‹ Mémoires pour servir à l'histoire ecclésiastique pendant le dix-huitième siècle (volume 4)Chapitre 15 sur 33 · ITALIE · texte numérisé non relu

ITALIE

Il convient de commencer ce tableau par l'Italie, pour parler d^abord de Rome, cette mère de toutes les Églises. [[Nous croyons devoir, avant tout, donner une idée des révolutions politiques qui agitèrent rilalie dans les premières années du dix-huitième siècle, afin que Ton puisse mieux saisir certains faits dans lesquels les puissances séculières se trouvent en conflit avec le Saint- Siège.

L'état de TËglise avait acquis, à la fin du dix-septièine siècle^ tout le territoire qu'il a conservé depuis, et qui est , à peu de choses près, le même qu'il possède présentement en Italie. Il ne connut point, par conséquent, les changements que subirent alors les autres provinces de la Péninsule. Un événement capital avait eu lieu en Taiinée 1700 : Charles II, roi d'Espagne, mourut le 1" novembre, sans laisser d'héritier direct. Un mois auparavant, après beaucoup d'hésitation, il avait dicté le testament célèbre par lequel il laissait les vastes états de la monarchie, et par conséquent le Milanais, la Sicile et la Sardaigne, à Philippe, duc d'Ajou , appelé depuis Philippe Y, le second des enfants du Dauphin, fils de Louis XIY. La ridhe succession fut vivement disputée à ce prince par l'archiduc Charles d'Autriche, second fils de l'empereur Léopold. Une guerre sanglante mit en feu la plus grande

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partie de rilalie. Après bîen des phases diverses, le traité d'Dtrecht, en 1713, complète bien tôt après par le traitéde Rastadt, termina le différent. Philippe Y, reconnu roi d'Espagne, abandonna l'Italie. Charles d'Autriche, parvenu à l'empire, après la mort de Joseph P% son frère aîné, obtint, en dédommagement de ses prétentions au trône d'Espagne , le Milanais , le royaume de Naples et la Sardaigne. La Sicile, leMonferrat et d'autres accroissements de territoire furent donnés au duc de Savoie, qui d'abord avait suivi le parti de Philippe V, et lui avait même donné sa fille en mariage , et qui l'avait ensuite abandonné, pour s'attacher à l'archiduc.

Vers la même époque s'éteignirent deux grandes familles souveraines. Charles de Gonzague , dernier duc de Màntoue, mourut sans postérité en 1708. Ses Etats, déjà occupés par les Autrichiens dans la guerre de la Succession, fareot réunis au Milanais, moins quelques démembrements. La maison des Médicis de Florence, éprouvait le même sort. Ferdinand lY mourut sans enfants en 1713, et l'Autriche, . déjà maîtresse de la Toscane , y assurait sa domination^ quoiqu'elle consentit à y établir, sous diverses conditions, les ducs de Lorraine.

Parmi les autres Etals de l'Italie, il suflit de nommer la République de Yenise, encore puissante à cette époque, celtes de Gênes et de Lucques, et l'Ordre de Malte. ]] ' Au commencement du siècle, une heureuse harmonie régnait entre le Saint-Siège et les autres puissances. Un accommodement, conclu il y a peu d'années, avait rétabli la bonne intelligence et le concert entre la cour de Bome et la France. Les anciens sujets de plaintes étaient oubliés. On ne songeait plus à reprocher à cette cour une ambition qu'elle ne manifestait pas, ni à faire un crime au Pape actuel des torts de quelques-uns de ses prédécesseurs dans des temps reculés. On avait la bonne foi de sentir qu'il eut été injuste de montrer de la défiance et de Taigreur contre un gouvernement qui ne témoignait que le désir de la paix. Depuis un long temps, le Saint-Siège était rem-

Ci- TABLFAU UISTORïQriS

pu par des pontifes modérés, incapables de ine^ureç yio* lentes, et bien éloigné^ de vouloir troubler les Ëfats. Lf soin du spirituel les occupait priucipalement. I^iq d*é|iB» ver des prétentions ambitieuses, ils f^is^ient souyept d«l sacrifices au désir de la concorde, Leurs rapports avec ie^ autres cours n'avaient pour but que le bien de FËgliseï que les progrés de |a religion, que Tinterai 4«? 0es miqiatre$, Ils se faisaient estimer, d^ns Rome, par Texeipple dfi leurs vertus , et au dehors , par un ^èle plein de ^agesçfi et pqr qne sollicitude active, mais prudente, pour \q troupeau confié 8 leurs soins,

Clément XI veqait d'être élevé sur le trâne pontifical. Ne k Urbin, en 16^9, d'une famille ancienne de ce duché, Je^n-Fninçois Albani avait montré de bonne heure dei dispositions pour la piété. Il entra, en 1677, dans la pré^ latnre, c^est-à-dire, dans ce corps d ecclésiastiques pArU*!; culièrement attachés au Saint-Siège, et parmi lesquels oq a coutume de choisir ceux qui doivent remplir les dîCTé* rentes places de la cour de Rome. Le nouveau prélat fut chargé de plusieurs gouvernements, où il se conduisit avec équité et sagesse. Il devint ensuiie secrétaire des brei3^ place qui le conduisit au cardinalat. Alexandre YIU lui donna le chapeau en 1690. Innocent XH suivit plus d'une foi^ ses conseils daus les affaires. Le cardinal Albaqi étail instruit et appliqué. On louait s^ charité pour les pauvres, et son zèle pour la conversion des personnes engagées dans l'erreur. Cependant il n'était pas encore prêtre. Son humilité Tavait tenu jusque-là éloigné du sacerdoce. Jl )q reçut enfin en 1700. Innocent XII étant mort peu après, le conclave s'ouvrit suivant Tusage, Il était composé de cinquanterhuit cardinaux, et dura quarante-cjnq jour§. Le cardinal Albani fut élu le 23 novembre 1700 Oqeqt peine à vaincre sa résistance. Il sentait tout le poids des fonctions qu'on lui imposait. Il résista pendant trois jours, et ne se rendit que sur l'avis de graves théologiens qu'il avait consultés. Il fut sacré évêque, le 30 noveiqbre, p^r le cardinal dç Bouillon, et couronné le 8 dw mois çuiv^nt*

DIT COMMpîfC£J«£^X. hH XA'IU* SIKCI-E. 65

Clément XI i c'est le nom qu'avait pris le nouveau pape» ^ appii(}ua sur-le-çbamp au gouvernement de l'Église, et ses premières paroles furent des paroles de p^ix. lî écrivit h tous les princes pour le3 détourner de la guerre dont oq, était alors menacé au sujet de la succession d'Espagne ^ et il exhorta particulièrement à la modération Temper^ur Léopold. D un autre côté, |ui-fnê(ne s'était empressé de recpunaitre Philippe Y. Attaché à la France par inclination ^ il avait été sensible à un procédé généreux de I^ouis XIV| à Toccasion d'une émeute qui s^était élevén pendant le dernier conclave, et dans laquelle Tambassa^ deur de France, le prince de Monaco, avait été insulié. Ce ministre avait sur-le-champ quitté Rome. Il s'était rap^

Îelé qu'autrefois , dans uue circonstance à peu près semblable, son maître avait exigé la réparation la plu3 écla* tan^e, Mais Loui3 XIV n'était plus ce prince altier qui

souienait ses droits avec hauteur, Mûri par l'âge et par re^périence, il reçut £ivorableaient les excuses du sacre coUéget et ordonna au prince de Monaco de retourner k Sotno. he Pape, de son câté, promit de rechercher les coupables , et il ne fut plus question de cette affaire, f^ui| vipgt ans plus tôt, aurait été un nouveau sujet de di^çussi.OQ entre les deux .cours.

Lp sacré collège était composé, au f janvier 1701| de soixante- cinq cardinaux, dont cinq de l'ordre des évé^ues, quarante-huit de l'ordre des prêtres, et douze de oelui des diacres.

ILe doyen était le cardinal de la Tour-d'Auvergne de Bouillon, Français, qui, dans ce temps même, tomba dan3 la disgrâce de Louis XIV. [[Il avait été envoyé h Rome, en 1Q98, pur suivre l'affaire du qniétisme. Rappelé en 1700^ il ne voulut pas revenir, sous le prétexte que $es fonction» de doyen du sacré Collège exigeaient sa présence à Romeî mais voyant ses revenus saisis, il s'hnmili^ ^t obtint de rentrer en jouissance de ses biens, à la condition de vivrci exilé de la cour. S'ennuyant dans cette situation, il s§ fit enlever^ en 1710, par un parti de troupes étrangère!; le

]^rlement le décrëta de prise de corps, et mit le séquestre sur ses bénéfices. Enfin; après avoir erré et langui longtemps , ce prélat obtint la restitution de se^ revenus/ et la permission de finir ses jours à Rome, oii il mourut dans rôbsçuri lé en 1 7 1 5 . ]]

' Parmi les autres cardinaux , on en distinguait plusieurs par leurs qualités personnelles, leur mérite, leurs connaissances et leurs vertus. Nous ne les nommerons pas tous *, mais nous ne passerons pas sous silence le cardinal Orsini , depuis pape, qui joignait Thumilité d'un religieux au zèle d*un évéque. Le cardinal Nerli^ Florentin , était savant et lié avec les savants de ce temps-là. Le cardinal Harescotti distribuait ses revenus dans le sein des pauvres. Ce cardinal Barbadigo, évéque de Montefiascone, était le digne parent du saint évéque de Padoue, dont il sera parlé tout à fheure. Il était pieux et zélé, et remplissait ses de- Toirs avec ardeur. Le cardinal Petrucci était un. prélat édifiant et même austère. Il avait été accusé de quiétisme, et ses ouvrages avaient été proçcrits , ainsi qu^on peut le voir dans V Index. Il passa le reste de ses jours dans .la pénitence et dans la retraite. Le cardinal Golloredo, grandpénitencier, était en relation de lettres avec Mabillon. Le cardinal Negroni s'était retiré des affaires , et venait même d'abandonner les fonctions de Tépiscopat pour se livrer à rétude et aux exercices de piété. Nous parlerons plus bas du cardinal Canlelmi. Le cardinal del Yerme, évéque de Fçrrare, se rendait recommandable par son zèle et sa charité. Le cardinal Ferrari , dominicain , avait conservé les Habitudes pieuses et modestes du plus fervent religieux. t«e' cardinal Sacrispante était le père des pauvres. Le cardinal Noris passait pour la lumière du sacré Collège. Né à Térone, et religieux de Tordre des Augustins, il avait enseigné longtemps la théologie , et s'était fait un nom par son savoir dans cette partie. Il n'était pas moins versé dans lès antiquités ecclésiastiques et profanes. Son Histoire du Pélàgiattisme fut déférée plusieurs fois au Saint-Siège, et ne fut point condamnée. Le cardinal Noris fut un dçs

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hommes les plus érudits et les plus laborieux de son temps.

Rome avait pris , sous une suite de Pontifes réguliers , ]*habitude de mœurs dignes de la capitale du monde chrétien. Le pontificat d'Innocent XI surtout, Pape pieux et * même austère, avait contribué à y mettre en honneur une bonne discipline. La pratique des vertus cléricales de la capitale avait passé dans les différentes provinces d'Italie. Des séminaires avaient été institués pour perfectionner réducation et les études ecclésiastiques. Des évéques édifiants avaient mis leurs diocèses sur un pied respectable.

' Le cardinal Orsini , que nous nommions tout à l'heure, avait porté successivement son zèle à Manfredonia et à Gésène. Devenu archevêque de Bénévent, sa vertu parut encore plus sur un plus grand théâtre. Les monuments dont il enrichit cette ville, sont les moindres des bienfaits qa*il y répandit. Des prédications fréquentes, des instruc-* tions paternelles, de nombreux règlements, des synodes annuels, et l'exemple d'une piété profonde, opérèrent les plus grands biens dans le diocèse.

' Ce même cardinal Orsini, attachée son troupeau, avait refusé l'archevêché de Naples, oii Innocent XII voulait l'avoir pour successeur. Ce fut«ie cardinal Gantelmi qui fut nommé à ce siège. Il fit en sorte que son diocèse n'eut point à regretter le choix qu'on avait fait de lui. Il visitait son troupeau avec soin, instruisait les peuples, réformait les abus, et paraissait s'être proposé pour modèle Tilluslre saint Charles Borromée.

' Le cardinal Barbadigo ne venait que de mourir à Padoue^ en 1697. Sa haute piété, son application aux bonnes œuvres, sa vie toute sainte et toute épiscopale l'avaient rendu l'admiration de son diocèse, et lui méritèrent depuis les honneurs de la béatification.

En dehors du sacré Collège, la prélature italienne comptait des hommes éminents :

' Denis Delfini, patriarche d'Aquilée, réprimait les abus et soulageait les pauvres.

Marcel Cavalieri, cvéque de GraviDa, réunissait la piétë^ le «èlti et la charité.

Simon Vi>glinit évâque de Trebico, puis de TrivaricQ, est cité comme uo ej^collent pasteur,

François Verde, ancien évéque de Vico di SorenlOf qui s'était démis de son siège pour ne s'occuper que de soa salut t était un canonisle estimé.

Daniel Seoppa» évéque de Noie» religieu]^ édifiant e| prélat vertueux, était le père des pauvres. Sa vie et sa mort furent également saintes.

Marc Baltaglini, évéque de Nocera, puis de Çé^ènCi travaillait sur riiisloirfi ecclésiastique, instruisait ses curés dans des ouvrages composés pour eux , et donnait des )v* vres de piété utiles pour tous les fidèles.

Pompée Sarnelli, évâque de Qiseglia, est auteur d^ua grand nombre de livres de piété, estimes en Italie.

Le prélat François Biancbiui était un savant égalçnept versé dans les ai^tiquités ecclésiastiques et profanes.

Michel d'Aroato, docteur en théologie à Napleii membre de la congrégation des missions apostoliqueSt eit connu par de bonnes diisertations sur des matières ecclésiastiques.

B* Bacchini, Bénédictin du Moj)t*Gassini prédicateur célèbre, savant d'un mérite rare, écrivit sur Thistoire ec* clésiasiique ; le marquis MafTei faisait gloire d'être son dîs« ciple.

Juste Fontanini, dçpuis archevêque d'Ancyre, critique habile, écrivain laborieux, lie avec tous Icssavant^ palior naux et étrangers, jetait les fondements de la h^ute réputation qu'il s'acquit dçpuis, et qu'il soutint par une ibule de mémoires, de dissertations, de lettres ^gr divers, points d érudition. Op estime surtout réditian qu'il q don* nce des vies des PapeS} par Anastasc le bjblipthé-» caire.

Andrcucci, professeur de théologie au diocèse de Pa^i^f a lai^ié beaucoup d'ouvrages sur la théologie, l'histçic^, la morale et la piété.

DU COMlkf]WîC|5Mf;j<T nu X\i\X* 5IKCLE. 69

1^6^ flf§^ii63 Agnfilli ç| Boqucci pnt été fççPDck ûms cq dçri)iergenrçdç produciioni*

PauISÎpgiimi Jfé^wiie, neveu du célèbre P^ql 3egiieri) mort en 1694, Timllfiit dans 1^ sainteté de sa vie ^t dan$ SQP sèlç ppur le^ nnssian^. {1 mourut, en réputation de saintelo» § Sipignglia, le 25 juin 1713-

|Jq 9ptre Jé^itiiei |e pèr^ Alemannii pe distinguait par une piété éniinen le, On a publié m vie, oii on Iwi «Uribue de§ miracles,

A Florçnpç, yne réunion de savant» et de littérateurs cnliivait «vçç guçpès les différentes branche^ des connaissances eçclégiastlques et pratique^,

|rff l^ère B^noîu Mamnite, dépnié de sgn église k Borne, habita longtemps Floreppe et Vk^s où il se Pt popnaître

par son érudition .

