CHAPITRE VL
Nouveaux moyens , nouvéllts conquêtes de Knigge et de Weishaupt sur la Franc-^Ma^ çonnerie ; altercations ae ces deux chefs de V lllundnisme ; consommation de leurs projeté
> sur les Maçons Allemands , amnt la retraite de Knigge* ,
Quel qae fût dëjà le nombre des Frères Maçons accourus pour se faire illuminer sous les étendards de Knigge et de Weishaupt , ces deux diefs n^é« toient pas sans inquiétude sur le nouveau Congrès^ indiqué pour Tannée suivante aux députés d« Wilhelmsbad. Knigge craignoit sur-tout le nou-r veau code et la noureile forme, que les Franc-* Maçons cherchoienl à donner à leiu-s Loges* Il savoit que des Frères ayoient été nommés pour la rédaction de leurs lois ; il sayoit sur-tout que leur Congrès avoit chargé les députés de s'introduire et de sejiure recevoir dans toutes les sociétés se^ crêtes y pour être initiés à tous leurs mystères et en faire leur rapport à la prochaine assemblée* Dans la crainte de perdre , par ce nouveau Con-» grès le fruit de sa mission à Wilhelmsbad, il cher* cha à connoitre les dispositions des commissaires nommés pour la rédaction du nouveau code , à Tégard de son Itluminismé. Le principal de ces ▲mciius commissaires étoit un nommé Bode^ dé]à fameux: ^"^^ comme Franc-Maçon , et qui devoît le devenir bien davantage , comme Illuminé. Fils d'un simple soldat de Brunswick, et d'abord élevé conmie fifre d'un régiment, ce Bode s'étoit cru destiné à jouer dans le monde un autre rôle que celui d'accom* pagner de ses sons aigus et perçans , le bruit des tauiboiurs. Il avoit appris à lire , il uvoit même
DE l'Impiété et de l'Akahchie. i^Î
appris assez de français et d'anglais , pour se mettra À faire quelques traductions. Celle de Tristram Shcuidi et des çoyag€s d^Yorick , lui avoient fait quelque réputation , sans ajouter beaucoup à sa tortune ; il se fit Libraire à Hambourg *y bientôt veuf d'une ridie héritière ^ il quitta son conmierce» le Duc de Weimar le décora du titre de conseiller d*ambassûde ; et il obtint enfin celui de Conseiller intime auprès du Landgrave de Hesse-Cassel.
Promu chez les Maçons au grade de Templier^ Commandeur , sous le nom de Chevalier du Lys des Vallées , Eçues à Lilio corwallium ^ Bode avoit apporté dans les Loges, tout cet esprit qu'il faut pour mettre de l'importance aux yeux de leur égalité et de leur liberté ; il y avoit sur-tout apporté tout Fintérct que mettent l'impiété et l'indépendance 9 à retrouver leurs mystères dans les symboles de cette égalité et de cette liberté. Les services qu'il avoit rendus aux Frères peuvent s'apprécier par l'honneur que croit lui faire Knigge, en lui attribuant presque tout le peu de bon qui se troui^oit dans le système de la stricte obser^ çancej c'est-à-dire, tout ce qui rapprocboit davantage ce système de celui de Weishaupt. Après avoir bien étudié son homme , Knigge le peint déjà sur l'âge , mais cherchant encore la v^ rite 9 que quarante ans de Franc-Maçonnerie n'a* voient pu lui apprendre , indiflférent encore pour tous les systèmes, quoique bouillant, chaleureux et jaloux de jouer un personnage dominant ; aimant à être flatté par les Princes. A ces traits du tableau , les mémoires des Allemands ajoutent un extérieur grossier , presque difforme , qui ce-* pendant n'empéchoit pas le vieux Maçon de jouer le bel esprit , et l'homme sentimental auprès des femmes. Ils lui donnent de pins un ton pédant et magistral , mêlé d'une apparente bonhomie , que
t44 Conspiration des Sophistes tes Princes prenoîent pour une franchise natureîff?^ qu'ils lui aoroient moins pardonnée , s'ils avoient su qu'il en pensoit bien plus qu'il n'en disoit sur leur compte ; et que tout en recherchant feur fa- Teur, il les dëtestoit aussi cordialement qu'il haïs— soit tout ce qu'il appeloit les sottises de fa Religion , des Jésuites et des Prêtres. Tous ces sentimens éioient faits pour le rendre précieux aux Illumines. Ce qui le fit plus spécialement rechercher par Knigge , fut la grande influence dont Bode jouissoit sur la Franc-Maçonnerie Allemande. Ces deux hommes se scrutèrent l'un l'autre* « Enfin, dit Knigge, après bien des explications 3» de part et d'autre, je lui donnai le grade de nos 9 Clieraliers Ecossais. » Bode y trouva toutes ces promesses de travailler à faire triompher son ttouvei Ordre , de dévoiler à ses nouveaux supérieurs ses découvertes maçonniques ; il y trouva toutes ces dispositions tendantes à procurer aux Illuminés les places dominantes et la caisse des Loges. Nulle de ces obligations à contracter ne parut lui coûter; seulement il craignoit de trouver au bout de tout cela , des Jésuites et des Prêtres dans ces supérieurs inconnus qu'on lui annonçoit. Il fallut le rassurer, lui donner des garansque tou» ces supérieurs étoient aussi ennemis des Jésuites qu'il I étoit lui-même. « A cette condition , dit
* Knigge, il nous promet , i.® de travailler pour « nous , et de nous procurer dans le nouveau » système ou code de la Maçonnerie , l'empire-
* de ses Loges ; — 2.® de faire mettre , autant » qu'il dépendra de lui, entre les mains de nos I» Illuminés, les Directoires ou Inspections provinfi ciales ; — 3.** d'engager les adeptes de la stricte p obseri^ance à frateniiser avec nous ; — 4»** dans f> la confection du nouveau code maçonnique, « d'avoir toujours dev^^t les yeux le plan.de
^ notre
