‹ Mémoires pour servir à l'histoire ecclésiastique pendant le dix-huitième siècle (volume 4)Chapitre 14 sur 33 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

DE l'état général DE LA RELIGION A

l'ouverture du xvxiT' siècle.

L'obseuvateur qui examine avec un peu d'attention rhistoiredu dix-septième siècle, y remarque aisément un caractère religieux et moral, bien différent de celui du siècle suivant. Toutefois des yeux exercés ne peuvent manquer d'apercevoir, vers la fin de la première de ces deux époques, des germes funestes de cette irréligion, qui dans la seconde se montra si audacieuse. Ce tableau va présenter ce double aspect.

. CARACTÈRE RELIGIEUX DU XVIl* SIÈCLE.

Dans le dix-septième siècle en général, on voit la Religion mêlée à toÂes les choses humaines. On la regardait alors comme le plus ferme appui de la société, comme le plus fort lien entre le prince et les sujets, comme la meilleure ou plutôt la seule école de morale, comme le motif le plus puissant pour portera la vertu et éloigner du vice. On la croyait nécessaire au bonheur des Etats et à celui des particuliers, et Ton ne songeait pas à lui contester son influence, encore moins à discuter ses dogmes et à mettre en doute ses préceptes. On se réfugiait au contraire vers elle, on reconnaissait son autorité, et Ton respectait ses maximes. Je ne prétends pas que tout le monde la pratiquât avec fidélité. Il y avait alors, comme il y en a toujours eu, des abus, des passions, des scandales. Mais l'esprit général était éminemment religieux. Les souverains et les sujets, les grands et le peuple, les hommes instruits et ceux qui ne Tétaient pas, tous respectaient et honoraient la religion^ lors même que quelques-uns n'en sui-

BU GOMMEKCfiMENT DU XVIII* SIÈCLE. 3

raient pas les règles autant qu'on aurait pu le désirer* II semblait y avoir entre les princes et les particuliers Une louable émulation, à qui seconderait, le plus efficacement, tous les projets qui pouvaient tourner à l'avantage de la religion et au bonheur des peuples. C'est dans ce siècle qu'on a le plus vu naître d'institutions utiles, de fondations pieuses, de monuments de zèle et de charité. Il y avait^ on ne saurait trop le remarquer, il y avait dans toutes les classes, non pas seulement de grands exemples de vertu, mais une disposition favorable à toutes les entreprises religieuses, à toutes les idées salutaires, à tous les projets de bientaisance et d'utilité générale. De là tant d'établissements auxquels l'humanité ne gagnait pas moins que la foi, des hospices pour les malades, des asiles pour rindigence, des missions, soit nationales, soit lointaines, la réforme de plusieurs ordres monastiques, la création de congrégations vouées à l'enseignement des deux sexes, l'éducation ecclésiastique surtout perfectionnée, et des séminaires s'ouvrant de toutes parts pour former de dignes ministres de l'JEvangile. Cette dernière œuvre est particulière au dix-septième siècle, et annonce l'ifaiportauce qu'on y mettait à la religion.

Une ardeur générale semblait s'être emparée des esprits. On était dans ces temps heureux où le progrès des lumières ne nuit point à la croyance. L'amour des sciences et la culture des lettres n'étouffaient point la foi, et Ton n'avait pas la vanité de se frayer des routes inconnues qui aboutissent souvent à des précipices, et de rechercher des clartés extraordinaires qui éblouissent et aveuglent plus qu'elles n'éclairent. On n'allichait point le mépris des institutionsanciennes, ni l'engouement pour de nouveaux System ^s, ni des idées exagérées d'indépendance et de liberté. L'indifférence pour la religion eût paru aussi insoutenable dans son principe, qu'elle est pernicieuse dans ses effets.

Les plus grands hommes de ce temps s'honoraient de croire à la révélaiion. Les écrivains les plus célèbres du règne de Louis XIY, soit parmi nos compatriotes^ soit

