‹ Mémoires pour servir à l'histoire ecclésiastique pendant le 18e siècleChapitre 18 sur 50 · ANGLETERRE · texte numérisé non relu

ANGLETERRE

La religion catholique avoit cessé depuis long-temps 4 être dominante en Angleterre , mais elle avoit encore

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Conservé dans ce pays dos partisans télés. Au milieu du feu des persécutions et des troubles des guerres civiles, l'ancienne foi setoit maintenue parmi quelques familles privilégiées. Elisabeth s'étoit efforcée vainement de la. détruire. Elle avoit été secondée , à cet égard , par les préjugés et l'antipathie de ta majorité de la nation* C'est sans doute un phénomène assez étrange que cette aversion si prononcée du peuple anglais pour une religion qui fut la sienne. Cette aversion a jeté dans les esprits de si profondes racines , qu'elle forma long-temps comme un des traits les plus marqués du caractère anglais. On la retrouvoit , non pas seulement dans la multitude toujours prête a se soulever au mot de papisme , mais dans les conditions supérieures et chez les gens les plus instruits. Anglicans et non-conformistes , tous haïssoient cordialement ce qu'ils appelcnt le papisme. Il n etoit pas un prédicateur qui ne se crût obligé en conscience de s élever en chaire contre l'Égli$e romaine. Il n'est pas un théologien qui n'ait donné quelque traité exprès contre elle. Il semble qu'ils ne se croiroient pas bons Anglais s'ils n'a voient lancé quelques traits contre l'Église qui les a rendus chrétiens. Cette an tipathie , devenue 'nationale, a donné lieu t pendaut .près de deux siècles , à des scènes tantôt violentes , et tantôt ridicules. S'il arrivoit, par exemple , que dans le coin de quelque comté , un protestant se fît catholique , un prédicant zélé ne roanquoit pas de dénoncer ce scandale, et de crier contre les progrès du papisme. A ce seul mot les têtes senflammoient. Les papiers publics, les clubs, les chaires, les deux chambres du |>arlement retentissoient de plaintes sur les progrès du papisme. Au bruit que l'on faisoit de toutes parts, un observateur de sang froid auroH pu croire que la religion catholique avoit gagné de nombreux prosélytes ; mais il eût été étonné, en remontant à la source, de voir que ces clameurs portoient le plus souvent sur un fait unique, quelquefois sur un fait douteux. Depuis le temps qu'on parle des progrès du papisme , le papisme , si ces progrès eussent été vrais, auroit fini par anéantir la re-

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ligion dominante. Le nombre dès catholiques est lotflt d'augmenter, au moins dans les premières classes. L ambition , le désir d'occuper des places et de siwgcr au parlement, font de temps en temps prêter les sermens. Los ' doenmens varieut beaucoup sur le nombre des catholiques. Bcrington, dans ses dents, ne les porte qu'à soixante et quelques mille. D'autres en comptent trois cent mille. On assure quTà Londres seulement et aux environs, il y en a plus de quatre-vingt mille. Il y en a beaucoup aussi dans le comté de Lan castor et dans celui de Staffbrd.

Les plaintes contre le papisme furent sur-tout vive* et réitérées sous le règne de Charles II. Ce prince étoit fils d'une princesse catholique, et il avoit passé sa jeunesse sur le continent , dans des états catholiques. Il avoit épousé 'Catherine de Portugal, princesse fort attachée à sa religion* C'étoient autant de motifs pour tenitf les protestans en alarme. Leurs craintes redoublèrent encore, quand ils virent Jacques, duc d'Yorck , frère dtt foi et héritier présomptif de la couronne, embrasser la foi catholique^ Ce prince, après la mort de sa première femme, qui s'étoit aussi déclarée pour cette religion*, épousa une princesse de Modène, et on soupçonna dèslors son changement de religion. Le parti protestant n'omit rien pour échauffer les esprits. Les docteurs anglicans dans les chaires , les écrivains dans leurs pamphlets , les membres du parlement dans leurs motions, s'élevoient également contre les catholiques, et \\ est peu d'années du règne de Charles II qui n'aient vu prendre de nouvelles mesures contre eux. Ce prince étoit, par inclination, porté en leur faveur, et il paroît que, dans ua traité secret , conclu avec Louis XIV, il setoit engagé à se foire catholique. Mais il ne savoit point résister aux sollicitations du parlement et à l'esprit général de sa nation , et les catholiques furent vivement persécutés sous son règne. Ils le furent sur-tout lors de l'imposture d'Oatcs, imaginée par les protestans et soutenue par Shaftesbuiy. Beaucoup de prêtres furent arrêtés , et d'autres furent obliges de fuir. Eu vain les fourberies d'Oates se trahis-

wient

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-&ient par mille endroits. Les préventions nationales étaient montées au comble. On ne voulut voir que les progrès du papisme là ou éclataient les artifices d'un misérable et d'un traître. Le sang des catholiques coula sur les écbafauds. Dix-sept d'entr'eux perdirent la vie • par suite des accusations d'un homme décrié. De ce nombre furent Guillaume Howard, comte de Stafford , quelques laïques zélés , un prêtre séculier et six Jésuites. C'était contre ceux-ci que le peuple était le plus acharné. Huit autres prêtres souffrirent la mort par cela seul qu'ils étaient prêtres, et qu'ils en avoient fait les fonctions. Olivier Plunkett, archevêque catholique d'Armagh, en Irlande, fut amené à Londres, et rois à mort en 1681. L'innocence de ce prélat fut encore relevée par la résignation et la piété qu'il montra dans les cachots.

Le 16 février i685, mourut Charles II. On est fondé à croire qu'il mourut catholique. Jean Hudtlleston , Bénédictin anglais , qui avoit contribué à sauver ce prince après la bataille de Worchester , lui fut encore utile dans ce dernier moment : appelé dans la chambre du roi la veille de sa mort , il reçut la déclaration de Charles , qui témoigna vouloir mourir dans la religion catholique, et montra du regret de ses fautes et de ses désordres. Huddleston le confessa , lui administra les sacremens , et l'exhorta à la mort. Dans la relation qu'il en publia depuis % il donne un détail consolant des dispositions de ee prince* Jacques II monta sur le trône à l'âge de 5i ans , et sans -aucune contestation. Deux jours après il alla publiquement à la messe. Oates fut mit en jugement. Accusé déjà deux fois de parjure , sous le règne précédent , il fut condamné, le 19 mai i685, à une prison perpétuelle. • Jacques II fit président de son conseil privé le comte de Sunderland , qui venoit de se déclarer catholique , aifec* .toit beaucoup de zèle, alloit , dit-on, souvent à confesse au P. Petre , et poussoit son maître aux démarches les plus imprudentes. On assure que dans la suite ce ministre hypocrite se vantait d'avoir ruiné par là les affaires de Jacques. Quoi qu'il en soit , ce prince mit dans plusieurs

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