‹ Mémoires pour servir à l'histoire du jacobinismeChapitre 8 sur 61 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Seconde partie du Code illuminé; premier ginde préparatoire; le Novice et son Instituteur^

Dans les premières années de rillumînîsme * le « , , temps d épreuves réglé pour les novices , etou de oofia^i. trois ans pour l'élève qui n'en avoit pas plus de dix-huit ; de deux ans , pour celui qui se trou voit .entre dix-huit et vingt-quatre ; et enfin d'un an , pour celui qui approchoit de trente, ( Réforme ^des statuts , N.^ 7. ) Les circonstances ont appris â abréger ce temps ; mais quelles que soient les dispositions du novice , si la durée des épreuves .est abrégée y il n'en faudra pas moins qu'il les subisse ou les prévienne toutes y pour arriver aux .autres grades. Dans cet intervalle il n'aura pas d'autres supérieurs que l'insinuant même à qui U doit sa yocation ; et pendant tout le temps que dû* Tera le noviciat , il ne sera point permis an frère insiAuant de faire connoUre à son élève un seitl des autres membres de l'Ordre. Cette loi est portée pour éviter à. l'Ordre tous les dan£;ers qui pourroient résulter des indiscrétions du novice , et pour n'en rendre responsable que l'insinuant même ; car, di^ formellement le code^ si malheureuse-

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ment Télève se trouve on parleur indiscret ; ^(m imprudence ail moins ne trahira qu'un seul des Première ^^''^s. ( Ibîd. N.^ i6. ) Âussiles premières leçons élude da du frère insinuant, désonnais instituteur , doivent- «oTi^cc; le ^jgg rouler sur l'importance et l'étendue du secret à observer dans l'illuminisme. Il commencera par ' Az'o;..^/ I ^*rc à son novice : « Le silence et le secret sont j^/v.,/<^ I » l'ame de l'Ordre; et vous l'observerez ce sir r '^ / >» lence auprès de ceux-mémes que vous pourriez

» soupçonner aujourd'hui être nos frères, et auprès y> de ceux qui vous seront connus dans la suite. i> Vous regarderez conune un principe constant » parmi nous que la franchise rCest une çeriii » qu'auprès des supérieurs ; la méfiance et la re- » serçesont la pierrefondamentale. Vous ne direx » à personne ni aujourd'hui ni dans la suite , la » moindre circonstance de votre entrée dans » l'Ordre , pas même de quel grade vous pourrez » être, ou en quel temps vous aurez été admis. En » un mot , vous ne parlerez jamais devant les frères «> mêmes , des objets relatifs à l'Ordre , à moins f/T-jî,.^/ ; L ' K.» d'une vraie nécessité. » ( Voyez Ecrits origin. ( . - /-7- ^ 1 ^^^^^^^ ^^ P Ordre, s N.^ 20 , réfomxe des Statuts , .: : ' I- 27 , çérit* Illum. ; Statuts génér. iST." 3i et 32. ) * Par cette loi sévère , l'illuminé sera souvent un mystère pour l'illuminé même. Le novice appren-« dra à n'y voir qu'un moyen de prévenir la ruine dont la moindre indiscrétion menaceroit tout l'Or^ dre. ( Sommaire des Statuts , N.^ 1 5. B. )

Pour s'assurer plus positivement de ce profond secret de la part de son novice , le frère insinuant n'entrera près de lui dans aucun détail : il ne lui livrera pas un seul des écrits relatifs à l'Ordre^ avant d'en avoir obtenu la déclaration suivante : te Moi soussigné , promets en tout honneur et sans » aucune restriction , de ne jamais dévoiler par 1» paroles , par signes , par gestes , ou e» aucuntt

y ».'ff

DE lImPIÉTÉ et de l' ANARCHIE. 4j

> manière possible , à quelque personne que ce » soit , à mes parens , alliés ou amis les plus inp times , rien de ce qui me sera confié par mon 9 introducteur , relativement à mon entrée dans p une société secrète ; soit que ma réception dans » cette société ait ou n'ait pas lieu. Je m'engage 3> à ce secret d'autant plus volontiers , quemtyk

