‹ Mémoires pour servir à l'histoire ecclésiastique pendant le 18e siècleChapitre 8 sur 50 · x Introdaciion · texte numérisé non relu

x Introdaciion

esprit* Formé h la pieté dans les nombreuses congrégations qui s'étoient e'tablies au siècle précédent, et qui subsistaient dans toute leur régularité, il donnoit de beaux exemples de vertu , et plusieurs de ses membres retraçoient les qualités éminentes qui avoient distingué précédemment les la Rochefoucauld et les Bérulle sous la pourpre romaine , les Gault et les Solminiac dans l'épiscopat, les Vincent et les Olief dans le sacerdoce, les Régis et les Rancé dans l'état religieux.

Il y avoit, en 1701 , sept cardinaux français, le cardinal de Bouillon, dont nous avons déjà parlé; le cardinal d'Estrées, ancienr évéque de Laon ; le cardinal de Bonzi* archevêque de Narbonnc; le cardinal Le Camus, évéque de Grenoble; le cardinal de Janson , évéque de Beauvais ; le cardinal de Coislin , évéque d'Orléans ; et le cardinal de Noailles, archevêque de Paris* Le moins illustre pour la naissance, mais le plus recommandahle pour ses qualités épiscopales, étoit le cardinal Le Camos. prélat frugal , austère , éloigné de toute ambition , livré aux pratiques de la piété, et assidu dans son diocèse, où il sd consacroit avec zèle aux fonctions de son ministère.

Parmi les évéques, il en étoit un grand nombre qui pouvoient être cités avec honneur. Et d'abord s élevoit cet homme prodigieux dont le nom fait encore le plus bel ornement de son siècle. Bossuet, déjà avancé en âge» sembloit n'avoir rien perdu de son zèle et de sa vigueur. Il venoit tout récemment de déployér l'un et l'autre contre le quiétisme , et le xviue siècle le vit encore les armes à la main pour combattre un critique téméraire. Placé par son génie à la tête de l'église gallicane, respecté au de—, dans et au dehors, honoré de Ja confiance du prince, il sembloit , par ses travaux et ses services , rassembler enlui l'autorité des docteurs et des pères. Historien , orateur, théologien, controversiste , il s'étoit signalé dans chacun de ces genres par des écrits immortels. Il ramena dans l'Église plusieurs personnages célèbres. Le maréchal de Turenne, M11* de Duras, des ministres, des savaus^ Lui durent leur retour à la vérité. On sait aveç

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quel éclat l'évêque de Meaux parut à l'assemblée du clergé de 168a. Il fut l'ame des délibérations qu'on y prit, et qu'il défendit depuis par un ouvrage très-connu. Il fut de l'assemblée du clergé de 1700, et il contribua plus que personne à y faire condamner un grand nombre de propositions sur la morale, et quatre autres, qui tendoient a favoriser et à renouveler le jansénisme. Il avoit pré-^ cédemment écrit aux religieuses de Port-Royal pour les exhorter à la signature du formulaire , et avoit montré , dit un' appelant , beaucoup de tèle pour empêcher qu ou tie donnât la moindre atteinte à cette signature. 11 fut un des premiers à condamner le Cas de conscience; il s'éleva contre la Bibliothèque ecclésiastique du docteur Dupin. Sa conduite fut toujours celle d'un prélat exemplaire, zélé, continuellement occupé ou du bien de son diocèse en particulier , ou de celui de l'Eglise en général ; remplissant tous ses devoirs, et préchant habituellement, soit à M eaux , soit dans ses visites pastorales.

À Cambrai , Fénélon faisoit aimer la vertu par sa piété douce , honoroit sa disgrâce par une fermeté noble , et partageoit son temps entre le gouvernement de son diocèse et la composition de ces ouvrages éloquens et solides qui lui ont assuré une juste réputation. Nommer Féoélon , c'est rappeler le souvenir de la vertu là plus aimable et de la charité la plus tendre. Sa mémoire intéresse encore aujourd'hui toutes les ames sensibles , et ses grandes qualités ont subjugué ceux même qui ne partageoient pas ses sentimens religieux. Des philosophes de nos jours font couvert d'éloges. U ne fau droit pourtant pas , d'après ce qu'ils en ont dit quelquefois , s'imaginer que l'indulgence de Fénélon provînt d'indifférence pour toutes les croyances religieuses. Si ce grand homme fiit extrêmement doux, modéré et charitable, il fut aussi sincèrement pieux. Fermement attaché à la foi , ses actions , ses ouvrages , tout l'ensemble de sa conduite attestent son amour pour Dieu et son dévouement à la religion. Missionnaire dans le Poitou , il achevoit de toucher , par l'exemple de sfs vertus, ceux que s*3 instructions âvoient ébranlés.

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Chargé de l'éducation des petits-fils de Louis XIV, il réussit à foire de rainé* de ces princes un digne héritier du trône de saint Louis. Il grava profondément dans le cœur du duc de Bourgogne des principes de religion , de Sagesse et d'équité qui eussent fait le bonheur d'un grand empire. Nommé, en 1695, à 1 archevêché de Cambrai , il remit, sur le champ, une abbaye dont il jouissent de— puis peu , et se retira dans sou diocèse d'où il ne sortit plus. Nous ne parlerons de la dispute du quiétisme que pour remarquer avec quelle promptitude il abandonna son livre quand le saint Siège l'eut condamne. Fénélon faisoitle bonheur d'un vaste diocèse, lorsqu'il mourut en 1715. Ce fut un jour de deuil pour son troupeau , dont il étoit le bienfaiteur. C'est une chose bien remarquable que l'union et la fidélité inviolable des amis de ce grand homme. Ces amis furent les hommes les plus vertueux de son temps , le duc de Bourgogne , qui lui conserva un attachement inaltérable dans sa disgrâce, les ducs de Beau— villiers et de Chevreuse , les abbés de Langeron , de Chanterac et de Beau mont , MM. du Puy et de Lechelle. Le* uns le suivirent dans son exil ; les autres entret en oient avec lui une correspondance assidue. Eloigné de Versailles , il étoit leur mentor et leur oracle, et tel étoit l'ascendant de sa vertu et de son caractère, que, du foud de son exil , il dicta plus d'une fois , à l'insu d'un monarque prévenu,.et les avis de ses ministres, et les résolutions de son conseil.

