deux Préposés les répètent. — Le Plénipotentiaire : Fili mij quid postulas { — Le Délégué : Ut Deus et Supe^ riores nostri concédant nohis Decanum hune quem ad te duco, — Plénip. Hahetis decretum l Jlabemus. — Le* gatur. — Communi voto atque con^ensu Superiorum ele~ ginws nobis in Decanum Fratrem N, N. Presbyterum nostrœ provinciœ , rnajoris ordinis verum atqïte pruden» tem 9 hospitaiem , moribus ornât um , sapientém , i7/wnUnatum et mansuetum , Deo et Superioribus nostris per cmnia placentemque ad celsitudinis vestrce dignitatem iuiducere , quatemis autore Domino nobis velut idoneus Decanus prœesse valeat ut prodesse , nosque sub ejus Sapieati regimine in securitate ac quiète mafrnis scief^* tiis aliisque operibus curare possimus, — Plénipot. Dis'»

û64 Conspiration des Sophistes

Il n'en est pas de mcme des leçons que la Secte réserve à ses Préfets.

Ces Supérieurs locaux peuvent avoir sous eux jusqu'à huit Loges , partie Minervales , partie Maçonniques. Tout Préfet est le premier Régent de sa Préfecture. Il a la direction de tout ce que le Code appelle /VJ/^ce inférieur de l'Ordre. Tous

posuisti doniui tuœ l Neo Elect. DisposuL ~- Nosti . quanta sit Decani cura et qud pœnâ injligantur infidèles et delatores ! — Duce me , Domine, — Ego auctoritate Superiorum inductus y Jirmiter suh interminatione ana" ihematis , inhibeo tibi , ne quid de scient iis occultis^ vel sécréta tibi revelanda abducas , surripias , t^el aîicui profana communices. Si tu autem aliquid attentare prœ^ sumpseris 9 maledicius eris in domo et extra domum , maledictus in civitate et in agro , maledictus yigilando et dormiendo , maledictus manducando et bibendo , wialedict'S ambulando et sedendo ; maledicta erunt caro et ossa , et sanitatem non kabebis à plantd pedis usqne ad r>erticem, Veniat tune super te maledictio quam per Mojrses in lege filio i/dquitatis Dominus promisit. Deleatur nomen tuum in libro viventium , et cum justis non amplius scribatur; fiât pars et hœreditas tua cum. Caïn fratricidd , cum Datham et Ahiron , cum Ananiâ et Saphird , cum Simone Mago et Judd proditore, P^ide ergo ne quid feceris , quo anath ma mereris. Suivent Tiiuposition des mains , les exhortations , les bénédictions , toujours dans le même langage. Le Préposé tenant de nouveau les mains sur la têlc de TElu, termine la cérémonie par ces mots : Sicut ras Ilermon qui descendit in montem Sien , sic descend a t super te Dei summce sapientiœ benedictio (Voyez Nouveaux Travaux de Spartacus ; Nachricht i^on weihung eines Decani, ) Quelle atroce impiété la Secte ne doit-elle pas avoir inspirée h ses E)poptes , lorsqu'elle les juge capables de se complaire dans ces plates dérisions , dans cet abus du langage de TEcriture Sainte ? Qu'on ne croie pas que j*aie ajouté à la barbarie de leur jargon , ou que j'aie au moins supprimé quelque saillie. 11 n'y en a pas une dans toute cette farce. Tout y est plate bouffonnerie. Les conjurés siventpeu rire, et l'impiété déprave toutj jusqu'au goût des Lettres.