DE l'ImMÉTÉ ÈT de L^ANARCrfîE* î45 yt tiolre Ordre , pour le choix des Maîtres ou V^* » Il érables { etc. — 5.** de faire part à nos supë- » rieurs de ses connoissances sur l'origine de la » Franc-Maçonnerie et des Rose^roix; de faire » imprimer par nos presses les déductions pro^ 3» mises pour la stricte observance (a) ; de les » distribuer à notre monde suivant nos arrange* » mens* » {Ecrits origine U 2, Philo *s bericht uber ionien dimeh , Janvier 1 7 83. ) . Ces promesses de Bode étoient trop avantageuses à rilluminisme pour être rejetées ; elles furent reçues avec empressement ; celui qui les faisoit devint le Frère Ameliiis, et fut bientôt admis aux derniers mystères* Nous verrons bientôt avec quelle fidélité il tint parole. Mais , tandis que Knigge faisoit sur les Franc-^Maçons Allemands ces importantes acquisitions y Weishaupt en méditoit une autre quL;devoit tout-à-coup lui soumettre totUes les Loges Polonaises. L'Aréopagite Zwach reçut en même temps , ou du moins à bien peu d'inter^ralle l'un de l'autre , et la note officielle de Knigge sur Bode , et la lettre suivante de "Weishaupt : i( J'ai dans la tête d'entreprendre la Confé-* ^ ^^^ » dération Polonaise , non pas précisément pour ^«p^ » la mettre dans les affaires de notre lUuminisme, Q^féJ^ » mais simplement comme Franc -Maçonnerie, »ûo<i » poiur établir un système de Loges Confédérées , Francl » pour en choisir ensuite les meilleurs sujets , Maçoo» » pour prévenir la stricte obsen^ance , et la dé- » iruirCi Ecrivez au plutôt à Varsovie , que vous »> connoissez à Munich et dans plusieurs autres
(a) Si cela ne signifie pas le compte des contributionfl à df^duîre pour la granae observance , et h distribuer dësormaÎB aux Illuminés , je n'entends pas ce qne c'est que ces déductions ; mais Bode eu même temps se ré* ser^'e d'y faire participer d'autres personnes à qui il a pro* mis leur part, cVst-à«>dire , qu'il veut servir les Illuminés | ians paroi tre avoir abandonné ses anciens confrëreâ. ToMfi IV* K
i4Ç Conspiration des Sophistes » villes , bien des Lo^es prêtes à se conféd^rer » avec eux^ aux conditions suivantes : u^ Qu'on i> se contentera des trois premiers Grades ; 2.° que » chaque Loge aura la liberté de se donner tels » Grades supérieurs qu'elle voudra , et autant » qu'elle en voudra ; 3.^ que chacune sera indé— Th pendante de toute autre , an moins autant que » celles d'Allemagne le sont des Loges Polonaises ; » 4*^ 4"^ toute leur union ne s'enti-etiendra que jy par la correspondance et la visite des Frères. «> — Si nous obtenons ce point-là y c'est ce qu'il » nous faut : laissez-moi faire le reste.
M Philon est déjà averti de préparer à cet objet 3» nos Loges du Rhin et de la Basse-Saxe. Ne » différez pas d'un seul jour ; car le danger et le » temps pressent , parce que Jean arrit^e , et la » confédération aura lieu avant ce terme à Vienne » la Loge de"^"^ pourroit aussi se détierminer. — )»' Envoyez à Varsovie ie manifeste qui doit aussi* yt tqt circuler dans les Loges* La confédération V sera certainement nombreuse. Voyez comm'e je 1^ sais saisir toutes les circonstances et en tirer » parà\ Dès que vous aurez la réponse , envoyez-^ v: la moi ; ne perdez pas un instant. La plus im* ». portante affaire poiur nous , est d'établir une » Maçonnerie éclectique ; avec cela nous avons » tout ce que nous voulons. Mais ne dites rien d^ ». notre Ordre à Varsovie ; c'est toujours quelque » chose que d'obtenir ce point essentiel. Envoyez >» à Philon vos dociimens sur la Pologne. Utae » foule de Loges maçonniques se seroient déjà »' jointes à nous, si elles ne craignoient pas d'être » prises pour des Loges borgnes ; cet arrange* « ment lève leur diJBficulté. La Loge Anglaise Vf d'Edesse (de Francfort ) a déjà promis d'accéder » à ces conditions. Faites tout de suite partir vos *»' dépêches pour Varsovie , sans me les envoyer ,
DE lIMPIÉTÉ et de l' ANARCHIE. i4f
n afin qu'elles arrivent plutôt » et daman Jet aussi » prompte réponse. » ( 1 1 Janvier i ^83.)
S'il n'est pas donné à ceux qui n'ont pas leurs entrées aux conseils deWeishaupt, deconcevoit touies les raisons de l'intérêt qu'il met à ce projet pour la propac[ation de ce complot » on voit atl moins queKniggeen sentoit l'importance, lorsque huit jours après il écrivoit à Zvvachr « CesC uii » coup de maître aue ce projet sur la Pohgnel » J'ai déjà envoyé à Spartacus mon projet dé » circulaire pour les Loges. » Suivant l'intentioti de "Weishaupt , cette lettre circulaire n'éloit pas seulement pour les Franc- !Vfaçons Polonais , ell6 devoit aussi être envoyée et circuler dans toutes les Loges maçonniques. Telle qu'on la trouve danS le second volume aes Ecrits originaux , c'eist uft composré de tous les artifices que Ton pouvoit attendre de son Auteur y pour attirer les Franc- Maçons dans le piège. Knigge débutoit par de grands éloges de leur institution. II leur disoit que leur Société étoit destinée par Dieu et la Nature à réclamer les droits de Vhumanité op^ primée ; de la çertu persécutée et de la science dégénérée. Dans une histoire artistement mêlée dé vérités et de mensonges, il s'efTorçoit ensuite dé prouver combien depuis vingt ans cette société s'étoit éloignée de son grand objet. Pour la ramener à son premier éclat , il invitoit les Frères » animés d'un vrai zèle , à se réunir à la partie des Franc - Maçons, seule restée en possession deà vrais mystères , à une Société qu'il supposoit formée pour leur conservation depuis l'année 1762, et dont l'objet spécial étoit de s'opposera la tyrannie des Frères de la stricte ohserçance ; Société sur -tout au'il disoit composée des meilleures têtes deTOrare j d'hommes que leur science et leiur expérience rendoient dignes d'estime et de
i48 Conspiration des Sophistes ténëratioD. Traçant enfin le plan de sa nouvelle association i «Dans le i^gnne admis par ces véri^ » tables Maçons , ajouioit-îl , on s'en liélft in- » variablement anx trois premiers grades. — Plu-^ » sieurs Loges se réunissent ^ et en choisissent » une pour en former leur Directoire Ecossais » ou Çhef-*lieu de District y auprès duquel elles » ont chacune leurs députés. Ce directoire décide I» les aiiaires contentieuses , surveille les objets ^ économiques » la levée des contributions , et f> constitue de nouvelles Loges. Au-dessus de ce 9 Tribunal , nous n'avons point d'autres Supé- » rieurs qui aient droit à la levée des deniers ; r> nous en avons seulement à qui , tous les trois » mois , on rend im compte exact de l'état 9 politique et moral de chaque Loge. Un certaia 9 nombre de Directoires Ecossais se choisissent » un Directoire Proçincial ; trois de ceux - ci » élisent un Inspecteur, et trois Inspecteurs élisent y* un Directeur national.
