‹ Mémoires pour servir à l'histoire ecclésiastique pendant le dix-huitième siècle (volume 2)Chapitre 19 sur 21 · A.RT. II. AUTFXRS PROTESTANTS · texte numérisé non relu

A.RT. II. AUTFXRS PROTESTANTS

5 mars. — Samuel TI.m.i.ifax, évêqne ang'iran de Cloucester, puis de Saint-Asaph, naciuit en 17ô(». Il fut professeur d'arabe, puis de lois civiles à Cambridge. Outre plusieurs sermons détachés, il publia

trois sermons sur la tenlalivc pour abolir les souscriptions, en 1772, el douze outres sur les prophcdcs concernant l'Eglise chréiienne, et en particulier VEglise romaine. Ces derniers furent prècliés à la fondation de Warburton. 11 donna une Analyse de l'analogie de la religion naturelle et révélce de Butler, et une Préface aux sermons d'Ogdcn, dont 11 fui éditeur.

i" mars. — Pierre Ahlwardt, professeur de logique el de mélapliysique à Greifswald, y était né en 1711. Ses principaux ouvrages sont: la Bronto-théologie , ou Méditations jncuses sur les phénomènes du tonnerre et les éclairs; — des Réflexions sur la confession d'Ausbourg, en 5 vol., qui peuvent être regardées comme la continuation de l'ouvrage de T. G. Reinbeck ; — et quelques Sermons et Méditations philosophiques, entre autres sur l'immortalité de l âme et la liberté de Dieu. 11 réfuta lui-même dans la suite des idées hasardées qn'il avait avancées sur ce dernier sujet. Il était attaché, dit-on, à la révélation, el fort estimé pour son caractère et sa vie sérieuse et occupée.

2 mars. — Jean Wesley, l'un des fondateurs da méthodisme , en Angleterre, y naquit en 1703. Comme le comte Zinzendorf, il se persuada de bonne heure qu'il était destiné à quelque œuvre extraordinaire, el il interpréta dans ce sens tous les événements de sa vie. Il était encore étudiant à Oxford, lorsque la lecture des écrits de Guillaume Law le conduisit à mener une vie plus sérieuse. Il se joignit à quelques autres étudiants animés du même désir. Sorti du collège, il continua ce genre de vie, alla en Amérique prêcher les Indiens, et revint, en 1757, remplir les mêmes fonctions en Angleterre. En 1738, ses liaisons' avec Pierre Rohler, jeune prédicant morave, le portèrent à changer sa doctrine. Son frère, Charles Wesley, animé du même esprit, le secondait avait zèle, et leurs disciples s'accrurent. En 1741 , Wesley se brouilla avec Whiiefield, el chacun devint de son cùié le chef d'une branche du méthodisme. Wesley voyageait en difTérenls comtés, établissant partout des congrégations. 11 donnait princip ilcinent ses soins aux dernières classes de la société, et on dit qu'il opéra une grande réforme de mœurs parmi les ouvriers qui travaillaient aux mines et dans les forêts. Ses nombreux ouvrages roulent sur la théologie, la morale, la philosophie et l'histoire. Nous ne croyons pas nécessaire d'en donner ici la liste. Wesley ne se sépara point de l'église établie, et résista aux instances de plusieurs des siens qui provoquaient une rupture. Il ne doima point de confession de foi écrite. Les points sur lesquels on insiste le plus chez ses sectateurs, sont le salut par la foi seule, la conversion instantanée, el la certitude de la

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rcconcilialion avec Die». Comme Jean Wosicy avait liii pcnclianl à renlliousiasmc, il le favorisa chez ses disciples. Leurs prc'licaiions opéraient sur les auditeurs dos agilalions siuj^ulirros de corp^ et d'esprit; c'est ce qu'on appelait conviriion. Ces a^iuiiioiis, (|ui provenaient, disait-on, de rcxprit, furent une source d'illusions. Il est reniarqualile (juc c'est dans les dernières classes ([ue le mitUtidismc a lait le plus de progrès. En 17G7, il com|)lait déjà vingt-cinq mille sectateurs, et trente ans après ce nomhre ê!ait prcscpic tri|i!c. Ou assure qu'en 1815, il y avait au moins quatre cent mille méthodistes. tant dans la Grande-Bretagne qu'aux Klals-Unis. Il y a parmi eux beaucoup d'ignorants et d'enlliousiastcs.

22 août. — Jean-David Michaèlis, savant orienlalislc, naquit à Hiille en 1717. Il voyagea en Angleterre, y connut Lowili, et renoue a aux points hébreux dont il avait été d'abord partisan. Son séjour en Angleterre opéra en lui un autre changement moins heureux. H devint pélagien par ses relations avec quehpios latiludiiKiires, notamment avec Pringle et avec Ziegenhagen , chapelain allemand de la cour. Ayant été fait professeur de philosophie à Godingue en 17{G, il donna, en 1700, son Abrigr des dofjmrs thcoloijiqucs, qui ncstpas trèsorthodoxC;, même suivant les principes de sa conmiuuion, et qui exciia de grandes plaintes. Ses ouvrages sur l'Ecriture sainlo sont nombreux et savants. 11 traduisit la 15ible en allemand, et il était peutêtre riionune de son temps le plus versé dans la littérature biblique. On lui reproche d'avoir été aigre, impatient et violent dans la dispute; ce qui lui attira beaucoup d'ennemis.

— Jean-Auguste D.\t<ie, savant orientaliste, né en Saxe en 1721, fut professeur de langues orientales à Eeipsick. 11 était beau-fière de J.-A. Ernesti. Il travailla toute sa vie à une traduction latine des livres de l'Ancien Testament, ([u'il publia par parties. Datlie était très-attaché aux dogmes de sa communion, et plein de respect pour les livres saints. Il était fort opposé aux conjectures téméraires des modernes, qui ne voient dans les livres saints que des espèces d'anthologie ou de mythologie.

