CHAPITRE XL
Quatrième époque de la Secte ^ députation des Illuminés de Weishaupt aux Franc- Maçons de Paris ; état de la Maçonnerie Française à V époque de cette députation ; trai^aux et suc-^ ces des Députés ; coalition des Conjurés sophistes , Franc-Maçons et Illuminés ^formant les Jacobins*
Pro'ctde JD*^ l'annëe 1 782, Philon Knîgge et Weishaupt w.iri- avoient formé le projet d'agréger à leur lllumi-
iiaiipiet nisi^g la Nation Française ; mais son génie ardent, SU] 1.1 impatient et dinicile à contenir , oiîroit à ces deux
Jtrancc. (]j^gfjj ^jg puissans motifs pour ne pas trop hâter leurs conquêtes au delà de Strasbourg. L'explosion en France pouvoît être prématurée ; ce peuple trop actif, bouillant , impétueux pouvoit ne pas attendre que les autres fussent par-tout également ^ prêts au grand objet ; et Weishaupt sur- tout n'étoit pas homme à se contenter d'une révolution partielle et locale, qui pouvoit ne servir qu*à metire sur leurs gardes les divers Souverains de TEurope. Nous l'avons vu au fond de son sanctuaire y préparant ses adeptes , disposant les' rangs avec cet artifice , avec cette chaîne de correspondance , qui ne lui laissoient plus que le signal à donner quand le jour propice aux grands complots seroit arrivé. Cette chaîne formée , et les légions des Frères averties de sortir à l'heure convenue de leurs clubs , de leurs loges , de leurs académies , de leurs antres et de tous leurs repaires souterrains, du Midi au Septentrion, de TOrient à l'Occident, l'Europe entière devoit au même instant se trouver en révolution. Tous les peuples avoient leur quatorze Juillet , l'avoient tous à la fois \ tous les
AoiSy
M L^ÎMPIÉtÉ ET DE L* ANARCHIE. sS;
Bois ) au même jour , se rëveilloient , comme Louis XVI , captifs de leurs sujets. Les Autels et les Trônes s*écrouloient par-tout au même instant. ( F. tome 2 de ces Mémoires , chap. 18.) Les Français dans ce plan dévoient naturellement être le dernier des peuples iUuminisés , parce
Ju'on se tenoit assure que leur activité n'àttenroit pas pour éclater que l'explosion pût être instantanée et universelle.
Cependant il existoit déjà quelques adeptes Tooseet dans le centre même de ce Royaume. Quelques- P][^j*'*^** uns avoient été admis aux secrets de Knigge Mirabeaa. lors de l'assemblée de Wilhelmsbad. Dès la même année , Diétrich , ce Maire de Strasbourg , qui devint en Alsace l'émule de Robespierre y se irouvoit déjà sur la liste des Frères. ( JVele un menschen kentniss , p. 1 3o ) Ils avoient un adepte bien plus important dans la personne de ce Marquis de Mirabeau , que la Révolution devoit rendre si fameux. Par quelle étrange fatalité les Ministres du plus honnête homme des Rois » avoient-ils cru devoir confier une partie de se^ intérêts à cet homme dont toute la vie n'avoit été jusqu'alors qu'un tissu de trahisons domestiques ^ et ae la plus monstrueuse immoralité ? Ce n étoit pas assez que la clémence de Louis XVI l'eiit ravi à ses Juges et à l'échafaud ; il falloit encore que sa scélératesse se crût récompensée par une mission secrète , qui supposoit eu quelque sorte la confiance de son Prince. Envoyé à Berlin , Mi- :.. '7 ^ rabeau y traita les affaires du Roi comme il avoit traité celles de son père et de sa mère. Prêt à servir et à trahir tous les partis , prêt sur-tout à se livrer à celui qui achèteroit les forfaits au plus haut prix , et qui lui en offriroit le plus à commettre , environné d*Illuminés en Prusse , il en fut bientôt recherché. Isicolaï , Biester , Ge« T0AI£ IV. R
Êo8 •Conspiration des Sophistes ' dicke y Leuchsenring deviprent sa sociétë favorite* A' Brunswick j il trouva Mau^illon , digne élève de Knigge , et alors Professeur au Collège Caro-* lin. 11 fut initié par lui aux derniers xn^'stères de rilluminisme. ( Disc, d'un Mailre de Luge sur le dernier sort de la Maçonnerie ; appendix à ce discours ; aiàs important d'Hoffmann , /. a, sect» ril.etp.
