‹ Mémoires pour servir à l'histoire ecclésiastique pendant le dix-huitième siècle (volume 3)Chapitre 50 sur 54 · DI-S ÉCRIVAINS · texte numérisé non relu

DI-S ÉCRIVAINS

— Edouard Cauy, d'abord oiïîcier dans les troupes anglaises du parli du i()i, se fii ecclé.siaslique sur le coiiliuenl, vin! eu Anjilelerre comme missionnaire, el fui esiinié de ses collègues. Jac(|ues II le fil chapelain de son armée pour les callioli(iucs. Cary avait puijlié, en 1082, le Catéchiste, relativement au serment d'allégeance.

20 mars. — Claude Ciiastelain, cbanoine de Paris, né dans celle ville, étaiuin liuirgisle inslruii, Il voyagea en France, en Italie el en Allemagne, pour y étudier la discipline des diirérentes églises. Il était lié avec le P. Papebroch, successeur de Bolland. On lui doit le Dictionnaire haçjiologique et le Marttjrologe universel. Chasielain était critique el erudil. Il travailla à plu^ieurs bréviaires.

11 avril. — Richard Simon, prêtre de l'Oratoire, né à Dieppe en 163S, quitta sa congrégation en 1G78, et fut quelque temps curé de Bulleville, en Caux. Ce fut un criii(|ue instruit, mais b;irdi, singulier ; esprit inquiet, controversiste ardent, écrivain cansiique. Il travailla particulièrement sur l'Ecriture sainte, et donna des Histoires du lexle, des ver-ions, el des commentateurs de l'Ancien et du Nouveau Testament. Sa traduction française du Nouveau Testiimenl futcondanmée vers 1702, par le cardinal de Noailleseï par Bossuet. Nous citerons encore de lui, Oérémonieset coutumes des Jî/Z/s, ouvrage dont Bossuet avait accepté la dédicace; — Réponse aux sentiments de quelques théologiens de Hollande; — Inspiration des livres sacrés; — Créance de Véglise orientale sur la transsubstaïitiation. Il se signala par d'autres écrits. Simon eut des dispuies vives avec Dupin, Le Clerc, Spanheim et Jurieu. Bossuet le regardait comme favorable aux Sociniens, et le combattit avec ardeur.

12 septembre. — Jean Dez, Jésuite, né près Sainte-Ménéhnuld en 1643, travailla à la conversion des calvinistes à Sedan, puis à Strasbourg. Il écrivit aussi sur les cérémonies chinoises, en faveur du livre de Fénelon, et contre le jansénisme. Il mourut à Strasbourg, où il avait été envoyé par Louis XIV. Ceux de ses écrits qui méritent d'être cités ici sont, la Réunion des protestants de Strasbourg à l'Eglise romaine nécessaire, — et la Foi des chrétiens justifiée, etc.

22 septembre. — Catien de Galiczox, évéque d'Agaihople, né en Anjou, fut longtemps chanoine de Tours, et s'y livra à l'élude de l'Ecriture el des Pères. Il publia, en 169i, un recueil latin de quelques lettres des papes. Il second i l'abbé Gervaiso dans la correction de sa Vie de Saint-Martin de Tours. En 4708, il fut sacré coadjuteur de l'évêque de Babylone, el partit pour la Perse, où il obtint [ilusieurs avantages en faveur des missionnaires. 11 mourut à Ispahan.

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Jy((^— Armand-Louis BoNNiN de Coalucrt, évéque de Toulon, honora l'épiscopnt par son zèle, ses connaissances el sa piélé. Aviiul d'être évêqup, il avait eu de frcqnenles conférences avec des proic^tants, el avait été employé duns les missions du Poitou. Il fit, ou 1682, une réponse à l'écrit de Claude, sur la présence réelle. Ou en loue la clarté et la précision. Le ministre Bossatran ayant voulu tourner à son avantage, dans un écrit public, ce qui s'était passé entre lui et l'abbé de Cbalucel, dans une conférence tenue à Niort devant plusieurs personnes, celui-ci y Ut, en 168i, une réponse; in-12. I! f::l nommé, la même année, à l'évècbé de Toulon, mais ne fut sacré qu'en 1692. Il rendit de grands services à cette ville, iorsqu'tlle fui assiégée parle duc de Savoie, en 1707, refusa de s'éloigner, encouragea lesba'^biiants, et distribua de l'argent eldes \ivres. Il publia, en 1704, des ordonnances synodales, fonda un séminaire et divers établissements de charité, et donna tout son bien aux pauvres.

Prosper BoTTfNi, de Lucques, chanoine du Vatican, avocat du

fisc, promoteur delà foi, remplit successivement d'autres charges importantes. Ou connaît de lui un discours sur sainl François de Sales ; un autre sur sainl François de Borgia : Dissertation sur le culte do saint Job et autres saints de l'Ancien Testament; Vœux dans la cause de Palafox. Faure s'en est servi dans son Supplément aux remarques de Zampieri.

{"janvier.— La B. Jean-Marie Tommasi, cardinal. Nous le ferons connaître plus spécialement dans la notice que nous donnerons sur les principaux cardinaux promus par Clément XL (Voyez Mémoires, année 1721.) Ses écrits sont, Codices sacramentorum nongentis annis vetustiores; — Psalteriumexplicationedilucidatum; — Antiqui libri Missarum; — Institutiones theologicœ antiquorum Patrum, 5 vol. ; — Divi Augustini spéculum, el d'autres encore sur des matières de théologie, de discipline, de liturgie elde piélé.