4 TABtfiAU HiâTdteK^tre

parmi les étratigers, faisaient ton» prtofassion d'être ebré^ lleng. Leurs oavrages portent tous Tempreinte de leurs respect pour la religion et pour la morale. Le ton de leurs produetions est conforine à Tesprit général de leur siècle. Loin d*y trouver des déclamations contre le christianisme, on n'y aperçoit pas l'intention d*en blâmer l'enseignement d'une manière éloignée et indirecte, d^en contre^ dire, quoique faiblement, les dogmes ou l'histoire , d'en énerver l'autorité, d'en atténuer l'empire sur les consciences. Les auteurs mêmes, dont les écrits étaient le plus étrangers à la religion, manquaient rarement l'occasion de montrer qu'ils la révéraient. Les littérateurs, les poètes, les mathématiciens, les historiens lui rendaient hommage quand il le fbllait, et le faisaient sans affecta^tion, comme sans répugnance. Ils en parlaient naturellement et comme ils étaient persuadés. Les génies les plus élevés n'avalent pas, à cet égard, une autre manière dç voir que le vulgaire. Les philosophes les plus habiles ne se piquaient pas de se séparer de la foule, ci) alBchant du dédain pour la révélation. Assurément il est peu de non[)S plus imposants en philosophie, que ceux de Bacon, de Descartes, de Pascal, de Newion et de Leibnitz. Tous ces grands hommes qui appartiennent spécialement au dixseptième siècle, faisaient profession d'être attachés aux grands principes du christianisme.

Bacon, ce savant si supérieur à son siècle, qui avait pénétré dans les profondeurs de la philosophie, et qui avait commencé à éclairer la physique des lumières de l'expérience, Bacon, dont des philosophes modernes ont proclamé les connaissances, et dont ils ont traduit et analysé les ouvrages, n'était pas véritablement tel qu'il leur a plu, quelquefois, de le peindre. Sa doctrine, qu'on avait cherché à obscurcir, était profondément religieuse. Il avait le$ idées les pins nobles de la divinité, il croyait que la révélation seule nous a instruits sur l'origine du noionde et sur celle de l'homme. Il professait un grand respect pour les livres saints, et l'observation de la nature était pour lui un

DU GOMMElfeEMENT DUf XVni* SIÈCLE. 5

nouveau motif d*adniirer et de bénir le créateur et le conservateur de tant de merveilles. Ces seutiments paraissent dans tous ses écrits. On peut aussi consulter h cet égard Touvrage intitulé : le Christianisme de Bacon; Paris, l^Od, 2 vol. in- 12, par M. Emery, supérieur du séminaire Saint-Sulpice. Il renferme une vie très-intéressante de Bacon, des extraits de ses livres, et des notes et réflexions qui prouvent h quel point la philosophie de Bacon était conforme à la révélation. Il y a même beaucoup de passages où Bacon, quoique protestant, paraît se rapprocher de la doctrine catholique, et en général il parle sur ce su-

i'et avec Texactitude d'un homme qui avait fait de la théoogîe une étude particulière.

Le même écrivain à qui nous devons le Christianisme de Bacqn^ a donné depuis les Pensées de Descartes, où il montre que non-seulement Descartes a respecté les principes de la religion, mais qu'il les a crus et défendus. L'auteur, dans un Discours préliminaire , rédigé avec beaucoup de critique et de sagacité, venge Irès-bien Des* cartes des imputations de ses détracteurs, et dans une Fie religieuse de ce philosophe célèbre, il le peint comme un catholique exact a remplir ses devoirs. Les nombreux extraits qu'il rapporte de Descartes, sont d'un homme sincèrement religieux. Il y a des pensées judicieuses, belles et même pieuses sur l'existence et les attributs de Dieu, sur Timmalérialité de l'âme, et sur différents points de religion et de morale; et elles prouvent invincibleriaent que Descartes était non-seulement très-orthodoxe, mais qu'il avait fort à cœur d'inculquer les principes de la foi, et d'en montrer la conformité avec ceux de la raison. Les encyclopédistes eux-mêmes ont reconnu que Descaries av^it des idées fort élevées sur la divinité. On doit remarquer que^ comn^e Bacon, il n'avait pas négligé l'étude de la théologie.

Pascal, qu'on nous a reproché de n'avoir pas associé à ces grands noms dans notre première édition, Pascal était certainement une très-forte tête. Il cultiva avec succès lés

b TAJBLEAU HISTORIQUE

sciences abstraites et y fit d'importantes découvertes. La vigueur de son génie le rendait propre à réussir dans tous les genres où il s'appliquait. Il étudia aussi la religion ; profond comme il était, il creusa ce 'grand sujet, et conçu! le plan d'un ouvrage qui aurait pu devenir plus impor« tant, si sa santé lui eût permis de Tachever. Ses Pensées ne sont proprement que le canevas et les filaments prin-* cipaux de cet ouvrage. Mais quelque informe que soit cet essai, on y trouve une main de maître, et ces grands traits qui n'appartiennent qu'à un esprit élevé et accoutumé aux plus hautes méditations. Bayle disait qu'un tel suf-* frage déconcertait plus l'irréligion que cent volumes de controverse, et qu'après l'exemple de Pascal, il n'y avait plus moyen de prétendre que les petits esprits seuls eussent de la foi. Au reste, en louant ici Pascal de ce qui a le plus contribué à illustrer son nom, nous ne prétendons pas approuver indistinctement tous ses écrits. Nous ne le considérons ici, lui et les autres grands hommes que nous passons en revue dans ce moment, que comme les défenseurs des grands principes du christianisme. C'est un titre que Pascal s'est assuré par ses Pensées, et Ton peut regretter seulement qu'il n'ait pas eu le temps d'achever ce monument, qui aurait pu être si utile à la religion et si glorieux pour lui-même.