Avant son inauguration , Mirabean connoissoit toutes les ressources des Loges Maçonniijues ; il sut apprécier celles que le génie de Weishaupt y avoit ajoutées pour les révolutions. De retour en France , il commença par introduire lui-même les nouveaux mystères dans sa Loge appelée des Philalètes. Son premier collègue fut ce monstrueux Abbé de Périgord , qui déjà se préparoit & jouer le rôle de Judas dans le premier Ordre de l'Église. C'étoit peu des mystères de Weishaupt introduits dans sa Loge ; Mirabeau crut devoir appeler en France des apôtres plus exercés que lui dans tous les artifices du code. Il connoissoic les raisons qui avoient jusqu'alors empêché les ciiefs de riliuminisme ae travailler encore à la i onquéte de la France ; il sut leur persuader qull éloit temps pour eux de se montrer chez une nation qui n'attendoit que leiu*s moyens pour une révolution à laquelle tant d'autres conjurés la dis* posoient depuis long-temps, et dont ses nouveaux confrères étoient sans doute les plus propres à fixer les succès. Les secrets échappés au com-^ merce des lettres qui s'établit dès lors entre lui et Mauvillon (a) , ne suffiront pas à l'historien pour ^- - -
(a) C'est ^ ce même Mauvillon qae les Allemand» font honneur d'avoir eu la principale part à deux oa-> Trages publies par Mirabeau, Tun sous le titre de Mo-^ j, narchie Prussienne, et l'autre sous celai d* Essai sur /«^
DE L*tiMt>lÉTÉ ET DE l'AnaRCHIË. 2^9
â^voUer tous les détails des conseils et des intrigues qui suivirent cette correspondance ; mais au moins est-il sûr que la politique de Mirabeau prévalut dans TAréopage de Weishaupt. Les voix se P^P^f*reunirent , et al fut décide que la France seroit iiiaminéi illuminisée. La commission étoit trop importante JJ^fJ^^*. pour être abandonnée à des adeptes ordinaires. Maoonid^ Celui-là mcme qui depuis la retraite de Weis- ^*"*' haupt étoit censé le chef de l'Ordre illuminé^ ce même Amèîius Bode , le digne successeur tout à la fois de Kni£;ge et de Weishaupt , s'oQVit et fut élu pour député auprès des Loges par lesquelles cet apostolat devoit commencer. On assigna à Bode pour adjoint cet autre élève d^ Knigge , que la Secte avoit nommé Bayard , et dont le vrai nom étoit Guillaume , Baron d^ Busche» Capitaine au service de la Hollande, héri-» tier d'une grande fortune , adroit , plein de ce^ ruses et de ces artUices que les Frères insinuans appellent prudence et sagesse , ce Baron avoit en pour première commission , celle de propager le|i complots de la Secte dans ces provinces même qui croyoient n'avoir acquis eu lui qu'un officier
Illuminés. De Ik ces grands Eloges qu*un trouve de Weîstaupt dans le premier, ( /. 5, /. f^ïL) et tout Tartifice qui règne dans le second. Celui-ci ne fut compose que pour donner le change au public , en paroissant trahir les secrets de la Secte sans dire un seul mot qui la fasse connoître , en détournant l'attention des lecteurs sur des objets tout diffc^rcns. Cette ruse fit croire aux Français qu'ils connoissoient rilluminisme; ils en avoient une id<^e si fausse, que tous leurs auteurd confondent les Illumines* de Weishaupt avec ceux de Swedenborg. Cette ruse d'a^leurs senit à Mirabeau à introduire son l^lluminisme en France , dans le temps même où il semhloît écrire pour le df^voiler. Jusque au nom de Philalète quil donnoit à sa Loge, tout (^toit * artifice ; car ce nom de Philalète dtfsignoit des Illuminas - r r ' 'd'une aalre espèce*
