BELGIQUE
La pai'tie des Pays-Bas, que nous appelons aujourd'hui la BelPjique, et qui, à l'époque où nous sommes, était appelée Pays-Bas espagnols, parce qu'ils appartenaient à rEsjiagne, comme ils furent appelés depuis Pays-Bas autrichiens, parce qu'ils passèrent peu après sous la domination de TAutriche (l), ont conservé fidèlement la religion catholique, et se sont toujours distingués par leur attachement à la foi de leurs pères. Il semble même que cet attachement ait été accru en eux par les progrès du protestantisme dans une contrée voisine. Tandis que les Hollandais secouaient à la fois le joug de l'Eglise et celui de l'Espagne, cette partie des Pay-Bas resta soumise à l'une et à l'autre. Un grand nombre d'établissements religieux et de fondations pieuses attestent les dispositions des habitants.
Il n'y a, dans ce pays, qu'une métropole qui est Malines. En 1701, l'archevcque était Humbert-Guillaume de Précipiano de Soye, né en Franche-Comté, et d'abord évêque de Bruges. On loue sa piété, sa vigilance sur son troupeau, sa charité pour les pauvres, son zèle pour les intérêts de l'Eglise. Il eut la douleur de voir son diocèse ravagé par une guerre opiniâtre, et troublé en même temps par de fâcheuses disputes, qu'il essaya de réprimer, Beginald Gools, évêque d'Anvers, est aussi cité avec éloge comme un prélat édifiant. Cette ville d'Anvers voyait alors s'exécuter une entreprise qui fait honneur à la religion et aux lettres. Le P. Papebroch, Jésuite, continuait la collection des Acta sanctorum^ commencée par BoUandus, de la même société. Papebroch, devenu chef de l'entreprise, mourut en 1714, après avoir publié les volumes des mois de mars, avril, mai et juin. Il était se-
(1) Les Bays-Bas appartinrent à l'Espigne jusqu'à la {i;uerre de la succession (i'l's|Kij;ne. l^ai- la p.ux (ri'd'cciit, ils fuient eédés à l'Anlriilie.
DU COMMEiNCKMKN T DU XVlll' SIKCLK. 151
condé dans son travail par le P. Baërt, bon crilique; aprrs lui, le P, de Sollier eul la direction de ce recueil avec le P. Van der Bosch. [[Celte collection, lonj^lcmps interrompue, a été reprise de nos jours, comme chacun le sait, et c'a été une grande consolaiion pour tous les amis de la religion et des lettres en particulier, de voir paraître, il y a quelques années, le volume où la vie de sainte Thérèse a été discutée avec tout le soin désirable.]]
C'est dans les Pays-Basque se formèrent, dans l'origine, des troubles qui ont tenu une grande place dans Thistoire de rÉglise, nous parlons du Jansénisme, dont nous avons plus haut présenté Thisloire. La Belgique avait, en 1701, plusieurs controversistes , qui écrivaient sur ces matières. D'un coté, Martin Sieyaërt, vicaire apostolique de Bois-le-Duc, et le P. Mayer, Jésuite, attaquaient les nouvelles doctrines par de nombreux traités. De l'autre côté, le P. Honoré de Sainte-Marie, Jean Opstraët et plusieurs autres, défendaient avec chaleur les sentiments de leurs maîtres, ou bien poursuivaient ceux de leurs adversaires. Depuis quelque temps les Pays-Bas étaient devenus l'asile de ceux de ce parti qui ne trouvaient pas en France assez de liberté. Arnauld et Nicole y avaient fait un long séjour. Quesnel y résidait depuis plus de vingt ans, et l'ascendant de son esprit, la fécondité de sa plume et l'impétuosité de son zèle empêchaient qu'on ne s'aperçût du vide qu'avaient laissé en mourant les premiers patrons de la même cause. Du fond de sa retraite, l'ex-oratorien publiait des écrits, entretenait des correspondances, dirigeait les affaires, et remplissait avec persévérance toutes les fonctions d'un chef de parti. M. de Précipiano souffrait de voir son diocèse devenu un théâtre d'intrigues et de disputes. 11 obtint des ordres pour se saisir de Quesnel, qui était caché dans le refuge de Forêt, à Bruxelles. On s'y transporta, et on l'arrêta, lui et deux compagnons de sa retraite, le P. Gerberon et Brigode, qui travaillaient sous ses ordres. Gerberon était aussi connu par de nombreux écrits dirigés vers le même but , et Brigode par son zèle
