MISSIONS DE L'AMÉRIQUE DU NORD
Tandis que l'Afrique , où la religion était autrefois dans un état si brillant, a perdu ce don précieux , l'Amérique, qui ne l'avait pas connu dans les temps anciens , l'a reçu à des époques récentes. La foi y avait été successivement introduite par de vertueux missionnaires qui s'étaient efforcés de faire oublier, par leurs bienfaits , les cruautés et les ravages de leurs compatriotes. Au lieu de faire la guerre aux Indiens, ils s'étaient présentés chez eux avec un langage de paix, et avaient cherché à adoucir leurs mœurs et à régler leur conduite.
En commençant par le nord , nous trouvons d'abord le Canada, qui avait été peuplé plus récemment, mais qui a droit de nous intéresser doublement , comme chrétiens et comme français. Ce ne fut guère que sous Louis XIII que ce pays commença à exciter l'attention , et il est remarquable que ce fut la piété plutôt que la politique qui dirigea le premier projet de cette colonie. Ce fut, pendant plusieurs années , une noble émulation à qui concourrait plus puissamment aux progrès du christianisme dans cette partie du Nouveau-Monde. Tout ce qu'il y avait de plus distingué à la cour, des princesses, la reine même, entrèrent dans ces vues religieuses.
Plusieurs missionnaires partirent pour aller prêcher les sauvages. Le commandeur de Sillery, dont le nom se trouve , dans ce temps-là , à la tête de toutes les bonnes œuvres , fit bâtir à ses frais , à peu de distance de Québec, un village qu'il destinait aux Indiens convertis, et qui
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porle encore son nom. La duchesse d'Aiguillon voulut être la fondatrice de THôtel-Dieu de Québec, et elle y envoya des religieuses hospitalières de Dieppe. Une jeune veuve d'Alençon , madame de la Peltrie , se chargea de fonder une maison d'Ursulines, qui devait avoir soin de l'instruction des filles. Elle y consacra sa fortune. Une association de plusieurs personnes pieuses de la capitale entreprit de faire en grand à Mont-Réal ce qu'on avait fait en petit à Sillery, d'y rassembler les sauvages qui voudraient se faire chrétiens, et de les civiliser. On y envoya des colons, dont la douceur et la piété attirèrent les sauvages, et l'île se peupla. La conversion d'un chef algonquin contribua beaucoup au succès de cet établissement. On y fonda un séminaire et un hôpital ; et les Sulpiciens n'ont cessé d'y exercer leur zèle.
Cependant les Jésuites se répandaient chez les sauvages. Ils prêchèrent tour à tour chez les Hurons , chez les Iro quois , chez les Algonquins et chez d'auîres tribus indiennes. Ils s'étendirent même au loin , et fondèrent des missions au détroit, à Michillimakinak , et dans d'autres lieux sur les bords des grands lacs. Ils cimentèrent quelquefois de leur sang leurs travaux apostoliques. Les pères Jogues, de Brébeuf, Lallemant, perdirent la vie par les mains de ceux auxquels ils apportaient le salut et la paix.
Ce zèle se communiqua à d'autres ccclé^siastiques français. Des hommes d'un nom distinsué renoncèrent aux espérances que leur naissance pouvait leur donner, pour se consacrer aux missions. Tels furent les abbés de Laval, d'Urfé, de Quaylus , de Lionne, de Fénelon , de Cicé , etc. Le premier fut fait vicaire apostolique du Canada , sous le titre d'évêque de Pélrée. Les autres furent établis dans les villes naissantes du pays. On érigea des cures, et on obtint du Saint-Siège l'éreclion d'un siège épiscopal à Québec. Le premier évêque fut ce même abbé de Laval , qui , depuis plusieurs années , gouvernait cette mission , et qui , par ses travaux et par ^es vertus, était digne d'un poste où le zèle, et non l'ambi-
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lion, avait de quoi se satisfaire. On bâtit l'église cathédrale, révcchc , le séminaire, l'Holel-Dicu , le collège des Jésuites, le couvent des Récolets et celui des Ursulines. On faisait de semblables établissements à Mont-Réal. En 1690, on construisit, dans la ville basse à Québec, une nouvelle église en mémoire de la délivrance de cette ville, menacée par les Anglais. Des paroisses furent formées aux Trois-Rivières , à lile d'Orléans et dans plusieurs autres endroits, et le clergé fut mis sur un pied
stable et résulier.