Après ces deux grands hommes, que leur mérite et leur réputation mettoient , pour ainsi dire , hors de pair , il en étoit aussi d'autres qui se faisoient estimer par leurs connoissances ou par leurs vertus. M. Huet, ancien évoque d'Avrancbes, étoit un prélat d'une grande érudition. Sa Démonstration e'vange'lique , son édition des Commentaires d'Origènes sur V Écriture sainte f ses Ques~ Uons sur la concorde de la raison et de la Jbi ( pour ne parler ici que des ouvrages qui ont rapport ù notre objet) ont joui d'une grande réputation , et l'obtiendroient encore dans un râclt moins frivole. Ce savant homme ,

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qui avoit seconde Bossuet dans l'éducation du dauphin-/ renonça aux fonctions de l'épiscopat pour vaquer à l'étude, et passa le reste de ses jours dans une laborieuse retraite. M. de la Broue, évêque de Mirepoix, honoré de l'amitié de Bossuet , est auteur de Lettres pastorales aux nouveaux réunis de sou diocèse, sur l'Eucharistie. M. de la Vallière, ancien évêque de Nantes, publioit de livres de piété, auxquels l'exemple de sa vie retirée ajoutoit plus de force. M. Fléchier , éveque de Nîmes, renommé longtemps pour son éloquence , se faisoit estimer des protestans même pour sa modération et sa charité. Outre ses Oraisons funèbres , on a de lui des Sermons , la Vie de quelques grands hommes, et des Lettres et Instructions pastorales qui annoncent un zèle sage et un esprit digne d'un evéque. Mascaron , qui avoit couru la même carrière que Fléchier, devenu évêque comme lui, sefforçoit aussi de ramener les prolestans par les armes de la persuasion et de la douceur. On dit qu'il réussit en effet à toucher la plupart de ceux qui se trou voient dans son diocèse d'Agen ; triomphe plus flatteur encore que ceux qu'il avoit obtenus autrefois dans les chaires de la capitale, où il avoit brillé.

Des prélats, moins connus, ne montroient pas moins de vertu et de zèle. M. des Marais , à Chartres ; M. de Berthier, à Blois ; M. de Foresta-Colongue , à Apt ; M. de la Brunetière , à Saintes; M. Girard, à Poitiers; M. de Franche ville , à Périgueus ; M. Taffoureau , à Alet ; M. de Saulx, à Alais; M. de Bertier, a Rieux; M. de de Granmont, à Besançon ; M. de Béthune, à Verdun, etc. , étoient des pasteurs pleins de l'esprit de leur état , donnoient à leur clergé l'exemple d'une vie vraiment sa- cerdotale, et veilloient sur le troupeau qui leur étoit confié. Leurs noms se sont conservés Ion g -temps avec honneur dans leurs diocèses. M. de Thomassin , a Sistérou ; M. de Chalucet, à Toulon; M. de Poudenx, a Tarbes; M. de Béthune, au Puy; M. de Roquette, à Autan; M. de Nesmond , à Bayeux ; M. Poncet , à Uzès , faisoient le plus bel emploi de leur roenu. Des séminaires, des

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hôpitaux, des établissemens d'utilité générale, s'élevoient à la voix de ces pontifes charitables et généreux, qui, après s'être occupes toute leur vie du soulagement des pauvres, leur laissèrent encore presque tous, en mourant, ce qu'ils possédoient. Nous ne nous flattons pas d'avoir nommé tous les évêquesqui méritoient d'être connus. Il en étoit qui, confines dans des provinces éloignées, opéraient le bien en silence. Ceux-là sur lesquels ila répandoient leurs bienfaits, en savoient le secret. Ils auront reçu leur récompense de celui k qui rien n'échappe.

Le clergé du second ordre ne méritoit pas moins d'attirer les regards. Les congrégations , établies au siècle précédent , continuoient l'œuvre pour laquelle elles a voient été instituées. Presque toutes a soient à leur tête des hommes de mérite. L'Oratoire étoit gouverné par 1« père de la Tour, prêtre respectable, qui refusa plusieurs fois l'épiscopat, qui jouissoit de la confiance des princes et des grands, et qui ne s'en servoit que pour les porter à la vertu. MM, Tibcrge et de Brisacier, du séminaire des Missions étrangères , n'avoient pas moins de crédit , et n'en faisoîent pas un moins digne usage. M. Tronson , ce chef si estimé d'une congrégation utile , ne venoit que de mourir. La congrégation de Saint-Maur se maintenoit dans l'esprit de la réforme qui y avoit été établie précédemment. Le goût des bonnes études y florissoit , et de savans religieux s'y distinguaient, chacun dans leur genre, par une vie laborieuse et par d'heureuses recherches.

Il n'étoit aucune partie des sciences ecclésiastiques qui ne fut cultivée avec un zèle digne d'éloges. L'Ecriture sainte étoit étudiée à la fois par une piété éclairée et par une critique sage. Bu guet et d'Asfeld faisoîent, a Paris, ces conférences alors fort fréqu entées et même célèbres, auxquelles nous devons les ouvrages qu'ils publièrent depuis, tels que X Explication de la Genèse , celle de Job , celle des Psaumes , et celle de la Passion. Le caractère des écrits de Duguet les fera vivre plus long-temps que Jes autres productions sorties de la même école. Ils joignent l'onction à la solidité , et n'ont peut-être d'autre

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défaut qu'un peu de prolixité. Les antres auteurs, qui travailloient sur l'Écriture sainte, étoient les pères Bou- Kours , Frassen , Lallemant , Mauduit. Ce dernier a donné de bonnes analyses de presque toutes les parties 'du Nouveau Testament. Lallemant chercha , dans ses Réflexions morales sur le Nouveau Testament , à faire oublier un livre d'un titre semblable, compose par un homme fameux. Guarin et Masclef, célèbres hébraïsans, rivaux de science comme de méthode , travailloient , quoique par des moyens diffiérens , à faciliter aux autres l'étude d'une langue qu'ils posscdoient à fond.