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à les rcjoandre. On les enferma tous trois. 3Iais Quesnel fut délivré bientôt après. Ses amis ont donné à entendre depuis, qu'il avait clé tiré de prison par une espèce de miracle. Ce prodige s'explique fort naturellement. Un gentilhomme flamand, nommé d'Aremberg, et un autre individu, furent les anges qui brisèrent les chaînes de cet autre Pierre. Ils percèrent le mur de rarchevêclié, et le 12 septembre 1703, Quesnel était libre. Il alla se fixer à Amsierdam, et s'y signala par de nouveaux écrits où ne brillait pas la modération. Son Motif de droit fut brûlé à Bruxelles par la main du bourreau. Il s'en vengea par d'autres brochures, et ne répondit que de cette manière aux sommations que lui fit l'archevêque de venir le satisfaire sur les griefs dont il était chargé. On n'en instruisit pas moins son procès sur les papiers qu'on avait trouvés chez lui, et qui fournirent des preuves que l'on jugea concluantes. Il fut déclaré convaincu d'opiniâtreté, de cabale, d'invectives contre les puissances, d'esprit de schisme et d'erreur. L'archevêque de Malines prononça contre lui, le 10 novembre 1704, une sentence d'excommunication , et le condamna à se retirer dans un monastère pour y faire pénitence. Ce jugement n'étonna pas beaucoup un homme aguerri de longue main contre la crainte des censures. Mais son procès est imprimé et dépose contre lui.
Gerberon et Brigode n'avaient point été délivrés comme Quesnel. Le second parut si contrit, au bout de six mois de prison, qu'on se flatta que l'aflliction l'avait changé. Il présenta une requête, dans laquelle, après avoir avoué que son principal emploi, depuis plusieurs années, avait été de veiller à l'impression et à la distribution des livres du parti, il en demandait pardon à Dieu et à l'archevêque. M. de Précipiano lui rendit donc la liberté, en ne lui imposant qu'une pénitence légère. Le personnage promit tout, n'exécuta rien, et se hâta de rejoindre Quesnel à Amsterdam, oii il se fit libraire. Pour Gerberon, ce Bénédictin devenu bourgeois de Kotcrdam, où il s'était fait
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naturaliser sous le nom d'Auguslln Kergrc, ce fabricateur fécond de satires et d'apologies, fut juridiquement examiné. Le 7 décembre 1704, on lui prononça sa sentence qui le déclarait convaincu d'avoir enseigné hautement l'hérésie, d'avoir quitté l'habit de son ordre, et d'avoir déchiré les papes et les évêques. Il fut condamné à signer le formulaire, et à se retirer dans son couvent. Il refusa de remplir la première condition jusqu'en 1710, qu'il témoigna, dit-on, beaucoup de regrets sur sa conduite passée. On lui rendit la liberté, et il ratifia sa rétractation à Saint-Germain-des-Prés. Cependant ses anciens amis ne veulent point en convenir, et prétendent qu'il persista dans ses premiers sentiments. Peut-être croientils que l'honneur de leur cause souffrirait d'un pareil changement, Quesnel ne leur a pas donné la peine de faire son apologie sur ce point. Sa constance ne se démentit jamais, et sa retraite à Amsterdam ne fut point oisive. C'est là qu'avec Petitpied et Fouilloux, fugitifs comme lui, il sut faire face à tant d'affaires, composer tant d'écrits, et se former sous ses yeux un parti dévoué à ses intérêts. Il y mourut dans un âge avancé. Nous n'avons déjà eu que trop occasion de parler de ses Réflexions morales sur le Nouveau-Testament, et des querelles que produisit ce livre fameux.