DE l'Impiété et de l'Anarchie. 265 . les quihus licet de sou District passent par ses mains. Il ouvre ceux des Chevaliers Ecossais, les soli des Novices et Frères de Minerve , mais il fait passer les autres aux Supérieurs majeurs. Lorsqu'il établit de nouvelles Loges on reçoit de nouveaux Frères , il donne à celle - là des noms géographiques , et à ceux-ci des noms caracté^ ristiques , tirés de la liste que lui fait parvenir le Provincial. Il envoie en revanche , tous les mois au Provincial , un compte général de sa Préfecture ; et de trois mois en trois mois , les lettres reversales , les tablettes scrutai ives des Frères , ainsi que les détails de leur conduite morale et politique , et l'état des caisses de chaque Loge. II décide de la promotion des Frères jusques au grade de Chevalier Ecossais , qu'il ne peut conférer sans l'agrémeiit du Provincial. — Il a droit de se faire remettre , une fois par an , tous les écrits que les Frères tiennent de l'Ordre. — Il les rend à ceux dont la fidélité est assurée ; mais non pas à ceux qui! croit suspects ou qui doii^ent être reTii^oyés. ( Instruct. C. Régent ; N.° i — X. ) C'est de l'expérience, du zèle et de la vigilance du Préfet que dépendent les fondemens de l'^t/i- Jice ; c'est pour les diriger dans chaque partie de leur gouvernement , que Weishatipt consacre toutes les leçons comprises sous ces titres ; i .^pré" paration ; 2.^ formation dits é/èt^es ; 3.® espHt de corps , ou bien affection pour l'Ordre ; 4-° ^uhordination ; 5.® secret. — Chacun de ces articles nous oflre la récapitulation d'ime foide d'artifices recommandés dans le reste du Code , mais dont l'étude est plus spécialement nécessaire aux Préfets. je me contenterai d'en extraire les règles les plus remarquables , où sur lesquelles il est bon d'observer combien le Législateur insiste , combien souvent il y revient , telle est celle qui , dès la

^66 Conspiration de5 Sophistes

1 première page , se retrouve en ces termes sous e titre préparation :

u Notre force est en grande partie dans le » nombre ; mais elle dépend aussi beaucoup du » soih que nous mettrons à former les élèves.

y* —Les jeunes gens se plient se prêtent mieux » à cet objet. — Le Préfet Illuminé n'épargnera » donc rien pour se mettre en possession des » écoles de son District et de leurs maîtres» Il » fera en scirte qu'elles soient confiées à des » membres de notre Ordre ; car c'est ainsi qu'on 9 vient à bout d'inspirer nos principes , de former » les jeunes Jgens ; c'est ainsi-'qu'on prépare » les meillecfres têtes à travailler pour nous, D qu'on les accoutume à la discipline , qu'on » s'assure leur estime ; que l'attachement conçu » pour pous par ces jeunes élèves , devient aussi 30 durable que toutes les autres impressions de 9 l'enfance. »

Sous ce même titre se trouvent ces règles non moins remarquables , données aux Préfets pour la propagation de l'Ordre :

3» Lorsqu'il sera question d'une nouvelle colonie , » choisissez d'abord un adepte hardi , entreprfr^ » nant et dont le cœur soit tout à nous. Envoyezr> le passer quelque temps dans le lieu où vous pensez à foire votre établissement»

» Avant de peupler les extrémités , commencez par vous constituer dans le centre.

» Là , il faut d'abord s'appliquer à gagner les personnes ordinairement plus fixes dans leur domicile , telles que les Marchands et les Chanoines*

» Gardez-vous bien de confier cette mission à T» des Frères sans fortune , et dont les besoins » seroient bientôt à charge à notre Ordre ; car «> bien que tous nos Frères aient droit à nos secours , * dansleurs vrais besoins , il ne faut pçis qu3 ceux » de votre Province , sous toutes sortes de psé-

DE L*TmRIÉTÉ et de L^ANARCmE. 267

» textes , deviennent à charge aux Provinces voif> sines. Il ne faut pas non plus , que les autres 3> Districts s'aperçoivent de la faiblesse de l'Ordre » dans le vôtre. Enfin , il faut aussi conserver ff de quoi assister les Frères des écoles Miner- 9 vales , et tenir la promesse que nous leur en » faisons.