M janvier. —George HoR>E,'évêque anglican de Norwich, naquit en 1730, et étuilia à Oxford. Il se passionna de bonne heure pour le système d'Hutcbinson, et il en devint un des principaux partisan?. Par suite de ceite préoccupation, il se prévint contre Newton et Glark(», qu'llutchinson avait accusés d'avoir favorisé le paganisme. Il publii dans ce sens quelques écrits qui l'expo-scrent au ridicule, et d'autres sur les Chérubins, qu'il prétendait être une représentation

de la Trinité, il écrivit contre le projet de Kennicott de corriger le lexte hébiaï(iiie par le moyen de tous les manuscrits qu'on pourrait trouver. En 1776, parut ?on Commentaire sur les Psaumes, en 2 vol. m-V. C'était son ouvrage favori ; mais en évitant de trop s'attacher à la lettre, il donne aussi trop de carrière à son imagination. Dans une Lettre à Smith, en 1777, Horne se moque avec assez de finesse et d'e-prit des sophisines de Hume. H composa depuis sur le même plan des Lettres sur l'incrédulité, qui sont dirigées principalement contre les écrits de Hume. En 1787, il attaqua Priesiley, qui répondit par une Défense de Vunitarianisme. On a encore de lui des Discours sur différents sujets; — des Sermons, en 5 vol.; — un Avis aux lecteurs de Lato, et quelques écrits divers.

— David Dalrimple, juge d'Ecosse, connu sous le nom de lord Huiles, né à Edimbourg en 1726, était savant et attaché à la révélalion. Il composa VRistoirc des martyrs de Smyrme et de Lyon, dans le deuxième siècle, 1776; — \i's, Eesles d'antiquités chrétiennes, '5 \omes; — les Recherches concernant les antiquités de C Eglise chrétienne; — Recherches sur les causes secondaires auxquelles Gibbon attribue les progrès du christianisme. Ces deux derniers ouvrages sont dirigés contre Gibbon.

'2 décembre. — Jean-Christophe Doederlbin, ministre luthérien, professeur de théologie à Altdorf, puis à léna, nacpiit en Francouie en 1746. Il lit d'abord l'oflice de diacre dans sa patrie, et remplit la chaire de iliéologie d'Altdoi f pendant vingt ans. Ce fui là qu'il publia sa Traduction d'haïe et des Proverbes, et son Traité de dogmatique. Il coniiiiua l'édiiioii des Notes de Grotius sur VAncien Testament, et depuis il trailuisit VEcclésiaste et le Cantique des Cantiqufs. H eu( beaucoup de part à Tédition critique du texte hébreu de la Bible, publiée à L^ipsiik en 1793, sous son nom et celui de Meisner. Sa Bibliothèque thétdogique parut en allemand de 1780 à 1792. L'Inslitulio thcologi christiani a été souvent réimprimée. Doederlein contribua au nouveau sysième théologique qui a prévalu dans les univer-; sites luthériennes d'Allemagne, et qui est si contraire à la doctrine des premiers réformateurs. Mais il n'alla pas aussi loin qu'on Ta fait depuis, et il paraît même que .-ur la (in de sa vie, il vit avec inquiétude les conséquences de ces nouvelles opinions, et voulut en anéter le cours. Il éiait très-instruit dans la liilérature biblique, possédait les langues orientales, et a laissé d'autres ouvrages de théologie et des sermons.

28 mai. — Antoine Frédéric Busching, ministre luthérien, né à Sladh:.gen en 172-4, étudia en théologie à Halle sousDaùnigarlen. Son

DES l•:CKIVAl^s (i79:i). -m

prPiuici oiivrngo parait olro iiiio lulrudmiion <i l'Epilvr de saint l'uul aux l'liilii>i>ieiis, en 1 7i(). Il donna dos Lixtnis d'e.rnjèsc sur Isate et sur le Nouveau Testament, ei travailla à une édition allcmainlc de risaïe do Viliiii|,'a. Il est aiilotir d'iiiio Utirmonir dfs quiitrc lir(in(i('lisl(s; — (riiii Mémoire contre l'ulilitr ties livres siiniholiiints; — li'iiiK! Histoire des églises luthériennes en Russie, en l'ologne et en Lithuanie, oie. Vu ôoril où il proposait lio faire une llicolojjio lirt'c iiiii(|noim'nl de rEnitnro, lui attira dos dillorcnds avec les iiiini^trcs do (jolliii^iiio. Ayant ()0!du par-lh Pesporanoe d'iitre chaire Je théo'ogie à larpiellc il aspirait, il alla à Pélorshoiir},' on ITfil, cl y lut noniinô pasloiir de l'égliso lulliorionnode S:iinl-Pi< rro; il revint onsuilo on Allcniaijno, et finil [)ar se lixor à Berlin, où il lut dirocieur du Gyninaso. I{iiMl)ing faisait profession d'une tolérance irès-étendno. Il osl fort ooimn pai ses traviiiix géKgrapliiqnes.

— Ilonri CoRRODi, né à Zurich en 17^2, y fnl professeur de droit naturel et de morale. Il écrivit sur la philosopiiio, la tU-ologie et riiisioire ecclésiastique, et donna VHistoire critique du millénarisme, 1781; — puis ['Histoire du canon des Livres saints chez les Juifs et les Chrétiens. Depuis 1781, il publia un journal lliéologiquc sous le liire de : Fragments pour servir à ieœamcn impartial des doctrines religieuses, où il fil entrer quelques extraits de VHistoire de la religion et de celle du fanatisme, auxi|Ucllos il travaillait. Corrodi était discijilc de Sonder, et adopta son système.