. » Ce n'est pas ici le lieu d'exalter ce que nous y» avons déjà fait dans le silence du secret , et ce » que nous voulons encore faire. Il suffira de dire » que nous avons des écoles pour former ceux » des jeunes gens que nous admettons ensuite » dans notre Ordre , et qui sont destinés à tra- » vailler pour la génération suivante , à lui pro- » curer des jours plus heureux , plus tranquilles» » I^s soins que nous consacrons à ces élèves , 1» sont pour - nous la partie la plus honorable de » nos tnivaux. Si les Loges désirent de plus grands » détails , ils leur seront donnés par ceux-là même » qui ont cru pouvoir leur proposer ce plan. » ( Extrait de la lett. circulaire , Ecrits orig. t. 2^ part. 2 , sect. 6. )
Nos mémoires ne nous ont point fourni d'ins* truclions suffisantes > pour décider l'efi'et que pro-
DE l'Impiété et de l'Anauchie. 14^ dtiisîrent sur les Franc-Maçons Polonais, et cette encyclique de Knigge , et la lettre de Caton Zwach* On trouve seu/ement dans la note de oelui ci sur les progrès des Frères , qiie leur Aréopage ëloît véritabieinent en traité d*une étroite alliance a^^ec la Loge nationale de Pologne. Les succès de tous ces artifices sont restés moins douteux pour TAUemagne ; mais <:'est plus spécialement à Bode qu'iis sont attribués. L'acquisition de cet adepte avoit en effet valu à Knigge de puissans protecteurs auprès des Franc - Maçons du haut parage, et sur -tout auprès du G)mité chargé de rédiger lenr nouveau code. L'usage qu'il en fit ajoutoît tellement au nombre des adeptes, que ^Veishaupt lui-même en fut effrayé ou fit semblant de Tctre. L'Instituteur despote ne Yoyoit pas , sans jalousie , l'ascendant que devoit naturellement prendre ce nouveau chef, et les éloges que lui donnoient les adeptes dans leurs quibus îicet; d'ailleurs une profonde politique lui montroît son autorité trop divisée par celle de Knigge , pour conserver dans ses complots et dans ses souterrains Tunité d'objet et d'action« Cette multitude d'adeptes , si subitement élevés aux derniers grades , le tenoit dans des alarmes continuelles. Parmi tous ces nouveaux disciples , il pouvoit s'en trouver qui , n'ayant point subi les épreuves nécessaires, Texposeroient lui-même et toute sa Secte , et tous ses complots , à être dévoilé. Quoique Knigge eût très-fidèlement copié Qaereiiet dans le grade d'Epopte, précisément tout ce que ^^^j'^^g^* l'ai cité de plus révoltant aans les my stères, Weis* luiopu naupt osoit l'accuser auprès de son Aréopage de les avoir alToiblis ; et sur -tout il ne pardonnoit pas à Knigge de partager la gloire d^auteur , de fondateur. Il le soupçonnoit même de travailler secrètement à fonder d'autres mystères. ( Voy*
'^5q Conspiration des Sophistes Ecrits orig. u 2 , lett* 20. ) Ces raisons travaillè- ^eni si forteaient l'esprit du despote illaminé , que Kr^igge se trouva tout-à-coup déposé , dans le moment où ii s'applaudissoit le plus des services qu'il rendoit à la Secte. "Weishaupl lui ôta la dil'cction de ses Provinces y et le subordonna à ses propres élèves. La manière dont Knigge reçut cette humiliation , ne peut mieux s'apprécier que par ses lettres a Weishaupt et à Caton Zwach. Celui-ci avoit cherché à réconcilier ces deux terlibles coucurrens ; il avoit sur - tout essayé de faire tomber la cause de leur mésintelligence sur Mahomet et sur un autre Frère. «Ce n'est ni Ma- 30 homet ni cet autre Frère, lui réjpondit Knigge» (c^est le Jésuitisme de Weishaupi^qui cause toutes nos divisions. G^t^ le despotisme qu'il exerce sur des hommes , peut-être moins riches que lui en imagination, en ruses et en finesses, mais qui au moins ne lui cèdent pas en bonne volonté , en prudence , droiture et probité; sur des hommes qui lui ont rendu des services im- » portans , et sans lesquels son Ordre , réduit à » quelques jeunes gens , seroit encore pitoyable» ». Il y a long-temps que je vois toute l'intention » qu'il a de me jouer ; niais je suis fortement réj> solu à lui prouver que , malgré tout l'excès de >> ma soumission et de ma patience , je saurai lui. » apprendre qu'il est des hommes dont on ne se^ » moque pas impunément. Jele.déckre donc» » rien ne pourra me remettre avec Spartacus sui? » le pied où j'en étois d'abord avec lui. Mais » tant que je çivrai , je ferai tout pour le sers^ice » de l'Ordre ; et vous autres ( Aréopagites \ >> i>ous y les meilleurs de mes amis , vous me j» trouverez toujours prêt à tout ce que vous me * proposerez pour le même objet. »
Apres cet exorde , Kuigge en vient au détail
♦. DE lTmpiété et de l'Anarchie. 1 5rlt de ce qu'il a fait pour Weishaupt , soit pour la rédaction de son code , soit pour les Loges qu'il a établies » et pour le nombre des Frères qu'il a enrôlés. « J'en comptois déjà cinq cents , dit-il j» ensuite , quand il lui prit fantaisie de ne vok* » en moi qu'un homme médiocre , quigàtoit ses 9» affaires par défaut de réflexion. U se mit à coi^ y> respondre à mon insçu avec mes inférieurs. J'ai n vu de ses lettres à mon monde , dans lesquelles » il me traite comme un Novice. — Me voilà à » présent sous Minos , et réduit à lui envoyer » tous les mois mon quibus liceU Sans être amr- » bitieux , je ne vois pas ce qui m'obligeroit à y> supporter de pareils aSronts, à me laisser me<ï> ner comme un écolier par un professeur d'Ii>- D golstadt. Aussi me suis-je dégagé à son égard n de toute obéissance. Quant à vous , prêt à 3» suivre le moindre signe de votre volonté , je 3» consens à diriger la Haute^axe et la Hesse ^ v> jusqu'à ce que tout soit en ordre dans ces Profit» vinces. Je me retire ensuite sans rester moins » diposé a vous servir de toutes mes forces nuit 0 et jour. »
Cette lettre du 20 Janvier 1788 , est immédiatement suivie d'une seconde au même adepte. On voit dans celle-ci tout ce qu'il en coûte à Knigge d'abandonner les Frères ; mais enfin , dit * il à Zwach : <t Si je me livre à une imprudente ven-» » geance, pesez au moins ceci :
