ART. T. AUTEURS CATHOLIQUES
^Gjaimer. — Jean-Félix-IIenri de Fimel, évoque de Lodève depuis 1730, né il Toulouse en 1717, lui un prélal édilianl cl zélé. Il s'unil aux démarches de plusieurs de ses collègues dans les disputes sur les droiis et Paulorilé de l'Église, el fil paraître surtout deux Inslruciions pastorales qui furent remarquées, l'une du 21 novembre 1750, l'autre du 23 mars 17G5. Elles sont dirigées paMiculièremenl contre l'incrédulité, condamnent j)lu?ieurs ouvrages, et renferment des avis el instructions relatives aux troubles de ce temps. Ce prélat est anssi auteur d'ini livre de (a Dévotion au sacré Cœur, 1774, dont il a été fait plusieuis édilions.
i9 février. — Sébastien MvRCizzr, professeur en droit canon à Trévise, puis curé de cette ville, y était né en 17!2o. On fait l'éloge de son zèle et de sa piété. Il est auteur dune Disscriadon sur ce passage de saint Matthieu: Quicumque diniiserit... ; — de Dissertations sur les miracles , — de Réflexions el pratifiues pour les différentes fêles, traduites du français, — et de Discours sur la passion.
IG février. — Joseph Valla, prêtre de l'Oratoire, fut professeur de théologie à Soissons sous M. de Fil/.-James, puis à Lyon sous M. de Monlazet. Il aida Uarral, Gnihaud et Clhabot dans la rédaction du Dictionyiaire historique, littéraire et critique, 1738, en t> vol., el composa, par ordre de M. de Montazet, la Théologie et la Philoso^ phie, dite de Lyon. On dit que ce prélat le contint plus d'une fois, et l'empêcha de développer ses senlimet.ls dans toute leur étendue. Il y a contre la Théologie un décret de la Congrégation de l'Index du 17 septembre 1792. jiLe cours de Philn.'iophic. très-superficiel quant à la doctrine, a dû la vogue dont il a longtemps joui dans les sémi- T. VI. ^ 31
naires, à la clarté cl même à rélégance de l'expression. On en a donné, depuis 1815, un grand nombre d'éditions, où les doctrines de Fauieur, et cti particulier un llioniisme (lop l'avoi;ilde au jansénisme, étaient nolubleincnt modifiées.]] Valla mourut à Dijon^ où il s'était retiré apri-s la mort de son protecteur.
■4 avril. — Jean-Baptiste-Cliarles-Marie ue Beauvais , ancien évoque de Séiioz, né à Clicrbonig en 1751, lut un des élèves les plus dislini^ués du collège d'Haï court (aujourd'luii S;iini-Loiiis), où ses talents furent développés par les leçons du célèbre Lebeau. [[Après avoir terminé ses études ecclésiastiques au séminaire Saiiit-Nicol:iS-du- Cliardonnet, il entra dans la communauté ecclésiastique de Saint- André-des-Aits, à laquelle la direction babile du curé de la paroisse, l'abbé Léger, donn:iil alors une grande réputation. (Elle était regardée comme une pépinière d'évêques: M. de Sambucy, dans la Vie de M. de Beauvais, cite les noms de (juatoize évé(iues, qui, dans le court espace de seize à dix-sept ans, avaient été comptés parmi ses membres.)]] L'abbé de Beauvais obtint jeune encore des succès brillants dans les cbaires de Paris; il n'avait pas trente ans, lorsqu'en 1750, il fut appelé à prêcher à la cour ; et, dès le début, il reçut du vertueux Dauphin et des personnes les plus éclairées les encouragements les plus flatteurs. Après avoir rempli très-honorablement ce minisière pendant plusieurs années, il fut promu à l'évêché de Sénez, sur la recommandation des Dames de France, iilles de Louis XV. [[Les détails qui ont été laissés sur cette nomination niontrenl troj) combien oit hesiiiiii à cei;e époque pour élever à l'épiscopat un homme d'un mérite reconnu, mais étranger à la noblesse.]] Après avoir été sacré le 20 mars 1774, il fut chargé de donner cette année le sermon de la cène, où il adressa au monarque une renioniraiice sévère. {Voyez nos Mémoires, tome IV, p:ige 406.) CJuelqncs jours après, il élaitcbargé de prononcer V Oraison funèbre de Louis XV; nous avons d nné [ibidem, page 405), une analyse développée de ce discours Irès-rcmarqnable sous beaucoiip de rapports.
[[Nous croyons devoir parler ici d'une circonstance qui troubla pendant quelques années la paix de son épiscopat. Un brevet de Louis XVl, en date du 28 avril 1776, déclarait que son intenlion était qu'en observant les formes canoniques d'usage, l'evéché et le chapitre de Digne fussent supprimés, et qne l'évêc hé et le chapitre de Sénez fussent transférés à Diinc; on devait conserver au litulaiie le titre d'évéque de Sénez. Le chapitre de Digne se prononça avec éneri^ie contre celte mesure, qui provoqua également les réclam;i lions de presque tous les curés du même diocèse, des autorilés civiles, et de la piipulation tout entière. L'évèque de Digne, M. de Caylar, soupçonné d'avoir eu pitrl à celte ordountmce, fut obligé de quitter sa ville épiscopale. Les chanoines furent privés de leurs revenus pendant deux ans; il fut nécessaire de confier l'administration du diocèse
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à l'ahbé deB;uis?et, alors grand vicaire d'Aix . et d«''jà célôbrc par une lial)i!elé ft une (lis(Mt'li()ii hioii sii|i(Miiiin>s ;'i son àgo; ce fui un de ses p'iis b<'anx lrioiii|>lits davoir raiiicnd' la paix dans les provinces; il consola les chanoines, el li s amena à donner les preuves de soumission nécessaires jiour les rt coik ilier avec la cour; le projet d'union des deux sièges fui délinilivt incnl abandonné.
L'évéque de Sénez ne croyant pas pouvoir concilier la résidence épiscopale avec des travaux importants que lui confiait le clergé de France, <lonna sa démission 1787», ci vint se fixer à Paris : il s'y lia inlirncmcnt avec M. de Joigne, archevêque de Paris, el il le secondait dans les travaux de son administration. D'accord avec ce [nélat •■l d'autres niembrcs de ré|>is(opal, il travailla longtemps à une nouvelle Bibliothèque des pvéïliailrurs, (|ui aurait présenté comme un vaste arsenal des matéri:inx les plus utiles à la chaire, classés avec beaucoup de méihode, Lfs uiallioiirs de la lévoluiiim l'empèclièrent de tern»iner ce ncued, dont le pian général sfulcm^^nt a été publié en 18-42, |)ar l'abbé de Sandiucy. sous le liire iïOralor sucer.
Élu de[»ulé à l'Assemblée coiistiiuante, M. de Beanvals, fut bientôt effrayé par les dispositions des esprits, et il garda constamment le silence. Il partagea avec M. di' Joigne les dangers que couiiil ce prélat; il se trouvait dans sa voitme lorsqu'il fut poursuivi par la populace. {Vojiez loiue V des Mémoires, page 562.1 La retraite du vénérable arclievé(pie, qui émigra av.uit la (in de 178i), et encore plus les tristes événements de cette époque, plongèrent révè([ue de Sénez dans imc profonde tristesse, qui le conduisit au tombeau le 4 avril I7<»0.j]
Les Sermons de M. de Beaiivais, i vol. in-12, ont été publiés en 1807 par un de ses pins intimes amis, l'abbé Gallard, docteur de Sorbonne, (]iii les (it précéder d'une Aolirc sur le juélat. Ces sermons ji'ont piis soutenu lonl à fait la réputation (pi'ils avaient eue d'abord. [[Nous sommes porté à penser (|u'on les oublie trop aujourd'hui, et qu'on ne lend pas as-ez justice aux qn dites du stylf qui les distingue. On est assez étonné d'y trouver une suite de sermons sur les vertus sociales, la pudeur, la société conjuyale, ramour filial, et d'aulres sujets semblables ; mais il paraît que ce lui d'après les conseils du sage • uré de Siinl-André-des-Arls, que M. de Beauvais traita d'abord ces matières ap|)ropriéesau goût d'une (>po(pie rie décadence universelle. L'orateur sacré comprit plus tard la nécessité de choisir des sujets plus conformes .à la dignité de la chaire. M. de Sambucy, chanoine de Paris, a donné une Vie assez développée de l'ancien évèque de Sénez : le prélat y paraît constamment édilianl, régulier, animé d'un véritable zèle.]]
9 avril. — Nicolas-Sylvestre Efugif-R, docteur en théologie, et chanoine de Paris, naquit en Lorraine en 1718, et étudia la théologie à Besançon sous la direction du savant Bullci. Il l'ut d'abord pendant
seize ans curé de Flancliebouclie, près Besançon. Tout en travaillant avec zèle à la sanclilicalion de son troupeau, il cultivait les lettres; el concourait presque annuellement avec succès pour les prix que proposiiitrAcadémie de Besançon, ce qui lui mérita d'être reçu parmi ses membres. Devenu, vers 176i, principal du collège de Besançon, il étendit ses éludes el accrut sa réputation. Une Traduction d'Hérodote, qu'il publia, eut du succès : mais ce fut alors qu'il commença ces ouvrages sérieux qu'il l'ont placé parmi les plus utiles apologistes de la religion. On vit successivement paraître, en 1763, le Déisme réfuté par Itii-mr me, contre V Emile de Jean-Jacques Roui^srau; — en 1768, la Certitude des preuves du christianisme, destiné à réfuter l'ouvrage de Tréret. ayant pour titre : Examen des apologistes du christianisme ; — la Réponse aux conseils raisonnables de Voltaire; — en 1767, l'Origine des dieux du paganisjjie et le sens des fables; — en 1769, Apologie de la religion chrétienne, t vol. in-J2, contre l'auteur du Christianisme dévoilé; — el en 1771, VExamen du matérialisme contre le Système de la nature. Bergier élait devenu, en 1769, cbanoine de Paris; el le clergé lui avait assigné une pension : trèspeu de temps après, il fut cboisi par Mesdames de France, fdlcs de Louis XV, pour leur confesseur, el il devint aussi celui de Monsieur (depuis Louis XYIII). Obligé en celte qualité d'aller résider à Versailles, il offrit de résigner son canonical; mais M. de Juigné n'accepla :pas sa démission. Vers le même temps, il fut attaqué avec aigreur par les jansénisles, qu'il avait blessés en combattant les miracles du diacre Paris, el les autres opinions de la secte. 11 parut en 1770 une Lettre à }f. Bergier s-ur son ouvrage intitulé : le Déisme réfuté par lui-înéme, I vol. in-lâ; on en trouve les principaux passages dans \es Nouvelles ecclésiastiques, de 1770, page 196. Ce journal renouvela les mêmes attaques dans les années suivante?. Bergier y opposa des réponses solides en général, quoi(|ne plusieurs des points qui lui avaient été repiocbés offrent des diffîcullés sérieuses. Le même parti lui pardonna encore moins ses Lettres au duc de Wurtemberg contre le système de Febronius, 1775. Le laborieux auteur compienait la nécessité de combiner dans un ouvrage metbodique ses divers travaux apologéiiques : c'est ce qu'il fit avec grand soin dans son Traité historique et dogmatique de la religion, 12 vol. in-12, 1780. (Bergier le recopia trois fois tout entier avant de le publier.) On fut étonné de le voir participer à VEncyclopédie méthodique, par son Dictionnaire théologique, qui parut en 1788, 5 vol. in-4**. [[La plupart des collaborateurs de cette Encyclopédie, et en particulier Naigeon, auteur du Dictionnaire de philosophie, afficbaient l'irréligion. Mais outre que, dans l'ensemble des dictionnaires, qui devaient compléter cette grande collection, il était à présumer qu'un grand nombre de parties, concernant les sciences exactes, ne porteraient pas ce cacbet d'imj'iélé, on a dit avec vraisemblance que Bergier n'avait agi ainsi que de l'avis ou du consentement de M. de Juigné, archevêque de Paris,
dans la vue de placer le contre-poison dmis une îles parties les plus iniporlanles du recueil, el de tiC pas abandonner à des esprits nialinleniionnés ou incapables des matières aussi délicates. Ce travail obtint un grand succès, cl a été souvent réimprimé. ] Au commencement de la révolnlion, Bergicr ojtpova des (Jbsmalions sur le divorce, 1790, aux désirs de ceux ([ui liemandaienl à l'Assemblée nationale inie loi aussi innnorale. II niournl à Versailles, avec la léputatiou d'un lioiume de bien, aus.-i simple, modeste, cbarilable el dcsiiiléressé que laborieux et instruit. On ne peut nier <|ue ses écrits ne soient solide* et estimables : peiil-ctre leur mancpic-t-il néaimioins un peu de concision cl au^si une mélliode plus altaclianle.
