SUISSE
Les réformateurs du seizième siècle avaient eu une graniJe influence dans les canlons suisses^ l'amour de la liberté fut étendu jusqu'à la licence la plus exlrême en ce qui concerne la religion. Un peuple bon, mais peu instruit, jaloux de ses droits, facile à s'enflammer, était disposé à recevoir des impressions funestes et à regarder l'autorité de l'Eglise comme un joug qu'il lui était permis de secouer aussi.
Les novateurs avaient habilement profité de cette disposition des esprits; et il était ainsi arrivé que la Suisse était partagée entre l'ancienne religion et celle qu'on venait d'établir.
[[ Parmi les treize cantons proprement dits qu'on comptait alors en Suisse, sept étaient restés constamment attachés à la foi romaine -, c'étaient ceux de Fribourg, Soleure, Lucerne, Uri, Underwal, Schwitz et Zug-, dans les trois premiers dominait un gouvernement aristocratique, et la démocratie dans les quatre autres. Les cantons de Bàle, Berne, Zurich et Schaflbuse, étaient protestants, et généralement plus puissants. Les cantons de Glaris et d'Appenzell étaient de religion mêlée.
A ces cantons se joignaient d'abord les pays qu'on appelait les sujets des Suisses : savoir la Turgovie, au nord, et au sud, les bailliages italiens, qui forment aujourd'hui le canton du Tessin 5 ces pays étaient gouvernés en commun par les huit cantons primitifs de la confédération; puis les alliés des Suisses; le Valais et le domaine de l'abbave de Saint-Gall, la république de Genève et les trois ligues des Grisons. Le protestantisme dominait dans ces dernières régions. ]]
On ne pouvait donc voyager en Suisse sans trouver à chaque pas le passage d'un culte à un autre. Cette circonstance devait rendre les Suisses tolérants : mais, au contraire, les pays protestants, par cela même qu'ils
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étaient enrichis des dépouilles de l'Église, étaient toujours ardents pour exclure Texercice de la religion catholique. Le résident de Venise à Genève, ayant reçu dans sa chapelle quelques habitants catholiques, le peuple s'anima tellement que le résident fut obligé de renvoyer son chapelain. Ces rigueurs s étendaient même souvent aux cultes dissidents. Eiî 1711, le gouvernement de Berne ordonna aux Anabaptistes de sortir du canton, et leur interdit d'y rentrer, sous peine de prison perpétuelle : cinq cents de ces sectaires partirent pour la Hollande.
Les cantons catholiques regardaient comme une loi fondamentale V alliance d'or on alliance Borromée, préparée par les soins de saint Charles Borromée, et conclue en 15SG, dans le but d'assurer la conservation de leur foi. Le nonce du Pape résidait à Lucerne ; sa juridiction s'étendait sur les trois diocèses de la Suisse et sur les monastères immédiatement soumis au Saint-Siège. Tous les appels des causes ecclésiastiques et matrimoniales étaient portées à son tribunal.
La Suisse était partagée en cinq diocèses, Constance, Coiie, Sion, Bùle et Lausanne. La ville de Constance est en Allemagne, près des frontières de la Suisse; mais l'évêché embrassait la Suisse orientale jusqu'à l'Aoste. Coire comprenait presque tout le pays des Grisons, alliés des Suisses, et une partie des cantons d'Uri et de Glaris. L'évêque de Coire était prince de l'empire. 11 résidait à Coire ain:i que son chapitre; il était, ainsi que Constance, suffraganl de Mayence. L'évêque de Sion, aussi prince de l'empire romain, préfet et comte du Valais, était, à quelques égards, chef de cette république, qui formait la partie catholique de son diocèse. Il présidait l'assemblée des députés et chosissait le grand bailly, le premier magistrat de la république. Il avait le droit de battre monnaie. En 1748, l'évêque de Sion établit un séminaire diocésain dans une ancienne chartreuse, piès sa ville épiscopale. L'évêque titulaire de Bàle, prince et membre de l'empire, résidait à Porentrui, qui était du diocèse de Besançon.