ûéo Conspiration dès Sophistes
prct à donner sa vie pour le maintien des ]oi^« ( Ecrits orig. Philos Berichte 6. ) Le zèle avec lequel il avoil rempli sa première mission , fut sans doute le titre qui lui valut Thonneur d'accompagner le chef de l'Ordre dans celle de Paris. Butdck Les circonstances ne pouvoient pas alors être Maçon- plus favorablcs pour les députes et plus désas- "nsk-nne' ^r6"ses pour la France. Le Philosophisme du krarrivce siècle avoit fait dans les Loges, tout ce qu'on pu*^/" pouvoit attendre des disciples de Voltaire et de Jean-Jacques , pour préparer le règne de cette égalité et de cette liberté , dont les derniers mystères devenoient , par Weishaupt , ceux de l'impiété et de l'anarchie la plus absolue. Une ligne de démarcation avoit été fixée entre les anciens grades et ceux de la moderne Franc- Maçonnerie. Les premiers , avec tous leurs jeux enfantins et avec toute l'obscurité de leurs symboles , étoient abandonnés au commun des Frères* Les autres sous le titre de Grades philosophiques , éloient plus spécialement ceux que j'ai fait connoître sous le titre de Chevaliers du Soleil , de derni(;rs Rose^Croix , et de Chevaliers Kadosch. A la tête de toutes ces Loges bornées aux anciens, ou bien initiées aux nouveaux mystères, se trouvoient dans Paris trois Loges plus spécialement remarquables par l'autorité qu'elles exerçoient sur les autres , ou par leur influence sur l'opinion des Frères. Grand La première appelée le grand Orient , étoit Oncfude moins une Loge que la réunion de toutes les Loges régulières du Royaume , représentées par leurs députés. C'étoit en quelque sorte le grand Parlement maçonnique , ayant ses quatre cham-' hres , doîit la réunion formoit la grande Loge du Conseil , où tout ce qui avoit rapport aux intérêts de l'Ordre se décidoit en dernier ressort. Les quatre chambres étoient appelées HAdmi-^
DE l'Impiété et de l*Anarchié. 261'
nisiration , de Paris , des Provinces et des Grades» Celle-ci , par esseuce , la plus secrète de toutes , n'admcttoit à ses séances aucun Frère visiteur. Mais tous les Vénérables pouvoient assister aux travaux ordinaires des autres chambres.
A ce Parlement maçonnique étoient attachés trois grands Officiers de l'Ordre, appelés le Grand- Maître^ et r Administrateur général , et le grand Conseri^ateur. A l'arrivée des Députés illuminés, le premier de ces grands Officiers étoil le très-Sérénissime Frère Duc d'Orléans , premier Prince du Sang. Les deux autres étoient aussi des Frères de la plus haute distinction. Leur nom seul suffiroit pour nous dire qu'il étoit , jusque dans le dernier Conseil de l'Ordre , des grades purement honorifiques pour ceux de qui le rang servoit à protéger des complots , mais à qui on n'avoit pas même la pensée de confier les secrets. ( Foy. le Tableau alphabétique de la correspondance des Loges du G. 0. de France.