24 août. — Gabriel-Marie Ducrklx, cbanoiiie d'Auxerrc. puis d'Orléans, né en 17i5, avait été d'abord grand vicaire en Corse, et eut une pension du gouvernement. Il est principalement connu par une Histoire ecclésiastique, qu'il donna sous le titre de Siècles cliréicns, en 9 volumes, l7"iJ et 1777. Le cadre en est bien pris, el les ugemenis modérés; mais il y a trop de prétention dans le style, et l'ouvrage n'est ni profond ni nourri : l'abbé Ducreux est éditeur des OEurrcs complètes de Flcchier, imprimées à Nîmes en 1782, avec des observations et des notes, 10 vol. On lui attribue encore : Pensées el Réflexions extraites de Pascal sur la rcUyinn et la morale, 1785, 2 vol. II y a des Observations sommaires sur ses Siècles chrétiens.
i" septembre. — François-Xavier de Idiaqiez, grand d'Fspagne, né à Pampelune en 1711, était lils aîné du duc de Grenade. Ayant fait ses éludes à Bordeaux, il parut à la cour, puis à vingl-un ans, il entra cbez les Jésuites, où il professa la pliilosopliie ella théologie, et remplit d'auties emplois. .Sa naissance et ses titres l'y distinguaient moins que ses vertus el sa piété. Eu 1707, il partagea la disgrâce de la Société, fut déporté en Corse où il passa un an, el se retiia à Bologne où il mourut. On a de lui une traduction latine des Pensées clm'licnnes de Bonbours, el un Ojnisrule sur la vie intérieure de Palufox. Il a laissé en manuscrit, de la Charité d'un confesseur:' — Apoloçjir des exercices de saint Ignace, contre D. Alphonse Rodriguès, archevêque de Burgos; — Apologie de la théologie scolastique. contre l'abbé Andrès ; — Traité sur la dévotion au sacré Cœur; — Vie du P. Catalai/ud.
2 septembre. — Jean-Nicolas de IIontheim, évcquc de Myriopbile, in partibus infidelium, et sulfragant de Trêves pour la partie autricbieime et française de ce diocèse, naquit à Trêves en 1701. Il était, en outre, doyen de Saint-Sicnéon, conseiller d'État, el chancelier de l'université. C'était un prélat érudil. mais téméraire. Il est autcurd'une Histoire de Trêves, en 2 vol. in-lolio ; il est plus irislemeut célèbre .par son livre de l'Etat de l'Église cl de la puissance légitime du sou-
verain Pontife, imprimé à Bouillon en 1755, sous le n^m de Jnsth< Febronius. Les délails que nous avons donnés ailleurs sur ccl ouvrage et sur la conduite que linl Tauleur en celle occasion, nous dispensent de revenir sur celle affaiio. [Voiicz noire lome IV, piige 145. Voyez aussi une lettre écrite jiar Tabhé Bergier, le \^2 octobre 1775, au duc Louis-Eugène de Wurieudjerg, prince caiholiqne.) De Hontheini ('tait d'aillt urs, dit-on, cx<'niplaire dans sa conduite. Il parut, en 1706, une traduction française de son ouvrage et Lissoire, Prénionlré, en donna la même année un abrégé.
iS septembre. — François-André-Adrien Pluqlet, cbanoine do Cambrai, né en 1710, est auteur de V Examen du fatalisme, Paris, 1757, 5 vol., — et du Dictionntdre des hérésies, 2 vol., 1762, ouvrage plein d'érudition et de véiiiable science. [[Il est loniefois assez extraordinaire que rauteiu" n'ait pas tr-iilé du jansénisme qui avait tant agité son siècle. On a lâciié d y suppléer depuis dans les éditions qui ont élé données d'un livre si utile.]]
4 décembre. —Nicolas-François le Clerc de Beauberon, né près Condé-sur-Noiieau en 17H, devint professeur de ibeologie à Caen, et renseigna cinquante ans. Son pruicipal ouvrage est Tractatu^ theologico-dogmaticus dehomine lapsoel rcjmrato, Luxembourg, 1777, 2 vol. in-8°. il avait fit aussi, dit-on, des traités sur la péniience, le mariage, l'Église, les lois, la rcïtilulion et l'Écriture sainte.
17 décembre. — François Foscari, sénateur vénitien, est célèbre par ses missions diplomaiiqucs, ses connaissances et ses travaux. Il avait été envoyé à Rome, sous Benoit XIV, pour Taflaire du patriarcat d'Aqniiée, et fut successivement ambassadeur à Cmistantinople, à Vienne et à Petersbourg. Néanmoins il trouva encore le temps de s'occuper d'ouvrages d'érudition. Le plus fameux est le Thésaurus antiquitatum sacrarum, complectens selcclissima elarissimoriim virorum opuscula, in qxiibus veieriim Hcbrœorwn mores., leges, instituta, riltis sacri el civiles illnslrantur, Venise, 1744-1769,< 54 vol. in-fo!io. Foscari fut aidé d ms cetle imuiense compilation par B. Ugo'ini. Il fut éditeur des OEuvres de de Théophijlaele, archevêque de Bulgarie, Venise, 1765, 4 vol. in-folio; — et publia aussi Bibliolhfca veterum patrum, aniiquorum scriptorum ecclesiasticonim grceco-latina; Venise, 14 vol, in-folio.
29 décembre. — Jean-Georges le Fra?jc be Pompig^ax, archevêque de Vienne, naquit à Montauban en 1715. Il fut lié dans sa jeunesse avec le savant P. de Tounicinine, qui conçut une idée avantageuse de ses talents. M. de Pompignan justifia cette opinion. Il fut nommé évèque du Puy en 1745, presque au sortir de la licence, à l'âge d'environ vingt-buit ans : ce fut la dernière nomination que (il le cardinal de Fleuiy, ministre si attentif sur le cboix des évêques.
DES ECIll VAINS (1790). 487
1,L- j'iiiie prélnl piil pmir inodflc le |)inix .M. de l^a Molle. Sa vie fut dès lois pariagée eiilrf l'étude, la prière el le soin de sou diocèse. 11 disait la messe cliuiue jour, visiiail son troupeau, doniiaii des retraites à se'J curés, veidailMU' son séuiinairc, • l l'aisaii beaurotip d'aumônes. Sa douceur el sa bouté rendaient la piélé aimable. Ses ouvrages sont nombreux, el alie>leul s^ s connaissances et sou zèle. Le premier fut une Inslnirlnm pastorale aux nouveaux convertis de son diocèse. — En 1755, parurent les QucsUons sur iincrédulilé, — et i' Véritable usage de i'uutorilé séculière dans les matières qui concernent la reli- (fion. (let éciil, auinid ri-vcMpie ne mil pas sou nom, était relalif aux prélculions ii(.'S parlements t^ur J\idiiiiiii>-traliofi dis sai rctmenls, el autres objets puiement spiiifuels. Les Questions sui- l'incrMulité (nreut rorcasioii d'une controverse, lu ministre proiesiimi <le Genève, qui les avait lu^'S, ayant cru y trouver un argument en laveur de la réforme, écrivit à M. de f'ompii^'uaii, le 17 uu\is et le 3t) décembre 17.^5. Le prélat y répondit par deux lettres fo;l coin luautcs, qui lerminèrent la coirespondaiice. Eratiçois Fabre, clianoiiie d'Annecy, mort m 17l)i, publia, en 1758, sons le nom du mini-lrc de CeMolz, Controverse pacifique sur L'autorité de VEqlise, ou Lettres de M. D. C. à M. l'ccèque du l'uy avec les réponses de ce prélat. — En '17,1-i, celui-ci lit par.iîlie la Dévotion réconciliée avec Vesprit, — et eu 1759, y Incrédulité convaincue par les prophéties. Il se vit, ainsi que le marquis . o Pon.p gnan sim frère, expo-é aux plaisanteries el au persiffiage des pbilosopbes, el Voltaire e.ilre antres le livra nu ridii nie dans plusieurs (tes facéli( s qu'eufautaii sa plume facile el féconde. L'évéqiie du Puy ne parul pas s'apercevoir de ces sarcasmes, ou n'y répondit qu'en se rendanl de plus et) plus utile à la religion. {"Instruction pastorale sur la jirétendue philosophie des i)tcrédules mode) nés, en 176i; — celle sur l'Hérésie, en 1760; — la Défense d'S Actes du cierge, de 1765, 1 vol. 10-4"; — la Ilrligion vengée de l'incrédulité par l'incrédulité elle-même , fureni le fruil de ses veilles. Il est, de plu>J, auteur d'un Traité dogmatique et moral sur le jugement dernier et la résurrection des morts, qui n'a pas été imprimé; d'un ouvrage sur bs .lésuiies, égabnuenl inédit; el de Lettres à un évcque, adressées à M. de San a, évèquo de Nantes, el ami de l'auteur. Elles roulent sur les devoirs d'uii évèiiuc, et ont é'é publiées par M. Émery, en 1802. \\Le savant éditeur a fait précéder cette édition d'un Discours préliminaire intc'ressanl el lrès-inslruclif.]j
M. de Pomp'gnan écrivit, le 16 avril 176-2, une lettre au roi sur les Jésuites, lettre contre laquelle le pai!e;ueiil de Rouen sév.l avec une rigU' ur qui n'aliost:.ii ()ue le peu de n e.'Ure des magistrats. Transféré, en 177i, à l'arc bevèi lié de Vieime, le prélat y montra le même zèle et la même piété qu'au Puy. Il lui membre de l'assemble^ du clergé de 1775, el lit pailie du bmean de religion. Ou l'y avait fait entrer exprès, aliu ([ue sa présence, Sdu zèle el ^es lumières en iniposasseiil à un prélat dont on suspeclail la bonne volonlé. Ce fut lui
qui rédigea V Avertissement aux fidèles, adopté par celle assemblée. Il lit plusieurs rapports importants que l'on trouve dans les Procèsverbaux du clergé. Lors des troubles précurseurs de la révolution, et quand le Dauphiné était agité de mouvements assez vifs, Tarcbevèque de Vienne parut pencher vers un parti, dont il était bien éloigné de pénétrer les vues. Ce fut avec ces dispositions qu'il arriva aux Etals-généraux. Il fut un des premiers à se réunir aux députés du tiers-Et;U^ et fui choisi pour un des premiers présidents de la nouvelle Assemblée nationale. Peu après le roi l'admit dans son conseil, et le fil ministre de la feuille le A août 1789. M. de Pompignan montra dans cette occasion son attachement aux règles antiques. Ne pouvant résider à Vienne, il donna la démission de son siège. Il ne nomma que trois évêques, et ces choix firent honneur à son discernement. Les progrès de la révolution rendirent bientôt nul le ministère de l'ancien archevêque de Vienne. Les évécliés supprimés, les abbayes détruites, lous les biens ecclésiastiques envahis, ne lui laissaient presque aucune fonction. Il tomba malade le 17 août 1790, et n'assista pas au conseil du 24 du même mois, où Louis XVI sanctionna la Constitution civile du clergé. Il paraît que, par des motifs de prudence, il avait cru devoir tenir secret un bref du Pape sur celte Constitution, bref qui lui avait été adressé. On lui en a fait des reproches ; mais le sage prélat ne put-il pas avoir des raisons plausibles de ne pas divulguer ce bref? {[Voyez ce qui a été dit sur cet incident, dans le présent volume, page 31, en note.]] Sa conduite, ses travaux et son zèle le rendent digne des éloges des amis de l'Eglise. Ses ouvrages sont une honorable réclamation contre les efforts de l'incrédulité; et si ce prélat s'est quelquefois trompé en politique, il ne semble pas que ces erreurs doivent empêcher de reconnaître ses services, sa conduite épiscopale, et l'iiiiliié de ses écrits.