> introducteur m assure que dans cette société p il ne se passe rien de contraire à F Etat , à la » Religion , aux mœurs. Quant aux écrits qui me 9 seront remis , et aux lettres que je recevrai sur » le même objet , je m'engage à les rendre , après "^ r "* '^^ » en avoir fait pour moi seul les extraits néces- ,

» saires. » (^Ecrits origin. et {véritable lilum. art. . . Revers. )

Ces écrits ou livres relatifs à l'Ordre , ne sont d'abord livrés au novice qu'en petit nombre » pour très-peu de temps , et sous promesse de les tenir hors de la portée des curieux. A mesure qu'il avancera en grade y il pourra les conserver plus long-temps et en plus grand nombre : mais ce n« sera pas avant qu'il ait fait part à l'Ordre des m^ sures qu'il aura prises , pour empêcher qu'en cas . de mort , aucun de ces écrits ne tombe entre les mains des profanes. (Inst des Insinués y N.^ 8« Ecrits origin. le i^érit. Illumina N.^ ?•) '^ saura , dans la suite, qu'à ces précautions les frères illuminés en ajoutent bien d'autres , toutes relatives au profond secret de l'Ordre sur ses statuts et sur son existence même. Il verra , par exemple , dans ses lois y que s'il est un malade dans l'Ordre , les antres frères doivent le visiter assidûment, d'abord pour \t fortifier , ou empêcher toutes les révélations que la crainte de la mort pourroit lui arracher ; et ensuite pour emporter eux-mêmes tous les écrits de l'Ordre que le malade pourroit avoir €hex lui y aussitôt que la maladie devenue sérieuse

annonceroit des dangers. ( Statuts du MinerVp Seconde ^«^ i^*) H apprendra enfin un jour, que pour ^cade da dérober jusques à la moindre trace de leur exis« "**^***' tence , les frères illuminés ne doivent point exister par-tout sous le même nom , mais emprunter celui d'un autre Ordre , ou même d'une simple société littéraire, ou même exister sans aucun nom quelconque qui les fasse distinguer du public. Diction- ^^ premier des écrits livrés au novice , pour mire de l'accoutumer à ce profond secret , est en quelque lOrdre. ^^^^^ |^ dictionnaire de lllluminisme. Avant toutes choses , il faut bien qu'il se fasse au langage de la secte , c'est-à-dire à l'art de communiquer avec les supérieurs et les autres adeptes , sans être entendu des profanes* Au mo^en de ce langage , il faut que les illuminés puissent parler entre eux, et sur-tout s'écrire les uns avec les autres , sans que les profanes puissent deviner quel est le frère dont ils parlent, de quel lieu, en quel langage, en quel temps , et à qui ou par qui la lettre est écrite. Nomi Pour cacher les personnes , le novice illuminé omciéris: sauTa d'abord que jamais les frères ne se désignent l^mLi. 1 dans rOrdre par le nom sous lequel ils sont conr : nus dans le monde. Il aura pu savoir qu'il existe . une pareille précaution dans les derniers grades . de la franc-maçonnerie , où les Rose- Crois reçoivent ce qu'ils appellent dans les loffes , leur Caractérisiiaue , c'est-à-dire leur nom ae £^erre« Le novice illuminé recevra son caractéristique dès son entrée au noviciat ; et ce nom même ne sera pas étranger aux complots pour lesquels on le prépare. Il faudra qu'il ait soin un jour de le rendre vraiment caractéristique ; qu'il étudie et . même qu'il écrive l'histoire de son nouveau patron ; que dans les qualités ou les actions de son héros , il sache reconnoître le genre de services ' que l'Ordre attend de lui. ( Ecrits orig. tom. i • ^

InstruGt.

M Vhmiri et de l*Anar<«is* 4gi Jnsttuct. des Insinués , N.^ ^j ; et t. 2 y letL 1 3. ) Aalaiit qu'il se pourra , ce nom sera choisi conformément à ridée que le Novice aura donnée de lui. S'il a montré quelques dispositions à ressasser un jour les objections du philosophismo contre i'£vangile^ son caractéristique sera Ctfse, Porphïrey ou bien Tindal^ Shafisburv* Si Ton observe en lui du penchant à la haine des rois , ou des talens pour la politique de TOrdre , il sera appelé BrutuSy Catouy Machiavel. On ne lui dira pas encore^ mais on lui fera deviner un jour ce qu'il doit faire pour mériter ce nom; On ne lui dira pas non plus, Uiais s'il arrive jusqu'aux derniers mystères , il lui sera également facile de savoir pourquoi Weishaupt , en s'instailant chef des Illuminés y eut soigi de prendre pour caractéristique le nom de Spar^ tacus , de ce chef si fameux à Rome , dans la guerre des esclaves révoltés contre leurs maîtres. ^

