‹ Mémoires pour servir à l'histoire ecclésiastique du diocèse de ChambéryChapitre 28 sur 61 · MI · texte numérisé non relu

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aux fidèles de s'attacher inséparablement à la Chaire de Saint-Pierre, vrai centre de l'unité catholique. On voit cependant qu'il est effrayé en pensant à toutes les ruines qu'il aurait à réparer, et à l'état dans lequel se trouvaient partout les églises , les sacristies et les presbytères.

Le 7 février suivant, il publia, pour annoncer le carême, une lettre pastorale par laquelle il accordait, de son autorité et sans recourir au Saint-Siège, la permission de faire gras durant tout le carême , excepté les quatre premiers jours , les mercredi, vendredi et samedi de chaque semaine, et toute la semaine sainte , y compris le dimanche des Rameaux.

Le 7 juin 1803 (18 prairial an xi), le premier Consul adressa une circulaire aux évêques pour leur dire que , se trouvant forcé de faire la guerre à l'Angleterre, il souhaitait qu'ils fissent faire des prières pour appeler les bénédictions du ciel sur ses justes entreprises. Monseigneur prescrivit des prières à faire dans chaque paroisse , selon l'intention du premier Consul.

Le 3 août, l'évêque ordonna aussi des prières à faire dans tout le diocèse, le jour de l'Assomption , anniversaire de la naissance du premier Consul, et aussi pour remercier Dieu de la paix rendue à l'Église par le Concordat.

Le 20 décembre 1803 , M. de Thiollaz et M. Bigex, vicaires-généraux , publièrent une longue instruction sur le jubilé que le Pape venait d'accorder. Ils la terminent en annonçant le carême de 1804, pour lequel ils accordent à peu près les mêmes permissions de faire gras que l'année précédente , et aussi en vertu des pouvoirs de l'ordinaire et sans recourir au Saint-Siège , comme on l'a toujours pratiqué depuis lors. Ils ne parlent point de l'évêque; il paraît qu'il fit alors une absence de quelques mois,

Le 18 mai 1804 (28 floréal an xn), Napoléon Bonaparte , premier Consul de la République , fut déclaré empereur des Français. Le 21 du même mois , il adressa aux évoques une circulaire dans laquelle il leur dit : « Je vous fais cette lettre pour vous dire qu'aussitôt que vous l'aurez reçue , vous fassiez chanter le Vent Creator et le Te Deum dans toutes les églises de votre diocèse. » Dans la circulaire du 7 juin 1803, il disait aux évoques qu'il souhaitait qu'ils fissent faire des prières. Ici les expressions sont différentes ; il y a dans ses paroles un peu plus qu'un souhait et un peu moins qu'un ordre formel. A la réception de cette lettre , Mgr de Mérinville adressa à son clergé une circulaire dans laquelle il fait de Napoléon Ier des éloges qui alors paraissaient assez bien mérités, à cause de ce qu'il avait déjà fait pour l'Église, mais qui aujourd'hui sembleraient un peu exagérés , à cause de ce qu'il a fait contre elle dans la suite. Bonaparte avait alors devant lui un grand avenir ; s'il avait su borner son ambition et fixer les limites de son empire d'une manière invariable, sa vie aurait été plus tranquille et plus utile pour la France et pour l'Église.

Le 29 octobre 1804, Monseigneur publia une lettre pastorale dans laquelle il expose très au long le besoin où il se trouve d'être aidé par la charité des fidèles dans l'œuvre si importante de l'éducation ecclésiastique. Il recommande instamment aux curés de lire et de commenter sa lettre à l'église et de faire ensuite une collecte dans toutes les familles de la paroisse. Cette collecte s'est faite dès lors chaque année, dans tout le diocèse, pendant l'espace de quinze à vingt ans.

Dans une circulaire du 4 novembre , Monseigneur annonçait que le pape Pie VII s'était déterminé à se rendre en France pour le sacre de l'empereur Napoléon ; il ordon-

nait de faire des prières pour attirer les bénédictions du ciel sur son voyage et de les continuer jusqu'à son arrivée à Paris. Le sacre de l'Empereur se fit le 2 décembre 1 804 ; le lendemain, 3 décembre (12 frimaire an xm), il adressa une circulaire aux évoques : « Je vous fais cette lettre , disait-il , pour vous dire de faire chanter le Te Deum dans les églises de votre diocèse , et que vous ayiez à convier à celles qui se feront les autorités qui ont accoutumé d'assister à ces sortes de cérémonies. » C'était le vieux style renouvelé du siècle de Louis XIV.

Le 25 janvier 1805, Mgr de Mérinville publia une courte lettre pastorale pour annoncer le carême ; il la termine en accordant, de son autorité, relativement à l'abstinence, les mêmes dispenses que les deux années précédentes. Ce fut l'une des dernières fonctions qu'il exerça dans le diocèse de Chambéry ; il demanda et obtint sa démission ; il n'était pas très âgé; mais sa santé était affaiblie. Mgr Irénée- Yves Dessolles, évêque de Digne, fut préconisé évoque du diocèse de Chambéry, dans le consistoire secret du 22 mars 1805. L'expédition des bulles n'ayant pu avoir lieu de suite , il fut installé provisoirement en qualité d'admi nistrateur apostolique.

Mgr René de Moustiers de Mérinville était né à Limoges au mois de juillet 1742; lorsqu'il fut nommé à l'évêché de Dijon , il était l'un des aumôniers par quartiers de la reine Marie-Antoinette ; il fut sacré le 13 mai 1787. Il fut député du clergé du bailliage de Dijon aux États -Généraux du royaume, convoqués et ouverts à Paris en 1789; mais il renonça l'année suivante à cette mission devenue difficile et périlleuse, pour aller chercher un asile à l'étranger. Rentré en France à l'époque du Concordat de 1801 , il mit sa démission de l'évêché de Dijon et accepta ensuite le

siège de Chambéry ; il travailla à l'organisation de ce diocèse avec zèle et talent pendant l'espace de deux ans et deux mois. En 1806, il fut nommé chevalier de la Légion d'honneur et membre du chapitre de Saint-Denis. Il mourut au château de Versailles le mercredi 1 1 novembre 1 829 , à l'âge de quatre-vingt-sept ans quatre mois, après avoir édifié par ses dispositions religieuses, sa longue patience et son inaltérable résignation, toutes les personnes qui avaient alors des rapports avec lui. Il était devenu aveugle depuis sept à huit ans. Ces derniers renseignements nous ont été fournis par Mgr Rivet, évêque de Dijon.

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