‹ Mémoires pour servir à l'histoire ecclésiastique pendant le dix-huitième siècle (volume 3)Chapitre 46 sur 54 · ART. I. AUTEURS CATHOLIQUES · texte numérisé non relu

ART. I. AUTEURS CATHOLIQUES

47 avril. — Martin Steyaert; voyez le Tableau historique, page

28 juin. — Pierre Champion, jésuite, est connu par plusieurs bioijrnphies estimées, comme la Vie du P. Rigoleuc, — la Vif; du P. Lallc-

mant, recueil très-esiiiné, réimprimé de nos jours, sous le litre de Doctrine spirituelle du P. Lallemant; — la île des Fondateurs de retraite (le P. Huby et M'''' de Frantheville).

^juillet. — Pierre-Mathieu Pelrucci, cardinal, évêqiie d'Iési, était né eu 1638. Il se ilistingua comme lliéologien, et fut lait cardinal par Iniiocenl XI en 1G86. Il est auteur de quehpies ouvrages où l'on crut voir les erreurs du (iniélisme : Lettres et traités spirituels et mystiques ; — Enigmes mystiques révélées; — Contemplation mystique ; — (e Rien de la création et le tout de Dieu; — Courtes lettres spirituelles, etc. — Ils furent notés par décret du 5 février 1088. Si Pelrucci avait donné lieu à quelques reproches, il réjiara abondamment ses tons par la vie pieuse et même austère qu'il mena jusqu'à la lin de ses jours.

51 juillet. — Eiienne Agard des Champs, jésuite, né à Bourges en 1615, et mort à la Flèche, se fit estimer par ses connaissances et son cariiclère. Ses princi|)aux ouvrages sont : du Libre Arbitre, — de l'Hérésie jansétrienne, et quelques autres sur les mêmes matières. Us sont en latin. L'auieur fut accueilli avec faveur par le Pape et les cardinaux. Le grand Comié l'honorait d'une estime parliculière ; et, dans sa vieillesse, il le choisit pour son confesseur.

6 ao\tf. — Ulric Obuecht, professeur en droit et prêteur royal à Strasbourg, naquit dans celle ville en 1646. Il était prolestani, et se fit catholique. Il traduisit le livre de saint Augustin, du Mariage des adultères, ainsi qu'un irailé de controverse du P. Dez, jésuite, qui paraît avoir contribué à sa conversion. Il avait des relations étroites avec Bossuet, entre les mains duquel il avait fait abjuration; et il lui fut utile pour son Histoire des Variations.

i" octobre. — Jean de Fonseca, jésuite portugais, religieux d'une piété solide, composa des livres ascétiques, tels que ['École dé la doctrine chrétienne, des Instructions pour la communion, etc., etc.

27 mars. — Dominique Bouhours, jésuite, né à Paris en 1628, professa longtemps la rhétorique, et fut chargé ensuite de réducatioii des jeunes princes de Longueville et de Jules de Colbert. Cuire plusieurs ouvrages de littérature profane qui essuyèrent beaucoup de critiques, tels que ]e^ Entretiens d' Ariste et d'Eugène; — Manière de bien penser dans les ouvrages d'esprit; — Doutes et remarques sur la langue française (1), il publia les Pensées ingénieuses des Pères de

(1) Voltaire dans le Temple du Goilt^ représente Bouhours derrière Bouidaloue et Pascal, marquant suv des tid)lettes toutes les fautes de langage et

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l'Église, 17()i\ compilaiion biiii légrrc ])cniv un seiiiMable sujet, et peu propre à désnrrner les censures; — \ Histoire de Pierre d'Aubussnn, (jrand-mailre de Rhodes, ouvrntîe écrit ;)vec pureté et licancnup d'inlérèl ; — la Vie de saint Ifiuave, 1070 ; — la Vie de saint François- Xavier, 1082 (<es deux Vies, nia'gré qiKhiues défauts, ont jf)ni d'une grande réputation, et sont dignes de l;i Ix-llc époque à laiiuclle ils ont paru) ; — la Vie de madame de Bellefouds ; — une traducliou du Nouveau Testament, 1097 et 1703. (Celle traduction, à laquelle avait aussi concouru le P. le Tellier, a élé depuis reproduite par Lalicmant dans ses Réflexions morales, ouvrage l'oit recommandé par Fénelon et d'auires evèques très-opposés au jansénisme). Le P. Bouliours était en rapport avec les beaux esprits de son lemps, et il passait pour être lui-même très-ver&é dans la liiiérature.