» C'est par ordre de Spartacus , aufSpartacus p geheiss , que j'ai écrit contre les ci-dei^ant Je* » suites et contre les Rose^ Croix , gens , les uns » et les autres 9 qui ne m'avoient jamais offensé. 9 C'est encore par ses ordres que j'ai jeté la con- » fusion parmi les Maçons de la stricte obser- » vance; que j'en ai attiré à nous les meilleurs ^ sujets. Je letur ai donné la plus grande idée de
!i52 Conspiration des Sophistes
» Tantiquité., de Texcelleiice , de ia puissance de 7> notre Ordre , de ia perfection de nos Chefs ^ f> de la vie irréprochable de nos meofibres , de fi Fimportance ae nos mystères, et de la sincérité 9 et de ia pureté de nos intentions. Plusieurs de » ceux qui travaillent aujourd'hui si efficacement » pour nous , avoient toujours peur de nous voir f> tendre au déisme ; j'ai cnerché à leur persuader » que nos Supérieurs n'avoient rien moins en vue ï> que ce déisme. Peu à peu cependant je Jais ce » çue je \;eux. A présent si je faisois savoir aux y» Jésuites et aux Kose- Croix quel est leur vrai » persécuteur ; si je dévoilois simplement à queif> ques personnes Tinsignifiante nouveauté de son » Ordre ; si je leur apprenois que c'est moi qui y» ai fait une partie des grades ; — si- je leur ra- «> contois comment je suis traité , après tons les » services que j'ai rendus ; si je leur faisois con- » noitre le jésuitisme de cet homme qui nous » conduit tous par le nez, et qui nous sacrifie à •» son ambition quand bon lui semble 4 — si je » disois aux chercheurs de secrets , qu'ils ne » trouveront pas ce qu'ils attendent; — si je » révélois les principes fondamentaux de Mon- » sieur le Générai à ceux qui aiment la Religion ; *> — si je donnois l'éveil aux Franc-Maçons sur » une association qui a derrière elle les illuminés ; » — si j'établissois moi-même un Ordre sur un y> plan plus solide, plus clair, plus désintéressé^ » tendant tout à Thonnéteté et à la liberté ; — si % j'attirois dans cet Ordre tant de £[ens de tête » avec qui je suis en liaison ; — si je mettots « dans le voire , de côté et d'autre , certaines % personnes pour savoir par elles tout ce qui y^ se passera dans la suite chez vous ; -^ si je i> donnois en Grèce ( ou en Bavière ) quelque » signe , pour montrer toul-à-*<:oup TOrdre et \%
DE lImpiété et de l'Anarchie. i53
» Fondateur; - si à Rome (c'est-à-dire , à Vicnoe) » je faisois sonner l'alarme par les Princes , par » Numenius et par les Rose-Croix • . • • je frémis « d'y penser ! Mon , je ne porterai pas ia venf> geance à ce point ; mais si je n'obtiens pas » satisfaction , je ferai tout ce que mon honneur » exige. — Qu'on me rende cette confiance sans p limite dont je jouissois , et alors je suis prêt p à faire encore de grandes choses pour nous. » Je connois notre monde; je sais ce qui attache » à l'Ordre chacun des Frères, et quels ressorts » il faut faire jouer pour exciter leur enthousiasme p ou pour l'abattre subitement. — Encore une » fois , je vous le dis : si on me laisse maître, » je réponds sur ma tête , que dès à présent je » donne à l'Ordre , i .^ des secrets importans ; » 2.® une forte prépondérance sur les Maçons de » la stricte observance , ou plutôt que je les dé- » truis absolument ; 3.° une grande influence
sur les Maçons de Zinnendorff ; 4-® que je » procure à l'Ordre et des richesses et une » grande puissance ; et tout cela , sans rien * changer du tout à nos Constitutions. » J?. ^t.-*/. /w/
Loin de se laisser prendre à ces promesses , ou effrayer par ces menaces , que Zwach étoit chargé de faire arriver à Ingolstadt , Weishaupt isembloit en devenir plus inflexible. Il connoissoit son monde ; il savoit bien que Knigge ne se résoudroit jamais à le trahir , parce que dans le fond il ne pouvoit le faire sans se trahir lui-même. Cet adepte pouvoit le quitter sans doute , et entraîner avec lui une partie de son vionde ; Weishaupt l'eut mieux aimé que d'avoir des adeptes rebelles à ses ordres , sur-tout des concurrens. « Que m'importe , écrivoit-il tantôt , p toute cette multitude de gens que l'on ne » peut conduire et qui veulent tout faire y sans
i54 Conspiration des Sopristes » autre règle que leur fantaisie ? C'est par ceux » qui in'obéissent , disoit-il d'autres fois , que » je saurai faire des choses ëtonnantes. Là oh » Ton me résiste y je ne réponds de rien. J'ai » tout prévu et j'ai tout préparé. Que mon Ordre ^ tout entier s'en aille en ruine 9 dans trois ans 10 je le fais reparoitre plus fort et plus puis- » sant qu'il ne l'est aujourd'hui. — Les obs-» » tacles ne font que me donner plus d'activité. 9 Je sais l'art d'en tirer avantage ; et quand » on me croit abattu , c'est alors que je me » relève avec une nouvelle force. — Que celui- 9 là me quitte , qui croit trouver mieux ailleurs» » La suite montrera qui se trompe. Je saurai 9 bien trouver des gens pIuS' dociles. — Je sa-* » crifierois des Provinces entières ; la désertion » de quelques individus ne m'alarmera pas. » ( Ecrits orig* t. 2 , leU. 8 à Caton. )
Ainsi , ferme et constant à vouloir être obéi^ Weishaupt laissoit Knigge sous l'interdit ; il lui faisoit toujours passer ses ordres par ses inférieurs ; il le bravoit au point de ne vouloir pas même lui donner le mot du guet , le moê de semestre , afin qu'il se regardât à peu près comme exclus. S'il daignoit lui écrire , c'étoifc avec un ton qui ajoutoit à l'humiliation. Knigge croyoit lui-même avoir rompu tout commerce avec ce fier despote , lorsqu'il reçut encore une de ses lettres , toujours plus, impérieuses , plus outrageantes. La réponse qu'il fit est re« marquable ; et je la citerai y non pas que je croie important de mettre mes lecteurs au fait de ces jalousies et de ces guerres intestines ^ qu'on pourroit appeler des querelles de gueux ^ mais parce qu'on y voit comment tous ces gens-s là y au milieu de leurs querelles et de leur& jalousies , se connoissent les uns l«s autres ^
DE lT\ipïété et de L*ÂNARGHIE. i55 et sur-tout comment ils pactîsoient entre eux sur le sort des Nations y comment toute la gloire qu'ils se disputoient , étoit celle d'avoir plus fait pour la destruction des Autels et des Trônes , d'avoir mieux su tromper les Princes ^ et mériter le droit de présider dans l'antre des machinations et des complots.