Antoine-François Vezzeli, Théaiin, donna, en 1764, une édition des œuvres de Tommasi en 7 vol. in-4°, et en 1769 une nouvelle édition en 11 vol. in-i".

0 janvier. — François Chauchemer, Dominicain, prêcha plusieurs fois à la cour. Il a laissé des Sermons sur les M'/stèrcs, et un traité de piélé sur les Avantages de la mort chrétienne.

13 mars. — Pierre-Jean-Fr?nçois de Percin de Montgaili.ard, évèque de Saint-Pons, né en 1655, composa un livre du Droit cl du devoir des évéques de régler les offices. Il eut des disputes avec l'évoque de Toulon, au sujet du RjVHri d'hier ; avec Fénelon, sur le

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silence respectueux, et avec des religieux de son diocèse. Ses Lettres à Fèxelon furent censurées à Rome par un bref du 18 janvier 1710. Ce prélat élail vif, cl ainiail assez les disputes. Ses écrits contre les proiestanis, son livre Sur les decoirs et les droits des ('véques, et d'autres ouvrages furent mis à l'indix par décrets des 27 avril 17U3 cl 17 juillet 1709 ; sa lettre au pa|»e, en 1715. On l'accusait de favoriser le jansénisme. Il avait écrit, en 1007, en faveur des quatre évëques. Son Mamleiuent, du 31 octobre 1700, pour la juslilicaiion du Silence respectueux, fit du bruit , et fut comlamné à Uomc ; il fut mémo question de touniellrc rautcuràun jugement canonique. On trouvera dans les OEuvres de Féiielnn, tome XII, page 379 cl suivantes, les écrits par lesque's rarclievêque de Cambrai réfute révê([ue de Saint- Pons. L'Avertissement de l'éditeur placé à la téie du tome x, édition de Versailles, page 50, présente un précissuccinct de celle controverse.

\ôjuin. - Paul Skgneri, dit le Jeune, pour le distinguer de son oncle, le célèbre missionnaire mon en lGD-4, en suivit les exemples et se distingua comme lui par son zèle et sa piété. Né à Rome en 1073, il se fil Jésuite en !G89 et se consacra aux missions. La Tos cane, Téiat de Gènes, b; dacbé de Modène, Lucqiies, furent le lliéàlre de ses travaux. Il mourut au milieu de ses courses à Sinigaglia, n'étant âgé que d-* 40 ans. Muratori a écrit la vie de ce missionnaire, ei pidjlié ses Exercices spirituels, 1720, 2 volumes. En 1795, on publia à Venise ses OEuvres en3volumes in-8°. Elles renferment entre autres sa lettre inédite à Muratori sur la dévotion à la sainte Vierge. C'est une réfutation de la Dévotion réglée du bibliothécaire de Modène.

4 aoû<. —Edme Pirot, docteur et professeur de Sorbonne, cbanoine et chancelier de l'Eglise de Paris, éiait né à Auxerre en 1731. 11 passait pour un ibéologien sage et habile, était souvent consulté et se trouve mêlé dans presque toutes les affaires ecclésiastiques de sou temps. Il est question de lui dans les histoires de Bossuel et de Fcnelon, par M. de Bausset. Il n'a rien fait impiimer, mais on connaît de lui en manuscrit une Relation des derniers moments de la Brinvilliers (célèbre empoisonneuse, exécutée à Paris, en 1070.); — une Censure de V Explication des maximes saintes de Fcnelon ; — un Mémoire sur l'autorité du Concile de Trente, etc.

7 octobre. — François Ledieu, secrétaire et aumônier de Bossuet, puis cbanoine de Meaux, était né à Péronne. Il doit être principalement cité pour un Journal dans lequel il rapporte une foule de faits delà vie deBossuel, auquel il fui attaché vingt ans. Ilfaitbien conn;iître ce prélat, pour lequel il paraît avoir eu une religieuse vénération. M. de Bausset en a cité beaucoup de fragments. Ledieu travailla sur riiisloire et les antiquités de Meaux. Eu 1709, il publia \e Missel de cette ég'ise, où il se permit d'ajouter des Amen pour le peuple, non-seulemenl aux oraisons de l'ordinaire de la Messe, mais encore aux paroles de la consécration et de la communion du prêtre. Le car-

-ili Ubi6 aiROiNUhOGiUbb:

dinal de Bissy, alors cvôiiue de Meaux, condamna ces additions par un Mandement du 22 janvier 1710. On dit que Ledieu en mourut de chagrin. Son Journal m;.nnscrit est conserve avec les manuscrits de iiossuet, et déposé à la bibliothèque du Roi.

24 octobre. — Jacques Hommey, religieux Augustin, né à Spez, mort à Angers à soix;inle-neuf ans, est auteur du MiUcloquiiim sancti Gregorii, — et du Supplctnentum Patrum.

14 décembre. — Pierre Le-Nain, religieux Trappiste, né à Paris en 1640, était frère de Le-Nain de Tillemont, l'hislorien. Il fut sousprieur de son abbaye, et y donna l'exemple de la pénitence et de l'humilité. Ses ouvrages sont, un Essai de l'Histoire de l'ordre de Cite aux ; — Homélies sur le prophète Jércmie ; — Vie de M. de Rancé ; — Relation de la vie et de la mort de plusieurs religieux de la Trappe ; et plusieurs petits traités de piété.