4er avrji — Jean-Baptiste Thiers, bacbelier de Sorbonne, curé de Champrond, puis de Vibraie, naquit à Cbarires en 1650. C/élait un critique instruit, mais singulier, et même paradoxal. Sou Traité des superstitions est plein de recberclies; mais on y pourrait reprendre quelque exagération. L'auteur n'est pas plus réserve dans le Traité de l' exposition du sacrement de l'autel. Ses autres ouvrages sont: V Avocat des pauvres, — Dissertations sur les porches des églises, — Traité de la clôture des Religieuses,— Traité des jeux,-— Histoire des perruques, — Traité des cloches, — Critique du livre des flagellants, de l'abbé Boileau, quelques autres dissertations et l'aclums. L'abbé Tbiers était vif, afl'ectait l'originalité, et ne baïs!.ait pas les disputes. Il descendait quelquefois jusqu'à la satire.

7 avril. — François Porter, de l'étroite observance de Saint- François, était du comté de Meath, en Irlande. Il professa longtemps la théologie dans le couvent de Saint-Isidore à Rome. On a de lui deux écrits de controverse contre les prolestants, un abrégé des Annales ecclésiastiques d'Irlande, — le Système des décrets dogmatiques, et un opuscule contre les prophéties attribuées à saint Malachie; le tout en latin.

51 août. — Henri-Marie Boudon, grand-archidiacre d'Evreux, était né à la Fèie en 1724, et eut pour marrains au baptême madame Henriette, fille de Henri IV, et depuis reine d'Angleterre. Ce fut un

toutes les négligences qui leur échappent ; et il lui fait adresser cet avis pAV le cardinal de Polignac :

Quittez d'un censeur pointilleux

La pédantesriue diligence;

Aiuions jusqu'aux défauts heureux

De leur mâle et libre élo(iuence.

J'aime mieux errer avec eui '

Que d'aller; censeur scrUpuleui

Pesier des mots dans nia balanOe.

des plus vertueux ecclésiastiques de son siècle. Livré aux fonctions du uiinislère, il prêchait et catéchisait dans son archidiaroné, et faisait même des missions au dehors. Aussi pieux que zélé, le soin de la sanciifiçation des autres ne l'empêchait pas de travailler à la sienne propre. On lui doit quelques livres de piéié, où queUiues-uns ont cru trouver des propositions qui se rapprochaient du quiétisme. Mais l'ahbé Boudon avait écrit avant la condamnation de cette erreur. Du reste personne n'était plus hunihle ni plus soumis que lui à Taulorité. Sa grande maxime était Dieu seul. Il jouissait de l'eslime et du respect de tous ceux qui le connaissaient. Sa vie, écrite par Collet, présente de grands exemples de vertu, de zèle et de ferveur; et on lui attribue même des miracles.

•17 octobre. — François Genêt, évêque de Vaison, dans le Comtat, naquit à Avignon en 1640, et fut d'abord chanoine de celte ville. Il fut fait évêque en 1086. Ayant été impliqué dans l'affaire des Filles de l'enfance, il fut exilé pendant plusieurs années. On dit que ce fut à la prière du Pape que Louis XIV le laissa retourner à son diocèse. Ce prélat se noya en passant un torrent entre Avignon et Vaison. U est connu par un cours de théologie, qui porte le nom de Morale de Grenoble, parce qu'elle fut adoptée par le cardinal le Camus, évêque de celle ville. Elle a essuyé quelques crili(iues, et a même élé censurée par plusieurs évoques et par l'université de Louvain. Cependant on ne voit point qu'elle ait été réprouvée à Rome. Elle a été traduite en laiin par l'abbé Genêt, prieur de Sainte-Gemme, et frère de l'évêque. C'est le même à qui l'on doit des Cas de conscience sur les sacrements. Celui-ci mourut en i7l6.

— Gommare Huygens, théologien de Louvain, était né dans le Brabant en 1031. Il éiait ami d'Arnauld et de Quesnel, et il écrivit dans leur sens. Ses ouvrages so"t : Méthode de retnctire les péchés,

— Conférence de théologie, — Thèses sur la Grâce, mises à V Index,

— et un Cours de théologie en quinze volumes, sous le litre de Courtes observations ; le tout en latin.