« Vous ne chercherez point à vous étendre jusqu'à ce que tout soit consolide dans le chef-lieu de voire District. *

« Vous examinerez mûrement à quels Frères peut être confiée cette mission. — Vous pèserez ensuite s'il vaut mieux commencer par une Eglise Minerifale^ ou bien par une Loge Maçonnique. )>

« Voyez bien quel estThommeque vous mettez à la tête de votre colonie. Voyez s'il a du cœur , du zèle ; s'il est prudent , exact , ponctuel, propre à former les autres ; s'il a du crédit et s'il jouit d'une certaine considération ; s'il est capable d'un travail sérieux et constant; en un mot, s'il a toutes les qualités requises pour une commission de cette importance. »

«< Considérez encore les localités. L'endroit où ?ous cherchez à faire cet établissement est-il près, est-il loin de votre chef-lieu ? ~ Y a-t-il du danger ou de la sûreté pour nous ? — Est-il petit ou grand, et plus ou moins peuplé ? — Quels moyens peuvent nous y conduire ? De ces moyens quels peut-on employer?— Quel temps vous faudra-t-il pour que la chose soit montée ? A quels hommes pouvez-vous d'abord vous adresser ? S'ils sont mal choisis dès le commencement , vous ne ferez jamais des autres rien de bon. — Quel voile ou bien quel nom faudra-t-il donner à la chose? Comment subordonner ou bien coordonner cette nouvelle colonie ? » C'est-à-dire , à quels Supérieurs la sou* mettre ou avec qui là mettre en relation ?

!a68 Conspiration des Sophistes

« Quand vous aurez acquis dani votre Colonie des forces suffisantes , et sur-tout si nos Frères y sont en possession des premières dignités , s'ils peuvent s'y montrer ^ à leur gré , redoutables aux revcches , et leur faire sentir combien il est dangereux d'offenser ou de déshonorer notre Ordre ; si vous avez encore de quoi pourvoir aux besoins des Frères ; si , loin d'avoir rien à craindre du Gouvernement, nous dirigeons au contraire nous* mêmes ceux qui en tiennent les rênes ; soyez assurés , que bientôt le monde ne nous manquera pas. Nous en aurons plus qu'il ne nous en faut. On ne saurait trop cous recommander cette ma^ nière de préparer les i^oies^ »

« S'il est intéressant pour nous d'avoir les Si écoles ordinaires , il est aussi très-important de » gagner les Séminaires Ecclésiastiques et leurs :0 Supérieurs. Avec ce monde-là , nous avons la

• principale partie du pays ; nous mettons de

* notre côté les plus grands ennemis de toute p innovation ; et ^ ce qui est par-dessus tout , 3> avec les Ecclésiastiques , le peuple et les gens s> du commun se trouvent dans nos mains. »

<i Observez cependant qu'il faut avec les Ecclé- » siastiques bien des précautions. Ces Messieurs » tiennent rarement un juste milieu. Us sont ou 3» trop libres ou trop méticuleux ; et ceux qui sont 1» trop libres ont rarement des mœurs. » C'est ici que le Législateur donne Texclusion aux Religieux , et avertit ses Frères Ënrôleiu's de fuir les Jésuites comme la peste.

En traduisant ces lois , je suppose que le lecteur supplée aux réflexions que je suis à chaque moment tenté d'y ajouter. Les Princes en auront au moins quelques-unes à faire sur l'article suivant :

« Quand le Préfet Illuminé est peu à peu venu » à bout de garnir de membres zélés pour notre

DE l'Impiété et de l'Akarchie. 269 » Ordre , les Dicaslères et les Conseils du Prince^ 3» il a fait tout ce qu'il pouvoit faire. Cela vaut j> mieux que s'il avoit initia le Prince même. ^ Kann der Prcpfect die fûrsllichen dicdslerien » and RtBthe nach und naçh mit eifrigen ordens-^ » mitglierden besetzen , so hat er ailes geihan^ » çç^as er thun hœnnte. Es ist merh , als wenn er 3» den Fiirsten selbst aufgenommen hœtte. »

Mais, « en général, les Princes seront rarement y> admis dans l'ordre même , et ceux qu'on recevra 3» ne seront pas aisément élevés au-dessus du grade » de Chei^alier Ecossais. »