( Ecrits orig. t. i , sect. 4* ) ,

Ainsi ,que les personnes , les provinces et les Leur ^éo^ ' yilles changent de nom dans ce langage ; c'est nue s«P^** ■géographie nouvelle que le novice doit apprendre» 'Dans ses nouvelles cartes , la Bavière , patrie dik fondateur, devient VAchaïe ; la Souabe s appelle Pannonie ; laFranconie, l'Autriche, et le Tiroi sont Vlllpie , r Egypte et fe Pé/oponèse. -*• Mujiich devient Athènes ; Bainberg, Antioche; Ihâ^ pruck , Samos ; Vienne en Autriche est Borne , el Wirtzbourg, Carthage ; Francfort sur leMein devient Thèbés ; Heidelberg est Utique , Im^ols^ tudt y le chef* lieu primordial , n'est pas asse2 Mché sous le nom àEphèse. Il est pour cette ville privilégiée, un nom pitis mystérieux dout la connoissance est réservée aux profonds adeptes. C'est .' . , ^ ' A. /,. le nom d'Eleusis. - /. ^.

Si jamais le novice est appelé à jouer loin de sa patrie le personnage d'enrôleur , le nouveau Tome IlL D

5o Conspiration des Sophistes

dictionnaire géognaphique s'ëtendra pour In! comme sa mission. 11 ne la commencera pas sans avoir reçu celui des provinces qu'il doit conquérir

Ltnr ca- à l'Ordre* ( /(rf. sect. 2 e/ 3. ) Il faut encore qu'il s'accoutume à l'hëgire et au calendrier illuminé* Il datera ses lettres , et toutes celles quirrecëvra seront datées d'après Fère persanne , appelée Jezdegert , et commençant l'année G3o. L'année illuminée commence elle-même le premier PAarai?ardin qui répond au 21 mars. Ce premier mois n'a pas moins de ^i jours; les mois suivans, au lieu de s'appeler mai , juin , juillet , août , sep?tembre et octobre , . sont Aaarpahascht , Chardady Thirmeh , Merdehmeh , Shaharimeh , Mer harmeh. Pour novembre et décembre , les illu-*» minés disent Abenmeh , Àdameh ; pour janvier et février Dimeh et Bemneh. IJs ne donnent que 20 jours au mois de mars , et ils l'appeUjent As^ phandar. ( V. le çérit. Illuminé , premier grade. ) Il faut encore que le novice illuminé saccoui^irs tume à donner aux chiffres la valeur des letti;es

chiffre*, qxie l'Ordre leur assigne , en attendant qu'il, apprenne une seconde manière de hiéroglypnes servant de chiffre aux adeptes plus avancés (a). . II faut enfm que le novice illuminé s'accoutiune %t ne jamais écrire le nom de son Ordre. Ce mot, trop vénérable pour être exposé aux yeux des pro- ^^ fanes , se supplée toujours par un cercle avec un

j^ f ^' (a) Dans le chiffre ordinaire des illuminés , left «ombras répondent aux lettres dans Tordre suivant :

.12 II 10 987654^^' a, b, c, â, e, f, g, h, j, k, 1, m, i3 14 i5 16 17 18 19 20 21 22 23 24 n> o, p, q, r, s, t, u, w, x, y, z. Les caractères me manquent pour leur chiffre plus mystérieux. 11 se trouve gravé à la fin du grade de \ illuminé Directeur^ appelé aussi par eux le Chevalier Ecossais. iljest beaucoup plus difficile que celui des franc-maçon^

BB L'iMPlÉTi: ET DE! L^AMARCmS. S\A

point aucteotrei ciâmnéàdm:dîe loge sereiié'pslc quatre ligoes formam un quarrë long* (f^oj*. tows ha^ □ r-^^^ les Ecrits orig0 de L'Ordre» y.', i^ , ' .«

