‹ Mémoires pour servir à l'histoire ecclésiastique pendant le 18e siècleChapitre 19 sur 50 · TOME FSE MI ÇA · texte numérisé non relu

TOME FSE MI ÇA

n4 Introduction.

de ses démarches une précipitation et un éclat qui reVot** tèrent des esprits ombrageux. Il fit entrer quatre lords catholiques dans son conseil privé4. Il en admit d'autres dans les places civiles et militaires. Le 4 avril 1687, il donna une déclaration pour la liberté de conscience. Les dissidens des différentes sectes l'en félicitèrent par dos adresses , tandis que les partisans de l'église établie s'en montroient fort mécontens. Les catholiques profitèrent aussi de cette loi. Ils ouvrirent des chapelles à Londres et dans les autres grandes villes. Il se fit quelques conversions éclataqtcs dans toutes les classes, et la plupart furent durables et continuèrent après la révolution. Le roi nomma pour le service de sa chapelle des prêtres recommandables , les docteurs Godden, Giffard, Bel ha m et Thomas Witham, Hall, Codrington , Ellis, Marshe, Jenks et Sabran. Plusieurs d'entre ces ecclésiastiques publièrent de bons écrits de controverse. Il y eut des conférences entre les docteurs catholiques et les docteurs anglicans. Pierre Gooden en eut quelques-unes avec Stûlingfieet , Claggett et autres. Personne n'étoit plus propre que lui à ce genre de controverse , par sa présence d'esprit et sa facilité a s'énoncer. Il mourut en 1695. Il ne faut pas le confondre avec Thomas Godden ou Tilden, mort en 1688, qui eut aussi dès disputes de vive voix et par écrit avec Stillingfleet et d'autres anglicans. Gotcret Sergeant sont encore connus en Angleterre par d'excellens ouvrages en ce genre. Le père ,Pulton, Jé- -suite , eut une conférence avec le docteur Tenison , depuis archevêque de Cantorbéri. 11 y en eut une autre, en présence du roi, le 3o novembre 1688, entre Gifi'ard et Godden , pour les catholiques, et les anglicans Patrick et Jane. Echard dit qu'elle fut toute à l'avantage des protestans. Mais Giffard en donna, en 1722, une relation, ou il montre qu'Echard n'a pas connu les faits, et n'a pas su même ce qui avoit fait la matière de la discussion. Des laïques aussi entrèrent dans la lice. Walker, Mederith, Deane, Ward, publièrent de bous écrits en faveur de la cause catholique.

Introduction. 1 15

En t686, le roi avoit envoyé un ambassadeur à Home* Le 3 juillet 1687, le nouée ferdinand d'Adda , archevêque * d'Amasie, qui residoit secrètement auprès du monarque, fit son entrée publique à Windsor, en habits pontifi- ^ eaux , précédé de la croix , et accompagné de religieux en habits de leur ordre; spectacle qui blessa les yeux des protestons. Une autre démarche de Jacques ne parut pas moins choquante. Il fit entrer dans son conseil privé Edouard Pctre, Jésuite, son aumônier, en qui il paroît avoir eu beaucoup de confiance. Cette distinction , dit Dodd , accordée à un religieux qui par état est étranger aux matières du gouvernement , étoit contraire à l'usage même des cours catholiques , et fut blâmée à plus forte raison 9 chez un peuple qui avoit en aversion les religieux, et . sur-tout les Jésuites. Le roi cependant vouloit faire nommer Petre évéque ou cardinal. Il écrivit plusieurs fois, à ce sujet , au Pape Innocent Xt , qui refusa pour divers motifs d'accéder à sa demande. Quelques coups d autorité achevèrent d'aigrir les esprits , et servirent de prétexte aux chefs du parti protestant. Jacques ordonna à l'université de Cambridge de faire maître ès arts Alban Francis, religieux Bénédictin. On venoit, dit-on, d'accorder ce grade à l'ambassadeur du roi de Maroc ; mais on fut plus difficile pour un catholique. L'université! refusa et fut applaudie. Jacques punit quelques-uns de ses membres et fut blâmé. Quelque1 temps après, il nomma président du collège de la Magdeleine, à Oxford, le docteur catholique Gifiard : nouveau grief, qui précéda de peu la révolution. On regarda comme un scandale que Walker , président du collège de l'Université , eût érigé dans ce collège une chapelle catholique , et eut persuadé* à quelques membres de l'Université de se déclarer catholiques comme lui. On en voit plusieurs qui avoient pria ce parti et qui y persévérèrent. Walker étoit disciple du pieux et savant Abraham Woodhead , catholique , et célèbre par d'excellens écrits de controverse , dont Walker publia quelques-uns.