Anipine Magljabecehi , hiblioibécaire du grand-dqc, avilit nne correspondance trè§-élendue avec Te§ 3avant$ del &irppQ| et favorisait de ses conseils et de ses reçher-

çbrs N progrès de la bonne littérature-

JUaricondaf Bénédictin; Gapassi| Servitc; Grandi, Ca« maldulei le sénateur Bonarotti, le professeur Avérant , Tabbé Salbini, étaient distingués par leur savqir, leur« rççberches et leur goût,

A leur école se formait en silence un jeune religieux qui devait jeter un jour un grand écjat par se9 Quyragea et par sea brillantes qualités. Ange-fl^arie Quirini^ d'uue famille illustre de Venise) avait fait profession dans un çionastère de Bénédictins, à Florence. Poué d*uu esprit vif et d'iin grand amour pour Fétude, d'une mémoire qui n'oubliait riePi dirigé par des hommes aussi habiles que le Père Benoit et Magliabecchi, il ^e fami|iaris^a avec |ea produçiipus les plus célèbres des tenips anciens et modernes, et ^vçc tous le^ secrets de la république des lettres de son temps. Un voyage de Montfaucon à Florence, et les entretien^ de ce docte bénédictin« augmentèrent encore Tattrait dujpune Quiriiii pptir ce genre. 4§ travaux. Il était §n rçUtion avec d autres savant§ d'tt^Hei et bien-

tâl il voulut connaître par lui-même ceux de plusieurs au^ très contrées de TEurope. Nous le verrons voyager en Hollande, en Angleterre, dans les Pays-Bas et en France, et partout étonner par son savoir précoce.

Cette prospérité de Tltalie n'était pas sans nuages.

La Sicile, fut quelque temps troublée par des disputes sur le quiétisme. Le bruit que cette erreur avait fait sur la fin du siècle précédent, rendait les pasteurs plus attentifs aux rejetons qu'elle poussait encore. Une Sicilienne, nommée la sœur Thérèse, fut accusée d'une sorte d'illuminisme. Elle se disait la quatrième personne de la Trinité, et la co-rédemptrice des hommes. Elle courait toute nie en débitant ces folies, et elle trouvait des gens assez simples pour y ajouter foi. On Tarréta lorsqu'elle se dis-, posait à aller prêcher plus au loin . .

' Des mesures prises sur la fin du dix-septième siècle par Yictor-Amédée, duc de Savoie, donnèrent lieu à des discussions entre lui et la cour de Rome, discussions qui se prolongèrent bien avant dans le dix-huitième siècle, et qui furent funestes au repos des églises dans les Etats du duc. En 1686, ce prince avait, à Timitation de Louis XIY, rendu deux édits contre les protestants des vallées du Piémont. Ces protestants étaient en très-petit nombre, mais ils s'étaient perpétués dans les vallées, et avaient résisté à tons les efforts faits pour les ramener dans le sein de TËglise. Victor- Araédée se flatta que des mesures sévères feraient impression sur eux; mais ils. imploraient l'appui des puissances prolestantes, et le duc, qui venait de se lier avec les Anglais et les Hollandais, fut obligé^ par un article secret convenu à La Haie, en 1690, de révoquer ses édits, et même tous ceux qui avaient été faits précédemment contre les protestants. Le Saînl-Siége fit des représentations, mais n'obtint qu'un délai de quatre ans. Et en 1694, sur les pressantes instances de Guillaume III, présentées par lord Galloway, un édit publié par le duc, ordonna de rendre aux protestants leurs enfants, adultes ou noiî/qui s'étaient faits catholiques. Le prince déclarait

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que les protestants avaient abjuré l'hérésie pr force, et leur periuetlaii h tous de retournera leur secte et d'habiter leurs vallées. La congrégation du Saint-Ottice, à Rome, s'éleva contre cet édit, et le duc, mécontent, sapa peu a peu le tribunal de l'inquisition établi en Piémont, et finit par l'abolir presque entièrement.

Son ressentiment ne se borna point là, et il laissa les ma« gistrats empiéter ouvertement sur les droits et la liberté de l'Eglise. Une ordonnance rendue le 18 septembre 1691 , par le délégué au tarif des contrats, défendit d'admettre aux ordres sans une longue et minutieuse enquête, et rendait juge de l'admission un administrateur laïque, appelé le Patrimonial général. L'archevéquedeTurin fut chargé par le Pape de solliciter des modifications h cette ordonnance, et n'obtint rien. Le 17 décembre 1699, lordonnance fut renouvelée avec une déclaration portant qu'il avait fallu remédier au trop grand nombre d'ecclésiastiques et le restreindre aux besoins des églises, comme si on n'eût pu laisser ce soin aux évéques. L'archevêque de Turin et d'autres prélats firent des représentations qui ne furent point écoutées.

Une autre ordonnance, du 1 2 juillet 1 699, assujettit les ecclésiastiques, les corps religieux, et même les confréries, à une taxe. Lesévêques réclamèrent les privilégesde l'immunité ecclésiastique^ mais on annula leurs mandements, et on les menaça de la saisie de leur temporel. . Les cours de justice secondaient ces entreprises du fisc. Le sénat de Turin procédait contre l'archevêque. Le sénat de Nice prenait la défense d'un curé du diocèse du Glandève, excommunié par le tribunal de la nonciature, et défendait de le troubler dans l'exercice de ses fonctions; il défendait en même temps de percevoir des revenus appartenant à la chambre apostolique, à Rome. Dans une autre occasipn, il entrava la juridiction de l'évêque de Vintimillel et ordonna d^admettre des excommuniés à la participaliondessaçrements^ menaçant de graves peines en cas de refus. Ce dernier abus de pouvoir fut blâmé par le duc

a TAÉLEAU HISTORIQUE

de Savoie ; mnis les atitreâ Arrêts du éétiat subsisfèf^etit. Il défendit Aux e6clésia^ti(]Ucs et aux séculiers de cotnf^fature pour quelque cause que ce fût deratit le tribunal de révéque de Yitilimille, dont le diocèse s'étendait en t^îéthont, et voulut forcei* l'évêquc h nommer un gt*and^ vicaire pour celle pariie de son diocèse, en le menaçant ert t^as de refus de saisir ses biens silués en Piémont. L'évéquc n*ayant pas ci-u devoir déférer à cet ordre, oti saisit €t) effet ses biens. C'est ainsi que dand les Etats du duc, les flbagistrais montraient pour le Clergé cet esprit d'hostilité qui, dans un pays Voisin, a produit tant d'acies dont tious aurons h gémir.

Dans le même temp^, le comte Gubernàtl, résident du duc de Savoie h Rome, réveillait une quetelle sur rinief-' prétatîon d'un induit de Nicolas V, le il janvie^ 149!. Far cet induir, Nicolasl, pour récompenser Louis, duc de Savoie, d*avôir décidé Amédée, son père, à renoncer au (t|ire de pape qu'il avait accepté du Concile de Bâle, StîUs le nom de Félix V, s'était engagé à ne nommer aux bénéfices consistorlaux dans les Etats du duc, qu'après s'être assuré de rintention et du consentement du pfiriCe. La cour dé Savoie prétendait que cet induit lui donnait un droit iiuplicite de nommer aux bénéfices, et qu'il s*étcn» dait aux paya acquis postérieurement par les ducs. De plus, elle ne voulait pas que le Pape accordât de pensions sur les bénéfices. Sous Alexandre ¥11, là portée de l'induit àVait déjà fait le sujet d'une discussion h Borne, dan^ dne congrégation où se trouvaient troij^ habiles canonisteti, Fâ« gUànl, Ro.4s! et Ronconi, et ils avaient été d*avisque Viti" dulf hé comprenait pas le Piémont. lîitîocent XII iionttfyâ Une congrégation nouvelle pour examitter la cfaôM. Elte donna son avis eh 1699; cet avis portait qtle l'induit eofii'ifènàit les pay^ situés en deçlk les monté et possédés par lé lue de Savoie & Tépoqué de f induit, mais que le Pàpëdê' Vàit toujours avoir le droit d'accorder dtë pensions sur )eê héùéùcàû^ que Tandenne forme des bulles ne serait paît changée, et que le prince d«ivftit lever les obstacii*^ M»let

DU co3iMEj!ïCfiMi*:N'r nu xviii* sikcle. Ï3

sôq[aé$tred mU $\lr les bénéfice^. Nous verrons tes discus^ sîôû^ se fèttôtivelêf et nième dèirenir p\ùi (âchéûsés éous \té pôfitificàts âtiivantâ.

l^RANGE.

An 'commenoeinent du dix^buitième siècle, l'état de la tvligion et du clergé« en Frauoe» était bien différent de eîBqall est aujourd'hui. Un nombreux clergé, des éta- UÎMemenni religieux multipliés et florissants, des fonda^ tions importantes existant de tous akés, des asiles de piété H deeharité ouverts pour tous les besoins, tout cela don* nxiî k TEgliàe de France un éolat dont la situation actuelle ne peut offrir Tidée. En voyant aujourd'hui le petit nombre des tetnplet qu'elle a conservés, la simplicité de leur déco- Mtionf le personnel du clergé si restreint^ ses ressources si précaires^ tes établissements religieux si rares, on ne peut s libaginer que Fétat des choses fut tout autre dans les sitetes prét^ÀJents* C'est une raison de plus pour noua de Mre remarquer combien, au comroeticemeiit du siècle qui tS nous Occuper, la religion avait à se féliciter du nombre dèseséglti^elde ses ministres, de U splendeur du culte di¥it)4 de la multitude d'établissements et d^institulions fermas de butes parts pour la gloire de Dieu^ pour la SaiMStiâcutioii du procliain, pour le soulagement de Vh\x^ liâtliléi Un court aperçu va montrer tout ce cjue TEglise et Ffàiieé avait alors d'important et de prospère. ~ Plti^ de cent trente sièges épisoopauXi autant de cathédrales, plus de cinq jcents collégiales, six cent vingt-cinq ibbuyes d'hommes en rammende, quinze abbayes chefs d\^re ou de congrégation, cent quinze abbayes d'hoai«> tA^ tégieê par des abbés t^(%uliers, detix cent Ék)ixantetrôis ëbbâyes régulières de femmes^ ton compris les abhljfeëet les cbâpitties nobles; de plus^ une foule d'autres HMàstèreê qui n'ataierit pas le titre d abbayes \ les GbartKHf, qdiëvaienf en France smxante*treilie niaisons) ks àirtttéà éè TaneièfttH» CNbservanoe^ qui avai«tii lUni \^

royaume cent (rente et une maisons; les Grands-Augustins, qui eu avaient quaire-vingt-ireize ; deux autres congrégations du même ordre : les Dominicains, qui formaient trois congrégations différentes; les Franci^^cains , qui se partageaient en plusieurs branches, savoir : les Cordeliers dits Conventuels; ceux de TObservance, qui avaient dans le royaume huit provinces et deux cent cinquante-quàlre maisons*, les Capucins, quinze provinces et quatre cent vingt-trois maisons; les Récollets, qui avaient en. France onze provinces, et dans la province seule de Paris, vingtdeux maisons et quatre hospices; les Minimes, qui comptaient cent cinquante maisons, etc ; voilà ce que la piété et ta prévoyance de plusieurs siècles avaient légué à l'Eglise de France.

Mais au tableau des anciens établissements religieux que nous venons de présenter sommairement, il. faudrait encore ajouter tout ce que le dix-septième siècle, avait produit de réformes salutaires, de congrégations nouvelles, d'histitutions charitables. On compta pendant ce siècle jusqu'à vingt-cinq réformes des anciens ordres; les plus connues sont la congrégation de Sainl-Maur, celles de Sàint-Yannes, les chanoines réguliers de Saiiite-Gepeviève, ceux de Chancellade, ceux de laréfor.^ne.du père Fourci , les Prémontrés de la réforme de Laimels , .la Trappe, Sept-Fonts, etc. Ces réformes étaient toutes pour des monastères d*hommes ; il y en eut aussi pour les'oouventsde femmes, entre autres pour les Bénédictines et les Bernardines. On lésa fait connaître dans VEss4ii^sur l'influence de la religion au dix-septième siècle.

Dans ce même siècle, une heureuse impulsion enfapta dix-neuf congrégations nouvelles d'hommes, et trentetrois de femmes. Les plus Ct;lèbres, parmi les premières, sont rOratoire, les Lazaristes, Saint-Sulpice,' les Doctrinaires, les Sudistes, le séminaire des Missions- Etrangères, etc. Pour les femmes, c'est alors que prirent n^MS^ sance les Ursulines, la Visitation, le Calvaire, les Filles de Notre-Dame à Bordeaux, différentes cpmm'uQauléf

d'Hospitalières, et surtout les Filles de la Charité, cette merveilleuse création de saint Vincent de Paul, qui, répandue successivement par toute la France, s'y distingue depuis plus de deux siècles par un si généreux dévouement pour les besoins de l'humanité souffrante.

Paris seul dans le dix-septième siècle offre des exemples d'un zèle qu'on pourrait appeler prodigieux pour toutes les œuvres de piété et de charité. Huit églises paroissiales furent construites ou restaurées; dix hôpitaux s'élevèrent successivement; dans ce nombre, la Salpetrière. Saint- Louis, la Charité, la Pitié, les Incurables, existent encore; six maisons de Refuge furent établies. Dix séminaires furent formés ; quelques-uns ont survécu aux derniers orages. Dans le cours de ce siècle, on vit se former à Paris seulement vingt-neuf nouvelles commu-» nautés d'hommes et quarante-huit de femmes. Qa en trouvera de même le détail dans V Essai déjà cité.

En total, il y avait à Paris au commencement du dixhuitième siècle quarante-six paroisses, onze collégiales, trois abbayes d'hommes, quarante-deux communautés d'hommes, huit abbayes cl quarante-quatre autres couvents de femmes. En outre, quinze communautés non cloîtrées, enfin vingt-six hôpitaux.

Si nous parcourions les provinces, nous y trouverions de semblables exemples du zèle et de la charité. Ainsi dans la seule généralité d'Aix, en Provence, on comptait dans le siècle dernier treize archevêchés et évêchés, autant de cathédrales, vingt-deux chapitres de collégiales, quinze abbayes d'hommes ou de femmes, quatorze séminaires et deux cent cinquante-cinq communautés différentes, tant d'hommes que de femmes, quatre-vingt-six prieurés, seize hôpitaux et vingt- deux maladreries. Dans la généralité d'Auch, on comptait deux cent deux couvents des deux sexes, et deux mille trois cent cinquante religieux ou religieuses; dans la généralité do Bourgogne, six églises cathédrales, trente-trois collégiales, deux mille sept cent trois paroisses, cinq mille huit cent quatre-vingt

seize ecclésiastiques attachés aux chapitres ou aux paroisses, quarante et une abbayes, cent dix-sept prieurés, quatrevingt-six couvents d'hommes, soixante-sept de femmes, mille quatre cent soixante religieux et mille sii^ cent vingtquatre religieuses. Nous ne poursuivrons point cette éou** mération, qui nous offrirait à peu près les mêmes résultats pour les différentes provinces. Nous ne citerons plus qu'une seule ville, Douai, qui n'était point une ville épiscopale, et dont la population n'atteignait pas alors vingt mille habitants. Les établissements religieux de cette ville étaient proportionnellement fort nombreux. Elle renfermait, outre la collégiale de Saint-Amé, seize couvents d'hommes, dix séminaires, deux abbayes de femmes et quatorze autres communautés du même sexe, six hôpitaux, et douze autres établissements de charité, et sept collèges. La ville ayant une université, on y avait établi des séminaires et des collèges pour suivre les cours. Les Anglais, les Irlandais et les Ecossais avaient un collège catholique pour chacune de ces nations.