A cette Dremière étude puccède:cclle du code-^ ^ v /, /

donné aux jeunes Frères sous le nom; de Statuts ^^ /z''z6i '' * des UluminéS* Ce n'est qu'un premier piège qi<e ^^^-^j^ ces statuts. Le jeune élève les voit ^vec qdmira'-^^tuii)* àok tion commencer par ces mots». ' «^s°Juto*

<c Pour la tranquillité .et la .sûnsté de toifs tés -•' - «^ » frères 9 soit novices, -soit membres artifs-cfe j» cetie société , pour prévenir ^louttoupçon mal 9 fondé et font donte inquiétant v le vénérable » Ordre déclare quUl n^a'obsofurheHt pourbtU j> aucun projet , nu£une entréprise ou mancM^ 9> nuisibles àVEtdt ^ à' la Religion ei^atia^ bonwis » mœurs; et qu'il naJi/nHyré^rief» de sembl^ahle » dans Ses membres* T! oui son objet ^: tons s4s » travaux tendent uoîquehient h inspirer aux hcuA- 9 mes de Tîntérét pour la perfection de leur cdràc* ... >» tère moral ; à les. pénétrer aes sentinens hdftiaiils » et sociables^ à écarter lesprojeu iias^niéoteiîsi^ » secourir la vertu souffrante .ef. opprimée y h ^f^ p voriser l'avûncement d^s hommes jàe médité ^ ^à 1» rendre générales dés-connotssànees encore cè^ p chées à la plupatt des bbmmcs. ;'rei est, non îe prétexte co/ortf 9 maislevralbut/âerOrdée^n (Frai alumine; Statuts génén iteni^ Ecritsorig. t. ï, v^'-'i • -^ ^ ' • ' ^'■ sect.80) .,,/•' »

Le novice qu'une détlaMtion ^i |>osiitive rie t^ soreroit pas, croira an moins ^ironvernti géràHt des intentions de l'Ordre dans les obligation^ qull se voit imposées. Son gcand devoir doit ékre de ^^ former le ccsur^ de manière à gagner non-seulement l'affection de ses frère^ , 'çaâ;i$ cell^ 'de' ses ennemis mêmes. Il kii est ordonné bien posîtiVé^ I ment de trayàiller de toutes^ ses forùes à sa per^ fectioii exténeure et intérieure^' l\ eè»f 'Vrai qcA»

Bi GoNSPIftÀTlON DES SOPtIISTES

bie&IÂt à cette loi succède celle à^étudier Pari âê dissimuler et de se déguiset ; mais son frère insinuant est là pour lui apprendre comment cet art fait partie de la vraie perfection , pour écarter les soupçons que ce rapprochement pourroit donuer. Quatrièirc '^ ^^^ d'ailleurs pour ie novice bien d'autres devoirs Xide <^à remplir qui peuvent détourner ses réflexions* mmliede ^^ ^"^ ^*^ ^"® '^^ frères illuminés ne doivent rordrè. . ayoir qu'un méme^esprit, les mêmes volontés^ les mêmes sentimens^; qu'il est, pour inspirer ces , mêmes senlimens, un certain nombre d'ouvrages «dont la société a fait choix et dont il faut qu'il se r.pourrisse. Si le novice étoit un de ces hommes que J^r attachement à l'Evangile rend plus circonsvpects sur les pièges tendus à leur religion ; le i^boix de ces ouvrages suffiroit poui* lui dire, que i^le piçemier objet de son insinuant est de lui per- .^ader qu'il a bien peu besoin, d'être chrétien pour . arriver à toute la perfection dont parlent ses •^tatuls.' La morale qu'on lui fait .étudier est celle {à'Epictète , de Sénègue , à'Antonin , de Plutar^ ^que 9 tous étrangers au christianisme. C'est encore /cellq des sophistes modernes , tels que Wieland^ ^Meiners , Basedow^y dont le but n'est rien moins que de faire un chrétien pour faire un honnête -J^omme. Sous l'afiectation d'une philosophie bon* néte et modérée , cette morale est même celle de )a lubricité et de l'impiété , tracée dans le livre de J* Esprit, y i^9X lé sophiste Helvétius. {f^oy. la liste de ces œuvres dans Us Ecrits originaux ^ réforme \de^ Statuts , N.^ aS. ) Mais le frère enrôleur doit 3'étre assuré que ces réflexions ne sont plus de .nature à faire impression sur ses élèves. D'ailleurs .rien n'est plus propre à les dissiper que l'étude constante de ces productions livrées aux novices, ' jointe au spin d'écarter tous les livres qui pourraient leur donner d'autres idées } et Tinstituteur

