CONCLUSION
Ces détails sufïîsent pour faire voir combien la religion catholique était répandue au commencement du dix-huitième siècle. Dominante dans quelques pays, mêlée dans d'autres avec les secles sorties de son sein, proscrite en
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plusieurs contrées, elle avait néanmoins partout des partisans fidèles. Elle s'était conservée même au milieu des peuples livrés h l'erreur, et elle avait pénétré jusque dans les régions encore couvertes des ténèbres de l'idolâtrie et du mahométisme. Elle avait conquis plus de la moitié de l'Amérique : elle comptait des milliers de chrétiens en Chine, et elle s'étendait chaque jour dans ce vaste empire. Ainsi l'Eglise avait toujours pour signe distinctif cette fécondité que son auteur lui a promise, et qu'elle conservera jusqu'à l'époque marquée dans ses décrets pour la consommation des temps.
A L'HISTOIRE ECCLÉSIASTIOUE
PENDANT LE DIX-HUITIÈiME SIÈCLE.
ijE 30 mars, Ordonnance de M. de Nesmond, évèque de Baveux, contre un livre qui venait de paraître dans son diocèse. Ce livre était de Cailly, curé à Caen, à qui son attachement au cartésianisme avait déjà causé quelques traverses. Il s'occupait beaucoup de la conversion des protestants, faisait pour eux des conférences, et cherchait à dissiper leurs préventions. II crut y réussir en renouvelant avec quelques modifications le système du célèbre Durand, qui avait dit, avant le concile de Trente, que, si jamais l'Eglise décidait qu'il y a transsubstantiation dans le mystère de l'Eucharistie, il fallait qu'il restât quelque chose de ce qui était auparavant le pain, pour distinguer la transsubstantiation d'avec la création ou la production d'une chose qui n'était pas, et l'annihilation ou la destruction d'une chose. Il se préoccupa de cette idée, et fit làdessus un livrequ'il intitula : Durand coTiwienîé ,ùu Accord de la phUosophie a^ec la théologie touchant la transsubstantiation. Il l'envoya au protestant Basnage, alors retiré en Hollande, et chargea un imprimeur de Caen d'en imprimer soixante exemplaires, qu'il se proposait d'envoyer à plusieurs hommes capables et éclairés, afin qu'ils jugeassent si l'ouvrage méritait d'être répandu. L'impri-
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meur le fit tirer à huit cents exemplaires, en promettant à Tauteur l'approbation de quelques docteurs en théologie, et en attendant il publia le livre, qui excita des réclamations. On blâma cette métaphysique subtile, qui soumettait à ses règles les mystères eux-mêmes, et qui niait, dans un dogme, ce que l'Eglise avait défini, sous prétexte que cette distinction ne s'accordait pas avec des distinctions sophistiques ou avec les arguties de l'école. On remarqua que l'espérance de gagner par là les protestants, était vaine et illusoire, et qu'il était bien plus à craindre qu'ils ne triomphassent d'une doctrine où on se rapprochait d'eux bien plus qu'on ne les rapprochait de nous. M. de Nesmond, évêque de Bayeux, prélat zélé pour ses devoirs, donna donc, le 30 mars 1701, une Instruction pastorale par laquelle il condamnait dix-sept propositions extraites du Durand commenté. Cailly, qui paraît n'avoir eu que de bonnes intentions, adhéra à ce jugement, et rétracta son livre le 21 avril suivant. Il voulut même lire l'Instruction à son prone, quoique l'évêque l'en eût dispensé, et il eut soin de dire à ses paroissiens qu'il était l'auteur du livre et qu'il le rétractait. Celte simplicité et cette humilité font honneur à son caractère et à sa religion. On ajoute qu'il supprima, autant qu'il le put, les exemplaires de son ouvrage ; et il ne fut plus question de celte affaire, qui avait fail d'abord quelque bruit, et qui, avec un auteur plus entêté, eût pu avoir des suites désagréables pour lui, ou même fâcheuses pour la paix de l'Eglise.
■ — Le 10 avril, sentekce de l'official de dijon au sujet d'un prêtke accusé de quiétisme. On avait beaucoup parlé de quiétisme, en France, les années précédentes. La condamnation du livre de Fénelon était récente. Les ouvrages de Molinos, de M""' Guyon, de Malaval, avaient essuyé successivement des censures. Dernièrement la Bourgogne avait été témoin des égarements d'un prêtre, nommé Robert, qui professait ouvertement la doctrine de Molinos, séduisait par de feintes visions l'esprit de quelques femmes, et s'en servait pour corrompre ensuite leur cœur.
Les deux puissances s'étaient réunies pour le frapper, et il prit la fuite. On impliqua dans cette affaire un autre prêtre, qui paraît y avoir été fort étranger. C'est celui qui fait le sujet de cet article. Il s'appelait Quillot, était attaché à une des paroisses de Dijon, et jouissait de la conliance d'un grand nombre de personnes. 11 avait de la piété, mais on savait qu'il avait été attaché à M""* Guyon. Il avait reçu chez lui^ en 1686, cette dame et le père Lacombe, et il avait répandu des ouvrages de la première. Ce furent apparemment ces motifs qui engagèrent à le comprendre dans une sentence de l'official de Dijon, en 1700, contre les adhérents et les sectateurs du prêtre Robert. Cette sentence condamnait l'abbé Quillot à rester trois ans dans un monastère, à ne plus confesser, et à faire des prières et des aumônes. Il réclama contre ce jugement, publia des mémoires, et allégua que s'il avait été trompé dans l'origine par les apparences de piété de plusieurs faux mystiques, il n'en avait jamais adopté les erreurs pernicieuses, et n'en avait pas enseigné les maximes même les moins criminelles, depuis la condamnation qui en avait été portée par le Saint-Siège et par l'église gallicane. Il sollicita donc la révision du procès, et en effet l'official rendit une nouvelle sentence qui le renvoyait à pur et à plein de l'accusation formée contre lui. Il reprit ses fonctions. Mais peu après il parut dans Dijon un écrit anonyme, qui, sous le titre d'Histoire du Quillotisme , donnait une relation infidèle de cette affaire, et tendait à faire passer Quillot comme un chef de secte. M. de Clermont- Tonnerre, évêque de Langres (il n'y avait pas encore d'évêque à Dijon), condamna cet écrit comme blessant également la vérité des faits par les calomnies qu'on y débitait, et la pureté des mœurs par la nature des détails où l'on y entrait. Il paraît en eff^et qu'il régnait dans ce libelle beaucoup de partialité et de licence. Le parlement de Dijon le condamna au feu, et après cet orage passager, l'abbé Quillot recouvra l'estime et la confiance qu'on avait voulu lui faire perdre.
— Le 16 septembre, mobt de Jacques II, noi d'Angleterre. Nous avons dit, dans l'Inlroduction, que ce prince, chassé du trône par l'invasion du prince d'Orange et par la trahison de ses sujets, s'était retiré en France, où Louis XIV lui avait donné un asile. Il faisait sa résidence au château de Sainl-Gcrmain-en-Layeavec plusieurs Anglais et Irlandais qui lui étaient demeurés fidèles. Depuis le dernier efTort qu'il avait tenté en 1690 pour le maintien de ses droits, il avait renoncé à toutes les idées de grandeur humaine, et ne s'était plus occupé que des vérités éternelles. La retraite, la prière, des lectures pieuses remplissaient tous ses moments. II ne parlait qu'avec douleur des désordres de sa jeunesse, et qu'avec calme et résignation de sa disgrâce et des menées de ses ennemis. Il visitait une fois par an le monastère de la Trappe pour s'y renouveler dans la ferveur. Son corps fut enterré dans i'église des Bénédictins anglais de la rue Saint-Jacques, à Paris. Louis XIV fit trois visites au prince mourant, et lui promit de reconnaître le prince de Galles, son fils, pour héritier de ses droits. En effet, dès que Jacques fut mort, Louis salua le prince de Galles comme roi. Il écrivit en même temps à Guillaume, que ce titre ne changeait rien au dernier traité, et que son intention avait été seulement d'assurer au fils de Jacques un étal digne de son rang. Quelque })lausible que fût cette explication, Guillaume, qui méditait depuis quelque temps la guerre, se servit de cel incident pour animer le peuple anglais, et il fut bien secondé par l'antipathie décidée de la nation pour les catholiques.
Le dix-huitième siècle s'ouvrit par une grande injustice. Le 23 mars 1701, le parlement d'Angleterre rendit un acte fameux qui exclut à jamais le fils de Jacques II de la succession au frone. Mais comme les deux filles de Jacques n'avaient point d'enfant, il fallut chercher dans les descendants des Sluarts par les femmes, une branche qui eût des droits, quoique éloignés, à la succession. Plusieurs familles avaient, à cet égard, des prétentions, la maison
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d'Orléans, celle de Savoie, elc. Mais elles étaient catholiques, et celte seule qualité sullit pour les exclure. Eu remontant jusqu'à Jacques I", on trouva que sa fille Elisabeth, qui avait éjîousé l'électeur Palatin, en avait eu entre autres une princesse nommée Sophie, qui vivait encore, et qui avait été mariée à un duc de Brunswick- Hanover. Ce fut cette dernière et ses héritiers qui furent appelés à la succession après Guillaume et Anne. On calcula qu'il y avait en Europe quarante-cinq personnes qui avaient plus de droits qu'elle au trône de la grande-Bretagne. Mais elle était protestante, et quoiqu'elle ne fût pas de la communion anglicane, on s'assura apparemment que son fils et elle ne feraient aucune dillicidlé de s'unir à l'église établie; et en effet, le prince luthérien se trouva anglican sans ditliculté. Il n'était pas assez attaché à sa foi pour faire les mêmes sacrifices que Jacques.
Guillaume survécut peu à cette mesure. Il mourut six mois après Jacques II ; il laissa le irone à Anne, sa bellesœur, seconde fille de Jacques, et épouse d'un prince de Danemark. Habile politique, il ne s'était point fait scrupule de détrôner son beau-père et son oncle. Il fut peu aimé des Anglais, et le peuple à sa mort montra une joie immodérée.
Les historiens anglais les plus impartiaux ont rendu justice à Jacques, et ont loué ses succès à la r^tierre, lorsqu'il n'était que ducd'Yorck. Il est vrai qu'ils lui ont reproché les fautes de son règne. Son plus grand tort, dit un autre historien, fut peut-être de n'avoir pas été prophète, et de n'avoir pas vu où le conduisaient des conseillers perfides, en le poussant à des démarches imprudentes et précipitées. Ils lui exagéraient son pouvoir, et le détournaient des ménagements qu'eût avoués la sagesse. Jacques reconnut depuis l'effet de leurs suggesiions, et sa piété ne l'empêcha pas de sentir qu'il aurait mieux servi la cause des catholiques, en y mettant un peu plus de réserve. Il rendit, le 17 avril 1693, à Saint-Germain, une déclaration oii il manifestait son intention de maintenir l'église anglicane, et l'on nous a conservé une conversa-
tion qu'il eut sur ce sujet avec un seigneur anglais, et dans laquelle le prince lui exposa ses raisons, et dit qu'il avait consulté des évêques de France et des docteurs de Sorbonne, qui l'avaient confirmé dans son sentiment (1). Jacques avoua dans cette conversation qu'il avait été entraîné trop loin par de mauvais catholiques. Au surplus, s'il eut des torts, il les répara bien par la vie pieuse qu'il mena dans ses dix dernières années. Il supporta l'adversité avec courage, et allait jusqu'à regarder sa disgrâce comme un trait de la miséricorde de Dieu à son égard. Il déclara en mourant qu'il pardonnait à son gendre, et il recommanda au prince de Galles de ne jamais mettre une couronne en parallèle avec la religion. Il ne se montrait touché que du malheur de ceux qui avaient tout sacrifié pour lui rester fidèles. Quelque jugement que les politiques portent d'un tel prince, la religion louera son caractère et son courage, et elle honorera la mémoire de celui qui estima plus sa foi que son trône, et qui ne dut sa chute qu'à la trahison de ses ennemis et à la déloyauté de ses
sujets.
Le 5 décembre, Clément XI womme en consistoire
UN LÉGAT POUR LA ChINE ET LES PAYS CIRCONVOISINS. On B
VU plus haut que la paix des missions était troublée en Orient par une différence d'opinion entre les missionnaires sur des pratiques ou cérémonies, que les uns toléraient, tandis que d'autres les proscrivaient sévèrement. La question fut portée de nouveau à Rome, et agitée sous le pontificat d'Innocent XII. La mort de ce Pape retarda la décision. Clément XI ordonna de reprendre l'examen de cette affaire. Il fit assembler une nouvelle congrégation, reçut de nouveaux mémoires, et consulta des personnes qui avaient vécu sur les lieux. Il crut même devoir prendre un autre moyen, et résolut d'envoyer dansées contrées un visiteur apostolique avec les pouvoirs les plus amples. Il choisit pour cette mission importante Maillard de Tournon,
(1) Uisloire de l'Eglise d'yîuglelevrc, i»ai' Dodil, (onic III, page 421.
ANNÉE 1702. 23a
ecclésiastique piémontais, auquel il donna le titre de patriarche d'Antioche, et qu'il fit son légat à latere , en le chargeant de voir par lui-même les objets des contestations, de réformer les abus, et de prononcer ce qu'il croirait le plus sage. Il lui remit ses pouvoirs dans un bref du 2 juillet 1702, qui lui conférait la plus grande autorité. On verra sous 1704 et sous 1707 les mesures que prit le légat, et les suites qu'elles eurent.
— Le 24 juillet, massacre et soulèvement dans les Cévennes. Un écrivain qui a fait l'histoire de cette révolte (1), l'attribue aux prophéties et aux suggestions du ministre Jurieu, qui du fond de la Hollande excitait par ses écrits fougueux le zèle des protestants, envoyait des émissaires, ne parlait que de vengeance, et qui, refaisant toujours des prédictions toujours démenties par l'événement, avait calculé sans doute que le plus sûr moyen de les réaliser, était d'armer ses partisans et de leur inspirer son fanatisme. De là tant de provocations violentes, dont les plus sages protestants étaient choqués, mais contre lesquelles ils n'osaient réclamer, dans la crainte d'irriter un homme toujours puissant dans son parti. Il ne se trouva dans les Cévennes que trop de gens disposés à seconder ses projets turbulents.
[[ Pour bien saisir un événement qui dégénéra presque en une guerre civile des plus funestes, nous croyons qu'il faut apprécier la situation dans laquelle se trouvait le Languedoc, par suite de la révocation faite, en 1685, de ledit de Nantes. Chacun sait que, par suite de cet acte important, tout exercice public du culte protestant avait été interdit, et que les protestants avaient été assujettis à plusieurs prescriptions gênantes. C'est pour y échapper qu'une assez grande multitude avait paru embrasser la
(1) Bnieys, Histoire du fanatisme de notre Temps,
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religion catholique. Mais on n'ignorait pas que presque aucun de ces nouveaux convertis n'était rentré sincèrement dans le sein de l'Eglise, et que les haines profondes qui les divisaient d'avec les anciens callioliques, n'étaient rien moins qu'amorties.
On peut aisément juger de la grandeur du mal par une discussion très-curieuse qui eut lieu vers 1692, sur la conduite que devait tenir le magistrat envers les nouveauxconvertis, par rapport à plusieurs exercices de la religion catholique. L'intendant du Languedoc, M. de Lamoignon de Bàville, magistrat d'une grande capacité et jouissant pleinement de la confiance de la cour, s'était persuadé que, si on ne les obligeait pas à assister à la messe, ils ne seraient jamais instruits, et ne s'accoutumeraient pas aux exercices du culte catholique; et de plus, qu'ils formeraient une espèce de corps dans l'état, corps séparé des autres sujets du roi, et qui demanderait dans tous les temps de grandes précautions. Cet avis paraissait partagé par les évêques de Mirepoix, de Rieux, de Nîmes (Fléchier), de Montauban , dont on peut voir les mémoires dans le tome XXXVIII des œuvres de Bossuet. Du reste, ils reconnaissaient eux-mêmes qu'il ne pouvait être question ni de la confession sacramentelle, ni à plus forte raison de la communion.
Bossuet, que M. de Bàville crut devoir consulter dans une question si grave, se prononça dans un sens contraire, non qu'il ne reconnût dans une certaine mesure le droit du magistrat d'employer quelques moyens extérieurs pour amener l'accomplissement des devoirs auxquels s'étaient soumis eux-mêmes les nouveaux convertis, mais parce qu'il craignait que toute apparence de contrainte à l'égard de la messe, n'avilît dans leur esprit l'auguste sacrifice, et ne les induisît dans cette erreur grave que toute la religion catholique consiste dans quelques actes du culte extérieur, accomplis même avec les signes d'une incrédulité manifeste. Il paraît que cet avis prévalut : du moins on attribue h l'influence de Bossuet les instructions que la cour
envoya aux intendants vers 1695, et dans lesquelles les mesures les plus douces et les plus prudentes sont prescrites à l'égard des nouveaux convertis. ]]
Ces moyens ne produisirent pas les effets qu'on avait droit d'en espérer. Indépendamment des sourdes menées des puissances de l'Europe, alors armée tout entière contre Louis XIV, et qui ne négligeaient rien pour exciter le fanatisme des protestants, il y avait à Genève une académie de ministres réfugiés qui envoyaient de temps en temps des prédicants dans l'intérieur du royaume. On pense aisément ce que pouvaient être les exhortations de ces hommes nourris dans la haine du pouvernement et exaltés
par le zèle impétueux de Jurieu et consorts. Celte même académie avait, dit on, chargé un nommé Du Serre, calviniste ardent, d'établir dans le Dauphiné une école de prophètes. Du Serre choisit donc quinze garçons et autant de jeunes filles de la campagne, qu'il jugea sans doute propres à son dessein. Il les endoctrina, il leur échauffa la tête, et après les avoir formés à leur métier et leur avoir fait subir quelques épreuves, il prétendit leur donner le Saint-Esprit, leur souilla dans la bouche avec des cérémonies ridicules, et les renvoya tout fiers de l'honneur qu'ils venaient de recevoir. lisse dispersèrent.
On comptait parmi les élèves de Du Serre cette bergère du Cret que Jurieu prona longtemps comme une prophétesse^ même après qu'elle eut avoué ses impostures, et qu'elle se fut réunie sincèrement à l'Eglise. D'autres se répandirent dans le Vivarais et les Cévennes, et y trouvèrent des partisans. Ils tenaient des assemblées où le prophète prêchait, prédisait, et mêlait à ses discours des convulsions, des extases, et tout ce qui pouvait séduire des gens grossiers et crédules. L'illusion et le fanatisme se propagèrent rapidement. Le don de prophétie fut communiqué à d'autres : chacun voulut être inspiré, des enfants aspirèrent à cet honneur. Il se forma des attroupements nombreux, où des imposteurs séduisaient la multitude par leurs déclamations, en même temps qu'ils l'a-
veiiglaient par leurs prestiges. Ils prétendaient savoir les choses les plus secrètes, ils faisaient force contorsions et gambades. Enfin, ils échauffaient les esprits et souillaient le feu de la révolte par leurs prédications. Il fallut recourir à la force pour dissiper ces attroupements.
Mais en 1701, le mal prit un nouvel accroissement dans les Cévennes, pays âpre et montueux, qui avait été apparemment jugé plus propre pour y établir le foyer de la sédition. Le nombre des inspirés augmenta d'une manière prodigieuse, et on ne voyait qu'assemblées fanatiques ou ils ne parlaient que de vengeances, et où ils exaspéraient des paysans simples et déjà mécontents. Leurs provocations firent bientôt leur effet. Persuadés que c'était au clergé catholique qu'ils devaient imputer tous les maux qui résultaient pour eux des mesures prises par le gouvernement, les protestants avaient voué une haine profonde aux curés et aux missionnaires. Ils le prouvèrent bientôt. Le 24 juillet 1702, une troupe de forcenés fondit sur la maison qu'occupait à Pont-de-Montverd l'abbé du Cliayla, archiprêîre de Mende et inspecteur des Missions. 11 fut massacré avec les circonstances les plus barbares : les assassins prirent plaisir à lui faire cinquante-deux blessures, dont vingt-quatre étaient mortelles. Un prêtre et deux autres personnes de sa maison furent tués avec lui. La même troupe alla ensuite tuer deux prêtres des paroisses voisines. On dit, car nous ne voulons rien dissimuler, que l'abbé du Chayla, outre ses qualités de missionnaire qui le rendait odieux aux protestants, s'était encore attiré leur haine par sa sévérité à leur égard 5 et celle accusation, que Ton trouve dans les historiens de leur parti, n'a pas été entièrement démentie par les écrivains catholiques. Cet assassinat fut le signal de la guerre. Les meurtriers, égarés par ce glorieux succès, coururent à de nouveaux exploits. Ils s'emparèrent d'un château voisin, massacrèrent tous ceux qui l'habitaient, et y ayant trouvé des armes, grossirent leur troupe, en formèrent même plusieurs, reconnurent des chefs, et commencèrent leurs excursions. Le
13 août, un gentilhomme protestant converti fut égorgé par eux. Bientôt les églises furent brûlées. Plusieurs curés et missionnaires reçoivent la mort des mains de ces brigands. Des catholiques auxquels on n'avait à reprocher que leur zèle, des femmes même sont impitoyablement massacrés, et en un instant cette malheureuse contrée devient un théâtre de fureurs, d'incendies et de carnage. Un écrivain qui n'est pas suspect (1) compte, dans le mois de janvier 1703 seulement, que les révoltés brûlèrent quarante paroisses, châteaux ou maisons (2) , et tuèrent plus de quatre-vingts personnes.