8 mai. — Innocent Le Masson, chartreux, était né à Noyon. en 1628, et devint général de son ordre en 1675. Il est auteur d'une Théologie morale, — de V Introduction à la vie religieuse, — d'une collection des slatxtts de son ordre, — et d'une Vie de M. d'Aranlhon, évêque de Genève. Il était fort déclaré contre le jansénisme.

2ojuin. —.Jean-Pierre Pinamonti, jésuite, compagnon des travaux du pieux et zélé Segneri , naquit à Pistoie, en Toscane, en 1642, et tit beaucoup de missions en Italie. Pieux, humble, austère,

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il fut, comme Segneri , puissant en œuvres et infatigable dans ses pré'licalions. Le grand-duc Cosme II! le prit pour son directeur. Pin imonli a c<imp(isé un grand iionilire d'opuscules iialicns sur des sujets de religion et de piété : Cunsidnatians sur les s(ni(fiaticfs, — la Si/nagogue détrompée, — iEiCorcislc bien instruit, eic. On les a réunis en un volume in-4'' avec sa Vie ; Venise, 1742.

16 novembre. — Jules Mascauon, évé(pie de Tulle en 1671, puis d'Agen en 1679, né à Marseille en 1654, avait été d'abord oraiorien. 1! se dislingua dans la chaire, et prêcha plusieurs stations devant Louis XIV. Ses Oraisons funèbres surtout eurent beaucoup de succès dans le temps. On loue sa conduite envers les protesinnis, et l'on dit qu'éloigné des mesures de rigueur, et se bomanl aux moyens de persuasion qui convenaient à son ministère, il ramena par ses prédications, sa douceur et ses venus, un grand nombre de calvinistes de son diocèse. Son diocèse lui doit la fondation d'un séminaire et d'un hôpital.

Vers ce temps. — Edouard Meredith, Anglais, né vers -IG'S, fut élevé à Oxford, et alla en Es|iagne, comme secrétaire d'amb:(ss:ide, avec sir Guillaume Godolphin. Ils y embrassèrent tous les deux la religion catholique. De retour en Angleterre , Mere^iith se montra zélc pour sa croyance. Il publia des Remarques sur le Julien l'apostat de JidiiiS'in ; — le Récit de la conférence entre le docteur StiUingfleet et le docteur Godden, catholique, 1687;— des Remarques sur la conférence entre le docteur Tenison et le jésuite Pulton, suivies de 7wuvelles remarques. Meredith quitta l'Angleterre à la révolution de 1688, et mourut en Italie.

28 janvier. — Noël d'Argo?<ne, chartreux, né à Paris, en 1640, et mort à Gaillon, publia un Traité de la lecture des Pères de l'Église, dont Mabi'Ion faisait cas, et qui a eu plusieurs éditions.

23 février. — Henri Noris, cardinal, né à Vérone, en 1631, d'une famille qu'on dit avoir été originaire d'irlamle, était eniré dans l'ordre des Augustins, et professa la théologie avec distinction. Innocent XII, instruit de son mériie, l'appela à Rome, et le fil, en 1695, cardinal et biblii»lhécaire du Vatican. Le cardinal Noris était à la fois théologien, érudit, antiquaire et critique. Ses ouvrages sont: \ Histoire pélagienne, déférée plusieurs fois au S^dnt-Siége, et qui n'a jamais été censurée à Rome ; — Dissertation historique sur le cinquième concile général; — Défenses augusliniennes; — Dissertation sur Un de la Trinité qui a souffert dans La chair;— Apologie des moines de Scythie ; — Réponses à quelques écrits publiés contre lui. Il eut principalement les Jésuites pour adversaires, et releva les folies du père Hardouin.

On a aussi de lui des ouvrantes sur des matières d'érudition et d'antiquité profanes, dans le-qiielles il é'ait très- versé; tous ses écrits sont en lalid. En 1747, le grand in(|uisilenr d'Esjiagne, D. François Perez de Prado, évèqne de Terruel , fit mettre au nombre des livres prohibés VHisloirc pélagicnne et la Dissertation sur le cinquième concile. Benoît XIV écrivit, le 50 janvier 1748, ;iu grand inquisiteur pour l'en blâmer. Le Pape lui dit dans sa lettre que les thomistes, les augustiniens et les moiinistcs peuvent soutenir librement leurs systèmes. Le grand inquisiteur fit des observations au Pape, et ne rétracta point sa note. Ce ne fut que sous son successeur, D. Manuel Quinlano Bouifaz, archevêque de Pharsale, qu'une ordonnance du 28 janvier 1758, porta suppression et radiation de l'article de l'Index de 17-i7.