DE l'Impiété et de l'anarchie. 57

îHnminë fidèle à son code , ne doit rien néglige): poar qae ses no^es remplissent en ce genre les» intentions de l'Ordre. Il ooit non-sealement avoir avec eux de fréquens entretiens , il iaut qu'il les' occupe 9 il faut même qu'il leur fasse des visitesinattendues pour les surprendre , et voir à quel' point ils s'occupent du code et des divers écrits, que l'Ordre leur confie* Il doit se faire rendre compte de leurs lectures y exiger des extraits , les. aider de ses explications , et ne rien négliger , en un mot , pour s'assurer des progrès que fait dans' leur esprit la morale de l'Ordre. ( Foy. instruc.* pro insinuant, et récipient. )

Il est pour le novice illuminé une étude plus csa* nécessaire encore , celle de la science appelée aans ^j "^^^ le code la plus grande de toutes. Cette science noTîce ; par excellence • est la connaissance des hommes. ^^^T' Le frère instituteur doit la représenter à son élève hommcf. comme la plus intéressante de toutes les sciences. ( Le i^érit. Illum. instruct. sur Fart dejbrmer les l / ^ ^ ^^ ^ i ilèçes , N.^ 12. ) Pour apprendre cet art de con-» /

nohre les hommes , tout novice reçoit le modèle d'un journal en forme de tablettes dont son institn^ teiur doit lui montrer l'usage. Muni de ce journal , il faudra qu'il se mette à observer tous ceux àes hommes avec qui il se trouve , à tracer leur carac* tère , à se rendre compte à lui-même de tout ce qu'il voit, de tout ce qu'il entend. Crainte de '

l'oublier , il faut toujours qu'il ait sur lui quelque feuille volante, ou bien des tablettes de poche sur lesquelles il puisse d'heure en heure , écrire ses observations , pour les rédiger ensuite dans son journal. Pour s'assurer de leur exactitude sur ce point , le frère instituteur doit se faire montrer de temps à autre et le journal et les tablettes des novices. Pour les rendre plus experts à peindre les vivans , il exercera ^es élèves sur les auteurs

^4 Conspiration des Sophistks et les héros anciens ,- dont il leur fera tracer le caractère. De tous les exercices des frères illuxuinés V il n'en est point dont rtiabîtiide soit plus souvent et plus spécialement recommandée dans leur code» Ce doit être la grande étude du novice ; de doit être celle de tous les grades. {V. sur-tout ibid. N.^ i3; F* Ecrits orig^ réf. des statuts y jW.^* g,, I o y 1 3 , 1 4 ; Instriict. pro insinuant. 5 , pro recip^ 1 6 , etc. )

Par son assiduité à ce grand art, le novice appirend a distinguer ceux qu'il pourra lui-même enrôler un jour ,. et ceux qu'il devra écarter de rilluminisme. C'est pour cela que son instituteur àoii y engager sans cesse à proposer ceux qu'il croit propres à l'Ordre. ( hst. pro récipient. ; N.^ 1 3. ) A ce résultat pour la propagation des frères y se joint encore à celui de connoitre leurs amis ou ennemis , les dangers qui se présentent et les moyens à prendre, ou les personnes à gagner,^ a rechercher , pour éviter l'orage ou pour faire de nouvelles conquêtes. Soit novices, soit illuminés de tout autre grade , il faut que chaque frère rédige les observations de cette espèce, que fchaque mois au moins elles soient envoyées aux supérieurs sous la forme prescrite. ( Instruct^ des Insin. N.^ 5. C. et Ecrits origin. etc. ) Lien» du Tandis que le novice est tout occupé de ces novice, observations , de cette étude , il ne sait pas qu'il est luinnême continuellement observé , étudié par son insinuant ; que fcelui-ci écrit aussi de son côté , note , rédige exactement , et fait passer aux supérieurs tontes ses observations sur les fautes ou les progrès , sur le foible et le fort de son élève. ( Instruct. pour V Insinuant , N.^^ 3 et 4 9 le çéritahle Illuminé ; Instruct. sur Vart de for^ mer des Frères , N.^^ i et z.) H ne sait pas surtout que la grande étude de soainstitâteurest de*