8 octobre. — \m\vè Kippis, ministre presbytérien anglais, né en 17-25, fut pasteur de dilféretitos congrégations de sa coinniunion, et eti dernier lieu à Westminster. Lors des efforts des dissidoats, en 1772 pour obtenir une extension à Tacle de tolérance, il fit |)araîtrc un pamplibl |)()ur les seconder. Il fut éditeur dos Sermons de Doliiridge, y joignit ï^a Vie, et mit aussi la Vie de Lardner à la tête de la collection îles (Kuvres de ce docteur. Le Monlhhj-lievictc, la Librarg ot quelques atilios journaux avaient en lui un collaborateur très-exercé; mais son plus grand ouvrage est la liiographic brilnnnique, in- fol., qu'il n'eut pis le temps d'achever. Personne n'olaii plus en é.at que lui do rédiger un tel recueil. Il coniiai>sait parl'aitemenl la litiérature et les livres, et était au lait tio tontes les controverses religieuses. Mais il ss montre, dans la 7y(or/r«///»?> , laliiudinaire au dernier point. On assure qu'il croyait à la révélation; mais c'était à la révélation onlondno à sa minière. Il n'admettait ni la Trinité, ni réiernité des peines, ni plusieurs autres dogmes essentiels du christianisme. Avec cela, il dépl .rait, dit-on, la décadence rapi le de l'espril de religion; aveugle volontaire qui ne voy;r.t pas que lui-

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même contribuait à ce dépérissement de la foi, en se faisant un christianisme à sa mode, et en ôtant de la religion ce qui lui déplaisait! Cette liberté qu'il prenait, pouvait-il la refuser à d'autres, et n'eût-il pas dii sentir par-là même le besoin d'une autorité qui en impose, et d'un centre autour duquel on se rallie?

IS octobre. — Henri Owen, docteur anglican, né dans le pays de Galles en 1716, occupa divers bénéfices. Son premier ouvrage par.iît avoir été des Observations sur les miracles de l'Ecriture. — H donna depuis des Observations sur les quatre Evangiles; — un Avisanx étudiants en théologie; — des Reclicrches sur l'état de la version des Septante; — La Critique sacrée, en latin, 1774, et quelques autres ouvrages d'érudition et de critique. Nommé pour prêcber les sermons de Boyle, il les publia, en 1773, sous le litre de But et avantages des miracles de V Ecriture. Il fut éditeur, eti 1778, de la Collation du manuscrit Cotlonicn de la Genèse avec la copie du Vatican, collation faite par Grabe, mais qui était encore inédite. Owen était érudit et bon critique.

ART. m. PHILOSOPHES.

^5 juillet. — Jean-Bernard Basedow, philosoplie allemand, naquit à Hambourg en 1723. Il fut d'abord professeur à Soroë, en Danemarck ; puis renvoyé pour sa liberté à contredire plusieurs points de la doctrine protestante, il se relira :i Alloua, où il attaqua dans son Philalcthc plusieurs dogmes, et particulièrement l'éleruité des peines. Dans Y Instruction méihodique sur la religion naturelle cl révélée, il s'éloigna de la doctrine chrélienne sur Jésus-Christ, sur l'Esprit- Saint, sur l'inspiration, le baptême et !a cène. Le Système théorique de la saine raison a le même but. Basedow prétendait purger te christianisme des doctrines corrompues qui s'y élaient mêlées, selon lui. Gotze, Winckicr et Zimmermann, minislres luthériens à Hambourg, écrivirent contrée lui. Il fut obligé de se cacher, malgré la proleclion du comte Bernslorfl'. Ce fut alors qu'il entreprit de réformer l'éducaliou. Il ht.à cet effet, un élablissemenl à Dessaw en I77i; mais son incouduite le fit avorter. 11 éiaii sujet à s'enivrer, et n'avait nul ordre dans ses affaires. Dans ses den.ières années, il revint encore à la théologie, et publia quelques écrits, entre autres Jésus- Christ, le Monde chrétien, et le Petit nombre des élus, 1784, iu-S". H eut une coulrovcrse avec Semler, relativement aux Fragments de Wolfenbutel, et mourut à Magdebourg, où il s'était retiré. Son caractère n'avait pas plus de fixité que sa doctrine, et il ne se rendit recommandable ni par ses mœurs ni par ses ouvrages.

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23/<r//<r.— Josejili-Anloiiic-Joacliim CfuLTir, né ;i Turin en 1708, enira chez les Jésuilcs, ei rétiige;i, en \~{'d, \'Ai>o[<>tjic des Jtsui(rs, en 2 vol., sur les nii-nioires el malériaux qui lui furent fournis par les Vl\ Grilfrl et de .Menonx. Ce travail lui valut une pension du D.uiphin. Mais Cérulti se dénienlil bienlôl, el pièla, en I7(ji, le .-crnienl demandé par le parlement. Il s'ciail lié avec les incrédules modernes, et ne parait pus avoir été plus (idèlc à la religion quà sa société. L'n ordre de la coiir l'oldigea de sortir du royaume, et il se retira en Hollande. On liii attribue le Bréviaire philosophique, ou Histoire du juîtitïsme, <lu christianisme et du déisme, eu trente-trois vers, sous le nom du roi de Prusse, avec trente-trois notes. Céiiiiti se jeta dans la révolution, se lia avec Mirabeau, composa pour lui plusieurs écrits, el rédigea entre autres la Feuille villojjeoise dans le sens révolutionnaire. Il paraît avoir été fort versatile dans ses principes, el forl superliciel dans sa philosophie.