Parmi les corps religieux, tant anciens que nouveaux, qui existaient en France au commencement du siècle, il en est quelques-uns sur lesquels nous devons peut-être nous arrêter un peu, à raison de leurs travaux et des services qu'ils rendaient à l'Eglise et à la société. Nous placerons à leur tête les Jésuites^ qui tenaient alors un rang si distingué par le nombre et l'importance de leurs établissements, par le zèle, le savoir et les vertus de plusieurs d'entre eux, ainsi que par leurs talents et leurs succès, soit dans la chaire, soit dans la direction des consciences, soit dans l'éducation de la jeunesse, soit dans cette diversité des bonnes œuvres auxquelles ils s'appliquaient. Outre les missionnaires qu'ils envoyaient dans les diverses parties du monde, ils donnaient des missions et des retraites dans Tintérieur du royaume, dirigeaient des séminaires et de nombreux collèges, publiaient des livres de théologie et de piétés ou bien s'exerçaient sur des matières de critique et d'érudition. A côté de Bourdaloue, dont la rquitalico

avait jeté un si grand éclat, et qui avait annoncé la parole évangélique avec tant de dignité, de logique et de^gesse, on peut citer des Jésuites qui, à celte époque, se firent connaître par différents genres de travaux : La Rue, dans h chaire, Bouhours, Neveu, Gonnelieu, Judde, Groiset, par la composition de livres de piété 5 Pez et Scheffmacher dans la controverse ; D'Avrigny, Jouvency, Daniel, par des ouvrages historiques 5 Hardouin, Tournemine, Baltus, par des recherches d'érudition, qui ont été louées des contem^ porains. Les Mémoires de Trévoux, commencés en 1701, et le recueil des Lettres édifiantes, sont des monuments, tantôt de la sage critique des auteurs du siècle, tantôt du zèle jes missionnaires de la Société. Si le crédit dont quelques Jésuites jouirent alors a excité des jalousies parmi leurs contemporains, la postérité doit se montrer supérieure à ces petites passions* Il était difficile que les confesseurs de Louis XIV n'eussent pas froissé des intérêts particuliers-, chargés de la feuille des bénéfices, ils devaient faire des mécontents, quand ils fermaient l'accès des dignités ecclésiastiques à l'ambition, à la médiocrité ou à l'intrigue. C*est ce qui explique, à notre avis, les reproches et les plaintes consignés dans tant d'écrits contre les pères La Chaise et Le Tellier.

L'Oratoire rivalisait avec les Jésuites en dififérenlç genres de travaux et de services. Massillon, entré récemment dans la carrière de la prédication, semblait destiné à consoler la capitale de ne plus entendre Bossuet et Bourdaloue. Piimii ses confrères, les uns, comme Mauduit, Lami, Carrières« Duguet, étudiaient l'Ecriture-Saînte et en expli- <]iuiieiit les dîfficttités ; d'autres prêchaient a4issi la paroks sainte, s'exerçaient sur la théologie ou sur la liturgie, se livraient à l'exercice du ministère ou composaient des livres de piété. L'Oratoire dirigeait plusieurs collèges, desservait des cures, et s'étendit encore dans le commenceoiiSQt du siècle. Heureuse cette congrégation, si elle eût |m se fcustraire entièrement par la suite aux orages qui agiotèrent l'Eglise de France. Le fkv^ de La Tour lui*

78 TABLEAL HISTORIQUE

même, élu géuéral en 1696, homme de beaucoup de mérite et de vertu, et investi d'une grande considération, fut entraîné par Texagération d'un parti turbulent, et chercha depuis à calmer les esprits et à ramener la paix dans sa congrégation, à laquelle ces divisions et ces troubles causèrent un mal irréparable.

La congrégation de Saint-Maur soutenait la réputation qu^elle s'était acquise par ses travaux d'érudition ecclésiastiques. Mabillon se livra jusqu'à la fin à ces savantes recherches qu'il a consignées dans d'importantes collections. Des disciples formés à son école, continuèrent après lui à recueillir et à éclaircir les monuments de l'antiquité. De nouvelles éditions des Pères, des discussions critiques sur des points d'histoire ecclésiastique, des travaux littéraires de divers genres, occupaient les doctes cénobites. L'abbaye Saint-Germain-des-Prés, à Paris, était un foyer de savoir, de recherches, de découvertes sur l'antiquité religieuse et profane. Ruinart, Montfaucon, Massuet, Martianay, Nourry, Félibien, Touttée, Constant, Martène, se sont fait tous un nom par des publications plus ou moins importantes. Le père Quirini, depuis Cardinal, qui vécut trois ans dans cette savante Société, au commencement de ce siècle, témoigne assez dans ses mémoires combien il se félicitarit d'avoir pu profiter des doctes entretiens de ces la« borieux écrivains (1). On venait alors de terminer la non*

(1) On serait peut-être étonné, en lisant les Mémoires du père Quirnui àt voir combien en 1711, époque oii il vint en France, il y avait d'hoauMt distingués par des travaux plus ou moins importants. Il nomme, outre kt Bénédictins que nous venons de citer, Malebranchê, Lelong, Lebrun, de rOratoire ; parmi les Dominicains, Noël Alexandre, Michel le Quien, Jacques Ecbard ; chez les Jésuites, Hardouin, Tournemine, Chamillart , Daniel, De la Rue, Gaillard, Buffier, etc ; Eusèbe, Renaudot, savant orientaliste, Tabbé de Longuerue, les abbés Le Tellier, Bignon, Alary, de Caumartin; Huet, ancien évêque d'Avranches; Boivin, Dacier, Ludolphe Kuster, protestant converti, etc. Le père Quirini apprécie très-bien et en peu de mots le mérite de chacun d'eux; son jugement sur l'abbé Fleury et sur l'abbé de Choîsy a été celui de la postérité : l'un, dit-il, approfondit ce que l'autre ne itât qu'effleurer. Ce qu'il dit d'Ëllies Dupin n'est pas moins remarquable ; ce Dotteor lui parut, en fait d'érudition, armé fort à la légère : Levis prorsks

velle édition de saint Augustin, et on commençait la nouvelle édition du Gallia Christiana^ double service rendu à la religion et aux lettres.

La congrégation de Saint-Lazare, le séminaire Saint- Sulpièe, celui de Saint-Nicolas, celui des Missions-Etran<* gères, continuaient chacun leur œuvre sous des Supé-

'Ormatus est, et il donne des exemples de la négligence avec laquelle la Bihlio-* ûque des auteurs ecclésiastiques est rédigée. 11 cite encore les docteurs Jacques Boileau, Tournely, Habert, Witasse, Grancolas, Duguet, Lambert, Coart, Vittement, Vissart, etLaChétardie ; car il voulait voir tous les hommes de qmelque réputation. Il se lia avec Tabbé de Polignac, qui fut fait cardinal vers ce temps.

Qnirini parcourut aussi les provinces, visitant les monastères et les bibliothèques et recherchant les entretiens de tous les hommes instruits. On re-* marque que partout il logeait dans les abbayes et les couvents, même dans les villes oti les évêques lui offraient l'hospitalité. Ainsi, à Cambrai, il descendit chez les Bénédictins du Saint-Sépulcre; mais il voyait souvent Fénelon, et il regretta de ne pouvoir prolonger son séjour auprès de lui. Il s'établit entre eux une correspondance dont on voit que le père Quirini sentait tout le prix. 11 rapporte avec candeur des extraits des lettres que lui écrivait Fénelon qui sont dignes de la sagesse et du tact de l'illustre prélat. Quittez, lui disait-il, tout ce qui n'est que curiosité^ qu'amusement d'esprit; tlepuis que la Providence m'a imposé des devoirs sacrés, j'ai renoncé a toutes ces délices de ma jeunesse. Et dans une autre occasion : Je prie Dieu qu'il vous remplisse de son esprit de simplicité et de force, afin «pie vous ne suiviez ni votre goût naturel^ ni votre curiosité pour les êcieiàeet, ni les plaisirs de l'esprit, ni celui de la société avec les per- 99tMs satHtfftes, mais l'enfance de la crèche et la folie de la croix. Il cat inpQttîble de ne pas reconnailrc l'à-propos de ce conseil adressé à un J€1IM wijgiey qu'emportait un goût très vif pour la littérature. En recevant cette ïntèe, Quinni dit qu'il se promit de prendre les conseils du prélat pou M tenrir de règle toute sa vie dans ses études littéraires.

DuM fft tournée dans les différentes provinces, le docte Italien ne ■unqaait pan de visiter les savants et les hommes de lettres. A Saint-Denis^ il Tit Denis de Sainte-Marthe qui commençait alors la deuxième édition du Gallia Christtana ; à Rouen, les Bénédictins Bissin et Bernard Lamy ; à U Trappe, Pierre le Nain, frère de l'historien Tillemont et qui lui raconta tonte l'histoire de la réforme ; à Rennes, dom Saint-Vincent qui habitait l'abbaye de Saint-Morlaix ; k Buzai , près Mantes, l'abbé de Caumartin» qui en était abbé commendataire et qui devint depuis évêque ; à Orléans, Etienne Baluze ; à Auxerre, l'abbé Lebœuf ; à D^on, le président Bouhier ; à Lyon, le Père Colonia. Il voulut aller à Genève et y visita Turretin et Pictet. Rentré en France, il parcourut les monastères du Dauphiné, du Languedoc et de la Provence, s'informant de tout ce qu'il y avait de curieux.

Sa dernière station en France fut à Fréjus, chez Tévêque, depuis cardinal de Flewry, avec lequel il se lia étroitement, et dont il rapporte plusieurs lettres dans ses mémoires. Il quitta la France en avril 1714.

rieurs animes de Tesprit de sagesse et de piété. La première, fondée dans le siècle précédent par saint Vincentde-Paul, était chargée de la direction d un grand nombre de séminaires, et desservait de plus les cures des résidences l'oyales', l'illustre fondateur avajt voulu aussi que ses prêtres fussent chargés à perpétuité de la direction des Sœurs de la Charité, qui s'étendaient de plus en plus, à mesure que leur dévouement et leur charité intelligente et active étaient mieux appréciés.

Le séminaire Saiut-Sulpice venait de perdre ua de ses plus dignes supérieurs, M. Tronson, auquel son mérite, sa prudence et sa piété avaient concilié une haute coKisidération. Son successeur, M. Leschassier, d'une famille honorabledela magistrature, suivitses traces, et eut, comme lui, l'estime du clergé et la confiance des évéques. Cette modeste compagnie, car elle ne veut point porter le nom de congrégation, dirigeait trois séminaires à Paris, et dix en province. Elle ne chercha jamais à s'étendre et se renferma constamment dans son objet, qui était de former les jeunes ecclésiastiques aux vertus sacerdotales.

Le séminaire Saint-Nicolas avait pour supérieur Firmin Polet, théologien instruit, qui présida pendant vingt-cinq ans aux conférences ecclésiastiques que l'on tenait dans ce séminaire, et où l'on proposait des questions de morale; ses décisions servirent à Le Semélier pour la rédaction des conférences sur le mariage et sur l'usure. Sous Tabbé Polet, le séminaire de Laon fut confié aux prêtres de Saint- Nicolas.

Le séminaire des Missions-Etrangères, formé comme les précédents dans le dix-septième siècle, et d'où partaient de temps en temps des missionnaires pour la Chine et les pays adjacents, eut pour supérieurs alternatifs pendant près de cinquante ans deux ecclésiastiques fort considérés, Louis Tiberge et Jacques-Charles de Brisacin , qui tous deux refusèrent l'épiscopat.

Sans revenir sur les réformes monastiques établies dans le siècle, précédent, nous devons mentionner leurs prîn-

DU COllIMEHCEAïENT DU XVIII* SIÈCLE. 81

cipsfax fpQÎtd. On voyait à h Trappe se maintenir toute la pîguear de la règle dont Fabbë de RfiThcë avait rétaMî robservance. Cet illustre pénitent venait de mourir en i706\ mais après lur comme sous lui, cette abbaye offrît de grands exemples de pénitence et de ferveur. On a publié un recueil sur la vie et la mort de plusieurs Trappistes 5 il en était parmi eux qui avaient joué un rôle dans le monde, et dont la conversion eut plus d'éclat. Tels furent, sur la fin du dix-septième siècle, Jacques Minguet, abbé de Châtillon^ en Lorraine, le comte de Santenac, seigneur piémontàis^ èxit lequel on trouve une lettre dans le Mercure d'août 169^1 5 de Mbntbel, capitaine au régiment du roi, de Berville, dâ Sainr-Hestnin, de la Barberie, qui finirent leurs jours li lai Trappe, après avoir passé plus ou moins de temps dans les austérités de la réforme ; le chevalier d'Albergotti, qui renonça au service étant déjà colonel, se retira à la Trappe et y mourut, en 1699, dans l'exercice des plus rudes pénitences; René Maubert, d'Orlédns, avocat à Paris, quî vivait dans l'oubli de Dieu, quand, touché de la grâce, il se rendit à la Trappe, y fit ses vœux, et y fut un exemple de ferveur et de courage. Au commencement. du dîx-huîtième siècle^ le même monastère vit d'autres généreux pénitents, le comte de Talhouet, le baron de La Mothe, le chevalier de Surville, de Toleraont, capitaine au régiriaettl du roi, qui avaient quitté le monde en différents temps, et qui persévérèrent dans la pratique d'une règle austèfe. Jean-Bàptiste de Sainte-Colombe d'Otipîa, d*une famille hotiorable du diocèse de Saint-Pons, s'arracha jeutie encore aux espérances de fortune pour embrasser les rigueurs de la réforme. Pierre Monchin, autre jeune ecclésiastiquedeParis, passa dix-neuf aUs à la Trappe, sans rien relâcher de ses plus rudes observances. Pierre Le Nain, frère du savant abbé de Tillemotit, l'un des premiers disciples de Tabbé de Rancé, fut pendant quarante-cinq ans un modèle de ferveur. Celui dont la pénitence fut la plus étonnante, fut Jean Plcault de Fîgré, prévôt de Toùraitie, qui s'était livré à la passion du jeu, et qui s'était rendu

|*edoutabIe par ses emportements et ses violences. La mort de sa mère, qui avait longtemps gémi de ses excès, fit impression sur lui. Il eut honte de ses égarements, et, à Tâge de quarante et un ans, il alla s'ensevelira la Trappe, où ce caractère, naguère intraitable, étonna par sa douceur, son humilité et sa patience. Il fit profession sous le nom de Moyse, et mourut au bout de deux ans, en 1707.

La réputation de la Trappe fit désirer, dans d'autres contrées, d'avoir un établisssemcnt formé sur le même modèle. Gosme III, grand-duc de Toscane, prince religieux, souhaita présenter à ses États une colonie de Trappistes et leur destina Tabbaye de Buon-Solazzo* On lui envoya de la Trappe quelques religieux , parmi lesquels étaient François* Toussaint de Forbin de Janson, neveu du cardinal de ce nom, et frère de Tarchevêque d'Arles. Il avait servi dans les armées sous le nom de comte de Rosemberg, mais ayant tué un homme en duel, il fut oblige de sortir de France, fit la guerre contre les Turcs, revint ensuite, fut laissé parmi les morts à la bataille de la Marsaille, en 1693, fit vœu de se faire Trappiste s'il recouvrait la santé. Il exécuta son vœu à Tâge de quarante-sept ans^ et prit le nom d'Arsène. Lui et les autres religieux, partis de la Trappe, traversèrent la France et furent accueillis en Italie. L'établissement de Buon-Solazzo prospéra ; Arsène y mourut en 1710, sa pénitence n'ayant fini qu^avec sa vie. Quelques années après, le Pape voulant réformer une abbaye de Bénédictins, invita labbé de la Trappe a se rendre en Italie avec quelques-uns de ses religieux ; Tabbé Jacques de la Cour résista longtemps, et ne se rendît qu'aux ordres du Pape et du Roi. Il passa par Turin en 1709 avec sa colonie, fut accueilli sur sa route avec des marques ^n« gulières d'estime, et fut surtout reçu avec intérêt par Clément XI, qui introduisit ces religieux dans son abbaye de Casa-Mario, où il voulait mettre la réforme.