Les théologiens de cette époque sont en grand nombre. MM. Genêt? , évéque de Vaison , Duhamel, Habert, Tournely, Vuitasse, les pères Alexandre, Gisbert , Juénin , ont laissé des traités de dogme et de morale. Plusieurs ont été critiqués, et quelques-uns sont en effet repre'hensibles. Mais ceux-là même ne sont pas sans mérite, au moins dans quelques parties. Le père Alexandre et le docteur Tournely étoicnt certainement des hommes très-instruits. Les décisions des cas de conscience de Pontas sont regardées comme un guide sûr en morale. Le Catéchisme, dit de Montpellier, par le père Pouget de l'Oratoire , est un des ouvrages les plus complets en ce genre. Dans la controverse, l'abbé de Corderaoi, le père Dez, Jésuite, et Hué-Delauné, montrèrent autant de talent que de xèle ; ils s'appliquèrent tous les trois à la conversion des protestans , et en mettant autant de force dans leurs écrite que de douceur dans leur conduite, ils parvinrent à en ramener plusieurs à Paris, en Alsace et en Normandie, pays qui furent principalement le théâtre de leurs efforts. D'autres écrivains, moins connus, le Fevre, le Grand, Lallouette, travailloient au même but. Louis XIV avoit contribué à exciter dans ce genre, le zèle des théologiens. Plusieurs protestans, et même des ministres, avoient successivement abandonné l'erreur. Obrecht , Papin , Hugy , Brueys , Gilli , Courdil, Clément, Saurin, de Versé, parurent presque tous rentrer de bonne foi dans le sein de l'Église.

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Babin, théologien éclairé, casuiste sa^c , posoit, dans les Conférences d'Angers , les principes d'une morale également éloignée du relâchement et fie l'affectation d'austérité. Les Conférences de Langres , par Bourrée; celles dcLuçon , par Dubosc; colles de Paris, parleSemelier; cdles d'Amiens , par Masclef ; quoiqu'elles aient conservé moins de réputation , ne sont cependant pas sans mérite. Desavans liturgistes travailloient sur les rits et cérémonies de l'Église. Breyer , Pierre le Brun , le Brun dit Desroarettes , Châtelain, Grau colas , Théraize, dom .de Vert faisoieot , dans ce genre , des recherches utiles , et donnoient des explications , où tantôt l'érudition , tantôt la piété trou voient un aliment. On rédigeoit'des Bréviaires, où la critique étoit plus sûre, où l'Écriture sainte étoit plus fréquemment employée, et où les hymnes et les proses étoient d'un style plus clair et plus noble. Santeuil a voit consacré son talent à ces parties de l'office divin.

Le ministère de la chaire étoit honoré par des orateur* dun mérite distingué. Bourdaloue annonçoit la parole de Dieu depuis plus de trente ans. Plein de lèle et de charité, laborieux, convaincu de la dignité de ses fonctions , et les exerçant avec liberté , cet homme ajxkstolifjue soutenott par ses vertus la force de ses discours* Après avoir prêché les grands de la terre, et avoir rempli avec succès les chaires de la cour et de la capitale, il se consacra, dans ses dernières années, au soin des panvres, et alla porter des consolations dans les pinsons et dans lea hôpitaux. 11 joignoit la confession à la prédication. Son nom et ses services sont un des litres de gloire de la Société dont il étoit membre. Massillon ne iàisoit qu'entrer dans la carrière , et marchoit au même but par une route différente. 11 eut davantage recours aux moyens d'un art puissant sur l'esprit des hommes. Mais s'il usa des armes de l'éloquence, il ne négligea pas celles de la logique. 11 descendit dans la conscience de ses auditeurs, scruta jusqu'aux replis les plus cachés «Je lenr ame, et les confoudit par des portraits ou cUaçun

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fut étonné et honteux de se reconnoître. La pureté de sa morale, la sagesse et l'onction de ses conseils, son habileté' à remue» les cœurs , ses peintures si vraies de la doctrine chrétienne, ses tableaux si frappans des funestes effets des passions, sa connoissance profonde de notre miaère, font de loi un orateur achevé. Noble et pathétique, abondant et varié, il remue, il persuade, il entraîne. Son Avent et son Carême sont d une richesse délocution et d'une fécondité de pensées qui charment l'homme de goût et le fidèle. Son Petit Carême } composé depuis pour un roi enfant, devroit être le code des grands. Elevé à l'épiscopat sous 4a régence , Ma3sillon v donna h son clergé l'exemple des vertus sacerdotales , et fit ces Conférences ecclésiastiques que des connoisseurs mettent à cûlé de ses sermons. 11 mourut à Cierraont , avec la réputation de l'homme le plus éloquent qu'ait eu la France daus la carrière de la prédication. Après Bourdaloue et lui, mais à un long intervalle, sont des prédicateurs dont l'Église a estimé les services, et dont Je bon goût ne dédaigne pas les productions. L abbé Anselme , les pères. B retonneau , Houdry, la Rue, Terrasson curent de la réputation au commencement de ce siècle. Bastide , Belhomme, d'Aubenton , Herroant, Richard, Thorcntier, quoique moins estimés, peuvent encore fournir des secours à ceux qui courent la même carrière.

Les moralistes n'étoieut pas en moindre nombre que les prédicateurs. Des ecclésiastiques séculiers et réguliers nourrissoient la piété des fidèles par des ouvrages dont plusieurs ont passé jusqu'à nous , et dont les autres n ont pas été inutiles à des auteurs plus modernes. Nous ne ferons que nommer rapidement Avrillon, Girard, de Gonnelieu , Martineau , Maugras , Vaubert , Morel, ïreuvé, etc., en laissant au lecteur le soin de distinguer, ceux qui ont échappé a Tin jure des temps, et qui tiennent encore une place dans la bibliothèque des ecclésiastiques et des personnes pieuses.