23 avril. — Charles-Frédéric Bahrdt, philosophe allemand, naquit à F?isofî\verder en 17il. Il fut d'abord professeur de philologie sacrée, el publia, en 1763, le Vrai chrétien dans la solitude, et en 1768, un Commentaire sur Malachie. Forcé de quitter Leipsick pour une aventure scandaleuse, il se relira à Halle, el se lil nommer [)rofesseur d'anli(]uités bibliques à Erfurt. Mais il excita des plaintes par le peu d'orthodoxie de ses leçons. Ayant été reçu docteur en lh('i)!i)gie dans l'université prolestante d'Erlangen, il mil au jour, en 1701(, un Essai sur le système de doctrine contenu dans la Bible, el proposa sérieusement de former une société de théologiens pour établir un nouveau système théologique. Son ouvrage et son projet furcnl arrêtés par autorité supérieure. A Giessen, il fit voir la même légèreté et la niènie hardie:>se dans ses écrits, et exposa ses sentiments dans une traduction du Nouveau Teslamenl. De retour à Halle en 1779, il avoue lui-même qu'il avait encore alors qnel(|ue^ i»riiicipes de religion; mais (ju'ils s'évanouirent tout à fait par ses rapports avec les incrédules (ju'il fréquentait. Son plan était, di-ait-il, de pinilier le christianisme de tout ce qui était surnaturel, et de l'accommoder à la raison. Il s'élail fait recevoir franc-maçon dans un voyage en .\ngleierre, el il osait avancer que Jésus-Christ avait voulu établir une société secrète de ce genre. Il enlra dans une association de francsmaçons, qui avait entrepris, vers 1785, de propager rirreligion, et qui eut ordre de cesser ses réunions. Ikihrdi s'elTorça également de propager le déisme en Prusse, et fut condamné à deux ars de prison à Magdehourg pour une comédie intitulée: VEdil dv religion, et destinée à tourner en ridicule l'édil de Frédéric-Guillaume, du 19 juil-

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bJ4 LISTE CHRONOLOGIQUE

let 1788. C'était un génie versatile et satirique, et une imagination déréglée. Il vivait puhliquemcnt ilans un coinmeice adultère, et maltraitait horriblement sa l'cmme. Parluiil il se diffama pour ses moeurs. M. Guizot croit que sa doctrine n'était autre chose qu'wn (Irisme pur ow les ndradcs ftaient rejetés, et oi'i Cimmorlalitc de l'àme n'-ètmit pas même enseifinéc d'une manière posilive. M. Tabbé Barruel te montre lié avec Weishiupl et à la lèle de V Union germanique; ei la Biographie d'Aikin ne le présente pas sous un jour plus avaittageux. C'était le temps où toutes les passions se lignaient en Allemagne contre la religion. Bahrdt était de concert avec Damm, Dillfnrtb, Nicolai. Ses nombreux écrits attestent la précipitation du travail autant que la hardiesse des opinions. La plu|)art sont destinés à fronder la révélation , et à établir le déisme, double objet auquel Bahrdt travaillait aussi par ses sermons; car il était prédicateur, et H eut même de la réputation sous ce rapport en Allemagne, sachant très-bien déguiser ou insinuer ses opinions philosophiques suivant les circonslanees et les auditeurs.

20 mai. — Charles Bonnet , naturaliste et philosophe, naqtiit à (ienève en 1720, et se rendit célèbre par ses travaux et ses écrits. Son Essai analytique sur les facultés de l'âme, 1760, est plein de choses ingénieuses, mais singulières. Sa métaphysique y est quelquefois hasardée, comme dans ce qu'il dit sur la liberté; et ses opinions onl l'air de loucher au matérialisme et au fatalisme. Mais Bonnet était ami de la révélation. Il le montra dans la Palingcnésie philosophique, 1769, où il établit, par une suite de preuves, la nécessité d'une autre vie et celle d'une révélation. Il n'est pas moins précis sur ce point dans ses Recherches philosophiques sur les preuves du christianisme. On regrette seulement qu'il ait n>èlé à de très-belles choses des idées systématiques. 11 écrivit encore sur l'existence de Dieu, sur l'origine du mal, et sur quelques questions de métaphysique.

id janvier. — Edouard Gibbon, historien anglais, naquit à Putney, en 1737. Il étudia à Oxford, et prétend, dans ses Mémoires, que l'on y négligeait entièrement l'instruction religieuse. Dès son enfmce, Gibbon aimait à disputer sur la religion. Il se mit à examiner la controverse entre les catholiques et les protestants, et crut, dit la Biographie britannique, devoir se rendre à l'autorité si décisive pour les premiers. Il assure, dans ses Mémoires, que sa conversion fut