Un autre asile contre la corruption du sièle avait été ouvert à Sepl-Fonts, dans le Bourbonnais, par Eustache de Beaofort, digne émule de l'abbé de Ranoé. La réfiirme

qu'il établit était assez semblable à celle de la Trappe et ne prospérait pas moins. Sept-Fonts n'avait que quatre re* ligieux quand il y entra; à sa mort, en 1709, il en laissa cent vingt. Joseph- Madeleine de Forbin d'Oppède, qui était déjà prieur de la maison, fut élu abbé; il refusa cette dignité, et on choisit en sa place Joseph Largenvilliers, qui maintint dans l'abbaye la pratique austère qu'Eustache avait fait revivre.

D'autres réformes, qui avaient eu moins d'éclat, servirent aussi d'asile et de moyen de sanctification à des hommes dégoûtés du monde. Nicolas Druel d'Angoille» d'une famille honorable de Normandie, étant devenu abbé commendataire de Notre-Dame du Yal , au diocèse de Bayeux^ fut touché des exemples et des conseils de l'abbé de Rancé, qui avait eu aussi cette abbaye en commende, et qui s'en était démis lors de sa conversion ; il s'engagea eu 1676 par des vœux de religion, et introduisit dans son monastère l'étroite observance. Cet abbé était un homme de mérite, qui jouissait de beaucoup de considération et qui refusa, dit -on , l'épiscopat. Il réussit même à faire adopter la réforme dans d'autres abbayes de l'ordre de Saint- Augustin. Il mourut le 7 septembre 1 720. Nous ignorons si la réforme se soutint après lui, maïs nous voyons que son abbaye retomba ensuite en commende. Une autre réforme fut établie sur la fin du dix-septième siècle, dans le prieuré de Perrecy, de l'ordre de Saint-Benoît, diocèse d'Autun, par Louis Berryer, fils d'un conseiller d'état et pourvu dès sa jeunesse de plusieurs bénéfices; voulant quitter le monde, et par l'influence de Tabbé de Rancé, avec lequel il était lié, il se démit de la charge de conseiller au Parlement de Paris, d'un canonicat de Notre-Dame, et d'une abbaye qu'il possédait et ne retint que le prieuré de Perrecy, dans le Charolais. Il s'y retira pour y vivre dans la pratique de la pénitence et y institua une réforme à peu près semblable à celle de la Trappe et de Sept- Fonts. Cette communauté devint assez nombreuse, et Ber^ t^er, qui' n'avait pas pris d'abord l'habit religieux, quoi-

qu'il suivit toutes les obserTances régulières et qu'il t&t râtne de la réforme, se revêtît enfin de Thabit en 1698 et prononça ses vœux Tannée suivante. On croit qu'il vivait encore en 1734, mais nous manquons de renseignements sur le sort de la réforme après lui ; le prieuré était en Gommende avant la révolution (1).

Après avoir ainsi parcouru les institutions lès plus re*marquables, il convient de jeter un coup d'œil sur l'état du clergé et sur ce qu'il offrait de consolant et d'honorable. Peut-être même jugera-l-on que nous aurions dff ootnmencer par là, mais il nous a paru que, dans l'ordire que nous avons adopté, la liaison des* faits serait mieux aperçue.

L'épiscopat complaît alors plusieurs hommes distingués sous le rapport du mérite, de la piété et du zèle.

A Grenoble, le cardinal Le Camus continuait, dans ufl âge avancé, une vie austère et laborieuse -, il ftillut que Clément XI lui écrivît pour l'engager a relâcher quelque chose de ses habitudes de mortification. Le cardinal veillait sur son diocèse, prêchait diams ses visites pastorales^ envoyait des missionnaires là où il ne pouvait aller, et suivait pour lui-même la pratique des maximes sévères qu*3 professait. H favorisait les établissements ecclésiastiques et donna 30,000 livres pour des bourses dans son séini»naire, 24,000 livres pour fonder des places pour des eccliisiastiques dans l'église Saint-Louis que le roi avaîr fait bâtir à Rome, 22,000 livres pour un petit séminaire, 25,000 livres pour apprendre des métiers à des jeunes gens et établir de jeunes personnes, enfin deux rentes

(1) Une autre réForine avait été entreprise dans l'abbaye d'Orral, diocès» fie Trêves, sur la frontière de France, par Cbarles-Henri de Bentxeradt; q|iî en était A1)bc régulier. Cette réforme commença l'an 1674 et en apparence sous d'heureux auspices, mais le malheur qu'eut l'Abbé d'accueillir Nicole^ Pontchateauj et d'autres jansénistes fugitifs de France, fut pont Ift maiioa une source de troubles et de division. Pontchàteau entre autres y resta quatr« ans sous un nom emprunté, et eut le temps d'endoctriner plusieurs religieux. H est difflciie de croire queBentieradtnefût pas complice de ces niefhée* tfdnl les réêultats éclatèrent après sa mort, arrivée le 12 juin 170Î, soui son cèsseur Etienne Henrion.

atintteltes podr être distribuées en aumônes, Tune par tes mis»onnaires dé Saint-Joseph, l'autre par des prêtres qui Tisïteraient les pauvres honteux. Son diocèse le perdit en

iyo7.

Les dernières années de Bossuet nous le présentent toujours occupé de travaux pour ie bien de la religion et defÉgiise. Il entretint avec deux luthériens d'Allemagne, le docteur Modanus et le savant Leibnitz, une correspondance dont le cardinal de Bausset a raconté les détails dans son Histoire de Bossuet. On y voit avec quel mélange de modération et de fermeté ce grand évêque conduisait une si importante négociation.

Membre de rassemblée du clergé de 1700, il contribua plus que tout autre à y faire condamner un grand nombre de propositions sur la morale et quatre autres qui tendaient à favoriser et à renouveler le Jansénisme. 11 avait précédemment écrit aux religieuses de Port-Royal pour lies exhorter à la signature du formulaire, et avait montré, dit un appelant, beaucoup de zèle pour empêcher qu'on ne dbnn&t la moindre atteinte à cette signature. On l'avait vu un des premiers à s'élever contre le cas de conscience. H coinbattit avec force les erreurs de Richard Simon et de Grotiùs.

Dne maladie longue et douloureuse fil voir combien la foi de l'illustre prélat était vive et profonde 5 toutes les pratiques de la religion lui étaient chères, et il aimait à s^entretenir des pensées de l'éternité. La relation de ses derniers moments est un des plus touchants épisodes desa vie publiée par le cardinal de Bausset. Cette grande lumière de TEglise s'éteignit le 12 avril 1704. Des discours en son honneur furent prononcés dans les chaires et dans lés académies, et^ ce qui est assez remarquable , à Rome, devant la congrégation de la Propagande.

Pébeloii, qui survécut de quelques années à Bossuet, réalisait à Cambrai ces maximes de sagesse, de douceur et d'équitéqu'il avait tracées autrefois pour des princes. Honorant sa disgrâce par une conduite soutenue, il faisait des ins-

tructions dans son séminaire, confessait dans sa caihédrale» visitait exactement son diocèse, prêchait régulièrement et remplissait tous les devoirs d'un pasteur vigilant. En même temps , étendant son zèle au dehors , il entretenait une correspondance étendue avec ses amis à la cour et dans la capitale, et tel était Tascendant de son caractère et de sa vertu que, du fond de son exil, il dicta peut-être plus d'une fois , à Tinsu d*un monarque prévenu, les avis de ses ministres et les résolutions de son conseil. Sa vie présente des traits de grandeur et de générosité dignes d'une âme si élevée. En 1708, il se chargea d'acquitter seul un6 contribution imposée aux curés de son diocèse, ruinés par la guerre , et apaisa la révolte de la garnison de Saint- Omer, en faisant payer, de ses propres deniers, aux soldats ce qui leur était dû de leur solde. En 1709, il reçut dans son palais les officiers et les soldats blessés à Tarmée. En 1710, ayant appris que Tucrodin, chirurgien-major des troupes, était malade, il l'envoya chercher, le logea à l'archevêché, lui donna tous ses soins, et poussa l'attention jusqu'à faire venir pour lui un médecin de Paris. Dans un moment de disette, ses terres et ses greniers ayant été épargnés par les généraux alliés, il livra du blé pour la subsistance de l'armée française. Le P. Quirini, qui le visita en 1711, trouva encore l'archevêché rempli de généraux et d'officiers français, envers lesquels le prélat exerçait la plus noble hospitalité.

Les calamités qui pesèrent sur la France dans les dernières années du règne de Louis XIV affligèrent vivement l'âme sensible de Fcnelon ; il eut de plus la douleur de voir périr avant lui , non-seulement le prince qu'il avait pris tant de soin de former, et dont les belles qualités semblaient promettre au royaume un si heureux avenir, mais encore de ses amis les plus chers, les ducs de Beauvilliers et de Chevreuse, et l'abbé de Laugeron. Ces pertes successives le comblèrent d'amertume et hâtèrent peut-être safîn.II n'avait que soixante-quatre ans quand il fut enlevé à son diocèse. Ses derniers moments firent éclater cette piété

douce et vraie qui avait aDimé toutes ses actions ; il envi-« sagea la mort avec calme et adressa au confesseur de Louis XIY une lettre touchante dans sa simplicité, et dans laquelle, sans rien demander pour lui ni pour sa famille, il ne s'occupait que des intérêts de son diocèse, du choix de son successeur et de rétablissement de son séminaire.

Après ces illustres prélats, il y en avait d'autres qui, avec une réputation moins brillante, méritaient bien de la religion et servaient utilement TËglise. DeBaudry de Biencourt , évéque de Mende , était à la fois vigilant et généreux. Il fonda à Mende une maison de filles de rUnion chrétienne , )X)ur travailler à la conversion des protestants, fit rebâtir le chœur de sa cathédrale, le sémi« naire et le collège, et enrichit son église d'ornements. La ville lui dut des travaux d'embellissement et d'utilité générale. Le couvent desUrsulines ayant été détruit par un incendie, le prélat le fit reconstruire à grands frais. La ville de Marvejols était toute protestante ; Tévéque y fonda une mission tous les trois ans^ y transféra un couvent de religieuses, fit achever l'église collégiale, et enrichit l'hôpital. Tous les habitants revenaient successivement à l'unité. Ce prélat fit plusieurs fois la visite générale de son diocèse, laissa dans plusieurs villes des monuments de sa générosité, et mourut en 1707, laissant à l'hôpital de Mende tout ce qu'il possédait.

Paul Godet Desmarais, évêque de Chartres, avait été d'abord supérieur du séminaire des XXXIII \ il occupait cette place quand M"* de Maintenon le prit pour son directeur. Elle avait reconnu en lui, outre les vertus de son état, un désintéressement et une prudence rares. Nommé à révêché de Chartres en 1690, le prélat abandonna, en 1693, tous les revenus de son évéché aux pauvres qui Souffraient de la disette. Quoique fort appliqué à ses devoirs, ou plutôt parce qu'il en connaissait toute l'étendue, il consentit à ce que son diocèse fût diminué par l'érection de révêché de Blois, ce qui eut lieu en 1697, On assure qu'il refusa une placede conseiller d'état et le chapeau de

cardinal que Louis XIV voulait demauder pour lui. Tout dans sa maison était d'uae simpliciié extrême. Son diocèse lui dut rétablissement de quatre séminaires et celui des Frères des écoles chrétiennes, qu'il fut un des premiers à favoriser. On ne doute point qu'il n ait eu beaucoup de part à la fondation de Saint-Gyr. Clément XI lui adressa un bref le 9 juin 1705, pour le féliciter de ce qu'il avait fait en faveur des catholiques irlandais réfugiés en France. Il mourut en 1709, après s'être choisi un successeur digne de lui dans la personne de Fabbé de Mérinville, son neveu.

Bien d'autres évéques, pleins de Fesprit de leur état» donnaient à leur clergé Texemple d'une vie vraiflient sacerdotale et veillaient sur leurs troupeaux. Nous qous bornerons à en nommer quelques-uns. Guillaume de la Brunetière, évéque de Saintes, qui avait été seize ans grand-vicaire de Paris, remplit exactement les devoirs de répiscopat, visita les églises, tint des synodes, fonda un hôpital, travailla à la conversion des protestants et en ramena plusieurs; il mourut le 2 mai 1702.

Armand de Béthune, ayant été nommé évéque du Puy et! 1665, se démit de Tabbaye de la Yernouse, qu'il posr «édait; il rebâtit à grands frais Téglisede Saint-Maurice et éleva à côté une maison de refuge. D'autres églises res« sentirent les effets de sa générosité. Ce fut en grande par^ lie à ses soins qu'on dut l'érection d'un h^itai général au Puy, en 1687. Assidu dans son diocèse, le prélat la visitait exactement ^ favorisait les réformes des monastères et se montrait pasteur vigilant et charitable; il mourut le 10 décembre 1703.

Son frère, Hippolyte de Béthune, évéque de Verdun^ mort en 1720, agrandit son séminaire, établit à Verdun un hôpital pour les pauvres, le confia aux Filles de la Charité, et fit les hôpitaux ses héritiers.

Michel Le Peletier, évéque d'Angers, était fils du mi-* nistre de ce nom qui sera mentionné plus bas ; avant d'être évéque, il s'occupait à Paris de bonnes œuvres et donnait

DU COMMENCEMENT DU Wlll* SIÈCLE. 80

des retr^iites. A Angers, il menait dans son évéché la vie de communautt^ , TÛitait avec soin toutes les paroisses, s'infermant des besoins et corrigeant les abus. Des synodes, tenus avec exactitude , des retraites et des conférences ecclésiastiques établies, le choix des pasteurs, la décora^ tioa des églises, le soin de Tiustruction de la jeunesse, ihreoi les principaux objets de sa sollicitude. Son diocèse le perdit le 14 août 1706^ au moment où il venait d*étre transféré à Orléans (l).

Louis-Alphonse de Yaibelle, évéque d'AIeth, puis de Saiat*Omeren 1684^ donna iO,000 francs pour fonder un hôpital ^ Saint-Omer, et laissa en mourant 80,000 francs k eet établissement. Il accrut les bâtiments et les revenus de la maison des filles pauvres, dite le Jardin Notre-Dame, dd ou élevait de jeunes filles loin de la corruption du moude. Ses dons à son séminaire mirent ^n état d*y élever

(1) Cet évéque avait deux frères qui se distinguaient aussi par leur piété. L'un, Charles Maurice, après quelque incertitude sur sà vocation, entra au séoMuaire Saint-Sulpice en 1688, fut fait abbé de Saint«-Aubin, fut reçu docteur en théologie delà faculté de Paris, et suivit «on frère à Angers, oii était •oa «bbaye. H fut placé à la tête du Séminaire, et comme cette maison avait bciotB de céparatioiis, il logea les séminaristes dans son abbatiale. En 1702, le Roi le Bonma à révêché de Poitiers. Son père, son frère, le cardinal de Nôaiflea, et madame de Maintenon, le pressèrent vainement d'accepter ; il réftiilt obatinéttent à toutes leurs instances. Ayant perdu l'évéque d'Angers, il fsécnta un projet qu'il avait formé depuis longtemps et auquel sa famille s'était opposée. 11 entra dans la compagnie de MM. de Saint-Sulpice, en devint même Supérieur général en 1725, et mourut le 7 septembre 1731, âfé d« ^ ans, ayant conMicré ses soins et sa fortune à former de bons ecclésiastiques.