Nous ne pouvons quitter les Pays-Bas sans parler de l'université de Louvain, et des services qu'elle rendit à la religion. Elle maintint dans ce pays le goût des études et l'attachement au saint Siège. Malheureusement quelques esprits inquiets et amateurs de ces nouvelles doctrines qui avaient autrefois pris naissance au milieu d'elle, y excitèrent souvent des troubles; mais elle eut toujours à leur opposer des hommes estimables et savants. Un de ceux qui furent les plus recommandables, fut Martin Steyaërt, dont il a déjà été parlé. Ce docteur était né le 16 avril 1647, à Semergham, dans le diocèse de Gand^ il étudia à Louvain, où il fut ie premier en philosophie. L'évêque d'Ypres lui donna un cauonicat dans sa cathédrale, mais
Steyaëi't s'en démit en 1687. En 1675, il fut créé docteur à Louvain , et 2 ans après , député à Rome pour y solliciter la condamnalion de quelques proposilions de morale relâchée ; ce qui amena le décret d'Innocent Xï , du 5 mars 1679, contre soixanle-cinq propositions. La ville d'Ypres avait été prise par les Français, en 1678, et leur resia jusqu'en 1713. Steyaërl s'y trouvait encore lorsqu'on publii la déclaration du 19 mars 1682. Il empêcha le chapitre de la cathédrale d'insérer cette déclaration dans ses registres 5 et peu après, appelé à Douai par un concours à une chaire à l'université, il refusa de promettre d'enseigner les quatre articles, et aima mieux se retirer. En 1684, il retourna à Louvain , et y devint successivement professeur de théologie, doyen de la faculté et recteur de l'université. Il prit part à toutes les discussions qui eurent lieu de son temps dans l'université de Louvain et au dehors, soit sur le jansénisme, soit sur d'autres sujets. Les écrits de Steyaërt sur ces matières sont nombreux : on les trouve indiqués dans l'ouvrage du docteur Van de Velde sur l'Église des Pays-Bas (1). En 1692, Innocent XÏI nomma Steyaërt vicaire apostolique de Bois-le- Duc, ce qui ne l'empêcha pas d être élu doyen de la collégiale de Saint-Pierre, à Louvain, et recteur de l'université pour la seconde fois. Il paraît qu'on lui destinait le siège de Ruremonde, lorsqu'il mourut à Louvain, le 17 avril 1701 , au moment où il venait d'achever sa cinquante-quatrième année. Son mérite, son zèle, son savoir, le nombre de ses ouviages, lui avaient procuré une grande réputation dans l'université de Louvain. Il réfuta tour à tour Huygens, Hennebel, Arnauld, et d'autres écrivains moins connus. Ses ouvrages furent imprimés en 1703, à Louvain, en 6 vol. in-8°, et réimprimés en 1743.
Parmi ceux qui suivirent une voie différente, nous ne pouvons omettre le docteur Van- Espen , le plus savant ca-
ff) Vovcz le Synopsis monumentoriiin de Van de Velde, tome m, j). 853.
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noniste de son temps. Né à Louvain, en 16-^6, il y remplit avec beaucoup de succès une chaire de droit, et donna sur cette matière des ouvrages, dont le plus célèbre est son Jus ecclesiasliciim universuni, où les points les plus importants de la discipline ecclésiastique sont traités avec autant d'étendue que de sagacité. La collection de ses œuvres forme un dépôt curieux et estimé sous plusieurs rapports; mais sa gloire serait plus pure, si, sur la fin de sa vie, il ne s'était livré à ce même parti dont nous venons de parler. On fut alors étonné de le voir revenir sur des décisions qu'il avait portées dans des temps plus calmes, comme le prouvent les notes ajoutées par lui-même à ses premières éditions du Jus univeisuni. En général cet écrivain est peu favorable au saint Siège, et porté à exagérer le pouvoir des princes dans l'Eglise. Ces dispositions s'accrurent avec son dévouement pour la cause qu'il avait. embrassée. Il se montra toujours à la tête des réfraclaires flamands \ et sa vieillesse se consuma à écrire en leur faveur. Le 7 février 1728, une sentence du recteur de l'académie de Louvain le suspendit de ses fonctions ecclésiastiques et académiques. L'empereur et l'archevêque de Malines ordonnèrent de sévir contre lui. Il se retira en Hollande, à Amersfort, auprès de ces fougueux appelants qui fondèrent une église schismalique, et il eut le malheur de mourir dans leurs bras. Le prétendu archevêque d'Utrecht Barchman fit ses obsèques et prononça son éloge (1).