— Charles-François le Gros, docteur en théologie, cliimoine de la Sainte-Chapelle, puis prévôt de Saint-Louis du Louvre et abbé de Sainl-Acheul, était né à Paris. Il fut employé dans beaucoup^ d'affaires, et fut membre de l'assemblée du clergé de 1760. Il est auteur de VAtiali/se des ouvrages de J.-J. Rousseau et de Court de Gebelin, 1785, livre assez superficiel ; — de VA^ialysc et examen de l'Antiquité dévoilée, du Despotisme oriental, et du Christianisme dévoilé, attribués à Boulanger, 1788;— de VAtialyse et examen du Système des philosophes économistes, 1787; lous ces ouvrages parurent sous le nom d'u» solitaire. Le Gros est aussi auteur d'un Mémoire pour prouver que l'évéquc de Soissons (dcFitz-James) upassé les bornes de renseignement épiscopal. Ce Mémoire est relatif au mandement de cet évèque sur les Assertions {[).
(1) [[f^oyez te qui a été dit au snjct de cette alFaire, dans nos Mémoires, lome IV, page 132.]1
— Cliuide-François RiT.MKR, (lorloiir en lli(;filoi;io, prêirc de la Compagiiio. de Sjiiil-Snlpice , né eu 171S en Auvcr;^no, csl connu par la Ccrlitudc (les; principes dr la n'li(ji(i:i cnulrr !(■■< iioureaux r/forls (les iiirrnliilrs ; V;mi. 177S à I7.S2, en (i vol. iii-l2, — cl par un Truitr de rt^fjlise, en latin, 2 vol. in-8". ^[Ces ccrils nnnoncont un théologien savant ei exercé. j]
Vers ce temps. — André-Joseph Ansaiit, Bénôdiclin, puis avocat, puis |)rieur de Villeconin, na(|uit en Artois en 17-2Ô. Il publia des Diafofiiics sur Vulililr des moines reniés; — niic Exposition du Cantique des Canti(jues; — une Histoire de saint Maitr; — V Histoire de sainte Reine d'Alise; — celle de saint Fiacre; — ce!!*; du cardinal Cortez, évèque dl'rbin. On croit (pi'il avait trouvé ces divers écrits dans les archives de Saint- Gerniain-des-rrés; il ne passait pour être ni très-instruit ni très-laborieux.
Un autre Ansart, Lazariste, attaché aux linalitlcs de Paris, est auteur de VEsprit de saint Vincent de Paul.
12 mars. — Michel Casiri , savant orientaliste, et religieux Syroniaronile, naquit à Tripoli de Syrie en 1710, et vint à Rome où il^fit ses éludes au collège de Saint-Pierre et de Sainl-Marcellin. En 1735, il accompagna eu Syrie le prélat Assemani. qui allait présider le concile des Maronites, et à son retour, il i)rofessa dans son couvent les langues orientales et la ihéidogic. Eu 1718, le P. François Ravago, confesseur de Ferdinand VI, qui l'avait connu à Rome, l'attira en Espagne, et l'atladia à la bibliollièque royale de Madrid. On le chargea ensuite de visiter la biblioihèqne de l'Escnrial, et de faire la description de tous les manuscrits arabes qu'elle contient. Il donna ce grand ouvrage eu 2 vol. in-folio, et cnlrcpiit aii>si une traduction latine de la collection arabe des canons de l'égiisc d'Espagne.
15 wars.— Antonin Yalsecchi, Dominicain de la Congrégation de Salomoni, né à Vérone en 1708, s'exerça d'abord dans h; miuislèrc de la chaire, et remplit les fonctions de professeur de tliéologie à Padoue. Il s'appliqua dans ses ouvrages à repousser les attaques des incrédules. C'est d&ns ce but qu'il publia Des fondements de la reliijion et des sources de Vimpiitè, Padoue, 17G5, r)vo!. iii-i"; —I.a Urlifiion victorieuse, Padoue, 177G, 2 vol. (C'est une suite du précèdent, et une réfutation de VKxamen des apoloiftstes de la religion chrétienne^ allriluié à Fréret.j — Lo Vérité de l'Eglise catholique, Padoue, 1787, qui a été traduite en beaucoup de langues. Valsetchi est encore auteur de Réflexions sur la Réponse au carême appelant, 1741 ; — de Discours sur la théologie, — et de Sermons pour le carême.
20 mars. — Arnaud-Bernard d'Icard-Duqiesne, docleur de Sorbonne. aumônier de la Baslille, et grand vicaire de Soissons, était un ecclésiastique pieux et laborieux. Il publia V Evangile mcdilc, 4775, ouvrage excellent, qu'avait conc^'u le P. Giraudeau, Jesniie, et queDuquesne acheva, en tl vol. in-12, réimprimé? fréquemment en 8 vol. ; — V Année aposlolique, 12 vol. ; — Wime unie à Jésus-Christ, ouvrage posthume de madame de Carcado, — et les Grandeurs de Marie, 2 vol. in-12.
25 mars. — Cliarles-Ignace Massim de l'Oraloire de Rome, né à Césène en 1702, se rendit habile dans la connaissance de l'Ecriture sainte, des Pères et de riiistoire ecclési:i>tique, n)ais ne p'it pas moins de soin rie se former à la vertu et à la piété. La sainteté de vSa vie le rendait l'objet de l'esiime et du respect général. Il devint aveui^le vingt-cinq avant sa mort, et supporta celte infirmité avec résignation. Ses on vi âges sont: Vie du P. Marien Sozzini , de l'Oraloire, i747; — Vie de N. S. Jésus-Christ, extraite de l'Evangile, ■1759; — Recueil des vies des saints pour chaque jour de l'année, Rome. 1765, 15 vo'. in-12; — Second recueil qui contient l'appendice de la vie des saints, 1767, 13 vol. in-12. (Le P. André Micheli l'aida dans ces deux collections, qui ont été réimprimées souvent.) — Vies des saints de l'Ancien Testament, Rome, 17SG, 6 vol. in-8'.
28jj««. — Manin Natali, clerc régulier des Ecoles pies, et professeur de théolo>iie à Pa\ie, naquit dans le diocèse d'Albenga en 1750, fit profession à Rome en 1759, et enseigna d'abord la théologie au collège Nazaréen en 1756. Privé de sa chaire, sous Clément XUI, pour une ihèse qui païut peu exacte, il fut appelé à Pavie comme un sujet précieux pour l'enseignement qu'on y voulait mettre à la mode. Là, ne se irouvant pins gêné, il iffiehi le jansénisme. Il refusa son approbation, comme censeur, pour imprimer le C:itèchisme de Bellarmin, voulant qu'on fit des ch;ingements à cet ouvrage si ancien et si auiorisé. Les démêlés qu'il eui à ce sujet lui attirèrent une sentence (i'evcommnnicalion de l'évèque de Pavie, du 5 mai 1775. Le Pape pria l'inip-raliice de destituer ce professeur. Des réclamations si pnissanies et les plaintes du clergé ne furent pas écoutées. On mainlint Nalalien place, et l'on bannit un Dominicain qui l'avait attaqué. C'était alors le système de la cour de Vienne. Natali publia, en 1782. Sentimenls d'un catholique sur la prédestination -,—611 1783, Prièrfs de l'Eglise pour obtenir la grâce. La même année, il fut éditeur de l'ouvrage dePetitpied : De l'injuste accusation de jansénisme, plainte ci M. Haberl, et il y joignit des notes où il parlait avec éloge des appelants français. Son zèle le porta à publier en italien un écrit de l'atibé d'Elémare. On ne sait comment qualifier la manie de reproduire de tels ouvrages et de telles disputes. iNatali mourut à Pavie peu après la suppression du séminaire général, qui n'avait subsiste
DES ÉaU\ AhNS (n'J2). 491
que ciiKi ans, el où i! awiil eu pour tn)l'èj,Mios, Zola, Tanibiiiiui, Berella, Alpniiii, Mu'>si, Lanig;iii. Ses aulies ouvrages sont: Complrxioncs aïKjuUhiidiue de (putia Clinsd , 2 vol. ; — Trttitr de l'caislenceel des fUlriLulc ilc Dieu, de ta Tiinilc, de la Création el de la Grâce, ô vol.; — Lettre an P. Mamaciri sur les Limbes; — Lettre contre la théologie morale de Collet, et divers autres opuscules.