Isaac Newton, né en 1643, mort en 1726, ce prodige de l'Angleterre, ce philosophe si élevé, qui a fait faire tant de pas à la science, et qui joignait au talent de saisir les détails, l'art plus difficile de lier les faits particuliers par des résultats généraux, Newton trouvait^ comme Bacon, dans les phénomènes nombreux qui faisaient l'objet de ses recherches, des motifs sans cesse renaissants d'admirer la puissance infiniment féconde du souverain Etre. Il saisit toutes les occasions de ramener les esprifs au Créateur. Ses Principes mathématiques de la philosophie naturelle et son Optique renferment de beaux témoignages en faveur de la divinité; et un de ses traducteurs les a regardés comme un rempart contre l'athéisme et l'irréligion*

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Newlon avait fait une étude particulière de l'Ecriture, et il a consigné ses recherches, à cet égard, dans des écrits peu connus, quoiqu'ils fassent partie de l'édition de ses Œuvres (!)• Ces écrits sont, en général, précieux, en ce qu'ils attestent les sentiments de Newton sur la religion, son respect pour les livres saints, son attachement aux grands principes de la révélation. Il était anglican zélé ; mais cette erreur, qui était le résultat de son éducation, n'infirme point son autorité, comme philosophe chrétien. Il tenait ce dernier titre à grand honneur. Ses lettres à Bentley prouvent quelle opinion il avait du matérialisme ^ et la peine qu'il a prise de commenter Daniel et l'Apoca-* lypse, le ton grave et religieux qu'il y garde conslam'» ment, le soin qu'il a de ramener la chronologie au texte de l'Ecriture, tout décèle un homme pénétré des vérités renfermées dans l'Ecriture : La Bible^ a dit Fontcnelle, était robjet de ses lectures ordinaires^ Voltaire lui-même n'a pu s'empêcher de remarquer le profond respect de Newton pour Dieu.

On n'a pas toujours été exact dans l'idée qu'on a don-* néedeLeibnilz. Voltaire, àdjïsï Histoire de Charles XII, prétend que ce philosophe « pensait et parlait librement, et »qu'ilavaitinspiréses sentiments libres àplusd'un prince.» Fontenelle dit aussi assez inconsidérément, dans son Eloge de Leibnitz, « qu'on l'a accusé de n'avoir été qu'un grand » et rigide observateur du droit naturel, et que ses pasteurs » lui en ont faitdesréprimandespubliqueset inutiles. »Tout prouve au contraire que Leibnitz eut l'esprit éminemment

(1) Voyez le V«. et le dernier volume des OEuvres de Newton, édition de Horsiey ; Londres, 1779, 5 volumes in-4<*. C'est là que se trouvent la Chronologie des anciens royaumes corrigée ^ et les Observations sur les Prophéties de Daniel et de saint Jean,Qt% écrits sont en anglais, et avaient déjà été publiés, en 1727 et en 1728. II y a une traduction française du premier. Dans ces écrits, Newton cherche directement à venger les prophé-* lies. Les rejeter ^ dit- il en parlant de celles de Daniel, c'jest rejeter la relir gion chrétienne qui s'appuie *nr ces prophéties relatii*es au Messie, On troate dans ces Observatiom beaucoup de recherches et d'érudition : il cite 8(MiTeat et toujoufs avec respect k$ pères de FËgUse.