Le champ de l'histoire , de I érudition et de la critique étoit cultivé par des mains laborieuses et exercées. Fleu*.

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ry avoit déjà commence* à publier les premiers volumes' de ï Histoire ecclésiastique , ouvrage écrit avec une sim-. plicité et une candeur admirables. On sent que l'auteur aimoit sincèrement l'Église , et qu'il ne ressembloit point à ces hommes qui , le citant à tout propos , et se piquant peu d être aussi équitables que lui , Youdroient que les vices de certains personnages, les abus introduits quelquefois dans les choses les plus saintes, et d autres inconvéniens que les vrais chrétiens déplorent , retombassent sur la religion même. Fleury a mis à la tête de quelques-uns des volumes de son Histoires des discours fort estimés, dans lesquels il passe les faits en revue; et en tira des réflexions la plupart fort sensées, et qui annoncent un esprit sain , un critique judicieux et une aine honnête. Cet estimable historien servit encore la religion par d autres productions également solides , composées sans prétention , et dans la seule vue de futilité publique.

L'abbé de Choisy est connu par quelques histoires particulières, et par une Histoire générale de l'Eglise, que celle de Fleury a fait entièrement oublier. Dupin donnoit sa Bibliothèque des auteurs ecclésiastiques ; collection trop au-dessus de ses forces , et dont les méprises et les erreurs excitèrent le zèle de Bossuet. Amelot de la Houssaye , laïque , méritoit des reprochée encore plus graves, par son affectation à faire passer dans notre langue les productions décriées de Fra-Paolo et de Machiavel. Le Gohien dressoit les premiers Recueils des Lettres édifiantes , monumens intéressans pour l'histoire du christianisme dans les contrées lointaines , et qui ont été continués par le père du Halde, de la même Société. Hélyot ftisoit paroître son Histoire des ordres monastiques. D autres se bopnoient à des morceaux d'histoire moins étendus, et composaient des vies de saints ou de personnages recommandables par leur piété. Tels étoient Baillet , Marsollier , qui est encore lu avec intérêt, Grandet , Fontaine , le Nain , et Villefore que sa qualité d'académicien n'a pas préservé de l'oubli , et qui d'ailleurs J'est ni très-exact , ni très-impartial.

Introduction. Ct ■ Dans le genre de l'érudition , se distinguoit particulièrement une congrégation laborieuse et savante , celle des Bénédictins de Saint-Maur. Là brilloit un homme d'un mérite éminent, religieux aussi humble qu'érudit profond , le cdlèbre Mabillon. Partisan zélé des études monastiques, il en ayoif montré les avantages par son exemple. Ses nombreux écrits , en servant la religion , avoient honoré le cloître. Son édition de saint Bernard , ses Actes des Saints de l'ordre de saint Benoit , ses Annales du même ordre , sa Liturgie gallicane , ses Lettres et Mémoires sur divers sujets de critique et d'érudition , sont d un homme supérieur aux sujets qu'il traite. Il voyagea en Allemagne, en Italie, en France, recherchant les manuscrits, étudiant les mon u mens, interrogeant les savans, et s'instrnisant de plus en plus dans les antiquités ecclésiastiques. If fit naître, clans sa congrégation , une louable émulation pour le même genre de travail* Ruinart , son élève , l'accompagna dans ses courses et le seconda dans ses recherches. C'est à lui qu'on doit les Actes sincères des Mar* tyrs , où il réfute un paradoxe de l'Anglois Dodwell. Il donna aussi une édition de saint Grégoire de Tours. Massuet, Martianay, Malienne, Mon tfàucon , suivirent les mêmes traces , découvrirent des manuscrits précieux , publièrent des éditions soignées des Pères, et se signalèrent par une critique éclairée. On venoit récemment de terminer, dans ce corps, une entreprise importante, sous le rapport religieux. C'est l'édition de saint Augustin , par dom Blampin, édition qni avoit demandé beaucoup de recherches et de critique, et qui avoit été exécutée avec une exactitude et une correction qu'on ne pouvoir, peut-être, attendre que d une réunion d'hommes vivant eji communauté, et non distraits par les embarras du inonde ct des affaires. C'étoit une chose merveilleusement utile pour le progrès des connoissances , que ces corps voues à la retraite , que ces associations où tout se mettoit en commun , où les plus âgés s'occupoient à former les plus jeunes , et oii se perpétuoient , par une communication assidue , les traditions de la science et les moyens

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de l'acquérir. Rien n'étoit perdu dans ces laborieux asi— les , et ce que l'un n'avoit pas eu le temps d'achever , un. autre, anime* du même esprit , et aidé des mêmes secours, le continuoit. Là se gardoient, en dépôt, des manuscrits précieux. Là des bibliothèques bien choisies étoîent à la disposition de quiconque aimoit à s'instruire, et sursoient pour en faire naître l'envie. Aussi ce sont les corps religieux qui ont fourni les hommes les plus savans du xvir» siècle. Les Bénédictins, l'Oratoire, les Jésuites comptoient à lenvi des sujets / uniquement occupés de travaux importans et d'études graves. À l'époque où nous sommes, Une autre entreprise se préparait dans la congrégation de Saint-Maur; c'étoit celle du nouveau G allia christiana* Denis de Sainte - Marthe , qui fut depuis général de sa congrégation, y eut la principale part. Héritier d'un nom cher aux lettres, il soutint l'honneur de sa famille par ' des ouvrages de controverse , d'histoire et de critique.