Nous n'entrerons pas dans les détails de cette guerre. Elle fut horrible de part et d'autre : car les cruautés des uns attirèrent les représailles des autres. On eut recours aux supplices pour effrayer les rebelles, et les Cévennes devinrent un théâtre d'atrocités sanglantes et d'exécutions rigoureuses. Toute assemblée clandestine était dissoute par la force, les ministres étaient pendus comme rebelles et leurs auditeurs condamnés aux galères. Malgré toute la rigueur de ces mesures, on ne voyait pas moins accourir les vieillards, les femmes et les enfants, qui tous rivalisaient de zèle pour entendre les instructions de ceux qu'ils appelaient leurs prophètes. Ils y venaient, non plus désarmés et disposés seulement à écouter le prêche et à prier, mais munis de bâtons ferrés et de faulx ; et quand des détachements de soldats se présentaient devant eux, ils se voyaient réduits à lutter contre des hommes préparés à une défense militaire au milieu des précipices et des rochers.
(0 Court (le Gébelin, père de l'auteur du Monde primitif, dans l'ouvrage intitulé . Histoire des troubles des Cé\'ennes, ou de la Guerre des Camisards, par l'auteur du Patriote français impartial, Villefranche 17C0, 3 vol. Cet auteur était protestant. Son inipartialilé prétendue ne se trouve d'ailleurs que dans le titre de son livre. Il a toujours des raisons pour cNcuser les siens, et il se moque agréablement, en plusieurs endroits, de la frayeur des prêtres que la nouvelle des massacres de leurs confrères engageait à se retirer dans les villes.
(2) Cette habitude barbare de brûler les églises fit donner le nom de Camisards aux Huguenots, de ces deux mots de la langue d'Oc (canios-ard) maiaoïi brûlée. Editeur.
[[Le premier chef des Camisards avait étéEsprilSéguier, qui ne tarda pas à être arrêté et pendu. Le second fut La Porte, simple cultivateur des Cévennes, homme d'une hardiesse et d'une violence qui le rendaient capable des derniers excès. Un autre chef, le neveu de La Porte, et beaucoup plus jeune que lui, vint bientôt se placer à la tête des factieux. Il portait le nom de Roland, et savait, par sa parole, exercer sur ses co-religionnaires une influence plus grande encore que celle de son oncle (1). Mais le véritable organisateur de cette guerre, ce fut Jean Cavalier, simple paysan, à peine alors âgé de vingt-un ans; eùt-il été gardeur de troupeaux, qu'une rare énergie le signalait au choix des Gamisards sur lesquels il conserva la plus grande puissance jusqu'à la fin de ces luttes déplorables. Ces hommes n'avaient pour retraite que des forêts de châtaigniers qu'ils appelaient le camp de l'Eternel ;, et pour toute nourriture des châtaignes cuites dans
(1) Voici (les lettres curieuses de ce chef de la Jacquerie huguenote : <> MM. les ollîcicrs des tioupes du roi, et vous MM. de Saint-Germain, pré- » parez vous à recevoir sept cents hommes qui doivent venir nielUe le feu à » la Bahjlone, au séminaire et à plusieurs autres maisons. Celle de M. de la » Fahrègue, de M. Sarazin, de M. de Molcy, de M. de la P.ouvière, de 31. de » Mânes, de M. Solier seront brûlées. Dieu nous a inspiré, par son souHfle » sacré, mon frère et moi, de vous rendre visite dans peu de jours. Fortifiez- » vous tant qu'il vous plaira dans vos barricades; vous n'aurez pas la victoire » sans les enfants de Dieu. Si vous croyez de le pouvoir vaincre, vous » n'avez qu'à venir au chani]) Domcrgues, vous, vos soldats, ceux de Saint- » Etienne de Barre et même de Florac. Je vous y appelle, nous y serons sans » manquer. Ilendez-vous-y, hypocrites, si vous avez du cœur.
Signé : le comte PiOLAND.
» Nous, comte Roland, général des troupes protestantes de France assemblées » dans les Cévennes en I^anguedoc , ordonnons aux habitants du bourg » Saint-André de Valborgne , d'avertir tomme il faut les prêtres et les » missionnaires, que nous leur défendons de dire la messe et de prêcher » dans le saint lieu, et qu'ils aient à se retirer immédiatement ailleurs, sous » peine d'être brûlés vifs avec leurs Églises et leurs maisons, aussi bien que » leurs adhérents, ne leur donnant que trois jours pour exécuter le pté- » sent ordre.
Signé : le comte PiOLAND.
Roland aimait, comme on le voit, à se parer de titres. M. Capefigue, T^oiiis Xf'I, etc., assure avoir 1rs autogr.Tplies. Étlileiir.
ANNEIC 1702. 24i
l'eau de leurs rochers inaccessibles, d'où ils se précipitaient, avec ceux qui les avaient choisis pour chefs, pour porter dans la plaine et surtout dans les presbytères, la désolation et la mort.
Louis XIV et son conseil comprirent de quelle importance il était de mettre un terme à cette guerre, et d'oter à la révolte les moyens de se propager davantage. M. de liàville eût peut-être pu en finir avec les révoltés en envoyant dans les montagnes les bataillons de garde bourgeoise qu'il avait organisés, et qui s'étaient spontanément levés à Nîmes, à Toulouse et à Montpellier : mais il craignait de donner trop de pouvoir à la milice bourgeoise. D'un autre côlé, M. de Bàville ne trouvait pas dans le maréchal de Montrevcl, que la cour avait chargé du commandement militaire de la province , un auxiliaire à la hauteur des circonstances. Militaire de grands mouvements, il était incapable de suivre une guerre d'escarmouches et d'improviser une résistance. Il ne se sentait pas le courage d'exécuter les ordres implacables qu'il avait reçus de brûler tous les villages des Gamisards au centre de la rébellion, et d'anéantir la sédition en en anéantissant ainsi le foyer. Il espérait réussir par des moyens moins violents. Il eût voulu, par exemple, attirer les Gamisards sur un champ de bataille; et ce fut assez pour que les populations catholiques dénonçassent de toutes parts son indulgence comme une trahison. Bientôt le maréchal de Monlrevel se vit forcé de réprimer les compagnies qui, sous la dénomination à' Enfants de la Croix, s'étaient formées pour marcher, par leur seule impulsion religieuse, contre les Gamisards, et qui commettaient contre eux toutes sortes d'excès. Il perdit bientôt toute la confiance des catholiques.
Gependant la révolte faisait chaque jour de nouveaux progrès : ce n'était plus simplement une sédition, mais une guerre civile engagée sur la plus vaste échelle; vingt-cinq mille hommes n'avaient pu suffire à dompter les montagnards. La cour de Versailles prit alors le parti de rem-
placer Montrevel par le marquis de Villars, dont le nom inspirait toute confiance aux populations méridionales. Déjà de Villars avait fait dans le Piémont une guerre de montagnes; les huguenots lui connaissaient un caractère aussi conciliant que hardi, une incontestable capacité -, et lui-même avait suivi toutes les phases de la rébellion des Camisards et en avait apprécié les causes. Voici comment il parle, dans ses Mémoires, de la nouvelle mission qu'il avait à remplir : <( J'eus lieu de vérifier par moi-même )) qu'en général nous avions affaire à des têtes bien extraor- )) dinaires, à un peuple qui ne ressemble en rien à tout ce » que j'ai connu, vif, turbulent, emporté, susceptible )) d'impressions légères comme profondes, tenace dans ses « opinions. Joignez à cela le zèle de la religion, aussi » ardent chez le catholique que chez l'hérétique , et vous » ne serez pas surpris que nous soyons souvent très-em- » barrasses. H y a trois sortes de Camisards : les premiers, «avec lesquels on pourrait entrer en accommodement, » pour être las des misères de la guerre, et connaissant ■» qu'elle causera tôt ou tard leur perte. Les seconds, d'une » folie outrée sur le fait de la religion, absolument intrai- )) tables sur cet article : le premier petit garçon ou petite •» fille qui se meta trembler, et assure que le Saint-Esprit )) lui parle, tout le peuple le croit, et si Dieu, avec tous ses » anges, venait leur parler, il ne les croirait pas mieux. )) Gens d'ailleurs sur lesquels la peine de mort ne fait pas la » moindre impression : ils remercient dans le combat ceux » qui la leur donnent ; ils marchent au supplice en chan- )) tant les louanges de Dieu et exhortant les assistants, de )) manière qu'on a été souvent obligé d'entourer les cri- )) minels de tambours, pour empêcher le pernicieux effet )) de leurs discours. Les troisièmes enfin , gens sans reli- )) gion, accoutumés au libertinage, au meurtre, à se faire )) nourrir par les paysans, et à ne plus faire que voler, et » même beaucoup de débauches 5 canaille furieuse, fana- » tique et remplie de prophétesses.
w Beaucoup de cathoUques n'étaient guère plus raison-
» nables et pouvaient aussi se partager en plusieurs classes. » Entre les anciens, les uns, aveuglés par leur zèle, trou- » vaient du danger pour la religion dans tous les adoucis- » sements qu'on croyait devoir accorder aux hérétiques, » par l'espérance de les ramener : d'autres, entraînés par » leur cupidité , se voyant les plus nombreux et les plus » forls, regardaient le bien des hérétiques et même des » nouveaux convertis comme une proie qui leur était due. )) Il n'y avait pas en eux la moindre ombre de charité )) chrétienne : à les entendre, il n'y avait d'autre parti » h prendre que de tuer tous ces gens-là, du moins de les )> chasser du pays sans distinction : ils tenaient à cet égard )) des propos mêlés de menaces qui revenaient aux révoltés )) et les aigrissaient. Enfin, le plus petit nombre était de » ceux qui plaignaient l'aveuglement des hérétiques, sans » leur faire de mal, ni désirer qu'on leur en fît.
« Quant aux nouveaux convertis, j'ai su de gens sensés, » ecclésiastiques, grands-vicaires et autres que sur mille, )) il n'y en avait peut-être pas deux qui le fussent vérita- » blement. Ceux des villes, qui avaient quelque chose à ;) perdre, n'osaient rien dire, mais ils gémissaient en secret » d'être obligés de se faire violence et aidaient d'argent et » de conseils ceux de leurs frères qui exposaient leur vie
» pour la cause commune Il me fallut beaucoup d'a-
» dresse et de circonspection pour manier ces esprits mal » disposés (l). »
Pour réussir dans une entreprise aussi difficile, de Villars prit la résolution de joindre persévéramment la douceur et la fermeté, de poursuivre les rebelles à outrance, de ne leur point donner de relâche, et de ne faire aucune grâce à ceux qui seraient pris les armes à la main, mais d'accorder à ceux qui se rendraient tout ce que les circonstances pourraient permettre, toutefois en ne leur donnant, dans aucun cas, l'espérance d'exercer publiquement leur religion.
(1) Correspondance du maréchal de Villars avec les ministres.
Celte conduite, suivie avec persévérance, obtint du succès. Bientôt les chefs virent la défection parmi leurs troupes, et ils furent forcés de reconnaître que le seul parti qui leur restât à prendre, c'était celui de se soumettre. De Yillars, de son coté, ne négligeait rien pour en venir à un accommodement avec les rebelles. « J'ai voulu aller, » écrivait-il à Chamillard, « j'ai voulu aller dans les retraites » les plus secrètes de ces gens, où on n'avait pas encore )) pénétré. En même temps que cinq détachements, dont )) je commandais un, fouillaient les fermes, les hameaux, » les villages, les garnisons des petites villes s'étendaient » comme un filet le long des rivières, gardaient les ponts >; et les défilés, battaient l'estrade, et se donnaient la main » par des vedettes de correspondance. Les rebelles, ainsi » pressés, se sont séparés par petites troupes dont les unes ■)) se cachent dans les cavernes 5 d'autres rôdent dans les )) forets, favorisés par les gens du pays qui les soutiennent. » Une recherche si exacte les désole et les met sur les » dents 5 les provisions leur manquent. J'ai su que Cavalier, » leur principal chef, a envoyé à minuit demander du )) pain dans un village voisin où j'étais, f'^ous allez vous » perche, a-t-on répondu à ces pourvoyeurs; M. le niaré- » chai est ici près avec toute sa troupe. — N importe oit il » soit, ont-ils dit ; /"/ vaut autant être tué que de mourir de 'y faim. Ilj a deux jours que nous ri avons mangé. »
On ne s'étonnera pas après cela que les bons traitements de Villars fissent d'heureuses impressions sur les rebelles, et la troupe de Cavalier, qui était d'environ quatre cents hommes, s'était émue au point que ce chef, qui avait grande autorité sur eux, avait éclaté en reproches. « Ceux ■» de vous autres , leur avait-il dit, qui veulent abandon- 1) ner Dieu, je les abandonne au démon. Partez, mais au » moins laissez-moi vos armes. J'en trouverai d'autres qui » défendront avec moi la cause de Dieu, ou je mourrai à )) leur tête (l). » Malgré ces discours, ils se séparaient par
(1) Mémoires du maréchal de Villars, dans la collection des 5Iéiaoires de MM. Michaud et Poujonlat.
pelils pelotons de quinze ou vingt, cl venaient se rendre successivement. Cavalier se voyait ainsi à la veille d'être réduit aux dernières extrémités. U demanda une entrevue au maréchal, qui la lui accorda : et voici le portrait que Villars fit de cet homme au ministre : k C'est un paysan » du plus has étage, qui n'a pas vingt-deux ans et n'en «parait pas avoir' dix-huit; petit, et aucune mine qui )) impose, qualités nécessaires pour les peuples. Il est cer- » tain que, pour contenir ses gens, il en faisait souvent » mourir, et je lui demandais hier : EsL-il possible c/iià » votre âge et n ayant pas un long usage du connnande- » ment, vous n'eussiez aucune peine à ordonner soux'ent la » mort de vos gens? — Non, monsieur, me dit-il , quand » elle me paraissait juste. — De qui vous ser\>iez-vous » pour la donner? — Du premier à qui je l'ordonnais, sans » qu aucun ait jamais hésité à suii^re mes ordres. »
De Villars sentait l'importance d'ôter un pareil homme aux factieux ; et du moment oîi Cavalier eut commencé à traiter jusqu'à la fin, il se montra toujours de bonne foi. Sur la promesse que, plus il ramènerait de monde, plus il serait récompensé 5 que, si l'on formait un régiment, il en serait le colonel, mais qu'en attendant, il en aurait toujours le titre avec une pension , il se mit en route pour aller chercher ses lieutenants et leur faire entendre raisou, s'il pouvait. Cavalier réunit avec peine les deux troupes de Ravanel et de Roland. Enfin, il signa le trailé de pacification, et obtint une pension de deux mille francs. Il n en jouit pas longtemps, parce qu'il passa en Hollande, ou on lui donna le grade de colonel, et où il servit avec honneur. Les autres chefs vinrent se rendre successivement avec leurs prophètes, et la paix fut rendue au Languedoc. ]]
On craignit, en 1705, de voir renaître les troubles dans ce malheureux pays. Une révolte devait dater le 25 avril. Elle avait été concertée entre quelques chefs des Camisards rentrés secrètement en France. On ne se proposait rien moins que de faire révolter tout le Languedoc, et un grand nombre de protestants étaient en-
très clans le complot. Le duc de Berwick, qui commandait dans le pays, en fut instruit. On arrêta plusieurs des coupables, et l'on fut effrayé quand leurs révélations eurent appris la grandeur des dangers que l'on avait courus. Des rigueurs furent exercées envers les conjurés. Mais devait-on tolérer des brigands qui avaient déjà commis tant de crimes, et qui, si on ne les eût prévenus, allaient encore mettre le trouble dans une grande province, et recommencer une guerre sanglante? Il y eut encore en 1706 et 1709 quelques désordres. 11 s'éleva des révoltes partielles où périrent plusieurs prêtres : car ils étaient toujours le principal objet de la balne des séditieux; et lorsqu'ils tombaient entre leurs mains, ils y étaient incontinent mis à mort, ou bien on ne leur laissait un instant la vie que pour jouir de leurs tourments, et les faire périr dans des supplices recherchés et barbares. Toute l'histoire de ces temps-là atteste ces cruautés sur lesquelles eurent également à gémir la religion et l'humanité. On peut voir surtout des détails curieux sur l'état affligeant de ces contrées dans les lettres de Fléchler, évêque de Nîmes. [[ La première , en date du 25 mars 1703, est adressée aux fidèles de son diocèse, et la seconde, adressée à son clergé, est du 6 septembre suivant. Il en écrivit une troisième pour les religieuses, mais elle n'a pas été publiée, et elle a été trouvée après la mort de l'illustre prélat parmi ses autres écrits. On ne peut lire sans admiration et sans attendrissement ces productions de la piété comme de la charité de Fléchler. a Déjà, disait l'éloquent prélat, déjà » dans les diocèses voisins cette secte meurtrière faisait » couler le sang des prêtres , perçant les uns de mille » coups, brûlant les autres à petit feu, égorgeant quel- » ques-uns à la vue presque des autels où ils venaient » d'offrir le saint sacrifice, et, pour comble d'impiété, » écorchant ces têtes qui portaient la couronne royale )) du sacerdoce, coupant ces doigts consacrés par les onc- » lions et par l'altouchenient des saints mystères, et dé-
ANiNÉE 1702. 2i7
» cliirant ces lèvres encore teintes du sang de l'Agneau )) sans tache , pour avoir le plaisir de les dégrader in- » humainement et de leur oter, avec la vie, tout ce qui » pouvait avoir servi à exercer les fonctions de leur prê- » trise(l). )> Chacune de ces lettres pastorales renferme pour ceux à qui elles étaient adressées des instructions conformes à leur situation respective, dans les circonstances désolantes où se trouvait alors le diocèse de Nîmes, et a pour but de ramener à de meilleurs sentiments ceux qui s'étaient abandonnés aux excès contre lesquels l'éloquent prélat s'élevait avec une sainte indignation, en jetant néanmoins un regard de douleur et de tendresse sur les coupables auteurs des maux qui faisaient couler ses larmes. ]] Les paroles de Fléchieront ici d'autant plus de poids, que l'on connaît assez sa modération et son indulgence pour les personnes, et que l'on sait qu'il désapprouva quelquefois certaines mesures de rigueur qu'il jugeait aussi peu conformes au bien de l'Etat qu'à l'intérêt et à l'esprit de la religion.
— Le 29 septembre. Ordonnance de Bossuet, éve-
QUE DE MeAXJX, CONTUE LA TRADUCTION DU NoUVEAU TESTA- MENT, DITE DE Trévoux, qui venait de paraître. L'auteur était Richard Simon, prêtre, connu par la singularité et la hardiesse de ses opinions. Il était Ibrt instruit, et avait beaucoup travaillé sur l'Ecriture sainte. Mais il paraît qu'il l'avait plus étudiée dans les écrits des protestants que dans les commentaires des Pères, dont on prétend même qu'il faisait assez peu de cas. Avec celte manière de voir, sa traduction devait avoir bien des défauts, et la réputation de l'auteur ne pouvait que la rendre plus dangereuse encore. Le cardinal de NoailleS;, archevêque de Paris, fut le premier à l'attaquer par une Ordonnance du 15 septembre. Quelques jours après, Bossuet donna la sienne. Il y défendait de lire ou de retenir le livre, tant la préface et la traduction que les
(I) OEuvres de Fléchicr, volume vm.
2iS ANNEE 1703.
remarques, « comme étant respectivement, la traduction, «infidèle, téméraire et scandaleuse^ et les remarques, «pleines d'explications pareillement téméraires, scan- » daleuses, contraires à la tradition, p rilleuses dans la )) foi et induisant h erreur et hérésie. » Tel était le jugement de l'illustre prélat, où l'on remarque, pour le dire en passant, un exemple des condamnations in globo, par lesquelles on n'applique les qualifications qu'en général. Ce savant évêque ne crut pas sans doute cette forme de censure aussi déraisonnable et aussi injuste qu'on a voulu le faire croire depuis, et l'on est bien aise de voir Bossuet se déclarer par la pratique pour une sorte de jugement usitée depuis longtemps dans l'Eglise. Il joignit à son Ordonnance des Instructions, où l'on retrouve la même solidité cjue dans ses autres ouvrages. Il reprochait à Simon de s'être laissé aller à une critique liardie, de mépriser les explications des Pères, de s'attacher avec une affectation marquée à celles des protestants et des sociniens, de favoriser leurs erreurs^ et d'alt rer en bien des endroits les passages les plus clairs et les sens consacrés par la tradition. Quelques-unes de ses notes étaient en effet singulières et fort déplacées. Ainsi , pour nous borner à un seul exemple , sur ces mots , Joseph était juste , voici la glose de Simon : Juste se prend ici pour bon, commode , équitahle, doux, en sorte que rÊi'angéliste a voulu marquer par là que Joseph était un bon mari. Peut-on altérer d'une manière plus dérisoire l'éloge que fait de saint Joseph le texte sacré? Au reste, Simon ne se rendit pas, et soutint sa traduction par quelques écrits, que l'on trouve refutés dans les Instructions de Bossuet.