religieux. Sa œélapbysique est tellement fondue avM sa religion^ qu'il est impossible de les séparer. Bien dififér^nl d^ quelques idéologues modernes qui se consument en de vaines abstractions, et ne veulent voir partout que de )êI matière^ il abonde en réflexions nobles et élevées sur Diev, sur râmoi sur la liberté. Il ne laisse passer aucune occa* $ion de rendre hommage au christianisme. Il combattît les inciédules de son temps, et réfuta successivement Hobbes^ Bayle, Spinosa, Socin et Wissovats* M. Ëmery a publié les Pensées de Leibniu sur la religion et la morale. On y voil un caractère remarquable de raison^ de sagesse et dégrafa vîté^ et elles ont cela de particulier, qu'elles ne semblent pas tenir auy principes de la communion dans laquelle Tauteur était né. Il y parle de lautorité ecclésiastique en bomme qui en avait examiné les droits et calculé les avann tages. La manière dont il s'exprime sur les PapeSi» pourrait servir de leçon à plus d'un catholique. Il voulait qu'on réiablit leur puissance dans toute la chrétienté. U s'cx.** pliquesur la réunion des deux églises avec une modéra» tion qui fait regretter qu'il n'ait pas poussé ces dis{X)sitiOns ci sages plus loin encore. Ce qu'il dit sur la beauté du christianisme, sur la hauteur de ses mystères, sur l'éter^ nité des peines, etc., n'est pas moins digne d'éloges. Mais un passage de ces Pensées qui mérite notre atteattoa^ c'est celui où il manifeste ses craintes sur les suites des mauvaises doctrines qu'il voyait se répandre contre la mo^ raie et la religion. Il prévoyait que u leurs sectateurs, déU« y vrésde l'importune crainted'uneProvidencesurveiKaote )) et d'un avenir menaçant, lâcheraient la bride à leurs pas- )) sions brutales, tourneraient leur esprit à séduire et à cor- )) rompre les autres, et seraient même capbles, pour leur M plaisir ou leur avancement, de mettre le feii aux quatre » coins de la terre. ^) Il croyait que ces opinions pernicieuses, (( se glissant dans les livres à la mode, disposaient toutes » choses à la révolution générale dont l'Europe était mena- » cée, » et il voyait avec dpuleur leis sentiments d'une âme honnête, s^éteindre avec oeuxde -la religion ^Telleê éteiettC

DU COIM^ENGBMEirt DU XVIIl* SIÈCLE. 9

les religieuses alarmes de ce grand philosophe» Que dire après cela de ceux qui ont voulu ravir au christianisme un homme si sage et si modéré dans ses opinions (l) ? .

Bacon, Descartes, Pascal^ Newton et Leibnitz furent donc sincèrement chrétiens. Ils firent profession de croire à la révélation^ et s'ils appartinrent à des communions différentes^ s'ils se divisèrent sur des dogmes particuliers, ils aimèrent et défendirent la religion en général. Ils ne crurent point la foi humiliante pour leur génie. Ces hoaimes si élevés au-dessus de leurs contemporains, n'eu-* reat pas honte de penser sur ce point comme le vulgaire. Eux qui avaient frayé tant de routes nouvelles dans la carrière des sciences, s'honorèrent de marcher dans les sentiers de la révélation. Non seulement ils révérèrent un Dieu et reconnurent les grandes vérités de la loi naturelle, mais ils crurent à TEvangile. Quels noms opposer à de tels noms ? Quels suffrages balanceront de tels suf-frageg? Quels esprits-forts lutteront contre ces génies SU'blimes et dociles? Que sera-ce si k de si grandes autorités on joint tant d'autres écrivains recommandabtcs du même tsmps? C'est avec ce cortège imposant que le dixleptième siècle se présente à la postérité; c'est par cette Bmêse de témoignages qu'il manifeste son assentiment aut téritës chrétiennes; et il nous semble voir la religion, en traversant ce siècle, marcher entourée de ce groupe ténérabie de sa van t«^ de littérateurs, de philosophes, qui le réunissent pour lui rendre hommage.

i>RÉLUjt)ES DE h^mpiirt philosophique.

Cependant, il faut Pavouer, malgré ce caractère général du dix-septième siècle, malgré les exemples glorieux

(l) NdUS àUtoh» âittfettta oéQftIion de lignaler ce qu^avaicnt de défecttteut kft émi^Mojkê d« Uibhiti par Hl^p«#t à rEglise OAtkéUc|Ue, et dft pftrbMr dt luel^u*^ éluriU reliilifs « U réunion d«t proUsMM. Sdiieu^\

iO TABLEAU AlSTORIQUE

de ses plus grands hommes, malgré les excellents écrits qu'on y vit naître, malgré la protection des souveraine) malgré les habitudes et les dispositions des peuples, la re-* ligion y compta quelques détracteurs. On y vit quelques hommes ardents s'égarer dans leurs recherches, et saper les bases du christianisme et même de la morale.