La Hollande, dont il vient d'être plusieurs fois question, n'avait pas, comme les Pays-Bas, conservé l'ancienne
(1) Le cardinal Quirini rapporte que pendant le séjour qu'il fit à Louvain, il voulut connaître en détail les disputes agitées dans cette université. HenncLcl, Opstraët, Van Espen, Uelhecque lui racontèrent les différents dans le sens du j)arti qu'ils avaient embrassé; ils rejetaient la faute des troubles sur le père Duciaut, augustin, et sur le docteur Parmentier, tous deux leurs adversaires, que Quirini n'eut point occasion de voir, et qui lui auraient présenté les faits sous un tout autre jour, mais il put conférer avec le père sévère Mejer, jésuite, qui avait été en opposition avec les docteurs précédents sur plusieurs points, entre autres sur les Congrégations Veauxiliis. Peu après le docte voyageur entra en France. Vojez son Commentaire, livre I, chap. m, ir et v.
croyance. Elle avaif renoncé à la fois à i'autorilé (ic i'Eglise et à celle de TEspagne, et pent-êlre même n'avaitcUe quitté la première qu'en haine de la seconde. Toutefois, au milieu de la défection générale, un assez grand nombre d'habitants étaient restés attachés à la religion catholique. Amsterdam surtout avait témoigné plus de répugnance à recevoir les nouveautés. Elle ne s'était rendue au ])rince d'Orange, en 1587, qu'à condition que les catholiques ne seraient point inquiétés. On le promit; mais peu de temps après on chassa les ecclésiastiques et les religieux, et l'on fit cesser tout exercice public de la religion catholique. Malgré ces mesures et tous les efforts du parti dominant, on dit qu'il y a encore plus de vingt mille catholiques à Amsterdam. Ils y ont quatorze églises. On assure également que les Provinces-Unies renferment en tout à peu près un demi-million de catholiques, gouvernés par environ quatre cents pasteurs. Il n'y avait anciennement, dans ces contrées, qu'un siège épiscopal, celui d'Utrecht, qui fut érigé en métropole en 1559, et auquel on donna cinq suffragants, Haarlem, Leuwaerde, Deventer, Groningue et Middelbourg. Mais la révolution arrivée peu après dispersa les évèques qu'on venait d'établir, et anéantit même les sièges. Celui d'Utrecht fut éteint comme les autres, et ce pays fut désormais gouverné par des vicaires apostoliques, ainsi qu'il est d'usage dans les lieux où le catholicisme est proscrit. Ces vicaires apostoliques recevaient le caractère épiscopal et un titre d'évcché in pnrtibus infidelium. Ainsi M. de Neercassel, vicaire apostolique, mort en 1686, avait eu le litre d'évèque de Castorie, et n'en avait jamais pris d'autre. Ce prélat était instruit et régulier. Malheureusement il s'était lié avec quelques hommes de parti qui l'entraînèrent dans de fausses démarches, et il prépara, peut-être malgré lui, la division qui se manifesta par la suite dans cette église. Ayant donné accès à beaucoup de jansénistes, il les laissa exercer de l'influence sur son clergé, où ils parvinrent à se faire des partisans.