Le 14 janvier. Concile de la. province d'Albanie. Ce pays, situé entre la Macédoine et le golfe de Venise, est, comme on sait, sous la domination des Turcs, qui y ont
un pacha. Les chrétiens y sont en assez grand nombre, et pour cela même phis en butte h la tyrannie des Musulmans. Ils sont accablés d'impôts et réduits à une extrême pauvreté. On exerce contre eux toute sorte de vexations, afin de les engager à embrasser le mahométisme. On enlève leurs femmes, on entrave l'exercice de leur religion, on les empêche de réparer leurs églises, on leur fait souffrir des avanies, on les rançonne, on les emprisonne sous les moindres prétextes. Dans cet état de servitude et de persécution , la religion se maintient pourtant encore, et tous les efforts des infidèles n'ont pu déraciner entièrement la foi parmi ces peuples malheureux. Mais il s'était glissé parmi eux des abus, et ce fut pour y apporter remède que M. Zmajevich, archevêque d'Antivari et visiteur apostolique de l'Albanie, résolut de convoquer le concile de celte province.
Ce prélat zélé ne put voir sans douleur la situation déplorable de ce troupeau, et crut que de nouveaux règlements pourraient réparer quelques-uns des maux qui affligeaient cette portion de la catholicité. Il indiqua l'ouverture du concile par une lettre datée de Gorbino, le 2 décembre 1702, et exhorta les évêques à se réunir pour le second dimanche après l'Épiplianie. Le concile s'ouvrit en effet au jour indiqué , dans l'église de Saint- Jean-Baptiste de Merchigne , au diocèse d'Alessio. Il était composé de l'archevêque d'Antivari, président, des archevêques de Dnrazzo et de Scopia, des évêques de Sappa et d'Alessio, des évêques (lus de Scutari et de Pullati, et des préfets des missions de IMacédoine et d'Albanie. Les décrets sont au nom de l'archevêque, du conseil et du consentement de ses collègues. Ils commencent par la profession do foi accoutumée. M. Zmajevich s'élève contre les chrétiens pusillanimes que la crainte des Turcs portait à des actions contraires à la religion, contre quelques abus qui avaient lieu par rapport à l'administration du baptême, contre des désordres qui s'étaient introduits relativement au mariage. Il se plaint du peu de zèle
qu'ont les ecclésiasliques pour instruire les peuples et pour s'instruire eux-mêmes, et il leur donne des conseils salutaires. Il règle définitivement les limites de quelques diocèses, et fixe les rapports de dépendance entre les missionnaires et les évêques des lieux. Il recommande de soigner l'instruction des élèves que l'on formait dans les écoles de Corbino et d'Alessio, qui étaient comme lesséminairesdupays. Lesdécrets contiennent en outre plusieurs règlements sur la prédication, les fêtes, les devoirs des pasteurs, les sacrements, l'entretien des églises, etc. Ces règlements nous ont paru fort sages, et sont rédigés d'une manière également solide et touchante. L'arche^ vêque y tient un langage tout-à-fait apostolique , et y entre dans des détails qui honorent son zèle. On arrêta d'implorer le secours des ambassadeurs chrétiens à Constantinople , contre les violences et la tyrannie des Turcs. Les décrets sont signés des sept évêques et de trois missionnaires. Il paraît qu'ils étaient destinés aussi pour les églises de Servie. L'archevêque président prend le titre de primat de cette province. Le 10 juillet 1703, il écrivit à Clément XI, en lui envoyant les actes pour les soumettre à son examen. Il faisait dans la lettre une triste peinture de la situation du pays qu'il venait de parcourir, et réclamait l'assistance du Saint-Siège pour les chrétiens d'Albanie.
12 février. Condamnation du Cas de conscience. [[ Nous avons cru devoir, pour mieux lier les faits entre eux, placer celui-ci dans le Tableau historique, page 441. ]]
Le 23 mai, EnlÎivement et déportation de l'archevêque DE SoaRENTO, DANS LE ROYAUME DE NapLES. Philippe
Anastasi , archevêque de Sorrento, prélat instruit, avait, dans une visite de son diocèse, demandé selon l'usage, aux administrateurs laïques d'une paroisse , de rendre leurs comptes conformément aux décrets du concile de Trente. Les administrateurs demandèrent des délais et l'archevêque leur accorda un mois. Ils en profilèrent, non pour préparer leurs comptes, mais pour écrire à Naples et solliciter
l'appui de l'autorité civile. Ils oblinreni en effet, le 27 novembre 1700, une lettre du délégué de la juridiction royale, qui déclarait que la paroisse en qucsiion était de fondation royale et exemple de la juridiction de l'ordinaire. Le cbancelier de la juridiction royale se rendit à Sorrento pour engager l'arcbevèque h ne pas insister sur sa demande; et le vice-roi de Naples et les régents du conseil royal, appelé Collatéral, écrivirent au prélat, le 31 janvier
1701, pour lui signifier de renoncer à ce qu'ils appelaient des prétentions et des nouveautés. Celle lettre renfermait quelcpies menaces. L'archevêque répondit qu'il n'avait fait qu'exécuter les décrets du concile de Trente et suivre l'aucieniîe coutume de ses prédécesseurs. Il ajoutait que lesadminislraleurs laïques ne donnaient pas et ne pouvaient donner de preuves de la fondation royale et de l'exemption de. la paroisse; enfin il adressa aux ministres du roi, par l'intermédiaire du nonce pontifical à Naples, des représentations sur son droit dans cette affaire. ïl allendit longtemps lissue de ces démarches ; mais au bout de plus d'un an, voyant que lesadminislrateuis laïques persisîaient dans leur refus, il leur envoya une dernière eiialion en février
1702, el depuis il les excomaïunia. Le délégué de la juridiction royale lui en fit de vifs reproches et le vice-roi lui réitéra, le 18 mars, rinjonction de révoquer la citalion et les censures, en lui annonçant qu'autrement on prendrait contre lui des mesures sévères.
Le prélat insistait toujours sur son droit et sur lobligaliou où il était de remplir un devoir. Alors on lui demanda d'envover les pièces qui établissaient sesdroits,afîn que le conseil Collatéral pût prononcer. Il ne croyait pas que cette affaire fût de la compétence de ce tribunal, mais il consentait à envover les pièces au nonce qui en userait comme il le jugerait convenable. Le vice-roi, marquis de Yiglimas, qui gouvernait le royaume de Naples pour Philippe V, fut extrêmement mécontent de cette réponse. On exigeait que l'archevêque révoquât les censures; sur quoi il représenta que, par la sentence même qu'il avait
2o2 ANNEli 1703.
portée au mois de février précédent, il était dit que la congrégîUion du concile de Trente, à Rome, pouvait seule absoudre des censures. Le 9 moi, le prélat fut mandé à rs'aples et on lui défendit d'en sorlir. En même temps, on voulut le vexer dans la personne de ses proches, et on mit en prison son frère et ses oncles. Lui-même passa six mois à Naples sans que l'on parût s'occuper de son affaire, et il était clair qu'on ne l'avait appelé que pour l'éloigner de son diocèse.
Le 4 novembre 1702, le pape lui fit dire, par la secrétairerie d'état, de relournor sur-le-cbamp dans son diocèse, sans en prévenir personne, et de n'en point sorlir sans son ordre. Le nonce était chargé en même lemps d'en faire part au vice- roi. M. Anasiasi obéit et retourna à Sorrento. 11 y restait depuis quelque lemps tranquille, quand, le 20 mai 1703, un Espagnol, juge de la cour criminelle, arriva à Sorrenlo avec des soldats, et signifia au prélat de sorlir de la ville dans six heures, et ensuite de font le royaume. L'archevê que le frappa d'excommunicalion, et mit la ville et le diocèse en interdit. Les six heures éiant écoulées, le même juge fit allicher trois ordonnances qui déclaraient le prélat désobéissant et perturbaîenr du repos public, défendaient de traiter avec lui pouj- quel(|iie sujet que ce fût, séquestraient ses revenus et prescrivaient de ne lui rien payer. Le 23 mai, de grand matin, le juge, nommé Emmanuel de Espérai, revint à Sorrenlo avec une troupe de soldats et eslafiers, cerna rarchevêché, pénétra dans les appartements du prélat et lui signifia l'ordre de partir immédiatement, sans quoi on se porterait aux dernières extrémités. L'archevêque sortit donc en litière, escorté de soldais : on le conduisit au rivage de la mer, où se trouva une barque préparée à cet effet. Il y monta avec les personnes de sa maison et quelques effets. Un caporal el des soldats montèrent dans une autre qui suivit toujours la première. On arriva ainsi à Terracine où on fil descendre l'archevêque, qui se vit séparé de son troupeau cl exilé de son pays.
CeUc niRnicrc do proc dcr n'cfnit pas nouvclieh Nnplcs. En 1700, 1 évèqiie d'Acjuiht, f,;;nnce (i<; la Cercla, rcli!>ieux aiJgusfin espagnol, avait élc (lailc de n)èmc. Le prélat avait réchimé nii homme (raduil en justice pour crime, et qui déclar;iit appailenirà la cléricaiure. Il l'avait réclame en vertu du privilège de rimmunilé ecclésiastique, privilège reconnu alors dans le royaume de Naples et conslamnienl observé. Toutefois, les juges laïques se liâièrenl dé faire pendre 1 individu. L'évcque excommunia quatre d'entre eux et fut mandé à Naples. On sévit contre les parents desolllciers de la cour (c«/7rt) épiscopale et contre les téuioins qui avaient été appelés pour déposer sur la cléricature du prisonnier condamné; on ariéta juscpi'à des femmes et des enfants. Arrivé à Naples, Tévécpie y resta longtemps sans pouvoir même être admis à l'audience du vice^roi. Enfin, sur l'ordre d'Innocent XIF, il retourna dans son évèché et déclara excommuniés les autres juges qu il avait é|)argnés quelques mois atqiaravant ; trois se soumirent et reçurent l'absolution. Le 20 juillet ITOO, on allleha une proclamation qui déclarait Tévéque perturbateur et lui ordonnait de partir sur-le-champ. Il se retira à Rieti, où il mourut le 27 septembre 1702. Son sié.^e était encore vacant en 1717.
Pour revenir à i'archevêcpie de Sorrento, son afTiirc s'arrangea peu après, el il put retourner dans son diocèse. Toutefois, Clément XI crut devoir ordonner des procédures contre ceux qui avaient porté atteinte à I autorité et à la liberté de l'Eglise dans la personne des deux prélats. (V. les Moniloires des 21 mai et ,H0 juillet 1707, à la suite du Bullaire de ce pape, tome l""de ses OEuvres, pag. 817 et 833.)
^^ Le 17 mars. JecEMÊNt réndxj en AiSîGtÈfÉRnÈ coÂttiiÉ
DEIX ÉCRITS EN FAVEUR DU MATÉaIALISME. Il UC s'agissait,
dauicejugeuienl,quedc deux livres de Guillaume Goward.
234 ANNÉE 170i.
Mais nous croyons à cette occasion devoir rappeler divers juj^emenls rendus en Angleterre contre l'iaipiclé. Nous avons vu ailleurs que celle île renfernuiit plusieuis ennemis déchues de la religion. Les uns, déistes et matérialistes, sapaient les fondements de toute révélation : les autres, ariens et sociniens, niaient le dogme de la Trinité. Le parti déiste ne comptait encore que peu de défenseurs MU commencement du siècle.
Asgill, avocat, membre de la chambre des communes, avait publié un livre bizarre intitulé : yir^ument prom'ant que, confoimémeiit au contrai de vie élei nelle révélé clans les écritures^ un lunnnie peut être Irnnsféré d ici- bas à la 'vie éternelle sans passer par la niurt. La singidarité du sujet cl celle de la foiiiie donnèrent un instant de vogue à cet ouvrage, fruit d'une imaginaiion déréglée. Il fut condamné au feu en 1703, et l'auieur chassé de la chambi'c des comnumes. Réélu en ITOô, il fui de nouveau expulsé quel(|urs années après, les anciennes accnsalions d'inipiélé ayant été renouvelées contre lui. 11 finit par mourir eu ju-ison en 1738.
Guillaume (lowai'd, docteur en médecine, avait publié, sous le nom d'Estibius Psjcaléthes^ àc nouvelles réjlexiuns sur l'dine humaine. Il y soulenait que le sentiment de la spirilualilé et de rimmo:ialilé de noire ànic, ce sentiment si universel, si noble, si digne de l'homme et de son auieiir, était une invention païenne, une source d'absurdités, et une insulte laite à la philosophie, à la raison et à la leligion. Il confirma ces assertions dans son Essai pid^lié en 1704. Ces deux ouvrages furent déférés à la chambre des communes, qui crut sage de réprimer ces écarts naissants d'un parti qui annonçait aussi hautement son opposition aux vérités révélées. Ou nomma k\\\ comité pour examiner les livres de Coward. Henri Saint-Jean, depuis lord Bolingbroke, en était membre. Il fit son rapport, le J7 mars, et cita une douzaine de passages les plus hardis. L'auteur fut appelé, et se montra disposé à se rétracter. On le laissa tranquille, mais on condamna ses écrits nu feu. La sen-
ANNEE ITU4. 20*
tence fut exécutée le jour suivant. Coward continua à dogmatiser dans le même sens, et la liste des détracteurs du christianisme s'augmenta sensiblement en Angleterre.
Dans le parti arien, les plus célèbres sectaires furent "Whiston, Clarke et Emiyn.
[[GulllaumeWhiston, ministreanglais, connu pardivers travaux en mathématiques et par ses liaisons avec le célèbre Newton, attaqua avec violence le dogme de la Trinité. Son entêtement et la fureur qu'il avait de faire des prosélytes le firent exclure du parlement, chasser de l'université,et poursuivredevant la cour ecclésiastique du haut et bas clergé, qui condamna ses livres.
Samuel Clarke, connu surtout par ses solides Discours sur l existence et les attributs de Dieu, parut enseigner également l'arianisme datis l'ouvrage intitulé : Doctrine de V Ecriture sur lo Trinité. Ses ouvrages ayant été déférés à la Cour ecclésiastique, la chambre basse présenta l'ouvrage comme attaquant la doctrine reçue sur le dogme fondamental : mais la chand)re des évêques, désirant éviter tout, ce qui pouvait apporter quelque trouble, se contenta des explications de l'aulf'ur et de la promesse qu'il fit de ne plus écrire sur la Trinité.
Emiyn, autre théologien prolestant, mais non conformiste, s'élant également déclaré contre le dogme de la Triiùié, fut privé de ces fonctions, condamné à une forte amende et h la prison, où il resta deux ans, sans que cette disgrâce le fit renoncer à ses erreurs. ]]
Nous n'aurons cpie trop d'occasions de signaler les effets et les progrès de ces sectes pernicieuses.
— 1 2 avril. « Monr de Bossu et. La vie et les ouvrages de Bossuet sont trop connus pour qu'il soit nécessaire d'entrer dans des détails qu'on retrouve partout.
Chaque année de son épiscopat avait été marquée par de grands travaux et des .services émiuents rendus à l'Eglise. Ou sait avec quelle exactitude il varjuait aux soins de son diocèse. Son attachement à son troupeau, dont il ne s'éloignait qu'à regret et par nécessité, ses prédications, ses
2î)Ô ANIMÉE 1704.
règlements, ses orflonnances, les catéchismes et les livres de prières et de piété cpiil a composés jioiir ses diocé.^ains, ses fréquentes visites pastorales, les svnodes qu'il tenait cijaqne année, lémoijjiienl assez que Cossnet n'éiait pas senlemeni le pins grand génie de son s ècle, mais encore un pasienr pieux ei plein de zèle, à qui les iniérèls généraux de THgiise ne faisaient pas onhlier son |)ropre diocèse.
Tant de travaux alfaiblirent su santé. Il était atteint de la pierre, et une maladie grave vint s'y joindre sur la fin de 1703. Le danger diniinua an bout de quelques jours, mais depuis ce lenqxs, Bussuet ne lit plus que mener une vie languissante. Il souffrit avec palience ses infirmités, et il les adoucissait par la lecture et Télude des siinies Écritures, qu'd avait toujours pris plaisir à méditer. Il mit même à profit les intervalles (|ne lui laissaien! ses douleurs pourpnblierlroisleltrcssnrlaprophéiied'l.sa'u', et une paraphrasedu psaume xxi, que le père La Hue appelle le àer-^ nier soupir de son élo(/ue//ce mourante. Comme l'abbé Le Dieu, son secréiaire, an moment où allait s éteindre celle gi\tnde lumière, lui parlait de la gloiin) qui devait lui survivre : Cessez vos discours, répondit Bossuet , et priez Dieu cju il me pardonne mes péchés. Parole bien digue de l'immortel orateur qui avait si souvent foudrové l^-s vanités du monde. Une dernièie crise l'enleva à Paris, où il s'était fait transporter pour être à portée de recevoir les scr cours des médecins. Il mourut dans les senlimenlsde résignalion cl de piélé auxquels il s'était si bien préparé par «ne vie consacrée au service de l'Eglise (l).
On sentit vivement en France le vide que laissait un si grand homme, et on rendit partout à sa mémoire des honneurs particuliers. Pluaieurs évétpies, une foule d'ec^ clésiasliques et de religieux distingués vinrent assister au
(1) 11 y a une ressenil>lance très frappante enire le récit de la dernitre maliidie di- B iisuct, et celui de la deruiere uialadie de Fenelou : niêine pieté, Tuènie abandon, niênie soumission à la volonté de Dieu : /iul i'oluutus (un était l'oraison favorite de Bossuet. Voyez ee qui eoiicirne la fin de ce grand Iiutnme dans l'Histoire de Bossuet, par le cardinal de Bausset, tome »v.
service solennel qui eut lieu à Meaux, le 23 juillet, et où le père de La Rue prononça son oraison funèbre-, éloge qui, comme le dit rilliisire Inslorien de Bossucl, sans répondre à la giandeur de celui qui en est le sujet, le représente cependant sous les traits Its plus propres à le faire admirei' et aimer.
Rome même crut devoir donner des regrets publics h ce gi'and évéque. Son oraison funèbre fut prononcée en janvier 1705, au collège de la Propagande, en présence des cardinaux membres de cette congrégation, et d'un concours prodigieux de tout ce que le clergé séculier et régulier avait de plus illustre.
— 13 mai. Mo(n de Boit.daloi e. Touché d'un saint désir de la retraite et voulant se préparer h la mort, Bourdaloue résolut de quitter l'aris et de finir ses jours en quelque maison de la province, où il pût se recueillir davantage et vaquer uniquement à sa perfection. Il éciivit, à cette fin, au Père Général, une lettre admirable dont on n'eut connaissance qu'après sa mort. Elle n'obtint pas ce qu'il en espérait; et le Père Bourdaloue crut obéir à Tordre du ciel en se soumettant à <;elui de ses supérieurs, qui voulaient qu'il se. sanctifiât lui-même en coniinuanl de travailler à la sanciificalion du prochain, i! se consacra avec une nouvelle ardeur aux assemblées de charité et aux pri,-ons ; il assistait les malades; il consolait les pauvres; et il réussissait dans ces soins pénibles et touchants, comme dans les fonctioi'.s les plus relevées de sa carrière évangéliqtie. Cependant il approchait de son terme, et son travail désormais ne fut pas long; Dieu le retira au moment qu'on s'y attendait le moins. 11 tondja malade le 1 1 mai, et dès le [)rcmier jour de sa maladie, il se sentit frappé à mort. Il ne perdit rien, dans un péril aussi pressant, de sa présence d'esprit. Son mal fut une fièvre intense, occasionnée par un gros rhume qui le tenait depuis plusieurs semaines, pendant lescjuelles son zèle l'empêcha de se ménager assez. Le dimanche, fêle de la Pentecôte, après avoir dit la raesse avec beaucoup de peine, il fut obligé de
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se mettre au lit. Quoiqu'il connût assez son état, il voulut néanmoins encore s'en faire instruire, et il pria qu'on ne lui déguisât rien. On lui parla comme il le souhaitait, et, sans allendre que la personne qui lui parlait eût achevé: C'est assez, répondit-il, je vous entends^ il faut, maintenant que je fasse ce que f ai tant défais prêché et conseillé aux autres. Dès le lendemain, il se prépara par une confession de toute sa vie à recevoir les derniers sacrements, et unit sa mort à celle de Jésus Christ, prenant les mêmes intentions que ce divin Sauveur mourant sur la croix. Apres avoir reçu les sacrements, il mit ordre à divers papiers dont il était dépositaire, avec le même calme que s'il eût été en parfaite santé. Mais sur le soir, il lui prit un redoublement auquel il n'eut pas la force de résister, et le mardi 13 mai de l'année 1704, il expira vers cinq heures du matin. Ainsi mourut, dans la soixantedouzième année de son âge, un des ])lus grands hommes qu'ait eus la compagnie de Jésus.
Nous avons extrait en grande partie cette relation de la préface que le Père Brelonneau a mise en tête des Sermons de Bourdaloue, dont il a donné, après sa mort, une excellente édition. »
— - Le -23 juin. M. de Tour.rîON donne a Pondichéry un
MANDEMENT CONTRE LES HITS MALABAIiES. Cc légat étaiî parti
de Cadix le 9 février 1703, et était arrivé à Pondichéry le 6 novembre suivant. Il trouva les missionnaires de cette contrée divisés d'opinion sur des pratiques cl des usages du pays. La mission de la presqu'île de l'Inde, partagée en trois, celle du Maduré, du Mayssour et du Carnate , florissait depuis longtemps. Saint François-Xavier en avait été le fondateur, et les membres de sa Société avaient travaillé avec zèle, après sa mort, à continuer son ouvrage. Mais ils ne lardèrent pas h s'apercevoir que les préjugés du pays apportaient quelquefois obstacle à la conversion des habitants. L'horreur de ces deruiei's pour les Européens, qu'ils appellent /'/a'/^uil?, était un des principaux points qui empêchaient le succès de la prédi-
ANNÉE 1704. «oy
cation. Ce fut pour parer à cet inconvénient que, vers le commencement du dix-sepiième siècle, un jésuite, nommé le P. Robert des Nobles, imagina de se faire passer parmi ces peuples pour un brame du Nord, c'esi-ii-dire, pour un membre de la caste la plus révérée en ce pays, et de se faire appeler sanins ou pénitent, nom qu'on donne dans l'Inde à ceux qui mènent une vie austère et retirée. Il prit donc Tbabil, les usages et la manière de vivre du pays, cachant avec grand soin le nom d'Européen, et imitant en tout les austérités des sanias indiens. Les autres jésuites suivirent son exemple, et ce ne fui pas la seule condescendance qu'on les accusa d'avoir pour les préjugés de ces peuples. On prétendit qu'ils s'asservissaient aux idées des Indiens, qu'ils toléraient des usages id()làli-i(|ucs ou superstitieux, et qu ils altéraient la pureté du cliristianisme par des lenq:)éramenls pernicieux. De là des disputes entre les jésuites, d une part, et de l'autre, les capucinset les autres missionnaires établis sur la cote de Coromandel.