DES l-lCHiVAINS (1791). ;;|;j

enlièrcmpnl le fiuil do srsloclmos, cl i|ii'il ÔLiil (l.-jà porsii.tdé quand il cul, à I.oiidros, une (Milroviie avec un pièdc callioliqnc, onire Ic-s mains duquel il fil altjur..lion, on juin 17:i'. Il ('•crivit m,(. jonpoc Icilrc à son pore, pour jusiiiior sa tioiiKiiclio. (:olui-( j s'en montra irès-inéconlenl, le fil voyajîor, ol le confia à un niinisiro proieslanl de Lausanne, nonini.' P.ivilliurd, dont les oniroliens ranionrroni aisément an calvinisnio un jcuno liomuio, (jui n'avait ni les luniiores ni la constance nécessaires pour persévérer au rnilien des ohslacles dont il élail entouré. Gibiion rerui la cône le jour de Nool IT.'il. Ces varialions (iient peul-èlie naître en lui une indifférence générale. S'étanl depuis appliqué à l'élude de Thisioire, il fit paraître, on ITTfJ. les premiers volumes de VHisloire de la drcadencc et de la chute de VEmpire romain. Ses deux cliapiires contre le cliristianisin»' excitèrent de grandes plainles. Dans l'ini, railleur r:ippellc Telahlissenrent el les progrès du christianisme, les sentiments, les monirs, le nombre et I.i condition des pr< niiers diréliens. Dans raiiirc, il dii ^{ucllo fut la coudiiiie des emperLurs romains envers eux. Il assigne cinq causes secondes des progrès du clirislianisme; mais la plupart de ces causes étaient plniôi des okslaclcs. Ainsi Gibbon compte au nombre de ces causes rintolérance des premiers chrétiens el les miracles. Il commence par nier ceux-ci, comme philosophe, el cependant il leur attribue la conversion de l'univers. On trouva dans sa ■manière de présenter les i'ails beaneoup d'autres preuves de partialilé. Davis el sir David Dalrimple, écrivirent conire l'infidèle hisiorion. iGibbon ne répimdil qu'au premier, qui lui répliqua avec beaucoup de force. Les Anglais les moins favorables à la religion n'ont pu se dispenser de le compter au nombie de ses ennemis. Aikin, dans la Bio(/raphie brifannique, loul porté qu'il est à excuser les écrivains incrédules, dit qu'on ne peut dissimuler que, sous le masque d'un croyant. Gibbon était vérilablemenl détracteur de la révélation. En effet, quoi([ue cet historien ail pris des Ibruies moins haulaines, el adopté un style ntoins insuliant que plusieurs de ses devanciers, il lend néanmoins au mémo luit. Un ton ass ■/, voisin de l'ironie et du mépris, des plaisanteries peu dignes de la gravité du sujet, des faussetés assez palpables, des reproches sans fondement, rapprochent •Gibbon des autres écrivains irréligieux. Lord Sbeffield a publié ses (F>uvres mélmgées, en deux volumes. On commenç», en 1777, une traduction française de .sa grande Mistiire. M. Gulzot ert a donné réccmmenl une édition avec des notes, où il relève plusieurs erreurs. On peut regretter qu'il n'ait pas élendù sa censure sur un plus grand nombre d'assertions (|ui la méritaient.

0 mars. — Mario-.Iean-Anloine-Nicolas Caritat, marquis dk Cox- DOncET, littérateur et philosophe, était né à Uibomont, en l'icanlie, •en 17-i5. Il était neveu de .M. de Condorcel, évoque de (iap, puis d'Auxerre, el enfin de Lisieux. Nous avons oui dire qtfil fut' élevé

chez son oiicle, qui le renvoya pour un mécontentement fort grave, et l'on ajoutait que cette circonstance commença peut-être à inspirer au neveu l'antipathie qu'il montra depuis contre les prêtres. Etant venu à Paris en 1762, il se livra à l'élude des mailiémaliques, et fut reçu à l'Académie des sciences en 17G9. Mais il ambitionna encore une autre espèce de gloire, et il donna plusieurs autres écills dans un autre genre. C'éiail alors le temps du plus grand décliaîncmcnl contre la religion. Condorcet prit l'esprit de cette époque. Il se lia avec d'Alerabert, qui avait beaucoup de zèle pour inspirer aux jeunes gens ses sentiments sur le clirisiianisine. On les voit l'aire ensemble un voyage dans le midi de la France, en 1770, et aller à Ferney, pèlerinage alors d'obligation. Condorcet p:iraii avoir débuté, comme écrivain philosophe, par les Lettres d'un thiol()(jivn à l'auteur des Trois siècles littéraires, 1774; éi rit dont Voliairo blâmait la publication, comme on le voit par sa Corrcsj>ondance. 11 craignait que cet ouvrage ne fût funeste à son parti, vu les traits sanglants et terribles qu'il renfermait. En 1770, Condorcet donna une édition des Pensées de Pascal, avec un éloge de cet auteur. Ce commentaire renferme, dit Grimm^ les principes les plus subtils d'un athéisme décidé. On pourrait plutôt l'appeler l' Anti-Pascal; tant l'éditeur s'attache avec soin à contredire les Pensées qu'il juge les plus favorables à la religion. En 1778, il publia les Réflexions d'un citoyen catholique sur les lois de France relatives aux protestants, et on lui attribue encore un Recueil de pièces sur l'étal civil des jrrotcstants, qui vil le jour en 1781, et qui est écrit dans le même esprit. 11 entra à l'Académie française en 1782. Grimm parle de son élection comme d'un tour d'adresse et d'une supei-clierie de d'AIembert. Les plus sages de celle compagnie repoussaient Condorcet, dont on connaissait la fougue et la l'aideur. Il y eut seize voix pour lui, et quinze pour Bailly ; i)arlage dont r.\cadémie n'avait jamais olTeit d'exenq)le. Mais Giimm croit que d'AIembert, qui avait fort à cœur de faire entrer son protégé à l'Académie, trompa ses collègues sur le résultat du scrutin. « Les )) gens du monde, dit-il (1), blâmèrent cette élection; mais ces' » honnêtes gens-là ne voient point que les considérations particu- » lières doivent toujours céder à l'esprit de corps, à l'intérêt de celte » philosophie, au service de laquelle personne ne fut jamais plus dé- » voué que le marquis de Condorcet. La cour venait de faii'e nommer » un archevêque d'une piété extraordinaire; n'étail-il pas de la sa- » gesse de ces messieui's de balancer un pareil choix par celui d'un )) confrère plus aihée encoi'e que de coutume?... Que d'iniquités ne » peut couvrir l'amour de la philosophie porté à un certain degré! » Ainsi parlait un ami de cette même philosophie. Condorcet est auteur de la Vie de Turgot, et de celle de Voltaire. Ceux qui ont lu ce der^

(1) Coin'^pondance de Criiiiin, 3' partie, toiiu- \»' , ))agu 3 !9.