A leur tête on doit mettre les sociniens^ qui ont formé secte, qui ont été quelque temps assez répandus, et que des incrédules modernes regardent comme leurs devan* ciers et leurs modèles. Fauste Socin, patriarche de ces sectaires, mourut en 1604. Il avait emprunté des calvi-> nistes leur principe de ne croire ni à Tautorité de l'Eglise^ ni k celle de la tradition, et il le poussa beaucoup plus loin qu'eux. Nous ne le suivrons pas dans ses erreurs sur l'E* glise, sur la grâce> sur l'éternité des peines, sur les sacrements, sur la morale. La principale, c'est d'avoir nié la divinité de Jésus-Christ et le mystère de l'incarnation* Du reste, il croyait à la révélation, et faisait profession de révérer TEcriture sainte ; mais il l'expliquait à sa manierai et donnait la torture aux textes les plus clairs et les plus précis contre sa doctrine. Le Dictionnaire encyclopédique, à l'article Unitaires^ veut faire regarder les sociniens comme de purs déistes, et expose leurs dogmes avec une complaisance et une affectation marquées* Il prétend que ces sectaires n'admettaient les livres saints qu'en apparence et pour ne pas révolter, mais qu'au fond ils ne croyaient pas à leur divinité. Une pareille allégation est démentie par les ouvrages des plus célèbres unitaires, qui, à la vérité^ font violence aux textes de la Bible, mais qui s'efforcent cependant de concilier, avec plus ou moins de vraisemblance, leurs dogmes avec ces textes. Ce qui a donné lieu a cette assertion, c'est qu'on voulait s'étayer du suffrage de ce parti, et grossir la liste des incrédul^ de la liste des partisans d'une hérésie qui a commencé sans doute à porter des coups hardis au christianisme et à ébranler les vérités révélées, mais qui faisait au moins profession de respecter les oracles divins. Les sociniens se

DU .COMMENCEMENT DU XVIIl* SIÈCLE. H

répandirent en Pologne et en Transylvanie. Ils y obtinrent même le libre exercice de leur culte, et s'y propa** gèrent jusque vers le milieu du siècle qu'ils en furent successivement chassés. Us eurent parmi eux, depuis So^ cin , quelques hommes fameux par leuirs écrits et leur zèle, comme Grell, Wissovats et quelques autres. Depuis leur expulsion de Pologne, ils se sont dispersés en AUe^ magne, en Hollande, en Angleterre, et dans les communions séparées de l'Église romaine, ou ils ont continué jusqu'à nos jours d'avoir des partisans. On verra même que leurs erreurs ont fait beaucoup de ravages parmi les théologiens protestants, et que chez la plupart les principes des premiers réformateurs dégénérèrent en un socinianisme "plus ou moins déguisé. Il n'est que trop vrai que les unitaires ont été pernicieux au christianisme, et qu'en, attaquant des vérités révélées, ils ont préludé par leur hardiesse aux attaques de ceux qui nç voulaient point du tout de révélation.

Les autres écrivains irréligieux du dix-septième siècle, ou au moins les plus fameux,sont Vanini, Hobbes, Spinos&i etBayle. Vanini, aussi connu par ses désordres que par son athéisme, n'était guère fa*t pour donner du lustre à ce système. On le vil courir de tous cotés pour se faire des prosélytes, dogmatiser en Allemagne, en Hollande, dans les Pays-Bas, en Italie, et recueillir partout le mépris pour sa conduite et 1 horreur pour ses prédications. Il fut emprisonné en Angleterre, et périt à Toulouse en 1619, victime d'un zèle outré. L'apôrre et la doctrine étaient dignes Tun de l'autre. On trouve l'athéisme dans ses écrits mêlé avec une licence effrénée. On en peut dire autant de ceux de Théophile, poète français, mort en 1626, et que Ton a accusé d'être l'auteur d'un ouvrage cynique et irréligieux. Ce livre avait été condamné au feu quelques années auparavant à Paris, et n'a pas été inutile à ceux qui, comme Tautéur, ont voulu mêler rimmoralité et Tirréligion, et se soqtAcryl de l'une pour mieux inculquer faulre.

ii TABLEAU HISTORIQUE

Hobbes, si justement flétri pour ses paradoxes et leurs affreuses conséquences, vit le jour en Angleterre. Il ne reconnaissait poipt de différence entre le juste et Tinjuste, prétendait qu'il n'y a de vice et de vertu que depuis qu'il y a des lois, regardait l'état de guerre comme l'état naturel de l'homme, et raisonnait aipsi : Je pense \ donc la matière peut penser. Son traité de Cive et son Leuiathan, qu'il publia étant en France, soulevèrent contre lui tous les esprits dans ce royaupie. Il se retira dans sa patrie, où sa doctrine ne parqt pas moins révoltante. S'il ne fut pas athée, dit de lui le Dictionnaire encyclopédique , article ffubhisme , il faut avouer que son Dieu diffère peu de celui de Spinosa, auquel il mcri^i de servir de précurseur. Rousseau le livre à Thorreur du genre humain^ et Diderot l'appelle agresseur de Thumanité. 11 mourut, en 1679, à quaire-vingt-douze ans, laissant, à ce qu'il paraît , peu de disciples. Son système est aussi dur et aussi rfpoussant que son style. Cependant quelques écrivains modfîrnes ont entrepris de réchauffer plusieurs de ses principes.