M. de ïournon, arrivé à Pondiehéry, prit connaissance des démêlés, et après avoir consulté plusieurs jésuites mêmes, et examiné, pendant six mois, l'objet des contestations, il donna, le 23 juin, son Mandement, par lequel il défendait d'omettre aucune des cérémonies du baptême, de ledilférer, de donner aux néophytes des noms d'idoles, de marier les enfants à six ou sept ans, de porter le Taly avec la figure du Piilléar cl le cordon mvstérieux, de pialiquer dans les cérémonies nuptiales des usages superstitieux ou déshonnêies, de refuser d'entrer chez les Parias pour leur porter les saei-enients, de laisser aller les chrétiens dans les temples d'idoles pour y jouer des instruments, de prendre des bains autrement que par propreté, de se servir des cendres de vache, et de lire des ouvrages indécents ou superstitieux. Tel fut le Mandement que le légat publia, le I 1 juillet, au moment même de son départ de Pondiehéry pour la Chine.
Les missionnaires jésuites ne se montrèrent pas satisfaits de celte Ordonnance. Ils prétendaient que, parmi les
pratiques condamnées par le visiteur apostolique, les unes éiaienl indifférentes, et ils assuraient avoir retranché des autres tout ce qu'elles pouvaient avoir de contraire à la foi ou aux mœurs. Ils dé|Hilèrenl donc à Ronuî pour l'aire valoir leurs raisons, et demander qu'il leur fîit permis de conserver les pratiques du |)ays, telles qu'ils les avaient modifiées. Leur principale raison élait rattachement de ces j)eu|)lesà leurs usaf^es. On ne voit pas néanmoins qu'ils aient réussi aupics du Saint -Si('\'>e. Au cnnir-aire, un décret de riiiqiiisilion, du 7 janvier 1706, ordonna d'ohserver provisoirement le Mandement, oidre que Clément XI renouvela plusieins lois. Cepenilanl les partisans des rils malabares ne diseonlinucrenl point encore, à ce qu'il paraît, de les praticpier. Ils se i^ersuadèrent a|)paremment que la connaissance qu'ils avaient des localités, les mettait plus en état de jujjer sur ces matières. Ils prétendirent cpie le légal avait passé ses pouvoirs, et assurèrent cpie l'exéciiiion du Mandement ruinerait le christianisme dans ces conirées. lisse virent appuyés piu- deux évèques portugais, et la divis'on devint plus vive que jamais. Mais le Saint- Siège mainlinl avec fermeté l'ordonnance du visiteur. M. de Vi.sdelou, jésuite, qui ne pensait pas sur ce sujet comme plusieurs de ses confrères, et que M. de Tournon avait nommé évèque de Claudiopolis, fut chargé par lui et par le Pape de veiller à Tobservaiion du Mandement. Benoit Xlll et Clément XII furent encore obligés de prenche de nouvelles mesures que nous verrons confirmées par Benoît XIV.
— Le 10 juillet et jours suivants. Les prêtres càtholioies
IBL\NDA1S SONT OBT.IGÉS DE SE FAIRE ENREGISTRER DANS LA SES- SION DE LEURS COMTÉS RESPECTIFS. L'état dc désolation où Cfilît l'église d'Irlande, le bannissement de ses évèques, la destrnclion des communautés, ladispersion des religieux, tant d'entravesel de vexaiionsimposéesaux catholiques, nesullîsaient pasencorepour satisfaire la haine dc leurs ennemi.s. Aux lois rendues peu d'annéesauparavanl,sousGuillaumc, il fallut ajouter de nouvelles rigueurs. Au commencement
de 1703, la deuxicme année du règne d'Anne, une loi adopice par le parlemenl irlandais, portait que les juges de paix ciaieul autorisés à convoquer les parents et à exiger d eux de f.iire eomparaître , diiiis l'espace de deux mois, leur (ils absent du royaunie ; s'ils ne le faisaiint pas, et qu'ils ne prouvassent j)as cjue leur (ils était en Anfjle- (erre ou eu Ecosse, il serait cen>é par là nicuïeéudjji en pavs éiiangir, contre la loi rendue dans la septième année de Guillaume. Il n'est point peimis à une uu're papiste d'élever ses eiifauts a[)rès la mort de son mari, ou d'en avoir la tutelle, mais le chancelier du royaume poiu'ra les (Viettresous la garde des protestants. 5i uu (\\s papiste se (ail ptoteslanf, le père n'a pitis par \h même le pouvoir de disjîoser de ses biens, et le chancelier du royaume peut assigner au fils une pension convenable selou l'éiat et la coniliiiou du père. On oie {\u\ papistei la faculté d'acheter ou de louer des biens, à moins (pi'ils n'aient atteint trenteun ans. Si c|uel(prun séduit un protestant pour le faire /Jr/piste^ l'un cl Tau Ire sont sou mis à la peine diiv prosunutmiie, c'est-à-dire qu'ils sont hors de la protection de l'Elat, qu'ils perdent tous leurs biens, sont sujets à la prison perpé* luelle, ne peuvent témoigner ni suivre une action en justice.
Ce n'est pas tout, la même année 1703, on renouvela le statut porté sous Guillaume contre les évèques, lesdignitaires et les réguliers, et on y ajouta que, dans la session des quartiers de chaque comté, qui se tiendrait en 1704, après la Saint Jean-Baptiste, tout piètre papiste demeurant dans le royaume serait obligé de venir déclarer son nom , sou domicile, son Age, la paroisse qu'il dessert, (e lieu et le temps où il a reçu la piêliise, et le nom de I évéque qui l'a ordonné. S il ne le fait point, il sera traité comme les religieux, et tenu de sortir du royaume avant le 20 juillet 1704; autrement il sera mis en prison pour éire déporté; s'il revient, il sera ciiminel de lèse-majeslé. Aucun prêtre, quoique ainsi enregistré, ne peut avoir de vicaire, d'assistant ou de coadjuteur, sous peine de perdre
le bénéfice de son enregistrement et d'encourir toutes les peines portées contre les réguliers. Tout prêtre papiste qui exercera ses fonctions après le 1A juin 1705, sans être enregistré, sei'a soumis aux mêmes peines que les évêques et lesréguliersatteinls par le statut de Guillaume en 1697. Quiconque le cachera ou lui donnera l'hospitalité, le juge de paix, le magistrat et l'oHicier civil qui auraient mis de la négligence dans l'exécution de ce statut, seront frappés d'amende conformément à ce même statut.
Cette obligation de se faire enregistrer ne fut point une vaine menace. Quoif|u'il fût permis de craindre que la liste des prêtres et les détails que l'on exigeait d'eux, ne fussent dans la suite des moyens pour les inquiéter de nouveau, ils se résignèrent cependant à se faire inscrire, plutôt que d'abandonner leurs troupeaux déjà privés des soins des religieux. Les prêtres des paroisses comparurent donc devant les magistrats des comtés pour faire les déclarations prescrites. La listedes prêtres inscrits fut publiée à Dublin en 1705 par le gouvernement, et ellea été reproduite récenmient da; s le Catholic iegister,\)\.ïh\\y\, 1838, in-S". Elle présenta les noms de 1101 prêtres pour les trentedeux comtés. Sur ce nombre, 249 avaient été ordonnés dans les pays étrangers, en France, dans les Pays-Bas, en Espagne, en Portugal, en Italie, en Allemagne, el même en Hongrie. GiKupie prêtre ilevait aussi, suivant l'acte da parlement, |3iésenter deux notables qui se rendaient garants de sa bonne conduite et déposaient pour cela 50 livres sterliiigs. La liste présente aussi leurs noms.
L'acte de 1703 n'était que pour cinq ans et ne devait durer que jusqu'à la fin du parlement suivant ; mais un statut de 1709 le rendit perpétuel. Ce statut obligeait en outre les prêtres enregistiés à prêter serment, avant le 25 mars 17 10, devant les tribunaux deDublinou dans les sessions des comtés où ils avaient été eni'egistrés. S'ils ne le faisaient pas, et s'ils exerçaient leurs fonctions après le 25 mars 1710, ils étaient sujets aux mêmes peines que les religieux. Ce statut était directement contraire au neu-
vième article de !a capilulaiion de Llmerick, où il était dit qu'on ne demanderait d'autre serment que le serment ordinaire de fidéliié. Le seraient de 1709 allait bien plus loin; il obligeait h reconnaître que le fils de Jiicc|ues II n'avait aucun droit au Iroiie, et à soutenir l'acie du parlement qui appelait à la succession des pi'inces proieslants. Aussi les prêtres c|ui s'éiaienl (ait inscrire refusèrent de jjrèler ce serment, et sur les 1 101, il n'y en eut que 33 qui se soumirent à cette nouvelle exigence.
Le même statut de ITOU portail encore d'autres clauses dictées par le même esprit de persécution. Les prêtres enregistrés ne pouvaient exercer leurs (onciions que dans la paroisse pour lacpielle ils éiaient enregistrés; un curé mort ou quittant sa paroisse ne pouvait avoir un successeur ()a/>iste. Quiconcpie découvrirait 1 1 ferait prendre un évêqiie, un grand-vicaire, un jésuite, un religieux de tpielque ordre que ce lût, ou un prêtre séculier non-enregisiré, recevrait 50 livres sleilings poui* chaque évêque ou grand-vicaire, et vingt pour chaque légidier ou séculier non enregistré: et cet argent serait pavé par les papistes du comté oii l'évêcpie, prêtre ou religieux, aurait été trouvé. Lue pension de 30 livres st. sera donnée au prêtre pipiste qui embrassera la religion protestante : cet ailicle de la loi doit durer sept ans. Les maî- Ircs d école papistes, les précepteurs et sous-précepteurs de la même communion , soit datis les écoles publiques, soit dans les maisons particulières, sont soumis aux mêmes peines que les religieux.
Conçoit-on bien cette haine opiniâtre, celte perpétuelle aggravation de peines, et cette habileté funeste à imaginer sans cesse de nouvelles sévérités.'' Mais les protestants s'irritaient de jilus en plus de I inutilité de leurs elforls précédents, et se flattaient de réussir en redoublant de rigueurs. Ainsi ils crurent avoir fait merveille en insérant dans le dernier statut que la récompense pi'oraise au délateur d'un évêque ou d'un prêtre serait payée par les papistes du comté. Ils espéraient par-
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venir par là a délac)ier les troupeaux de leurs pasteurs; mais la niasse du peuple irland;iis repoussa ces tentatives immorales de séduction. 11 rappelait par ses vœux les évècpies et les religieux expulsés, et plusieurs commençaient en effet à retourner en Irlande en 1708(1). En 1707 et les années suivantes, le Pape remplit la plupart des évéehés vacants. Clément XI invita en même temps cpielcjues souverains catholicpies à intervenir auprès de la reine Anne, pour l'engager à ne pas presser l'exécution rigoureuse des nouvelles lois. H y a des brefs de ce pontife à ce sujet aux empereurs Léo[-old et Joseph et aux rois de Portugal, Pierre et Jean. On a lieu de croire que ces représentations ne furent pas sans fruit. Anne ne devait pas personnellement éire hostile aux catiiolicpies. Fille de Jaccpies 11, sœur du prétendant, elle souffrait de voir sa famille dépouillée de ses droits en faveur d'une famille éirangère. Mais l'esprit général de sa nation et celui de son ministère l'empêchèrent souvent de montrer ses véritables sentimenis.
Il y eut en Irlande, sur la fin de son règne, rpjelques persécutions locales par suite de dénonciations particulières. Il se trouva des misérables qui, par lappàt d'une récompense honteuse, dénoncèrent et firent prendre des prêtres séculiers ou réguliers, qui furent ensuite dé|wrlés au delà des uîers. Thomas Burke dit avoir connu plusieuts de ces derniers qui trouvèrent moyen de rentrer en Irlande après une absence plus ou moins longue, et qui vivaient encore de sou temps. Il ajoute que les dénonciations contre les prêlres auraient clé plus fréquentes sans l'infamie attachée à ce rôle honteux. Les délateurs étaient
(i) Nous voyons que 1d conj^rri^ntion de la Propis^nnite ccrivit en 1711 niix évcqiies iilaiuliiis alors aljseiits du royauiin', pour les ciii^aijfi' h y ri-ioiinuT. !'u('L:ii-d Piers, évè(|iie de NVaU-rlord, s'en excusa dans inu' Ictlre dalée de Foiitaint-hlcau U- 28 juillcl ITll. Il alléj^uait les dillicnllés du vciya^^c ; 11 se ri'iiilait d'aillcuis utile en France nu il suppleiiit des évè(|ues j)Oiir les touelions de leur ministère. Ko e(r«-t on lui donna r:il>l)aye de Saint-l'icire an diocèse de Chaloiis. 11 moulut â Sens en mars 1739, à l'âge de quatrevingt-quatorze ans, il était sudragant de rarclievêiiue.
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regardés dans le peuple comme des gens infâmes; on les uionlrait au dolgl dans les rues, on les flétrissait du nom odieux âe priest-catclief\ ou qui fait prei dre les prêtres. En 1718, un fonrhe , qui était juif portugais et nommé Gareia, se fit passer pour prêtre et parvint ainsi à connaître les prêtres véritables. 1! en fit prendre à la fois sept, trois prêtres séculiers, deux jésuites, un franciscain et le provincial des Dominicains. On les mit en prison, puis ou les déporta ; ils revinrent ensuite en changeant de noms, et échappèrent à la peine de mort dont ils étaient menacés par les lois antérieures.
Pour réunir ici tout ce c|ui regarde l'Eglise catholique d Irlande au commencement de ce siècle, nous parlerons en peu de mots de ce qui se passa à cet égard sous Georges ^'"^ , arrivé au troue en 1714. Ce prince refusa, dit-on, de sanctionner plusieurs mesures proposées par le l)arlement d'Irlande contre les caih()li(|ues. Cependant il prescrivit de nouveau le serment dit d'abjuration, parce cju'on y abjurait l'autorité des Stuarls. Ce serment pouvait être déféré par les juges de paix aux papistes et aux personnes suspectes. Eu 1717, lors de l'invasion du prétcîîdant eu Ecosse, plusieurs prêtres catholiques furent emprisonnés en Irlande, et l'on déclara que tous les catholiques seraient responsables de ce que les protestants auraient à soulfrir en cas d'invasion. En 1719, le cardinal Albéroni, premier minisire d'Espagne, voulut faire une tentative en faveur du prétendant. Une escadre espagnole partit de Cadix le 10 mars pour lAngleterie ; elle portait six mille hommes de troupes, la plupart Irlandais; mais elle fut dispersée j)ar une tenipête, et l'entreprise échoua complètement. Toutefois la nouvelle de cet armement avait fait prendre des mesures en Irlande contre les catholiques; on les désarma, on rechercha avec soin les prêtres et les religieux. Heureusement ce retour de sévérité cessa avec l'apparence du danger. Le l^^ octobre 1725, lord Carterel, vice-roi d'Irlande, ouvrit le |)arlemeat dans ce pays par un discours où il recommandait
la stricte exécution des lois contre le papisme ; mais prescjue en même temps, par une sorte de compensation, TarclicNeque protestant d'Armagli tenait rassemblée de son clergé, et Texhorlait h la douceur et à la modération. En 1726, une loi statua qu'un prêtre catholiqjie ne pourrait, sous peine de mort, marier deux protestants ou un proleslant avec un catholique. Il y eut, dit Thomas Burke, des prèircs catholiques punis de mort pour avoir enfreint cette loi.
• — Le "26 octobre. Laiv.ent Buti, évêque de Carpentras,
ÉUIGE LA COMMUNAUTÉ DES PliETRES DE SaI3N'TE-G AI'.DE (dans Ic
Comtai). Celte société de missionnaires reconnaît pour fondateur Laurcnt-Doininitpie Berlet, prcire d Avignon, né le 5 août 1671. Jeune encoi'C, Bcrttl s'était mis sous la conduile de l'abbé de Vacci, qui jouissait dans Avignon d'une réputation méritée de zèle et de sagesse. Ils s'associèrent cpielqucs ecclé>iasliques avec lesquels ils faisaient des insiruclions familières au peuple. L'abbé de Yacci dii-igeait celle petite communauté où régnaient 1 union, la ferveur et l'esprit de pauvreté. Telle fut l'origine du séminaire Saint-Charles d'Avignon qui fut depuis nui au séminaire Sainl-Sulpice. L'abbé Berlet quitta ])ourtant depuis celte maison par le conseil d'un religieux Minime fort éclairé, le Père d'Élienne, dont la vie a été ])ubliée. Il se lia élroilement avec un autre vertueux ecclésiastique du Comîal, Alexandre Martin, curé de Saini-Didier, qui avait bàli près Carpeniras une chapelle sous le lilrc de IXoire-Dame-de-Sainte-Gaide , et qui avait formé le projet d'établir une société de missionnaires pour le pavs. Deux ecclésiasiiques d'Avignon , MM. de Benoît et Mazelli, se joignirent à eux. Mais le curé de Saint-Didier ne put les assister longtemps de son expérience et de son zèle. Il mourut le 13 juillet 1703, à Tàge de soixante-douze ans, ayant occupé sa cure ])lus de quarante ans et ayant toujours élé pour ses paroissiens un modèle et un père. La perle du pieux pasteur fut compensée par l'adjonction d'un jeune ecclésiastique, Joseph-
François de Salvador, d'une faniille honorable d'Avif^non, qui devint nn des plus zélés coopérateurs de l'abbé licrlel. De Salvador, né en 1668, avait d'abord servi dans les armées, et élail devenu capitaine dans nn réjjiinent d'infanleric. Des raisons de sanlé le rappelèrent dans sa famille. Un sermon qu'il entendit le toucha. Il résolut de se donner à Dien, et s'occupa de bonnes œuvres. On le vit mener une conduite toute difTérenle, fuyant le monde, et édifiant la ville par la pratique des vertus chrélieiuies. Son directeur l'éprouva pend;int cinq ans, et lui conseilla enfin d'embrasser l'éiat ecclésiastique. L'abbé Bertet, avec lequel il se lia, le confirma dans celle vocation. De Salvador s'arracha h sa famille, se rendit au séminaire de Viviers, el fut ordonné prcire en 1701. Il se réunit à la société naissante formée par Tabbé Bertet et connnença h se livrer avec lui aux travaux des missions dans le Comtat et la Provence. Des missionnaires dits de la Croix, qui occupaient une maison à Sisleron sous la conduile d'un sage ecclésiastique, l'abhé Tyranni, se joignirent à eux. Cette communauté fut surtout favoiisée dans les commencements par les conseils el l'influence du père d'Etienne, dont nous avons parlé. En 1705, l'évèque de Carpentras , prélat fort recommandable, comprenant les services que pouvaient rendre ces missionnaires, les reconnut et les autorisa pour son diocèse. L'archevé(|ne d'Embrun confia en 1702 à l'ahbéBerlet la maison de Notre-Dame-du-Lans, pèlerinage irès-lréqnenlé en Dauphiné. La nouvelle société se distingua surtout par son aliachement au Saint-Siège et par son éioignement pour les nouveautés qui troublaient alors l'Eglise. Elle (orma nn séminaire h Avignon et Tabbé de S.ilvador en fut établi siqiérieur. L'archevêque d'Avignon, de Gonteri, l'encouragea, el depuis, le prélat voyant le bien que cette maison faisait dans son diocèse, en approuva les règles le 6 janvier 171'J. L'abbé de Salvador ne négligeait cependant pas l'œuvre des missions. Bertet et lui, lauiot unis, lanlot séparés, se rendaient là où les évêqnes
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les appelaient, ranimaient la Coi par leur zèle et doiinaient au«;si deâ reiraiies ecclésiaslicpies. L'abbé de Salvador fut fait grand-vicaire d'Avignon et monira son coiirape et son dévouement lors de la peste cpii ilésoia la Provence. Appelé aux conciles d'Avignon et d'Embrun, il y fut un des soutiens de la bonne doctrine. On lui ofTiit d'èire grand- vicaire de Senez à la place de l'abbé de La Moite, cpii venait d élre nommé h l'évcebé d'Amiens; mais l'abbé de Salvador refusa une place qui l'eût conduit h l'épiscopat.