Claude Le Pelelier, dernier des enfants du Minisire, fut connu sous le Boai et SMiti, qui était une terre de sa famille. Ce fut un enfant de bénédiction. Sa piété et sa ferveur précoce étaient un sujet d'admiration. Il mourut à l'âge de 17 ans, se félicitant d'échapper aux dangers du monde et de se réunir à Dieu. On a sa vie sous le titre de Modèle des Jeunes Gens; fXHt a été écrite *par l'abbé Proyart d'après des manuscrits qui existaient au «èmiiiaire Saint-Sulpice. Cette vie est fort édifiante, mais l'auteur a affecté de n^y pas mettre une seule date ; de plus il défigure le nom du directeur de Souzi, qu*il appelle Polot, C'était Firmin Polet, supérieur du séminaire Saint-Nicolas. Il y a lieu de croire que Souzi mourut vers 1685« A la suite du Modèle des Jeunes Gens^ Proyart a mis un récit de la vie de Charles- Maurice, qui est de même sans dates, et qui s'arrête an moment oii Tabbé de Saiat-Aubiu s'attacha à MM. de Saint-Sulpice.

90 TABLEA.U HISTORIQUE

gratuitement soixante jeunes gens-, le prélat fit présent à la maison d'une belle bibliothèque, fonda dans la ville un établissement pour les Filles de la charité, et renonça en leur faveur à une portion du produit de l'évéché. Il mourat le 29 octobre 1708 (1).

Le diocèse de Lisieux dut à son évéque, François Goyoq de Matignon, qui occupa ce siège depuis 1677 jusqu'ent 1714, deux séminaires et deux hôpitaux. Le prélat légui( en mourant 50,000 livres aux pauvres.

Fabio Brulart de Sillery, évéque de Soissons, montra autant de dévouement que de talent d'administration dans les disettes qui affligèrent son diocèse et tout le royaume en 1691 et 1709. Il unit des bénéfices à son séminaire, érigea aussi un petit séminaire et augmenta de ses fonds les bâtiments et les revenus de ces deux établissements. Il établit dans le diocèse des écoles gratuites pour les filles pauvres, et bâtit ou enrichit des hôpitaux. Ce prélat était littérateur, savaut helléniste, et même hébraïsantj il mourut le 19 novembre 1714.

François de Nemond, évéque de Bayeux, se démit, quand il fut nommé à ce siège, d'une abbaye et de deux prieurés qu'il possédait. Son diocèse lui dut trois sémi-* naires, dont deux furent établis à ses dépens, un hôpital, des maisons de refuge, une maison des Filles de la Croix, à Reuilly. Il mourut le 16 mai 1715, étant doyen des évêques.

Michel Poncet de la Rivière, évéque d'Uzès, mort en novembre 1728, accrut et embellit sa cathédrale, érigea une chapelle dans Thôpilal de Saint-Sauveur, réta*

(1) Nous ne dissimulerons pas que cet évéque n'est pas présenté sous dei couleurs favorables dans V Histoire de Fénelon par le cardinal de Bausset. Certainement M. de Valbelle eut tort de se montrer aussi sévère pour Fénelon clans les assemblées provinciales de 1699; mais ce tort ne doit pas faire oublier les fondations généreuses dont nous venons de faire mention d'après le Gallia Chrisliana, M. de Beaussct, racontant ensuite le trait de Fénelon^ qui apaisa une révolte de la garnison, en lui faisant payer la somme qui lui était due, ajouta que l'arche vêque de Cambrai fit ce que Tévêque de Saint-Omer aurait dû faire et ne fit pas. Mais n'est-il pas possible que cf dernier fût alors absent de son diocèse, et qu'il ignorât la révolte?

blit des églises paroissiales détruites pendant les troubles > forma des associations de charité et poussa la générosité jusqu'à faire réparer les chemins dans son diocèse.

Enfin y car nous devons nous borner dans cette liste, MM. de Lescure, de Saulx, de Chalucet, évéques de Luçon, d'Aiais et de Toulon , qui , avant leur épiscopat, avaient travaillé à la conversion des protestants par des missions et des conférences , soutenaient dans leurs diocèses leur réputation de zèle et de vertu.

D'autres prélats s'étaient fait connaître par leurs écrits ou par leurs succès dans la chaire. Huet, évêque d'Avranches, était fort savant^ ses ouvrages, et en particulier sa Démonstration cs/angélique , ont joui longtemps d'une grande réputation. De la Broue, évêque de Mirepoix , honoré de l'amitié de Bossuet, adresse des lettres pastorales sur l'Eucharistie aux membres réunis de son diocèse. (Malheureusement cet évéqué fut un des premiers qui en appela de la bulle Unigenitus.) Fléchier et Mascaron s'étaient distingués dans la chaire, et durent à leur seul mérite leur élévation sur les sièges de Nisme et d'Agen : ils se firent estimer des protestants eux-mêmes par un zèle plein de modération et de prudence.

Le clergé du second ordre se montrait digne de ses chefs. A Paris, l'abbé delà Chélardie, curé de Saint-Sulpice, gouvernait sa paroisse avec autant de sagesse que de charité. Dès le moment qu'il fut curé, il mit tousses revenus dans la masse des aumônes pour être employés, avec les sommes qu'on lui confiait, pour le soulagement des pauvres, l'entretien des écoles et celui des communautés pauvres. 11 ne se réservait que ce qui était absolument nécessaire pour son entretien, pour sa pension à la communauté des prêtres de la paroisse, et pour les gages et la pension de son domestique. Il veillait sur toutes les parlies de son ministère, et refusa, en 1702, par attachement pour sa paroisse, l'évêché de Poitiers qui lui était offert. I^es malheurs de l'année 1709 lui donnèrent occasion de

déployer sa charité; il recueillit d'abondantes aumônet et y joignit ses propres sacrifices. La princesse de Condë et la princesse de Conti, qui demeuraient sur sa paroisse, Tavaient choisi pour leur directeur -, et M"** de Maintenoii lui accorda aussi sa confiance aprèi la mort de révéqqe de Chartres. Le pieux curé mourut le 29 juin 1714. Sou lt$* tament, que Ton trouve dans les Remarques historiques sur Saint'Sulpice^ atteste son humilité; il défendait toute pompe à ses obsèques et déclarait que tout ce que i*on trouverait chez lui à sa mort appartenait aux pauvres el aux bonnes œuvres de la paroisse. Il avait encore trouvé le temps de composer des homélies et d'autres ouvrages qui lui valurent un bref de Clément XI. Son explication de TApocalypse a eu particulièrement de la réputation.

La communaulédes prêtres de la paroisse Saint-Sulpice, qui était alors distincte du séminaire de ce nom, était aussi une excellente école où beaucoup déjeunes ecclésiastiques venaient se former aux fonctions du ministère. C'était le vertueux Olier qui avait établi cette communauté où Ion ne faisait point de vœux, mais où l'on vivait en coid« mun, sous l'autorité d'un supérieur qui assignait à chacun son emploi. Cette communauté produisit beaucoup de laborieux et fervents ouvriers évangéliques. L'abbé Cassé, vicaire de Sorbonne et vicaire de Saint-Sulpice, prêcha pendant vingt ans dans cette église la controverse sur les dogmes niés par les protestants. Zacharie Chardon de Lugny, qui demeurait aussi à la communauté des prêtres de Saint-Sulpice, fit pendant trente ans des conférences de controverse sur les mêmes matières, et reçut des en«« couragements et des marques d'estime du clergé et du roi. On dit que depuis 1690 jusqu'en 1733, il avait ramené dans le sein de l'Église deux cent soixante-dix-huit pro* testants. Il mourut Je 23 juin 1733, à l'âge de quatre-* viogt^ix ans, ayant publié quelques ouvrages de controverse.

Des communautés de prêtres existaient également dans plusieurs grande? paroisses de la capitale, et les noms de

DU COxMMFNCKMENT DU XVIIl' SIÈCLE. 93

quelques rues Tattestent encore. Dans ces communautési des prêires vertueux s'appliquaient sans bruit aux fonctions modestes d'un ministère d'autant plus respectable qu'il ne tend qu'à instruire^ à consoler, à ramener à la vertu. Tel était, sur la paroisse Saint-Sébastien, Jean- Baptiste de la Varis, dont on nous a conservé le nom et qui mourut en 1704, après une vie consacrée aux bonnes OBUvres. Tels étaient deux autres simples habitués de paroisses, Louis Raveau et Etienne-François Bernage, Tun à Saint-Jean en Grève, l'autre à Saint-Nicolas-des-Champs^ qui) sans autre secours que ceux de la charité, commencèrent en 1699 l'établissement d'une communauté de filles repenties dans le quartier du Temple. Ils dirigèrent cette communauté, qui portail le nom de Filles du Sauveur et oii Ton ne faisait point de vœux. Le travail des mains et le don de pieuses dames soutenaient la maison, qui a subsisté jusqu'au moment de la révolution. L'abbé Raveau mourut en 1710, et son confrère en 1723.

£n dehors du ministère pastoral, de simples prêtres, de bons religieux, honoraietit ou servaient l'église de difierenteft manières* Nicolas Lefèvre avait donné dans sa jeunesse des leçons au grand Dauphin et aux princes de Clonti^ ets^était retiré ensuite à l'hâpital général pour y assister les. pauvres. Louis XIV l'appela à Versailles et l'adjoignît ooaime sous-précepteur h. l'éducation des princes ses petits* fils. Renfermé dansses fonctions, l'abbé Lefèvre s'était fait à la cour une solitude profonde, et après être resté huit ans auprès du prince, il se retira sans rien demander, et de retour à Paris, se chargea de diriger les Filles de Sainte- Anne, communauté établie sur la fin du siècle précédent, toaîs qui avait éprouvé quelques troubles. Le prieur-directeur y ramena la paix. La communauté se fixa par ses aotns rue Neuve-Sainte-Geneviève •, la chapelle fut bénite «D 1700 et le cardinal de Noailles donna, en 1705, des constitutions à ces fille^ L'abbé Lefèvre fut leur soutien «n temporel comme au spirituel. En 1707, on commença la construction d'une église, et la maison obtînt des lettres

patentes en 1723. Elle perditson directeur le24août 1708.

Claude Anselme , prêtre de TOratoire, archidiacre de Paris, était en réputation de sagesse et de vertu , et joignait la pratique de la mortification à l'exercice des bonnes œuvres.

Simon Gourdan, chanoine régulier de Tabbayede Saint- Victor, observa constamment la règle primitive dans un monastère où le relâchement s'était introduit. Il avait voulu se retirer à la Trappe, mais on lui conseilla de rester à Saint-Victor pour y servir d'exemple par sa vie pénitente et par son courage. L'habitude du recueillement, de Toraison et de la présence de Dieu lui avait concilié Testime et le respect général -, on venait le consul** ter sur des matière de direction et de piété, et on trouvait en lui autant de discernement que de zèle et de ferveur.

Si de la capitale nous passons dans les provinces , nous y trouverons de grands exemples de vertu dans le clergé ; et nous ne pourrons même les indiquer que rapidement. Des ecclésiastiques qui, par le rang de leurs familles, pouvaient aspirer aux honneurs, se retiraient du monde pour vivre dans les pratiques de Thumilité et de la pénitence* A Provins, François d'Aligre, fils du chancelier de ce nom, retraçait les austérités des premiers anachorètes. Il avait fait profession dans sa jeunesse parmi les chanoinesréguliers de la congrégation de France. Devenu abbé de Saint-Jacques de Provins en 1643, il posséda cette abbaye en règle , refusa Tévêché d'Avranches auquel il fut nommé en 1668, ne quitta son abbaye que pour venir soulager son père , créé chancelier de France en 1672, et retourna dans son monastère après la mort de ce magistrat. Là il menait une vie pauvre et austère, couchait sur la dure, et n'avait presque constamment d'autre nourriture que da pain, de Teau et des fruits. En même temps il réparait son abbaye, enrichissait Téglise, formait une nombreuse bibliothèque , établissait des mai#es pour commencer les études des enfants pauvres, et des catéchistes pour enseigner les éléments de la doctrine chrétienne, assignait des

DU COMMENCEMENT DU XVJil* SlfcCLE. 95

fonds pour trente orphelins qui devaient vivre en communauté , et distribuait aux pauvres tous les revenus de rab** batiale : c'était allier noblement la générosité à la pénitence. L^abbé d'Aiigre termina, le 21 janvier 1712, par une mort édifiante , une vie toute de bonnes œuvres ; il était dans sa 92"" année.

Claude Fyot de La Marche , abbé de Saint-Étienne de Dijon , peut être cité à côté de l'abbé d'Aligre. Né a Dijon en 1630, il fit ses études au collège des Jésuites, et y soutint des thèses de théologie, auxquelles assista Louis XIY , qui se trouvait alors à Dijon. Ce prince le nomma son au« mônier, et en 1762 abbé de Saint-Étienne, qui était en même temps collégiale. L'abbé Fyot était de plus prieur de Notre-Dame de Pontarlier-sur -Saône ; il en fit réparer l'église qui avait été ruinée en 1636, et fit construire un bâtiment en forme de monastère. Il appela en 1679 les chanoines-réguliers de la Congrégation de France, et se démit de ses béuéfices en 1705, en faveur de Claude Soulier, son petit-neveu. L'abbé Fyot avait quitté la cour de bonne heure, et s'était retiré dans son abbaye peu de temps après l'avoir obtenue. 11 visitait les églises de Dijon et de la campagne qui dépendaient de son abbaye , y tenait les règlements nécessaires pour la réformation des abus et l'entretien des églises; il dressa des statuts pour son chapitre et entreprit , en 1669, de rebâtir ou au moins de réparer presque entièrement son église de Saint-Etienne, Les paroissiens de Saint-Médard contribuèrent à la dépense. L'abbé fit, en 1676, la bénédiction de l'église : elle fut consacrée, en 1686, par Etienne Le Camus, évêque de Grenoble et peu après cardinal. En 1686, le tonnerre étant tombé sur le clocher et y ayant fait de grands dégâts, le généreux abbé le rétablit, de concert avec les paroissiens de Saint-Médard, et y remit des cloches. Son église lui dut des fondations pour la splendeur du service divin. 11 fit rebâtir le cloître de l'abbaye, et ayant fait élever un bâtiment sur l'une des ailes, il y reçut des jeunes clercs que 1 abbé Bénigne Joly, chanoine de Saint-Etienne,

96 TABLKA.U HISTORIQUE

avait recueillis et qu'on formait aux vertus et aax fonotions sacerdotales. Ce séminaire rendit des services dans un temps oi] 1 evécbo de Dijon n'était pas encore érigé. L'abbé Fyot encourageait la vocation des jeunes gens pour rétat ecclésiastique, et procurait slu% églises de ta juridiction des vases sacrés, des ornements et des roissioni. Il mourut dans son abbaye le 27 avril 1720, étant dans sa 9r année. Il publia YHistouû de V abbaye de SmA'^ Etienne^ et des livres de piété.

Joseph de Sainte-Colombe, d'une famille noble du Dau* phiné, quitta sur la fin du dix-huitième siècle la capitale, où ses vertus lui avaient concilié une considération qui affligeait sa modestie. Après avoir distribué aux pauvres tout ce qu'il possédait, il se relira en province, et se fixa à Lyon ; mais craignant d'y être bientôt reconnu, il se rendit à Bourg en 1700, sous le nom de Jourdan, et de* manda comme une grâce de pouvoir visiter et consoler les malades. Sa douceur, sa modestie , sa piété, lui gagna» rent l'estime et la confiance : on lui offrit un logement à l'hospice, ce qu'il accepta; mais il y vivait très^pauvre** ment, ne couchant point dans un lit, ne faisant point de feu , se mortifiant sur la nourriture comme sur le reste. Oo ne le voyait sortir de l'hôpital que pour visiter des malades ou pour d'autres œuvres de charité. Un orage s'éleva contre lui 5 il fut dénoncé à rarchçvêque de Lyon, dont Bourg dépendait alors. Le pieux prêtre refusa de faire aucune démarche pour sa justification, et attendit patiemment que les bruits qui avaient couru sur son compte tombassent. En effet, ils se dissipèrent bientôt, et chacun lui rendit justice. L'abbé Jourdan partageait son temps entre la prière et les œuvres de charité. Il semblait ne plus apparu tenir à la terre, et ne s'occupait guère de son corps. Cette vie mortifiée hâta peut-être sa fin. Il devint languissant, vit approcher la mort avec joie et reçut le Sacrement avec des transports de foi qui étonnèrent les assistants. Il mou* rut le 30 décembre 1706. Le clergé, les magistrats, les pauvres assistèrent à ses obsèques, et son oraison funèbre

PU COMMtÉKO£M£AT DU XVtli* SIÈCLE . 9T

fut fyroiioneée. Ainsi, celui qui avait pris tant de éôin de se cacher, devint après sa mort Tobjet de la bénédiction publique (1).