Au reste, en convenant franchement des imprudences

i iG Introduction.

du malheureux Jacques , nous devons dire aussi ce J^tie nous pensons après un examen attentif des faits j c'est que, quelle qu'eût été sa conduite, il auroit infailliblement succombé aux embarras de sa position. Il eût été ' plus réservé qu'il n'auroit pu se soutenir sur un trône environné de tant d ecueils. La nation , dans l'excès de ses préventions contre les catholiques, avoit vu avec chagrin un prince de cette communion hériter de la couronne. De là un éloignement très-prononcé et une défiance toujours croissante. On ne pardonnoit rien au roi , on blâmoit toutes ses mesures , on envenimoit toutes ses actions. Les whigs et les torys étoient unis contre lui. Les premiers, partisans de la liberté, lui reprochoient d'étendre trop les droits du souverain. Les seconds, amis zélés de l'église établie, craignoient que son existence ne fut compromise sous un roi d'une communion différente. De là des plaintes générales. Les évêques, les docteurs, les prédicateurs, les universités, tous les rangs du clergé anglican rivalisoicnt d ardeur contre la cour, et le peuple les encourageoit par ses cris. Le refrain, point de papisme, se faisoit entendre de tous côtés. La liberté même de conscience, accordée par Jacques , étoit prise en mauvaise part. L'esprit d'opposition contre la cour étoit donc si général et si vif, qu'une révolution étoit inévitable. Elle eut lieu; mais avant d'en raconter les suites, nous devons parler d'un établissement important pour la religion , qui se fit sous Jacques , et qui fut presque le seul qui survécut à ce prince.

Les changemens opérés en Angleterre i>ar lien ri VIII et par ses successeurs, y ayant aboli la succession des évoques, le gouvernement spirituel des catholiques , se trouva confié à de simples prêtres où à des religieux qui prenoient leurs pouvoirs du saint Siège. Comme leur autorité étoit nécessairement restreinte , on crut que la présence d'un évêque seroit plus utile dans ce pays. Les Papes y envoyèrent donc successivement deux vicaire* apostoliques avec le titre d'évêquesm parlibus infidclium. Ces prélats furent Guillaume Bishop et Richard Smith,

Introduction. 117

tous deux évéques de Chalcédoine. Leur administration ne fut pas tranquille. Le dernier fut obligé de quitter l'Angleterre , où sa présence choquoit les protestans , et où il ne rentra plus depuis. M. Bishop avoit établi un chapitre qui devoit exercer les pouvoirs en son nom , et suppléer à son absence. Lui et M. Smith nommèrent successivement des chanoines, des doyens, des grand-vicaires pour les besoins de la mission. Mais l'autorité de ces délégués ne fut jamais universellement reconnue. Les réguliers ne se croyoient point obligés d'y déférer. Us prétendoient même de n être point soumis à la juridiction du vicaire apostolique , et faisoient valoir des privilèges qu'ils avoient obtenus des Papes. De là des contestations assez vives, dans lesquelles les Bénédictins et les Jésuites d'une part, et de l'autre le clergé séculier, soutenoient chacun un parti différent. Ces divisions furent même portées assez lojn, et ce fut pour les éteindre que le saiqt Siège songea à établir, sous Jacques II, un gouvernement plus uniforme et plus régulier. Le prince joignit, à cet égard, ses instances à celles du clergé. L'abbé Racine prétend, dans son Abrégé de V histoire ecclésiastique (ijvque l'on sollicita la création d'évéchés en titre en Angleterre, mais que la cour de Rome s'obstina à ne nommer que des vicaires apostoliques. Cet historien infidèle et partial étoit mal informé sur ce point comme sur beaucoup d'autres , où plutôt ses préventions l'ont guidé ici. Il n'y a point de traces du fait qu'il avance , et Dodd (2) , si bien instruit de l'histoire de son pays, et si attentif à en recuellir les particularités , ne parle point de celle-là . Cette mesure auroit été même assez imprudente , et auroit probablement plus blessé encore tes protestans.

(1) Tome XIII , page 656.