En I7;iy, l'abbé Bcrtet, supérieur des missionnaires de Sainte-Garde, fut enlevé à ses confrères. Il donnaii aloi'S une mission dans le diocc.^e de Glandèves, un de ceux où il avait le plus exercé son laborieux minisicie. Ce diocèse s'élendaii hors de France, et le pays est irès-montneux. L'abbé Brrlel donnait depuis cpielqiKS semaines une mission au Pugei, loi'scju'il ioud);i malade le 17 mars. Le mal fil de grands |irogrès, et au bout de peu de jouis il mourut dans des sentiments de foi el de piété dignes d'une vie toute apostolique. On transporta son corps en FÈ-ance. Parte Jt sur la roule , le clergé lui rendit de grands honneurs; on l'inhuma h Sisieron. Il n'était prcstpie point de paroisse qui n'eût été visitée et évangélisée par lui dansée diocèse. On peut voir V^hrégé de sa Fie par un prêtre de sa congrégation, Avignon, I75S, in- Pi, où se trouve sa Conriuile spi/iiurlle, c'est-à-dii-e I idée qu il s'était formée de la perfection, ses conseils pour v arriver, et sa manière de sancliner les missions. Le volume est terminé par ses Lettres spiriiiieUes.
L'abbé de Salvador succéda à 3L Bertet dans la chnrp:e de supérieur de la congrégation. Il lui donna dis règles, et tint une assemblée généi'ale où elles furent acceptées. Il bàlil le séminaire d'Avignon. Son vif désir était que sa soriélé de missionnaires lût approuvée à Home Joseph de Guyon de Crochan, transféré récemment de Cavaillon à l'archevêché d'Avignon, adressa en sa faveur un Mémoire h Kome. Il y envoya aussi les règles du nouvel
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institut ; elles furent examinées avec soin. La Fie de M. de Salvador dit que Benoit XIV lit expédier la bulle de confirmalion qui eonunence par ces mois : Unhersi dovùnici giegis^ et qui est dans la forme la plus solennelle, sous la date du 16 des ides de mars 1743. Cependant celte bulle ne se trouve point dans le Bullaiie ; de plus, la date est fautive : il n'y a pas de 16 des ides de mars. Quoi qu'il en soit, l'abbé de Salvador reçut la bulle qui lui fut transmise par le vice-légat d'Avignon, Pascal Acpiaviva. Elle lut publiée le 21 juin 1744 avec un bref d'indulgences plénières pour ceux qui visiteraient ces jours- là l'église des missionnaires. L arcbevéque, beaucoup de membres du clergé, cl un grand concours de fidèles assistèrent à la cérémonie.
L'abbé de Salvador survécut peu à un événement si consolant pour lui. Il partit au commencement de septembre 1745 pour donner une mission à Mallemort, diocèse de Car])enlras : c'était la quatrième fois qu'il évangélisait celle paroisse, il y tomba malade, et l'on fut obligé de le transporter à Avignon où il languit pendant deux mois. Avant de mourir, il adressa à ses prêtres rassemblés autour de son lit des paroles pleines de piéié, et expira le 2G novembre 174r). L'arcbevècpje d'Avignon assista au service, et plusieurs évcques voisins témoignèrent de l'estime qu'ils faisaient du respectable défunt. Il avait fait commencer avant sa mort la conslructi(in d'une nouvelle cbapclle h Notre -l)ame-de-Saiule-Garde- des-Cbanq^s, l'ancienne tombant en ruine. Celle cbapelle ne fui acbevée (pie sous son successeur, Paul Gaspard Deponte, et la consécration en fut faite par l'évèque de Carpeniras, M. d'Inguimbcrt, qui saisit cette occasion de faiie l'éloge du précédent supérieiu' dont le cœur fut déposé dans celle cbapelle. Voyez la Fie de Salvador^ Avignon, 1761, in-12. A la fin on trouve des Lellres spirituelles (\e lui et une Notice sur Alexandre Martin , dont il a été parlé plus baut.
Les missionnaires de Sainte-Garde ont subsisté jusqu'à
hi Révolution. Ils avaient alors six maisons, Sainte-Gardedts-Chanips, qui était le berceau de la congrégation, Sainle-Garde d'Avignon, où était le séniinaiie pour les missions, et les maisons de Carpentras, d'Arles, de Sisleron eldu Lans. La Révolution les dispersa j et depuis ils n'ont pu se rétablir.
— Le 6 mai. Moht de l'empeueiih Léopold \". [[ Nous avons l'ait connaître ailleurs le caractère et Ks qualités de ce prince. Voyez Tableau fiistoii(/ue, p. 135. Il eut pour successeur Joseph 1", son fils aîné, déjà reconnu depuis 1690 comme roi des Romains, et frère de l'archiduc Charles, qui disputait lacourouned'EspagneàPhilippe V.]J
— Le 15 juillet. Bullk Vl^EAM Domiki. Nous avons donné dans le Tableau histurique^ p. 48, tous les détails concernant cette importante décision.
— Le 15 janvier. Bref du Pape avx membues de la. DEr.KiiiuE assemblée du cleugé. Lorscpie la constitution F^ineam Dumiiii était arrivée en France, le roi l'avait adressée, le 2 aoïit, à l'assemblée du clergé qui se tenait à Paris. Le lendemain, le cardinal de Noailles, président, en parla à ses collègues dans ini discours, où il s'expli(|ua, dit -on, avec assez de vivacité contre les 3Iandiiuenls donnés par quelques prélats dans l'alTaire du Cas de conscience. Il assura que 1 lilglise ne piétendait pas être infaillible dans la décision des faits même dogmatiipies, qui ne sont pas révélés Son discours ne fut point inséré dans le procès-verbal. On y lit seulement (pi'il exposa l< sgrands biens que l'Kglise pouvait espérer de la bulle, et (ju'il témoigna ne pas douter que l'assemblée ne la reçût nonseulement avec respect, mais même avec joie. Il nomma sur-le-champ des commissaires chargés de faire un rap-
port sur cet objet. A leur tète était M. Colbcrt, archevêque de Rouen, qui fil son rapport le 21 août. On ne le trouve pas non plus dans le pnjcès-vcrbal. On y lit seulenienl qu'il le finit en établissant qnehpies maximes que l'assemblée ailopla : 1" Les évoques ont droit par institution divine de juger des niaiières de doctrine ^ 2" les constilulions des papes obligent toute l'Ejjlise, lorsc|u'elles ont étéaccepiées par le coi ps des pasieurs; 3" cette acceptatioii de la paît dis évècjues se (ail toujours par voie de jufjement. Apres avoir établi ces maximes, qui n'étaient peut-éire pas infiniment nécessaires, puisqu'il n'y avait j)as de conleslation à cet éfjard, l'assemblée arrêta qu'elle recevait la consiilnlion avec respect, soumission et unanimité. Le f' septembre, la facullé de théologie de Paris suivit cet exenq)le : quatre jours après, la bulle fut portée au parlement avec des leiires patentes du roi, et y fol enregistrée le même jour. Elle fut aussi envoyée aux évècpics, qui donnèrent successivement leurs Mandements pour la faire pnblier. Les évéqnes de Senez et de Montpellier le firent comme les autres, démarche d'autant plus remarquable de leur part, que ces prélats suivirent bientôt une route difiérente. Il n'y eut que révè(]ue de Saint-Pons, qui se dislingua de ses collègues, et qui donna un Mandement pour la justification du silence respectueux. Cependant le Pape se montrait peu satisfait de rassemblée du clergé. Il avait appris la manière dont les archevè(|ues de Paris et de Rouen y avaient parlé. Ceux qui étaient mécontents de la bulle se vantaient que ces prélats leur avaient été favorables. Parmi les autres évêques de l'assendDlée, on en comptait quelques-uns qtii depuis se déclarèrent ouvertement pour eux. Clément XI était d'ailleurs choqué de l'afTectalion avec laquelle on avait ré|)été partout dans les lettres circulaires et clans les M.indemenis, que les évéqnes n'étaient pas de simples exécuteurs des décrets apostoliques, et que les constilullons obligeaient après racceptaiion solennelle des pasteurs. Il craignit peut-être que l'on n'eût voulu insinuer que les évêques
avaient le droit de juger les décisions du Saint-Siège, ou bien qu'on ne prélendît qu'il fût besoin d'une aceeptiiiion solennelle des conslilulions, pour elre tenu d'y déférer. Il esl cerlain que si telle eut été rintenlioii de l'assemblée de 1705, elle eût pensé différemment de celles qui avaient précédé. Les évêques , en examinant une constiluiion apostolique, ne la jugent pas eux-mêmes; ils jugent plutôt avec le Pape, cl leur jugement, pour être valide, n'a pas besoin des formes solennelles. On sent d'ailleurs qu'une acceptation tacite sullil le plus souvent. [[On peut voir en particulier les explications que Fénelon, si connu par son parfait dévouement au Saini-Siége, donna au sujet de ci:tle alTaire, dans une lettre adressée au cardinal Gubrielli (l). Après avoir reconnu qu'il v aurait eu quelque chose d'inconvenant et de contraire à l'ordre canonitpie, si quelques évèqnes, qui n'étaient pas même assentbiés en concile provincial, avaient cru pouvoir examiner une sentence portée solennellement par le Saint-Siège, l'illustre prélat fait voir qu'on ne peut pas leur adresser les mèmjs reproches si, après fpie le jugement a été porté par le Pontife romain, les évoques veulent aussi prononcer la même sentence avec leur chef. « Quel inconvénient peut-on trouver, de- » mande-l-il, en ce (pie tous les pasteurs qui ont été éia- » blis par l'Espril-Saint pour gouverner 1 Eglise, et à qui » a été confiée la garde du dépôt de la foi, déclarent, en » union avec le Prince des pasteurs, que telle vérité est )) une partie de ce dépôt qu'ils gardent en communauté ? » L'exemple de la définition d un concile œcuménique présidé par le Pape, lui sert à expliquer sa pensée. Après même que le souverain Pontife et la grande majorité des évêques ont porté le décret, néanmoins, selon l'antique usage, ceux qui parient ou s'inscrivent les derniers, ne
(l)OEuvres de Fénelon, édit. de Versailles, tome m, page 465- Voyez aussi dans la cuirespondaiice de I"'eii<;lon, tome m, les lettres relatives il cette affaire, et entre autres, celles du P. D'Aulx'ntun, jésuite, page 140 de ic volume. ^Consultez aussi V/liitoire de Fciieloii , édition dernière, j)ar M. Gosselin, tome m, page 447 et suivante». Kt/ileiif.
iaissent pas do le faire clans colle forme : Defmiens sub" scripsi; « preuve corlaiiic, conolul-il, que, qMoi(|irnnc M auiorié supérieure cl irrécusable ail prévenu leurs suf- )) fraj;c'S, ils couscrvcul ccpendanl le droil de juger. Ce » droit n adaiblil pas rohiigaliou de se souiutiirr, ol To- » bligaiiou de se souuieltre ne détruit pas le dmil de ju- » ger. » Ou voit aussi p.ir une lettre de Féueltm, précédemment adressée au cardinal Fabroui, quelles raisons aviiicut porté, soit les évci|uesde rassendilée,S()it plusieurs de leurs collègues, h insister sur luuauimiîé du corps des pasteurs : c était afin de couper court à ces arlifices dis jansénistes (pu chercbaient toujours à faire ciboire qu'on ne \oulait autre cbose que d'établir l'infaillibilité absolue des Papes, et rpii par-là essavaient d'éveiller la susceptibilité de la magisirature. Ces ex|)liealions de Fénelon parurent salisfaue le Pontife, qui fil témoigner à l'archevêque de Cambrai qu'il le félicitait de ses vues pacifiques ei concilianles (l). ]]
D'un autre colé, douze archevêques el évêques, prélats parmi lesquels se trouvaient plusieurs de ceux qui avaient fait partie de l'assemblée de 1705, adressèrent au Pape, le 10 mai 1710, une explication des endroits du procèsveibal f|ui avîiieni donné lieu aux plaintes. Le cardinal de Noailles, qui devait d'abord signer aussi cette pièce, mais qui le refusa ensuite, consentit enfin, après beaucoup de délais, à écrire au Pape, d'ajirès un modèle convenu. Ce ne fut que le 29 piin 1711 qu'il envoya son explication. On remarqua déjà eu lui, dans celle affaiie, des préveutions cpii ne firent que s accroître, et trop de facilité à suivre des conseils dent il eut dû se défier.
— Le 5 janvier. Jugement rendu a Londres, contre
(1) Correspondance de Fénelon, tome i, pagq 336. Une lettre de Fénelon au duc de CUevreuse, du 10 janvier 1710,
5j7i ANiNEE 1707.
LES FANATIQUES DES Cevennes. Nous avons parlé, sous 1702, lies prophètes et des inspirés qui furent la cause du soulèvement de ce pays et des crimes qui le souillèrent. La valeur des troupes et l'iiabilelé des généraux apaisèrent la révolte, mais ne firent point cesser l'esprit d'eireur et de veriige qui l'avait produile. Les enthousiastes, qui avaient plus d'une fois annoncé à leurs sectateurs une victoire certaine , continuèrent h prédire, même après que l'événement eut si mal justifié leur science prophétique. Seulement ils se cachèrent avec plus de soin, et lorsque la tranquillité fut rétablie, plusieurs d'entre eux se retirèrent à Londres pour y être moins gênés dans leur métier, et pour y suivre, plus à Taise, les inspirations de Yespril. Ils s'y firent bienlôt un parti parmi les protestants réfugiés, et ils trouvèrent des dupes dans cette p^rande ville, comme ils en avaient trouvé dans les montagnes du Languedoc. Trois d'entre eux ^ Marion , Page et Cavalier, se distinguèrent dans la foule par un plus grand talent. Ils avaient reçu le don au plus haut degré, et ils le prouvaient par des tours de force prodigieux. Ils éprouvaient, pendant I inspiiaiion, des agitations extraordinaires, jetaient de grands cris, remuaient la tcte et les bras, et se secouaient si fort, qu'on ne pouvait les retenir. Ils passaient plusieurs jours sans manger, connaissaient l'intérieur des consciences, et débitaient de fort beaux discours, toujours au nom de Vesprit. Nous avons lu plusieurs de ces discours, qui sont à peu près les mêmes que ceux de convulsionnaires d'une autre espèce dont nous parlerons dans la suite. Ces deux sortes d'imposleins se ressemblent parfaitement. La don des uns a beaucoup d'analogie avec l'œuvre des autres. Leurs contorsions et leurs prophéties sont également ridicules. Seulement il faut reconnaitre que la gloire de l'invention appartient incontestablement aux échappés des Cévennes, et qu'il ne reste aux saltindianques, qui brillèrent, avec tant d'éclat, h Paris quelques années après, que l'avantage d'avoir étendu et perfectionné ce que leurs prédécesseurs
ANNEK 1101. 273
avaient commencé. Les uns et les autres ont été d'ailleurs également reconnus et tournés en ridicule.
T.MuIis qu'à Londres la populace s'enjjouait des trois fanaliques dont nous avons |)arlé, el que la crédulité les transformait en proplièies vérilahlcs. les gens sages se mo(|uaicn( de leurs jongleries. Le 5 janvii.-r 1707, plusieurs ministres protestants pidjlièrent un écrit où ils montraient ce qu'il fallait penser des trois Cévenols. Ceux-ci réchnnèrent contre ctilc condamnation, et en appelèrent à Dieu. Il se trouva même des écrivains pour prendre leur parti. MM. Daudé et Porlalès alleslèreni que Vesprit parlait par la bouche de Marion. Fatio Duilicr, lilléralenr et mailiématicien connu, se fil secréiaiie des prétendus prophètes, et il pcrsévéïa dans son illusion jns(|u'à sa mort, en 17^3. Misson, pioleslant zélé, ancien conseiller au parlement de Paris, connu par un Vojnge en Italie , plein d aigieur et d'emportement contre lEglise romaine, se déclara hanlement pour les trois accusés, et publia , sous le liire de 71iécitie sacré des Cévennes, un livre où il prouve sans réplique qu'eux et les autres inspirés sont réellement animés de l'esprit de Dieu. Les détails où il entre à ce sujet sont cui'ieux, et Ton ne sait (jui on doit le pins admirer, ou des (biu'bes qui ont su en imposer avec tant d'extravagances, ou d'un écrivain qui raconte sérieusement ces scènes boufTonnes, el qui voit le doigt de Dieu dans ces mensonges hypocrites. Son livre ne convertit pas les ennemis de nos inspiiés. Le 4 juillet de la même année, un tribunal de Londres condamtia un recueil de prophéties d'un de ces enlhousiasies. Le 15 octobre suivant, les trois consistoires des églises protestantes françaises s'éiant réunis à Londres dans un de leurs temples, condamnèient soleimellement un ministre , Lions, qui s'était laissé séduire par les nouveaux pi'ophètes , et qui aima mieux être déclaré snsj^ens de ses fonctions que d abandonner celte seeie ridicule. La contagion gagna niéme parmi les Anglais. Sii- Richaid Bulkeley, un gentilhomme nommé Lacy, un autre Anglais
appelé Emms , euront le malheur de devenir aussi prophètes. Lïcy, entre aunes, fil des nurncles, disiribua la cène à sa manière, eut des p;iriisans, et signala sa mission par des tours de eorde très-surprenants. Il devait redresser des iiuiteux el même ressusciter un mort. Qutlquc'S accidents cnjpcehcrent le succès de sa prédiction. Ces disputes faisaient du bruit. Il parut plusieurs écrits pour et contre. Le gouvernement conuuençail, dit-on, à salarmcr des troubles cproccasionuaient les folies des réfugiés français et de Lacy, lorsc[ue le lord Shafusbnry publia sa LpHio sur l' Eiilliousiasnic. Il y étendit sa critique sur lis objets les pins res|H'Ciables, el ce n'est pas ce que nous voulons approuver. JMais il se moqua aussi, du Ion le plus gai et le plus spirituel , des fanaiicpies, qui ne purent se relever de ce coup-, et il obseivait , entre autres, que jiarmi les réfugiés venus en Angleterre, il y avait beaucoup de canaille el de gens sans mœurs, cpie la France n avait pas eu troj) de lort de punir el de chasser. Le livre même de .Misson prouve la vérité de celte remar(jue, et on y voit un des inspirés a\ouer le dérèglement de ses mœurs. De tels prophètes n'étaient pas (ails pour inspirer beaucoup de confiance. Aussi il paraît cju'ils perdirent peu à |)eu leur vogue, et qu'ils ton:bèrent dans le mépris (p« ils méritaient si bu^n.
— Le i^ janvier. JMakdemf.nt donné a. Nankin, par
M. nE T(>UH>ON , CONTKE les CÉliÉMONIES CHINOISES. NoUS
avons laissé, en 1704, le légat partant de Pondichéry. Il ne prit terre à la Chine (|ue le 8 avril 1705, pan il de Canton pour Pékin, le 9 septembre, el arriva dans celle dernière ville après deux mois de voyage. Le 31 du même mois, il eut une première audience de l'empereur Kang-hi, qui régnait alors en Chine, et enl tout lieu de se louer de l'accueil qu'il en reçut. D'Avrigny, dans le récit qu'il fait de celte ambassade, ne donne pas une haute idée de la modération et des lumières de M. de ïournou , ainsi que de M. Maigrot, évèque de Conon, el vicaire apostorK|ne. Mais cet écrivain ne paraît occupé qu'à justifier ceux de
ses confrères qui favoiisaient les cérémonies chinoises. On (lirait qu'il compie pour rien le sentiment des antres missionnaires, lauloriiédu lémit el les décisions du Saint- Siège. Celte deinière raison seule aurait dîi retenir un religieux, qui, dans toute autre occasion, iail profession d'un respect légiiime et d'un zèle louable pour les jugements apostoliques. Quoi qu'il en soit, le légat, dans une autre audience , ayant parlé à l'empereur d'une manière peu favorable aux cérémonies tolérées par les Jésuites, et M. Maigtol, que le prince avait cité devant lui, ayant montré les mêmes dispositions , l'empereur, mécontent, fit signifier h iM. de Touriion un ordre de reiomner en Europe. Peu après il bannit de ses Etats I évècpie de Conon et deux autres missionnaires. Ou a deux lettres écrites dans ce temps par le légat, l'une à iM. Maigrot, l'autre aux Jésuites résidant h Pékin. Il y ineul[)e fortement ces religieux, et leur reproche d avoir abusé de leur faveur auprès du prince pour traverser sa légation. Il paraît, en effet, (|ue ces luissionnaires ne cherchèrent pas à favoriser la mission du patriarche d'Antiocbe.
IM. de Tonrnon ne croyant plus avoir rien h ménager après le traitement qu'on lui avait fiit épi'otiver, donna à Mankiji son Mandement pour tléfendre les sacrifices que les Chinois ont accoutumé de faire à Confueius et à leurs ancêtres, et ponr interdire l'usage des tablettes et celui des mots Xanifi et Tien pour signifier Dieu. Il annonçait en même temps un décret rendu à Rome, le 20 novembre ITO-I, par lec|uel le Pape apjirouvait en grande pajtie le Mandement donné par M. JMaigrof, en 1G93, et ordonnait de se conformer aux décisions annexées à son décret. Cette autorité eût dû finir la dispute. Mais le légat n'ayant pas joint le décret du Pape à son Mandement, les paitisans des cérémonies proscrites trouvèrent encore ce prétexte pour ne pas se soumettre. Cependant l'empereur de la Chine, irrité de la démarche cpie venait de faire M. de Tonrnon , ordonna de le conduire à Macao, où il resterait sous la garde des Portugais. C était le livrer à ses enne-
mis. Les Portugais l'accusaient d'avoir présenté contre eux (les mémoires à la cour. Il fut donc conduit à Macao, éiroilemeiil gardé et traité avec rigueur. Le Pape l'avait, dans le même temps , déclaré cardinal. Celle dignité n'adoucit point sa situation. Les évètpies d'Ascalon el de IMacao et les Jésuites appelèrent au Saint-Siège du Mandement du 2r) janvier 1707, dont ils prélendaienl l'exécution impossible.