François d'Urfé , frère du pieux évéque de Limoges du même nom, qui mourut en 1695, passa vingt-trois ans dan^ le Canada comme missionnaire^ revint en France déjà in* firme , fut pourvu de Tabbaye d'U^erche , s'efforça d'y mettre la réforme, et mourut en réputation de vertu dans son château de Baugé, le 30 juin 1701.

Henri^Marie Boudon, grand archidiacre d'Évreux» fbt un des plus saints prêtres dont s*honora TËglise de Franeè dans le dix-septième siècle. Formé de bonne heure aux bonnes œuvres dans les congrégations de jeunes gens établis à cette époque^ il se prépara au sacerdoce par une vie toute de détachement et de sacrifices. Ses visites comme archidiacre, la prédication, les missions, les retraites, là direction des consciences, la composition d ouvrages d'une haute spiritualité, Toccupait alternativement. Sa vie, toute consacrée à Dieu et au prochain, offre une suite dé travaux, de voyages, d'exercices, tous dirigés par les plU6 ptir^ motifs et fertiles en heureux résultats. Il mourut plein de mérites le 31 août 1702. On a sa vie par Collet; mais il eti a paru, en 1837, une autre plus soignée et plus intéressante, pour laquelle on s'est servi de lettres et de manuscrits que Collet n'avait point connus.

Pierre Crutey, curé de Barenton, au diocèse d*Avt*anches, pourrait être cité cotnme le modèle des pasteurs; il fut successivement curé de Mesail-Imbert et de Barenton. Il y établit des collèges pour Téducation des jeunes gens, appela auprès de lui de jeunes prêtres qu'il formait à Texercice du ministère, donna des missions et changea la face de ces paroisses. Un hôpital fut fondé par lui à Ver* moutiers , près Mesnil-Imbert, et une autre à Barenton ; ces hôpitaux étaient dirigés par des religieuses auxquelles

(!) Tiré du manuscrit de Visé de 1708 et de V Histoire IIa$iologique du'Diocèse de BHleyj par M. Diipiiy, tome ii.

98 TABLEAU HISTOIIIQUE

Je pieux Grutcy donna des règles, et pour lesquelles ilob« tint des lettres- patentes en 1676. Ces religieuses visitaient les malades et s'appliquaient à toutes les bonnes œuvres; leurs règles furent approuvées, en 1701 , par M. de Goêtenjau, évéque d'Avranches. Grutey concourut à la fon* dation de Thâpital de Bernay, du séminaire de Domfront et de la communauté des filles et de maîtresses d'école de Saint-Front. Ce curé, homme de mérite en même temps que prêtre plein de foi et de zèle, mourut à l'âge de 80 ans^ le 23 février 1703. Sa vie, par Grandet, nomme plu« sieurs ecclésiastiques très-recommandables de la même province*.

Louis de Fougasse de la Bastis d'Entrechaux, chanoine de Notre-Dame-des-Dons, à Avignon, était un très-vertueux ecclésiastique dont la vie a été publiée par Boque, à Avignon, en 1710-, ce chanoine mourut le 15 février 1706.

François Mathon, chapelain des Carmélites d'Amiens, a mérité aussi que sa vie fût imprimée *, il visitait les pauvres dans les hôpitaux, et joignait à la charité pour les malheureux une humilité, un esprit de recueillement, un amour de la pénitence qui le faisait respecter de toutes les classes; il mourut le 16 octobre 1708.

Joseph Sain, chanoine de Tours^ renonça à son bénéfice pour se livrer à une vie plus active ; après avoir travaillé quelque temps dans les missions, il commença rétablissement du séminaire de Tours, qu'il dirigea pendant 20 ans. On lui dut aussi un petit séminaire et une maison de filles de TUnioa chrétienne, dont il fut le premier supérieur; il mourut le 18 octobre 1708.

Gilles Marie, curé de Saint-Saturnin , à Ghartres, avait été placé tour à tour à la tête du séminaire de Saint-Agnan et de plusieurs paroisses; il se distingua surtout par son activité et sa générosité dans une épidémie qui atteignit la ville de Ghartres en 1694, à la suite de la disette, il épuisa ses ressources pour soulager les malheureux et passait la journée à visiter les malades et à porter partout des paroles de consolation, qu'il accompagnait de secours efïi-

DU COMMEIiCEMEÎÏT DU XVIU* SIKCLE. 99

caces« Cette continuité de soins lui fit contracter la maladie, dont il ne fut cependant point victime ; il ne mou« rut que le 10 juin 1720. Voy. sa vie, 1736, in-12.

Guillaume Deiaunay, d'Angers, fut d'abord militaire , puis marié. Dans Tune et Tautre situation, sa conduite fut loin d'être régulière; son caractère était violent et ses passions impérieuses. Mais la mort de sa femme le toucha. Etant lombé malade lui-même, il fit vœu d'aller en pèlerinage à Saint-Florent^ et fut guéri. Dès lors il changea de conduite, fit une retraite au séminaire d'Angers, reprit ses études. Son zèle à réparer les scandales qu'il avait donnés et sa vie dure et pénitente décidèrent , après cinq ou six ans d'épreuves, à l'élever au sacerdoce, ce qu'il souhaitait ardemment. Devenu prêtre, il refusa les cures qu^ou lui ofi'rit et voulut rester dans les places inférieures. Il fut vicaire en différentes paroisses, puis employé dans les missions; ensuite il exerça son ministère dans l'Hôpital général et dans la maison des Pénitentes d'Angers. Sa vie fut une pénitence continuelle jusqu'à sa mort, arrivée le 14 septembre 1712.

Le diocèse d'Angers comptait vers la même époque des ecclésiastiques distingués par leur piété et leur zèle. Grandet, dans ses mémoires manuscrits, nomme l'abbé de la Butte-Sara et l'abbé de Chevreuse, tous deux de jGgimilles riches et accréditées, et qui n'en étaient que plus propres à exercer de l'influence ; le premier avait d'abord vécu dans le monde et y avait donné dans quelques écarts, mais son retour vers Dieu fut marqué par un changement total de conduite. Sa pénitence fut durable. Ces deux ecclésiastiques occupèrent quelque temps des cures et les quittèrent pour se préparer dans la retraite à leur dernier passage. Dans le même pays, Béné-François Fontaines de la Grochinière avait d'abord été employé dans l'administration A&& armées, puis avait été receveur des tailles à La Flèche. Dégoûté du monde, il alla faire une retraite à rOratoire de Paris et ne s'occupa plus que de son salut et de bonnes œuvres. Il reprit l'habit ecclésiastique qu'il

100 TABLEAU HlSTORlQVt

aYftit porté dans sa jeunesse, mais Thumilité lui fit redouter le sacerdoce. Il resta simple clerc, et consacra sa fortune à d'utiles établissements. Il fonda au Lude un hôpital p6Ur des orphelines, sous le titre de Notre-Dame-de*la-Miséricordeet obtint, en 1705, des lettres-patentes pour cette maison, où il appela des hospitalières formées dans la coori* munauté de Saint-Charles à Lyon. Il rassembla aussi au Lude quelques orphelins, et donna des fonds pour achever un hospice à Sablé. Après une vie non-seulement frugale mais austère, Tabbé de la Grochinière mourut le 14 sep* tembre 1713, laissant tous ses biens à Thôpital qu'il avait fondé.

Il serait temps de nous borner dans cette nomenclature. Cependant nous ne pouvons nous refuser à faire connaître encore deux prêtres dignes de mémoire. Jean Leu<» duger, d'abord curé, puis chanoine de Saint-Brieuc et missionnaire, fut un laborieux ouvrier dans le champ du Père de famille. Il était né, en 1649, k Plérin , diocèse de Saint-Brieuc, et se forma de bonne heure à Tesprit et aui connaissances propres de Tétat ecclésiastique. Son goût le portait aux travaux des missions, et il seconda d'abord l'abbé de la Pinsonnière et le père Maunoir dans ce gcUre de. ministère. Son évoque Tayant nommé curé de Pl6n<^ guenac, puis de Moncontour, il remplit dans ces deux paroisses tous les devoirs d'un pasteur vigilant et charitable. Il gagna les esprits par sa douceur, réforma peu à peu les abus, prit soin des pauvres, et engagea de pieuses filles à se réunir en communauté pour instruire les enfants et visiter les malades. Il établit l'usage des retraites et donna (les missions, non-seulement dans le diocèse de Saint* Brieuc, mais dans ceux de Snint-Malo, de Dol et de Rennes. Il voulait se consacrer aux Missions étrangères, mais son évéque ne voulut pas se priver d'un prêtre si zélé, qui produisait de grands biens dans les missions par ses in** struciions solides, par son dévouement et son courage. C'est à M. Leuduger qu'on doit l'établissement des Filles du Saint-Hsprit, dites Sœurs Blanches ou Sœurs de Plérin*

Il eôgâgea une veuve de Plérin, nommée Marie Balavoine, à se consacrer au service des pauvres. D*autres filléâ pieuses se joignirent à elle. En 1700, le curé de Plériu leur donna des règles qui furent depuis approuvées par révéque de Saint-Brieuc, Yivet de Montclus. Ces sœurs tiennent les écoles, visitent les malades et sont encore ré-» panduesdans toute la Bretagne. Cette institution seule doit rendre la mémoire de M. Lenduger précieuse à la province. Le vertueux prêtre mourut le 16 janvier 17âS« Sa vie existe en manuscrit; M. Tabbé Tresvaux en a donné un extrait dans ses f^ies des saints do Bretagne, tome V.

Antoine Pâté, curé de Cherbourg, doyen de La Hogue, né dans le diocèse de Coutances en 16ôô, ordonné prêtre en 1682, travailla d'abord dans les missions et fut ensuite vicaire en 1687. 11 fut nommé à la cure de Cherbourg. Cette ville n'avait qu^une paroisse, et était dès lors importante par les grands travaux qu'on y faisait pour la marine. L'abbé Paie donna d'abord ses soins à l'instruction des enfants; en 1690, il procura une mission à sa paroisse, et en 1692, des retraites. Des exhortations régulières, des lectures publiques de piété, des conférences instituées, une assemblée de dames de la charité, sur le modèle de celles de Saint-Vincent de Paul, une grande vigilance sur les écoles, le soin de former des jeunes gens dans le sacerdoce, ne sulBsaient pas encore au zèle du pieux curé. Il tenait assidûment les conférences ecclésiastiques, et ra* mena plusieurs protestants dans le sein de TEglise. Son presbytère était comme une communautédes mieux réglées, dont il était l'âme par sa prudence et sa douceur. Sa charité paraissait surtout au tribunal de la pénitence, dans la visite des malades, dans les soins qu'il donnait aux hâpi«> taux. 11 bravait les épidémies et faillit deux fois en être victime. Lors du combat de La Hogue, dont l'issue fut si funeste à notre marine, il assista avec courage les blessés. Il reçut deux fois Jacques II, roi d'Angleterre, la première fois quand ce prince fut obligé de sortir de son royaume,

i02 TABLFAU HISTORÎQUK

et la deuxième fols quand il revint d'Irlande. Louis XIV le fit remercier des services qu'il avait cherché à rendre au roi malheureux. M. Pâté mourut dans de vifs sentiments de piété le 21 mars 1728. On a sa vie par Taigan, curé de Dégoville; la deuxième partie est toute consacrée à des notices sur des pieux personnages du même temps et du même pays, qui avaient été liés avec le curé de Cherbourg, entre autres sur Guillaume Picot et François Frigoult, prêtre et coopérateur de M. Pâté dans sa paroisse ; sur Paul Levée, prêtre de Saint-Jean à Gaen, correspondant du curé pour différentes bonnes œuvres, mort le 18 janvier 1727; sur Julien de Lallier, docteur de Sorbonne^ curé et officiai de Valognes, grand-vicaire de Goutances, qui prit beaucoup de part à rétablissement de l'hôpital de Valognes en 1682, et qui mourut, le 30 avril 1728, dans le séminaire de Valognes, dont il était supérieur, et où il s'était retiré, après avoir donné la démission de sa cure.

A l'autorité de ces exemples le clergé joignait le goût de l'instruction et des éludes convenables à son ministère. A aucune époque peut-être les sciences ecclésiastiques n'avaient été cultivées avec autant d'ardeur, de talent et de succès. Chaque branche de ces sciences comptait plusieurs hommes laborieux qui travaillaient à en faire disparaître les épines ou à en recueillir les fruits. La critique et la piété s'exerçaient à la fois sur TÉcriture sainte, tantôt pour en éclaircir les difficultés, tantôt pour en développer les leçons et les exemples , afin d'édifier et d'insiruire les fidèles ; on publia des versions de l'Écriture, des analyses, des explications et des recherches savantes, soit sur le texte, soit sur Thistoire, soit sur d'autres points relatifs à la littérature biblique. Les différentes parties de la théologie occupaient des hommes habiles, dont les uns donnaient des cours entiers de cette science , et les autres s'attachaient à des traités particuliers ; ceux-ci s'appliquaient au dogme, ceux-là à la morale, les autres au droit-canon. Les décisions des cas de conscience de Pontas et celles de Fromageau offrent, sur

BU COMMEJSCEaiEJÎîT DU XVIIl* SIKCLE. 103

beaucoup de points, un guide commode dans l'exercice du ministère. Les Conférences publiées dans quelques diocèses ont été fort utiles par retendue des matières qu'elles embrassaient. Les Conférences d'Angers ont conservé jusqu'à nos jours une juste réputation parmi les ecclésiastiques. Celles de Paris, par Le Semelier, sont le résultat des réunions qui avaient lieu au séminaire Saint-Kicolas , et oii Ton discutait des questions de morale; Le Semelier n'a publié que ce qui regarde le mariage et l'usure. Lés Conférences de Lucon, commencées par Louis^ furent continuées par l'abbé Dubos.

De savants liturgistes expliquaient les rits et les cérémonies de l'Église, et se livraient à des recherches, oii tantôt l'érudition, et tantôt la piété trouvaient à se satisfaire. On publiait des Bréviaires qui offraient un emploi plus heureux et plus fréquent de l'Écriture, oii les légendes étaient revues avec plus de soin, et oii les hymnes et les proses étaient rédigés avec plus de goût.

Le champ de l'histoire était cultivé par un grand nombre de mains laborieuses; les uns traçaient l'histoire générale de l'Église, ou rassemblaient des matériaux qui pouvaient servir aux historiens futurs; les autres s'attachaient à des époques particulières, ou racontaient la vie de quelques personnages remarquables par leur sainteté et leurs services. Hélyot rassemblait l'histoire des divers corps religieux, de leurs réformes et des congrégations modernes. Dans le genre de l'érudition sacrée, on pouvait compter des prêtres et des religieux livrés à des découvertes critiques et à des discussions sur des points d'histoire et de discipline. Paul Pezron, religieux Bernardin, se distingua par ses recherches sur l'Écriture sainte et la chronologie. Etienne Baluze, simple tonsuré, était un des hommes de son temps les plus versés dans la connaissance des chartes et des manuscrits ;. il travailla beaucoup sur l'histoire eccclésiastique, et publia des lettres des papes, des opuscules des Pères et des dissertations sur des points de critique. Michel Le Quien, orien«

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taliste et antiquaire, est surtout connu par une édition d^ Œuvres de saint Jean de Damas et par son Oriens ehristia* mus. Des laïques même s'appliquaient avec succès aux matières d'érudition ecclésiastique, et publiaient des traductions d'écrits des Pères ou des dissertations sur des points d'histoire.