Spinosa, ne à Amsterdam, en 1632, d'un juif portugaisi quitta la religion de son père pour la secte arminieqnei et celle-ci pour Tathéisme^ qu'il embrassa avec ardeur. Son Traité théologico-politique et ses OEuvres posthumes renferment cette dernière doctrine, rédigée en système suivi. Il y soutient que Diep n'est pas un être intelligent et parfait, que tou| est soumis à une aveugle nécessité, qu'il n'existe qu'une seule substaqce qui a pour attribl|t3 l'étendue et la pensée \ il renverse les Ecritures; et il nie les miracles. « C'est principalement à son Traité de morale, oh, donnant carrière à ses méditations philosophiques, il plonge son lectei|r daqs le sein de Tathéispiie} c'est principalement à ce moqstre dfi ])iirdi^sse qu'il doit le grand nom qu'il s'est fait parmi les incrédules de qos jolirs. Pour peu qu on enfonce dws les npires ténèbres où il s'est enveloppé, on y découvre une suite d*al^inQ8 QÙ ce téméraire raisonneur s'est précipite presque dès le pre-

mier pas, de3 propositions évidemment fausses et les autres contestables, des principes arbitraires substitués aux principes naturels et aux vérités sensibles , un abus des termes, la plupart pris à contre-sens, un amas d'é(|uivoques trompeiiseç, une nuée de contradictions palpables. » (En^ cyclopédicy article Spinosismé), Cuper, dom Làmi, Jaquelot, le Yasser, et Bayle ont combattu ce système monstrueux et obscur, qui n^a eu probablement que peu de partisans, dpnt la plupart n'entendaient sûrement pas bien toute la doctrine de leur maître (l).

Enfin vient ce Bayle même, cet antagonistede Spinosa, ce critique adroit, ce pyrrhonien infatigable. Il ne suivit pas la méipe marche que Spinosa. Il ne bâtit point de ?y?lèqae irréligieux ^ il ne donna point de corps de doctrine. Bornant ses soins à miner et à détruire, il est occupé sans cesse à entasser les objections, les doutes, les diilicultés, à rendre problématiques les vérités les plus incoqtestables, à obscurcir les principes les plus clairs. On jirait qu'il prend plaisir à environner de nuages toutes les questions qu'il traite. Il mêle les sophismes et les prtîiives, les paradoxes et les raisonnements, le vrai et le faux. Il ne combat point le christianisme de froni^ il lui fait, si Ton peut parler ainsi, une guerre de ruses et de chicanes. // doutait et se moquait de tout^ a dit d'Alembert. Voltaire l'appelle avec raison le premier des plnlç^ iophes sceptiques, a Ses plus grands ennemis, » ajoute-t-il, K soqt forcés d'avouer qu'il n'y a pas une seule ligne dans 9 ses ouvrages qui ne soit un blasphème évident conire la » religion chréliçnnç \ m?iis ses plus grands défenseurs

(1) Mattliias Knuif n, contemporain de ^inosa, avait cherché ▼ainetnetit à éubiir le^ furf^i

^athéisme, on ne tait pM fie f|<i'il devint.

*Qil4nd M. Picot mi4ai(, 0» IJUn d«i fietit i^ombre de disciples de Spinota^ o|i i^'iiYiût pa^ çqcore eu 1^ doorenr 4^ reconnaitie les ravages que le pan* théisme a fait dans ce riècle* BdHêar