(a) The cîiurch History of England , front the year i5oo to the year 1688 , ehiefly with regard to catholicks ; B russe Ls , 1737 , 1739 et 1743» 3 vol. in-folio. Cet ouvrage est plein de recherches et fort curieux. L'auteur est Charles Dodd , prêtre anglois.

n8 Introduction,

Quoi qu'il en soit , le Pape institua des vicaires apostoliques pour gouverner cette mission. Le premier fut Jean Leyburn , ancien président du collège de Douai , puis auditeur du cardinal Howard de Norfolk. Il fut sacre* à Rome , le 9 septembre i685 , sous le titre d'évéVjue d'Adramite, partit immédiatement pour l'Angleterre, oîi il fut logé au palais de Saint-James , et fit sa visite pastorale par tout le royaume. Il donna la confirmation à un grand nombre de catholiques. Peu après on lui nomma des collègues. L'Angleterre fut partagée en quatre districts, celui du nord, celui du sud , celui de l'ouest et celui du milieu. On attacha à chacun un évêque en • qualité de vicaire apostolique. L'évêque d'Adramite eut dans ce partage le district du midi. En 1687 , Bonaventure Giflard , docteur en théologie de Paris , fut sacré évêque de Mudaure > et devint vicaire apostolique du district du milieu. Ceux de l'ouest et du nord furent confiés l'année suivante à Philippe-Michel Ellis', Bénédictin % et Jacques Smith, président du collège anglais de Douai. Us furent sacrés évêques d'Auréliopolis et de Gallipolis, et on leur assigna à chacun 1000 livres sterling de pension annuelle. Dès-lors la juridiction du chapitre et des vicaires cessa. Les prêtres séculiers se soumirent sans difficulté aux vicaires apostoliques. Les religieux cédèrent moins aisément. Le 6 octobre 1695, un décret de la congrégation de propaganda fide , décida que tous les prêtres séculiers et réguliers , le chapitre , les Bénédictins et les Jésuites , dévoient prendre les pouvoirs des évêques pour toutes les fonctions du ministère, et que toute juridiction avoit cessé par la nomination des vicaires apostoliques.

Mais a peine les vicaires apostoliques étoient entrés en fonction, qu'éclata la révolution de 1688. Guillaume ^ prince d'Orange et Stadhoudcr de Hollande, accueilloit depuis long-temps les Anglais mécontens. Neveu et gendre de Jacques H, il oublia ce double lien pour faire la guerre à ce malheureux prince. En vain celui-ci revint sur ses premières démarches , et accorda aux anglicans le redressement des grieû dont on se pîàignoit. Guillaume

Introduction* ug

débarqua en Angleterre le 4 novembre , et attira à lui plusieurs seigneurs. Lévéque anglican de Londres fut un des premiers à se déclarer pour lui. Jacques , abandonné de ceux qu'il croyoit les plus fidèles , quitte son palais le 1 1 décembre. A la nouvelle de son départ , la populace; de Londres se hâte de piller toutes les chapelles catholiques. Quatre jours après , ce même peuple rappelé son roi , et le reçoit avec de nombreuses acclamations. Ces marques d'attachement d'une multitude volage ne durèrent qu'un éclair. Le 18 décembre, Jacques II quitta Londres pour la seconde fois , et cinq jours après il s'embarqua pour la France, où la reine et son fils étoient déjà passés.

Le mois suivant , une convention nationale déclara que Jacques avoit abdiqué ;* allégation évidemment fausse. Mais ' on ne vouloit qu'un prétexte , spécieux ou non. Guillaume fut appelé au trône. Cependant Jacques c:onservoit encore des partisans. Six évoques anglicans, et à leur tête l'archevêque de Cantorbéri , refusèrent de violer le serment de fidélité qu'ils lui avoient fait. Us furent dépossédés, ainsi que les ecclésiastiques qui suivirent leur exemple. De là un schisme dans l'église anglicane, les uns adhérant aux évéques expulsés de leur sièges , les autres ' reconnoissant leurs successeurs. Les premiers furent appelés jqcobites et non-jureurs. Parmi eux étoient des hommes d'un mérite distingué, Dodwell, Hickes, Collier, Lesley et autres. Des protestans même suivirent Jacques dans son exil , et plusieurs seigneurs restèrent attaches à sa fortune. Retiré à Saint-Germain, ou Louis XIV lui accorda un asile honorable , il entretint quelque temps l'espérance de remonter sur son trône. Il fit pour cela une tentative en Irlande, dont les habitans lui étoient restés généralement fidèles. Mais ses troupes furent défaites , et il revint en France pour n'en plus sortir.