Il n'en est pas , à beaucoup près , de même de Philippe d'Orléans^Sa qualité de Grand-Maître , son Impiété et ses vœux bien connus de tout sacrifier à la vengeance , disoient hautement aux Députés de l'illuminisme tout ce qu'il étoit prêt à faire en leur faveur , auprès de cette multitude de Loges qui le reconnoissoieut pour Grand- Maître. En France seulement, dès l'année 1 787 , le tableau de sa correspondance ne nous montre pas moins de deux cent quatre-vingt-deux villes , ayant chacune des Loges régulières sous les ordres de ce Grand-Maître. Dans Paris seulement , il en comptoit dès lors quatre vingt-une. Il en avoil seize à Lyon, sept à Bordeaux, cinq à Nantes, six à Marseille, dix à Montpellier, dix à Toulouse^ et presque dans chaque ville un nombre propor-tienne à leur population. Ce n'est pas assez de cet
Googfe^
2,^2 Conspiration des Sophistes empire sur les Maçons Français ; le même tablean des correspondances , imprimé pour Tusage des Frères , nous montre dirigées parle même Grand- Maître, et recevant leurs instructions du Grand Orient de Paris ^ les Loges de Chambéry en Savoie , de Locle en Suisse , de Bruxelles dans le Brabant , de Cologne , de Liège , de Spa en Allemagne , de Léopold , de Varsovie en Pologne , de Saint - Pélersbourg , de Moscou eii Russie , de Porlsmoulh même en Virginie , du Fort-Royal à la Grenade, et dans tontes les Colonies Françaises» Ainsi Philippe d'Orléans et son Grand Orient , assuroient à la Secte presque autant de conquêtes qu'elle en avoit déjà fait en Allemagne sousKnigge et sous W^eishâupt ( /rf. art. Pays étrangers» ) Ix)ç?ede« Sous ce Grand Orient, une Loge pins spécia- A^^'îs! ^^^^^^ chargée de la correspondance étrangère éloit , à Paris, la Loge appelée des Amis-Réunis. Dans celle - ci se distingnoit sur-tout le fameux révolutionnaire Sax^aJette de Lange. Cet adepte chargé de h garde du Trésor tloyaly c'est-à-dire honoré de toute la confiance qu'auroit pu mériter le sujet le plus fidèle , étoit en même temps l'homme de tous les mystères , de toutes les ^ Loges et de tous les complots. Pour les réunir tous , il avoit fait de sa Loge le mélange de tous les Systèmes sophistiques , martinistes et ■ maçonniques. Mais , pour en imposer davantage au public , il en avoit fait en quelque sorte aussi la Loge des plaisirs et du luxe de l'Aristocratie. Une musique mélodieuse , les concerts et les bals y appeloient les Frères du haut pardge : ils y accouroient en pompeux équipages. Les alentours étoient munis de gardes , pour que la multitude des voitures ne causât point de désordre. C'étoit en quelque Sorte soiîs les auspices du Roi mâm'e
DE l'Impuété et de l'Anarchie. i63 que ces fêtes se célébroient. La Loge étoit bril^ lante » les Crésus de la Maçonnerie fournissoient aux dépenses de l'orchestre y des Ûambeaux , des rafraicbissemens , et de tous les plaisirs qu'ils croyoient être le seul objet de leur réunion ; mais , tandis que ces Frères avec leurs adeptes femelles , ou dansoient , ou chantolehrdâns'Ia salle commune les douceurs de leur égalité et de leur liberté^ ils ignoroient qu'au-dessus d eux étoit un comité^ ' secret , où tout se préparoit pour étendre bientôt cette égalité au delà de la Loge , sur les rang^ et les fortunes , sur les châteaux et les chaumières , sur les marquis et les bourgeois.
C'étoit réellement au-dessus de la Loge commune qu'étoit une autre Lo^e , appelée le Comité secret des AmiS'Réunis ^ et dont les grands adeptes ëtoîent deux hommes également fameux dans les mystères soit à Lyon , soit à Paris, l'un le grand M^***, et l'autre Chappe de la Henrière. Aussi long-temps que la fête duroit , deux Frères Terribles , munis de leurs épées , l'un au bas de l'escalier , l'autre près de la porte , défendoient l'en^ trée de ce nouveau sanctuaire. Là , étoieht les archives de la correspondance secrète ; là , celui même à qui tous les paquets des Frères d'Allemagne ou d'Italie étoient adressés , ri'avoit point permission de franchir le seuil de la porte. Il i^noroit le chiffre de la correspondance ; il étoit simplement chargé de remettre les lettres ; Saça-lette de Lange venoit les recevoir , et le secret restoit au comité. Le lecteur comprendra aisément la nature de celte correspondance et des conseiU dont elle étoit l'objet , quand j'aurai dit que pour être admis à ces conseils , il ne suffisolt pas d'avoir été initié à tous les anciens grades ; il falloit êirfe aussi ce que les Frères appeloient Matlre de tous les grades philosophiques ; c'esi-à-dire , avoir
264 Conspiration des Sophistes
juré avec les Chevaliers du Soleil , haine à tout christianisme , et avec les Chevaliers Kadosch y haine à tout culte et à tout roi. (a) Loe«de ^^^ antres moins connus, mais plus redoutables la Sonr encore, étoient ceux où les Frères d'Avignon, / *"• ëlèves de Swedenborg et de St-Mariin , méloient ,^^^ I leurs mystères à ceux des anciens. Rose-Croix , ^ ^ '^ ' des Maçons ordinaires et des Maçons sophistes.