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nier ouvrage, savent avec (luclle vulicMK'iur l';iulciir s'y i-lcvc contre la religion et contre les prêtres. C'est fi la fois un panégyrique continuel (le Voltaire, et une (li'clanialion violente contre tout ce qui tient au clirislianisme. Qui croirait, par cxcniplc, (pi'il eut ose laiic Tapo- Jogic de ce poënie licencieux, dont li; nom seul alainie la [uideur.' Il s'élève, avec une indignation alJéclée, contre un niini-irc, (|ui avait, dit-on, menacé Voll.iire d'un Iraih'uieiil rit;ouren\ s'il pnhii.iil te poëine, et il dévoue à l'opjirohre le uiiiglslral ami des niu'nrs, qui a voulu épargner à son siècle un tel scand:de. « Les ennemis de S'ol- » taire, <lil-il, alTecîèrcnl de déerier ect ouvrage comme indigne d'un » philosophe, et prestpie comme imc tache pour les nnivres et même » pour la vie du poêle; mais si Ton peut regard(!r connue utile le » projet de rendre la superstition ri licule aux yeux des honmies liy> vrés à la volupté;... si raffcctalion de l'iiustcrité dans les mœurs, » si le prix excessif attaché à leur puieté ne fait (pie servir les hypo- » crites couverts du masque f.icile de la chasteté;... si en accoutu- 1) niant les honnnes à regarder cfimnie autant de crimes des fautes » dont ceux (pii ont de Ihonncur et de la conscience ne sont pas » exempts, on étend .sur les âmes, même les plus pures, le pouvoir )) de cette caste dangereuse, (pii, pour gouverner et troubler la terre, » s'est rendue exclusivement l'inlerprèle de la justice céleste, alors » on ne verra dans l'auteur que renncnu' de l'hypocrisie et de la su- » pcrstition. » Quel langage dans la bouche d'un philosophe, d'un ami de la morale! Se plaindre du prix excessif nttdchc a la pur et r des mœurs! et pourquoi? De peur, dit-il, (Wiendre le pouvoir des prêtres; aveu précieux dans la bouche d'un ennemi. Le reste de ce morceau est de la même impudence. On retrouve ce ton dans l'éiliiion des OEuvres de Voltaire, à laquelle Condorcel fournil les averiisscmenis et les notes, et l'on y est souvent confondu de la hauteur et do la violence des expressions. Condorcel ne se piquait ni de modération ni de flexibilité; il a toujoin-s l'air en colère, et il [irêche la tolérance du ton (le Taigrcin' et de la haine. (Jrinnii parlant des J{é/lrj-io)ts d'un citoyen non yradué, autre production de Condorcel, dit : ce II est aisé p de l'y reconitaître à cette précision d'idées ()iii caractérise sa ma- » nière d'écrire, cl à cette amcitume de plaisanteries, qui, mêlée aux » apparences d'une douceur el.d'un bonhomie inaltérables, l'a fait » appeler, même dans la société de ses meilleurs amis, le mouton » enragé. » D'Alemberl disait de lui que c'était un volcan couvert de neiifc.

Déjà républicain même avant la révolution . Condorcel dut se lancer avec zèle dans le parti |topidaire. Il publi» plusieurs écrits dans ce sens; ou lui attiibuela Déclaration des droits de l'homme, el il rédigea lu Feuille villageoise avec Céiulii. Lin membre de l'Assemblée législative, il fut du jiatti qui prépara la chute du trône, el rédigea V Exposition des motifs pour prononcer la déchéance du roi el la convocation d'une autre As^scmblée. Il mérita

par-là d'entrer à la Convention, et il y vola nn des |)rf miers pour la répuldique. Lors du procès de Lonis XVI, il le déclara coupable, rejeta l'iippel au peuple, ne vota point sur la (luestion du sursis, el quant à la peine, il fut d'avis d'infliger au roi la peine la plus grave qui ne (ùt pas celle de mort. Dans son discours, qui est long et rempli de tout le p ilhos républicain, il établissait que Louis XVI pouvait êlr^ jugé, qu'il ne pouvait l'être par la Co ivenlion, et que la justice et la prudence défendaient de le mettre à mort; ce qu'il énonce néanmoins avec timidité. En février 1795, Condoreet présenta un plan de consiitiilion qui ne fut point adoplé. S'ctant altacbé au i>arti dit des fédéralistes, il fut proscrit avec eux, el mis bois la loi. Il se cacha queliiue temps ; mais craignant à la Hn de compromeltre la maison où on le recevait, il sortit de Paris, véui en pa\san. La peur le lit errer dans la campa;ine; enfin pressé par le besoin, il entra dans un cabaret, où son air hagard el sa vuracilé le r* nuirenl suspect. On le mit en prison au Boui'i>-la Heine, et le lendemain on le trouva mort. Il avait pris du poison qu'il porlail toujours sin- lui. Telle fui la triste fin que la révolution procura à un de ses plus chauds p;irlisans.