On devoit s'attendre que cette révolution auroit des suites fâcheuses pour les catholiques. Au fond, cétoit contre eux qu elle se faisoit. Cétoit le catholicisme que Von poursuivoit dans la ^personne de Jacques. Ou fit

!l30 Introduction.

expier à cette religion la protection momentanée qu'elle avoit obtenue. Il fut statué qu'aucun catholique ne pourtoit hériter du trône. Les catholiques ou ceux réputés tels eurent ordre de s'éloigner a dix milles de Londres. On les désarma , on leur prit leurs chevaux. On ferma quelques écoles qu'ils avoieot formées. On les excepta seuls de l'acte de tolérance. Leur droit de patronage fut conféré aux universités. On accorda, en 1700, des: récompenses h qui feroit prendre un prêtre ou un Jésuite. Il fut défendu , sous peine de 100 livres sterling d'amende, d'envoyer ses enfans hors du royaume pour les faire élever dans la religion catholique. Les catholiques étoient inhabiles h hériter. Les évêques nouvellement envoyés en Angleterre étoient particulièrement l'objet de la jalousie nationale. M. Ellis avoit quitté l'Angleterre, et n'y reparut plus. Il se retira à Rome, et fut fait depuis évêque de Segni , en Italie. Les évêques d'Adramite et de Madaure furent arrêtés. Le premier fut mis à la tour de Londres, et le second à Newgate. Ils y restèrent quelque temps , furent ensuite relâchés , puis fréquemment menacés. A la moindre alarme ils étoient obligés de se tenir cachés. Les prêtres furent soigneusement recherchés, et plusieurs accompagnèrent1 Jacques dans sa fuite. D'autres restèrent en prison. Des laïques eurent le même sort. Obadiah Walker, président du collège de l'université à Oxford, quf s'étoit déclaré catholique , et avoit attiré plusieurs personnes à cette religion, fut mis à la tour, interrogé en plein parlement 9 et excepté nommément de l'acte d'amnistie. Cependant* il faut savoir gré à Guillaume III de n'avoir pas versé le sang, et de n'avoir pas renouvelé les scènes atroces de 1679 et des années suivantes.

Au milieu de ces traverses, la religion catholique se soutint par elle-même , et son état , dans ce pays , étoit v en 1701 , aussi satisfaisant que possible. Les vicaires apostoliques y gouvernoient leurs districts avec un zèle mêlé de prudence. M. Leyburn, fort âgé, restoit il Londres, tandis que M. Giflard gouvernait le district

Introduction* 121

du milieu. Il fa&oit de fréquentes visites , établissant des missionnaires, donnant Ja confirmation, et encourageant les catholiques dans la foi. 11 secondoit M. Leyburn dans l'administration du district du sud , et visitoît aussi celui de l'ouest , privé d evêque. Le clergé coin pt oit dans son sein- des hommes distingues par leurs talens. Sergeant et Goter étoient les plus connus. Jenks, que ses collègues avoient mis sur la liste pour l'épiscopat, refusa constamment cette dignité. André Giffard , frère de i'évêque de Madaure, et son grand- vicaire, montra la même modestie. Plusieurs chapelains de Jacques II laissèrent des sermons imprimés. Le Jésuite Pulton publia la relation de sa conférence avec Tenison. Son confrère Dorrel est auteur de livres de controverse et de piété. Plusieurs missionnaires trou voient, au milieu de leurs travaux, le temps de composer de bons écrits , dont quelques-uns sont encore estimes des catholiques anglais. Quelques laïques donnoient l'exemple d'une haute piété.

Les lois sévères qui interdisoient aux, catholiques la faculté de tenir des écoles , les obligeoient à envoyer leurs en fans sur le continent. Il s'étoit formé, à cet effet, différera établisse mens à Rome, à Paris, à Douai, h Valladolid. Le plus célèbre de ces collèges étoit celui de Douai, qui étoit comme la pépinière du clergé séculier en An-* gleterre. U avoit été créé vers le commencement du xvue siècle, et les Papes 1 avoient protégé, et lui avoient accordé une pension annuelle. Les présidens des collèges étoient choisis par le cardinal protecteur des églises d'An-r gleterre à Rome. Celui qui remplissoit ce poste, en 1701 , étoit le docteur Paston. Le collège des Anglais à Lisbonne étoit le plus considérable après celui de Douai. U avoit été fondé par uu seigneur portugais. A Paris , le collège des Anglais venoit d'être établi par le docteur Betham , chapelain de Jacques II , et précepteur du priuce de Galles. Parmi les ordres religieux qui fournissoient des sujets aux missions d'Angleterre, les Bénédictins et les Jésuites étoient les plus nombreux. Les pre— Mkrs , qui fortuoient une congrégation à part, sous le