16 décembre. — Gaspard Juénin, Oraiorien, né en Bresse en 1650, professeur de théologie à Saint-Magloire, est auteur cV Institutions théologiques à l'usage des séminaires, écrites en latin. Elles furent condamnées à Rome, et en France par plusieurs évoques, et même par le cardinal de Noailles. L'auieur fui mandé par ce prélat, et donna, dit-on, des explications satisfaisantes. Il répondit au cardinal do Bissy et à M. des Marais, évéque de Charires, (jui avaient publié des Mandements contre son livre, il composa de plus un Commentaire historique et dogmatique sur les sacre7ne7its, un Abrégé de ses institutions, une Théologie morale, en 0 volumes, et des Résolutions des cas de conscience sur la vertu de justice. Cet auteur passait pour être attaché au parti janséniste; ce qui fut cause qu'on examina sa théologie avec plus de sévérité.

— Jacques Thorentier, Oratorien, exerça le ministère de la chaiie avec succès à Paris, et publia des Sermons, eic.

Février. — Guillaume Bonjour, religieux Augustin, né à ïoidouse en 1670, fut attiré h Rome par le cardinal Noris, employé par Clément XI, et envoyé ensuite comme missionnaire en Chine où il mourut. C'était un orientaliste et un érudit. Ses Dissertationcs in Scripturam sacram, 1706, in-folio, renferment beaucoup d'érudition.

29 jtiin. — Daniel Papebroch, Jésuite, né à Anvers en 1628, fut associé par Bolland et Henschen à leur travail des Aeta sanctorum. Il s'y livra dès 1660, et y consacta son temps ju'-qu'à sa mort, arrivée à Anvers. Il eut part aux mois de mars, d'avril, de mai et de juin. C'était un critique sage et exercé. Il eut une dispute avec les Carmes

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sur l'ancienneté de leur ordre, et publia quelques écrits sur ce sujet. Voyez les Mémoires du P. d'Avrigny, sur le 14 novembre lOQo.

29J»//i. — Joacliini TuoTTi de la Ciiétaudik, curé de Sainl-Sulpice de Paris en lODG, né près Angoulèineen lGr)(), refusa en 1702 l'évéché de Poitiers. Il a laissé Homélies j)our les dimanches et fètex; — Catéchisme de Bourijes; — Entretiens ccclésiastiqties; — E.rplicalion de l'Apocali/pse. Il suit dans cet ouvrage un système nouveau, fondé sur les sept âges de l'Eglise. C'élail un prêtre pieux et zélé, qui jouissait de l'otime et de la confiance générale.

20 novembre. — Fabio Brulart de Sillery, évêque de Soissons en 1089, né en 1035, étudia les langues, TEcrilure et les Pères, et se lit un nom par son amour pour les lettres, et par ses libéralités. Il a laissé en manuscrits, des Traités de morale, des traductions des plus be lUX endroits des Pères, des commenlairos sur différents livres de l'Ecriture, des sermons et des bomélies. Il établit dans son diocèse des écoles, des séminaires et dos bôpitaux, et employa plus de la moitié de son revenu à secourir les pauvres.

— Gabriel de IIenao, Jésuite espagnol, jouit de beaucoup de considération pour sa sagesse et ses lumières. Ses ouvrages sont en onze volumes in-folio, tous en latin, dont un sur rEucliarislie, trois sur le Sacrifice de la Messe, trois sur la science moyenne. [[ Feller place sa moit en 170i. Eu effet il avait alors 93 ans. ]]

Vers ce temps. — François Nepveu, Jésuite, né à Saint-Malo en 1039, mort à Rennes, publia beaucoup délivres de piélé, dont plusieurs sont encore lus avec grand fruit : De la connaissance et de l'amour de Jésus-Christ ;— Méthode d'oraison;— Exercices intérieurs; — Retraite; — Manière de $e préparer à la mort; — Pensées chrétiennes pour tous les jours; — Esprit du christianisme.

1 janvier. — François de Saltgnac de la Motue-Fénelon, arclievêque de Cambrai, naquit en 1051, au cbâleau de Fénelon, en Périgoril. 11 fui envoyé de bonne heure à Paris, et placé au collège du Plessis. puis au séminaire Saint-Sulpice où il prit, sous le respectable Tronson, le goût delà piéié. Il fut attaché quebiue temps à la paroisse de Sainl-Sulpice où il exerça le minislère. Il paraît qu'il eut le dessein de se consacrer aux missions, mais il ne l'exécuta pas. On le nomma supi^rieur d'une comiuunatilé df Nouvelles-Catholiques, foncti<in modeste qu'il remplit avec zèle. Eu 1085, on l'envoya dans le Poitou pour y seconder les vues du gouvernement, qui avait fort à cœur la conversion des protestants. Les ecclésiastiques les plusreconimandables de ce temps-là se fais dent un devoir de concourir aux

vues du prince, et d'aller prêcher contre Terreur. Fénelon alla donc dins le Pniiou, accompngné des abbés de Langcron, Fleiiry, deBerihler et Miloii, qui se consacrèrent, comme lui, à cet lionorable minisière. H s'attacha à dis.-iper les préjugés des protestants par sa douceur, par des in-truclions mises à la portée de tous, p;>r de bons exemples, par des insinuations paternelles; et le peu de détails qui nous sont restés sur sa conduite, comme missionn.'iire, réj ond à l'idée (jue nou-i avons de son caractère, et de l'esprit qui l'anima toujours. Sa mission fini(% il revint <\ Paris, et repiit encore ses fonctions de supérieur des Nouvelles-Catholiques.

En 1689, Fénelon fut nommé précepteur du duc de Bourgogne. On sait quel fut le succès de ses soins. Il fit de son élève un prince vertueux, ap|)liqué, modeste, pieux ; et il en fit aussi son ami.