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lé lier si étroitement à rilluminisnie , que bien long-temps ayant de connoître les secrets de l'ordre , il y tienne maigre lui par des liens invin-» cibles , par tous ceux de la crainte et de la terreur, si jamais il venoit à s^en détacher par l'horreur des systèmes et des complots qu'il pourra découvrir. •

Ce grand art de lier les novices à l'illuminisme, Bo» oW"cst d^abord dans l'idée magnifique que le frère '**^** insinuant leur donne des projets de la secte , et * dans le vœu qu'il sait leur arracher d'une sou-* mission aveugle et absolue à tout ce que les snpé- ' rieurs prescriront de moyens pour arriver au but ' de l'ordre.

C'est ici que Weishaupt a paru plus spéciale* . ment vouloir assimiler le régime de la secte à celui ' des ordres religieux , et sur-tout à celui des Jésuites , par l'abandon total de leur propre volonté et de leur jugement , qu'il exige de ses adeptes , ' et auquel il est expressément ordonné aux frères enrôleurs d'exercer leurs novices. ( V. Mirabeau , Monarchie Prussienne , J. 5 ; Essai sur les Blu- -y f

minés j chap. 3 ; derniers éclairciss. de Philon , ^. 6i . ) Mais c'est ici précisément qu'il falloit observer l'énorme différence qui se trouve entre l'obéissance religieuse et l'obéissance illuminée. De tous les religieux qui suivent la règle de St. Basile, de St. Benoit, de St. Dominique ou de St. François , il n'en est pas un seul qui ne sache ' qu'il est pour lui une voix bien plus impérieuse que celle de ses supérieurs. La voix de sa cons- ' cience , celle de son Dieu et celle de l'Evangile. Il n'en est pas un seul qui , dans le cas oii ses' supérieurs oraonneroient des choses contraires aux devoirs du chrétien ou de l'honnête homme , ne voie Texception à faire à l'obéissance qu'il a vouée. Cette exception est souvent exprimée et toujours éridemmcnt annoncée par tout l'objet des iusti- *

5è Conspiration des Sophistes •

tuts religieux ; elle est sur-tout formelle , et bien des fois positivement répétée dans celui des Jésuites. Il leur est ordonné d'obéir à leur supérieur; I mais c'est dans le cas où ils ne verront point de i péclié à obéir , uhi non cerneretur peccatum. ( Constitution des Jésuites , part. 3 , chap. i ,

Î)arag. 2 , çoL i , édit* de Prague. ) C'est dans e cas où Ton ne pourroit dire qu'il se mêle une espèce de péché quelconque à lobéissance , ub£ définir i non possit aliquod peccati genus inter-^ cedert'. ( Id. part. 6 , chap. 1. ) Enfin , comme si ces exceptions ne suflîsoient pas, alors même que rinstituteur des Jésuites leur recommande le plus Tobéissance , il a soin de répéter que cette obéissance , malgré tout le vœu qu'ils en font , ne doit avoir lieu que lorsque les ordres de lliomme ne sont pas opposés a ceux de Dieu , ubi Dec contraria non prmcipit homo. ( V. Epist. Ignat. de obedient* ) Tous ceux donc qui ont cru voii- des rapports et , comme s'exprime Mirabeau , des

{ Joints de contact entre ces instituts religieux et e code illuminé , auroient du commencer par observer que l'obéissance religieuse n'est dans son essence même qu'un engagement à faire tout le Jbîen qui sera prescrit sans mélange du mal. Il leur ëtoit facile de prouver ensuite que dans l'obéissance prescrite par Weishaupt , tout annonce , tout prescrit la disposition à obéir , malgré toutes les réclamations de la conscience , et quelque ënorme que paroisse aux adeptes le forfait qui pourra leur être ordonné , pourvu qu'il conduise au grand objet de l'ordre. « Notre société , ce » sont les expressions du code , exige de ses » membres le sacrifice de leur liberté , non pas » sur toutes choses , mais absolument sur tout ce » çui peut être un moyen d^ arriver à son objet» » Or , la pr^omplion pour la bonté des moyens