123 Introduction .

nom de Bénédictins anglais , «voient des maisons à Paris , à Douai , à Saint-Malo , en Lorraine , etc. Us fournirent plusieurs évéques à la mission , et tenoient tous les quatre ans des chapitres pour nommer leurs supérieurs*

Nous n'avons point parlé jusqu'ici de l'Ecosse* Cette partie de la Grande-Bretagne comptoit un assez grand nombre de catholiques , et elle en auroit eu davantage sans le manque de prêtres ejt la privation d'écoles catholiques. Ces deux circonstances favorisèrent beaucoup le succès des réformateurs du xvi* siède. Le saint Siège y faisoit passer de temps en temps des Franciscains irlandois. Mais la plupart étoient rebutes de la rigueur du climat , au moins dans la partie septentrionale de l'Éeosse , où le froid rend la vie pénible , et ils restaient peu dans cette mission. Un pieux et zélé missionnaire, nommé White, fut plus constant. Aidé de la protection de lord Mac donald , il fit revivre la foi dans les montagnes d'Écosse, et ramena, presque sans difficulté, les familles que le malheur des temps avoient éloignées de la religion. Ses travaux , vraiment apostoliques , datent de la fin de Cromwell , et du commencement du règne de Charles II. On essaya , vers le même temps , d'établir quelques écoles pour former des prêtres , et en même temps pour préserver les en fans des catholiques de la séduction des écoles protestantes. Mais ces établissemens avoient peine h se soutenir au milieu des traverses qu'on suscitoit aux catholiques.

La révolution de 1688 n'eut pas des résultats mojns incheux pour ce pays que pour l'Angleterre, et rattachement d'un grand nombre d'Écossois aux Stuarts leurs anciens maîtres , servit de prétexte à de longues vexa* tions. Les protestans s'y montrèrent presque aussi jacobttes que les catholiques, et les premiers, comme les seconds, parurent vouloir profiter de toutes les occasions pour soutenir les droits de leur souverain légitime. On les comprima donc avec soin. Le gouvernement anglais cessa de protéger les épiscopaux, et les presbytériens de-

Introduction. i a3

vinrent dominans en Écosse. Ils ne se montrèrent pas plus tolérans pour les catholiques que les épiscopaux ne l'a voient été. Les préjugés politiques se mêlant aux préjuges religieux, on poursuivoit à la fois en eux les partisans des Stuarts et les adhérens h une foi proscrite. On tint des prêtres catholiques en prison pendant plusieurs années, ensuite on les bannit. On envoya des troupes dans les montagnes , on ravagea les terres des catholiques , et un capitaine nommé Porringer se rendit fameux dans V ouest par ses dévastations et ses cruautés. En même temps, le parlement d'Ecosse statua que les enfans qui ne se feroient pas protestans seraient privés de la succession de leurs père et mère ; mesure bien calculée pour éveiller la cupidité, et étouffer rattachement à l'ancienne croyance.

Cependant la foi se soutint au milieu des efforts faits pour la comprimer. 11 paroit que Jacques, dans sa retraite , entretenoit des relations étroites avec l'Ecosse. Il y fit passer quelques fonds avec lesquels on établit, dans les montagnes, une école dirigée par George Panton , élève du collège de Paris. Ce prince s'unit avec les missionnaires écossais pour demander l'envoi d'un évêque dans ce pays. Le saint Siège accéda à leurs désirs. Thomas Nicolson fut fait, en 1694, évêque de Peristachium et vicaire apostolique en Écosse, où il se rendit secrètement en 1697. Il n'y trouva que vingt-cinq missionnaires, dont il augmenta successivement le nombre. Il commença , dès cette année , à faire quelques visites dans le nord , où les catholiques sont plus nombreux. Il en fit également les quatre années suivantes dans les différentes parties de son vicariat. Son activité et son zèle produisirent beaucoup de fruit dans un pays qui n'avoit pas vu d*évêque depuis près de cent ans. Il dressa des avis aux pasteurs , qui furent acceptés dans une réunion de missionnaires écossois, et confirmés depuis à Rome, ïfous avons particulièrement sous les yeux la relation «Tune visite qu'il fit en 1700, dans les montagnes et dans les îles de l'ouest. Dans un voyage de plus de quatre cents