L'éducation du prince finie, FéiuMon fut nommé à l'archevêché de Cambrai, et fidèle aux lois de modéraliDu etde désintéressement qu'il s'était prescrites, il se démit de son abbaye de S liiil-Valéry. C'est alors que commença l'affaire duquiélisme. Il nep^nt convenir à notre plan de nous éiendie sur cette querelle si vive, où Fénelon n'entra d'abord qu'incidemnioul, et où il joua ensiule le principal rô'e. Il composa sur ces matières un très-grand nombre d'écrits, et lorsque son livre de VExplicadon des metœimes des saiiils eût été condamné à Rome, il se soumit à ce jugement qui termina la controverse. L'histoire de ces détails appartient au siè. le précédent.

Au commeneement dn dix-hniiième siècle Fénelon se trouva engagé dans une controverse à laquelle bien pins de gens prenaient part, qui produisit un bien plus grand nombre d'écrits, et qui eut i!es suites plus graves, plus durables et pins étendues. L'archevc(iue de Cambrai donna plusieurs ouvrages sur le jansénisme, depuis ITOi jnsqu'en 17U, tantôt sur le Cas de conscience, — tantôt sur le Formulaire, — — sur Vlitfuiliibilité de l'Eglise dans les jiujements qu'elle j^orte des textes des livres, — sur \e Silence respectHeuoc, etc. Il traita ces diverses matières avec étendue. Il n'aimait point, disait-il, ces Mandements secs et arides qui exigent mie croyance intérieure sans rien motiver; et ses Insiructiniis pastorales étaient de véritables traités, où il posait les preuves, réfntait les objections, et cherchait à éclaiicr et à convaincre. Un tel adversaire incommodait les partisans de l'erreur. Ils se vengèrent par des injures, et un malheureux éciivain osa imprimer dans son délire, qne Fénelon était un auteur sans conséquence, à qui il était permis de tout écrire sans que personne se mît en devoir de lui répondre. Un tel jugement n'a heureusement pas fait fortune. Un siècle écoulé a encore accru la réputation de l'archevêque de Cambrai.

Fénelon fit, pendant vingt ans, le bonheur d'un grand diocèse. Il réalisa dans son épiscopat ces maximes de vertu et d'équité qu'il avait autrefois tracées pour les princes. Un mélange heureux de fermeté et de douceur, une prévoyance assidue, un esprit qui savait embrasser

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les plus pclils déinils sans iiiiniilio, cl se porlor aux plus grands objele snnsffiorl, «ne tendre compassion pour les malheureux, une libéralité tout à fait clirélit'iine et éiiiscopale, une piélc excmplairo, une condiiilej-oult'nue, noble, |)riideiile, telles sont les tiuililés (jue Fénelon déploya à C;imbrai. Il faisait lui-même des instructions à ses séminal i^tes, confessait dans sa métropole, y disait la messe tous les samodiSj visilaii exaclemenlson (iiocè>e, même au milieu des armées ennemies, prêchait régiilièremenl le catème dans (pjelijue église de sa ville épiscopale, et remplissait tous les devoirs d'un pasteur vij^ilant cl zélé. Pendant la guerre, sa ville cl son palnis devinrent l'usile des généraux, desolïicieis et des soldats malades et blessés. Il abandonnait ses magasins pour la subsistance de l'armée, il apaisait une sédition en payant de ses deniers la solde du soldat. Il eut la douleur de voir périr avant lui le prince (pi'il avait formé pour le bonheur de la France, cl il perdit successivement ses vertueux amis. // mourut, dit le Morcri, sans arçjrnt et sans dettes. Nous avons domié, sous l'année 1715, quelques détails sur sa mort. Onsait que quelques modernes ont voulu faire de lui un partisan secret de leur système d'indifférence sur la religion. Voltaire l'a insinué, et d'autres l'ont répété apiès lui. La conduite, la vie cl tous le-; écrits de Fénelon réclament contre une aussi odieuse imputation.

Les ouvrages de Fénelon sont trop nombreux pour que nous en fassioi'iS ici l'énuméralion. Chacun counnît la belle édition des OEuvres et de la Correspomlancr de Fénelon, donnée chez Lebel, et enrichie par un savant éditeur de tant de docies averlissements et remarques littéraires (I).

18 j«;iivVr.— Clément PisELLi, des Clercs -Réguliers-Mineurs, professeur de morale à la Sapience, publia VÀbrégé de la vie du P. François de Caraceioti, fondateur des Clercs Réguliers-Mineurs; — des Mémoires historiques sur cet ordre, in-folio ; — Somme de théologie morale, Rome, 1710, ouvrage qui mérite d'être plus comm.

%) janvier. —BeriMivd Lami, Oratorien, né au Mans en 1G43, mort à Rouen, fut partisan zélé de la philoso|ihie de Descaries. Il se consacra particulièrement à l'étude de l'Ecriture et de la théologie. On a de lui, Démonstration de la sainteté et de la vérité de la morale chrétienne ; — Introduction « l'Ecriture sainte; — Du tabernacle, de Jéru-

(1) Nous ne passerons ])as sous silence ['IlUtoire de Fénelon, par le cardinal de Bausset, publiée pour la première fois en 1808, eu 3 vol.; une seconde édition l'ut donnée par l'atiteur en 1819, 4 vol. Cet ouvriige, (pii fait ij.irfaitimcnt coniiaîlrc Fénelon , est un des plus beaux monuments qu'ait ])rodui(s de nos jours la littératuie historique. I.a nouvelle édition donnée en 1860, ])ar l'éditeur des OEiu'res de Fciic/oii, a été enrichie d'un grand nombre d'additions et d'observations, qui ont obtenu les suffrages de tous les hommes éclairés. Éditeur.

salemet du temple; Harmonie ou Concorde êvangélique , en latin, ainsi que le préci'deiit. D.ins ce dernier ouvrage, il avant';), sur quelques points de l'hisioire de l'Evangile, dessenlimenis particuliers qui excitèrent contre lui les critiques des savants. Ses Entretiens sur les sciences, Lyon 108i, — et ÏArt de parler, Paris 16'5, l'ont placé au rang dt-s philosophes distirigués. Cet auteur était en même temps estimé pour son caractère.