— Pierrc-Josepli IIknri, cnré de Surice, dans le Luxembourg, et mort à Namnr, csl :iulcur de plusieurs bous ouvrages: de la Doctrine sacrée, Louv.iin, 1771 (en bitiii) ; — Explication sur le Catéchisme des diocèses de Liège, Cambrai el Nainur ; — Jnslructions familières sur les quatre parties de la doctrine chrétienne, 4 vol., — cl Discours familiers sur divers sujets de morale.
io mai. — Claude UE Mauolles, Ji-suitc, prédicaieur, mort à Paris, est auteur de Sermons, eM»2 vol., 1786.
Juin. — Thomas-Marie Mamachi, Dominicain, maîlre du sacré palais à Rome, étnil né dans l'île de Scio en 1715. Elant venu de bonne heure en IlaTu^, il fui f;iil professeur de lliéologie dans le rouvent de Saiiil-.M;irc à Florence, d"où il pnssa à Uome en i7iO, s^ms donle par la recommandation des membres les plus dislingués de son ordre, Concina, Orsi el Dinelli, qui voyaient son iioùl pour l'érudinon. et qui voulaient le favoriser. Benoît XIV lui conféra, par on br( f honorable, le titre de maître en théologie, el le lit consnlleur de Tlndex. Mamachi justifia ces distinctions par son application et ses iravau.x. Il paraît avoii- débuté d:ins la carrière de la liilér;itiire p;ir mie dissertation latine sur les Oracles des païens, sur la Croix vue par Constantin, cl sur la chronologie de r Evangile, 1758. Klle fut suivie de quatre lettres à Mimsi, sous ce litre : De raiione tempnrutn Athanasiorum, deque aliquot s^/nodis IV swculo celebratis. Mama'hi enttcpril ei proposa par souscription un i;rand ouvr:ige des Origines et antiquités chrétiennes, où il devait r;is.-eml)ler des nionnnients curieux et inédits de ranti(|uilé. Il en publia sue(essive;ni nt 5 voUnnes. Ses Usages des premiers chrétiens, 1755 el 1757, 5 vol., paraissent avoir rapport au même objet. Les Annales de sou ordre parurent eu l7o6. Depuis il s'ocrupa plus spécialement de iluvdogie, composa, contre VExposition de la doctrine chrétienne de Mésenguy, une dis'-ertalion qui ne paraît pas avoir vu le jour, et travailla, dii-on, à une difense du synoile de Frascnli, tenu en l7G5p:u le c.iniina! (rVorck. Lu I7()n, il entra dans la eoiitrovei'se produite par le li\ie de Cadonici, dont nous avons parlé. Le traité de Mam:ichi a pour titre : De Animabus justorum in sinu Abrahœ, unie Christi morlcm, expertibus beatœ
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visionis Dei, libri duo, Rome, 17G6, ^2 vol. in-4". Il y réfuie nonseulement Cadonici, Dailljam, Cagliola cl Fellri, mais encore Natali ei la llièse que celui-ci avait fait soutenir peu auparavant, quoique celte matière n'eût pas un rapport direct avec Tobjet de son traité. Son livre annonce beaucoup d'érudition, et c'est principalement par les témoignages de la tradition qu'il combat ses adversaires, dont il relève les défauts avec sévérité. Un disciple de Natali, ou Naiali luimême, le défondit par une Lettre au P. Mamachi, dans laquelle celui-ci est a-scz peu poliment traité, quoiqu'il se fût abstenu de nommer N;!l;ili en le réfutant. Mamaclii publia depuis une Dissertation sur le droit de l'Eglise d'aequérir et de posséder des biens temporels, 1769; — des Lettres sur la prétendue philosophie des incrédules modernes, 1770; — les Lettres de Philarèle sur l'orthodoxie de Palafox, 3 vol., 1772 et années suivantes, — et des Lettres à Febronius, sous le titre : De Ratione regcndœ christiiniœ rcipublicœ, deque légitima Romani pontifieis nuetoritate, 1776, 2 vol. Ce dernier ouvrage est destiné à réfuter de Hontbeim. Le précéiient csl une apologie de Palafox contre quelques écrits publiés vers ce temps. Il avait été fort question en doinier lieu de la canonisation de ce prélat. La cour d'Espagne l'avait sollicitée. Les Jansénistes la pressaient avec instance, et les Jésuites de leurcôlé la traversaient de tout leur pouvoir, à cause des différends qu'ils avaient eus avec Palafox. Mamach'i dans ses Lettres parait tenir un juste milieu entre les deux partis. Il justifie la doctrine de Palafox, mais en même temps il s'élève contre les Janscnisies, contre leur obstination et contre leur église d'Ulrecht. Cet écrit suflirail donc pour montrer combien est hasardée et fausse l'allégation du Dictionnaire historique de Prudliomme, où il est dit à l'article Mamochi, que ce tliéologien à tout vent changea de couleurs suivant les circonstances, et favorisa toujours le parti dominant. Mamacbi était à la fondation théologien de Casanate. En 1778, Pie VI le fit secrétaire de l'Index, et à la mort du P. Sbiarra, il le nomma à la place importante de maître du sacré palais, et se servit souvent de ses conseils et de sa plume dans les affaires importantes qui eurent lieu sous son pontificat. Mamacbi était vif, zélé, doué d'une mémoire irès-beureuse, et écrivant avec une extrême facilité. Il dirigeait le Journal ecclcsiaslique, qui s'imprimait à Rome depuis 1783.
Juillet. — Henri Jabineau, Doctrinaire, puis avocat, était né à Etampes. 11 était profe.-seur au collège des Doctrinaires à Viiry, lorsque Poucet Desessaris, qui le protégeait, engagea Tévêque de Châlons, de Cboiseul, à lui donner les ordres, sans exiger de lui la signature du formulaire. Après la mort de cet évêque, en 1763, Jabineau revint à Paris, où M, de Beaumont l'interdit. II sortit alors de la congrégation , devint prieur d'Andelol et chapelain de Saint- Benoît, et se fil avocat en I7G8, quoique n'étant déjà plus jeune.
Non-seulcinent il donnait des consullalions, mais il plaidait mêmece qui était, ce semble, assez peu séant pour un piOtre. Lors de la révolnlion de la mai,'islralnrc en 1771, il se luonlra très-vif pour les parlements, et s'atlira une détention à la IJislille. iNous ne parlerons pas des mémoires qu'il lit en grand nombre sur des maiières de droit. On le cite comme auteur des Ri'Pciioiis piclimiiKiiics sur le Paxiovdl de Paris, 1787, in-l:2 de 02 paj^es ; — et scrondcs r( flexions, même année, in-12 de H5 pages. — M. lîarbier lui allribue trois Lctircs à un ami de province dans la conlroversc sur le livre de Plowden. — Epilres et Evangiles des dimanches et fetcs, avec des réflexions, Paris, 1770, in-12; — Dénonciation éi M- Vafehevcque de Paris, sur la précipilation scandaleuse des Messes, 1780, iu-J2 de 32 pages. — Peu avant, avait paru un écrit du même genre: Réflexions chrélienncs sur la précipi(alio)i scandaleuse des Messes, in-12, 16 pages, du 28 août 178G. Les autres ouvrages de Jabineau sont : lettre d'un mayislrat de province à M. ..., au sujet des protestants, ilSl ; — Lettre à M. Agier sur la consultation pour l'abbé Saurine, 1790; —Lettre à un ami de province sur la destruction des ordres religieux, 1789; — Mémoire à consulter et consultation sur la compétence de la puissance temporelle relativement à l'érection et suppression des sièges épiseopaux, il\^{); — Réplique au développement de Camus sur la constitution civile du clergé, 1790; — la Légitimité du serment civique, par M. Baillet, corivaincue d'erreur, \T.)\. Ou voit par-li que Jabineau n'éiait point partisan des innovations religieuses de rAssemblée constituante. Le 15 septembre 1791, il commença un journal intitulé : Nouvelles ecclésiastiques, ou Mémoires pour servir éi rhistoire de la constitution prétendue civile du clergé. Il voulait opposer ce journal aux anciennes Xouvelles ecclésiastiques, rédigéfs par Saint-Marc, qui étaient favorables au scbisnie constitutionnel. Jabineau releva leurs inconséquences et leurs erreurs, et son journal est assez curieux. Deux autres avocats, qui travaillaient avec lui, Hlonde et Maulirot, entreprirent de le continuer; ils paraissent avoir cessé au 11 août 1792. 11 parut cette année une Exposition des principes de la foi catholique sur l'Eglise, recueillis des Instructions familières de Jabineau. Jabineau était actif, brusque, et au total un peu singulier.
6 aoiî^ — Josepb-Guillaume Clémenck, curé de Saint-t:iaude à Rouen, puis prieur de Macbecoul et cbanoine de Rouen, était né au Havre en 1717. Instruit et n)ême savant, il possédait le grec, le syriaque et riiébreu. Il est connu par les ouvrages suivants : V Authenticité des livres de P Ancien et du Nouveau Testament démontrée, ou Réfutation de la Bible enfin expliquée de Voltaire, \JS'il; — Lcs caractères du Messie vérifiés en Jésus de Nazareth, 1770, 2 vol.; — Défense des livres de V Ancien Testament contre la Philosophie de l'histoire, 1768.
19 i LISTE CHRONOLOGIQUE
2 septembre. — Jean-Bapliste Bonnaud, Jésuite, prieur de Sermaise et de Harnicourl, lui grand vicaire de M. de Marbcuf, arohevcqsie de Lyon. C'est l)ien cerlaineuienl lui qui est auieur du Discours à tire au conseil du roi sur Vélat civil des prolestants, 17-S7; et c'est faussement qu'on attribue ce Discours à l'abbé Lenlant ou à Tabbé Proyart. L'un et l'aiilre n'ont jamais travaillé dans ce genre. IJonnaud publia encore le Tartuffe cpistolaire. Mil, iu-S", pour moiitn^r la supposition des Lettres allribnées par Caraccio'i à Clénienl XIV; — Hérodote, historien du peuple hébreu sans le savoir, 1786, en faveur du système de Guérin du Uoclicr; — une Réclamation pour l'Eglise <ialiicanc, contre l'invasion des biens ecclésiastiques, Paris, 1792, in-8"; — et nn Examen critique des Observations stir l'Atlantide de Platon, de BuiUij, par l'abbé Cresscnt de lu Moseille. Barbier lui attribua la Découverte importante sur le vrai systèmc de la constitution civile du cierge, Paris, 1791, in-S". Boiinaud fut massacré aux Cannes.
Li; même jour périient, dans la même prison, Louis Hébert, général des Eudisles; — Louis Mt'nurrl, supérieui' de la communauté des prêtres de Saint- François de Sales, et auteur de l'ouvrage intitulé: La prétendue Constitution civile du clergé convaincue d'erreur et de schisme; — Batret, vicaire de S.dnt-Kocb,aul<'ur d un recueil des Pensées de Bossuet; — Hermès, docteur de Sorbonne, vicaire de Saint-André des-Arts. de qui l'on a une Dissertation en forme dVniretiens sur le célibat des prêtres; — Amhroise Chmreux, général des Bénédictins ; — Le Franc, Euiliste, auteur du Voile levé pour les curieux, ou Secret de la révolution révélé à l'aide de la franc-maçonnerie, 1791, in-S" de 168 pages, — et de la Conjuration contre la religion catholique et les souverains , i792, in-8" de 57î3 |);»ges, etc.