1*4 Introduction.

milles , par des montagnes fort rudes et des mers dangereuses, il confirma un grand nombre de personnes, s'instruisit du besoin des peuples, réprima les abus, annonça à ces fidèles catholiques la parole de Dieu , et les exhorta à la constance dans la foi. On voit par to relation qu'ils étoient assez nombreux dans ces quartiers. Plusieurs îles étoient exclusivement peuplées de catholiques, et dans une seule station le vicaire apostolique confirma plus de sept cents personnes. 11 trouva ces bons montagnards règles dans leurs ujœurs, respectueux pour les prêtres, et observant avec exactitude les lois de l'Église. Quelquesuns d'en tr eux avoient été mis à mort, peu auparavant, par le cruel Porringcr , sur le refus qu'ils avoient fait de renoncer à leur religion. M. Nicolson encouragea ses prêtres, et nomma deux pro-vicaires , M. Monro et monsieur Mungan , anciens missionnaires , et que leur expérience et leurs services rendoient dignes de cette confiance, 11 leur donna le droit de visite et recommenda de l'instruire de l'état des choses. 11 inspecta aussi l'école d'Arasaick, sur laquelle il fbndoit ses espérances , et qui servoit comme de préparation aux sujets que l'on envoyoit ensuite au collège écossois à Paris ; maison qui étoit la principale ressource pour l'éducation des prêtres, et la principale pépinière de missionnaires pour l'Ecosse. Outre ce collège , il y en avoit encore un à Rome et un à Ratisbonne chez des Bénédictins écossois , qui avoient trois maisons en Allemagne. 4

L'Irlande mérite encore plus de fixer notre attention , par le grand nombre de catholiques qu'elle renferme ^ et par le joug qu'on a si long-temps appesanti sur eux. Fidèle à sa croyance, elle a constamment repoussé les innovations religieuses et conservé ses évêques. La succession des pasteurs légitimes s'est maintenue dans ce pays à travers tous les orages. Forcés d'abandonner aux évêques anglicans leurs églises, leurs maisons et leurs revenus, ils ont continué de gouverner leurs troupeaux dans une honorable indigence, et dans des retraites où leurs ennemis venoient souvent les troubler. Les catlio-

Introduction. 1 a5

liques forment les trois quarts de la population de 1 île, et malgrë cette disproportion , ils sont exclus de toutes les laveurs et de toutes les places, privés de tout droit politique, inquiétés dans ce qu'ils ont de plus cher, asservis à des lois rigoureuses. Ils voient un petit nombre de protestans dominer sur eux et s'arroger tous les avantages. Cependant Charles Ier trouva plus de fidélité* dans les Irlandois opprimés que dans les Anglais ëgarés par le fanatisme et par l'esprit d'indépendance. Les premiers, instruits par les archevêques O'Reilly et Walsh , se dévouèrent h la cause «l'un prince malheureux. Aussi Crom- Well ne leur pardon na-t-il jamais. Il aggrava leur joug par de nouvelles dispositions. Une loi déshérita et mit hors la loi tout étudiant catholique qui embrassoit l'état ecclésiastique. Cette loi n'a été révoquée que dans ces derniers temps. Le règne de Charles II ne fut guère plus favorable aux catholiques irlandois , et le supplice du vénérable archevêque d'Armagh jeta la terreur parmi eux. Deux autres évoques, Forstall de Kildare et Creagh de Cork, furent mis en prison. D'autres se retirèrent en France.

Le règne de Jacques II fut trop court pour apporter beaucoup d'avantages aux catholiques , ou du moins ces avantages ne furent guère durables. Les faveurs mêmes que ce prince accorda , dans ce pays , à ceux de sa communion, irritèrent l'envie contr'eux , et sa chute les exposa à de nouvelles traverses. Plus ils lui restèrent fidèdèles dans sa disgrâce, plus on se crut en droit d'user de rigueur envers eux , et ils expièrent , par toute sorte de vexations, leur courageux dévouement. La capitulation de Limmerick , conclue le 4 octobre 1691 , avoit assuré aux Irlandois quelques avantages. On étoit convenu que les choses resteroient sur le pied où elles étoient sous le règne de Charles II , et qu'on n'exigeroit des catholiques que le serment général de fidélité qu'il est d'usage de demander aux peuples qui passent sous une autre domination. Ces concessions déplurent aux protestans zélés. L'évequc anglican de Mcath , et quelques autre*