42 avril. — Jacques-Bénigne Bossuet, évêque de Meaux, naquit à Dijon, en 4627, d'une ancienne famille de robe. Après ses premières éludes, il vint à Paris en i6i2, et prit le bonnet de docteur dans la maison de Navarre, en 1652. 11 futf.iit chanoine de Melz, puis archidiacre, puis doyen du chapitre. Ce fut dans cette ville qu'il commença à montrer son talent pour la controverse. I| réfuta le Catéchisme de Paul Ferri, ministre prolestant, et fil à Metz des missions et des conférences ecclésiastiques.

Étant venu à Paris en 1659, il commença à prêcher dans les chaires de la capiia'e, et ensuite à la cour, il y parut plusieurs fois, et avec éclat, de 1661 à 1669.

L'attention du clergé et delà cour paraissait se porter principalement vers la conversion des protestants. Bossuet, qui avait étudié avec tant de succès la controverse, eut la gloire de rendre le maréchal de Turenne à la foi de ses pères.

En 1669, il fut nommé à l'évêché de Condom, et l'année suivante le Roi le choisit pour être le précepteur du Dauphin. Le nouveau prélat ne crut point que les fonctions de cette place imporlanle fussent compalihies avec le soin de son diocèse, et il donna .sa démission de son évêché. Dès lors il partagea son temps entre les soins de l'éducation du Dauphin et des travaux utiles J» toute l'Église. 11 tenait chez lui des conférences sur l'Ecriture sainte. Il contribua à la retraite ei à l'éclatante pénitence de madame de La Vallière, et parvint b rompre quelque temps les liaisons de Louis XIV avec madame de Montespan.

En 1671 parut VExposiiion de la doctrine de l'Église catholique, ouvrage qui avait été composé dès 1668 en faveur de l'abbé de Dangeau, qui avait produit sa conversion et celle du maréchal de Turenne, et qui, rédigé avec simplicité, clarté et modération, revêtu des approbations les plus imposantes, devint comme un bouclier contre le(|uel les protestants épuisèrent vainement leurs traits. Le talent de Bossuet ne parut pas moins dans la célèbre conférence qu'il eut avec le mi-

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iiisire Claude, en 1678, chez la comtesse de Roye; conférence qui fut suivie de la conversation de maden)oiselle de Duras.

L'é'luoaiioii du Dauphin étant Unie, l'ancien évé(|ue de Condom fut nommé évè(iue de Meanx en 1681, et il g;irda ce siège jusqu'à sa mort. Chaque année de son épiscopat fut marquée par de gnmds travaux, de savants traités publiés, des instructions, des services importants rendus à l'Eglise.

On Siiit l'influence qu'il eut dans l'assemblée du clergé de 1682. Il rédigea les quatre articles arrêtés dans celte assemblée, et les défendit depuis par un ouvrage savant et étendu. Dans ce traité, divisé en trois parties, l'auteur établit l'indépendance de la puissance temporelle et la supériorité de^i conciles sur le Pape. Il examine les motifs sur lesquels est appuyée l'opinion de l'infaillibilité et de la supériorité du Pape. Il rassemble toutes les autorités et toutes les raisons qui militent en faveur des articles dressés par l'assemblée du clergé. Au surplus, il peut être à propos de remarquer ici une chose à laquelle on n'a pas toujours fait assez d'attention; c'est que l'assemblée de 1682 et son défenseur étaient bien éloignés de prétenlre que les quatre articles fussent de foi ou touchassent la foi. « Les évêques de » France, dit Bossuct lui-même, lémoignenl clairement n'avoir pas » eu intention de faire un décret sur la foi , mais de choisir celte opi- » nion comme meilleure et comme piéférahle. C'est donc une opi- » nion, et non, comme l'objfClail le cardinal d'Aguirre, une formule » de doctrine catholique faite pour lier les consciences. Ainsi, ils » s'abstiennent dB toute censure, ils ne nomment jamais la foi, ils » ne croient pas pouvoir menacer personne d'excommunication. « Qu'on lise la Déclaration, qu'on pèse les paroles; il ne s'y trouvera » rien qui ressemble à une foi mule de foi. A la vérité, on lit en tète': » Décrets de l'Eglise gallicane. Mais sont-ce des décrets de foi aux- » quels on soit asln int sous péril de salut? Il n'y en a pas un mot. » Ces décrets n'ont fait qu'énoncer en termes très-clairs un seniiment » ancien et suivi dans ce pays, et non une doctrine qui obligeât tout » le monde. » Ce passage, si précis, aurait dû arrêter des gens qui veulent en savoir plus que Bossuet sur nos libertés, et qui ont imaginé de faire des quatre articles des points de foi, sans s't-mbarrasser si par-là ils mettaient dans la viàe de l'erreur la plus grande partie du monde catholique, et en particulier l'Église de Rome. Vers 1696, Bo.ssuet revit son ouvrage, et en commença une autre rédaction qu'il n'eut pas le temps d'achever. C'est alors qu'il composa cette Dissertation préliminaire, où il dit : « Que la dédaraiion devienne » ce qu'elle voudra : nous ne nous proposons point de défendi-e cette » déclaration elle-même, mais de prouver que le sentiment soutenu » depuis longtemps dans la Faculté de Paris, est à l'abri de toute )) censure. » Il est bon d'ailleurs de faire observer que ce sage évéque composa son livre en latin, qu'il ne le publia point, qu'il n'en laissa