Au dehors, sous le masque de charlatans, de visionnaires, ces nouveaux adeptes ne parloient que de leur puissance d'évoquer les esprits, d'interroger les morts , de les faire apparoître , et d'opérer cent prodiges de cette espèce. Dans le fond de leurs Loges , ces nouveaux Thaumaturges nourrissoient des complots presqu'entièrement semblables à ceux de Weishaupt , mais plus attroces dans leurs formes. J'ai dit leurs mystères désorganisateurs , en exposant ceux de Swedenborg et de Saint-Martin ; je n'osois pas encore ajouter ' foi à ces redoutables épreuves , à ces aQreux sermens que je leur voyois attribuer par bien des écrivains. J'eusse voulu n'en parler que sous l'autorité de leur code même ou de leurs adeptes ; ceux que j'ai rencontrés jusqu'ici il'ont pu con-
(fl) J*aî su d'un de ces Frères mêmes , qui longtemps fut le simple porteur de cette correspondance , que toute de se faire initier à ces grades , pour avoir lui-même entrée au comité , il en fut détourné par la promesse qu'on exigeoit d'un enf^agement pour la vie et dune rétribution atuiuelle de six cents lii^res tournois. J'ai su encore de lui que la rétribution ordinaire de chaque Frère, montoit annuellement à la même somme, et qu'où s'en reposoit , pour les comptes à rendre, sur le Frère Savalette, qui n'en rendit jamais. C'est encore une ressource à joindre à toutes celles des arrièreadeptcs pour les frais de complot. Eh ! qui peut dire combien ces ressources s'auginentoient entre les mains d'un homme charg*^ de la garde du IVesor Roval ! Lca conjuréb savent choisir les hommes et les places.
DE l'Impiété et de l'Anarchîe. ^65 noître qu une partie dçs mystères. Mais par ce qu'ils en ont su , il n'est que trop facile de deviner tout ce qui leur restoit à apprendre.
D'abord , il est constant que ces Illumines de Swedenborg, appelés Martinistes en France, se donnant aussi souvent le nom de Chevaliers bienfaisans , avoient leurs voyageurs~toûFcôïnme lés Illuminés de Weishaupt. Il est constant aussi que ces prétendus Philalètes ou amateurs de la vérité , s'étoient donné des lois , avoicnt organisé leurs sociétés , s'étoient , comme Weishaupt , enfoncés dans les Loges maçonniques , pour y chercher des hommes disposés à leurs mystères et aux nouveaux grades qu'ils avoient à leur communiquer. Parmi ces grades , il en est un entre autres qu'ils appellent Chci^alter dit Phénix. Un de ces Chevaliers se disant Saxon et Baron du Saint-Empire , muni de brillans certilicats de plusieurs Princes Allemands ( « ) , exerçoit en France son apostolat, très-peu d'années avant la Révolution. Après avoir résidé quelques jours dans une ville du centre , et visité les Loges et observé les Frères , il crut en reconnoître trois , dignes d'être élevés à de plus hantes connoissan-
{a) Cet (^trange Baron se donnoit le nom XHillmer. Il ne m'ëtoit pas donné de prévoir qu'une ressemblance de nom le feroit confondre avec un irai monsieur //i7Z-
mer , ou Hûlmer , que Ton voit d'ailleurs jouer uu rôle si différent dans sa visite au gymnase de Hall. Il ne m'ëloit pas plus aisé de prévoir que l'auteur d'une lettre que f ai reçue pour sa justiGcation , n'étant pas assez nimiiier avec le français, prendroit pour une in-
' jure le mot s aviser , dans une circonstance où il ne désigne autre chose que l'impertinence de quelques jeunes gens fort peu disposés ^ recevoir des conseils et prêts à insulter Ihonnéte bomme qui s*avise de leur en donner. Je me flatte que cette observation suHlra
Ï>our satisfaire et le vrai M. Hùlmer et son digne apoogiste.