Les autres savans qui, en 1701 , se distinguoient dans le genre de l'érudition , et sur* tout de l'érudition ecclésiastique, étoient Baluze, très- versé dans la connoissance des manuscrits et des chartres , et éditeur de plusieurs ouvrages curieux ; Pezron , Cistercien , qui défendit la Chronologie des Septante , publia X Antiquité des temps rétablie , ainsi que d'autres ouvrages de critique ; le Quien , Dominicain , qui écrivit contre le système du père Pezron , donna une édition de saint Jean de Damas, et rassembla les matériaux du grand ouvrage publié après t sa mort, sous le titre dOriens christianus ; Bernard Lami, de l'Oratoire, qui travailla sur l'Écriture sainte , et donna une Démonstration de la sainteté et de la vérité de la morale chrétienne ; le père de Tournemine , Jésuite, qui réunissoit des connoissances t rès- variées , et réfuta son confrère Hardouin. L'abbé Boileau , frère du célèbre satirique , affecta de se distinguer par le choix des sujets qu'il t rai toit , et par la manière dont il les t rai toit. On en peut dire presque autant de Thiers, curé, qui fut cependant un écrivaiu moins caustique et moins pa~ fadpxal que Boileau. Le père Daniel, Jésuite, connu

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par plusieurs ouvrages d'histoire, travailla aussi sur des matières de théologie et de critique. Il entra en controverse avec le père Alexandre , puis avec le père Serry , et il essaya de réfuter les Provinciales. LengletDufresnoy , qui appartient proprement à une époque postérieure , commeuçoit pourtant dès-lors à se lancer dans la carrière de l'érudition. Plusieurs de ses travaux sont étrangère à notre objet. Les autres sont assez généralement hardi* , singuliers et caustiques. Colonia , Jésuite , étoit instruit dans les antiquités ecclésiastiques. Sa Religion chrétienne , autorisée par le témoignage des anciens auteurs païens , est un ouvrage recommandante. Maucroix, chanoine de Hcims, traduisoit dans notre langue des écrits des pères «on des productions étrangères. Petitdidier , mort évéque de Macra, s'exerça sur plusieurs sujets de critique, de théologie et d'histoire. François Lami, Bénédictin de Saint- Maur, qui étoit en relation de lettres avec Fénélon , est auteur de quelques écrits philosophiques et moraux. Nous ne parlerons point des disputes de Malebranche avec Arnauld et avec Boursier. Mais ses Cbnversations chrétiennes, ses Méditations chrétiennes et métaphysiques > ses Entretiens sur la nature de Dieu , renferment une philosophie saine. Ce célèbre Oratorien avoit u^e piété vraie et un jugement solide.

Après avoir parcouru rapidement l'état des sciences ecclésiastiques et de la littérature religieuse en France au commencement du xviue siècle, nous verrons que le soin de l'édification net oit pas non plus négligé. Les congrégations instituées , dans le siècle précédent , par de saints prêtres , les séminaires fondés par de pieux évëques, les retraites établies par saint Vincent de Pan! , avoient introduit ou maintenu dans le clergé une bonne discipline, l'amour de son état et le tèle pour ses fonctions. Les ecclésiastiques attachés aux paroisses de la capitale, étoient en général distingués par leur régularité. D'exeellens curés entretenoient l'esprit de religion pat-roi leur* prêtres et dans leurs troupeaux. Il suffirait de nommer M. de la Cbctardie, curé de Saint-Sulpice , homme aussi

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pieux qu'instruit, qui refusa l'épiscopat plusieurs lois, îî netoit point de diocèse qui ne présentât quelque grand exempte de religion et de vertu. Là cetoit la Trappe qui paroissoit n'avoir rien perdu à la mort de son célèbre réformateur, et qui conservoit toute la ferveur que cet homme pénitent y avoit introduite. Ici c etoit Sept-Fonts où le pieux émule de l'abbé de Rancé, dom Kustache de Beaufort , avoit ramené la discipline antique , et oîi plus de cent religieux rappeloient , par l'austérité de leur» vie, le temps des Benoît, des Bnino, des Bernard. Sud Jcs frontières du Luxembourg et de la Lorraine , Orval , réformé par l'abbé de Montgaillard, eût marché plus longtemps dans la voie étroite , si ce monastère n'avoit pasété livré à un esprit d'intrigue et de dispute, sous l'abbé de Bentzcradt , homme pieux et respectable d'ailleurs , mais apparemment trop facile ou prévenu. La même réflexion peut s'appliquer à l'abbaye de Saint-Polycarpe >. et l'abbé de la* Fitemaria mériterait les mêmes éloges que l'abbé de Rancé, s'il 1 avoit imité en tout. A Provins, un autre abbé commendataire renoncoit aux honneurs pour s'ensevelir dans une retraite profonde. Fils d'un chancelier de France , M. d'Ali gre pratiqua pendant plus de soixante ans les plus rudes austérités. Il ne se nourrissent que de pain , d'eau et.de fruits. La prière, les veilles , le travail des mains remplissoient toutes ses journées 11 répara les lieux réguliers de son abbaye, enrichit l'éV glise, acheta une bibliothèque, fonda une chaire de théologie et des écoles pour lesenfans , assigna de gros revenus pour trente orphelins qui dévoient vivre en commun , et avec tant de dépenses, trou voit encore le moyen de donner beaucoup aux pauvres. A Notre-Damc-du-Val , .nu diocèse de Baïeux, l'abbé Druel d'Angouille, ami de l'abbé de Rancé, et commendataire comme lui, se faisoit, comme lui, abbé régulier, et en raenoit la vie. L'abbé d Aligre et lui refusèrent l'épiscopat. L'abbé d'Urfé, h Uzerchc , l'abbé de Peyrissat, à Bonaigue, l'abbé de .Sércnt, à Prières, mont roi eut le même zèle pour la discipline religieuse. M. Fyot , aumônier du Roi et abl»é de >