Cette lettre de Knigge à Weishaupl est suc-* cessivement écrite dans le temps de ses courses de Francfort à Cassel , à Brunswick et à iVieuierhausen ; la première date est de Cassel , :j5 Fev. 1 788 , et on y Kt :
« Une circonstance tout à fait imprévue m'en- » gage à vous écrire. Lisez-moi sans passion , 9> de sang-froid , et avec impartialité , autant p que vous le pourrez. J'avoue que, hier encore, » avant de recevoir la lettre de votre Excella lence , je ne croyois plus que nous dussions » nous écrire encore Tun à l'autre. Je suis 0 bien décidé à ne plus attendre de vous qu'une o réponse ; si elle est sur le ton que vous prenex y> avec moi depuis quelque temps , rien ne m'emp pêche de rompre absolument avec vous. N'allei » pas vous aviser de prendre ceci pour de vaines 1» et risibles menaces. Je sais que vous pouvex y> vous passer de moi ; mais je sais aussi , du f> moins je veux bien croire encore que votre p conscience ne vous laissera pas sans reproche, i> si vous continuez à repousser gratuitement un p homme qui a été votre plus actif collabora- » teur. Que faur-il que j'entende , lorsque vous » prétendez pouvoir recommencer à nouveaux » frais et avec de nouveaux acteurs ? Vous le » pouvez sans doute ; mais si vous le vouliez , f> vous ne seriez plus cet homme à qui j'airoois à » croire quelque prudence. Ce qr.c j'ai it vous » dire , exige un coup-d'œil sur notre situation » respective- Parlons-nous franchcmtwt»
i56 Conspiration dks Sophistes
« Vous m'avez outrage , vous le savez ; mais 1» vous ne voulez pas m'en faire l'aveu , parce » que vous craindriez de perdre votre considé- » ration , si vous disiez : J'en ai trop mal agi » avec cet homme-là. Vous cherchez à vous » persuader et à faire croire aux autres qu'il » vous est fort indifférent que je vous quitte , 10 ou non ; que je ne suis pas fait d'ailleurs * pour un si grand œuvre. Avec tout cela, 3» vous sentez parfaitement que nous avons cha- » cun nos défauts ; qr/il faut prendre les hom- » mes tels qu'ils sont,; que l'on n'iroit pas loin , » si l'on vouloit changer tous les six mois de » coopëraleurs. Ainsi donc, en un mot , vous » ne voudriez pas me voir vous quitter et fonder » moi-même une autre Société ; mais vous ne » voulez pas paroître avoir besoin de moi.
» A présent mot , je n'ai pas la vanité de » prétendre qu'un homme d'un esprit supérieur j» au mien , s'abaisse jusqu'à me demander par- » don. Mais je vous prie aussi de faire les réflei> xions suivantes. Je suis sûr d'avoir agi d'après » ma conscience et sur un plan solide. Je défie » qu'on me démontre ces imprudences qui doi- » vent avoir fait à l'Ordre un tort irréparable. T» Je lui ai donné au contraire des hommes du » plus grand mérite. Si dans plusieurs centaines f* il en est quelques-uns qui ne soient pas tout » ce qu'ils devroient être , j'aurai pour mon » excuse votre propre exemple ; puisque vous » m'avez vous-même confié cinq Provinces , à » moi , que vous regardez aujourd'ui comme un », jeune imprudent. — Bref , j'ai fait ce que je p devois faire. Il m'importe peu que vous en » conveniez , mais il m'importe que vous en » soyez convaincu. Toute notre union doit porter » sur une confiance réciproque et sans bornes.