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Le mal parut s'accroîu-e encore sous M. Codtlc, son successeur dans le vicarial, et titré arclievéque de Séhaste. Sur la fin du dix-sejilième siècle, on déféra au saint Siège le vicaire apostolique, comme fauteur des nouvelles opinions. Innocent XH, alors souverain Pontife, établit une congréjoalion de cardinaux pour vaquer à l'examen de cette affaire. On y résolut d'ordonner à M. Codde de venir à Rome pour se justifier. Il fil d'abord quelque difficulté d'obéir 5 mais couime il pouvait craindre qu'en cas de refus on ne nommât un autre vicaire à sa place, il se rendit et partit pour Rome.
Clément XI venait de succéder à Innocent XII. Il fit instruire cette affaire avec beaucoup de soin et de lenteur, et d'après l'avis unanime de la congrégation, il déclara le vicaire aposiolique suspens, et nomma vicaire, par intérim, M. Cock, pasteur à Leyde. Ces deux mesures déplurent également aux partisans de l'archevêque de Sébaste. Il avait des parents parmi les bourguemestres d'Amsterdam. On agit auprès d'eux, et l'on obtint un ordre des iifats, qui défendait à M. Cock de faire aucune fonction de vicaire jusqu'à ce que l'archevêque eût été rétabli. On n'imaginerait guère à quel point les amis de ce dernier triomphèrent d'un pareil ordre^, et de l'humiliation qu'ils en attendaient pour le Pape. Ils s'applaudissaient de pouvoir opposer la faveur d'un souverain proleslanl aux censures du vicaire de Jésus-Christ. Van Hussen, que l'archevêque de Séhaste avait nommé pro-vicaire en partant pour Rome, etque le Pape venait d'interdire, hésitait s'il obéirait. Qucsnel , consulté à ce sujet, répondit, dit-on, qu'on ne devait pas prendre garde à l'interdit, et que la connaissance de cette affaire appartenait aux Etats généraux. Le Pape, instruit de ces démarches téméraires, écrivit aux catholiques àes Provinces-Unies, pour les exhorter à l'obéissance, et les prémunir contre la séduction. îl leur marquait en même temps qu'il renvoyait M. Codde en Hollande, mais qu'on ne devait pas espérer de le voir rétabli dans le vicaiiat. En effet, l'archevêque était à peine
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de retour dans ce pays, qu'on apprit qu'il avait été déposé par un décret du 3 avril 1704. L'année précédente, un nouvel ordre des Etats avait banni 31. Cock à perpétuité. Quant au vicaire déposé, il continua de rester dans le pays, et décrire pour sa justification. Il s'abstint pourtant de faire aucune fonction, réserve dont il fut blâmé par quelques-uns de son parti. L'abbé Racine, dans son Histoire, trouve que c'était dans M. Codde une condescendance excessive de déférer à une prétendue sentence évidemment nulle et injuste. Ce prélat mourut le 18 décembre 1710. Les amis de la subordination et de la paix ayant empêché M. Cock de faire ses fonctions de vicaire par intérim. Clément XI chargea son nonce à Cologne, le prélat Bussi, depuis cardinal, de veiller à la mission de Hollande. Le nonce nomma donc, en 1707, pour vicaire apostolique, M. Damen , auquel il donna le titre d'évèque d'Hadrianople. Mais les opposants refuscient de le reconnaître, et les Etals lui interdirent l'entrée de leur pays. M. Damen crut devoir, pour le bien de la paix, renoncer à sa juridiction. Un nouvel effort du nonce, quelques années après, ne fut pas plus heureux. M. Bylevelt, qu'il avait nommé vicaire , fut banni et condamné à une amende. Nous verrons dans la suite les prêtres de ce parti consommer leur désobéissance. Au surplus, ce n'était que la moindre portion du clergé catholique de Hollande qui se laissait entraîner à cet esprit d'opposition. Les autres n'y prenaient aucune part (1).