Saint-

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Baint-Êtienne de Dijon , faisoit de son Abbatiale un séminaire pour de pauvres clercs, qui roenoient avec lui la vie commune, et il consumoit ses revenus tant pour cette bonne œuvre que pour d'autres l'abbé de la Salle, devenu pauvre pour l'amour des pauvres , fondoit un institut destiné à Instruction des pauvres, objet de sa constante sollicitude* À Bourg en Bresse, l'abbé de Sainte-Colombe , d'une ancienne maison du Dauphin é , alloit cacher son nom dans un hôpital , où il ne se faisoit connoître que par son humilité et ses services , et oh il mourut , en 1 708 , en odeur de sainteté. M. Boudon , archidiacre d'Évreux , terminoit de la même manière, en 1702, une vio consacrée toute entière à {a gloire de Dieu et à J'avantage du prochain. A l'abbaye Saint- Victor, à Paris, Simon Gourdan jnenoit la vie d'un Trapistc , et joïgnoit aux exercices de la pénitence , l'esprit intérieur, l'humilité, l'habitude de l'oraison. Sa réputation s'étendit au dehors. On venoit le consulter sur les choses de Dieu , et solliciter une part dans ses prières* On croyoit même qu'il connoissoit les choses cachées. On lui attribua des miracles, et quelques-ilns ont cru que o'étoit par une providence spéciale que sa vie sainte et sà mort précieuse av oient concouru avec la vie et la mort d'un homme qui n'avoit pas pris , comme le père Gourdan, le parti de la soumission a l'Église, et dont on prétendoit que le tombeau étoit illustré par des miracles dont nous ferons voir le ridicule et la fausseté. Ils ont pensé que Dieu avoit voulu par ïk opposer la vérité à l'imposture , et la sainteté véritable , qui ne se trouve que dans la soumission envers l'autorité légitime , à la sainteté foit suspecte d'un homme de parti et d'un réfractaire. L'abbé de la ttastie , chanoine de Dons ; l'abbé Mathon , chape* lain des Carmélites d'Amiens ; l'abbé Grignion de Montfjrt, missionnaire* ont mérité que leur vie fut donnée au public. Elle montre en eux des ministres pleins de zèle et de piété. Clnrles Viani se rendoit célèbre, eu Provence , par ses missions et sa vie pénitente. Il raou*» rut au séminaire d'Aix* en 1706. H serait trop long de tomb raEanER. 5,

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citer tous les- ecclésiastiques qfii Lonorqient leur caractère par des vertus éclatantes. Parlerai-je, des laïques? J'aurais à. pommer des princes, des seigneurs , des magistrats, des femmes du plus grand nom. La cour et la ville comptent des personnes d'un rang émioent livrées aux bonnes œuvres. La piété étoit en honneur , et ceux mên\e qui ne la pratiquoient pas, la révéraient. On pou voit oublier les règles , on ne les contestoit pas. Les ministres de l'Eglise jouissoient de la considération qui leur est due. Une heureuse harmonie régnoit entr'eux, et servait au succès de leur ministère; ils voyoient les fidèles applaudir à leur zèle loin d'en être importunés , et contribuer à en assurer les effets par leur respect et leur • docilité.

Le souverain donnoit lui-même l'exemple. Il étoit régulier, et il vouloit que sa cour le fût. Il avoit renoncé depuis long-temps à ces attache mens coupables dans lesr quels sa jeunesse s étoit égarée , et dont les objets s'ét oient condamnés aux larmes du repentir et aux expiations de la pénitence. M™ de la Vallière et M"* de Montespau y i voient encore,, mais, vivoient dans la retraite et dans les. pratiques de la piété. La première avoit embrassé les austérités du Carme! , et les soulcnoit avec courage*. La seconde n'avoit pas fait des vœux , mais demeurait dans une communauté où elle s'étoit donnée toute entière à Pieu et aux pauvres. L'une et l'autre étoient un grand exemple pour le monde qui avoit été témoin de leurs scandales , et qui apprenoit par là le moyen de les expier. Louis XIV ne secontentoit pas de s'être détaché des liens de ses passions. Il laisoit respecter la vertu. Il n'eût souffert ni les éclats du vioe ni les, railleries contre la rejijgion. II avoit toujours révéré celle-ci dans le temps de ses plus grands écarts; à plus forte raison quand elle avoit repris sur lui tout son empire. Il vouloit qu'elle fût honorée, et il se faisoit gloire d'y contribuer. L'attention la plus scrupuleuse présidoit à ses choix pour les liénéfioes. te choix étoit à ses yeux un ait* de religion. Il lerescryoit pour les plus grandes létes de l'année, pour les

Introduction. 67 jour» <piil consacrai t aux exercices de pieté et à la participation des mystères saints. Dans les places , il préféroit ceux qui paroissoient plus religieux. Je sais qu'on lui a reproché d'avoir par là favorisé l'hypocrisie, et d'avoir fait de mauvais choix. Sans doute Louis a pu se tromper , il n'étoit point infaillible. Mais des choix plus heureux devraient lui obtenir grâce pour quelques autres qu'on lui a bien durement reprochés. Quant à l'hypocrisie qu'on l'accuse -d'avoir encouragée, cette imputation ne nous paraît nullement fondée. Si, sous un prince vertueux , ceux qui ne le sont pas feignent de l'être pour lui iaire la cour", est-ce à lui ou à eux qu'il (àut adresser des reproche?? L'abus que les courtisans font des qualités du prince, doit-il-fiure condamner ces qualités, et parce qu'on Je trompe fout-il absolument qu'il ait tort?

Louis XIV étoit sincèrement religieux ; il l'étoit par conviction et par sentiment. Il honorait les ministres de l'Eglise. On a plusieurs de ses lettres aux Papes de son temps. Elles sont remplies d'expressions et de marques de dévouement qui étonneraient peut-être de la part d'un monarque jeune et fier. Ainsi il écrivoit a un des prédécesseurs de Clément XI : Votre sainteté peut s'assurer que désormais une de mes plus sérieuses et plus douces applications sera de lui complaire en toutes les choses où fen aurai le pouvoir, et de ne rien oublier de ce qui dépendra de moi pour témoigner ma dévotion envers le saint Siège , mais aussi pour contribuer à la gloire de son nom ; je le dis de cœur , et les effets lui feront voir la vérité de mes sentiment. On trouve dans ses Œuvres, en six volumes, imprimées en 1806, d'autres lettres adressées au même Pontife, et qui ne sont pas moins affectueuses. On en trouve qui sont adressées à Bossu et , à Mn« de Lamotgnon , et qui n'ont pas d'autre, objet que de se recommander à leurs prières. Il écrit à l'archevêque de Paris uniquement pour l'engagera voir le duc de Rohan , alors mourant , et à le disposer à une fin chrétienne. Il étoit alors à l'armée, et il trouvoit, le temps de s'y occuper d'un objet de cette nature* Il presse