DE l'Jmpiété et de l'Anarchie, i57 p Si vous me la refusez , vous savez qu'on ne » me conduit pas comme une machine ; ainsi je » me retire , non par une folle sensibilité , mais n parce que je vous suis inutile y et que je sais 3» des gens à qui je ne le serai pas , et qui » ont en moi une pleine confiance. A présent , 3» au fait. Je puis cous apprendre , çuà compter » dhier au soir y mon grand plan est çenu à p maturité. Ecoutez donc : depuis que j'ai quitté » le gouvernement de mes Provinces , de grandes ;» choses ont été t objet de mon traitait , de mes » lettres et de mes entretiens* Depuis huit jours ^ n j'ai ici ( à Cassel ) des conférences secrètes açec n le p. — C. — die H. C. ( avec le Prince Charles n de Hesse-Cassel , beau-frère du Roi de Danei> marck. ) Tout cela pris ensemble , m'a mis 1» en état de remplir les promesses suivantes , » pourçu quon en agisse avec moi^ comme je » crois le mériter. »
Ces promesses de Knigge sont à peu près les mêmes que celles que Ton a déjà lues dans sa lettre à Caton Zwach. Il ajoute cependant ici quelques circonstances essentielles. Par exemple 5il ne promet plus simplement de dévoiler aux Illuminés la véritable origine des Franc-Maçons . et des Rose- Croix ; mais de la /aire entrer > dans les hauts grades de Weishaupt. Cette addition n'est pas d'un augure- indifi'érent sur les arrière-secrets des Loges maçonniques. Sans avoir été Rose-Croix , Philon Knigge les avoit long-temps étudiés , ces secrets ,, avant son entrée dans l'Illuminisme. Il les avoit étudiés, au moins , comme Chevalier du Temple et ConcH mandeur; cependant jusqu'à cette époque il n'avoit
Îas encore percé dans les derniers mystères, 1 faut qu'il les apprenne de Bode , de cet homoie que toute TAllemiagne sait avoir été jusqu'alors
1 58 Conspiration des Sophistes un des plu$ zélés Franc- Maçons et des pins avancés dans toute leur science. J'en conclurai sans doute , que ces derniers secrets étoient connus de bien peu de Frères : mais au moment où Kuigge les apprend , il les juge digiies d'être accolés aux mystères de "Weishaupt ; ces arrière-secrets des Maçons Rose- Croix , ne sont doue guère moins impies y moîus dangereux que les complots de AVeishaupt même ; et toute cette jalousie qui règne encore entre ces Rose- Croix et les illuminés , n'est plus que ce que l'on pourroit nommer une jalousie de métier ou bien de primatie dans les complots. Je ne dispute plus avec les Frères dupes qui nieroient encore 1 existence de ces mystères odieux ; je les félicite de n'avoir pas été jugés dignes d'y être initiés ; mais j'insiste sur les conséquences
Su'ils doivent en tirer sur la nécessité de fuir ésormais une association qui a pu servir d'asile à ces itiipiétés , à Ces complots , que des conspirateurs se félicitent d'y avoir découverts.
Knigge promet encore à Weishaupt, aux mêmes conditions , de faire -part à V Ordre de différùns secrets de la nature ; secrets^ ajoutet-il, étànnans , tnen^eilleux et productifs , sans être cependant dès mifacles ; erstaunlich und ein-ttœglich , obgleich keine wunder* — La proliie^se qu'il avoit faîte de rendre ses Illuminés pfuissans et riches ^ il la spécf6e par celle de la liberté et d'un privilège de commerce dans le Danerharck , le Holstein et autres pays , avec des avances nécessaires pour V entreprise. — Enfin à ces promesses contre les Rose- Croix , il ajoute celle d'un parti puissant contre les Jésuites* Éine mœchtige pafthey gegen Jesuiten.
Cette lettre est restée dans le porte-feuille de Knigge jusqu'à son relourde Gassel à Brunswick ^
DE l'Impiété et de l'Anarchîe. iSg ici il la reprend le i o Mars , et continue : a Le » D — F — de B, (le Duc Ferdinand de Bruns- )» Yfick ) m'a appelé dans cette ville , pour s'en-* » tretenir avec moi sur dillérens objets. Là- » dessus j'en dirai davantage une autre fois ; » revenons au plus pressant. Je vous Tai dit^ » je le répète sans déguisement ; voici mes con^ » ditions : Si vous me rendez votre confiance , «> tout est dit , et toute cette affaire reste entre D nous. Dès cet instant j je ne veux pas sim- » plement de nouveau m'attacber étroitement à 9 rOrdre ; mais je lui promets et garantis une V puissance dont vous n'avez pas d*idée«
» Refusez- vous de vous fier à moi , dès cet 1» instant notre union est rompue ; j'érige une n autre Société sur des liens plus forts ; — mais p point de menaces ; -« pensez à tout cela; » pesez • le mûrement. » Knigge prend lui-même du temps pour réfléchir sur sa lettre ; il la reprend à Néuterhausen , le 26 Mars , et il ajoute : » Je suis de nouveau ici. — Encore une fois, » si cous connoissez ço^ intérêts , le monde Vf est à nous ; sinon , portez la peine et toutes » les suites de vos lâches procédés ; — mais » non , je crois encore à votre prudence. — Le » destin nous conduit admirablement. J'ai devant i( moi de grandes choses ; j'en vois de prodi- » gieuses; —ii dépend de vous d'y avoir part* » Je n'ai pas fait encore un pas contre vous. » . J'espère que votre conduite me mettra dans T» le cas d'écrire à Athènes , que je vous jugeois » mal. >»
Le 27 du môme mois, nouveau Post-scriptum conçu en ces termes : « J'étois sur le point j» d'envoyer ma lettre , et voilà que m'arrive cet i> ordre ; que vous me faites passer par F. . • m Oh ! vous ne deviez pas faire cela. Vous
i6o Conspiration des Sophistes » vonlex donc me pousser à loiite extrémité j » —vraiment vous n'y gagnerez pas. Pensez & » Tiuiportance que f ai , j'ose le dire , que j^ai » donnée à votre Société. Si j'allois à présent » révéler à certaines personnes , et yotre his- 1» toire , et vos principes vraiment si dangereux » pour le monde , qu'il m'a fallu les modérer à » à tous égards ; qui ne vous fuirait pas ? QiCest^ » ce que le grade d'Epopte , en comparaison ' > de vos moyens* d'arrit^er à un bon objet P » ( c'est-à-dire , en comparaison de ce principe : tous les moyens sont bons , quand la fin Vest. ) « Qu'est-il encore , en comparaison de vos im- 9 pardonnables injustices à l'égard de Wolter et » Levelling? — Oh ! qu'esl-cé que les hommes ? ». Eh quoi ! Si vous étiez vous-même un Jésuite ? n Je tremble d'y penser* Mais, en ce cas , l'enfer 1» lui-même ne vous ttreroitpas de mes griffes, i^