prendre qu'une ou deux copies, et qu'il paraît avoir désiré que son ouvr;>ge ne vît pas le jour (1).

En 1682, Bossuet publia le Traité de la communion sous les deux espèces; en ^QSS. V Histoire des Variations des églises protestantes; en 1(389, VEœplication de l'Apocalypse; puis successivenieni les Avertissements aux protestants, contre les réponses de Jurieu â VHistoire des Yariations. Cetie histoire, où la solidiié et l'éloquence niarcheni de pair, peut être regardée comme le triomphe de l'art de raisonner. Jamais la controverse ne fut plus victorieuse. L'anieur manie son sujet avec une vigueur et une supériorité qui mènent dans le plus grand jour la bonté de sa cause. Il parut suscité pour montrer le vice de la réforme et pour dessil'er les yeux de ses p.irtisans. Ses écrits devaient faire d'autant plus d'impression sur eux, qu'en même temps qu'il les réfutait avec tant de force , il en agissait envers eux avec indulgence et douceur. Ceux de son diocèse éprouvèrent sa protection. Il les garantit des exécutions militaires. On attribue à son inflnence et à ses conseils des Insiruciions envoyées par la Cour aux intendants, en 1698, lesquelles modifiaient en plusieurs points les ordonnances antérieures, et défendaient toute contrainte; et M. de Baiis^et a cilé dans son Histoire une lettre d'un ministre protestant, Bourdieu, qui rend hommage à la modération et à la sagesse du savant prélat envers ceux de sa communion.

Bossuet eut même quelque temps l'espérance de réunir à l'Eglise une po'lion très-notable du troupeau égaré par les hérésiarques dii seizième siècle. L'évêque de Neustadt, en Aliemag:ie, avait commencé les négociations, et le docteur Molanus, théologien luthérien, ne s'y montrait pas opposé. Bossuet lia une correspondance avec ce dernier, qui paraissait y mettre de la droiiure et de la bonne foi. Le célèbre Leibnilz entra aussi dans celte négociation. Voyez le Tableau historique^ p. 138.

Les travaux de Bossuet contre le quiélisme furent plus heureux. 11 triompha de sou illustre adversaire, et publia dans cette dispute un grarrd nombre d'écrits où l'otr li^ouve celle sagacité, celle force et cette exaclitude de doctrine qui fout le carat tère de son génie. Les détails de celte éclatante controverse appartiennent au dix-septième siècle.

Bossuet fut membre de l'assemblée du clergé de 1700. Il contribua plus que personne à faire coudaumer un grand nombre de proposi-

(i; l'Histoire de Bossuet, par M. de Baiisset, t ii, p. 418, rapporte dans les pièces jiislificatives un Mémoire trcF-cuiicux de l'abbé Bossuet, oii on lit ces paroles. « L'abbé Bossuet se sent obligé de dire iri que ce sage évè(|ne, tou- » ché uniqueiiient de la gloire du roi, du bien de l'Etat, et de la crainte de » voir altérer les prières des églises, répéta plusieurs fois qu'il ne pouvait y B avoir qu'une utilité évidente, une nécessité absolue, qui dût obliger sa » Majesté à consentir qu'on juihlicil un ouvrage de cette nature.