2S février. — Jérôme de Gonnelieu, Jésuite, né à Soissons en 16i0, composa beaucoup de livres de piété, comme les Exercices de la vie intérieure ; De la présence de Dieu; Méthode de bien prier ; Pratiques de la vie intérieure ; Instruction sur la confession et la communion. On prétend qu'il n'est point l'auteur de la traduction de Vlmitution publiée sous son nom, et qu'elle est de Jean Cusson, avocat.

22 juillet. — Louis-Pierre Du Valcel, ami d'Arnauld, naquit à Evrcux. Il fut secrétaire de Nicolas Pavdloii, évêque d'Alet. Depuis, il fui envoyé ù Rome comme agent du parti janséniste, et il y pavsa plus de dix ans en celle qualité, s'y cachant sous le nom de Valloni. Du Vaucel était ami de Cliarlas, et se déclara en faveur du Pape lors des disputes sur la régale. Il écrivit contre les cérémonies chinoises, contre le iVof/»s de Sfondrate, et contre Molinos. Son zèle pour sa cause lui lit entreprendre beaucoup de voyages. Il mouiul à Maeslricht.

■V5 octobre. — Nicolas Malebranche, métaphysicien, naquit à Paris, en 1G38, d'une famille honorable. Après ses premières études, il se destina à l'éial ecclésiastique, el entra dans l'Oratoire en lOBD. Il eut d'abord pour guides les PP. le Cointe et Simon, qui voulurent l'initier dans les recherches d'érudition et de critique ; mais ayant eu occasion de lire le Traité de l'homme, de Descartes, il en fut si charmé, qu'il abandonna toute autre étude pour celle de la philosophie. Dix années de méditations et de travaux le mirent en élat de composer sa Recherche de la vérité, où règnenl beaucoup d'art, de méthode et de clarté. Son système y est nohle en lui-même, et intéressant par la manière dont il est exposé. L'auteur y voit Dieu partout. Dieu est le seul agent comme cause, et dans le sens le plus étroit. Les causes secondes ne sont que des occasions. C'est ce qu'on a appelé le système des causes occasionnelles. De plus, Malebranche prouve ou expli(|ue qutdques points de la religion, comme le péché originel.

Il acheva de développer la manière dont il accordait la religion avec sa philosophie, dans ses Conversations chrétiennes, en 1077, auxquelles il joignit depuis des ii/rt'«//o/(s à Dieu. Le fond du système de Malebran; he est que Dieu agit sur les esprits, comme sur les corps, par des lois générales, et il se flaltaii de répondre par là aux plus grandes objections (jui se font contre la Providence. Ce principe avait mené le s:ige Oratorien à des coiiséquencos un peu dllférentes do

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celles qui commençaient à prévaloir dans son corps. Qucsnel était encore dans rOratoire. Arnauld et lui y avaient beaucoup de partisans, et il leur parut nécessaire ■l'attirer un liommc dont l'influence poiivail accréiliier leurs opinions. On indiqua doue, en KlT'.l, une conférence chez le marquis de Roucy. Arnauld, Quesnel et le comte de Tréville s'y Irouvèrent avec Malehrandie et Le Vassor. Il p;u'iiîl que Malebranchi' put à peine s'y faire entendre. Doux et modeste, il n'était pas né pour la dispute, tandis qu'au contraire, Ârnauld, vif, impétueux, disert, y avait tout l'avantage. Il fut convenu que Malebranclie mettrait ses sentinicnls par écrit, et ([u'Arnauld lui répondrai t. C'est ce qui produisit le Traite de la nalurc et de la yiùcr, qna Male- Lranche envoya à Arnauld en manuscrit. Celui-ci ne lui ayant pas répondu, rOr;itorien se décida à faire iuqirimer son livre, et Arnauld voulut en vain arrêter l'impressiiin. Il s'en vengea par son ouvrage Des vraies et des fausses idées, où il ailMquait bien plus la Recherche delavcrité que le Traité de la nature et de la (jrùcc. Il se moquait de l'opinion de M.ilebrancbe, que nous voyons li»ut en Dieu, et Unissait par 'les accusai ions graves et invraisemblables (1).