Les ecclésiastiques séculiers se chargèrent spécialement des colons français, tandis que les Jésuites allaient prê^ cher chez les sauvages. L'évcque de Québec donnait à tous l'exemple d'une vie laborieuse. Il visitait son diocèse, marchant à pied comme un simple missionnaire , instruisant son troupeau, établissant des pasteurs, et pourvoyant à tous les besoins de la colonie. On croyait voir en lui un évéque des premiers temps, ramenant les païens par l'ardeur de son zèle et par l'excellence de ses vertus. Accablé de bonne heure d'infirmités, suite de ses travaux, 31. de Laval donna sa démission en 1685, et se retira en France, où il mourut, en 1708, dans, un âge très-avancé. Son successeur se montra digne d'occuper la place d'un prélat si respectable. Ce fut M. Jean-Baptiste la Croix-Chévrières de Saint- Vallier, dont le Canada ne doit jamais oublier les bienfaits. 11 fonda, en 1693, l'hôpital général de Québec, dont il acheta le terrain, et fit élever les bâtiments. 11 dépensa cent mille écus pour cet établissement, et il y faisait sa résidence, ayant loué au profit des pauvres le palais épiscopal qu'il avait aussi bâti. Il ne dédaignait pas de servir d'aumonier à l'hôpital et aux religieuses. Il fonda également un hôpital aux Trois-Rivières, et il y établit quarante Ursulines, qui étaient aussi chargées de l'instruction des filles. Ce charitable pasteur fut longtemps séparé de son troupeau , ayant été pris par les Anglais dans la guerre de la succession , lorsqu'il retournait de France à Québec avec plusieurs ecclésiastiques
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qu'il avait engagés à le suivre. Il resta huit ans prisonnier en Angleterre, et ne fut relâché qu'en 1713. Il retourna dans son diocèse, et mourut à Québec en 1727.
Dans les premiers temps de l'établissement du christianisme dans cette contrée , on y vit des exemples éclatants de piété et de ferveur, des apôtres infatigables, des martyrs de la foi , des néophytes généreux, des vierges fidèles. Il a été publié, à cet égard, des relations intéressantes. On a donné la vie de quelques confesseurs et de quelques femmes chrétiennes qui se distinguèrent par une plus éminente sainteté 5 une dame Martin, de Tours, qui se fit Ursuline, et mourut à Québec en odeur de sainteté 5 une autre religieuse, née en Normandie; une fille iroquolse, nommée Catherine Tegahkouita;, que les Lettres édifiantes peignent comme un ange sur la terre. Ces mêmes lettres entrent dans des détails circonstanciés sur les missions des Jésuites chez les sauvages , et on y admire plus d'une fois des prodiges de la grâce.
Les Français avaient aussi établi la religion catholique dans l'Acadie , dans l'île Royale et dans l'île Saint-Jean. Mais ces établissements ne furent jamais très-florissants. Il y avait cependant un assez bon nombre de catholiques en Acadie, et ce pays, qui fut cédé aux Anglais en 1713, a continué d'être dirigé au spirituel par des ecclésiastiques qu'y envoyait l'évêque de Québec. Les deux îles qui sont tombées successivement au pouvoir des Anglais , ont aussi continué d'avoir quelques prêtres catholiques pour les habitants d'origine française , qui sont restés attachés à leur religion.
Il y avait peu de catholiques dans les possessions anglaises; cependant le Maryland en renfermait un certain nombre qui étaient venus dans ce pays avec lord Baltimore , et qui étaient soignés par des Jésuites anglais. Nous les verrons se multiplier beaucoup à la fin du siècle. André White, Jésuite^ fut, en 1607, le premier missionnaire envoyé dans ce pays, où il resta dix ans ; puis il fut inquiété par les protestants, et envoyé prisonnier en Angle-
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terre, avec deux autres missionnaires du même ordre qui souffrirent beaucoup pendant leur captivité à Londres. A la fin il fut banni. Il demanda à retourner dans le Maryland , et ne put l'obtenir de ses supérieurs. Il rentra en Angleterre , et y mourut au bout de dix ans, le 27 septembre 1655, à près de quatre-vingts ans. Il avait converti un prince indien, et composé un catéchisme et quelques autres écrits dans cette langue. C'était un parfait missionnaire, humble, patient et zélé.
La Louisiane, qui avait été découverte récemment, n'avait pas encore d'établissement bien considérable, les fondements de la Nouvelle-Orléans n'ayant été jetés que vers 1717. Mais déjà il y avait des missionnaires qui avalent porté l'Evangile dans les tribus indiennes, et qui avaient réussi à convertir plusieurs sauvages. Par la suite la Nouvelle-Orléans eut des établissements ecclésiastiques stables. Les Capucins et les Jésuites y avalent une maison. Plus tard les Espagnols, devenus maîtres de cette ville, y établirent un siège éplscopal. Les Jésuites avaient une mission assez florissante chez les Natchez^ elle fut depuis détruite dans une révolte de ce peuple, qui massacra tous les Français.
Les possessions espagnoles du continent jouissaient depuis longtemps de l'exercice plein et entier de la religion, et tout y était, à cet égard, sur le même pied qu'en Europe. On y avait érigé des évêchés. Dans le Mexique, l'archevêché de Mexico avait neuf sièges suffragants. L'archevêché de Lima, au Pérou, en avait huit. Celui de Sanla-Fé, dans le nouveau royaume de Grenade, en avait trois, et celui de la Plata cinq. Le clergé de ces pays est fort riche, les églises y sont très-ornées et les couvents bien dotés. Le Pérou a donné à l'Eglise plusieurs grands exemples de sainteté. Un archevêque de Lima, des missionnaires et des religieuses du même pays ont obtenu les honneurs de la canonisation. Outre les pays occupés par les Espagnols, il y a des missions établies chez les peuples indigènes qui subsistent encore. Il y en a en Californie,
OÙ les Jésuites ont réussi à convertir des peuplades entières, où ils les ont civilisées, et où ils les ont réunies dans des villages dont ils sont les pasteurs et les chefs. Les côtes de la Californie sont couvertes de ces établissements assez semblables aux Réductions du Paraguay.