La partie de la morale surtout était traitée par un grand nombre d'écrivains, qui travaillaient à nourir la piété des 6dèles par des ouvrages de différents genres. Dans le clergé séculier et régulier, des hommes instruits et zélés publiaient des livres propres ii éclairer l'ignorance des uns, à ranimer la foi des autres, à faire aimer la religion et la vertu. Plusieurs de ces ouvages ont joui d'une juste eslime, et il en est qui l'ont encore conservée. Des prédicateurs distingués occupaient la chaire avec succès; dans quelques corps et congrégations, on cultivait constamment ce genre de ministère, et des hommes estimables ont laissé des productions que la piété et le goût aiment encore à consulter. Les missions, les conférences, les retraites, tous les pieux exercices que le siècle précédent avait vus naître, ou du moins qui s'étaient alors mul« tipliés, continuaient à entretenir l'esprit de religion parmi les peuples, et le zèle sacerdotal dans le clergé^ et l'Église se félicitait de voir TaUiance du savoir et de la vertu contribuer dans ses ministres à honorer leur caractère et à rendre leur ministère utile.

Nous avons peut-éire été trop loin dans l'énumération des ecclésiastiques qui à cette époque honorèrent leur ca« ractcre par d'éclatantes vertus. Il est juste aussi de parler des simples laïques. Partout la piété était en honneur, et ceux mêmes qui ne la pratiquaient pas la vénéraient. La cour, devenue plus régulière à la fin du siècle, comptait une foule de personnages d'un rang éminent tout dévoués aux bonnes oeuvres. Louis XIV avait renoncé depuis longtemps à ces attachements coupables dans lesquels sa jeunessse s'était égarée, et dont les objets s'étaient condamnés aux larmes du repentir et aux expiations de la péni-

DU COMMENCEMENT DU XVÎlV SIECLE. 105

(ence. M"*® de la Vallière et M*"« de Montespan vivaient daoâ la retraite et dans les pratiques de la piété. La première avait embrassé les austérités du Carmel, et les soutenait avec courage» La seconde n'avait pas fait de vœux, mais demeurait dans une communauté où elle s'était donnée tout entière à Dieu et aux pauvres. L'une et Tau-* tr^ étaient un grand exemple pour le monde qui avait été témoin de leurs scandales, et qui apprenait par là Le moyen de les expier. Louis XIV ne se contentait pas de s'être détaché des liens de ses passions; il faisait respecter la vertu« Il n'eût souffert ni les éclats du vice ni les railleries contre la religion. Il avait toujours révéré celleoi dans le temps de ses plus grands écarts, à plus forte raison quand elle avait repris sur lui tout son empire. Il voulait qu'elle fut honorée, et il se faisait gloire d'y contribuer. L'attention la plus scrupuleuse présidait à ses choix pour les bénéBces. Ce choix était à ses yeux un acte de religion. Il le réservait pour les plus grandes fêtes de l'année^ pour les jours qu'il consacrait aux exercices de piété et à la participation des mystères saints. Dans les places, il préférait ceux qui paraissaient plus religieux. On lui a reproché d'avoir par là favorisé l'hypocrisie, et d'avoir fait de mauvais choix. Sans doute Louis a pu se tromper ; il n'était point infaillible. Mais des choix plus heureux devraient lui obtenir grâce pour quelques autres qu'on lui a bien durement reprochés. Quant à l'hypocrisie qu'on l'accuse d'avoir encouragée, cette imputation ne nous parait nullement fondée. Si, sous un prince vertueux, ceux qui ne le sont pas feignent de l'être pour lui faire la cour, est-ce à lui ou à eux qu'il faut adresser des reproches? L'abus que les courtisans font des qualités du prince , doit-il faire condamner ces qualités; et, parce qu*on le trompe, faut-il absolument qu'il ait tort?

Louis XIV était sincèrement religieux ; il l'était par conviction et par sentiment. Il honorait les ministres de rËglise. On a plusieurs de ses lettres aux Papes de son temps. Elles sont remplies d'expressions et de marques

de clévouemeDt qui étonneraient peut-être de la part d'un monarque jeune et fier. Ainsi il écrivait à un des prédé^ cçsseurs de Clément XI : a Yoire Sainteté peut s^assurer » que désormais une de mes plus sérieuses et plus douces » applications sera de lui complaire en toutes les choses » où j'en aurai le pouvoir, et de ne rien oublier de ce » qui dépendra de moi pour témoigner ma dévotion en- » vers le Saint-Siège, mais aussi pour contribuer à la )) gloire de son nom ^ je le dis de cœur, et les effets lui )) feront voir la vérité de mes sentiments. » On trouve dans ses OEuvres^ en six volumes, imprimées en 1806, d'autres lettres adressées au même Pontife, et qui ne sont pas moins affectueuses. On en trouve qui sont adressées à Bossuet, à M^^^ de Lamoignon, et qui n'ont pas d'au* tre objet que de se recommander à leurs prières. Il écrit à Tarchevêque de Paris uniquement pour l'engager à voir le duc de Rohan, alors mourant, et à le disposer à une fin chrétienne. Il était alors à Tarmée, et il trouvait le temps de s'y occuper d'un objet de cette nature. Il presse le roi de Danemark de proléger les catholiques de ses Etats. Il écrit, pour le même motif, aux magistrats de Hambourg. Il avait sollicité plus d'une fois, dans le même but, le roi d'Angleterre, Charles II, et il avait travaillé à fortifier le penchant de ce prince pour la religion catholique. Il avait envoyé en Portugal l'abbé de Bourzeis, uniquement pour engager M. de Schomberg, qui commandait pour les Français en ce pays, à renoncer au calvinisme.

Tel était le zèle de ce prince dans le temps même où la religion avait h reprendre en lui de grandess fautes. Ce zèle parut s'accroître quand Louis fut revenu à des mœurs plus chrétiennes. Il remplissait exactement les pratiques de la religion. Il entendait la messe tous les jours, et n^y a manqué qu'une seule fois, se trouvant à l'armée. Il se tenait à l'église dans la posture la plus respectueuse, et voulait qu'on fit de même. Il observait, autant qu'il le pouvait, les règles sur l'abstinence, et il les faisait observer. Il rendit un grand nombre de lois favorables a la

DU GOMMEJN CEMENT DU XVIII* SINGLE. 107

religion. Il s'efforça de réprimer la fureur des duels, et d arrêter, par des édils rigoureux, la licence des blasphèmes. Il désira vivement réunir tous ses sujets dans une seule croyance, et pour y parvenir, il favorisa le zèle des missionnaires qui se répandirent en plusieurs provinces pour y prêcher la controverse. Il encouragea des écrivains à se servir de leurs talents pour démontrer le vice de la prétendue réforme. Il crut devoir révoquer une loi fameuse qui accordait de grands avantages aux protestants, et il restreignit graduellement leurs privilèges. Ce n'est pas ici le lieu de discuter l'équité ou l'à-propos de cette mesure. Nous pouvons dire seulement que s'il y eut dans Texécution des injustices locales, des rigueurs partielles, ou des violences particulières que nous n'approuvons pas, on doit s^en prendre, ce semble, non au prince qui ne peut tout voir, mais à des subalternes qui abusaient de son autorité, et qui se croyaient tout permis loin de ses yeux.

On doit a Louis XIY bien des établissements utiles; je ne parle pas ici de cette fondation magnifique, oti les défenseurs de rÉtat trouvaient, après leurs travaux guerriers, un asile honorable et une retraite pieuse, où ils pouvaient finir leur carrière dans les soins du salut, après l'avoir commencée dans les exercices des camps; je ne parle pas de cette autre fondation, non moins respectable, destinée à élever des filles pauvres, et à leur inspirer des sentiments de piété qui ne les rendaient ensuite que plus propres à devenir de bonnes mères de famille ; Louis favorisa â'autres établissements dirigés plus spécialement encore ^ers le bien de l'Eglise. Il concourut à la fondation du séminaire des Missions étrangères, d^oii partaient des Sommes apostoliques qui allaient porter le fiambeaude la :Moi dans les contrées les plus reculées de l'Orient. Il btînl l'érection d'un évêché à Québec. Il pourvut aux soins spirituels des habitants des colonies.

Son zèle s'étendait jusque sur les pays occupés par les ^3SIusulmans. Il était auprès du Grand-Seigneur le protec- "^eur des chrétiens opprimes, cl il les délivra plusieurs fois

des avanies des infidèles. Il envoyait à ces églises Malheureuses des prêtres, des livres, des objets nécessaires au culte. Son ambassadeui^à la Porte était chargé de veiller à leurs intérêts, et un de ces ambassadeurs, le marquis de Ferriol, mérita les éloges du souverain Pontife pour le soin qu*il prenait de défendre les catholiques et d'adoucir leur sort. Peut-être se trouverait-il des gens dédaigneux qui riraient de voir un grand prince descendre à ces sortes de soins. Mais je ne sais si la politique rie serait ps ici d*accord avec la religion et l'humanité, et si ce beau rôle de protecteur des chrétiens opprimés en Grèce et en Asie> ce rôle si honorable pour la France, ne pouvait pas aussi lui être utile sous un autre rapport , en procurant de nouvelles branches h son commerce, et en lui donqant dans ce pays des amis dévoués à ses intérêts.

Ceux à qui Louis accorda sa confiance en furent généralement dignes. Le père de La Chaise , son confesseur, était un bon religieux , dont Saint-Simon lui-même a loué la modération, quoique ce seigneur fit profession de ne pas aimer les Jésuites. M"*^ de Maintenon , qult n'airociit pas davantage, et que quelques écrivains, qui l'ont copié, ont jugée très-sévèrement, M*"« de Maintenon était une femme estimable, modeste^ désintéressée, éloignée de tout esprit d'ambition. Parmi les femmes qui eurent de Tinfluence sous ce règne, aucune n'abusa moins de son crédit. Pourquoi se montrerait-on si indulgent envers les autres, ef si sévère envers celle-ci ? Pourquoi la rendrait-on responsable de tout ce qui arriva de mal de son temps ? M™® de Maintenon put se tromper sur quelques homqacs; mais en général elle avait de la finesse et qu tact; elle voulait le bien, elle était indulgente et modérée. D'ailleurs, eut-elle autant de part qu'on le croit communément £| la direction des affaires? Elle n'aimait point à se mettre en avant ; et on voit par ses lettres comoien elle craignait de se rendre responsable des suites qu'auraient pu avoir ses conseils. Quant k sa piété, elle n'a jamais été révoquée en doute.

Dans la famille royale , le duc de Bourgogne surtout montrait déjà , (quoique fort jeune encore , ces qualités heureuses qui lui méricèrent l'admiration de ses contem^ porains, et qui excitèrent tant de regrets, comme nous le dirons, sur 1712, en parlant de sa mort prématurée.

Le prince de Gonti, François-Louis de Bourbon était le second fils du prince Armand de Gonti, dont on avait admiré dans le siècle précédent la conversion généreuse et le soin à réparer les erreurs de sa jeunesse par les pratiques assidues de la piété, et par des largesses faites aux églises et aux pauvres. François-Louis avait perdu de bonne lieure ses parents, et avait oublié leurs leçons au milieu des séductions du monde et des grandeurs. Cependant, même h travers l'entraînement des passions, ses heureuses qualités l'avaient rendu, dit Saint-Simon, les délices du monde, de la cour et des armées ; plein d'esprit et de connaissances, doux, aimable, le prince de Gonti était lié avec le duc de Bourgogne. Il respectait la religion , quoiqu'il h*en goutàt pas encore les douceurs. G'est ce pri'ce qui fttt sur le point d'être élu roi de Pologne 5 ses talents le rendaient dignes du trâne, mais d'autres intrigues firent échouer son élection, et il vit avec calme s'évanouir cette brillante perspective. Les infirmités le ramenèrent epfin à la religion, qu'il était digne de mieux connaître. Le prince donna sa confiance au Père de La Tour, général de l'Or£|toire, qui lui apprit à tirer parfi de ses souffrances pQur l'éternité. Dans ses douleurs , comme dans les moments où sa longue maladie semblait présenter des altçr* natives d'espérance, le prince montra les sentiments leç plus chrétiens (I). Sa piété, sa résigpation et son courage xedoublèrent l'intérêt qu^e l'on prenait à lui, et la capitale s'alarmait de ses souff'rances et de sa langueur 4coiiime s'il eût été l'héritier du trône. Le Père de La Tour et le célèbre abbé Fleury exhortèrent tour à tour le j^rince, qui ûipurUt dans la fprçe de Tâgç , le 22 février

(1) f^Qiy. une r^atiou de sa mort dani le Ueicurt de Visé, mars 1709»'

110 ÏABLEA.U HISTORIQUE

1709, après avoif donné à sa famille et à ses amis des exemples et des conseils également touchants* Massillon prononça son oraison funèbre, et peignit avec intérêt les heureuses qualités du prince de Gonti pendant sa vie et ses sentiments religieux à la fin de sa carrière.

Il n'était pas rare alors de voir des hommes qui avaient longtemps brillé à la cour ou dans les emplois, renoncer à la faveur ou au tumulte des affaires, et sanctifier leurs dernières années par une pieuse retraite et par les pratiques de la charité et de la pénitence. Louis d'Oger, marquis de Gavoye, qui avait été honoré de l'amitié de Louis XIY, obtint du roi de passer les vingt dernières années de sa vie loin du monde et dans l'exercice des vertus les plus cachées; ce seigneur ne survécut que quelques mois au roi. Il mourut le 3 février 1716 , à 75 ans. Claude Le Pelletier, contrôleur-général des finances, s'était aussi retiré de la cour, en 1697, et s'était mis sous la direction du pieux abbé d'Aligre ; il prit un logement chez les Chartreux à Paris, et y passait la moitié de Tan» née, prenant part aux exercices des religieux ; le reste du temps il habitait sa terre de Villeneuve-le-Roi, oii. il s'occupait encore de soulager les malheureux. Il y mourut le 10 août 1711. Sa famille avait hérité de ses sentiments chrétiens ; trois de ses fils méritèrent d'être cités pour leur piété, l'évêque d'Angers, l'abbé de Saint- Aubin et Claude de Souzi. Un frère du contrôleur-général, Michel le Peletier de Souzi, qui fut conseiller d'État et intendant des finances, quitta aussi ses emplois, et choisit pour retraite l'abbaye Saint-Victor à Paris, oîi il passa six aus, vaquant à la prière, et souffrant avec patience des infirmités douloureuses. Il mourut le 10 décembre 1725. *

Un autre ministre, Louis Phéiipeaux, comte de Pontcharlrain, qui avait été successivement premier président au parlement de Bretagne, contrôleur général des finances et chancelier, donna sa démission de ses charges sur la fin du règne de Louis XIV, et se retira dans la maison de l'institution des Pères de l'Oratoire , oii il partageait son

DU COMMEirCEMElIT DU XVIU* SIÈCLE. 111

temps entre lespratiques de la piété et les bonnes œuvres. II mourut le 22 décembre 1727, dans sa 85* année.