La position des missionnaires en Chine devenait de plus en plus fâcheuse. L'euipereur, antérieurement au Mandement , avait rendu un édil qui leur défendait de rester en Chine, à moins (pi'ils u'obiinssent une permission par écrit, (pii ne devait leur cire accordée cpi'apiès cpi'ds auraient approuvé les honneurs usilés envers Confucius, et promis de ne plus relourner en Europe. Quelcpies missionnaiies se virent donc bannis. Mais la plupart j)arviurenl à se dérober aux recherches, et resièrent dans le pays en observant le Mandement du légat. Les Jésuites fmvnt presque les seuls qui prirent des lellres-palenles impériales. Ils déiluisircut leius raisons dans leur appel du 28 mai 1707, qui fui signé de vingt-deux d'entre eux. La principale éiait la ruine du christianisme, qu'ils annonçaient connue la suite inévitable de la démarche du léfat. Ce malheureux prélat, toujours retenu à Macao, y essuyait toule sorte de mauvais iraiiemenis. Kaug-ni avait ordonné qu'on le privât de tcule connnunicalion , même avec les missionnaires. Le vice-roi de Goa, l'archevêque de celle ville et révé(|ue de Macao, lui avaient fait signifier une défense d'exercer aucune juridiction. Ce dernier se laissa surtout aller contre le cardinal à des excès inexcusables. En vain Clément XI, qui voyait avec douleur que des chréliens secondassent des infidèles, en tourmentant un légal du Salnt-Siége, écrivit en sa faveur h l'enipereur de la Chine et au roi de Portugal. Il fit publier le décret du 20 novembre 170^1, d'après lequel M. de Tournou avait agi. Il cassa les appels des évètpies d'Ascalon et de Macao et des Jésuites, et ordonna l'exé-
culion du Mandement. 11 voulut même que les généraux des ditréieiiis eorps religieux fissent passer ses ordres à leurs missionnaires, cl à celle occasion le P. ïandjurini, général des Jésuites, promit de s'y conformer, de les exéculer, cl de faire tout ce qui était en lui pour qu'ils fussent exécuiés par les sujets de sa Compagnie. A celle promesse, il joignit une déclaration plus précise encore. Le 20 novembre 1710, étant à la lèle de ses assistants et des députés de toutes les provinces de sa Compagnie alors rassemblés à Rome, il protesta du dévouemer.t le plus invariable, de la soumission la plus respectueuse, et d'une entière obéissance au Pape et au Saint-Siège pour les décrets rendus contre les cérémonies chinoises, déclarant que, s'il se trouvait un seul Jésuite qui ne les observât pas, il ne le reconnaissai! plus connne un enDint de la Société, et le réprimerait de toutes ses forces.
Il est étonnant qu'après des témoignages si formels, des écrivains jésuites aient cru de leur honneur de soutenir encore des pratiques auxquelles la Société en corps semblait avoir renoncé d'une manière si solennelle. Les Jésuites de Pékin eux-mêmes, écrivant au Pape, lui promettaient de suivre, dans la manière d'annoiicer TEvangile, les règles qu'il lui plairait de leur prescrire. Comment se refusèrent-ils donc h une soumission si souvent pron)i<e ? C est ce que nous n'entrej^rendrons pas d'expliquer. Il faut convenir pourtant cpie tous leurs missionnaires ne se firent pas un poir>l d'hoimeur de ne f)oint renoncer aux cérémonies condamnées. Les pères \isdelou cl Fon(|uel , devenus ensuite é\éques de Claudiopolis et d'Kleuihéropolis, et plusieurs autres encore, se soumiient des premiers au Mandement de M. de Tonrnon. Voyez, à ce sujet, une lettre de M. Fouqnet , où il montre quels sont les Jésuiies qui connaissent et suivent mieux l'esprit de la Société. D'Avrigny aurait dû professer les mêmes sentiments dans ses Mémoires, et ne pas employer les mêmes défaites qu il repiochait avec laison aux partisans de Jansénius et de Quesnel. Il n'aurait pas dit que le car-
dinal de Tournon agit nvcc beaucoup de procipilalion et de préjugés, cr (pie le P;ipe pi-osciivii les cérémonies pour soulenir cecju'avail fait son légat. Tous ces trails, et d'autres encore, ressemblent trop aux moyens des gens de parti , et n'annoncent pas la soumission franche que d'Avrignv exigeait des autres pour un autre objet, et dont il eût dû donner l'exemple. Quant h rinforluné légat, il mourut dans sa prison, le 8 juin 1710, dans les sentinienls de piéié cpi'il avait toujours f.iit paraître. Clément XI prononça son éloge eu consi.>;loire. Au reste, l'afTaire des cérémonies chinoises occupa encore longtemps ce Pape et ses succ<'sseJirs.
— Le 28 avril. Décision des docteuhs luthériens d'Helmstadt en faveuh de la religion catholique. 11 était question du mariage d Elisabeth - Christine de BrunsAvick - WolCenbutiel avec l'arcliiduc d'Autriche, compétiteur de Philippe V pour la couronne d'Esjiagne, et depuis empereur sous le nom de Charles VI. Celle princesse était luthérienne. Le duc Louis - Rodolphe , son père, crut devoir consulter sur son mariage les théolopfiens du duché de Brunswick. Les docteurs de l'universite d'ilelinsladt furent donc assendilés h ce sujet, et après avoir examiné cette affaire suivant les piincipes de leur communion, ils signèrent la consultation suivante, que nous donnerons telle que la rappoitent les écrits du temps (I).
«Sur la demande qui nous est faite, si une princesse protestante peut en conscience se faire cathoTupie h cause d'un m;iriage à contracter avec un prince catholique, on ne peut statuer avant d'avoir décidé deux questions : 1° si les catholicpies sont dans l'erreur dans le fond ou principe de la foi; 2° si la doctrine catholique est telle qu'en faisant profession de cette religion , on n'a point la vraie foi, et qu'on ne peut faire sou salut.
On répond que les catholiques ne sont pas dans l'erreur
(i) Histoire de iEiii!>ite. piir H«mss : nomelie édition. Paris, 1731 ; 3 vol. m-4'. f^' le 1*' volume.
ANrsLE 1707. 281
sur le fond de ladoclrine, et qu'on peut se sauver dans cède religion, 1" parce que les calh()li(|ties ont avec nous les niènjes principes de la foi. Car le principe solide de la foi et de la religion clirélienne, consisle en ce que nous croyons au Dieu le Père qui nous a créés, au Fils de Dieu , messie et sauveur qui nous avait éié promis, lequel nous a cITectivcment sauvés de la mort du péché, du diable et de l'enfer, et au Saint-Esprit qui nous a éclairés. Nous apprenons des commandements de Dieu la manière dont nous devons vivre envers Dieu et le prochain. Le Pater noster nous apprend comment nous devons prier. Nous apprenons aussi que nous devons nous servir du baptême et de la sainte cène, puisque; le Seigneur les a institués et ordonnés. Il faut ajouter à cela que Jésus- Christ donne aux a|i6tres et à leurs succtsseuis le pouvoir d annoncer aux pécheurs pénitents le pardon de leurs péchés, et aux impénitents la colère de Dieu et son châtiment, et par coiisécjucnt la puissance de l'clenir les péchés de ceux-ci et de les remettre aux autres; et c'est pour cela qtie votdani être absous au nom de Dieu, nous nous trouvons qiielcpicfois au confessionnal pour déclarer et confesser nos péchés. Tout ceci se trouve dans noire Catéchisme, rpii est un abrégé de la doctrine chrétienne, tirée di'S saints pères et des apoires. Ce Catéchisme , qui est commun aux caihoiicpies et aux proiestanls, renferme tous les principes du décalogue, le Faler noster, les paroles de Notre Seigneur Jésus-Christ , touchant le bapième et la cène. Dans la préf ice de la Confession d'Augsbourg, nous lisons que les catholiques et les protestants condiattent tous sous un même Jésus-Christ. Elle dit encore, dans la conclusion du second article, que notre doctrine n'est pas contraire à la doctrine de l'Église romaine. Nous savons même que parmi les catholiques il se trouve des gens doctes et vertueux cpii n'observent pas exactement les additions humaines, et qui n'approuvent pas Thypocrisie que les autres pratiquent.
Nous répondrons, 2^ que l'Eglise catholique est la vc-
rifable église, parce que c'est une assemblée qui écoute la parole de Dieu , et qui reçoit les sacrements instilnés par Jésus-Clnisl. C'est ce que personne ne peut nier. Au- Iremenl , 11 faudrail dire que tous ceux qui ont été et qui sont encore dans l'Èîjlise catholique, seraient damnés; ce que nous n'avons jamais dit ou écrit. Au contraire, rhilippe AJélanchton , dans son abrégé de l'Examen, veut montrer que l'ÉgUse catholique a toujours été la vraie Église, ce qu'il prouve par la parole de Dieu. La doctrine de leur Catéchisme le persuade, en ce qu'ils admettent les Commandements de Dieu, le Symbole des apôtres, rOraison dominicale, le Baptême, ks Evangiles et les Éj)îtres. d'où les fidèles ont appris les principes de la vraie loi. L'Eglise caibolique enseigne, aussi bien que nous, dans les écrits et dans les sermons de ses docteurs, qu'on ne peut cire sauvé que par Jésiis-Chri>t , cl que Dieu n'a pas donné un autre nom-aux hommes par lequel ils puissent être sauvés que le nom de Jésus-Christ ; que les hommes ne sont pas seulement justifiés devant Dieu par l'accomplissement de ses commaiidenienls, mais aussi par la miséricorde de Dieu et par la passion de notre Seifïucur Jésus Christ. Car rÈglise caiholique croit comme nous, et a toujours enseigné que, depuis la création du monde jusqu'à présent, personne n'a pu élre sauvé que par Jésus-Christ , médiateur entre Dieu et les honmies. Les docteurs catholiques et ceux de la confession d'Augsbourg enseignent également que les péchés ne peuvent ètie remis que par les niérilis et par les souffrances de Jésus-Christ. A l'égard de la péuilcnee et des bonnes œuvres, les prolestants et les catholiques conviennent de toutes ces choses, et toute la différence qu'on y peut rencontrer ne consiste que dans la manière de parler.
Ayant examiné toutes ces choses sérieusement, nous déclarons que dans l'Église catholique romaine il y a le véritable principe de la foi, et qu'on y peut vivre et mourir chréliennement; que par consé{|uenî la séiénissime princesse de Wolfenbuttel peut l'embrasser et se
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marier avec rarchiduc , principalement si nous considérons qu'elle n'a pas cherche à se procurer ce mariage direclement ni indirectement; mais qu'il lui est présente par un effet de la divine Providence; et en second lieu , parce que ce contrat de mariage pourra être utile à son duclié, et peut-être contribuer à obtenir une heureuse paix. Il faut pourtant considérer qu'on ne doit pas la contraindre d'abjurer la religion protestante, qu'on ne lui fasse point de controverse, qu'on ne lui propose point d'articles de foi contraires à la sienne. Mais il faut l'instruire brièvement et simplement des choses qui sont nécessaires à son salut, par exemple, de l'anéantissement de soi-même, de la pénitence continuelle, de l'humilité devant Dieu, des misères de la vie humaine , de la charité envers les pauvres, de l'amour de Dieu et du prochain. Tout cela sont de bonnes œuvres qu'enseignent aussi les catholiques. )>
Telle est cette décision fameuse que nous avons cru devoir citer en entier, parce qu'elle est curieuse et peu connue. Elle a donné lieu à bien des réflexions. « Pour- )) quoi donc, dit ici le continuateur de V Histoire d An- )) gleterre de Rapin Tlioyras, pourquoi donc tant de fracas )) et de sang répandu pour réformer cette religion dans » laquelle on peut se sauver, et dont la doctrine est bonne? )) Que deviennent les accusations de Luther contre celte » Église, accusations qui ont été , à ce qu'il a prétendu, )) l'unique fondement de sa séparation (l) ? « Ce raisonnement de l'historien vint à la pensée de tout le monde. Les journalistes de Trévoux s'en servirent avec avantage pour faire ressortir l'autorité de l'Église romaine, et la vérité de son enseignement reconnue par ses ennemis mêmes.
Aussi les luthériens surent-ils mauvais gré aux thr'ologlens d'Helmstadt de leur franchise. Il n'y eut qu'un cri contre eux. Leibnitz lui-même, quelque modéré qu'il fût, ne montra pas moins de vivacité que les autres. Il
(1) Histoire d'Angleterre, toui. XII, page 200,
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écrivit à Fabriclus qu'il fallait désavouer la consul lalion. Il reconnaît pourtant dans celte lettre qu'un catholique ((peut arriver au salut, puisque le fondement est sauvé M dans cette Église -, mais il ajoute ndweinent , qu\\ ne )) faut pas traiter cette même Eglise avec tant de ménaî) gement, parce que le droit de son prince {V électeur M d' JEf anoure) sur la couronne d'Angleterre n'est fondé » {fuesur la haine et la proscription de la religion romaine » dans ce royaume (1) ». Quelle pauvre raison pour un si grand esprit, dans une question de cette importance !
Quoi qu'il en soit, les réclamations furent si vives, et le parti protestant se plaignit si hautement, que les théologiens d'Helmsfadt furent obligés de revenir sur leurs pas. Il n'y a pas de doute que l'intérêt de l'électeur d'Hanovre n'ait influé aussi sur leur rétractation. Les Anglais s'étaient surtout élevés avec viq^ueur contre la décision , et les liens du sang engageaient la maison de Brunswick- Wolfenbuttel à favoriser les prétentions de la branche de Brunswick-Lunebourg. L'université d'Helmstadt donna donc, le 7 septembre 1708, un acte par lequel elle désavouait et condamnait la déclaration précédente, comme contraire aux dogmes de sa communion. Mais le coup était porté, et ce désaveu tardif ne parut point infirmer la force de la première décision. La princesse , qui y avait donné occasion, embrassa cette communion qu'on lui assurait elre bonne. Elle fit son abjuration solennelle, le 1" mai 1707, dans la cathédrale de Bamberfii;, entre les mains de Loihaire-Francois de Schoenborn, archevêque de Mayence, et se rendit ensuite en Espagne auprès de l'archiduc. Elle eut la satisfaction de voir plusieurs membres de sa famille prendre le même parti qu'elle.
Son grand-père, Antoine-Ulric , duc régnant de Brunswick-Wolfenbuttel, fit aussi abjuration entre les mains du même archevêque de Mayence. Il en instruisit le Pape
(1) Tom. V (te ses OEtivrcs, Ep, a Fabriciiis, page 284 et suivantes
par une lettre du 11 janvier 1710, à laquelle le pontife répondit par le bref le plus alTeclneiix, en date du 1" lévrier. Il témoignait sa joie de la démarche du prince, mais comme celte démarche était encore secrète, il l'exhortait à la rendre publique, et lui exposait les raisons qui devaient l'y porter. Il le pressait encore à ce sujet dans un bref du 19 avril. Le duc se rendit à de si sages conseils, et fit une abjuration ptdjiique à Bamberg, entre les niainsde l'archevêque, qui était aussi comte de cette ville. Clément X! les en félicita l'un et l'autre le 19 mai. Le même jour il annonça la conversion du duc au consistoire, cl se réjouit d'un si grand exemple donné au monde. Le duc se montra toujours depuis zélé pour la religion. On a dix brefs qui lui sont adressés, et où le Pape le loue de ce qu'il avait fait pour les catholiques, ou bien réclame de lui de nouveaux services. Il lui fit présent de deux tableaux de Carie Maralta. Il ne crut point pouvoir lui accorder un nouveau vicaire apostolique, parce qu'il y en avait déjà deux pour les missions du nord , savoir : l'évêque de Colubra, sufîragant d'Osnabruck , pour le Danemark , la Suède et la Norwége, et Auguste-Etienne, évéque de Spiga , pour les églises de Brunswick, de Brandebourg et d'Hanovre (1). Il refusa également, en 1712, la demande assez singulière que fit le duc de lui permettre la communion sous les deux espèces. Anîoine-Ulric fit bâtir à Brunswick une église pour les catholiques , et rendit une ordonnance pour assurer le libre exercice de la religion dans son État. Il mourut le 27 mars 1714. On a publié sous son nom un écrit intitulé : Cinquante raisons qui ont engagé le duc ^^Intoine- Ulric à embrasser la religion catholique ; écrit qui a eu beaucoup de vogue en xillemagne et en Angleterre.
(I) L'évêque de Colnt)ra mourut en 1713, et eut pour successeur dans la mission du nord Hugues de Gocrtz, aussi suffragnnt d'Osnabrurk. L'évêque de Spiga, SléTani, visita, dit-on, avec assiduité les éij;lises soiiinises à sa juridiction. Il paraît qu'il iiiourul à Francfort. Clément XII lui donna pour successeur lïenri-Lcopold Scliosset, évcque d'ÏIélénople, qui fut privé du vicariat en 1745 et rcm])lacé ])ar JeRn-Giiillau 'e F\vi<-kel. évèque d'ArétIinsc. '.iicJiivcs lie lit prnj (limande.}
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L'exemple d'Antoine-Ulric eut des imitateurs dans sa famille. Henriette-Christine, fille du duc, abbesse luthérienne de Gandersheim , fit abjuration en 1712 entre les mains de Florentin, abbé de Cochia ; quatre ans après, une autre fille du duc , Augusta-Dorolhée-Eléonore , mariée au comte de Schwartzbourg-Arnsladt, fit aussi abjuration entre les mains de l'archevêque de Mayence. Le Pape adressa à ces deux princesses des brefs affectueux. En peu d'années, quatre personnes de cette famille rentrèrent dans le sein de l'Eglise. On eut même l'espérance que la sœur de l'impératrice Elisabeth, Charlotte-Louise-Ghrisline-Sophie , qui épousa en 1711 le prince Alexis, fils du czar Pierre, suivrait cet exemple. Le Pape excita à ce sujet le zèle du duc Anloine-Ulric et de l'impératrice, mais ses espérances ne paraissent pas s'être réalisées.
Dans le même temps à peu près, en 1712, Charles- Alexandre, depuis duc régnant de Wurtemberg, rentra dans le sein de l'Eglise romaine, et y persévéra jusqu'à sa mort, en 1737. Le second de ses fils, Louis-Eugène, suivit son exemple. C'est le même qui demeura longtemps en France , où il était lieutenant-général des armées du roi, et qu'on a vu à Paris livré aux exercices de la plus haute piété. Chrislian-Ulric, duc de Wurtemberg, et cadet de sa branche, né le 27 janvier 1691, abjura le luthéranisme h Rome, le 26 janvier 1723.
Son fils, Frédéric-Auguste II, fit aussi abjuration. Les landgraves de Hesse-Rhinfels s'étaient également retirés du sein de l'erreur. Le duc Guillaume était mort catholique en 1725, et ses successeurs paraissent avoir continué à professer cette religion.
Puisque nous avons commencé cette liste des conquêtes de l'Eglise, nous citerons de suite quelques autres princes et personnages célèbres qui se réunirent à elle dans ce siècle. Une princesse de Wurtemberg- Monibéliard fit abjuration à Maubuisson, en 1702. Dans ce même lieu mourut, en 1709, la princesse Louise-HoUandine, fille de
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Frédéric V, roi de Bohême et comte palatin du Rhin. Elle avait quitté ses parents pour être en liherlé de renoncer au calvinisme qu'ils professaient (V. p. 137). Elle se retira en France où elle vécut dans la pratique des vertus du cloître. Elle était sœur de cette princesse Sophie qui fut appelée, elle ou sa postérité, à succéder au trône d'Angleterre au préjudice du fils de Jacques II. Marie-Elisabeth de Bavière, de la branche de Deux-Ponts, chanoinesse d'Herwoorde, se fit catholique à Paris, le 4 mai 1700, et se relira aussi à Maubuisson. Clément XI lui écrivit un bref de félicitations. A deux époques différentes, deux ducs régnants de Deux-Ponts, Gustave-Samuel-Léopold et Chrétien H, se firent catholiques. Le premier alla exprès à Rome pour se réconcilier avec le Saint-Siège. Le second se déclara catholique en 1758. Son frère, le prince Frédéric, avait fait la même démarche en 1746, et la religion catholique s'est conservée dans cette branche , qui a hérité successivement de l'électorat Palatin et de celui de Bavière. Deux ducs de Holstein-Beck, Frédéric-Guillaume et Charles-Louis , renoncèrent à la communion de l'église luthérienne.
Maurice-Adolphe-Charles, duc de Saxe-Zeits, donna un exemple plus signalé encore. Il abandonna la confession d'Augsbourg, et quoiqu'il fût l'héritier de sa branche, il entra dans l'état ecclésiastique, à l'imitation de son oncle, qui était devenu cardinal et évêque de Javarin, et qui mourut en 1725. Le jeune duc devint aussi par la suite évêque de Konigsgralz , et mourut dans un âge peu avancé, après avoir perdu par son changement de religion presque tous les avantages temporels auxquels sa naissance lui donnait droit.
On cite encore parmi ceux à qui leur conversion coûta des sacrifices, Ferdinand, duc de Courlande. Il était issu de ce Gothard Kettler, maître des chevaliers teutoniques de Livonie, qui avait embrassé le luthéranisme au seizième siècle, et avait fait ériger la Courlande en duché. Ferdinand, devenu héritier naturel de cet État, ne put
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en mettre en possession, ayant eu à combattre à la fois et l'ambition de la Russie et les préventions des Courlandais, qui ne voulaient point d'un souverain catholique. Il fut obligé de se retirer à Dantzick, où il mourut en 1737, dans les pratiques de la piété.