En 1683 et 1684, le pbilosopbe cartésien donna les Méditations chrétiennes et métaphysiques et le Traité de morale. Arnauld, de son côté, fit paraître, l'année suivante, ses lié/lexions jjhilosophiques et théologiques sur le Traité de la nature et de la grâce, où d F^!"'^""'^ rpuverser tout à-fait la nouvelle philosopbie ou théologie du P. Malebrandie. Il avait un parti nombreux qui se cbargea de cbanter victoire pour lui. L'Or;itorien, él-angei à toute cabale, ne se delendit qu'avec ce calme et celte modération qui étaient dans son caractère. Il répondait à son pétulant adversaire qu'il n'avait pas le mente de

(1) La (piestion sur la nature des idées, objet du débat entre Arnauld et Malebraiieho, est <le ioidre le plus élevé en métaphysique. L'un et l'autre reconnaissaient ce grand principe proclamé par saint Augustin, que par l idée nous peicevons en Dieu les vérités éternelles et immuables, comme dans le principe de toute vérité, qui se manifeste lui-même à nous. Mais Malebranche, disant de plus que nous voyons en Dieu les idées de ces vérités, semblait dire que nous voyons en Dieu les objets sensibles, et généralement toutes les choses que nous connaissons par nos idées. Bossuet, dans la lettre à l'eveque de»^-''»'"rie,du23 juinl683;0£'"rre5 de Bossuet, édit. de Versailles, xxxvii, p. 2S.i,, trouvait que le livre d'Arnauld sur les vraies et fausses ù/te* réfutait parlaiteinent les paralogisjues de Malebranche sur la nature des idées; et il s'en rejouissait parce (juil trouvait que celte première réfutation ouvrait la voie à une autre dispute à bKpielle il attachait bien plus d'importance, sur la nature de la gidce chrétienne, point sur lecpiel il trouvait le système de Malebranche cutièrcnuiit faux, nouveau et dangereux.

Une autre partie de la dispute purement philosophique entre Arnauld et Malebranche roulait sur cette proposition opposée au système des stoïciep.s : que le plaisir rend L'hontme heut eux et la douleur malheureux. Arnauld reprochait i« Malebranche d'étendre cette proposition même aux plaisirs des tens. Editeur.

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rinveiiiion ; que sa philosopliio était celle de Descaries ; et sa iliéologio celle de saiiil Aiii;i!siiii, et il paraît en (Ifet (|iie Malebraticiie était nourri des écrits de ce saint doeieiir, qu'il avait étudiés avec un peu plus d'iMipaniulilé que iTaviiit fait Tardent Aniauld. Les objets de ces coiitestaiions ont perdu beaucoup d'intérêt dans un siècle iiidifl't^reiit à la religion. On ne lit guère Malebraneiie; mais ceux qui ouvriront ses livres seraient peut-être étonnés et de la noblesse de sps idées et des grâces de son irlyle. La plus belle imagination s'unissait chez lui à la pidlo^opliie 11 plus relevée. C'est le Plaion du cliristianisnie. Dans sa dispute avec Arnauld, on le voit d'auianl plus fort ([u'il est toujours calme (t). Son advcisaiie n'avait pas loul-à-fail le même avantage. L'un, chiind conlroversisie, avait vieilli dans la dispute, et neb:iïssait pas les combats; l'autre, pliilosopbe pacifique, craignait le bruit, et n'avait p;is à sa disposiiion les trompettes de la Renommée.

[[Un autre adversaire, qui n'eût pas manqué d'allirer l'attenlion du public, composait dans le même temps une /îc'/jtfa/ioHrft' Malcbranche, qui n'a vu le jour qu'après la mort de l'un et de l'autre ; c'était Fénelon (2) : il avait communiqué cet écrit à Bossuct, avec lequel il ét.iit alors en parfaite iiilimité; et l'illustre évêque de iMeaux l'avait revu avec soin, et l'aviiil même annoté. Fénelon s'atlacba surtout à combattre les iieux principes sur lequel M ib brancbe faisait reposer wn grande partie de ses opinions: 1° que le monde créé avait la plus grande perlectio!) possible; ce qui impliquait, selon lui, que Tincarnanon du Verbe divin était nécessaire dans l'bypotlièse de la création du monde ; 2" et que Dieu gouverne le monde par le plus petit nombie possible de lois générales, plutôt que par des décrets particuliers. i.'Ouvrage de Fénelon sur ces impurlanles questions est digne d'un pbilosopbe qui joignait à la solidité et à la profondeur des vues métaphysiques, une parfaite élégance et clarté de style. Nous croyons qu'il serait mile que cet écrit fùl plus connu. ]]

Bossuet n'était pas plus favorable au système de Malebranche ; dans sa leiire à l'évêque de Casiorie, du 22 juin 1083, il accuse l'auicur du Traité de la nature et de la grâce d'avancer sur la grâce des opinions fausses, insensées et pernicieuses, et d'être plus b âmable encore dans ce qu'il dit de Jésus-Christ et de sa sainte âme. On trouve, sous la date du 21 mai 1687, une autre lettre, dirigée aussi

(1) On ne laisse pas d'être étonné de trouver dans les réponses de Malebranche l)ien des personnalités, dont Arnauld se jjlaint avec raison dans sa quatrième lettre à Rlalebranclie, datée du 4 juillet 169i : tant il est difficile, même pour les esprits les plus élevés, de se tenir toujours calme, dans les ipicrelles littéraires. Voyez dans la Biographie universelle, l'article Arnauld.

Editeur.

(2) Voyez OEux'res de Fénelon, t. m. Voyez aussi l'analyse que l'éditeur des OEui'res de Fénelon en a faite dans l'avertissement placé en tête du preniicr volume et dans V Histoire de Fénelon.