^septembre. — Armand Chapt de Rastignac, docteur de Sorbonne, grand vicaire d Arles, abbé de Saint-Mfsmin, avait été di'puté aux Eials-généranx. On lui doit V Accord de la révélation et de la raison contre le divorce; un autre ouvrage sur le divorce en Pologne, une traduction do la Lettre sijnodale du patiiarclie Nicolas à' renijrereur Alexis Comnène, et quelques autres écrits. Il fut massacré à l'Abbiye, âgé «le plus de quatre-vingts ans.
A l'Abbaye, i érit aussi Alexandre Lexfant, Jésuite, né à Lyon en 1726, ei qiii avait prêcbé avec succès à Vienne et à Paris. [[Ses Sermons ont été publiés en 8 vol. in-I2, par M. N.-S. Guillon, qui les a fait précéder d'une J\'o/ «ce iiilc ressan:e : ils sont solides et inslruclifs. ,]
Même jour. — Pierre Glérin du Rocher, Jésuite, est célèbre p,ir son livre de V Histoire véritable des temps fabuleux, Paris, 1777, 3 volumes. Ce devait être le commencement d'un grand ouvrage, qui n'aurait pas eu moins de dotize volumes. L'auieur croyait que les anciennes mylliologies, et particulièrement l'bisioire d'Egypte, n'étaient qu'un travestissement de la Bible et des faits qui y sont rapportés.
DES ÉCRIVAINS (1793). " ig-j
Son système étonne d'abord cl présente cependant des rapprocliemenls singuliers. Il a été conibaltu par F.;i ll.irpo, de Guigïics, Anqueiilei Du Voisin. Louis Chapelle, ancien p-olé'-senr de pliilosopliie, né en Franche- Comié en I7Ô.">, et mon à Paris, le |() r viicr I7M»' défendit le système de son ami par V Histoire vênlnble des temps fabuleux, coii/trmre ptiv les critiques (ju'oii eu a faites, 1 77iJ, iti-S". Guérifi du Rocher n'acheva point son ouvrage, et se livra aux exercices de piélé et à la conff-ssinn. Ce savant fut massacré au séminaire Saiiit-Firmiii, avec son iVère aine. Robert, aussi .lé^uile et missionnaire en Orient, qui en avait rapporté des curujaissatues Ires-étendues, et des Mémoires (lu'il se ptojjosaii de mettre au jour. Ce dernier a publié avec son nom une Lettre d^un missiotjnuire apostolique, curé dans le Levant, à M. Carcheveque de Paris, Inuehant l'étal présent de la religion parmi les Grecs, Paris, 1792, iu-8" de 50 paires.
Me'me yottr. — Louis-Jean François, prêtre de Saint-Lazare, supérienr du séminaire de Sainl-Firmin, est auteur (rnn Discours pour la fêle séculaire de Saint-Ci/r, I7GG; — (.'une Oraison funèbre de madame Louise, 1788; — de Mon apoliujio, d'après le serment civique, 1791 ; — de la Défense de mon apologie, — et d'un autre écrit dans le même sens, intitule: Point de dèmissi-jn. Il parait que ce furent ses derniers ouvrages qui lurent cause de sa mort. François était livré aux bonnes œuvres: il péril dans son séminaire même.
8 novembre. —Henri Braun, Bénédictin allemand, né à ïro.^sberg en 1732, fut chargé, en 1777, de la direction générale des lycées et des écoles en Bavière cl dans le Palalinai. On dit que, quoii|Uft religieux, il éiait choqué de voir Tévlucation confiée à des religieux. Il s'appliqua à changer renseignement, et est auteur d'un Plan pour la nouvelle organisation des écoles en Bavière; — d'une Histoire de la ré formation de ces écoles, — et de ['Année ecclésiastique catholique, Augsbonrg, 1783, 2 vol. Il travaillait, à sa mort, à une nouvelle traduction de la Bible, d'après la Vulgate.
Vers ce letnps. — Charles-Jean-Baptisie o'Aoneaix Devienne, Bénédictin de S;tint-Maur, né à Paris eu 1728, (il profession à Séez. On a de lui ; Lettre en form.e de dissertation contre l'incrédulité, 1 75(5 ; — Lettre sur la religion, par un Bénédictin, 17o7; — Point de vue concernant la défense de l'étal religieux, 1757; — Plan d'éducation et moyen de V exécuter, 1760; — Dissertation sur la religion de Montaigne, 1775; — le Triomphe du chrétien, 1788. On dit qu'il était favorable à la révolution.
'2.ÎJ janvier. — Etienne Bremont^, docteur de Sorbonne, chanoine et grand vicaire de Paris, naquit à Chàleaudun en 1714. Il fui succès-
slvemenl curé à Charlres, chanoine de la cathédrale, et grand pénitencier. Nommé clianoine de Noire-Dame à Paris, en 1759, et ayant été cli;irgé par raiciievêquc de fjire une visite chez les Ursulines de Saint-Cloud, il fut dénoncé au piujement par un avocat nommé Balichon, et déoété de prise de corps. Ohligé de se cacher, il ne recouvra sa liherlé et ses hiens qu'en I77J . On a de lui, Dissertation sur la nolorivté publique des pécheurs scandaleux; — liecueil de pièces intéressantes sur la loi du silence; — Représentations à M. Necker, sur son livre De l'importance des opinions religieuses, 1785, — et De la raison dans riiomnie, 178.5, G vol. Ce dernier ouvrage lui valut un bref de Pie VI. Il est dirigé contre l'incrédulité; on y trouve trop de longueurs et do ciialions.
Janvier. — Vialore de Coccaglio, religieux Capucin, est auteur à'Essais thiolo>jico-ycolasiiqv.(s (en lalin), suivis de deux volumes, en italien, sur Fébronius, Bergame, 177-4, 4 vol. in-8"; — Abrégé d'Essais thcologiqucs sur la morale, 1791, 2 vol. in-i" (aussi en lalin); — Y Histoire de AnxilHs de Serry , traduite et abrégée, Brescia, 1771 ; in-4", — Bévues iZiqqricamcnli) du chanoine Louis Mozzi, sur le faux disciple de saint Augustin et de saint Thomas 1780. Mozzi répondit, et ce fut à ce sujet que Z^ccaria donna sa Défense de trois papes et du concile romain. Vi.itore répliqua par La balle Unigenilus 7ion annoncée par le Suinl-Sicge comme règle de foi, 178:2. Il publia d'autres écrits dans ce sens, et des recherches sur saint Prosper d'Aquitaine.
29 mars. — François Clément, Bénédiclin de Saint-Maur, né près Dijon en 1714, est princii) dément connu par la lroisième,édition de VArt de vérifier les dattes, qui p:irut en 5 vol. in-fol., de 1785 à 1791. Cet ouvrage n'est pas exempt de taches. On y remarque un esprit, des oniissions et des erreurs qui ont été relevés dans les Mélanges d'Jmtoire, imprimés ciicz Le Clere, 1806, tome I", page406. Clément piiblia, en 1 7G0, les Nouveaux éclaircissements stir l'origine et le Pentateuqvc des Samaritains, de D. Mauilce Poncet. Il avait commencé elfortavancé im Art de vérifier les dates avant Jésus-Christ.
Mars. — Jean- Louis MiNc.AUELLi, frère de Ferdinand, dont nous avons parlé sous 1777, naquit à Bologne en 1722, entra dans la Congrégation des chanoines réguliers de Saint-Sauveur, et fut professeur d'éioqiiei'ce grecque à la Sapience. Il publin, avec Trombelli, les Opuscules inédits des anciens Pères latins, Bologne, 1751 ; — Marci Marini Brixiani Annotaliones in Psalmos, 2 vol. ; — les Opuscules inédits de saint Paulin de Noie et de quelques anciens écrivains, et d'autres manuscrits curieux. 11 était érudit et bon critique.
18 mai. — Marc de Saim-Fuaîs'çois, religieux Carme, né à Venise en 1712, de la famille Kosseiti, exerça d'abord avec succès le ministère de la chaire dans plusieurs grandes villes d'Italie. En 1744, la crainte d'êire inquiété, au sujet de quelques propositions mal son-
naiilos (l'un doses sormons, le porla à se rcliicr en Siiisso. Mais il étail l)i('ii tiloignô (Je soni^or à aiiandoiiiicr la lui ni môme son ordre ; il s'adressa au nonce, qui ménagea son relour. Bonoil XIV le rerul avec honlé, el Tonijagea à reprendre ses (ravaux. On a de ce religieux : RciiHtrquai sur les rèjiles cl t'usai/c de la rritiqin' du père Honore de Sainte-Marte, Venise, 1738, 5 vol. in-i"; — Ohuvres de sanu Jean de la Croix, avec sa vie; — Mémoire sur la vie du li. Ange Mazziufihi, Carme, et de la It. Jeanne Seopelli, Carmélite; — un ccril contre Ta:ul)urini, sur son Anttlijse des PrescrijUions de Tcrinllien; — des noies relalives aux Observalions sur les écrits des Jansénistes, du père Honoré de Sainte-Marie ; des sermons ei des disserlalions.
22 août. — Athanase-Alexandre Clkmfnt dk Boissy, conseiller à la chambre dos Comples, né à Créieil près Paris, mort à Saiiile-Palaye, est auteur des livres suivants : Abrégé et concorde des livres de la Sagesse, I7G7; — V Auteur de la nature, 178"), 3 vol. ; — De la grâce de Dieu et de la prédestination, 1787 ; — Jésus-CInist notre amour, 1788; — Traité de lu Prière, 1788,* — Manuel des saintes licrilures, 1789; — une traduction de limitation , qui n'est guère qu'une nouvelle édition de celle de Sacy, I7'.t2; — De l'élection des éréqucs et des curés, 1791. Dans plusieurs de ces ouvrages, l'auteur a pris le nom de Fonlenay. 11 était frère de l'abbé Clément, depuis évoque de Seine-et-Oise, dont on parlera sous 1804.