)) avouent que dans ses articles de conlroverse il n'y a » {^3 une seule page qui ne conduise le lecteur au doute )) et à Tincrédulité. » Aussi cynique dans ses expressions que pyrrhonien dans sa croyance, il prodigue les obscénités comme les erreurs. Armé d'une érudition vaste , mais mal réglée , il sème en passant les arguments faux, les inductions captieuses, les accusations in-7 fidèles, les traits de hardiesse, les anecdotes hasardées , les citations inexactes, les digressions inutiles, les auto-^ rites contradictoires. II appuie plus sur les raisonne^ ments qui peuvent accréditer une erreur que sur ceux dont on étaie une vérité. Il apprend à penser, dit-on ; mais il apprend encore plus à s'égarer. Sous prétexte de relever des méprises assez indifférentes en histoire et en littérature, il en accumule lui-même de plus importantes et de plus dangereuses. Voltaire a encore dit de lui quUI était Vav^ocat- général des philosophes , ce qui est vrai, mais qu'i7 ne donnait point ses conclusions^ ce qui n'est pas aussi exact. Cet avocat-général est bien souvent juge et partie, et ne conclut que trop, et pour la plus mauvais^ cause. Bayle a eu sur le dix-huitième siècle une influence marquée. Il commence la chaine des détracteurs du chris-; tianisme. Il a mis à la mode celte critique outrée sur les objets de religion. On emprunta de lui ces diilicultés renaissantes, ces objections répétées, ces subtilités, ces so-; phismes qui remplissent ses écrits. Il eut une école qui prôna ses écrits, vanta sa dialectique, et représenta son pyrrhonisme comme l'effet d'une haute sagesse. La licence de ses ouvrages était un attrait de plus pour les lire, et le double poison qu'ils contenaient se répandit dans la littérature.

Tels furent les principaux écrivains qui, dans le cours du dix-septième siècle, se déclarèrent les ennemis de cette foi qui avait captivé avant eux, dans ce même siècle, tant de génies heureux. Tels furent ceux qui commencèrent à répandre ces opinions pernicieuse? dont Leibnilz avait vu les premiers progrès, et qui alarmaient ce grand homme.

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Dir COMMÉjfCEMElTT DU XVin* SlilCLE. 1^

Newton etLeibnitz vivaient ehcore, et déjà, malgré Fas^ cehdant dé leurs exemples et Tautorité de leurs noms, se propageait une doctrine si différente de la leur. Déjà des hommes d'un mérite prodigieusement inférieur à celui dé ces philosophes si éclairés, s'écartaient de leurs traces, et prétendaient lutter, quoiqu'avec des armes bien inégales;, contre ces redoutables athlètes. D'où pouvait venir tant d'imprudence et de témérité ? Mais les génies supérieurs, dont nous avons parlé, semblaient avoir en quelque sorte épuisé Tadnyration. On désespéra d'approcher d'eux en suivant la route qu'ils avaient tenue; on se jeta dans une autre. Ils avaient mis leur gloire à respecter la religion ; on crut s'en procurer une autre en l'attaquant. On ne pouvait les égaler en lumières et en génie; on imagina s'en dédommager en prenant le contre-pied des principes qu'ils avaient professés ; et dans l'impuissance d'atteindre à leur grandeur, on se flatta d'y suppléer par un excès d'orgueil. On voulut regarder comme déshonorant un joug sous lequel s'éiaient courbés tantde génies élevés, et Ton se rangea du coté qui flattait le plus les passions et l'amour de l'indépendance. Les impiétés sociniennes, les égarements de Hobbes^ les blasphèmes de Spinosa avaient ouvert la voie aux systèmes irréligieux. Les objections toujours renaissantes de Bayle surtout avaient jeté des se*^ mences de pyrrhonisme et d'incrédulité. Des écrivains élevés à son école entreprirent de développer ces germes funestes, et marquèrent les dernières années du dixseptième siècle par des productions hardies, destinées à ébranler nos dogmes, nos mystères et notre culte.

Ce fut en Angleterre que se donna le premier signal de cette guerre désastreuse. Le dix-septième siècle n'était pas encore terminé, quand ce royaume vit s'élever quelques écrivains peu fevorables à la religion. Le déisme y fut professé ouvertement par des hommes fort connus. Herbert, comte deClierbury, l'avait réduit en système, et s'était flatté d avoir établi la religion naturelle sur les ruines de la révélation. Blount, disciple d'Herbert> survit

16 TABLEAU HlSTOaiQCX

ses iraces et renouvela ses leçons. Il se tua en 1693, lais* sant^ entre autres, louvrage intitulé ; les Oracles de la raison, qui fut publié par son ami Giidon^ Celui-ci y joignit une préface oii il comble d^éloges Btount et ses écrits.

Locke fut un écrivain estimable sous plusieurs rapports; néanmoins plusieurs de ses opinions ont fourni des armes aux ennemis de la religion. Son sentiment sur la nature de làine infirme beaucoup les preuves de sa sjpiritualité et de son immortaliié. La manière dont il s'explique sur la réxéliiiion, favorise au fond la mcihodeMes sociiiiens qui snuineMent à la raison tes objets de la foi. Enfin dans son Christianisme raLsonnatle, qu'on pouri*ail appeler, à plus juste litre. Christianisme rationnel, il se montre latitudinaire au dernier degré. Il travail |)as plus d'attachement pour l'église anglicane que pour les autres communions protestantes, et il regardait les diverses croyances comme indifférentes. Il est un dt;s précurseurs des chrétiens ra-* tionnels, qui, daus ces derniers temps, ont porte en An-* gleterre des coups si hardis à la révélation.