(1) Le cardinal Quirini raconte que, dans son voyage en Hollande, il eut la curiosité de visiter Quesnel à Amsterdam; il trouva chez lui l'ctit-Picd et Brigode. Il fut accueilli poliment; mais il ressentit, dit-il, une profonde pitié de voir combien ils s'étaient rendus malheureux par leur entêtement à résister au\ décrets de l'Eglise romaine contre le jansénisme. Il aj)])rit cependant avec plaisir que Quesnel avait écrit à Michel Levassor, autrefois son confrère à l'Oratoire, et alors retiré en Angleterre et apostat, ])our l' engager à rentrer dans le sein de l'église. Quesnel pria même le cardinal Quirini, qui devait peu après passer en Angleterre, de rappeler à Levassor les conseils d'un ancien condisciple; et le savant Italien s'acquitta de cette commission. Il vit aussi à Leyde Van-Hussen, nommé pro-vicaire de révê([uc de Sébaste, et frappé d'inteidit par le Pape : il l'entendit se plaindre des troubles de la mission de Hollande, troubles dont cet homme
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Si l'église catholique de Hollande était agitée par ces querelles, le protestantisme y était encore livré à des troubles plus graves et à des controverses plus importantes. Il sortait fréquemment de son sein des sectes nouvelles qui se combattaient avec chaleur. Les disputes de Bayle et de Jurieu avaient divisé les esprits. Celles des Arminiens, qui avaient été si vives, subsistaient encore. Spinosa, mort depuis une vingtaine d'années, avait tenu en Hollande une école d'athéisme, et avait énoncé hardiment dans ses livres son système absurde et pernicieux. Le socinianisme avait pénétré dans ce pays, et y comptait déjà des partisans renommés (l).De ce nombre était Jean Le Clerc, érudit fameux et écrivain fécond, qui professa longtemps les belles-lettres et la philosophie à Amsterdam. 11 passa pour être l'auteur du livre intitulé : Sentiments de quelques théologiens de Hollande, touchant l'Histoire critique de V Ancien Testament, par M. Simon, où l'on s'efforce de montrer que Moïse n'est pas l'auteur du Pentaieuque, et où l'on insinue, touchant différents livres de l'Ecriture, des systèmes qui tendraient à en détruire l'inspiration. Dans d'autres ouvrages Le Clerc adopte et soutient les interprétations sociniennes, explique les miracles d'une manière naturelle, détourne à d'autres sens les prophéties qui regardent le Messie, et altère les passages qui prouvent la Trinité, et la divinité de Jésus-Christ. Il
(le parti élait une des cause». A Delft, Quirini trouya Du Vaucel qu'il avait connu h Florence, et qui avait passé plusieurs années en Italie, se cachant sous le nom de Valloni, et se remuant en faveur du jansénisme. Du Vaucel se pLiignit aussi amèrement de Rome, et de ses procédés pour la mission de Hollande; mais Quirini lui répondit qu'on ne pouvait imputer les malheurs de cette mission (|u'à l'opiniâtre résistance de (|uelques hommes. A la fin, le docte italien pria Du Vaucel de ne plus revenir sur ces discussions, mais plutôt de lui raconter la part qu'il avait eue à différentes affaires, comme aux disputes sur la Régale, sur la doctrine de Molinos, sur les cérémonies chinoises, sur le livre de Sfondrate, intitulé Nodus Prœdestinationis, et en effet il en apprit heaucoup de particularités sur ces questions qui peu d'années auparavant avaient agité les esprits.
(1) On peut voir avec quelle force Bossuet, s'appuyant sur les aveux mêmes de Jurieu, signale les progrès d'un si grand mal, dans son Sixième avertissement sur les Lettres de ^[. Jurieu, n. 4 et 5.