51 octobre. — Claude Falciîet, né dans le Nivernais en S75Î, embrassa l'état ecclésiastique, et entra dans la communauté dos prêtres de Saiiil-r»ocli à Paris. Une aventure, <pii eut quel(ine éclat dans le temps, lui attira un iiitoidil de l'archevêque de Paris. Mais ayant prêché devant le roi, il obtint r;ibb.iye de Monifort, el devint grand- \ioaiic de Honrges, sous M. de Pliélipeaux. Ardent, dou('; do plus d'imagination que de jugement et de prudence , il adopta les priut ipes de la iévolution, et prononça, en 1789 et les deux années suivantes, des discours où l'on trouve quelquefois d'assez beaux morceaux el des vérités assez fortes à côté des plus graves erreurs. Son Discours sur la religion nationale est de ce genre. — Trois discours sur la liberté; — un autre sur l'accord de la religion et de la liberté; — une Oraison funèbre de l'abbé de l'Epéc; — Un Eloge de Franklin, montrèrent de plus en plus le progrès des idées révoliiiionnaires dans la tête de l'auteur. Dans l'éloge de l'abbé de l'Epéc, prononcé à Saint-Elienne-du-.Mont, le 25 février 1790, il détaille assez bien les procédés et les services de ce célèbre insiiluteur des sourds-muets; mais n'a [>as toujours séparé avec justesse ce qu'il y avait de louable dans cet homme bienfaisant, de ce que l'Eglise avait droit de reprendre dins son attaoliemenl à mi parti rebelle. L'Eloge civique de Franklin est encore plus blâmable; et Fauchet, qui avait mérité d'clre membre de la Commune de Paris, mène son lecteur à rindiH'ércnce pour la croyance, sons préioxie do cond.'atlre ic fanatisme eila T. VI. 32
superstition, et dénature renseignement de l'Eglise. Il figurait alors dans les clubs, et rédigeait un journal révolulionuniie. Le départenieni du Calvados le choisit pour évèque, et il lut sacré le l<^'"mai 1791. On dit qu'il se signala dans ce pays par des extravagances. Appelé à l'Assemblée législative, qui suivit la conslitiianle , il y vota poiir qu'on ne fit aucun Iraitenient aux prèires insermentés, attendu, disait-il, qu'on ne doit pas payer ses ennemis. Le 6 avril 1792, lorsqu'un décret fut rendu poui' supprimer tout costume ecclésiastique, Fauchet se liàta de déposer sur le bureau s;i c;iloite et sa croix, et ses confrères imitèrent son exemple; c'était le Vendredi-Saint. Cependant il se déclara contre le mariage des prélres par un Mandement puh'ic, du "28 octobre 179:2, ei blâma liautcmeiit les excès de Ponlard, dans son Journal des Amis. Sou discours, lois du procès de Louis XVI, pourrait paraître courageux pour le temps où il a été prononcé, quoiqu'il soit eniremèlédes phrases alors à la mode contre l^, tyran et la tyrannie. Dans les dilTérenls appels nominaux qui terminèrent ce procès monstrueux, il vota toujours pour le parti le plus favorable. Depuis, Fauchet s'éloigna de plus en plus du parti dominant, s'atiacha aux fédéralistes et succomba avec eux. Envoyé à la Conciergerie, il y trouva un prélre vertueux, M. Emery, dont les entretiens le firent rentrer en lui-même. Voici ce qu'on lit à son égard dans les Annales catholiques, tome IV, jtage 169 : « Pour Fau- )) chet, }<' peux vous dire posiiivemenl qu'il a abjuré noii-seulimenl » ses erreurs sur la constitution civi'e, mais aussi ce qu'il a prêché » dans le temps à l'église Notre-Dame, ce qu'il a débité dans son » club, dit la Bouche de fer, sur la loi agraire, le sermon de » Franklin, etc.; qu'il a fait abjuration de toutes ses erreurs, qu'il » révoquait son serment impie et son intrusion, après avoir fait sa » profession de foi; ce qui occasionn;tit des murmures entre les V gendarmes qui étaient présents, qui me disnienl fort haut que je » serais au premier jour guilioliné comme lui. L'abbé Fauchet, après » s'être confessé, a enleu iu lui-même Sillery en confes-iou. » Traduit au tribunal révoluliounaire dvec vingt anires députés. F;iuchet y fut condamné et exécuté. Ses écrits ne sont pas dépourvus de talent; mais on y remarque souvent le défaut de goût, d'exactitude et de mesure.
Vers ce temps. — Yves-Maihurin-Marie Querbeuf. ancien Jésuite, né en Bretagne en 1726, fut éditeur (!es OEuvres de Fénclon; — des Sermons du P. de Neuville ; — des Réflexions spirituelles de Bcrthier; — de ses Observations sur le Contrat social, auxquelles il ajouta une suite; — des Lettres édifiantes; — des, Mémoires pour servir à llnstoire du Dauphin, par Griffrl. Il lédigea la Vie de Fénelon qui se trouve à la tête de l'édition in 4", des Œuvres de ce prélat, et il eut le plus de part à celte édiiion, dont avait été chargé l'abbé Gallard, que sa mauvaise sanlé empêcha de s'en occuper. On
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croil que Qiierbeuf iiiouiiil dans les I'.iys-lî;)s, où il s'ôlail relirû lors de la l'cvoluiioii.
{0 janvier. — Adrien Lamoirktte, prèlrc de Sainl-Lazare, naquit près Calais, et fut professeur cl supérieur <lu séminaire de TonI, pui< dirr-cleur à Saini-L izare. Il pnldia, en IT-Sli, des Pcnsces xur lu philosophie de Cincrcdulitc, in-S». On lui atlribue aussi les Délices de la relitiinn. S'éiant lié avec Mir.theau, au eomnicucenient de la révolution, il lui foui nit la mal. ère de plu>ieiirs di-conrs et rapporis sur le clergé, et donna un éciil en f.iveur du décicl qui s'emparait des biens ecclésiastiques. On l'en réconipfusa par révèché constitutionnel de Saône-el-Loire, pour lequel il fut s;u ré à Paris, le 27 mars I7!i|. Sous la leireur, il lut arrèlé et envoyé à Paris, et iraluit au liibunai révoluiionnaire. On dit que, lorsqu'il y fut condamné, il (il le signe de la croix, et déclara pnbli(|uemeiit (ju'il était Taulenr des discours prononcés par Mirabeau sur les m ilières ecclésiastiques, et qu'il regardait son supplice comme un juste cliàiiinenl de la Providence. II avait trouvé, dans les prisons de la Conciergerie, M. Emery ; et ce fut vraisemblablement par ses conseils que, le 7 janvier, il signa un écrit dont on conserve, dit on, Toiiginal à Lyon, et où il rétraclail son serment et ses écrits , demandait pardon à l'Eglise d'avoir reçu la Con>é( r.aion épiscopale, rempli un siège qui n'élail pas vacant, et méconnu les lois de la discipline et l'auli.riié du Saint-Siège.
{fS février. — Etienur-Cbarles de LoMfiviE de Rrie.xne, cardinal, arcb -vèque de Sens, abbé de Saint- Vnudrille, de Corbie, de Moissac, de Moreilles, de Saiui-Ouen et de Basse-Fontaine, naquii à Paris en 1727. Porié à lélat cce!é"«ia'li(|ue par le- vues de sa famille, le commencemenl de sa carrière fut marqué p.tr un éclat, il soulint en Sorbuine, le 30 octobre 1751, sou-^ la présidence du docteur Curel, une thè-e qui lit du liiuil, et sur laquelle l'abbé Mey fil des Hcinarques. {Voifez le loine >' de ces Mémoires, [)age 187.) Celte tlièse n'élail qu'un |)eu moins repiéliensib!e que celle de l'abbé de Prades. On cioil qu'il rédigea av(.'c Tuigol, qui porlaii alors le petit collet, l'éciit intitulé : Le Conciliateitr, ou Lettres d'un Ecclésiastique à «n Magistral, 1734. Ces dispositions et ce d(-but auraient probablement écarté l'abbé de Brieune de l'épiscopat sous le ministère du cardinal de Flcury, ou sous celui de M. Boyer. Li nr successeur, M. de J:irentP, fui moins dillicile ; l'abbé de BiienhC lut nommé à lévèché dé Condom en 1760, et transiéré à l'archevêché «le Toulouse en 17(53. Il était dès lois fort lié asec d'Alenibert et avi c quelques autres pliilosopbes de ce temps-là. Il eut le .-etrei <lc se fa.rc nommer de louies lei assemblées du cUrgé, y acquit même de l'inlUience, cl fui dans.
celles de 1765, de 1770 et de 1773, chef du bureau de juridiclion. Chargé, en conséquence, des uiesuies à prendre pour le bien de la religion, il parut souvent plus occupé à arrêter le zèle de ses confières qu'à provo(|uer de sages règleinenis. On eut un exemple de la légèreté avec laquelle il traitait les affaires, dans le rapport qu'il fit, le 2o mai 1766, sur le concile d'Utrecht, et qui est plein d'inexactitudes. C'est sans doule à son sujet que d'Aleiubert écrivait à Yultaire, le 15 août 1775 : « Le clergé Terait bien des sottises si quelques évéques » raisonnables ne l'empêchaient. » Ces services ouvrirent, à l'archevêque de Toulouse, les portes de l'Académie française. Voltaire écrivait à d'Alembert, le 11 juin 1770: «On dit que vous nous donnez » pour confrère l'archevêque de Toulouse, qui passe pour une bêle de )) votre façon, très-bien disciplinée par vous. » — «Je vous demande en » grâce, écrivait d'Alembert à son ami, lors de l'alTaire de l'abbé Au- » dras (1), de ne point précipiter votre jugement sur l'archevêque. Je » gagerais cent contre un qu'on vous en a imposé, et qu'on vous a du » moins fort exagéré ses torts. Je connais (rop sa façon de penser » pour n'être pas sur qu'il n'a fait, en cette occasion, que ce qu'il n'a y> pu absolument se dispenser de faire. » (Lettre du 4 décembre 1770.) Et dans sa lettre du 21 du même mois : « J'étais bien sûr, mon cher » maître, que l'archevêque n'était pas, à beaucoup près, aussi cou- » pable qu'on l'avait fait. Voici ce qu'il éciit à une personne de ses » amis et des miens. Son mandement n'a que quatre petites pages. Il » ne parle que de l'ouvrage, et point du tout de l'auteur. L'abbé Au- « dras aurait pu se l'épargner : il avait donné sa démission et l'a re- » tirée.... Cependant tout le monde était après l'archevêque. Le par- » lemenl voulait brûler le livre.... L'archevêque a fait tout ce qui » était en lui pour lui épargner ce chagrin.... L'abbé a forcé l'arche- » vêque à donner son mandemeni en manquant à sa parole, en reti- » rant sa démission, en voulant compron eltre un des grands-vicaires. » L'archevêque, avant ce tem|is-!à, avait lésislé pour lui, pendant un » an, aux clameurs du pirlement, des évoques, de l'assemblée du » clergé. On lui a forcé la main. Il n'a fait que ce qu'il n'a pu s& » dispenser de faire.... 11 est dans une place et dans une position où « il n'est pas toujours le maitre de s'abandonner tout à fait à son ca- » ractère et à ses principes également tolérants.... Jamais la raison » n'aura à s'en plaindre. Nous avons en lui un très-bon confrère, qui » sera certainement utile aux lettres et à la philosophie, pourvu que » la philosophie ne lui lie pas les mains par un excès de licence, ou » que le cri général ne l'oblige pas d'agir contre son gré. » C'est ainsi que parlaient de l'archevêque ceux qui le connaissaient le mieux.
De Brienne avait la réputation d'élre propre aux affaires. Son nom, son esprit, sa facilité à s'énoncer, son goût pour les lettres, ses
(1) Fojez nos Mémoires, tome IV, pngsi 5GG.