Dernier Post ^ scriptum du 3i : « Ne vous ï» pressez pas de me répondre. Caton vous eny^ verra, quelque chose , qui peut-être vous doi>- » nera d autres pensées. — Prenez garde à vous , » cave ne cadas. ~ La vengeance est une chose » à laquelle j'ai de la peine à résister.» ( Écrits origin, t. u. , lett. i ^ 2 et i de Philon. )
Toutes ces lettres semblent montrer dans Knigge un adepte bien décidé à se soustraire enfin au despotisme de Weishaupt , non pas
i)our renoncer à ses complots , mais pour se faire ui-mênàe fondateur d'une nouvelle Société de conjurés; cependant, au milieu de ces divisions intestines , il est à remarquer que ce concurrent outragé , à cette même époque , dans ces mêmes lettres soit à Weishaupt , soit à Zwach , n'en mêle pas moins ses réponses et ses avis sur tout ce qui tend à la propagation de la Secte. C'est
ainsi
Dé lImpièté ^t de l^AnarchIï. i6t' âtnsi que dans son Post-scriptum du 26 Mars ^ oubliant tout-à-coup sa colère contre Weishaupt, il l'avertit que le Frère Accatius sollicite des lettres de recommandation , des adresses aux Frères ^Italie , pour en munir un autre adepte qui va dans ces contrées joindre sa mission à celte do Frère HannibaL « Cette affaire , ajoute » même Knigge , est de la plus haute impor- » tance pour rOrdre ; car notre homme est un » excellent scrutateur ; et je vous en assure , il » est sur les Moines dltalie des nouvelles très- » spéciales. » Il pouvoit en effet y avoir dans ce
Îays-là des Dom Gerles , des moines mécontens enrôler ; il falloit pour cela se désister de Tarticle du Code illuminé , qui les exclut de TOrdre ; mais on voit toujours Knigge moins scrupuleux que Weishaupt sur l'article des exceptions. On le voit encore dans ces mêmes lettres avertir ces Aréopagiies de faire attention aux afllaires de l'Ordre , à Vienne en Autriche ; leur mander qu'il a des nouvelles importantes sur ce payslà y et iquaut à la Pologne > que s'il n'y connoît personne qui puisse seconder la confédération ^ il a au moins son monde en Livonie* Et en effet on voit par ses rapports officiels qu'il avoit dans cette partie de la Russie , un Missionnaire » qui de si loin peut-être n^em^erroit pas exacte ment et chaque mois , ses quitus licet ; mais qui travailleroit pour l'Ordre mieux encore qu'aucun de ses apôtres. Aber er wird wQrken wie nock heiner gewûrht hat.
Tant d'intérêt pour l'Ordre , pour la propagation de ses complots y marquoit assez évidemment queKnigge pensoit moins à le quitter qu'à reprendre son premier ranç. Tout cela se montroit encore 1)lus évidemment dans ce qu'il écrivit à Caton , e jour même qu'il mettoit à la ppste toutes ses mer Tome IV. L
I^a CONa?IRATION DES SOPHISTIS
^aces pour Weishaupu a J'ai de bien grandes^ » pour noti:e Ordre » disoit-il ici , et cela m'a fait » tout-à^coup oublier Jes outrages de Spartacus* 9 — Je D^ai pas besoin qu'il avoue ses tons^ % mais sînipleaie^t qu'il les connoisse* « La lettre fînissoit par rendre Caton même juge du différent ; ( woriiber Sic , besster Cato , Richter s^n nuj^gen. ) Il n'en faUoit pas davantage à Weis^ haupt , pour voir que cette guerre se terminei;Qit 4 son avantage. U ne vouloît point perdre un homme tel que Philon Kni^ge ; mais il vou- Jipit encore moins avoir un rival. « Si Philon I» rentre en lui-même , ëcrivoit-tl de son côté n à Zws^ch y s'il revient à moi et reconnoH ses » torts » il me retrouvera tel que je fus d'abord • pour ^ui^ Mais ne vous montrez nullement em- » pressé à le rechercher , }^ai & lui prouver que je » peuiL me passer de lui. -r- Il ne faut point nourrir 3» sa vanité. U veut être prié , et c'est précisément ^ pour cela qu'il ne doit pas l'être. —S'il a à cœur » le bien de la chose , il reviendra de lui-même ^ X et je le recevrai à bras ouverts. » ( Ecrits qrig* t* 2 , hit* 24* )
Tout ee que Weishaupt appelle îcî le bien de la chose y c'est-à-dire la propagation , le triomphe de son Illamiuismç > de son impiété et de tout ses complots ; il étoit évident que Knigge ne l'avoit pas moins à cœur que lui-même. Ce vœa commun de la scélératesse les rapprocha encoro précisi^f^ent autant de temps qu'il leur en falloit u l'un et à Tautre pour acquérir en Allemagne une grande partie au moins de cette puissance, que Knigge promettoit à son Aréopage illuminé. Il est vrai qu'il nous dit avoir obtenu son congé et l'honorable attestation de ses services ; il est peut-être vrai que ce congé lui fut donné, ainsi, qu'il ^9W le dit ^ sur la promesse de ne jamAλ
DE L'Impiété et de l'Anarchie. i63 rien faire contre les intëréis et les projets de ritlamiuisme , de garder le plus profond sileiice sur les secrets des Frères , de ne jamais compromettre leurs Supérieurs , de ne pas se permettre même de les nommer ; ( seine Qberti weder zu nennen noch zu compromittireH. ) Mais cette retraite et ce certificat sont daté^ de l'ëpoque où les découvertes faites à Munich lui dictoient déjà des précautions à prendre » pour ne pas se trouver compromis avec les autres che& de l'Illuminisme. Il dit avoir reçu ce congé , le premier Juin , année 1 784 ; et les
{premiers décrets de TÉIecteur de Bavière contre es Sociétés secrètes , sont du m du même .mois de la même année. D'ailleurs quatre mois plus tard encore, nous Yoyons Philon Kni^ge^ inentionné comme adepte par Weishaupt même ^ 3ans aucune indice de sa retraite , ce qui en rend la date au moins suspecte. Quoi qu'il ea soit , depuis l'époque de ses grandes divisions jusqu'au moment 011 Kiiigge nous assure avoir mis fin à tous ses rapports avec l'Illuminisme , il s'étoit au moins écoulé quatorze mois ; nous verrons en son temps comment il faut enten*dre cette prétendue cessation de tout rapport avet ses anciens confrèi;^s. Au moins est-il biea sûr que dans cet intervalle de quatorze mois , il he sut que trop bien ihériter la reconnois*sance de la Secte par de nouveaux services ; par celui-là sur-tout que ses intrigues concertées avec celles de Bode rendirent à Weishaupt^ 6& consommilnt dans toutes les Loges Allemandes les projets de confédération ou d'intrusion. Smcedd Le grand obstacle à ces projets éioit la '» co«fé. jalousie des Rose-Croix j celle des Frères de des^iîinla stricte observance et des Philalètes se disant i"^^*' Illuminés de la Théosophie } l'acquisition d%mw^