Un homme d'un rang moins élevé, mais qui avait occupé une place h la cour, se signalait surtout par son zèle et ses austérités *, Sébastien Gbauveau, officier au service du duc de Bourgogne, était né en Anjou en 1635, et avait montré dans différents emplois autant de capacité que d'intégrité. Touché d'un sermon qu'il entendit, il re* nonça tout à coup à la place qu'il occupait dans la maison du prince, et se fixa aussi à l'institution de TOratoire. Là, tandis qu'il se traitait sévèrement lui-même, et qu'il expiait ses premières années par les jeûnes , les veilles, les mortifications et l'esprit de pauvreté, il se rendait en même temps utile au prochain, donnant de sages conseils aux personnes qui le visitaient, fondant des écoles à la campagne, distribuant de bons livres, et faisant apprendre des métiers à de pauvres enfants. Ennemi des abus et des désordres, il les dénonçait aux autorités, et disait librement la vérité aux grands. Il persévéra pendant vingt-huit ans dans les pratiques de la pénitence et il mourut le 5 février 1725.

D'autres, à la cour même et au milieu des emplois, étaient des modèles de fermeté dans les principes, de loyauté et de sagesse dans leur conduite, de fidélité à toutes les pratiques de religion. Tels étaient les ducs de Beauvilliers et de Ghevreuse, ces illustres amis dont toutes les pensées, les sentiments et les actions semblaient avoir le même but. C'était par eux que le duc de Bourgogne corrrespondait avec son ancien précepteur ; c'étaient eux qui soutenaient ce prince dans les sentiers de la vertu. La piété et la prudence du duc de Beauvilliers, l'esprit, la douceur et les manières aimables du duc de Ghevreuse, leur donnaient dans leurs familles et dans le monde une influence qui tournait à l'honneur de la religion. Au surplus, cette influence n'était autre que celle de Fénelon, dont ils suivaient les conseils. Du fond de son diocèse, il était l'âme d'une société d'hommes vertueux , qu'il diri-

IIB TABLEAU HISTORlQra

geait ebaeuB êàBë left dlverd irangs où la ProYtdanee les avait plaSés. Cette influence se retrouve à cette ëpoqdi dans les rangs les plus tlivers : elle s'eierçait sur lés [ifinces et les guerriers^ comme sur les évéqties et les geils da lettres, silr lés étrangers comme ^ur les Ft*ançais^ sur les solitaires comme sur les personnes engagées dafis le inonde i sa correspondance en ofFre les pi^uves les plus touchantes; et son illustre histoden 6n a pat'faitémetit fait voir les heureux fruits.

Différentes conditions offraient encore dans le monde deè exemples de cette piété qui sait triompher des contràdio-* tions et des périls. A Paris, Pelletier Destôuches fit pèddant soixante ans Tusage le plus généreux d'uiie grande fortune (1); toutes les bonnes œuvres trouvaient en lui tan magnifique protecteiir ; il fut surtout lui des coopérateurs les plus actifs de la société pour le soulagement et la délivrance des prisonniers, et il distribua quelquefois jusqu^àlô et 20»000 livres pour rendre la liberté à de malhett^ rëux débiteurs. Non moins zélé pour le bien de TËglise que pour celui de Thumahité, il donna 50^000 étus ati s^ minaire de Saint-Magloire pour y fonder des bourses pôbr de jeunes ccîclésiastiques. Il se retira lui-méiiiedansd^tte maison, et se féiidita d'y mourir pauvre en 1703, aprèd avoir consumé toute sa fortune en de pieuses largesses.

A Besançon, Jean-Ferdinand Jobelot, premier président au parlement, joignait aussi à uiié piété exettiplairé le plus noble penchant à secourir les pauvres. Outre ses libéralités pour des familles malheureuses, il fit bâtir l'Holel-Dieu de Besançon avec magnificence^ et voulut être enterré sans pompe dans le cimetière des pauvres. U mourut au commencement de 1703.

A Beauvais, AdHen de Monceaux d'Auxi, marquis dé Hanvoille, sanctifiait sa retraite par la prière et par la pratique des bonnes œuvres; son crédit et sa fortune n'étaient employés que pour le soulagement des malheureiax. Sa mort, qui arriva le 20 mars 1704, fut véritablement un

■ (1) nrercrire cl«!Vizé, \ai\\H ^oS.

DU C03fM£NG£MBIîT DV XYIII* SIECLE. 118

deuil dans la villç : k chapitre, le clergé, le présldial et la noblesse assistèrent en corps à ses obràques (11.

Cruîltauitie Thiersaut, doyen du grand oonçeif, relevait les inclinations les plus généreuses par une piété tendre et une modestie profonde (i) ; attentif à cacher ses libéra^ lités, il était le consolateur et Fappui des pauvres et des afBipés. Dans des années de disette, il soutint presque seul des établissements menacés d'une ruine prochaine, et tine seule fois il fit don à THopital-Général d'une ferme considérable^ il mourut le 12 mai 1705.

Bachelier de Glotomont avait été longtetnps plus occupé des soins de la fortune et de Tambition que de son salut )^ chargé d6 commissions importantes, il avait voyagé en divers pays (3). Â l'âge de soixante ans, la grâce le toucha ^ il s'adressa à Dom Maurin, prieur des Chartreux à Paris, et lui témoigna le désir d'entrer dans le cloître. Mais on craignit ou'a son âge il ne pût se plier aux habitudes de la vie religieuse. l>om Maurin engagea M. de Clotomont à se mettre sous la conduite du Père de La Tour de l'Oratoire, qui, cédant aux instances de ce pénitent, lui permit de se retirer chez les Gamaldules de Gros-Boisi De Clotomont y fit bâtir une cellule^ et y passa quatorze ans dans les exercices de la piété. Éprouvé par de douloureuses infirmités, il les souffrit avec patience^ et finit ses jours danâ cette retraite e» juillet 1707.

François- Arnaud de Gourville fut une illustre preuve que la piété n'est pas incompatible avec les talents miti*r taires; cet officier, tour à tour colotiel du réginlent du Maine, et brigadier des armées du roi (4), faisait, au milieu des camps, ses délices de la prière, assistait les pauvres et les prisonniers, et remplissait fidèlement l^s pratiques de la piété. L^armée ofl^rait à cette époque plusieurs exemples de militaires exacts à tous leurs devoirs de cbré*" ikm Dans une campagne, M. de Gourville trouva dans le

(1) Mercure de Vizt* avril 1704. -«. (2] Id. juin 1705. — (3} Id, iuiU iet 1707. — (4) f^oyez sa Vie, par La hivière ; Paris 1710.

régiment de Provence quarante soldats qui avaient formé, sous le nofn de Frères, une pieuse association pour s^ exciter à bien servir Dieu. Le généreux officier se fit un honneur de se joindre à eux et de partager leurs exercices. 11 fut constamment admiré pour son application à tous ses devoirs autant que par ses sentiments religieux, jusqu*à ceque, faisant la guerre en Espagne, il fut blessé dans un combat, le 24 avril 1707, et transporté au château d'AImanza, où il mourut, le 9 mai, des suites de ses blessures, n'étant encore que dans sa quarante-sixième année.

Nous finirons cette liste de notices édifiantes en citant les noms de quelques femmes dont la piété jeta plus d'éclat. Marie de Guiche, mariée à Charles de Lévis, duc de Yentadour, s'était retirée en son château de Sainte- Marie du Mont, en Normandie, pour y mener, loin du monde, une vie consacrée aux bonnes œuvres. Elle y avait établi une communauté où on élevait un assez grand nombre de filles pauvres, et elle veillait avec soin à faire respecter la religion et à assister les pauvres dans ses terres. Elle mourut le 23 juillet 1701.

Elisabeth de Wassenaar, comtesse d'Auvergne par son mariage avec Frédéric -Maurice de La Tour (1), était une protestante convertie; atteinte d'une maladie de langueur: elle fut un modèle de résignation et de patience. Sans cesse elle se félicitait d'avoir ouvert les yeux à la vérité, et elle recommanda que Ton écrivit à ses parents en Hollande, pour leur représenter que la foi catholique offrait les plus douces consolations. Elle mourut le 16 septembre 1704.

Suzanne-Henriette de Foix de Caudale, qui vécut dans le célibat, consacra ses soins et sa fortune à soulager les pauvres; elle les accueillait dans son château de Montpont , et joignait la piété la plus tendre à la charité la plus active. Elle continua ses bonnes œuvres jusqu'à un âgeavancé, et mourut le 1*' juin 1706 (2).

^ (1) Mercure, octobre 1704. — (2) /"oyc» la Vie, par de Belznnce j Agen, 1707.

DU CÛMM£If€EME]!fT DU XVIII* SIÈCLE. 115

MavAè Le Firre de La Faloère, sœur d'un premier président au parlement de Bretagne, et mariée à GuiU laume Lasnier de l'Effreterie, resta veuve à trentequatre ans , et s'appliqua entièrement aux bonnes œuvres (1) : retirée chez les Ursulines d'Angers, que son mari avait fondées, elle y était occupée des besoins des pauvres, et favorisait les établissements et les communautés qui se formaient de son temps, ou qui étaient privés de secoure. Elle soutint entre autres rétablissement dit de la petite Providence de Saint-Joseph, où un vertueux jeune homme de Ghâteau-Gontier, nommé Julien Samon, était parvenu à rassembler plus de cinquante pauvres vagabonds, auxquels il inculquait Tamour de la religion etThabitude du travail. M™ de l'Effreterie redoubla surtout ses largesses pendant Thiver de 1709 et les calamités qui suivirent. Elle mourut enodeurde sainteté le 26 juillet 1716; révêque d'Angers voulut officier à ses obsèques.

Anne de Lorraine , fille du duc de Lorraine et femme du comte de Lillebonne, n'était pas moins illustre par sa piété que par sa naissance ; cette princesse se retirait souvent au couvent des religieuses du Saint-Sacrement fondé à Gharenton; les pauvres et sa famille la perdirent en 1720, le 19 février.

Les duchesses de Chevreuse et de Beaovilliers qui, par leurs vertus et leur piété, s'étaient montrées dignes de leurs époux, leur survécurent toutes deux, et honorèrent leur vieillesse par la pratique assidue des œuvres de reli« gion et de charité.

Enfin il n'y avait pas de rang, de condition, d'âge ou de sexe, qui ne présentât de beaux modèles-, et la religion pouvait s'honorer d'une foule de noms qui se sanctifiaient par la pratique des plus hautes vertus, ,et qui ne travaillaient pas avec moins de zèle à la sanctification des autres.

Nous ne prétendons cependant pas que la religion, quel que fût alors son ascendant sur les hommes, ne comptât

(S) Dictionnaire de Moréri. — Manuftcrit de Grandet.

116 TABLEAU HltTOAiqUB

•uetin détradteur j Au milieu de ce coneén génàriil df de cëttfe disposition unanime des esprits^ il en était quelques*^ uns qui Regardaient la religion arec indifférence» ou qui^ peut'étre même, allaient jusqu'à affecter de la mépriser. On prétend que, dans la société du duc de Vendôme et du gAind^prieur^ son frère (l), on aflichait uhe licence à laquelle s'alliait une sorte d'ihcrédulité« Celte société, dke . du Temple^ passait pour porter assez loin la liberté des ^ opitiions^ mais c'était surtout uue société de plaiiir^ La religion y était plutôt t*egai*dée comtiie un joug inoom« mode que comme uii système odieuk. On ne connaissait point encore l'incrédulité sous les formes qu'elle a prises. deptiis. Saint'-Eyi^emont, Ghdulieu etaut^es, n'étaient qot des épicuriens qui voulaient stlr toutes choses mener une yie agréable^ mais qui ne songeaient nullement à rendre rirréligioù populaire. On l«maA|Mait ceua qui jiaasaieiit pour s'écarter des routes oomibuneb. Boindin est peut«âlft le seul qui eût la réputation d'être athée; encore ne savons-nous p&s bien précisément sur qiiol cette réputatioli est foiidée. On a dit que le comte de Boukinvilliers por« tait asses loin là. liberté de penser^ et ses écrits prouvent en effet qu'il avait des opinions hardies pour l'époque ou il vivait; aujourd'hui il passerait pour un écrivilin fim modéré» Fontenelle a été quelquefois rangé parmi les {Philosophes ^ mais c'est assez gratuitement. Ses éorill n'annoncent pas eU général une critique frondeuse, quoi* qu'on ho puisse dissimuler qu'ils contiennent des pessagefc très-répréhensibles. Il est donc dillicile de citer deux on trois personnages connus de cette époque qui professassent Tincréduliié. Cependant il faut convenir que léà écrits de Bayle, qui circulaient depuis piusieuts années^ avaient pu répandre Tesprit de doute qui en fait le fond et râmet Ils étaient d'ailleurs recherchés par plus d'un

(i) On appelait Grand-Prieur de France le supérieur dé rCHrlrt «U Malte, dont dépendaient les Commandcries de la Langue de France. l'Ordfc de Malte avait dans le royaume trois provinces ou lauyues, de France, d'Auvergne et de Provence, l^ Grand-Prieur de France résidait Mi Teili||lc.

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moût» Il était donc possible qu'ils eussent déjà produit quelque impression sur des lecteurs faciles ou niai disposéfti Mats ceë effets se btirnaient à une certaine classe^ et il devait se passer enb:)t*e du temps avant que Tincrédulité lilîêhée mériiât de fixer Taitention par le nombre^ la Qualité ou les efforts de ses partisans déclarés.

"Il est une classe d'écrivains français dont nous n'avons pas parlé plus haut, et que nous ne pouvons cependant omettre tout-à-fait. C'est celle des protestants qui sortirent de léW pays lord de la révodâtion de Tédii de Nantes» Il eti i^at plusieurs qui se distinguèrent pr leurs iravâui. Lea ileuÉ Bëënage^ Beausobre^ Jaqtielot^ Lenfant^ Martin, Nttndé) lA Plaeeite, Pdret) Saurin, qui se Retirèrent en Hollande uu en AileiUagnë) a'y firent connaître, les uns par des rëchei-chesbiétot*iqueà) les aiitres par d^â ouvrages de Cdtiti^iret*sé^ eeili-^ëi p|tl^ des sermons^ ceux-là par dés ti^ités ëh râvëUf*dë Itt réiiginn M général. JurieU, qui Se fixa ëti Hollande) ëbt faineUx par la fécondité de sa plume» par leà ëlifiportemëHIs de son stylé et par ses rêveries pm^ j^étiqUës. Abbadie ëUt le bon esprit de se consacrer à dea dbVi^gë^ d*une Utilité générale; Alix, Uubourdieu^ Grua» tête et quelques autres qui se retirèrent comme lui eti AUglêtëtre, ^ donnèt^ënt dts livres de controverse, Baylë, dont il Sei^a question plus d'une fois, alla porter en Hôl«- Idnde rintèmpéi'ànce de son érudition et le poids de aëa doutes. Le Duchat, son ëUii, qUi lui fournissait des reniafs> (}Uèë^ hé fait pas hUnneut* à sa eomuiUnibn par le choix dea sujets qu'il traitait. Batbeyrac, qui travailla sui^ le droit public, Ue paraît pas avoir été fort religieux. 11 pàrië du moiUs^ dâUS ses écrits, avec très-peU de reâpect^ et des saints Pères, et même de la Bible -, et il a donné lieu de ëfolre qU^il appartenait à une secte dont nous parlerons à Tartlëlë de la Hollande, et qui avait déjà fait des ravages dçUè lëft côtnihunions protestantes. Les églises réformées de Franee avaient VU nàttre depuis quelque temps dans leur sein UH parti d'indifférents et de sociniens dont Jurieu n*a pai diiaimalé les écarts. Ge parti était fort nombréttt , !rël<m

lui-même. Les uns en étaient hautement^ mille autres d'inclination. Leur nombre s'augmenta encore après la révocation de Tédit de Nantes, et le mal éclata en Angle* terre et en Hollande. Jurieu cite d'Huisseau, Pajou, auxquels Bossuet en ajoute beaucoup d'autres qui tendaient là parleurs principes. (Voyez son sixième avertissement.)

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