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lions de iiinnle relâchée, et de plus quatre autres propositions qui tendaient à favoriser et à renouvt^ler le jansénisme. Il avait écrit autrefois ;ui\ relij^ieuses de Port-Royal contre l;i (listiiiciion du fuit ot du dniit. Dans sa lellre an nniroclial de bcllefonds, qui a été imprimée, il dit que les cinq propositions sont dans Janséniiis, et que « tout ce qu'on a dit au coniraiie est une pure chicane , inventée » pour éluder le jugement de l'Eglise. ;> Dans la Défense de la dédaration, il p;nlc du j;insénisme comme d'une chose jugée (1).

Dossuel fui auteur de la partie dogmatique de l'ordonnance du cardinal de Noailles, du 20 août 1()9G, contre VEœposilinn de la foi, de l'abbé de Barcos, neveu de Sainl-Cyran. Celte ordonnance ayant été attaquée par D. Tliierri de Viaixnes dans le Problème ecclésiastique, Bossuet se trouva engagé à en prendre la défense. Il fit un éciil pour montrer la différence qu'il y avait entre la doctrine du livre de VExposition et celle du livre des Répétions morales, que le cardinal de Noailles avait approuvé. Il abandonna cet écrit à son ami pour la justification duquel il était fait; et il se plaignit, dit l'abbé Ledieu, son secrétaire, qu'en le publiant a on eût omis le meilleur de son )) écrit, c'est-à-dire des corrections importantes et néces-aires au » livre de Que-nel. » Il fit dans les mêmes vues un Avertissement qui dev;iil être joint à une nouvelle édition des Répétions morales. « Il y répondait, suivant le même secrétaire, aux écrits des jésuites » et des jansénistes; et il se proposait de débrouiller ces matières, » à cause des jansénistes qui les ont embrouillées par leurs chicanes. » Ce travail esncertainement dirigé contre tous les excès des jansé- » nistes. » Bossuet voulait qu'on mît un grand nombre de cartons à l'ouvrage de Quesnfl. Il en indiqua le nombre et l'objet dans un mémoire que Déforis eut entre les mains, ainsi qu'il paraît par une note de lui qui s'es-t trouvée dans les manuscrits de Bossuet. Ce mémoire a disparu, amsi qu'un écrit sur le formulaire, un Panégyrique de saint Ignace, et peul-étie encore d'autres pièces contraires aux préjugés des éditeurs. Bossuet retira son Avertissement, parce que l'on ne voulut pas se soumettre à ses corrections. Co-t l'écrit qu'on a publié après sa mort, sous le titre de Justification des Réflexions morales, en supprimant la demande des carions.

D.ins sa Défense de la tradition, Bossuet censure « l'excès insou- » tenable avec lequel Jansénius s'est permis d'écrire que saint » Augustin est le prenuer qui ait fait entendre aux fidè es le mystère » de la grâce. » Sur la fin de ses jours, il commença un ouvrage sur V Autorité des jugements ecclésiastiques et sur la soumission qui leur est due. Il n'a pu le termiirer. Il disait a qu'Arnauld était inexcusable » de n'avoir employé ses grands talents qu'à s'efforcer de faire illu- » sion au public. » Il écrivit aussi contre Dupin , et surtout contre

(1) Nous croyons sur ce point délicat devoir renvoyer le lecteur à la disscriîition, inséice dans la Correspondance de Féiteloii, t. \iii, p. 573, sur

R. Simon H contre sa version du Nouveau Testament. Voyez ce que nous en avons dit sous Tannée 1702.

Nous avons parlé, sous Tannée 1704, de la mort de Bos«uet : mois à qui son Histoire écrite par la plume élégante du cardinal de Baus set n'est-elle pas familière ?

Les papiers du gr.ind évéque de Meaux passèrent, après sa mort, entre les mains de Tabbé Bossuet, son neveu, depuis évèqiie de Troyes, qui a publié plusieurs des ouvrages de son oncle. En 4745, les manuscrits de Tévêqne de Meaux p;issèrent à M. de Chazol, président au parlement de Metz, et neveu de Tévèqne de ïroyes. Ce magistrat les donna aux Bénédictins. Ils ont servi à M. de Bjussei pour la composition de son Ili.'^toire.

L'édition de ses œuvres donnée à Versailles, chez Lebel, de 1815 à 1810, due aux soins de M. Tabbé Caron, de Saint-Sulpice, est un des plus beaux monuments de la typographie moderne.