On a publié, après la mort de Condor'cei, une Esquisse d'un tableau historique des jiroqrcs de icspril humain. Il y proclame l'exisience déjà ancienne d'une ligue ennemie de la religion et des trônes, el il veul (pr'on ait l'obligation à la philosophie d'avoir combattu el détruit ce qu'il .ippelaii la superstition et le despotisnre, se vantant ainsi de ce que d'autres de ses conbères voutiraient faire passer pour une calomnie. La manière dont il explique dans cet ouvrage l'origine du chiMStiariisme n'atteste pas plus de bonne foi que d'éi'udition. Au surplus, il ne voit juste ni dans le passé ni dans l'avenir ; et à propos de la perléctihililé indéhnie de l'esprit buniain, qui était sa nranie, el sur laquelle il revient à satiété, il s'épnise en conjectures, tontes plus folles les unes que les autres, sur le bonheur et la pei feclion dont nous devons jouir un jour, il se complaît dans la puissarne et la vertit des adages philosophiques, ne lient nul compte des passions, el croit bonnen\ent, ou feint de croire, que quand il n'y aura pins ni r'ois ni prêtres lout ira le mieux du monde; et ce qui prouve son aveugluneiit ' opin'iàlre, c'est qu'il paraît avoir composé celie Es(,tiisse lorsqu'il était victime des fureurs révolutionnaires, et proscrit par d'implacables ennemis des rois et d^s prêtres. C'est encore dans celle même Esquissc qu'il dit (époque 10% page 582) : « Nous devons cr-oir-e que celle » dni-ée moyenne de la vie de l'homme doit croîu'e sans cesse, si des » révolutions physiques rre s'y opposent pas. Mais nous ignorons quel » est le terme qu'elle ne doit jamais passer. Nous ignorons même si » les lois générales de la nature en ont délei'miné un au drli duquel » elle ne puisse s'étendre. » On s'est moijué de telle ambitieuse espérance de prolonger la vie hinnaine. Mais celle idée folle tenait à (oui l'ensembe du système de Coitdorcel, syslèn.e qu'il a énoncé dans plusieurs de ses ouvrages, et nolammeni dans la Vie de Turgot. Infatué

DKS KCUIVAI.NS. I7!)f). :il9

d<i sa cliimùre île porfeoiibilili', il s'im;v^iii;iil (|ii<' les hommes, une fois débarrassés des rois cl des prèlres, se rpiidraienl dViix- mêmes h l'cvideiu'ciir la raison elde l;i i>lii!(i>inplii«;; illii^-ion |irn(li<ji(Mise de Torpiiifil liiiiniiii), qui, en ôianl le plus pui-sant Irciii (i(;s |)assioiis, pn-lnidaii eiisMile les conleiiir avec de Iroiiis préceples, el avec Tapparcii <liaiigeaiit el les abslractions arbitraires d'une niclaphysiqiie obscure el donieiise.

i:2 an il. — riuiliauiiKî-Ciirôiien de Lamoignon dk MALF.siiKur.ES, inioisJre d'Etat, naquit à Paris eu 1721. Il clail lils unique du chancelier de Lanioignoii , (|ui succéda, en IT.'iO, à d'.Vgucssciu. On dil qu'il fui formé dans sa jeunesse par l'abbé Pucelle. conseiller au parlenienl de Paris . fameux dans l'iiisioirc de ce lem|)s-là par son dévoucmenl au jansénisme et aux piolentions de la utagisiia- Uire, el par la vivacilé de .'•on opposilion aux mesures de la tour. Le jeune Maleshorhes ne l'iuiiia |>as sur le premier point; mais il suivit assez les leçons de l'alfbé sur les autres objets. Placé par son père à la léle de la librairie, il adopta dans celle place un système différent de celui de ses prédécesseurs. 11 s'était pcrsu.idé (pril ne fallait considérer les livresque comme une marchandise, el qu'il elail de rinlérèl de l'Etal de laisser iuqjriuier dans son sein ce qui l'aurail été ailleurs. Ainsi Male-beibes p'olégeait l'impression el le débit de toute sorte de livres. C'est de bii que (îrimm a i)U dire : « Si la » liberté de penser a fait quelques projirès en Irance, elle le doit » surtout à la sagesse adroite de son administr.ition.... 11 favorisail » avec la plus grande indulgence l'impression el If débit des ouvrages )) les plus barilis. Sans lui VEnri/cio]i('dii- n'eiil vraisembLib'emenl » jamais osé paraître. (Corrc.vpo/u/««ce de Grimm,ô'' partie, tomel", » pige -44.) » Il prenait, dil-on, la peine d'indiquer lui-mcmc aux ]ihU(>mphes lemojjcn d'Huderla rigueur des lois. C'est le lenu)ign;ige que lui rend M. De'isle de Sales. On .sait d'.dlicurs combien le .lirecteur-général de la librairie fui favorable à Rousseau lors de l'impressioji de V Emile, el nous avon- rai»pMrlé dans nos Mémoires, tome IV. page o:20, les preuves des bons olliees du nia-islral pour l'auteur, tels que celui-ci les drlaide dans ses Confessions. Cependant lorsque Maiesherbes vit l'orage s'élsver contre Y Emile, \l craignit détre compromis, el lit redemamier à P»ousseau se- leitres que celui-ci lui rendit en effet. C'est à ce sujet que le philosophe dit, dans une lettre dalce d'Yveidun, le 13 juin 1762, qu'il était en règle, qu'd n'a rien fait eontre les lois, et ipi'il eu avait les preuves les plus authentiques, dont il s'est dessaisi votonlairemi ut. Le directeur-geuer.d suivit le même système à l'égard de beaucoup d'autres écrits, el il est remarquable que c'est .sous son adminiMialion que parut celte éiuume quantité de livres irréligieux, dont plu^ieur.-. siuiprimaienl en Fiance avec des permissions tacites, el dent le rosie y entrait librement. On a peine néanmoins à concilier celle conduite de .M. de Maiesherbes

