VI
solennellement assassinés suri echafaud, et tous les Souverains du monde fièrement menacés du même sort. C'est par eux que la révolution française est devenue le fléau de l'Europe, la terreur des puissances vainement combinées pour mettre un terme aux progrès de ces armées révolutionnaires , plus nombreuses et plus dévastatrices que l'inondation des Vandales.
Qu'est-ce donc que ces hommes sortis , pour ainsi dire , des entrailles de la terre , avec leurs dogmes et leurs foudres , avec tous leurs projets , tous leurs moyens et toute la résolution de leur férocité ? Quest-ce que cette secte dévorante ? D'où lui viennent tout à la fois et cet essaim d'adeptes, et ces systèmes et ce délire de la rage contre tous les autels et tous les trônes , contre toutes les institutions religieuses et civiles de nos ancêtres ? Aussi nouveaux que leur nom même , les Jacobins ne sont-ils devenus les plus terribles instrumens de la révolution , que parce qu'ils en sont les premiers nés et les enfans chéris ; ou bien , antérieurs à la révolution , si elle est leur ouvrage , que furent-ils eux-mêmes avant de se montrer ? Quelle fut leur école et quels furent leurs maîtres ? Quels sont leurs projets ultérieurs ? Cette révolution française terminée , cesseront-ils enfin de tourmenter la terre , d'assassiner les rois et de fanatiser les peuples ?
3 r. Ces questions ne sont rien moins qu'indifleren-
taïcurdc tes Pour *es nati°ns et Pour *es hommes chargés histoire. d€ ieur bonheur , ou du maintien de la société.
(Vit) J*aî cru qu'il n'étoit pas impossible de les résou» dre ; mais c'est dans ses annales mêmes que j'ai cru devoir étudier la secte, ses projets, ses systèmes . ses complots et ses moj^ens. C'est à les dévoiler que je consacre ces Mémoires.
J'aurais vu les sermens et les conspirations des Jacobins se borner aux désastres qu'ils ont déjà produits ; j'aurois vu des jours plus sereins se lever et annoncer le terme de nos maux avec celui de la révolution française, je n'en croirois pas moins à l'importance , à la nécessité de dévoiler les ténébreux complots auxquels nous la devons.
Le=; fastes affligeans de la peste et de ces grands P«»K
• r , postérité,
fléaux qui , a certaines époques , ont désolé la terre , alors même que les peuples croyoient enfin respirer tranquillement, ne sont pas le simple objet d'une curiosité inutile. L'histoire des poisons révèle ordinairement les remèdes qu'il faut leur opposer i celle des monstres nous dit par quelles armes ils ont été domptés. Quand les fléaux antiques reparoissent , et tant qu'il est à craindre de les voir reparoître , il est toujours utile de savoir quelles causes ont hâté leurs ravages , quels moyens auraient pu en arrêter le cours , et quelles fautes peuvent encore les rappeler. Les générations présentes s'instruisent par les malheurs passés ; dans l'histoire des nôtres, il faut que nos neveux trouvent les leçons nécessaires pour être plus heureux.
Mais il est pour nous-mêmes des malheurs plus pressans à prévenir t il est pour la génération pré-
Pour la
gont-'ra-
linn
préseate*
( VIIÎ )
Sente des illusions à dissiper, qui peuvent redoubler le fléau à l'instant même où elle s'en croira Première délivrée. Nous avons vu des hommes s'aveugler erreur h sur |es causes de ia révolution française. Nous en
dissiper J
sur la avons connu cherchant à persuader que toute secte
cause de * *
leur rj- révolutioimaii e et conspirante , avant cette révolution même , n etoit qu une secte chimérique. Pour ceux-là , tous les maux de la France et toutes les terreurs de l'Europe se succèdent, s'enchaînent par le simple concours de circonstances imprévues , impossibles à prévoir. Il leur semble inutile de chercher des complots et des agens qui aient ourdi la trame et dirigé la chaîne des événemens. Les acteurs qui dominent aujourd'hui ignorent les projets de ceux qui les ont devancés ; et ceux qui les suivront ignoreront de même les projets de leurs prédécesseurs.