î 2& Introdactiom

hommes ardens déclamèrent avec chaleur contre la capitulation , et il ne tint pas h eux qu'on ne l'enfreignît sur-le-champ. Guillaume se montra plus modéré, et parut vouloir tenir les articles de Limmcrick. Il réprima plus d'une fois les efforts du parlement d'Irlande pour les enfreindre et empêcha entr autres un projet de loi qui bannissoit à perpétuité tous les archevêques , évêques et religieux. Mais tandis que la cour su i voit ce système de, modération , la masse des protestans établis en Irlande montrait un tout autre esprit contre les catholiques, et tous les documens du temps font un portrait déplorable de la situation de la religion en Irlande h la fin du xvir8 siècle et au commencement du suivant. Les catholiques étoient en butte à tonte sorte de vexations ; et les protestans , quoiqu'en moindre nombre , ou parce qu'ils étoient en moindre nombre, appesantissoient sur eux le joug le plus dur.

L'épiscopat irlandois étoit réduit , en T701 , à un très-petit nombre de membres. Les troubles, les guerres, les persécutions avoient rendus vacans la plupart des sièges. Il ne se trou voit dans l'ile, à cette époque, que deux prélats ; Comorfort , archevêque de Cashel , qui étoit fort âgé, et Donelly, évêque de Dromore , qui étoit en prison. On cite aussi l'évêque de Clonfert, comme ayant échappé aux poursuites. Les autres évêques avoient été obligés de s'expatrier. Maguirre , archevêque d'Armagh , Creogh , archevêque de Dublin , Lynch , archevêque de Tuam , et Daton , évêque d'Ossory , étoient en France, et Slyne , évêque de Cork, s'étoit réfugié à Lisbonne. Le clergé de France faisoit une pension a l'archevêque de Cashel, et à Tevêque de Clonfert. Les vacances des autres sièges durèrent encore plusieurs années, et ce ne fut qu'en 1^07 que l'on commença à y nommer. Le clergé du second ordre n étoit pas dans une position plus heureuse. Beaucoup de religieux et de pré* très avoient été contraints de fuir leur patrie. Plusieurs avoient suivi Jacques dans son exil. La France et les Pays-Bas comptoient un grand nombre de ees honora-

Introduction. 137 Mes proscrits, auxquels leur double fidélité à leur croyance et à leur prince avoit coûté tant de sacrifices.

Le clergé catholique irlandois- se composoit , comme en Angleterre, de séculiers et de réguliers. Les réguliers étoient fort nombreux. Les ordres qui fournissoient le plus à cette mission étoient les Dominicains) les Franciscains, les Augustin», (1). Quant au clergé séculier, sa principale pépinière étoit le collège des Lombards à Paris. On avoit adopté , pour l'éducation du clergé irlandais , un usage singulier qui n'étoit pas sans de graves in convenions. La pauvreté de la plupart des sujets , et la difficulté de pourvoir à leur entretien , avoient fait imagi*ner de renverser Tordre naturel* Leurs évêques les or* do 11 noient prêtres dans leurs pays et les en voy oient ensuite étudier à Paris , où ils trouvoient quelque ressource dans l'exercice des fonctions du ministère. On ne peut se dissimuler que cette méthode n'introduisît souvent dans l'état ecclésiastique des sujets médiocres , soit pour la conduite, soit pour la doctrine. On s'éleva plusieurs fois contre cet abus , et contre la facilité avec laquelle les évéques conféraient les ordres. Mais ces plaintes, quelque fondées quelles soient, ne doivent pas nous empêcher de reconnoître qu'il y eut souvent dans le clergé irlandois des hommes recommandables par leurs talens , leur piété et leur zèle.

Nous ne mettrions pas le lecteur entièrement au fait de l'état de la religion en Angleterre , si nous ne donnions aussi quelques détails sur l'église anglicane , ou , comme, disent les Anglois , sur V église établie. Elle comptoit , au commencement du xvm* siècle, beaucoup d'hommes d'un mérite non équivoque. L'archevêque de Cantorbéri , Te-

(i) Ils avoient des collèges à Rome, à Louvaln , à Douai et à Prague. Le clergé séculier en aroit à Rome , à Lisbonne , à ComposteUe , à Salamanque , à Sévillc , à Alcala , à Bordeaux , à Parts , a Douai , à Lille , a Louvein et à Anvers. Celui de Paris avoit cent vingt sujets. Quelques-uns de ces établissement ctoient tréspeu considérables.