Après ce qu'on a vu de ce grade et même de ceux qui le précèdent , la faveur que "Weishaupt daigne accorder aux Princes , en souffrant qu'ils puissent y prétendre, est assez surprenante. Il n'a pas attendu jusqu'à ce grade pour insinuer assez clairement ses projets. Les Princes assurément auroient l'esprit bien peu pénétrant , s'ils ne les avoient pas au moins entrevus avant que de se faire créer Chevaliers Illuminés. Comment donc espérer qu'ils y arriveront sans y voir les complots delà Secte contre toute leur autorité? Cette énigme s'explique par les confidences du Législatetir même. Mes Frères , écrit-il à ses Aréopagites , si vous montrez nos grades à VElecteur , vous aurez soin de faire les changemens suivans : « Dans celui )^ d^Illuminé mineur j, au lieu de ces mots de :f> moines imbécilles , mettez des hommes imbé^ » cilles. — Dans celui d^ Illuminé majeur , effacez p cette phrase : Les Prêtres et les Princes sont 5^ sur notre chemin. -^ Quant au grade de Prêtre^ 3> n'en montrez autre chose que Vinstruction rela^ 9 tive aux sciences ; et relisez-la bien , afin de » ny laisser aucune allusion , aucun rem^oi au Th reste du grade. » ( Ecrits orig, t. 2 , lett. du a Janv. 1785. ) Ces suppressions commencent à

ayo Conspiration des Sophistes expliquer Tënigme ; un expédient plus insidieux encore n'y laisse plus d'obscurité. « Je veux re« » prendre tout le système , écrit encore Weis-- 3» naupt, en parlant aux Aréopagites de ses grades 3» inférieurs. » Puis , faisant des Jésuites tout ce qu'il est lui-même , il ajoute : « Je veux que tout » cela soit fuit à la Jésuite ; qu'il ne s'y trouve » pas une seule li^ne tant soit peu suspecte pour p l'Etat ou la Religion. Allons tout doucement y y> rien sans raison ; amenons et préparons les choses » pas à pas. » ( Ibid. lett. du ib Mars 1 781 . ) £a rappelant ce texte, l'adepte qiii nous donne l'histoire la plus détaillée des grades illuminés, aissure qu'il a vu lui-même , pour celui d'Epopte , un discours dans lequel on avoit omis tout ce qui a rap* port à la Religion et à l'Etat. ( Geschichte aer illumin. grad. p. 66. )

Voilà donc pour Welshaupt, outre les suppressions à faire suivant le besoin , voilà encore des S rades ou des discours postiches ,-toiit propres à uper le Prince adepte , à lui persuader même qu'il a été admis dans l'antre des mystères , et que tous les secrets lui ont été dévoilés , tandis que les véritables adeptes se jouent de sa crédu- Lté. Cet artifice ajoute sans doute aux forfaits de Weishaupt ; mais l'auguste adepte est-il plus excusable ? Quelque partie des mystères impies ou séditieux que la Secte lui cache , il n'en a pas moins commencé par lui jurer obéissance et protection. Sa Cour se remplit d'Illuminés ; il croit régner sur eux , et il n'est que leur captif. S'il étoit leur victime » je dirois : Il n'a que le sort qu'il mérite. Quel étrange caprice dans un Prince que cette manie d'avoir son nom inscrit sur la liste des Sociétés secrètes ! N'a-t-il donc pas assex de devoirs à remplir pour Iç public ? De quel droit ce serment d une protection jurée dons des

DE lImpiét* et de l'Anarchie. 2jt antres ou des loges à l'homme qui se cache , quand vos travaux et vos soins y et tout 1 usage de la

Îmissance protectrice sont dus à la Patrie , à tous es Citoyens ? Sur le trône mcme ou bien ftvec des droits au trône y vous avez eu la bassesse et la lâcheté de promettre soumission , obéissance à des maîtres de loges ! De quel droit donnerez-vous au peuple des or4res émanés de ces loges ? £n vous prenant pour chef, en. vous jurant fidélité , ce peuple n'auroit-il prétendu n'avoir dans vous qu'un plastron d'esclavage, ne suivre que des lois , il est vrai , proclamées par vous , mais dictées par vos maîtres Illuminés ou Rose-croix ? Ou bien encore , si Magistrat du peuple , vous avez à prononcer sur nos dififérens domestiques, après tous vos sermens de protection , d'obéissance à d& frères , à des maîtres secrets , quelle confiance le public aura-t-il à votre intégrité , à votre impaj> iialité ? Uhistoire éclaircira un jour ces réflexions ;

et plût à Dieu que la révolution en eût moins fait sentir l'importance !