Trois princes de Hesse-Barmstadt se firent aussi catholiques dans ce siècle. Nous ne parlons point de plusieurs autres Allemands, qui n'étaient point de maisons souveraines, mais qui appartenaient à la plus haute noblesse, et qui s'unirent en différents temps à l'Eglise romaine. Le comte Nicolas Bielk, Suédois de la plus haute noblesse, embrassa le catholicisme, fut banni de son pays et se retira à Rome, où Clément Xll le fit sénateur de la ville, en 1731 . Dans une classe inférieure, nous ne citerons que deux ou trois savants, dont la conversion fit du bruit. Le premier est Ludolphe Ruster, luthérien, critique habile et helléniste distingué, connu surtout par une édition du Nouveau-Testament grec de Mill. 11 fit son abjuration à Anvers, dans l'église des Jésuites, le 25 juillet 1713, et mourut quelques années après. H paraît qu'il était venu se fixer en France. L'autre savant est Jean-Georges Eckhart ou d'Eccaid, ami de Leibnitz, et professeur à Hclinstadi, puis à Hanovre, versé dans la connaissance des antiquités ecclésiastiques et civiles d'Allemagne, et auteur d'écrits estimés sur ces matières. 11 embrassa la religion catholique à Cologne, en 1724, et rendit compte de ses motifs dans Une lettre au prélat Passionei, depuis cardinal, qui paraît avoir eu part à ce changement. M. Jean Otter, Suédois, et savant orientaliste, se fit catholique en 1727, passa en France, et y fut accueilli comme il le méritait. H y obtintdcs places avantageuses, et mourut à Paris en 1748.
Nous avons réuni ici ces exemples que la première moitié du dix-huitième siècle nous a présentés du retour à la foi catholique, afin de faire voir qu'à une époque où la religion fit tant de pertes sous un rapport, Dieu la consola par des conquêtes glorieuses. Il voulait sans doute prouver aux hommes qric son bras n'était point raccourci,
ANNÉE i:07. 289
et que son Eglise pouvait encore se susciter de nouveaux enfants.
— Le 17 mai. Bulle de Clémekt XI suu des entreprises
CONTRE LA LIBERTÉ ET LA JURIDICTION DE l'EgLISE DANS LES
ÉTATS DU DUC DE Savoie. Ccs cntrcpriscs avaient commencé sous le pontificat précédent, comme on l'a vu dans l'introduction ; mais elles prirent dans ce siècle un caractère plus fâcheux encore. Clément XI avait pourtant essayéj dès son avènement au pontificat, de pacifier ces différents, 11 avait fait faire des propositions d'accommodement au marquis Graneri, résident du duc à Rome 5 mais celui-ci n'y répondit que par d'autres propositions qui, loin d'être un projet d'accommodement, tendaient à consacrer d'excessives prétentions, et durent être rejetées. Le Pape chargea le cardinal Speralli de conférer avec le résident 5 mais celui-ci partit de Rome avant qu'il y eût rien de conclu. Il voulait que son souverain, dans ses rapports avec le Saint-Siège, fût traité comme roi ^ on lui répondit que ce n'était pas un bon moyen d essayer d'obtenir, par des voies de fait et des violences, ce que le duc n'avait pu obtenir des autres puissances, malgré ses sollicitations. Dans le même temps, en l'absence du duc, l'auditeur de la nonciature à Turin, Alexandre Codabo, qui était chargé des affaires depuis la mort du nonce Sforza, reçut inopinément l'ordre de sortir dans deux jours de cette ville, et dans quatre jours des états du prince ; et on ne lui permit pas d'en instruire le Pape, comme il le demandait. Son crime était d'avoir jugé dans une cause portée à son tribunal par le couvent de Veirès. Par-là, disait-on, il avait empiété sur la juridiction du sénat. De plus, on lui reprochait d'avoir pris le titre d'internonce dans une publication d'indulgence.
Le 15 mai 1702, Clément XI adressa au duc un bref tout paternel. 11 se plaignait des entreprises réitérées des magistrats contre l'autorité ecclésiastique, et l'exhortait à y porter remède. 11 employait les motifs les plus pressanis pour le déterminer à faire cesser ces empiélcnienîs.
Il avait chargé récemment le cardinal Barberini de faire des représentations au prince. Mais Victor-Amédée, soit qu'il fût trompé par ses ministres, soit qu'il fût absorbé par les intérêts de sa politique, n'eut point égard aux plaintes du Pontife. Quand il reçut le bref, il venait de frapper un nouveau coup. Unédit fut publié le 3 mai 1702, pour exécuter, interpréter et étendre un édit d'un duc de Savoie en 1563, édit qui depuis longtemps n'était point observé. Cet édit déclarait tous les religieux morts civilement et incapables de tester et de recevoir des successions. Il étendait cette disposition à tous les corps ecclésiastiques séculiers et réguliers, aux chapitres des cathédrales et des collégiales, aux chevaliers de Malte. Les hôpitaux et l'ordre militaire des SS. Maurice et Lazare étaient seuls exceptés. On ajoutait dans le nouvel édit que les religieux et religieuses qui auraient porté l'habit d'un ordre pendant six ans, quand môme ils n'auraient fait aucun vœu ou seulement des vœux simples, seraient censés moris civilement et privés de tous droits civils pour le passé et pour l'avenir. Ils étaient privés de la faculté de posséder leurs propres biens, quand même ils quitteraient leur habit. Il était interdit aux couvents de rien recevoir des religieux lors de leur admission, si ce n'est 1,000 florins : pour les religieuses, une somme était fixée dans ledit suivant les localités. Enfin, ce qui ajoute aux rigueurs de cet édit, c'est qu'il devait avoir un effet rétroactif. Il fut enregistré au sénat de Savoie, le 17 avril 1703, et modifié pourtant, quant à la cause rétroactive et quant aux biens possédés paisiblement par les communautés. On dit que les dispositions diverses de cet édit excitèrent tant de réclamations, que l'exécution en fut ensuite suspendue.
Les sénats de Turin et de Nice continuaient leur système d'envahissement sur la juridiction ecclésiastique. Le premier prit sous sa protection un prêtre du diocèse d'Acqui, déclaré suspens par son évêque, et l'encouragea à continuer ses fonctions, malgré la suspense. Il soutint de même un Franciscain qui avait suscité des troubles
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dans son ordre. Le sénat de Nice condamna l'évcque de cette ville dans une affaire de sa juridiction, et le menaça de la saisie de son temporel.
Un autre sujet de discussion s'éleva h l'occasion de quelques fiefs situés dans le territoire d'Asti, et relevant du Saint-Siège, qui depuis plusieurs siècles y exerçait les droits de souveraineté. Les ofîiciers du duc vexèrent les habitants de ces fiefs; on y envoyait des soldats en quartier d'hiver; on forçait la population de contribuer aux frais de passage des troupes. La cour de Rome réclama, et le cardinal Camerlingue fit signifier aux syndics et vassaux des trois communautés de ne reconnaître pour souverain que le Saint-Siège. On fut mécontenta Turin d'un acte si naturel, qui ne faisait que constater un droit ancien et universellement admis ; et la chambre des comptes fit paraître en septembre 1702 une ordonnance pour obliger les syndics et habitants des communes à ne reconnaître pour souverain que le duc de Savoie. Tous s'y refusèrent, malgré les menaces qu'on employa : on en arrêta plusieurs qui furent envoyés en prison ; et un d'eux, qui avait tenté de fuir, fut tué à coups de fusil.
Le Pape, dans la bulle du 17 mai 1707, récapitule tous ces griefs; il se plaint de la persévérance des magistrats à entraver ou annuler l'autorité ecclésiastique, malgré les avis paternels qui leur ont été donnés à plusieurs reprises. Il se plaint également des abus de pouvoir des officiers du duc, et condamne les ordonnances etarrêtsdont nous avons parlé, défendant de les observer, et déclarant que ceux qui les exécuteraient encourraient les peines canoniques.
Si cette bulle n'eut pas tout l'effet que le Pape pouvait en attendre, elle était du moins une protestation contre des actes qu'il ne fallait pas laisser prescrire. La situation des affaires ecclésiastiques en Piémont devenait de plus en plus fâcheuse. On dépouillait de jour en jour les évêques de leur juridiction, et les laïques s'accoutumaient à statuer sur ce qui était le moins de leur ressort. Plusieurs sièges étaient vacants, et l'on ne songeait pas à les
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remplir. Il n'y avait plus depuis longtemps de nonce à Turin. Les peuples s'alarmaient de ces discussions et de leur suite : on leur faisait espérer de temps en temps un prochain accommodement ; mais rien ne se réalisait.
En 1710, le comte Gubernatin, qui avait déjà négocie à Rome, y fut renvoyé pour traiter d'un projet d'arrangement. Le choix n'éiait pas d'un bon augure pour le succès de la négociation. Le comte dans une première mission s'était montré exigeant et dillicullueux. Son zèle à soutenir les doctrines les plus fausses des ennemis les plus déclarés du Saint-Siège, ses écrits remplis de préventions, avaient été seuls des obstacles à une heureuse issue des soins de cet envoyé. De plus, il ne voulait point avoir affaire aux congrégations qu'il est d'usage à Rome d'établir en ces rencontres, parce qu'il prétendait qu'elles étaient défavorables aux intérêts de sa cour. Il consentit avec peine à traiter avec l'auditeur du Pape, et eut avec lui des conférences chez le marquis de Prié, ambassadeur de l'empereur à Rome. 3Iais elles se passèrent de sa part, plutôt en déclamations contre les droits du Salnt-Siége, qu'en propositions bienveillantes et raisonnables d'accommodement. Le Pape ht vainement toutes les concessions que lui suggéra le désir d'arriver à une conclusion. Gubernatin partit de Rome en mars 1711, sans avoir rien terminé; à son départ, il publia un compte-rendu de ses négociations, rédigé dans l'esprit qui y avait présidé; on y répondit la même année par un exposé des faits.
Clément XI témoigna au duc de Savoie, dans un brt f du 5 mars 171 1, ses regrets de cette triste issue de la nouvelle négociation. Il engageait ce prince à examiner les choses sérieusement, à se défier de ceux qui montraient tant de zèle à étendre son pouvoir aux dépens de l'Eglise, et à se bien persuader que c'est plutôt le respect pour Taulorilé spirituelle qui affermit les états.
Mais de nouvelles atteintes venaient d'être portées aux droits du Saint-Siège. L'abbaye de Saint-Rénigne de Fryltuaria, au diocèse d'Yvrée, étant devenue vacante en 1710,
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la clianibre des comptes de Turin voulut profiter de l'occasion pour étendre ses attributions; et, sur l'insistance de l'audilcur patrimonial général, afTectant un grand zèle pour les droits du prince, elle fit alliclier scsarmes sur Tabbaye,et nomma un jugepour y exercer la juridiction et un économe pour y percevoir les revenus. Or, cette abbaye, depuis sa fondation au onzième siècle, avait toujours relevé du Sainl-Siége pour le spirituel et pour le temporel, comme le prouve une suite d'actes, de rescrits et de documents réunisdans un recueil publié en 1732. Les droits du Saint-Siège étaient tellement bien établis, que sous le duc Cbarles-Emmanuel, dans le siècle précédent, quelques voies de fait et quelques violences ayant été exercées par les olliciers du prince sur les terres de l'abbaye, il s'empressa, sur les plaintes du Pape Clément X, de réparer les dommages et d'indemniser les particuliers. Malgré ces précédents, une ordonnance du 15 septembre 1710 attribua au duc l'économie de l'abbaye. Un bref du 27 octobre 1710 revendiqua les droits anciens et incontestés du Saint-Siège. Il y eut plusieurs actes de part et d'autre ; mais les olliciers du duc appelèrent la force à leur secours. Des soldats envoyés sur les terres de l'abbaye maltraitèrent les habitants, saisirent les revenus et commirent beaucoup d'exactions qui sont détaillées, au tome 1" du Hagione délia sede apostolica nella controversia cona corta de Torino, 1732. On trouve aussi dans les œuvres de Clément XI , tome 1", plusieurs rescrits et monitoires relatifs aux violences commises pour s'emparer de cette abbaye.
Le même Pape eut encore à s'élever dans la suite de son pontificat contre des atteintes portées à l'autorité ecclésiastique en Piémont. Une ordonnance rendue à CazaI, le 7 juillet 1715, défendit d'avoir égard à l'excommunication portée par l'évêque de Cazal, contre le comte Jacques Neraoun, qui avait troublé de la manière la pliis scandaleuse la procession du Saint-Sacrement, malgré les remontrances du prélat. L'ordonnance accusait l'évêque
d'avoir rendu une sentence injuste et précipitée, le menaçait de la saisie de son temporel s'il molestait le coupable, et allait jusqu'à défendre, sous peine de mort, d'observer l'excommunication. Une déclaration pontificale du 28 juillet condamna et annula cette ordonnance. Une autre déclaration du 18 août 1719, était dirigée contre un arrêt du sénat de Turin qui défendait de mettre h exécution les bulles, brefs et rescrits de Rome, quand ils ne lui auraient pas été présentés et qu'il n'y aurait pas apposé son insa. Enfin le Pontife réclama encore plusieurs fois contre les voies de fait qui avaient toujours lieu, soit sur les terres de l'abbaye de Saint-Bénigne, soit sur les terres des environs d'Asti, dont il a élé parlé plus haut.
A la fin de ce pontificat, une dernière tentative fut faite pour opérer un arrangement entre les deux cours. Le Pape ayant, dans une conférence avec un chanoine de Verceil, témoigné son regret de la longue vacance des églises du Piémont, le sieur Cordero fut expédié de Turin et chargé de s'aboucher avec le prélat Alexandre Alboni, depuis cardinal. Cette négociation, commencée par Cordero et continuée par le marquis de Broglio, n'aboutit à aucun résultat, et ne servit qu'à montrer de plus en plus combien il serait diiFicile de satisfaire des prétentions qui se faisaient des entreprises précédentes un droit à des entreprises nouvelles.
— Le 27 juillet. Clément XI confirme lA congrégation DES Béthléé.mistes. Ccs rcligicux hospitaliers avaient été institués vers 1 660, à Guatimala, dans la Nouvelle-Espagne, par Pierre de Bethancourt. Ils se consacrent aux malades et tiennent aussi des écoles. Ils sont répandus dans le Mexique et le Pérou, et ont aussi des maisons de Filles. Innocent XI leur avait permis, par une bulle du 26 mars 1687, de faire des vœux solennels sous la règle de Saint- Augustin. Leur fondateur était mort en odeur de sainteté le 25 avril 1667. On a sa vie.
— Le 5 novembre. A Constantinople, martyre de Der-
GoUMIDAS^ prêtre ARMÉNIEN, UNI A l'EgLISE ROMAINE. On
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sait que les Arméniens se séparèrent de l'Eglise vers le milieu du cinqiuème siècle. De vaines subtilités et des raisonnements métaphysiques sur l'incarnation les jetèrent dans l'erreur. Ils ne reçoivent point le concile de Chalcedoine, mettent au nombre des saints Dioscore d'Alexandrie, l'ennemi de ce Concile, et Barsuraas; maudissent dans des occasions solennelles le Pape saint Léon, l'emreur Marcien et sainte Pulchérie; et ne mettent point d'eau avec le vin dans le calice avant la consécration. Plusieurs tentatives ont été faites en différents temps pour les réunira l'Église. Un de ceux qui y travaillèrent avec le plus de zèle, fut Der-Goumidas ou dom Come, prêtre arménien, qui ayant étudié avec soin les sujets de contestation, parvint à s'éclairer et renonça à l'erreur. Il ramena plusieurs de ses collègues, et gagna même le patriarche de sa nation, résidant à Constantinople, dont il obtint l'addition de l'eau dans le calice, la suppression des malédictions, et celle des prétendus saints insérés dans le canon de la liturgie. Un Vertabier hérétique déféra la chose au visir, qui transféra la dignité patriarchale au délateur, et fit conduire au bagne l'ancien patriarche, Der- Goumidas et deux négociants arméniens devenus catholiques par ses instructions. On leur donna le choix du turban ou de la mort. La crainte s'empara du patriarche et des deux négociants, qui rachetèrent la vie par leur faiblesse. Pour Goumidas, il fut inébranlable et eut la tête tranchée. Les fidèles ornèrent son tombeau d'une pierre de marbre avec une inscription honorable. Clément XI célébra son courage par deux brefs du 11 et du 18 février 1708, au marquis de Ferréol. Son petit-fils, don Goumidas de Carbognano, drogman d'Espagne en 1786, obtint de Rome l'autorisation de commencer des enquêtes auprès de l'évêque diocésain à Constantinople, pour procéder à la béatification de son aïeul. Ces enquêtes ont produit des pièces en forme sur des faits miraculeux, sur lesquels le Saint-Siège doit prononcer. On trouve dans les mémoires du Levant une relation du martyre de Goumi-
das, et c'est depuis cette époque que le nombre des Arméniens catholiques s'est multiplié d'une manière visible. Le patriarche, qui avait apostasie, reconnut sa faute, fit pénitence, et vintà Rome, où il mourut (1).
La persécution qui coûta la vie à Goumidas, s'étendit à d'autres parties de l'empire turc. Les Arméniens du Tokat et d'Angora en ressentirent les effets. A Perknick, près Sébaste, dans l'Asie mineure , un catholique arménien, nommé Michel, qui était venu s'y établir au commencement de ce siècle, gagna l'estime et la confiance des habitants par sa vie régulière et ses bonnes œuvres. Il était instruit et inculquait à la jeunesse les principes de l'orthodoxie. Le desservant du lieu étant mort, on jeta unanimement les yeux sur Michel pour le remplacer. Celui-ci y consentit, et finit par conquérir à l'Eglise tout le troupeau. Perknick était ouvertement catholique, et un mouvement de retour se manifestait parmi les Arméniens. Les chefs du clergé non-uni de Sébaste s'en alarmèrent, et dénoncèrent Michel au muphti et au pacha. On l'accusait d'infidélité envers le Grand-Seigneur et de complot avec la France. Ces imputations absurdes ne furent que trop écoutées, et Michel fut cité en jugement, puis exécuté h la porte de l'église de Sébaste. Ses dernières exhortations à son troupeau attirèrent de nouvelles bénédictions sur Perknick. xM.Boré passant parce village un siècle après, le trouva ferme dans la foi et dirigé par trois jeunes prêtres, venus du Mont-Liban et bien instruits. On s'y occupait de construire une église, et les habitants se distinguaient par un caractère de probité qui les faisait remarquer jusqu'à Constantinople (2).
(1) Cet article est extrait d'un mémoire sur l'état de la religion chez les Arméniens, qui avait été communiqué i\ l'auteur par l'abljé Viguicr, lazariste, <]ui avait résidé plusieurs années à Constantinople. Voir l'yinii de la Relil>ion, tome XXXIl, n» 818.
(2) Correspondance el mémoires d'un voyageur en Orient, tome i, p. 391.
A.YNLî: 170U. 297
— Le 13 mars. Bkef de Clément XI condamnant le livre DES Réflexions morales sua le Nouveau-Testament, par LE PkiiE Quesnel. Nqus avons donné dans le Tableau historique tous les détails qui se rapportent h ce décret que nous ne rappelons ici que pour marquer la série des événements.
— Le 12 février. M. de Tkessan, éveque du Mans, appiiouvE LA Congrégation des soeuus de la Chap.ité, de la. Chapelle-âu-Riboul. Cette congrégation, aujourd'hui fort répandue dans le Maine, est due au zèle généreux d'une pieuse veuve, Perrine Bcrnet, femme Tulard, née en 1654 à la Chapelle-au-Riboul, qui, ayant perdu de bonne heure son mari, et se voyant sans enfants et avec quelque fortune, tourna toutes ses pensées du coté de Dieu, cl se voua aux œuvres de miséricorde. Touchée de compassion à la vue de l'ignorance qui régnait dans les campagnes, et sensible aux besoins des pauvres et des malades, elle s'associa des personnes vertueuses pour l'instruction gratuite des jeunes filles et pour le soulagement des malheureux. Elle avait jeté dès 1679 les fondements de cette œuvre, mais les commencements en furent lents et difficiles. La veuve Tulard n'avait avec elle que quelques jeunes filles, et n'était soutenue que par de bons curés du voisinage. Mais en 1709, l'évéque diocésain, Louis de La Bergue de Tressan, après avoir examiné les statuts de la congrégation naissante, et avoir constaté les services qu'elle avait déjà rendus, la reconnut comme association religieuse. Cette institution prospéra, malgré les épreuves qu'elle eut à subir. Les billets de banque sous la régence ruinèrent la dame Tulard, et la maison cheflieu fut consumée par un incendie. La fondatrice ne se laissa point abattre par ce double désastre-, des âmes
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charitables la secondèrent, la maison fut reconstruite, de nouveaux établissements se formèrent. La princesse douairière de Conti, Marie-Anne de Bourbon, fille de Louis XIV, connaissait la congrégation et la protégeait. Ce fut par elle qu'on obtint en 1721 des lettres-patentes du roi qui furent enregistrées au parlement de Paris le 22 mai 1722. M'""^ Tulard gouverna sa congrégation pendant plus de cinquante ans avec autant de prudence que de zèle, et mourut en odeur de sainteté le 9 novembre 1735, également regrettée et de ses sœurs et des pauvres.