n'a pas plus respecté les saints Pères et la tradition (l). Philippe de Limborch, ami de Le Clerc, paraît avoir partagé ses sentiments. S'il n'avait eu que le toit de remplir ses écrits du fiel le plus amer contre les catholiques, on pourrait h tonte l'orce rejeter ce défaut sur les préjugés de sa communion ; mais il n'avait pas sur les grands principes du christianisme celle fermeté d'opinion qui prévient l'erreur, et il fut, sur plusieurs points, vacillant, indécis, ou même tont-à-fait erroné. Il était professeur de théologie, et cette chaire lui donna la facilité, ainsi qu'à Le Clerc, de semer et de propager ses idées de tolérance. Les journaux étaient encore dans leurs mains un autre moyen de les répandre. Yan Dale, médecin, n'était peut être pas étranger au même système. On dit qu'il portait assez loin la liberté de penser. Enfin, un autre écrivain, plus fameux que tous ceux que nous venons de noinmer, était Bàyle, Français d'origine, mais résidant en Hollande depuis environ vingt ans, et qui y mourut peu après le commencement du dix-huitième siècle. S'il appartient au siècle précédent par ses écrits, il appartient au suivant par l'influence qu'ils ont eue. Né de parents calvinistes, il s'était fait catholique dans sa jeunesse, retourna ensuite au protestantisme, et fut soupçonné d'a-
(l) Le cardinal Quirini, dans le voyage qu'il fit en Hollande en 1710, avant de venir en France, eut à Amsterdam de fréquents entretiens sur des matières d'ërudilioh avec Le t^ltrc. Il lui parla cle ses ouvrages et de ses controverses avec pluiicurs savants. Il lui demanda entre autics choses duquel dbS anciens tères de l'Ëglise il faisait plus de cas. Et coiiime Le Clerc lui dit qdb c'était saint Augustin, c'est donc un fuiJX Lruit qui court en Ilàlie, reprît Quirini, que sous le nom dé IMiillpon qui a mis des notes à une édition de saint .\ugustin, Le Clerc lui-même s'est caché, car saint Augustin est très-mallraité dans ces notes. Le Clerc lui avoua qu'il avait éciil ces notes, non par mépris pour le saint Evèque et pour sa doctrine, mais parce qu'il lui paraissait injuste (jue les magistrats hollandais se jjrévalussent de l'autorité de l'illustre docteur pour obliger à se soumettre au.v décrets du Syhade de iDot-drecht, comme si ceux qiii avaient secoué le joug de Rome pouvaient être forcés d'en subir un autre. Le religieux italien ne dissimula ])as h Le Clerc qu'il ne ])OUvait approuver ses commentaires siir le Pentaleu(|ue, <-t (pi'il les avait souvent comljiiUu'; d.ins les leçons qu'il donnait sur ri-criturc-Saiutc.
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voir fini pat' n'être pas plus attaché aux dogmes de sa cdmiiilinion qu'à ceux de l'église romaine. Il lut lié avec les j)!us célèbres déistes anglais de ce temps-là, et ses écrits, répandus dans leur île, contribuèrent à y fortifier cette pente à l'irréligion qui s'y manifestait déjà. Shaftesbury puisa datis ses leçons rindilTérence totale en fait de religion qui faisait son système. Nos philosophes français l'ont regardé comme un de leurs plus dignes devanciers, et l'ont vanté comme le premier des critiques. Bayle avait en effet beaucoup d'esprit et d'érudition, une iriiaginalion heureuse, une inémoire immense 5 mais il a déparé ses talents par l'usage qu'il en a fait; et à tout prendre, ses écrits verbeux, indigésles et diffus, plairaient beaucoup moins sans la licence et le ton satirique dont il les assaisonne. Ou est fatigué de ces digressions interminables qui détournent l'attention de l'objet priucipal. On est rebuté d'un étalage d'érudition qui vient souvetit mal a propos. Ces ouvrages eurent néanmoins de la vogue dans l'origine. Le scepticisme de l'auteur séduisit des gens qui clièrchaient des n)otifs pour douter, et ses sophismes en imposèrent à ceux qui ne démandaient qu'à s'étouMir. Ses productions devinrent l'arsenal de l'incrédulité. Si elles ne sont guère lues aujourd'hui, elles ont du moins la gloire d'avoir beaucoup servi aux premiers écrivains qui se sont élevés contre la religion. Bayle peut se vanter d'avbir donné, sur ce point, le ton à son siècle, et d'avoir servi de guide à ceux qui se sont constitués, dans la suite, eh STuerre ouverte contre le chrisiianisriie. Son influence s'est surtout fait sentir en Hollande, où le mélange de toutes les sectes donnait aux partisans du socinianisme et à ceux de l'infcrédulité, de nouvelles facilités pour propager leurs principes.