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liai>oiis avec des aiDis proinpis à oxallcrson niéril.*, loi avaient donné Uiie place avanlagensi' dans l'oiiinion i>iiliii(ine. On ii; cilnit comme un évèqiie adiniiiijlraleiir, sorle de inérile dont on laisail alors beaucoup de cas. On vantail l'ordic ipi'il avait mis dans son diocèse, où il ne ïésid;dl pas fort cxaçlcmenl. En I7GS, il y rotahlil l'usage des conférences ecclésiastiques; mais il ne s'en Uni qu'un petit nombre. Son crédit et sa renommée étaient cause que la jeune noblesse ecclésiastique ambitionuail lavaiilage d'aller faire son apprentissage sous lui, et cette école fut lunesle à i)liisieurs.
Ce prélat est surtout connu par la part qu'il prit à une opération fameuse. \hi arrêt du conseil d'Etal, du ^5 mai 170G, avait annoncé la création dune counnission pour la réforme des ordres religieux ; et un arrêt, du 51 juillet suivant, en avait nommé membres les archevêques de Reims, d'Arles, de Bourges, de Narbonne et de Toulouse, avec cinq conseillers d'Etat. Ils s'adjoignirent, en qualité de théologiens, les abbés Hib.dlier, Legros, Buret et de Vermont, et cinq avocats. De Brienne fut le princi|»al agent dans celle connnission. On l'accuse d'avoir attisé des divisions dans les monastères, d'avoir excité les inférieurs contre leurs supérieurs, et d'avoir contribué à dégoùier de leur état des hommes que l'esprit du siècle en éloignait déjà. Un édit fut rendu pour reculer l'âge de la profession religieuse; un autre supprima tous les couvents des villes qui n'auraient pas au moins vingt religieux. Des monastères furent supprimés successivement dans les villes et dans les campagnes même. Des corps entiers disparurent peu à peu. De Brienne avait le secret du ministère et celui de la philosophie, et fomenta entre autres les désordres de la congrégation de Sainl-Maur, où deux partis, se renversant tour à tour, minaient la règle par ces divisions. Celui que l'archevêque favorisait n'élait i)as le plus attaché à l'observance. Par son induenee, un chapitre défaisait ce qu'avait fait le précédent, et les tribunaux retenlissaient de ces querelles, que la commission excitait au lieu de les étouffer. .Même manège pour les Céleslins; on y excitait à voler pour la sécularisation; on désunissait les monastères, on s'emparait de leurs biens, on les vendait sans bulles et sans letlres patentes; on dégoûtait les religieux qui voulaient suivre leur état; on laissait les autres abandonner leur monastère. L'ordre de la Merci fut ébranlé par de semblables inirigues, ei le procureurgénéral au parlement de Bordeaux , Dudon , laissa bien entrevoir, dans un réquisitoire du 1" mars 1780, d'où parlaient ces coups portés à un ordre si précieux par son objet. Les commissaires que la cour envoyait pour présider les chapitres n'étaient plus que des agents de de?truclion. Ils n'écoulaient point les réclamations, distribuaient les letlres de cachet, llattaienl les plus relâchés et fatiguaient les plus zélés. Les assemblées du clergé de 1772, de 1775 et de 1 780, se plaignirent de ces efforts sourds et persévérants contre l'état monastique. Les parlements s'en occupèrent aussi, quoique plus
tard. Le 10 février 1784, ce'ui de Paris présenta des reniontrauccs, dans lesquelles il inculpait foriemenl la conimip.sion, lui n prothant d'être un tribunal illégal, de s'arroger uiie autorité excessive, et quoique créée pour conservf r, de n'avoir laii que détruire. En effet, depuis plus de seize ans, l'archevêque de Tou'ouse sap;ut l'état monastique avec lieaucoup d'adresse et de persévérance. Il s'en était fait uae espèce de ministère, qu'il regardait tomme un échelon pour des fonctions plus édalanes.
A la mort de M. de Beauniont , archevêque de Paris, de Brienne fut, dit-on, sur le point d'être nommé à ce siège. Le 5 novembre 1782, il tint son synode diocésain, où se trouvaient, à la première séance, deux cent soixante-quinze piéires. Ou s'occupa principalement, dans cette assemliioe, des porlifms congrues et des secours à. accorder aux ecclésiasiiques vieux et inlirmes, et l'on prit sur ces deux points des mesures qui paraissent bien entendues. L'archi^vêque lit aussi une onionnance pour les règles de conduite à observer par les ecclésiastiques. 11 publia un Manuel ou abiéiié du rituel, donna des règlemenls sur les processions, les quêtes et divers antres objets, et présida toutes les séances. Le synode finit le 15 novembre; les actes en ont été imprimés, et sont rédigés avec simplicité et clarté. On n'eut garde d'oublier cette nouvelle occasion de vanter le zèle du prélat. Prôné par un parti nombreux, il fut porté au ministère en 1787, et contribua à faire rendre l'édit du mois de novembre, en faveur des protestants. En 1788, il se fil nommer ministre principal; mais il ne montra, dans celle place, à laquelle il aspirait depuis longtemps, ni vues, ni moyens. Indécis et pusillanime, il flottait sans dessein, avançant sans prudence et reculant sans honneur, compromettant l'autorité royale, et laissant se développer la fermentation des esprits. Le 8 août 17S8, il annonça les Etats-généraux, et donna sa démission quinze jours après, ayant jeté parmi nous un brandon de discorde, et se trouvant en bulle à tous les parlis. 11 s'était fait nommer achevêque de Sens au commencement de celle année, et le roi l'avait présenté au cardinalat. Pie VI différa longtemps à revêlir de la pourpre un homme dont la religion n'avait p3s à se louer; mais Louis XVI insista, par un mouvement de générosité, et le 15 décembre de Brienne obtint le chapeau.
En 1791, l'archevêque de Seirs prêta le serment à la conslilulion civile du clergé, et prit le iilre d'évêque de l'Yonne. Le 2G mars de celle année, il écrivit au Pape pour donner sa démission du chapeau qu'il avait si fort ambitionné trois ans auparavant. Le 26 septembre. Pie VI accepta sa démission, et le déclara déchu de sa dignité et suspens. Le nouvel évêque de l'Yonne publia, à ce sujet, une lettre où il rompait en visière à la cour de Bome. On dit qu'il acheta une abbaye voisine de Sens, et qu'il en démolit l'église. Il se retira dans ce lieu sous le règne de la terreur. Sa mort a été diversement racontée; quelques-uns ont dit qu'il avait hâté lui-même la tin de .ses
jours : voici ce qui nous a élé rnppniMé. Les soldais qui vinrcnl pour raiTcler le inallr;iilèreiil, le (iieiil souper de force, tandis quil élait dans rns.ige de ne rien prendre le >()ir, et le liouvèreni le leii'lemain malin UKirl dans son lil. On sonproi'ua que le saisisM'nient et les mauvais Irailemenls avaient donné au prélat une indif?csii(in, el ([u'il fut frappé d'a|i(>|de\ie. De arienne avilit rerii en p:irla-e bejiiicoup d'espril el do lalents: il aimait les lellies, et protey'ait ((-iix ipii les cultivaient; lieun ux s'il ireùl pas embrassé un éial pour Icipiel il n'était nullemeni fait, ou s'il eùi su mieux choisir ses amis, el se tenir en garde conlie de mauvais conseils.
ô JIM (■/!. — .Jérôme Tikai?osciii , célèbre littérateur italien, né à Bergame en 1751, entra (liez les .Jésuites, et fil ses derniers vœux en 1765. Il devint préfet de la biblioiliéque de Modène en 1770. Il est célèbre par son Histoire (inivralc de la littnature italienne, et par ses vastes reciicn lies sur celle iiialière. Elles lui lirenl de son vivant la réputation la plus étendue, et lui aliirèrenl les distinctions les pins llatieuses. On a de lui une foule de lettres, de méfnoires et de di^serlalions, dont pinsieurs roulent sur des points d'iii.-toire ecclésiastique el sur les antiquités sacrées de rilalie.
25 juin. — Jean-Pierre Dékoris , Bénédictin de Saint-Maur, né à Monibrison en 1752, fut professeur à Clcrmoiil en I7a3, et lit |)avàîlre une Réfntniion de l'Emile, en 17(i2. Cet ouvnige lui suivi de deux autres pariies, doiii la première seulement est de M. André, ami de I). Déforis. En i7(U, Déforis ajouta une quatrième partie; c'est le Préservatif ])Our les fidèles contre les sojdiismes el les impiétés des incrédules, avec une Répotisc a la lettre de Rousseau u M. de Re.aumont, 1704. Il réclama, en 1765, contre la requête de Sainl-Germain-des-Piés, et publia, en 1768, \''Im})orlanee et Vohli(jation de In vie monastique, 2 vol. Il donna une idée de la pétulance de son zèle dans un écrit inlitiilé : Exposition de la doctrine de l'Eglise sur les vertus cferétiennes contre les articles qtie M. Vévêque du Mans a fait signer au.v Pères de l'Oratoire, et examen de la lettre avr.logéfiqui d\i Père du Verdier, assistant du Père général de l'Oratoire, en France, 1775, in-12 de 303 pages. Cet ccril est relatif à une affaire qui avait beaucoup f;til de bruit «lans le temps, et dont on trouve les détails dans les youvelles ecclésiastiques; Déforis y maltraite beaucoup el M. de Grimaldi, cvèque du Mans, et les Oraloriens. Les Nouvelles ecrlésiastiqucs elles-mêmes (1770, page "9) blâment le fond et la forme de cette brochure aussi inexacte pour la doctrine qu'aigre pour le style. En 1709, il donna le Prospectus de l'édition de lîossuei. Hippolyte-Auguslin de Coniac eut part aux premiers volumes; mais l'abbé Lequeiix fut celui (pii y travailla le plus. Déforis s'était chargé des Œuvres inédites. Il s'en fallait beaucoup qu'il fût aussi capable que son associé. Il avait peu de goût, de jugement et de critique, et ^taitdcplus acre, intraitable, intolérant. Son travail porte rempreinle
de lous ces défauts. Une partialité excessive, des notes sans fin, des préfaces assoniinanles, des diatribes, déparent cette édition, où ce qui est de Bossuet est accolé avec tout le bavardage de Téditeur. Il s'éleva de toutes parts des plaintes contre l'esprit de parti et le mauvais goût qui présidaient à celte entreprise. Le 12 septembre 1780, l'abbé Chevreuil fit à ce srrjet un rapport à rassemblée du clergé, et dit que cette édition, entreprise en 176o, n'avait pas été corrtinuée suivant les sages règles que Déforis devait observer. L'assemblée arrêta de marquer une improbation très-expresse de son travail, ei en fit des plaintes au garde des sceaux, qui réitéra l'ordre de ne fair-e imprimer que le texte de Bossuet. Enfin le régime des i3énédiclins intima la même défense; on a voulu contester ce fait^ qui est pourtant notoire, et qui est cause que le dernier volume n'est pas terminé. Aussi, cette édition, qui a Jl) vol. in-4", publiés de 1772 à 1788, en laissait-elle désirer une autre, où l'on trouvât Bossuet dans toute sa pureté. Déforis périt sur l'échafaud. Mauvais écrivain et bomme de parti, il était du moins attaché à son état.