Préoccupés d'une opinion si fausse , remplis d'un préjugé si dangereux, ces prétendus observateurs diroient volontiers aux nations diverses : Que la révolution française ne vous alarme plus. C'est un volcan qui s'est ouvert , sans qu'on puisse connoître le foyer où il s'est préparé '; mais il s'épuisera de lui-même, avec son aliment, sur les contrées qui l'ont vu naître. Des causes inconnues dans vos climats , des élémens moins propres à fermenter , des lois plus analogues à votre caractère , la fortune publique mieux assurée , vous annoncent que le sort de la France ne peut pas devenir le vôtre ; et si vous deviez un jour le partager, en vain chercheriez-vous à l'éviter. Le
(.X) concours et la fatalité des circonstances vous entrai neroient malgré vous ; ce que vous auriez fait pour vous y soustraire appelleroit peut-être le fléau , et ne feroit que hâter vos malheurs.
Croiroit-on que j'ai vu dans une erreur si propre à rendre les nations victimci d'une fatale sécurité , jusqu'à ces hommes mêmes que Louis XVI avoit placés auprès de sa personne , pour l'aider à détourner les coups que la Révolution ne cessoit de lui porter ? J'ai entre les mains le mémoire d'un ex -ministre consulté sur les causes de cette Révolution , et en particulier sur les principaux conspirateurs qu'il devoit mieux connokre , et sur le plan de la conspiration. Je l'ai vu prononcer qu'il seroit inutile de chercher , soit des hommes , soit une association d'hommes qui eussent médité la ruine de l'autel et du trône , ou formé aucun plan que l'on puisse appeler conjuration. Infortuné Monarque ! quand ceux-mêmes qui doivent veiller pour vous ignorent jusqu'au nom et jusqu'à l'existence de vos ennemis , de ceux de votre peuple , est-il bien étonnant que vous et votre peuple en soyez les victimes !
Appuyés sur les faits , et munis des preuves Ventes s qu'on trouvera développées dans ces Mémoires , °^( nous tiendrons un langage bien différent. Nous p, dirons et nous démontrerons ce qu'il importe aux peuples et aux chefs des peuples de ne pas ignorer; nous leur dirons :Dans celte Révolution française,
ser > à cette remièiiî erreur.
tout jusqu'à ses forfaits les plus épouvantables , tout a été prévu , médité , combiné , résolu , statué : tout a été l'effet de la plus profonde scélératesse , puisque tout a été préparé , amené par des hommes qui avoient seuls le fil des conspirations long - temps ourdies dans des sociétés secrètes , et qui ont su choisir et hâter les momens propices aux complots. Dans ces événemens du jour , s'il existe quelques circonstances qui semblent moins l'effet des conspirations , il n'en étoit pas moins une cause et des agens secrets qui appeloient ces événemens , qui savoient profiter de ces circonstances ou bien les faire naître , et qui les dirigeoient toutes vers l'objet principal. Toutes ces circonstances ont bien pu servir de prétexte et d'occasion ; mais la grande cause de la Révolution , de ses grands forfaits , de ses grandes atrocités , en fut toujours indépendante ; cette grande cause est toute dans des complots ourdis de longue main.
En dévoilant l'objet et l'étendue de ces complots , j'aurai à dissiper une erreur plus dangereuse encore. Dans une illusion funeste il est des hommes qui ne font pas difficulté de convenir que cette Révolution française a été méditée ; mais ils ne craignent pas d'ajouter que dans l'intention de ses premiers auteurs elle ne devoit tendre qu'au bonheur et à la régénération des Empires ; que si de grands malheurs sont venus se mêler à leurs projets , c'est qu'ils ont trouvé de grands obstacles ; c'est qu'on ne régénère pas un grand