DE lImpiété £t de l'Anârchie. By

> prescrits , est toujours' en Jin^ur des ordres 9 donnés par les supérieurs. Us sont plus clair- » Yoyaiis sur cet objet ; ils le connoissent mieux , » et cest pour cela seul qulls sont consti* » tués supérieurs ; — ils sont mits pour vous conn duire dans le labyrinthe des erreurs y des ténè- » bres ; et là Tobéissance n^est pas seulement un • devoir , elle est un objet et un motif de reconr*

> noissance. » ( Réforme des Statuts , N.^^ i , 4 et 25 ; le çérit. Illum* Statuts génér. y N.^^ 1 1 /eti2.)

Telle est l'obéissance des illuminés ; on ne trouvera pas dans tout leur Code une seule exception* Ce n'est pas même assez de prévenir évidemment ^'elle n'en admet point* Avant que le novice ne termine ses preuves , nous le verrons réduit à s'expliquer formellement sur ses dispositions $ à l'égard des ordres que les supérieurs lui donneront y et qu'il pourroit juger contraires à ses devoirs. Il faut d'abord que son instituteur l'en- Irelasse , et s'empare de tout son intérieur et de tous ses secrets. Sous prétexte d'apprendre à se connoître lui-même , en étudiant Tart de connoitre les autres , il faut que le novice fasse lui-même son portrait , qu'il dévoile tous ses intérêts^ toutes ses relations , et celles de sa famille.

Le frère instituteur a soin de lui fournir encore le modèle des tablettes à remplir ^ pour donner à l'Ordre cette preuve de conjSance , et le temps viendra où il faudra bien qu'il en donne une plus grande encore.

Il faut dans ces tablettes , que se trouvent ex- Coimoî«primés par le novice même y son nom y son fige , sesaecntt. ses fonctions y sa patrie , sa demeure , le genre d'étude dont il aura fait choix y les livres qui composent sa bibliothèque pu les écrits secrets qu'il peut avoir > ses revenue , ses amis et se3 ennemis »

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la raison de ses iaimitiés y et ses connoissances et ses protecteurs.

. Au dessous de ce tableau il faut qu'il en place un second , contenant tous les mêmes objets , sur son père , sa mère , et sur leurs autres enfans* Il faut qu'il exprime plus spécialement Tëducatioa qu'ils ont eue , leurs passions , leurs préjugés y leur côté fort et leur côté foible.

On voit par le modèle ajouté aux écrits originaux 9 que cette dernière partie du tableau n'est pas la plus flattée. Dans celui-ci , le novice Fran^ çois^ Antoine St...* âgé de 22 ans , peint son père. emporté y et aux mœurs soldatesques ; sa mère un peu avare ; Tun et l'autre ayant pour côté foible la flatterie et V intérêt ; l'un et Tautre vivant à la vieille mode , à l'ancienne franchise ; dans leur déi^otion têtus et arrogans , rei^enant bien difficilement d'un projet mal conçu , plus difficilement encore pardonnant à celui qu'ils ont pour ennemi ; cependant eux-mêmes peu haïs , parce qu'ils sont peu craints , et fort peu en état de nuire. { Ecrits orig. tabl. de J. Franc. St.... )

Tandis que le novice travaille ainsi à dévoiler lui-même , et tous ses secrets et tous ceux de sa famille , le frère insinuant trace de son côté de nouvelles tablettes , auxquelles il ajoute tout ce que ce temps d'épreuve a pu lui découvrir sur son élève et ses parens.

Sur la comparaison des deux tableaux , le supérieur a-t-il prononcé l'admission du novice à la dernière épreuve ? le moment des grandes ques-: tions arrive. C'est sur ces questions que le novice jugera de toute l'étendue du sacrifice qu'il doit faire, de l'empire qu'il faut donner sur toutes ses volontés , sur toute sa conscience , sur sa personne même, à tout niluminisme, s'il veut en èix% membre^

DE l'iMPiÉTÉ ET DE L'AnARCHIE. 59

Ces questions sont ùa nombre de vingt-quatre , et conçues en ces termes :

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