4 mai. — Charles Boileau, abbé de Beaulieu, prédicateur du roi,

les véritables sentiments de Bossuet relativement an jansénisme. Le savaiii éditeur, après avoir rapporté que pendant quelque temps, surtout à l'époque de la controverse sur le quiétistne, il s'était élevé des bruits peu favorables a Bossuet, qu'on inculpait d'altachement au jansénisme, explique ce qui aurait pu donner lieu à ces soupçons , et s'attache à prévenir les conséquences fâcheuses qu'on en pourrait tirer contre la soumission de l'évèquc de Meaux aux décisions du Saint-Siège.

Beaucoup d'endroits des écrits de Bossuet ])rouvcnt clairement que, nonseulement il était très-éloigné des sentiments des jansénistes sur la grâce; mais qu'il était très-convaincu sur le fait de l'attribution des propositions à Jansènius. Cependant Tanleur que nous citons est porté à croire que, pendant quelque temps, Bossuet ne s'était pas expliqué avec assez de netteté sur l'infaillibilité surnaturelle de l'Eglise en ce qui concerne lus faits dogmatiques, non qu'il eût lui-même aucun doute sur cette question, mais parce qu'il regardait cette sorte d'infaillibilité comme iu\e opinion ihéologiquc, sur laquelle on pouvait absolument disputer. Il paraît, en effet, très bien prou\é que, même au commencement du xviii' siècle, tel était le sentiment de plusieurs théologiens, universellement regardés comme orlhodoxes. On peut voir dans letome xii, des OEuvres de Féneion, Uhe lettre curieuse de M.deBissy, évcquc de MeauJC à Féneion, dans laquelle ce prélat, d'ailleurs si prononcé contre le jansénisme, soutient que l'infaill bililé surnaturelle de l'Eglise, est un principe cOHte5î<?. On trouvera à la suite la solide réponse de Féneion.

Mais ce qui est certain, c'est que Bossuet, dans son dernier écrit sur l'autorité des jugements ecclésiastiques, enseigne expressément que tout, fidèle doit au jugement de l'Eglise sur les faits dogmatiques une persuasion entière et absolue dans l'intérieur : ( Voyez Hist. de Bossuet, t. lu, n° 2 : ) C'est encore que, dans plusieurs antres circonstances, il a très-clairement reconnu cette obligation rigoureuse; c'est que, dès l'année 1603, dans la célèbre lettre aux religieuses de Port-Royal, il leur inculquait que sur le/ait de Jansènius, on exigeait d'elles une entière soumission de leur jugement. Voy.a Régnier De Ecclesid, t. II, p. 93 et suiv. Editeur.

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membre do rAcadémie française, est auteur d'HomcUrf) et de Sermons, publiés par Richard, en 1712. Il ne faut pas le confondre avec Jacques Roileau, le frère du saiyrique, qui sera cité sous 1716.

15 mai. — Louis Rolrdalole, jésuite, né à Bourges en 1632, se consacra de bonne heuie à la chaire. Il parut pour la première fois il la cour, en 1070, et prêcha TAvent devant Louis XIV. Il fut fort goûté, et prêcha depuis, devant le roi, les Carêmes de 1G72, de 1674, de l67o, de lOSOet de 1682, et les Avenisde 1084, de 108G, de 1689, de 1691 et de 109,". Il ne fut pas moins recherché et admiré dans les chaires de Paris et dans celles dos provinces. En 1686, on l'envoya à Montpellier pour y travailler à la conversion des prolestants. Sa douceur le rendait très-propre à ce n)inistère de persuasion.

Sur la fin de sa vie, Bourdaloue se consacra aux assemblées de charité et aux prisons, assistant les malades, consolant les pauvres ; et il réussissait dans ces soins pénibles et touchants comme dans les fonctions les plus relevées df-sa carrière évangélique.Sa connaissance parfaiie de l'Ecriture et de la théologie, la solidité de ses raisonnements, et le genre noble et précis de son élocution, Ibonorent encore moins que sa piété profonde et son zèle pour le salut des âmes. Il était aimé et estimé des grands. On a, sur sa vie et ses vertus, une notice par madame de Pringy, une lettre du président de Lamoignon, qui l'avait beaucoup cormu, ei une autre du P. Martineau, son confrère.