'i64 Conspiration des Sophistes Bode , les voyages de Koigge auprès de leurs Altesses le Duc Ferdinand de Brunswick et Charles de Hesse-Cassel , l'illusion qu'il fil à ces deux Personnages, alors les deux chefs les plus iniportatis des Loges Allenaandes , l'influence qu'il eut par son nouvel adepte sur les corn* missaires charges à "Wilhelmsbad de travailler au nouveau Code , expliqueront sans peine comment il triompha de tant d'oppositions. Quand Bode se fut bien convaincu que, loin d'être Tou* vrage des Jésuites et des Prêtres , les mystères de'Weishaupt n't^toient qu'une conspiration toute dirigée contre les Jésuites , les Princes et les Prêtres qu'il détestoil' également ; quand il eut vu toute cette conspiration se dévoiler dans les grades à^Epoptes et de Régens , il ne pensa plus qu'à tenir la parole qu'il avoit donnée à Knigge , de mre tout entier pour son Ordre ^ et sur-»tout d'en ai^oir toujours les intérêts pré^ sens dans la confection du noui>eàu Code* Jamais promesse ne fut plus fidèlement tenue et n'eut un succès plus général. Pour des Frères à qui leurs antiques mystères rappeloient sans cesse l'Égalité et la Liberté , rien n'étoit plus séduisant que la lettre encyclique de Knigge sur la Maçonnerie éclectique ou électii^e* Biea des Loges avoient accédé d'elles-mêmes à sa confédération ; Bode en fit introduire les lois dans le nouveau Rituel maçonnique. C'est àl'occs^ sion de ces lois que celui des Maçons , qui en a le mieux conçu toutes les suites, s*écrîe dans l'amertume de son cœur : « O mes Frères ! par où corn— » mencerai-je etpar où finirai-je, en vous parlant f> de ce Bode , connu chez les Illuminés sous « le nom à'Amélius ? Jugez des importans ou » plutôt des désastreux services qu'il alloit leur » rendre , lui ^ depuis si long-temps en relation
DE lImpiété et de l'Anàrchie. l6S
» avec une foule de nos Frères ; lui qui dans la 1» plupart de nos assemblt^es générales , avoit » )0ué un si grand rôle; — lui qui, sous un » air de bonhomie , de droiture allemande , » cachoit un cœur plein de noirceur, d'impiété y p et d'un enthousiasme fanatique pour te Natu- » ralisme ; lui encore que la stricte obsen^ance 9» avoit mécontenté , en laissant son ambition x> déçue. Quelle acquisition à tous égards que 9 cet homme pour les Ilhiminés ! Ses premiers 9 eObrts se tournèrent contre nous. Il agissoit où » Kniggene pou voit atteindre. Cestpar hUque » les Illuminés dominèrent dans le nom>eau sys" » tème que Von aiH)it i^oulu établir à Wilhelms- » bad ; c'est par lui que leur fui oui^erte Ventrée » dans nos Directoires , et quils vinrent à bout » de fraterniser avec nos Frères de la stricte » observance. L'alternative de Knigge, son Frère » Insinuant , son Enrôleur , éioii de soumettre p à son Illuminisme et d'enlniîner dans sa fu- -» neste alliance , la Franc-Maçonnerie , ou bien » de l'écraser. — ^u grand étonnement , à la » grande douleur de nos vrais Frères , ce fut » pur Rode et lui , que dans toute V Allemagne » la plus grande partie de nos Loges Jurent *> imprégnées , empestées de cet Illuminisme. » (Disc, d'un Vénérable sur le dernier sort de la Franc-Maçonnerie. )
Je retrouve ces lamentations et ces aveux , très-souvent répétés dans les mémoires et les lettresde phisieurs Allemands, jadis zélés Maçons , aujourd'hui déplorant cette intrusion de l'Illummisme Bavarois dans leur Société. Cependant quelques Loges s'y opposoient encore. Celle de Berlin , appelée des trois globes , fit , en 1 783 > circuler des lettres portant anathème contre tous les Frères qui abaisseroient la Franc-Maçonnerie^
i66 Conspiration des Sophistes jusqu'à en faire une sociëtë d'hommes conjura -contre le Christianisme ou le Gouvernement. Mais , sôit que cette Loge ne fût pas elle-même initiée aux derniers mystères des Rose-Croix et autres grades conspirateurs , soit que cet anathème ne ftit qu'une dissimulation de ses propres secrets , la circulaire fit peu d'impression. L'intrusion continua ; elle devint si générale , que dans ses instructions au Grade à' Illuminé dirigeant ^ la Secte crut pouvoir ajouter ces paroles remarquables « de toutes les Loges légitimement cons^ ^ tituées en Allemagne^ il nen est qu'une seule » (fui ne soit pas unie à nos Supérieurs; encore 3» cette Loge est-elle réduite à cesser ses tra- ^ vaux. » ( Grade d'Illum. dirig. sect. 3 , N.^ 5.)
Cette déclaration ne disoit pas encore que le
S lus CTa'nd nombre des Frères Maçons fût déj^ lummé ; elle annonçoit seulement qu'à peine étoit-il une Loge dont les Supérieurs , soit Véné^ râbles , soit Surçeillans^ soit Trésoriers , ne fussent pas en confédération avec Weîshaupt. Maisc'étoit là déjà une terrible puissance souterraine. C'étoit une bien grande multitude d'émissaires ou d'agens dispersés , disséminés dans tous les antres maçon-r niques. Les Loges étoient prises avec les Supérieurs; les Frères subalternes ne dévoient pa3 faire une longue résistance.
La plus grande partie de ces succès étoit due à Philou Knigge ; aussi ne renonçoit-ii point aux prétentions qui montroient un rival. W'eishaupt n'en souiFroit points de nouvelles contestations s'élevèrent entre ces deux chefs. Knigge quitta enfin ou fit semblant de quitter l'Ordre. On ne voit point Weishaupt en témoigner le moindre regret. Sa puissance en eti'et sembloit dès lors à l'abri des revers. Il n'étoit plus un coin de rAUe»-
TABLEAU GÉOGRAPHIQUE ET POLr p^. lli ,