Si jamais l'amour-propre devoit ôtre un mobile et suppléer à des motifs pkis nobles, le Prince dupe en eût trouvé bien d'autres dans les lois de son lUuminisme ; il eût suffi peut-être de mettra sous ses yeux ce nouvel article des lois donnée^ à ses préfets ou supérieurs locaux , sous le titre

Formation des Elèi^es « A quoi nous sert

le nombre , si l'on ne trouve nulle part la ressema blancc et l'unité de sentimens ?— Point d*^ rang^ point (fêtai qui dowe dispenser les Frères de nos travaux, de nos épreuves. — Pour les accoutumer au mépris de toute distinction , à ne voir que le monde, le genre humain en grand, le Préfet aura soin de recueillir toutes les anecdotes , tous les traits remarquables soit par leur noblesse , scût par leur bassesse , quels qu'en soient les auteurs ^

2^2 Conspiration des Sophistes riches ou pauvres, et Princes ou bourgeois. C'est à lui à fournir ce recueil aux maîtres de Minerve; et ceux-ci auront soin de ne pas les laisser ignorer aux élèves. Ils se garderont bien sur-tout de cacher le nom du Prince ou grand Seigneur qne le trail pourroit déshonorer, « car, il faut , dit le Code, » qn'ici chacun apprenne que nous savons rendre » justice à tous ; que chez nous le méchant sur le 1» trône s'appelle un vil coquin ( eîn schurck » heisst ) tout aussi bien , sinon encore mieux 3» qne le gueux qu'on mène à la potence. »

Sous ce même article se trouve une autre loî assez remarquable sur la manière de rendre le langage des élèves et des adeptes uniforme , dans les occasions , ou sur les faits qui intéressent TIUuminisme.

Dans ces circonstances le Préfet aura soin d'avertir secrètement les préposés moyens , des discours à tenir , à répandre et à faire tenir par leurs élèves. « Il en résultera pour ceux-ci , une atten* » tion constante à s'accorder en tout, soit pour » le langage , soit pour l'action avec nos Supé- » rieurs , alors même que leurs motifs nous serpient y> inconnus. Ainsi nous tendrons tous au même » but ; ainsi nos élèves pourront s'habituer à re- » chercher , à scruter les raisons de TCVdre ; à ne » jamais agir ou à se taire dans les occasions dou- » teuses , jusqu'à ce que les conseils ou les ordres » du Supérieur leur aient appris ce qu'il faut dire » on faire. )>

Sous le titre Esprit de Corps , le Préfet est averti que cet esprit s'inspire par le soin d'exalter sans cesse la beauté et l'importance du but , l'intégrité des membres, la dignité et la sûreté des moyens , l'utilité de l'instruction que l'Ordre donné à ses élèves , et la protection qu'il leur assure. — > Cet esprit sera toujours en proportion de

l'assurance .

DE l'Impiété et de l'Anarchie. ^7^

Tassurance qu'ils auront d'être heureux, tandis qu'ils resteront nllachés à V Ordre , et de ne trouver le bonheur nu/ le autre part. Pour le nourrir, il faut entretenir V espoir de décous^ertes toujours plus importantes à mesure qu'on avance. Crainte de le laisser refroidir. « Cherchez à mettre ços élèves » dans une situation où. ils soient souvent et constamment occupés de notre Société ;