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Je roi de Dancmarck de protéger les catholiques de ses états. Il écrit , pour le même motif, aux magistrats de Hambourg. Il avoit sollicité plus d'une fois, dans le même but, le roi d'Angleterre , Charles II , et il avoit travaillé a fortifier le penchant de ce prince pour la religion catholique. U avoit envoyé en Portugal l'abbé de Bour- *eis, uniquement pour engager M. de Schoinberg , qui commandoit pour les Français en ce pays, à renoncer au calvinisme. ,

Tel étoit le zèle de ce prince dans le temps même oh la religion avoit à reprendre en lui de grandes fautes. Cè cèle parût s'accroître quand Louis fut revenu à des moeti rs plus chrétiennes. Il remplissait exactement les pratiques de la religion. Il entendoit la messe tous les jours, et n'y a manqué qu'une seule fois , se trouvant à l'armée. Il se tenort a l'église dans la posture la plus respectueuse , et vouloft qu'on fît de même. Il observoit , autant qu'il le pouvoit, les règles sur l'abstinence, et il les feisoit observer. Il rendit un grand nombre de lois favorables à la religion. Il s'efforça de réprimer la fureur des duels , et d'arrêter , par des édits rigoureux , la licence des blasphèmes. Il désira vivement réunir tous ses sujets dans une seule croyance, et pour y parvenir, il favorisa le lèle des missionnaires qui se répandirent en plusieurs provinces pour y prêcher la controverse. Il encouragea des écrivains à se servir de leurs talens pour démontrer le vice de la prétendue réforme. Il crut devoir révoquer Une loi fameuse qui accordoit de grands avantages aux protestans, et il restreignit graduellement leurs privilèges. Ce n'est pas ici le lieu de discuter 1 équité ou la propos de cette mesure. Nous pouvons dire seulement que s'il y eut dans l'exécution des injustices locales , des rigueurs partielles, ou des violences particulières que nous n'approuvons pas, on doit s'en prendre, ce semble, non au prince qui ne peut tout voir, mais à des sut>alternes qui abusoient de son autorité, et qui se croyoient tout permis loin de ses yeux. Il fit plusieurs établissemens utiles à la religion ; et je ne parie pas ici de cette fondation

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magnifique où les défenseurs de l'état trouvotent, après leurs travaux guerriers, un asile honorable et une retraite pieuse , et oîi ils peuvent finir leur carrière dans les soins* du salut, après l'avoir commencée dans les exercices des eamps ; je ne parle pas de cette autre fondation , nott moins respectable , destinée à élever des filles pauvres , et à ieur inspirer des sentimens de piété qui» ne les rendoient ensuite que plus propres a devenir de bonnes mères de famille; Louis favorisa d'autres établissemens diriges plus spécialement encore vers le bien de l'Eglise. Il concourut a la fondation du séminaire des Missions étrangères, d'où . part oient des hommes apostoliques qui alloieot porter le flambeau de la foi dans les contrées les plus reculées do l'Orient. II obtint l'érection d'un évéché à Québec. 11 pourvut aux besoins spirituels des hab'tans des colonies. Son zèle s'étendit jusque sur la Grèce et les autres paysoccupés par les Musulmans, Il étoit auprès du Grand- Seigneur le protecteur des chrétiens opprimés , et il les dchvra plusieurs fois des avanies et des vexations des infidèles. Il envoyoit à ces églises malheureuses dés prêtres , des livres , des objets nécessaires au culte. Son ambassadeur à la Porte étoit chargé de veiller a leurs intérêts, et un de ces ambassadeurs, le marquis de Ferriol , mérita les éloges du souverain Pontife pour le soin -qu'il prenoit de défendre les catholiques et d'adoucir leur sort. Peut-* être se trouveroît-il des gens dédaigneux qui riroient de voir un grand prince descendre à ces sortes de soins. Mais je ne ne sais si la politique ne se roi t pas ici d'accord aveo la religion et l'humanité , et si ce beau rôle de protecteur des chrétiens* opprimés en Grèce et en Asie , ce rôle si honorable pour la France, ne pouvoit pas aussi lui être utile sous un antre rapport, en procurant de nouvelles branches à son commerce , et en lui donnant dans se pays des amis dévoués à ses intérêts.

Ceux à qui Louis accorda sa confiance en furent généralement dignes. Le père de la Chaise, son confesseur , étoit un bon religieux , dont Saint-Simon lui-même 9 îoué la mode ratio» t quoique ce seigneur fit profession de-

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ne pas aimer les Jésuites. Mœe de Maintenon , qu'il naimoit pas davantage , et que quelques écrivains , qui l'ont copié, ont jugée très-sévèrement, Mro« de Maintenon étoit une femme estimable , modeste , désintéressée , éloignée de tout esprit d'ambition. Parmi les femmes qui eurent de l'influence sous ce règne, aucune n'abusa moins de son crédit. Pourquoi se montreroit-on si indulgent envers les autres, et si sévère envers celle-ci? Pourquoi la rendroit-on responsable de tout ce qui arriva de mal de son temps ? M™ de Maintenon put se tromper sur quelques nommes ; mais en général elle avoit de la finesse et du tact ; elle vouloit le bien , elle étoit indulgente et modérée. D'ailleurs, eut-elle autant de part qu'on le croit communément à la direction des affaires? Elle n'aimoit point à se mettre en avant, et on voit par ses lettres combien elle craignoit de se rendre responsable des suites qu'auroient pu avoir ses conseils. Quant à sa piété , elle »a jamais été révoquée en doute. Le duc de Bourgogne, fort jeune encore, montrait déjà ces qualités heureuses qui excitèrent depuis tant d'admiration , et ensuite tant de regrets. Le prince de Conti , le même qui avoit été élu roi de Pologne, prince généralement aimé et estimé, finit sa vie , en 1709 , dans les plus vifssentimensde piété. X»e marquis de Cavoye , ami de Lmiis XIV , terminoit sa carrière de la même manière. Claude Le Pelletier, ancien contrôleur des finances et ministre d'état, vivoit dans une pieuse retraite, et ne soccupOit plus que de l'éternité. Le* Pelletier de Souzi , son frère , conseiller d'état et directeur général des fortifications, prit aussi, quoiqu'un peu plus tard , le même parti. La princesse de Lislebonne îtoit célèbre par sa ferveur. Le marquis de Hanvoille , mort en 1704, étoit entièrement appliqué aux bonnes œuvres. On a publié la vie de la comtesse d'Auvergne, morte la même année. Cétoit une protestante convertie, qui donna de grands exemples de vertu. De Lorouse, brigadier des armées du roi , après avoir brillé au service du pnnee , pratiquoit à la Trappe les austérités de la pénitence. Pc Counillc, qui avoit eu le même grade miii-

