‹ Mémoires pour servir à l'histoire ecclésiastique pendant le dix-huitième siècle (volume 3)Chapitre 41 sur 54 · MISSIONS DE L'AMÉRIQUE DU SUD · texte numérisé non relu

MISSIONS DE L'AMÉRIQUE DU SUD

Le nom du Paraguay nous rappelle les merveilles opérées dans ce pays par les missionnaires de la société ; et quand elle n'aurait opéré que ce seul bien depuis sa créalion, c'en serait assez pour lui mériter les remercîments de l'humanité et de la religion. C'est par un prodige de patience, d'adresse et de vertu qu'elle parvint à porter dans le Nouveau-Monde, avec les bienfaits de la civilisation, la connaissance et la pratique du christianisme.

La fondation des missions du Paraguay date de 1610. Deux Jésuites, les PP. Calaldino et Maceta formèrent cette année-là la première des Réductiojis chez les Guaranis, peuplades de l'Amérique méridionale. Cette Réduction, car c'est ainsi qu'on appela ces sortes d'établissements, fut bientôt suivie de trois autres. Les rois d'Espagne favorisèrent une entreprise qui n'était pas moins à leur avantage qu'à celui de la religion. Les Indiens des Réductions se soumirent à eux, leur payèrent un tribut d'un écu par tête pour chaque homme en état de porter les armes, et devinrent du côté du Brésil la plus sûre barrière des possessions espagnoles. Chaque Réduction a deux Jésuites, l'un plus âgé, qui est le pasteur principal, l'autre plus jeune, qui se forme sous le premier aux mêmes fonctions. Tous deux sont chargés de pres(|ue tout le détail des affaires ; ce qu'ils doivent autant à l'ascendant de leurs vertus qu'à celui de leurs connaissances. Ce n'est pas une preuve médiocre de leur habileté et de leur zèle, d'avoir réuni des peuples épars, d'avoir civilisé des sauvages, de les avoir fait consentir à se soumettre à l'autorité, d'avoir adouci leurs mœurs, corrigé leurs vices, et

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d'avoir ouvert leurs yeux à la hunière de rEvangile. Quand on voit l'ordre établi dans ces Réductions^ la paix et lunion qui y régnent, la vie douce et tranquille qu'y mènent les Indiens, les travaux utiles auxquels on les applique, toutes les précautions qu'on prend pour y entretenir l'aisance, le calme et la gaieté, et quand l'on compare cet état heureux avec celui où vivaient ces peuples autrefois errants et toujours en guerre, on ne peut qu'admirer un changement si étonnant. Mais lorsqu'à ces avantages se joignent ceux de la religion, et que l'on voit ces peuples plongés naguère dans les ténèbres de l'idolâtrie s'élever à la pratique des plus belles vertus du christianisme, on ne peut que bénir les auteurs d'une œuvre qui est le triomphe de la charité. Nous savons que l'envie a jelé son venin sur cette institution respectable. On a accusé les Jésuites de ne l'avoir établie que par ambition et par cupidité, et d'avoir cherché à se rendre indépendants dans ces contrées lointaines. Les premiers auteurs de cette imputation furent des Espagnols avides, qui, gênés par les Jésuites dans leur projet de tyranniser et de dépouiller les Indiens^ et se montrant insensibles au spectacle touchant de ces Réductions paisibles, cherchèrent à faire croire que ces religieux ne s'occupaient que d'intérêts temporels. Ils auraient voulu qu'on leur abandonnât les Indiens comme des esclaves, et ne trouvant point apparemment dans leurs cœurs le germe des vertus qui animaient les membres de la société, ils prétendirent que l'avarice ou l'amour de l'indépendance étaient leurs seuls motifs. Mais des avares ou des ambitieux n'eussent point réussi dans cette œuvre étonnante. Ils eussent bientôt trahi leur but et soulevé les Indiens par leurs vexations. C'est par une conduite mêlée de douceur et de fermeté, mais toujours dictée par l'esprit de désintéressement et de religion, c'est par là seul qu'ils pouvaient se concilier ces peuples. Quelle cupidité mal entendue les aurait portés à gouverner des hommes simples, pauvres, qui ne vivaient que de leur travail, et qui ne recueillaient que ce qui

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leur était nécessaire! Il est impossible que des effets si admirables proviennent d'un motif vicieux, et la religion seule a pu dicter ce projet sublime, comme seule elle a pu l'exécuter. Muratori a donc eu raison de donner le titre de Christianisme lieureux à la description qu'il a faite de ces établissements, et Montesquieu, et Buffon et Haller, n'ont fait que rendre hommage à la vérité lorsqu'ils ont comblé d'éloges les hommes étonnants qui, par les seules armes de la persuasion, ont su opérer de si grandes choses.

La religion catholique est la seule qu'on professe dans le Brésil comme dans les possessions espagnoles, et les établissements ecclésiastiques y sont sur le même pied. Il y a un siège métropolitain à San-Salvador et trois évêchés suffragants. Leur nombre a même été augmenté depuis.

Il y avait dans l'intérieur des terres plusieurs missions plus ou moins importantes. Les Jésuites avaient pénétré sur les rives du fleuve des Amazones, et dans les contrées les plus reculées et les moins accessibles. Ils arrosèrent de leurs sueurs et teignirent quelquefois de leur sang des pays dont nous savons à peine les noms. En 1684, dom Fedro Ortiz, missionnaire zélé, d'une famille noble de Biscaye, fut mis à mort dans le pays appelé Chaco, avec le père Antoine Solinas, Jésuite. Nous aurons occasion, par la suite, de nommer d'autres généreux missionnaires qui perdirent la vie à différentes époques en remplissant les fonctions de leur laborieux ministère. Tantôt accueillis chez un peuple, tantôt rebutés chez un autre, ils allaient, comme les apôtres, de pays en pays^ sans autre appui que la Providence, sans autre force que la charité qui les animait. Le vaste continent de l'Amérique méridionale fut traversé dans tous les sens par ces hommes intrépides, et le flambeau de la foi fut promené ainsi dans ces régions, où des superstitions absurdes avaient établi leur empire. Il est impossible de tracer un aperçu exact de ces courses apostoliques et de ces travaux généreux. La plupart de ces

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ministres de la religion n'ont point laissé de relation de ce qu'ils avaient fait. Ils n'agissaient que pour le ciel ; ce n'est que du ciel aussi qu'ils en ont obtenu la récompense.

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