sent aux yeux de ses adhérens ; prenez-là pour I» exemple. — On ne sauroit ici donner de règles p applicables par-tout. — Que les Préfets et les » autres Supérieurs étudient donc sans cesse Fart » de remédier à ce qui peut manquer à nos tra- » vaux.; — qu'ils proposent des prix , qu'ils ré- » compensent celui qui aura le mieux traité la » matière. A force d'y veiller , il faudra bien que n tôt ou tard, suivant les circonstances locales^ ji l'édifice prenne sa consistance. — Exhortez les » Frères à être complaisans , bienfaisans , gêné* 3» reux les uns envers les autres , et aussi envers p notre Ordre. » Ici le Code passe au titre obéis-sance. — Sous ce titre il est dit aux Préfets : «Si vous avez bien su faire sentir à vos élèves la grandeur de notre objet et de nos plans , point de doute qu'ils n'obéissent avec plaisir aux Supérieurs. Gomment ne pas se laisser conduire par celui qui nous a si bien, si sûrement guidés jusqu'à présent; par celui qui nous rend heureux en ce moment , et de qui nous pouvons espérer plus de bonhem* encore pour la suite? Loin de nous l'homme que tous ces avantages ne décideroient pas à l'obéissance / Quil sorte de la société des élus ! Cet esprit d'obéissance s'inspire plu^ spécialement par ïexemple et l'instructipu. -~- Par la conviction Tome IIL S

274 Conspiration des Sophistes qu'obéir à nos Supérieurs, c'est dans le fond, noM suivre nous-mêmes. — Par les promotions aux grades supérieurs. —Par Tespoir de connoissances toujours plus importantes. — Par la crainte employée à propos. — Par les honneurs , les récompenses , les distinctions accordées à ceux qui sont dociles. — Par le mépris jeté sur les revêcbes, — Par le soin d'éviter la familiarité avec les inférieurs.—Par les punitions exemplaires des rebelles. — Par le choix de ceux que l'on sait tout à nous , et disposés h suivre tous nos ordres. — Par une grande attention aux çuibus licet , où l'on doit voir comment les ordres donnés ont été exécutés. Par l'exactitude des Supérieurs moyens à envoyer les tabfettes ou les comptes à rendre sur leurs inîérieiirs^lus ces tablettes sont détaillées y meil-^ leures elles sont ; car c'est là-dessus que repose tout le plan de nos opérations. C'est par-là qu'on connoU le nombre des Frères et leurs progrès. C'est par là que l'on voit la force ou là foiblessè de la machine , la proportion et l'adhésion des parties au tout ; le vrai titre des Frères à des promotions , et enfin le mérite des assemblées , des Loges , de leurs Supérieurs. »

Sur le titre Secret. — « C'est ici , dit au Préfet, sa règle , Cest ici V article le plus essentiel ; et c'est pour cela que dans les pays mêmes où nous aurions acquis assez de puissance pour nous montrer publiquement , il n'en faut pas moins rester cachés. »

Le Préfet doit toujours couvrir adroitement ses projets, suivant les circonstances locales. Qu'il s'accorde avec le Provincial sur le manteau , le voile qu41 faut donner à l'Ordre. — Ainsi qiie pour les Instituts religieux de l'Eglise Romaine, la Religion , hélas ! n'étoit qu'un prétexte ; ainsi fam-^il , açec plus de noblesse ^ cacher notre Ordre soiis

DE l'Impiété et de l'Anarchîe. 075

^Apparence d!une société marchande ou sous quelque intérieur semblable. »

On me denuuideroit en vain sous cruel prétexte le Code illuminé nous dit , que aans l'Eglise Romaine la Religion n'étoit que le prétexte des Instituts religieux. Je ne sache pas que les plus impudens des impies se fussent encore permis une calomnie de cette espèce. Jusques ici , et St* François et Su Benoit , ou St. Basile , pou-* voient bien n'étie aux yeux des vains Sophistes que des superstitieux , des enthousiastes , aussi bien que tous les autres Inslituteiu*s des Ordres Religieux ; mais , parmi les apostats mêmes qui dévoient si bien connoitre les Ordres dans lesquels ils ont vécu , s'en est-il jamais trouvé un seul » prétendant que la Religion ne fût qu'un prétexte pour l'Institut auquel il renonçoit , et pour ses anciens Confrères ? En est-il un seul qui ait osé nous dire que l'ambition ou l'avarice , ou tout autre motif que la Religion , avoit fondé les Capucins , les Récollets , l'Ordre de St. Benoit ^ des Carmélites , et autres monastères , soit de Religieux, soit de Religieuses ? Au reste , cette calomnie n'est pas même de Weishaupt ; on ne la trouve point dans les instructions qu'il avoit li-^ vrées à Knisge, et dont celui-ci a tiré le Code des Régens et des Préfets locaux ^ eu y ajoutant ses propres idées. Knigge ne sut jamais ce que c'étoit