Il avait, depuis la réforme, assez peu de cailioliques dans son diocèse. Il était souverain de Porentrui et d'un petit État dont la milice pouvait être portée à 11,000 hommes. La plus grande partie de ses sujets étaient catholiques, mais ils n'étaient pas tous ses diocésains. Bienne, le val Saint-lmiot, la Neuveville, la montagne de Diesse, le Munstershall , appartenaient à l'évêque, mais jouissaient de grands privilèges. Ces petits pays étaient censés compris dans l'article du traité de AVeslphalie , par lequel l'indépendance de la nation suisse fut reconnue. L'évéquc de Bàle jouissait de forts revenus. En 1712, il renouvela l'alliance avec les cantons catholiques 5 en 1715, il fut compris dans l'alliance conclue avec la France par les mêmes cantons. En 1739, les sujets du prince-évéque se révoltèrent 5 il ne fut pas secouru par les cantons ses alliés, qui craignirent de se mettre à dos les Bernois. Ainsi le prélat conclut, le 1 1 septembre 1739, une alliance défensive avec la France, dont les troupes comprimèrent , en 1741, le mouvement de Porentrui, L'évêque titulaire de Lausanne résidait à Fribourg, depuis que les Bernois s'étaient emparés du pays de Vaud dans le seizième siècle, et y avaient proscrit tout exercice de la religion catholique. Ils s'étaient emparés des biens de l'évêque qui est pauvre, et n'a de fait ni cathédrale ni chapitre. Il est nommé par le Pape et continue à s'intituler évéque et comte de Lausanne, prince du saint Empire romain. Il était sufFragant de Besançon. Son diocèse s'étend sur,une partie de la Suisse occidentale , et comprenait autrefois dt's, paroisses de Franche-Comté. C'est pour cela que les évoques de Lausanne avaient un grand-vicaire à Besançon. Comme ils n'avaient pas de séminaire dans leur diocèse, les étudiants 3n théologie avaient coutume d'aller dans les séminaires de Paris, d'Avignon, ou même à Borne.
L'évêque de Genève, comme celui de Lausanne, avait été expulsé de son siège par les protestants et s'était retiré à Annecy, en Savoie; La partie de son diocèse située en Suisse n'était plus habitée que par des protestants.
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L'nrchevc'C|ne de Besancon, qui élail uiélropoliiain de Bâle et de Lausanne, avait juridiction sur quelques paroisses de la principauté de Bàle. Le diocèse de Corne s'étendait sur la Yaltcline et d'autres dépendances des Grisons.
Les couvents étaient nombreux dans la Suisse catholique, et plusieurs étaient riches. Les abbayes les plus célèbres étaient celles de Saint-Gall , Engclberg, Einsilden, Mûri, Dissentis chez les Grisons, etc. Saint-Gall était l'abbaye la plus puissante de la chrétienté. L'abbé était prince de l'empire, allié des cantons et souverain d'un petit État situé entre la ïurgovie, le lac de Constance et le canton d'Appenzell. Il battait monnaie et pouvait lever 12;,000 hommes de troupes. Einsilden, ou Notie- Dame-des-Ermites, est encore un pèlerinage très-f'réquenlé.
Plusieurs Suisses se sont fait un nom par leur mérite et leurs ouvrages. Parmi les catholiques, Placide de Zurlaubcn, abbé de Mûri, mort en 1723, est moins célèbre encore par sa naissance que par son zèle, par ses livres de piété, et par les services qu'il rendit à son abbaye, dont il peut être regardé comme le second fondateur. îl était estimé de l'empereur Léopold. Parmi les prolestants, Jean-Pierre de Crouzas, de Lausanne, qui était lié avec tons les gens de lettres français, est auteur d'un grand nombre d'écrits de métaphysique, de critique et de morale. Il était zélé défenseur des principes généraux du christianisme. Hottinger, de Zurich, a laissé plus de cinquante ouvrages de théologie et de controverse. Iselin, de Bàle, était théologien, prédicateur et savant estimé par les siens. Benoît Pictet, pasteur à Genève, sa patrie, a aussi écrit sur la théologie, 1 a controverse et la morale. Jean-Alphonse Turretin, mort en 1737, professeur d'histoire ecclésiastique à Genève, jouissait d'une grande réputation. 11 contribua, en 1706, à faire abolir à Genève la signature du Consensus.
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