avec celle qu'il tint au sujet de M. de Varenne. Celui-ci avait publié, en 1762, un Mémoire sur les Etats-généraux du duché de Bourgogne, dont la magistrature se trouva offensée. Le parlement de Dijon condamna le livre au feu, et poursuivit Tauleur, qui se réfugia à Versailles. Males-herbes, comme premier président de la cour des aides, instruisit la procédure contre lui, le décréta, et le condamna par contumace. En vain le roi prit de Varenne sous sa protection, et lui en donna des marques éclatantes. Malesherbes le fit décréter de prise de corps, et lorsqu'on eut envoyé à la cour des aides des lettres d'abolition, le premier président lui dit ces mois, qu'on admira dans le temps : La peine vous est remise, le crime vous reste. Or qu'on nous permelle ici une réflexion. Il y a dans une conduite si différente une inconséquence bien singulière. Tant de sévérité contre un ennemi de la magistrature, et tant d'indulgence pour les ennemis de la religion, forment un contr.isle frappant. Si M. de Malesherbes croyait les mauvais livres dangereux, pourquoi en laissait-il publier un si grand nombre? Sil pensait, comme on l'a prétendu, que les livres, quels qu'ils soient, n'ont pas toute l'importance qu'on leur suppose, et ne produisent aucun mal, pourquoi meitait-il tant de chaleur à poursuivre un aut"ur qui n'avait d'autre tort que de n'être pas favorable aux prétentions parlementaires? Nous aurions mieux aimé, ou qu'il eût montré moins de raideur contre un livre qui n'offensait que les parlements, ou qu'il eût fait voir moins de mollesse contre des livres qui attaquaient quelque chose de p'us important. Il est une autre circonstance dans laquelle M. de Malesherbes ne mit pas moins de vigueur et d'énergie, et sur laquelle nous oserions encore être d'une autre opinion que la siecme. Il présenta au roi, en 1771, au nom de la cour des aides, des remontrances irès-fortes en faveur des parlements. On en admira beaucoup alors la vigueur romaine. Mais il est probable que les têtes froides blâmèrent cette même vigueur. C'était l'avis de Voltaire lui-même. Je n'ai pas approuvé, écrivait-il à madame du Deffant, quelques remontrances qui m'ont paru trop dures. Il me semble qu'on doit parler àson souverain d'une manière un peu plus hon-. néte. M. de Malesherbes lui-même a dû être par la suite de cet avis; mais il fut entraîné par l'esprit de ceux avec qui il vivait, par l'effervescence générale, et par l'attichementaux idées de son corps. Un de ses panégyristes, M. Dubois, dit de lui, dans une Notice à sa louange, que sa haine pour le despotisme et son amour pour la liberté se montrèrent plus courageusemenl et plus à découvert dans tout ce qu'il écrivit, comme magistral, que dans la plupart des ouvrages philosophiques. Voyez le Rcctieil de ses opérations, comme premier président de la cour des aides, depuis 17.i9 jusqu'en 1775. Dans cette dernière année, il fut appelé au ministère, poste qu'il occupa peu de temps. Son élévation fut le signal d'une grande joie pour les philosophes, qui se flattaient de compter Malesherbes dans leurs rangs. Notre roi, écrivait Voltaire à Frédéric, le 8 août 1775, notre roi a pris jwur ses

DKS i:<:UI VAINS (J794). S2I

ministres (hs i)liil(>S(>j>h(s. à un sntl près (jui a le Jimllirui (('rire itrvoC (le cdtnle du Miiy).... VoiUi le commcurcment d'une ijntnde irvohtlinn. Maloslicibes était tros-lic avec Tiii-fiol, cl tous deux inaidirroul 'le coricoil pciuiaiil leur courle adiiiiiiistralion. I.f^iir coiidnito ir(d)liiil pas tous les suHïaj^cs (I). l'eiif-ëlrc, dil un addiiialciir do M. de Maleslierbcs, peut-être les deux minisires portèrent- ih un //ru hop loin leur haine philosophique eonlre ce ([u'on appelait alors rinlolirnnre saeerdo((de ; c'csl l'avis de M. Delisle de Sales dans récrit iiililnlc: .Utdesherbes. Ueliié du niiiiislèie, Malesiierbcs publia deux Mémoires sur le mariage des protestants, ITSri el 1787; uiénioircs rédigés dans le mêiue sens (pie les t'ciils de Condorcet et de Kiillii«'res rpii parurent vers ce temps, et fpii préparcrenl Tédit de 1787. Ou sait assez quelle part M. de Malcsherbes prit à un des cvénenicnls les plus déplorables de riiistoire de la révolution. On se rappelle son courage el son dévouement à une époque de leireur cl de deuil; ci Ton a quelque plaisir à penser, qu'éclairé par le nialliciu-, totubé pir le grand exemple qu'il avait eu sous les yeux, ramené à la icliiiion par le speclacle de la plus baule vertu dans la plus grande inbtrlune, le magistrat aura abjuré, et les jjréveiilions (pi'il avait pu concevoir, cl les illusions qu'il s'était faites. Il l'ut victime de son dévouement, et porta aussi sa tète sur cet écbafaud auipicl il avait lenlé de soustraire un prince digne d'un meilleur sort.

(1) Madame .lu Déliant, dans ses Lellre<. a Wdlpole, ne juge pas très-favoràblemcnt M. «le MaiesJiei lies. Kllc n'< n parle que eoinine «l'un l)f)n liomnie domin«: cnlièrenuiit par Tur-ot. Maleslierhes lui-in«jinc parait avoir reconnu ce qui lui man(piail. Il disait h M. Une : « l'our faire un bon ministre, l'ins- » truction et la jjiobitfî ne suilisciit ])as. Turgot et moi en avons ifté la » preuve. Nolrt- scienee elait loutc dans les livres. Nous n'avions nulle B connaissance «les hounncs. » [Dernières iiniices du rr^iic cl de la vie île Louis Xl'l, par M. Hue, in-8", Paris, IRI'i, jiagc .'.07.)

riN DU SIXIKME VOLlMi:.

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