:s66 Conspiration des Sophistes ces. Le Vénérable ou le Maître de Loge y qne je vais laisser lui-même raconter son histoire, se trouYoit du nombre de ses élus. « La partie 1» acceptée , me dit ce Vénérable y nous nous » rendîmes tous les trois chez notre Illuminé , » pleins d'ardeur pour les fi;rands mystères qu'il » nous annonçoit. Comme il ne pouvoit pas nous » faire passer par les épreuves ordinaires, il nous 9> en dispensa , autant qu'il étoit en lui de le faire. » Au milieu de son appartement , il avoit disposé f> un réchaud et un brasier ardent. Sur une table » étoient divers syniboles, entre autres un Phénix » entouré d'un serpent, qui formoit un cercle en » se mordant la queue. Les mystères s'ouvrirent 3» par l'explication du braisier et des autres symy» boles. Ce brasier , nous dit-il entre autres , a » été préparé pour vous apprendre que le feu est ^ le principe de toute chose ; que c'est lui qui » fait tout dans la nature , qui met tout en acy> tion ; que l'homme même lui doit sa faculté de » vivre , de penser et d'agir. Ce fut là l'essence » de sa première leçon. *— De là l'Illuminé passe >» aux autres symboles. Quant à ce serpent , ajoute- » t-il, le cercle qu'il forme est l'image àeVéter-^ p nité du Monde y qui , ainsi que ce cercle , n*a » ni commencement ni fin» Le serpent encore y> vous est connu comme changeant sa peau , Qt » la renouvelant chaque année ; par-là vous ap:j> prenez à connoUre les révolutions de l'Univers, y» celles d'une Nature qui semble s'afFoiblir et » périr à certaines époques , mais qui dans l'im- 3» mensîté des siècles , ne vieillit que pour rajeu- » nir de nouveau , et pour se disposer encore à » de nouvelles révolutions. «— Ce Phénix vous » expose plus naturellement encore la succession » et la perpétuité de ces phénomènes. La fable » ne le fait renaître de ses cendres , que pour
DE lImpiété èt de l'Anarchie. 567
» vous apprendre comment cet Univers renaît et lo renaîtra sans cesse des siennes.
» Pour exposer toute cette doctrine , notre Ba- » ron illuminé n'avoit exige de nous que la pro- » messe ordinaire du secret ; tout-à-coup il s'arrête, » ' et nous prévient qu'il ne peut nous en dire da- » vantage , sans exiger de nous un serment dont » il se met à lire la formule , pour voir si nous n étions disposés à le prêter. Ce serment nous faisoit » tous frémir tntérienremént. J'en ai peu retenu y> les paroles ; mais c'étoit la promesse , sous les » plus exécrables expressions , d'obéir aux chefs » de son Illuminisme. Nous tâchions de contenir y> notre indignation pour arriver à ses derniers » secrets ; mais il en vint à la promesse d'abjurer » jusqu'aux liens les plus sacrés , tous ceux de » citoyen y de sujet , de famille ^ de père^ de ; » mère , d'amis , d'enjans , d^ époux. A ces pa- | » rôles , un de nous trois ne pouvant plus se con* y> tenir, sort précipitamment , rentre ensuite , une » épée nue à là main , s'élance sur le Baron illu- » miné avec le transport d'un homme qui ne se » possède plus. Nous fûmes assez heureux pour » l'arrêter , jusqu'à ce qu'il reprît un peu son f» sens froid. Mais alors il ne prit la parole , que )} pour traiter liotre Illuminé de Scélérat , et » l'avertir que , s'il étoit encore vingt - quatre » heures dans la ville, il le feroit jUger et pendre. » On devine aisément que le Baron t>é hâta de prévenir la menace.
Ce qui me reste à raconter , pour jeter encore quelque jour sur celte knonsirueuse secte , ne s'est
Ïoint passé en France , mais à Vienne eh Autriche. Jn jeune homme d'une famille très-distinguée, et qui dans la guerre actuelle s'est signalé par son courage , avoit eu aussi la fantaisie, commune à tant d'autres , de se faire Franc-Maçon. Sa Loge