Sue les Religieux et leur Institut. Weishaupt , né Catholique , eût bien pu les traiter comme font les apostats Sophistes ; il a bien pu laisser dans son Clode cette comparaison étrange de son lUuminisme et des Instituts religieux ; mais je doute

Ju'il l'eût imaginée. Il savoit le besoin qu'il avoit es ténèbres, et il n'ignoroit pas que dans l'Eglise Catholique les lois des Instituts religieux furent toujours publiques , toujours , examinées par l'aur tonte publique avant leur établissement.

A la suite de cette absurde calomnie , le Code illuminé répète tout ce que nous avons déjà dit dans les premiers chapitres , sur la nécessité de cracher sa marche et l'existence des Loges ; mais l'y trouve ajoutées les lois suivantes :

De peur que le nombre de Frères ne les expose à êlro découverts, si leurs assemblées étoient trop nombreuses , le Préfet aura soin de ne pas réunir ordinairement plus de dix Frères dans les églises Miuervales.

» S'il y a quelque part un plus grand nombre y> de ses élèves , il faudra multiplier les loges ^ p ou bien assigner au moins des jours différens ,• 3» pour que tous n'y soient pas reunis à la fois ; » et s'il y a plusieurs loges Minervales dans une » même ville , le Préfet aura soin que les Frères » d'une loge ne sachent rien des autres, j» Pour la direction de l'édifice inférieur , voici encore ce qu'il doit observer. — C'est à lui à nommer les Magistrats des Minervales ; mais pour donner un chef à ces Magistrats , il lui faut l'agrément du Provincial. 11 répondra de ceux qu'il met en place. — Il aura soin que dans ces Minervales et dans les loges Maçonniques , tout se passe régulièiement et avec la plus grande ponctualité» 11 ne permettra point qu'on y tienne des discours assez libres pour faire soupçonner fortement des projets contre la religion , l'Etat et les mœurs. — Il ne souffrira pas qu'un Frère soit promu aux grades supérieurs y avant d'avoir acquis les idées et les qualités compétentes. Là-dessus , dit son Code , on ne sauroit porter trop loin les précautions , Vanxiété , le scrupule.

<( II a déjà été dit que dans nos loges Maçonniques nous pouvons recevoir des sujets qui n'appartiennent pas à notre Ordre. Le Préfet aulfa soin de ne pas laisser donner le ton à nos Frères par ces

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étrangers. Il les choisira honnêtes gens , posés et trmqailles ; mais de manière on d'autre , il tâchera de les rendre utiles à TOrdre. — Sans la permission du Provincial , il n'entretiendra hors de sa province aucime correspondance relative à l'Ordre. — Comme il est chargé de surveiller et d'instruire sur différens objets , les supérieurs des Minervales et les Vénérables des loges , il s'adressera auProvincial, dans tous les doutes de quelque importance. »

tf Que le Préfet se rende ceâ lois familières ; qu'il les suive exactement; qu'il ait toujours présent l'ensemble de la chose ; qu'il veille à ce que chacun s'en tienne aux devoirs de sa place , ne faisant ni plus ni moins que sa règle existe ; et il trouvera dans cette instruction tout ce dont il aura besoin par sa conduite. »

C'est par cette promesse que finissent les règles du Préfet Illuminé. Les cinq articles sur lesquels elles roulent ont pour préambule une promesse bien plus importante , et conçue en ces termes : « Si nous avons exactement pourvu à tout ce qui » regarde ces cinq articles , il n'y aura plus rien » d'impossible pour nous y dans aucune des con- » liées qui sont sous le soleil, ht nun in diesen » funfstûcken ailes gèhœrig besàrgt , so ist in ie- » dent lande unter der sonne nichts unmœglich. »

A^. B. Pour tout ce chapitre , yoj-ez lastruct. C. du Préfet y depuis la page i5i jusqu'à la p. 171 .

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