138 Introduction.

ri i son , se distinguent plus, à la vérité, par sa modération que* par l'éclat de ses taleos ; cependant il n'étoit pas indigne du haut rang que sa place lui donnoit dans l'Église et dans l'état. Sharp, archevêque d'Yorck, après avoir eu de la réputation comme prédicateur, s'en faisott une par son habileté dans les affaires. Corn p ton , éveque de, Londres, qui avoit montré tant d'ardeur pour la révolution, étoit un protestant zélé. Burnet , évéque de Salisbury , partisan non moins vif de la révolution de 1688 , et de la succession dans la ligne protestante, est connu par des écrits fort estimés dans le temps en Angleterre, mais dont le mérite n'est pas fait pour être également senti par de là la mer. Son Histoire de la réformation a été réfutée par Bossuct, et l'honneur d'avoir eu un tel adversaire pourra contribuer à sauver de l'oubli le nom du prélat anglican. Smolett dit de lui qu'il étoit généralement haï et méprisé ; et il est vrai que Burnet donna beaucoup de prise sur lui par quelques actions et quelques écrits. II est auteur d'un mémoire dans lequel , pour assurer la succession au trône chez les protestons, il proposoit ou de faire déclarer nul le mariage de Charles II , ou de lui donner deux femmes à la fois. Le 3i décembre 1706, il prêcha un sermon d'appareil , où il entreprit de prouver, par l'Ecriture sainte , que ce seroit un crime digne des plus sévères châtimens de taire la paix avec la France. L'historien Smolett lui reproche d'avoir, dans ce sermon, accumulé contre Louis XIV, les injures les plus atroces, les invectives les plus sanglantes , et les attributions les plus odieuses et les plus infamantes. Patrick, éveque d'Ély, etoit savant et habile. Cumberland, évéque de Peterborough , Fowler de Glocester , et Ridder de Bath , étaient estimés pour leur caractère et leurs connoissances. D'autres ecclésiastiques, qui n'arrivèrent que par la suite h l'épiscopat , avoîent encore peut-être plus de mérite. Attcrbury , ambitieux et ardent , mais écrivain ha- Liie et littérateur plein de goût , servoit le parti de la haute église avec plus de chaleur que de mesure. Bull défendoit la doctrine catholique sur la Trinité par de savant

Introduction. 12g

Tans ouvrages qui lui méritèrent les éloges et les rémercî mens de Bossu et. Beveridge , Nicolson et Hooper étoient versés , les deux premiers, dans les antiquités ecclésiastiques, et le troisième dans la controverse. Hoadly et Sherlock entroient dans la carrière. Des docteurs, qui restèrent toujours dans Us rangs inférieurs du clergé, servoient aussi l'église anglicane par leurs talens et par leur zèle. Bennett réfutoit les dissidens dans de nombreux écrits. Bentley , critique habile'et littérateur exercé , servoit la religion , soit par ses sermons de Boyle , soit par ses écrits contre Collins. Bingham travailloit dans la retraite à son savant traité des Origines ecclésiastiques. Un des plus célèbres docteurs de ce temps -là, Clarke, se si go al oit dans la prédication , dans la controverse , dans la métaphysique. Il défendit les grands principes de l'existence de Dieu et de l'immortalité de lame , heureux s'il navoit pas méconnu ensuite un des premiers fondemens du christianisme. Collier , s'élevoit contre l'immoralité du théâtre, et avoit l'honneur d'introduire une réforme dans cette partie. Dodwell ne mériterait que des éloges pour sa vaste doctrine et la prodigieuse fécondité de sa plume, s'il navoit souvent fait servir son érudition à soutenir des paradoxes injurieux au christianisme, et même aux principes de la loi naturelle. Mill publioit sa belle édition du nouveau Testament. P rideaux, South, Whitby , Wollaston se distinguoient dans différens genres d'écrits. Toutes les parties de la science ecclésiastique étoient alors cultivées en Angleterre avec un zèle qui ne le cédoit guère à celui que nous avons vu régner en France à la même époque. La littérature biblique , les langues savantes, les antiquités, l'histoire, la controverse, la morale, occupoient des hommes de talent. Les grandes preuves de la loi naturelle et de la religion exerçoient les méditations de plusieurs philosophes dignes de ce nom. L'érudition et la littérature , la critique et le goût se prévoient un mutuel support dans des ouvrages dont la réputation subsiste encore. Les vérités capitales du christianisme étoient exposées avec clarté et prouvées avec méthode,

Page 1