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ronlre Maleluanclie, mais qui est déjà iriiii siylc et il'un Ion bien différents de la première. On s'aperçoit aisément qne les idées de Bossuel s'étaient on peu adoucie^; dims l'inlcrvaile (1). Il av;iit en précédemment avec Malebranclie une entrevue; i'Oraldrien qui avait éf ronvé le mauvais succès de ses di>|inles verbales, n'avait pas voulu entrer en discussion av<'C un prélat dont le rang, la réputation, l'aiilnriié et l'élofiuence lui en imposaient t'op. Dossnel paraît avoir clé blessé de ce refus, et ce fut alors qu'il écrivit sa lettre à révé(|ue de Caslorie. ftlais depuis il fut étonné de voir, sinon la foule, au moins (les lionnnes d un très-grand mérite se déclarer pour Malebranclie. Le duc de Clievieuse, le mar(|uis d'Allemans, le I*. Lanii, lîénédiclin, professaient beaucoup d'estime pour le vertueux Oralorien. Le grand Coudé avait voulu le voir, l'avait attiré à Chantiliy, et s'était moulié aussi suifiilde ses cnirelicns que de ses écrits. Bits- nef, averti par de si grandes autorités, se mit à lire avec attention des ouvrages que ses grands travaux l'avaient cnqièché d'examiner à loisir, et sur les(inels il s'en était pcul-êtrc rapp(nlé ;iux avis de quelques juges un peu moins impartiaux que lui. Dès lors disparurent b s préventions qu'il avait pu concevoir. Quoiqu'il n'adoptât point toutes les opinions de Malebrancbe, il reconnut du iioins qu'elles étaient exemples d'erreur, et par un procédé dij,Mie de sa tjraiulcin" d'àiue, il alla lui-même cliez Malebrambe lui offrir son amitié. Ce fut le marquis d'Allemaus et le P. Lami, Bénédiciin, qui ménagèrent celle récoiicilialioii. iMalebrancbe en a parlé lui-même, mais Irès-mo e tement, au louie m, page 51, du recueil (|n'il a publié, à Paris, en 1709. Une Vie manuscrite de Malebrancbe, par le P. André, son ami et son disciple, Cdiilirme ces détails.

Malebrancbe publia encore le Traite de l'amour de Dieu, en 1697, à l'occasion du livre du P. Lami ; — Vêla connaissance de soi-même; — le Traité contre la prévention, qui es-l encore relatif à sa querelle avec Arnaiild; — ^ Entretien d'un philosophe chrétien et d'un philosophe chinois sur la nature de Dieu, — et les Réflexions sur la pré-

(1) Voyez OEm'ies de Bossiiet, éd. de Versailles, t. xxxvii, p. 373.

Nous ne comprenons pas comment 31. Picot a tronvé dans la lettre de 1687 que les idées de Bossuet sur Malehranche s'étaient adoucies, il écrit à un des adversiires de ce jjliilosophe, et il lui dit avec franchise ((u'il ne remarque en lui qu'un altacheiitenl tons les jours plus aveugle pour son patriarche. « Tout vous plaît dans cet homme, jusqu'à sou explication de la manière u dont Dieu est auteur de l'action du libre arbitre, quoique je ne me sou- » vienne pas d'avoir jamais vu a((t■z^/2 eoietitple d'un pareil galirnat/iias. » Il dit ensuite ces paroles, dont on nous paraît avoir Lien abusé dansées derniers temps: « Je vois, non-seulement en ce point, mais en Iicaucoup d'autres ar- « ticles très-importants de la religion, un grand condjat se préparer contre « l'Eglise, sous le nom de la philosophie caitésicnne. Je vois naître de son u sein et de ses principes, à mon m'is mal entendus, plus d'une hérésie, etc.» Bossuet trouvait en particulier tous les inconvéi'ients</(t pclagianisme dans le nouveau système. Editeur.

motion pln/xique, contre le livre De l'uclinn de Dieu sur les rrcutures, (le Biiursier. Tels sont les priiicipiiux lr;ivaux de Malebranclie. Ils décèleiil un homme plein de sagesse, de Tesprit le plus pénélrant, livré aux pins profondes médilalions, encliMÎnant ses idées avec une loiiiipie admirable, et les dcveloppinl avec beaucoup de clarlé et de noblesse. C'élail de plus un ecclésiastique liumble, et de la piété la plus tendre. FoiUenelle l'a très-bien apprécié dans ses Eloges des académiciens.

[[ D.ins ces derniers temps, on a présenté Malebrancbe comme un janséniste appelant. Mais d'abord, pour ce qui est deVappel au futur concile, il est à rem;irquer que Malebranche était mort dix-biiit mois environ avant les premiers commencements de cet acte malbenreux. Quant au jansénisme, il est très-cerlain que sur les questions spécuhitivcs ses senlinienls étaient bien éloignés de ceux de Jansénius ou de ses disciples, qu'il combat prei^que partout, et qu'il a plutôt été accusé de pélagianisme. On voit même en plusieins endroits de ses réponses qu'il reconnaît que les cincj propositions ont été condamnées dans le sens où Jatisénius le défendait. Mais voici ce qui a donné lit u à l'accusation : Malebranche, connue les auirc-s membres de 11 commnnaulé de l'Oratoire de la rue Saint-Honoré, à laquelle il appartenait, avait signé, en 16()5, le Formulaire prescrit par le Pape Alexandre Yll. Mais, ap' es lapa/a? de Clément IX de 1668 (1), il conçut des doutes sur la questiemdu fait, et il retracta sa signature du Formulaire, par un acte du 16 juillet 1675, (pi'il envoya au monastère do Port-Royal^ pour être déposé d;uis les archives (2) : fait très-singulier (|ui montre dans quelle confusion tombaient alors des esprits mémeéminints, en s'imaginant que le Pape avait toléré la distinction du fait ei du droit (5). Plus tard, dans sa controverse avec Arnauld, on engagea celui-ci à faire usage de cette pièce, qui aurait mis Mjlebianche en contradiction avec lui-même : « Rien, aurait répondu Arnauld, ne «serait plus malbonnéte que d'abuser de cette confiance; j'aimerais » mieux qu'on me coupât la main (4). » Loin qu'on puisse présumer que Malebranche ait résisté aux décrets de l'Eglise, surtout après la bulle Vineam Domini, le denner de ses écrits, publié l'année même de sa mort, et inliiulé Réflexions sur la prémotio)i physique, prouve clairement qu'il repou:^s;tit la doctrine de Jansénius avec autant d'horreur ipie celle de Luther et do Calvin. ]]