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taire; de Clermont cTAmboise, chevalier de Reynel, et d'an très guerriers estimés, avoient entièrement oublié le monde. Des laïques de toutes les classes passoient leurs jours dans de pieuses retraites. Un pënitent , dont on a toujours ignoré le nom véritable, et qui ne fut connu que sous celui du Pénitent de Château-neuf > à cause du lieu où il s'étoit fixé , y vécut trente-deux ans dans les exercices de la plus rude pénitence. On a cru que c étoit une personne de distinction. Sébastien Chauveau menoit, au milieu de la capitale, la vie des anachorètes dans leur Thébaïde , pratiquoit des austérités et faisoit des aumônes. Le comte de la Rivière vint depuis partager sa solitude. Tristan Dusson de Bonnac , ancien militaire, passoit trente ans dans la retraite , la prière et les austérités. 11 ne mourut qu'en 1714. Enfin, il u étoit point de rang, de condition, d'âge ou de sexe, qui ne présentât de beaux modèles ; et la religion pouvoit s'honorer d'une foute de noms qui se sanctifioient par la pratique des plus hautes vertus, et qui ne travailloient pas avec moins de ' zèle a la sanctification des autres.

Nous ne prétendons cependant pasqne la religion ,quel que fut alors son ascendant sur les hommes, ne comptât aucun détracteur. Au milieu de ce concert général et de cette disposition unanime des esprits, il en étoit quelquesuns qui regardoient la religion avec indifférence, ou qui, ' peut-être même, alloient jusqu'à affecter de la mépriser. ' On prétend que, dans la société du duc de Vendôme et du grand-prieur, son frère, on affichoit une licence à laquelle s'atlioit une sorte d'incrédulité. Celte société , dite du Temple , passoit pour porter assez loin Ja liberté des • . opinions ; mais c'étoit sur-tout une société de plaisir. La 1 religion y étoit plutôt regardée comme un joug incommode que comme un système odieux. On ne conuoissoit pcu'nt encore l'incrédulité sous les formes qu'elle a prises ; depuis. Saint-Évremont , Chaulieu et autres, n'étoient que des épicuriens qui vouloient sur toutes choses mener une v vie agréable, mais qui ne songeoient nullement h rendre l'irréligion populaire. On remarquoit ceux qui passoient '*

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pour s'écarter des routes communes. Boindio est peut-être, le seul qui eût la réputation d'être athée ; encore ne savons-nous pas bien précisément sur quoi cette réputation est fondée. On a dit que le comte de Boulainvilliers portoit assez loin la liberté de penser, et ses écrits prouvent en effet qu'il avoit des opinions hardies pour l'époque où il vivoit ; aujourd'hui il passeroit pour un écrivain fort modéré. Fontenelle a été quelquefois rangé parmi les philosopSes, mais c'est assez gratuitement. Ses écrits annoncent la réserve èt la prudence , et non une critique frondeuse. II est donc difficile de citer deux ou trois personnages connus de cette époque qui professassent l'incrédulité. Cependant il faut convenir que les écrits de Bayle", qui circuloient depuis plusieurs années , avoient pu répandre l'esprit de doute qui en fait le fond et l ame. Ils étoient d'ailleurs recherches par plusd'un motif. Ilétoitdonc possible qu'ils eussent déjà produit quelque impression sur des lecteurs faciles ou mal disposés. Mais ces effets se bornoient à une certaine classe , et il devoit se passer encore du temps avant que l'incrédulité méritât de fixer l'attention par le nombre, la qualité ou les efforts de ses partisans.

Il est une classe d'écrivains français dont nous n'avons pas parlé plus haut, et que nous ne pouvons cependant omettre tout-à-fait. C'est celle des protestans qui sortirent de leur pays lors de la révocation de ledit de Nantes. Il en est plusieurs qui se distinguèrent par leurs travaux. Les deux Basnage, Beausobre , Jaquelot , Lenfant , Martin, Naudé, La Placette, Poirct, Saurin , qui se retirèrent en Hollande ou en Allemagne , s'y firent oonnoîtrc , l'un par des recherches historiques, l'autre par des ouvrages de controverse ; celui-ci par des sermons , celui-là par des traités en faveur de la religion en général. Jurieu , qui se fixa en Hollande, est fameux par la fécondité de sa plume, par les emportemens de son style et par ses rêveries prophétiques. Ahbadie eut le bon esprit de se consacrer à des ouvrages d'une utilité générale. Alix , Dubourdieu , Grostête et quelques autres qui se rctirèvenjt

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comme lui e» Angleterre , y donnèrent des livres de controverse. Bayle, dont il sera question plus dune fois, alla porter en Hollande l'intempérance de son érudition et le poids de ses doutes. Le Duchat , son ami , qui lui fournissoit des remarques, ne fait pas honneur à* sa communion par le choix des sujets qu'il traitoit. Barbey rac, qui travailla sur le droit publie , ne paroît pas avoir été fort religieux. Il parle du moins, dans ses écrits, avec t lis- peu de respect, et des saints Pères, et même de la Bible ; et il a donné lieu de croire qu'il appartenoit aune secte dont nous parlerons à l'article de la Hollande , et qui avoit déjà fait des ravages dans les communions protestantes.

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