Le P.R.eionneau a publié les sermons de Bourdaloue, qu'il a accompagnés d'excellentes analyses. On a dit avec raison que la conduite du P. Bourdaloue était la meilleure réponse aux Provinciales. Nous n'essaierons point d'apprécier, le genre de .«on élo(|uence noble, forte et solide. On l'a souvent comparé à Ma?siilon qu'd devança dans la carrière. Chacun peut, suivant son goût particulier, donner la préférence à l'un ou à l'jiuire. Tous deux peuvent être regardés comme les |ilus paifaits modèles des prédicateurs. Bourdaloue s'attache plus à convaincre : il est plus logicien et plus théologien,

2 octobre. — Jean Goter, missionnaire catholique anglais, était ne dans le comté de Soulliampton, et il fut élevé dans la religion anglicane. Mais s'étant fait catholique, il alla étudier au collège anglais de Lisbonne, et revint exercer les fonctions de missionnaire dans sa pairie. Sa résidence ordinaire était à Loi'.dres, et on le vit à la télé des controversisics sous le règne de Jacques IL II mourut en se rendant à Lisbonne pour quelques affaires du clergé. Il avait été question de le faire évêque en 1702, et il méritait cette distinction par son zèle, ses talents et ses vertus. Il était humble, retiré et laborieux. Ses écrits, qui sont nombreux, se partagent en deux classes, ceux de controverse et ceux de morale et de piété. Ces livres sont encore goûtés des catholiques anglais. Les anglicans Claggett, Wake, Siralford, Williams, écrivirent contre Goter. Voyez Dodd, Histoire de l'Eglise d'Angleterre, tome III, pages 482 et 483.

303 LliTE CHUOMULOGIQUE

i6 octobre. — Pierre Coustel, de Porl-Roya', né h Heniivais en 1621, resta laïque et travailla sous Nicole et de Sacy. On cite de lui des Règles pour Vcducation des enfants, 1087, 2 volumes, — et les Sentiments de l'Eglise et des saints Pères sur la comédie, Paris, 1694. Ce dernier écrit est dirigé contre la lettre du P. C;iffaro.

Vers ce même temps. — François Courtot, Cordelier, né à Vezelin, devint délinileur général de son ordre, et mourut à Auxerre. Ses écrits sont : Vie de François So/ano, 1677 ; — Récit du martyre des onze religieux de Gorkuni : — Abrégé de la Vie deJ. Pascal Baylon; Vie de saint Pierre d'Alcantara, etc.

29 avril — Claude-Hugues Maiitoue, Bénédiciin de Saint-Maur , né à Màcon en 1022, et mort à Cliâlons-sur- Saône, se remlit éditeur des OEuvres du cardinal Robert Pullus et de Pierre de Poitiers. II donna aussi deux écrits sur l'histoire ecclésiiisiique de Sens.

'2.A octobre. — Thyrse Gonzalês, général des Jésuites, né en Espagne, est auteur d'un traité contre les quatre articles du clergé de France de 4682, et d'un autre contre l'opinion de la probabilité, en 1687. Il la réfuta très-for temenl. On a de plus de lui la Vérité de la Religion chrétienne démontrée, et Conduite [rnanuductio) pour la conversion des mahométans; ces écrits sont en latin.

— Marcel Cavalieri, évèque de Gravina, au royaume de Naples, était recommandable par son zèle et sa piété. 11 forma avec soin son clergé, rebàiit son séminaire et construisit des églises. On lui doit entre antres ouvrages un Traité sur la Mes.fe, publié à Naples en 1686.

Son frère Jean-Michel, aussi Dominicain, et théologien du cardinal Orsihi, est auteur d'une Histoire des Papes et des Evcques de son ordre. — Enfin un autre Jean-Michel Cavalieri, Augustin, mort le 6 janvier 1757, a donné un Commentaire sur les décrets de la congrégation des rits.

— Nicolas DU MÉLiCQUE i)E Saint-Georges, laïque, né en 1640, est auteur du Caractère des vrais chrétiens, souvent réimprimé; — d'une Nouvelle traduction des Psaumes, — et d'une traduction des Méditations de Savonarole, sur V Oraison dominicale et sur le Psaume L.

l) janvier. — Nicolas Thoynard, simple laïque, né à Orléans en 1629, était lié avec tous les savants de son temps. Il eut part aux Epoques Syro-Macédonicnnes de Noris. Son principal ouvrage est son Harmonie des quatre Evungélistcs,en grec et en latin. On a, de plus,

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