— Sylvestre Jrnks, prêtre catholique anglais, fut élevé à Douai, et envoyé en mission en 1686. Jacques II le lit un de ses prédicateurs. Ln 17 15, Clément XI le nomma vicaire aposiobiiue du nord; mais le modeste missionnaire refusa cette dignité. Il a laissé des sermons,

(1) Voyez plus haut le Tableau historique, p. 3S et suiv.

(2) Histoire générnle de Port-Royal, par Clément, toine vi, pajje 432. (5) Voyez Histoire de Fénelon, édit, de J8>0, tonit- i, page 94.

(■4) lii<^{iraj)Iiie iiiiirersellf. Ait. Ar.N-.iin.

DES ÈCUlVAir^S 1716*. ' 423

Vers ce temps. — Laiirent-Aloxaiidre Zacagni, garde de In bibliollièiiiie du Vatican, publia, en 1098, un vobime in-4° ?ous le litre de Monumenta anciens de l'Eylise (irrcque et latine.

5 janvier. — Pierre IIélyot, religieux de la maison de Piopus, près Paris, recueillit dans ses voyages les uialcriaux de son Histoire des ordres monnstiques, en 8 volumes in-4", ouvrage vraiment utile , plein de reclieiclics géuéralemenl exactes, cl iuLércssaul.

i9 janvier. — René Masslet, Bénédiclin de Saint-Maur, né au diocèse d'Evreux en 1005, seconda Mabillon dans plusieurs de ses ouvrages, et en parlicnlier dans les Annales de l'ordre de saint Benoit. Il donna, en 1710, une édition de saint Irénce avec des dissertations et des notes. 11 travailla à rédiliou de saint Bernard, aux Actes des Saints de Vordre de saint Benoit, et à la Défense de Tédilion de saint Augustin.

5 avril. — Luc Vaubert, jésuite, né à Noyon en 1644, publia plusieurs livres de dévotion sur l'Eucbarislie. Le p'us connu a pour litre : Dévotion à Notre Seigneur Jésus-Christ dans l'Eucharistie. •10 avril. — Cbarles Vuitasse, docteur et professeur de Sorbonne, né à Chaunl en i(i60, fut privé de sa chuiie, en 171 !, pour son refus de recevoir fa constitution Unigcnitus. Il cherchait à se fuire rétablir sous la régence, lorsqu'il fui fra|.pé d'iipoplexie. Ou a de lui dCi traités de théologie, qui ont eu de la réputilion.

\" juillet. — Jacques Le Fèvre, docteur do Sorbonne, et grandvicaire de Bourges, né à Lisieux, mourut à Paris, après avoir donné, Critiques de V Histoire de l'arianisme , et des iconoclastes du P. Mainbourg ; Critique de rHistoire ecclésiastique daf. Alexandre, etc. On dil qu'il travailla aux Hexaples.

I" août. — Jacques Boileaiî, chanoine de la Sainte-Chapelle, et docteur de Sorbonne, naquit à Paris en 1655, un an avant son frère, le célèbre satirique Boileau-Dcspréaux. Jacques Boileau, qui ordinairement publiait ses livres sous un nom de guerre, Claudius Fonteius, Marcellus Ancyranus, etc., était un critique instruit, mais singidier, cau>lique et paradoxal. Ses écrits sont : De antiquo jure presbyterorum in regimine ecclesiastico; — De antiquis et majoribus episcoporum causis; — De sanguine corporis Christi post resurrectionem ; — Historia confessionis auriculariœ; — Disqnisitiones de residentia canonicorum ; — Historia flagellantium, sivc de recto et pervcrso usu (lagellorum apud christianos; ouvrage mis à l'index, en 1709; — fJisquisiiio de re vesliariéi hominis sacri; — De re heneficiarià; — De librorum circares theologicut approbations ; — Abus des nudités;— De

42i LISTE CHRONOLOGIQUE

la contrition nécessaire; — Traité des empêchements de mariage. Plusieurs de ces ouvrages lui ont alliré de justes critiques.

21 septembre. — Louis DouciN, Jésuite, né à Vernon, mort à Orléans, est anlPiir d'une Histoire du nestorianisme et d'une autre de Vorigénisme. Ces deux ouvrages, pleins de recherches curieuses, sont estimes.

2S novembre. — Jacques Félibien, (hanoine de Chartres, né dans cetie ville en 1636, est AUlfur iV Instructions morales sur les Commandements de Dieu; du Symbole expliqué par l'Ecriture, et de quelques traductions d'ouvrai^es. Son Pcntateuque historique, 1703, parut contenir des choses répréhensibles, et fut supprimé par arrêt du Conseil du H déceaibre 17u3.

5 décembre. — Gui Drappier, curé à Beauvais, né dans cette ville, prit part aux queri lies de son temps contre la bulle Unigenitus. Ses principaux ouvrages sont : Traité des oblations; — Traditions de l'Eglise touchant l Extrême- Onction; — Gouvernement des diocèses en commun; — Défense des abbés commendataires et des curés primitifs. C'est plutôt un pamphlet contre les uns et les autres.

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