24 juillet. — Philippe du Contact de la Molette, docteur de Sorbonne, grand-vicaire de Vienne^, naquit en Dauphiné en 1757. Il étudia l'Ecriture dans les sources, se rendit babile dans l'hébreu et dans les langues orientales, et soutint, en Sorbonne, des Thèses sur l'Ecriture sainte, en six langues. Il publia un Essai sui' l'Ecriiure;
— une Nouvelle méthode pour entrer dans le vrai sens de l'Ecriiure;
— la Genèse expliquée, 3 vol.; — VExode expliqué, 3 vol.; — le Lévilique expliqué, 1 vol., — et les Psaumes expliqués, 4 vol., dont le dernier traite de la Poésie des Hébreux. L'abbé du Contant a réfuté la méthode du P. Houbigant, quoiqu'il eût aussi des idées singulières sur l'Ecriture sainte. Il périt sur l'écbafand dans le temps de la terreur.
iQ août. — Charles-Louis Richard, religieux Dominicain, né en Lorraine en 1711, fut un écrivain fécond et zélé. Le Dictionnaire des ouvrages anonymes attribue à un autre Doiïiinicain, nommé Jean Richard, le Dictionnaire universel des sciences ecclésiastiques, 1760, 6 vol. in-fol. Cependant une note, qui nous a été envoyée par un Dominicain, cite cette coUeciiorr comme étarrl du P. Charles-Louis. On lui doit la Réponse à la lettre écrite par un théologien (Condorcet) à l'auteur des Trois siècles littéraires ;— la Nature en contraste avec la religion et la raison, ou Réfutation du livre de la Nature : — Observations modestes sur les pensées de d'Alembert, et sur quelques écrits relatifs à l'ouvrage précédent, 1774; —les Cent questions d'un paroissien sur le mariage des Protestants (conli-e Guidi), 1776; — les Prolestants déboutés de leurs prétentions, même année ; — le Présevrvalif contre les Lettres attribuées à Clément XIV, même anrrée; — la Lettre d'un archevêque à l'auteur de la brochure inliiuléc : Du
DES ÉCRIVAINS (lTi»4). W6
Droit (les souverains sur les bieiis-fiîiiilstlii clergé et dos moines, I77(i;
— la Lctlvc iCun docteur de Sorbonnr à iauteur de r Essai hisloriqxr et criliqitc sur les exemptions dis rrfiuliers, 1771; — VAnuh/se des conciles (jénrruux et ixtriiciiliers, 5 vol. iii-l";|a Drfense de tu religion, dr la morale, de lu rerlu, de lu soeiétr; — V Accord des lois divines et humaines relutiremmf à iétui du cleroi-, etc. Ayant attaqué dans divers opusculi's un arrôt du parlenu-iit do Paris, sur le uiariagc d'uu .luil'couverli, Hidiard crut devoir se retirer eu l'Iandres, et publia, à Lille, des Conférences dogmatiques et morales, 5 vol. in-lâ;
— des Sermons pour tinis les dimanches, /i vol. in-12; — Essai d'annales de lacharitc, -1 vol. ; — les \'ies du Benoit-Joseph Laljre, dcJeunliaptiste de Villers, de Jeanne de Cambri/. etc. Lors de la révolution, ce vertueux religieux passa dans les l'ays-Hus, et dans le temps de la seconde invasion des Françiiis, en J7<Ji, il était resté à irions, peut-être à cause de son gnind âge ; il y fut découvert, el traduit devant une commission mililaire, qui le cond.Tmna ù élrc fusillé. Son crime lut d'avoir publié dans cette ville, avant que les Français y entrassent, un Parallèle des Juifs, qui ont crudfir Jcsus-Christ, avec les Français qui ont exécuté leur roi, ainsi qu'il conste par son jugeu)enl. II avait quatre-vingt-lrois ans, et montra beaucoup de résignation.
11 ne faut pas confondie le P. Charles-Louis Richard avec Jérôme Richard:, auteur des Réflexions sur le livre des Mœurs, 174S.
31 décembre. — Charles-rrançois Lhomond, professeur au collège du cardinal Le Moine à Paris, un des mend)res les plus estimables de l'Université dans les derniers temps, travailla toute sa vie pour la jeunesse. Ses ouvrages, écrits d'un style simple et sans prétention, rappellent la manière de Fleury, parle sens, le jugement et l'esprit de piété qui y régnent. Ou lui doit princi])alenient la Do(7///(p chrétienne;
— Vllistoire de la reliijion avant Jésus-Christ, el Vllistoire de l'Eglise, chacune en I vol. Enfermé au séminaire de Saint-P'irmin, au mois d'août 1792, il échappa néanmoins aux massacres; ce qu'il dut peutêtre à la réputation de vertu (ju'il avait dans ce quartier. On altiibue ordinairement son évasion au fameux Danton, (jui avait été son élève. Lhomond était un prêtre au.ssi pieux (|u'éclairé. [[On a publié un petit Traite dr la confession des enfants, qu'il avait laissé manuscrit. et qui coulieui d'utiles observations.]]
— François-Joseph Bérardier, docteur de Navarre, syndic de la faculté de théologie, grand-maître du collège Louis-le-Grand, naquit à Paris en 1720. Il lut député aux Etats-généraux, et signa dans l'assemblée de l'Université la protestation du 12 septembre I7!)| (I);
(1) rorez. aussi la Lettre des professeurs de théologie, du 16 novcm- Lve 1791, signée, raiilaid, liriqut t, Flood, Mali^Mion, Saint-Martin, de la Hogue, Tinthoin, Ditclic, Uudemaine et Hugues.
.iOr, LISTE CHRONOLOGIQUE
pnhlia, en 1791 , Ips Princijws de la fol sur le gonvcrnemcnt de l'Eglise, contre la constiluiion civile du clergé, et Camus, son défenseur. Cet ouvrage eiil quatorze édiiiotis. On dit que Tanleur fut sauvé des massacres de septembre par Caniille-Desmoulins, qui avait été son élève, et qui voulut recevoir de lui la bénédiction nuptiale dans le temps de la i erreur.
Un autre Bérardier, surnommé de Bataud, professeur de iliétori(|ue en rUtiiver.-ilé de Paris, licencié en théologie et prieur de Serqueux, a traduit VAnli-Lucrèce, en vers français. [[Cet ouvrage a du mérite, et n'est pas assez connu.]]
— Eusiache Guibald, de rOraloire, né à Hières en 1771, était parent de Massillon par sa mère. Ce prélat voulut l'attirer dans son diocèse ; mais Guibaud, élevé dans d'autres principes, craignit de se pervertir sous les yeux d'un évoque si sage et si vertueux. Il ne voulut jamais être prêtre, pour ne pas signer le formulaire. Appelé à Soissons par M. de Fitz-Jaines, il fut, avec Valla et Chabot, un des auteurs du Dictionnaire historique, littéraire et critique, publié sous le nom de Barrai. Guibaud se chargea de pliisieurs lettres dans ce Diclionnaire, et rédigea entre autres l'arlicle Sainl-CyraH. Il passa à Lyon, sous M. de Monlazet, et fut préfet des éludes au collège de l'Oratoire. Ses ouvrages sont: Gémissements d'une âme iiénitcnte; — Morale en action; — Explication du Nouveau Testament à l'usage principalement des collèges, 1783, 8 tomes formant 5 vol. (Le zèle de l'auieur le porta à y faire entrer beaucoup de passages des Réflexions morales.) — Explication des Psaumes; — Heures du collège de Lyon. II procura une nouvelle édition du Catéchisme de Napies, faite à Lyon, et il avait commencé une Histoire abrégée de Port-Royal, qui n'a pas vu le joiîr; heureusement qu'il y en a d'autres. Guibaud quitta Lyon à la mon de iM. de Montazel, passa à Marseille, y fit le serment, et mourut à Hières, dans sa famille. H était ami de l'abbé de Bellegarde, avait une corrc'-pondance étendue, et était fort ardent pour répandre les livres de son parti.
Vers ce temps. — Antoine-Henri Bérault-Bercastel, Jésuite, puis curé d'Omerville, puis chanoine de Noyon, naquit au diocèse de Meiz. Il composa d'abord un poëme en douze chants sur la Terre promise, où il mêle, dit-on, avec assez peu de goût, la fable et l'histoire. H commença à faire paraître, en 1778, une Histoire de VEglise, qui a 2i vol., et qui va jusqu'au commencement du dix-huitième siècle. La fin est surtout peu soignée. L'auteur y transcrit des lambeaux entiers d'autres écrivains, sans les citer. Celle partie est incomplète, souvent inexacte, et tout à fait manqnéc. On a donné une deuxième édition de celte histoire à Toulouse en 1811. L'abbé Bérault en avait composé un Abrégé en 6 vol., que l'on garde en manusciit. Son Histoire, quoique peu iravaillée dans plusieurs parties, a eu du
succès ;\ cauic ilc^ pr'mcipos ol de rcspril (l;ii:s loMinols cne osl ré- <lii;ée. [[^Les piemiiMs voliiiiies, siirloul, se l'oiil lire avec intérêt: moins savante cl moins chargée d'érudition que celle de FIciiry, elle oflVe nn récit pins rapide, et clic fait assez hiiMi conniiiirc les beaux siècles de rKglise.lj On a préleiidii (pie les qnulre derniers \olnines étaient (ie Fellcr.
Janvier. — Jacques-Pierre Cotf.lle de la I>i..\:si)iMi:RF, grandvicaire de lîlois, était né à [.aval vers 170'.l. Il fut successivement curé de Soulaines en Anjou, directeur du séminaire d'Angers, archidiacre et grand-vicaire de Blois, et, en dernier lien, doyen de Sainl-Clond, et second supérieur des prcires du Monl-Valérien. Son premier écrit paraît élre une Letlrr sur l'asscniblrr du clrrçirde 17.-)o, qui loi suscita quelques traverses de la p;irt d'un parti alors assez puissanl. L'assemblée du clergé le chargea de continuer li's Ciwfrreticcs d'Ançicrx, avec une pension de 1,0U0 livres. L'abbe IJabin en avait donné dix-huit v(dumes, l'abbé Vanlier un dix-neuvième, et l'abbé Audebois de la Chalinière avait ajouté trois volumes sur la grâce. De la Blandinière compléta l'ouvrage, auquel il travailla pendant quarante ans. Les Janséni>tes l'ont accusé <le morale relâchée, et Maultroi lui a reproché de favoriser ce que dans ce parti on appelle la domination èpiscopale. Delà Blandinière lui répondil. Les Confrrenccs d'Angers ont survécu à ces criticfiif-s, et forment un recueil estimé des ecclésiastiques. Chaiizel de la Néronière, prieur de Magni en Anjou, y a ajouté un Traité du pouvoir des éve'qucs sur les empêchements de mariajje, 1782.
19 avril. — ... De Montis, vicaire-général de Bordeaux, est auteur de plusieurs ouvrages de piélé, savoir : Discours de retraite pour des religieuses; — Vie de mademoiselle d'Epernon, Carmélite; — Vie de la sœur Marie de V Incarnation , et quelques autres écrits de ce genre.