Sa mort ne fit pas tomber l'œuvre qu'elle avait établie. Les sœurs qu'elle avait formées se montrèrent animées du même esprit. Les établissements se multiplièrent -, chaque paroisse eût désiré en avoir 5 on en comptait quatrevingt-neuf quand la Révolution éclata. Les religieuses furent alors expulsées, plusieurs furent emprisonnées, deux périrent sur l'échafaud. On les rappela après la Terreur; sous le consulat, le gouvernement leur donna l'abbaye d'Ebron, local plus vaste et plus commode que celui de la Chapelle-au-Riboul. Les sœurs s'y transportèrent en 1803j elles étaient alors au nombre de cent quarante. D'anciens établissements se reforaièrent, de nouveaux furent fondés. En 1820, il y avait cent vingt et un établissements, sans compter la maison dEbron; la plupart sont dans le diocèse du Mans. La congrégation dessert vingt et un hôpitaux -, le nombre des sœurs est de cinq cents, y compris les novices et les postulantes (1).
— Le 28 août. L'auchiduc Chaules d'Autriche révoque
DES DÉCRETS BEWDUS EN SON NOM aNapLES ETaMiLAN. On Sait
que ce prince, frère de l'empereur .loseph II, disputait la couronne d'Espagne à Philippe V. Il s'était emparé du duché de Milan, et en 1708 il avait envoyé des troupes qui occupèrent le royaume de Naples, où Philippe V avait
(1) Extrait d'une notice qui a paru dans l'.imide la Religion, du 6 septcnibrc 1820, louie XXV, p;igc 113 et suivantes.
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régné jusque-là. Peu après parurent à Milan et à Naples des cclits qui défendaient sous de grièves peines de faire passer de ces villes et des Eials qui en dépendent, de l'argent à Rome et dans l'Etat de l'Église, et qui de plus mettaient en séquestre les revenus des bénéfices dont les titulaires ne demeuraient point dans le royaume de Naples ou dans le duché de Milan. A Rome on s'étonna de ces actes d'hostilité que le gouvernement pontifical ne semblait pas avoir provoqués : Clément XI s'en plaignit fortement à l'empereur Joseph et aux impératrices sa femme et sa mère. Le cardinal Grimani , ministre de l'empereur auprès du Saint-Siège, fit entendre qu'on était mécontent à Vienne que le Pape n'eût pas envoyé de cardinal pour saluer l'archiduchesse Elisabeth, femme de l'archiduc Charles, lorsqu'elle passa par l'Italie pour aller rejoindre le prince à Rarcelonne où il tenait sa cour. C'était assurément une grande susceptibilité de la part des princes autrichiens de se venger ainsi d'une omission si peu grave. Un Mémoire envoyé à Vienne et h Rarcelonne disculpa la cour de Rome sur ce point. Mais bientôt on eut de nouvelles preuves des dispositions fâcheuses de la cour de Vienne. Des troupes autrichiennes s'emparèrent à l'improvisle de Comachio dans l'Etat pontifical, y mirent garnison, y arborèrent le drapeau autrichien et demandèrent aux habitants le serment de fidélité. D'autres endroits du territoire de Ferrare étaient menacés. Le Pape se vit forcé de lever quelques troupes pour défendre ses Etats contre une agression inattendue.
Vers le même temps, le cardinal Grimani fut nommé vice-roi à Naples. On devait espérer que le choix d'un cardinal pour cette place était d'un bon augure pour le rapprochement des deux cours 5 mais le cardinal, qui s'était déjà fait connaître à Rome par ses hauteurs, parut plus empressé d'envenimer les choses que de les concilier. Il ajouta à la rigueur des derniers édits. Il adressa aux évéques, en son nom et au nom du conseil
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collatéral, des lettres pour restreindre l'exercice de leur juridiction. Le Pape, dans un bref du P'" septembre 1708, lui reprocha une conduite si peu en harmonie avec sa dignité. Mais le cardinal ne paraît pas avoir senti ses torts, et il continua à suivre la mcme ligne jusqu'à sa mort arrivée le 24 septembre 1710. Un bref que le Pape lui écrivit alors ne lui parvint pas.
Cependant plusieurs princes travaillaient h un rapprochement entre la cour de Rome et la maison d'Autriche. L'électevir Palatin et le grand-duc de Toscane intervinrent spécialement. 11 fut convenu que l'empereur et son frère révoqueraient lesédits publiés à Milan et à Naples; qu'ils retireraient leurs troupes de rÉlat de l'Eglise, et que le nonce serait rappelé à Venise. Les autres sujets de plaintes devaient être discutés par des arbitres. D'un autre coté Clément XI donnait à l'archiduc Charles le titre de roi d'Espagne. 11 annonça cette résolution dans un consistoire le 14 octobre 1709. L'archiduc, disait-il, lui avait témoiojné son dévouement au Saint-Sié&e, et son désir de le satisfaire ainsi que l'Eglise. En lui donnant le titre de roi d'Espagne et en ne lui refusant point les droits qui y sont attachés pour les pays dont il était le maître ou dont il voulait le devenir, le Pontife ne faisait que suivre la règle tracée par Clément V dans sa constitution publiée dans le concile de Vienne. Il y est dit que quand le Pape donne à un prince un titre, il ne prétend pas par là en approuver l'exercice, ni lui conférer un nouveau droit. Pie II, Jean XVII et Sixte IV ont approuvé et renouvelé cette constitution. Clément XI y adhérait donc aussi, et il ne prétendait |)oint discuter les droits des contendants à la succession d'Espagne.
Dès avant cette allocution, l'archiduc Charles avait révoqué, le 28 août 1709, les édits de Milan et de Naples, et avait ordonné la restitution exacte des revenus saisis et la réparation des dommages causés. Le Pape crut devoir, en outre, déclarer ces édits nuls, pour affermir les droits de l'immunité ecclésiastique, et il chargea les archcvê-
ques de Milan et de Naples d'absoudre des censures ceux qui les auraient encourues. Il condamna par un bref du 18 février 1710 quelques livres et écrits publics en faveur des édits. Celte conclusion fut encore l'objet d'une allocution prononcée en consistoire le 19 février 1710.
3îais il semblait être dans la destinée du Pontife de ne pouvoir obtenir la paix d'un colé qu'en la compromettant de l'autre. Pbilippe V se montra très-irrilé de la déclaration du Pape à l'égard de l'arcbiduc, et, quoiqu'il eût dû comprendre la position de Clément XI, au milieu des troupes autricbiennes qui environnaient de tous cotés l'État de l'Eglise, qui même y avaient fait irruption et s'étaient emparés de Comacbio, quoique surtout le Pape ne put exposer son autorité spirituelle pour les intérêts temporels d'un prince quel qu'il fût, toutefois le roi d'Espagne ordonna au nonce pontifical de sortir du rovaume. Ce procédé peu généreux affligea le Pape qui prit tous les moyens de calmer le ressentiment du prince. Il écrivit aux évêques d'Espagne, il s'adressa au clergé séculier et régulier de ce royaume, il fit le 22 février 1710 des représentations très-pressantes à Pbilippe V; il les renouvela le P' avril 1712 5 il écrivit pour le même sujet à Louis XIV, au cardinal del Giudice, au père Robinet, Jésuite, confesseur de Pbilippe. Il envoya en Espagne, en 1713, Pompée Aldobrandi pour essayer de ramener ce prince à des sentiments plus favorables. Il faut convenir que cette rancune du monarque était à cette époque bien longue et bien peu motivée, puisque l'arcbiduc Cbarles, devenu empereur, ne pouvait plus lui porter ombrage.
Cependant Clément XI ne recueillit pas tous les fruits qu'il avait espérés de sa condescendance à reconnaître l'arcbiduc Cbarles comme roi d'Espagne. On ne lui rendit point Comacbio malgré ses réclamations réitérées. Pans le royaume de Naples, de nouvelles violences furent exercées contre un évêquc. Fabrice Pignatelli, évêque de Lacce, fut expulsé non-seulement de cette ville et de son diocèse, mais de tout le rovaume. Cet évê-
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que, en partant, avait jeté un interdit sur le diocèse; mais comme plusieurs prêtres séculiers et réguliers ne se croyaient pas obligés d'observer l'interdit , soit parce qu'ils se disaient exempts de la juridiction de l'ordinaire, soit parce qu'ils alléguaient d'autres privilèges, le Pape confirma l'interdit par une bulle du 24 décembre 1711. Il se plaignit vivement au comte Borromée, vice-roi de Naples, de ses procédés dans cette affaire. Non- seulement on avait cliassé l'évêque de Lacce, mais on avait envoyé dans cette ville des prêtres étrangers pour exercer le ministère, au mépris de l'interdit. Le grand-vicaire de l'évêque avait été mis en prison, puis enlevé comme lui et exilé. Clément XI adressa encore sur ce sujet, le 9 janvier 1712, un bref de représentation à l'empereur Charles VI, qui alors était en même temps roi de Naples. On voit par V HisLoii'e civile du royaume de Naples, de Giannone, qu'il y avait alors à Naples une société de jurisconsultes très-peu favorables aux prérogatives du Sainl-Siége et du clergé, et toujours prêts à les attaquer et à les enfreindre. Cet historien remarque que les avocats avaient acquis une grande influence à Naples, sur la fin du siècle précédent. Un entre autres, Gaétan Argento, qui avait été le maître et le guide de Giannone au barreau, était devenu président du conseil collatéral, et son disciple le présente comme le principal promoteur des nicsures hostiles prises à Naples sur les affaires ecclésiastiques. Elevé à son école, Giannone applaudit à tout ce qui s'était fait contre le clergé. Nonseulement il approuve que l'on réprime ce qu'il appelle les entreprises des ecclésiastiques et les échappées des évêques, mais il trouve très-bon que l'on saisisse les revenus de ceux-ci et qu'on les chasse du royaume. Il n'a pas assez d'éloges à donner à tout ce qui se faisait de son temps à Naples contre les Papes. Il appelle Argento un homme incomparable et le premier qui se conduisit, suivant les 'vrais principes tirés des saints canons, des conciles et des Pères. Car à Naples comme ailleurs, c'est en
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affectant un grand respect pour les canons qu'on les enfreignait et qu'on les sapait. On accueillait les délations contre les ecclésiastiques, et, sur les moindres prétextes, on les emprisonnait et on les déportait. Il est probable que ce fut à rinsligalion d'ArgenIo que Cbarles V[ ordonna, le 6 août 1713, que les étrangers fussent absolument exclus des prélalures et bénéfices, et qu'il ne leur fût assigné aucune pension sur ces mêmes bénéfices : mesure évidemment dirigée contre les prélats romains et qui ne fut que la moindre des boslilités de l'administration alors dominante à Naples contre le Saint-Siège.
Giannone montre encore sa partialité dans les plaintes qu'il fait de la multiplicité des couvents, des ricbesses des religieux et des legs faits aux églises. Il revient à plusieurs reprises sur ce sujet qui bii tenait tant au cœur, et il mêle à ses plaintes une exagération et une amertume qui trahissent l'esprit dont il était animé : Étrange égarement de lesprit humain^ dit-il, qui croit avoir satisfait à Dieu et aux devoirs de la religion en établissant des chapelles somptueuses^ en multipliant les sacrifices, et faisant dire des messes à tous les autels. Ainsi, au jugement de l'historien , c'est un égarement de l'esprit humain de bâtir des églises où Dieu soit honoré, et de faire dire des messes pour les fidèles morts. Giannone cite en marge la Politique sacrée de Bossnet; mais l'illustre évêque ne blâmait pas ces actes de piété : il croyait seulement qu'ils ne devaient pas dispenser d'autres devoirs.
11 y aurait beaucoup d'autres remarques à faire sur cette histoire de Giannone qui se montre d'ailleurs trèspeu favorable à la France et fait assez bassement sa cour au gouvernement autrichien.
— Le 9 octobre. L'abbé Sidotti débarque au Japon. Jean- Baptiste Sidotti, missionnaire sicilien, s'était appliqué, dès sajeunesse, à apprendre la langue du Japon. Un penchant irrésistible le portait à tenter de pénéirer dans ce pays peur y travailler à la conversion des idolâtres. Ayant obtenu des pouvoirs du Pape, il était parti de Rome,
en 1702, pour se rendre par l'Arabie aux Indes-Orientales. Il arriva avec beaucoup de peine à Manille, où il s'occupa de bonnes œuvres, et surtout de la fondation d'un séminaire ; puis il obtint une cbaloupe qui le mena sur les cotes du Japon. Il débarqua à Jaconissa, fut pris immédiatement après et conduit à jSan^asaqui, oii il fut interrogé. On lui demanda s'il avait prèclié la religion cliiétienne aux Japonais. Il répondit que oui, puisque c'était le but de son voyage. On le transféra de Nangasaqui à lédo, où il resta quelques années en prison, s'occupant constamment de la propagation de la foi. Il baptisa plusieurs Japonais qui étaient venus le tiouver. Mais le gouvernement en ayant été Instruit, fit mettre à mort les nouveaux convertis, et le missionnaire fut muré dans un trou de quatre à cinq pieds de profondeur, où on lui donnait à manger par une petite ouverture, jusqu'à ce qu il périt du plus affreux supplice dans ce séjour infect. On ne sait pas bit?n l'état postérieur de la religion chrétien ne au Japon.
- — Le 29 octobre. On ferme le monastère de Port- Royal-des-Champs. Cette maison passait toujours pour être fort attachée aux principes de Jansénius et de Quesnel. Les filles qui l'habitaient, plus dociles aux leçons de quelques esprits prévenus qu'aux décisions de l'Eglise, donnaient depuis cinquante ans l'exemple d'une opposition persévérante au jugement du Pape et des évêques. La constitution V'meam Domini ne les avait pas trouvées plus soumises. Elles refusèrent de l'accepter. Elles se fortifiaient mutuellement dans leur opiniâtre résistance. Quelques étrangers les encourageaient par d'insidieux éloges. Leur maison était comme le chef-lieu, le centre, le point de ralliement des mécontents. C'est de là qu'étaient partis longtemps des écrits destinés à propager la désobéissance. Le roi avait déjà commencé, en 1706, par défendre aux religieuses de recevoir des novices, « attendu, disait l'arrêt, qu'on est informé qu'il s'est répandu dans ce monastère une doctrine inauvaise et contraire
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aux décisions de l'Église sur le fait du Jansénisme, doctrine qui, bien loin d'être dissipée par les soins pris jusqu'à présent à cet effet, s'est, au contraire, tellement forliliée par le temps, que ce^ filles ont été depuis peu jusqu'à refuser de se soumettre à la constitution du Pape acceplce par le clergé de France, et y ont voulu apporter des reslriciious condamnées par le jugement de toute l'Église, et capables d'en troubler la paix. »
Cette mesure ne les abattit point. Elles ne reconnurent pas l'abbesse de la maison de Paris pour leur supérieure, quoiqu'une bulle revêtue de lettres patentes eût opéré cette réunion. On pensa qu'il n'y avait d'autre moyen de les réduire que de les séparer. On les distribua donc en différents monastères, où elles se soumirent successivement (l). Quatre ans après, il n'y en avait plus qu'une qui n'eût pas pris ce parti. On avait cru devoir leur ôler
(1) La communauté de Port-Royal-des-Champs était composée de vingtdeux, religieuses seulement lorsqu'eut lieu leur séparation. Seize d'entre elles dont nous donnons ici les noms, se soumirent à l'Eglise.
Sœur Marie de Sainte-Euphrasie Robert. Envoyée aux Ursulines de Mantes. Elle fut ramenée par M. CourLon, docteur en tliéologic, ancien curé de Saint-Cyr, et su])éi'ieur de la maison des Ursulines oii elle était. Sa soumission eut lieu le24 novembre 1709.
Sœur Anne de S:iinte-Cécile Boycervoye. Envoyée à Amiens au monastère de Saint-Julien qui était occupé par les religieuses du tiers-ordre de Saint- François, elle se soumit par acte du 7 novembre 1709, à la bulle de Clément XI sur le silence respectueux, et mourut le lendemain dans les sentiments de la loi la plus vive.
Sœur Jeanne de Sainte-Apolline Le Bègue. Envoyée à la Visitation de Conipiègne, elle se soumit le 17 décembre 1709. On a sur son retour une lettre détaillée écrite par la supérieure du monastère à l'Evèque «le Soissons qui comptait, h cette époque, la ville de Compiegue parmi eellis de son diocèse.
Sœur Françoise Madeleine-de-S,iinte Ide Levasseur. Envoyée à la Visitation de Moulins, elle (ît sa soumission le 17 .juillet 1710. La lettre qui la fait connaître, est de l'abbé Longuet, vicaire-général d'Autun. M. l'abbé de Maulevrier, a qui elle est adressée, était évècjue nommé.
Sœur Marie de Sainte-Anne-le-Couturier. Envoyée aux Ursulines de Nevers, elle se soumit le 4 janvier 1710.
Sœur Marguerite de Suinte-Lucie Pépin. Envoyée à la Visitation à Autun , elle se souiuii. le !«■■ juin 1710.
Sœur Marie Madeleine de Sainte-Cécile Bertrand. Envoyée à la Visitation à Amiens, elle se soumit le i7 mars 1710.
Sœur Françoise de Sainte-Agatlie-le-Juge. Envoyée à la Visitation à Chartres, elle se soumit le 23 avril 1710.
toute espérance de retour. La maison fut entièrement détruite. La ruine d'un établissement si précieux fut une source de plaintes amères; et en effet, la rigueur qu'on y mit, et quelques-unes des circonstances qui accompagnèrent celle destruction, excitèrent la compassion publique pour ces filles ignorantes. Ne pouvait-on, dirent les personnes modérées , ne pouvait-on empêcher leurs intrigues sans tant de violences ? Ne pouvait-on mettre ordre aux rassemblements par une conduite mêlée de douceur et de fermeté? Fallait-il surtout abattre de fond en comble des édifices qu'on pouvait consacrer à d'autres usages? On ne sait jusqu'à quel point les Jésuites prirent part à ces mesures sévères. Mais le public les en rendit responsables. On les accusa d'abuser de leur crédit, cl le nombre de leurs ennemis s'en accrut. Le père le Tellier, devenu cette année même confesseur du roi, et qui passa pour l'instigateur de cette vengeance, fut peint comme
Sœur Marie Catherine de Sainte-CélinieBenoize. Envoyée à la Visitation de Meaux, elle se soumit le 1-3 août 17I0.
Sœur Anne de Sainte-Marie Laymé. Envoyée à Amiens dans le monastère de Saint-Julien, elle se soumit le 2 décembre 1709.
Sœur Marie de S.iinte-Opportune Mouchât. Envoyée aux Hospitalières de la Providence à Cliartres, elle se soumit le 7 mars 1710.
S(cur Denise de Sainte-Bisiiine Noiseux. Envoyée à l'abbaye de saint Paul k Beauvais, elle se soumit le 15 avril 1710.
Sœur Agnès de Sainte-Blandine Forget converse. Envoyée aux Ursulines à Rouen, elle se soumit le 18 avril 1710.
Sœur Marie Louise de Sainte-Justine Barat. Envoyée au monastère des Bénédictines de Joigny, diocèse de Chartres, elle se soumit le 6 mars 1710.
Sœur Magdeleine de Sainte-Amélie Noyeux. Envoyée an monastère des Ursulines à Nevers, cette religieuse avait toujours été soumise. Aussi, en voyant ses sœurs adhérer enfin à ce {ju'avaicnt longtemps attendu en vain le souverain Pontife et le cardinal de Noailles, elle disait avec une profonde amertume que ses sœurs eussent bien dû conserver leur communauté, en faisant plus tôt ce à quoi elles se voyaient enfin dans l'obligation d'adhérer.
Ces détails qui ne seront pas sans intérêt pour le lecteur, se trouvent dans un livre sorti en 1710 de l'imprimerie royale, et qui contient en outre les procès-verbaux constatant les soumissions susdites, et des lettres écrites à l'occasion de chacun de ces événements, soit par des évèques et des grands vicaires, soit par les su|)érieurs des differeiiles maisons oii avaient eu lieu les adhésions. Ce petit ouvrage in-4°, est intitulé : Ptecueil des pièces concernant les religieuses de Port-Roy nl-des-chanips, qui se sont soumises à l'Eglise.
un homme odieux. Nous sommes fort éloif^nc de souscrire à toutes les noirceurs qu'on a débitées sur son compte, dans les livres d'un parti qui ne l'aimait pas. Toutefois il est possible, qu'avec de bonnes vues dans le fond, le père le Tellier ait été entraîné au delà des bornes par un zèle trop ardent. Mais nous ne voyons pas que ce tort doive retomber sur tout le corps dont il était membre, et il faut convenir que dans le mal qu'on a dit de lui, on aperçoit presque toujours le cachet de la passion et de la haine. C'est de cette époque surtout que les Jésuites devinrent l'objet de l'animosiléd'un parti contre lequel ils s'étaient déclarés, et qui, par ses clameurs, a enfin provoqué contre eux une mesure plus injuste encore que la destruction de Port-Koval. Pour en revenir à ce dernier événement, il excita, comme nous l'avons dit, de vives plaintes. On vit paraître des écrits où l'on s'exhalait en reproches contre les deux puissances qui avaient concouru à cette destruction. On publia des Mémoires sur Port-Royal, des Histoires de Port-Royal, des Gémissements sur Port-Royal, qui attestaient l'intérêt qu'un certain monde prenait à cette maison : et , près d un siècle après l'événement, nous avons vu un écrivain pousser encore à ce sujet des cris, qui , à la vérité, n'ont pas ete fort entendus, et se lamenter sur les ruines d'une école si chère à ses amis.
— Le 29 janvier. Anne, keine d'Angleterre, charge