Plusieurs autres écrivains, contemporains de Lockei parai&saient, à la même époque, s'occuper à ébranler les fondements de la religion. Toland lendit certainement à ce but dans son C/iristianisme sans mystères, qui est de 1696. Bury, auteur de V Evangile nu^ sapa aussi les principaux mystères de la religion, entre autres la divinité de Jésus- Christ. L'école de Locke insinuait la doctrine de son maître, qui ne s'éloignait pas beaucoup de celle des ariens. Ces deux parfis réunissaient leurs efforts au com«mencementdu dix-huitième siècle. L'un comptait parmi ses défenseurs Shaftesbury, Collins^ Tindal, Woolslon, Coward; l'autre, Whiston, Whiiby, Emiyn, Chubb (l). Nous rendrons compte successivement de leurs attaques.

(1) On peut Toir de plus grands dételoppements sur ces écrirains et saè leurs s|stèiiiet dani ÏEiêtoirê critique du phiiosophitme anglaitf ptr Valibé Tabaramd.

DU GOMUSirGEMElïT DV XVIU* Sli:GL£. |T

à mesure que Thistoire nous les présentera. Il nous sufBra, en ee tHôïtlétit, d'avoir montré i*incrédulité naissant eS Angleterre, et y préludant aux combats que la religion allait soutenir dans ce siècle.

tiiUi irffa.rwia fci

20 TABLEAU HISTOiUQyfi

Louvain. Michel de Bay, plus connu sous le nom de Bahigj docteur et professeur en théologie de celte université) commença vers Tan 1552 à y enseigner, comme étaui d6 saint Augustin, plusieurs propositions qui parurent nouvelles à d'autres docteurs. La Faculté de Paris fut consulrtée sur dix-huit de ces propositions, dont la plupart roit* iaient sur le libre arbitre, et elle les censura en 1560i lâept ans après, le saint Pape Pie Y en condamna soisanlc^ seize, qu'il avait fait recueillir des ouvrages de Baius. Sa constitution du T" octobre 1607, fut renouvelée et ooa^ fîrmce par celle de Grégoire XIII, en date du StO jao-r vier ] 579, et Baïus, se soumettant à Tune et à Tautre, fil| le 24 mars 1580^ une rétractation publique 6t par écrit des eri*eurs qu'il avait avancées.

[[ Noua nous contenterons de rapporter ici les trente^ huitième et trente-neuvième propositions de Baïus, qu'on regarde ordinairement comme là clef de tdiit son système.

« â8^. Tout amour de la créature raisonnable est, ou bien » cette cupidité vicieuse, défendue par saint Jean, par la- )) quelle on aime le monde, ou cette charité louable^ rep{in- » duedans nos cœurs par l'Esprit saint, par laquelleon atme )) Dieu. )) C'est-à-dire selon le sens développé par Baïus, qu'il n'y à pas de milieu entre lacupidité vicieuse, et lacha^ rite surnaturelle dominante; ce qui entraîne cette! cotisé* quencecohtenue dans la proposition seizième : <' qu'il dy )) a pas de véritable obéissance à la loi sans la charité, n

» 39*. Tout ce qui se fait volontairement, quoiqu'il se )) fasse nécessairement, se fait cependant librement. » ]} Environ quarante ans après, Corneille Jadsen du lan* sénius, di^iple de Baïus, et son successeur dans |Ia chaire de théologie de Louvain, s'étant persuadé comme luij que^ faute d'entendre saint Augustin, tous les scolastiadèi avaient abandonné les sentiments de ce père sur la grâce, entreprit de les rétablir dans un livre qu'il itititula JÉugustinus, comme ne contenant que la pure doctrine dé ce saint. Il mourut, le 6 mai 1638, à Ypres, dont il évaii et*

DU COMMElîÇEMENX DU XYlIl'' SIÈCLE. SI

fait évéque, et protesta en mourant qu'il goumettait son livfe et sa doctrine au jugement de TËglise romaine.

Environ deux ans après la mort de Jansénius^ son livre fut imprime et publié. O^i^lq^^s docteurs de Paris se montrèrent favorables à cet ouvrage^ et il s^en fit successivement plusieurs éditions* Mais aussi d^autres théologiens l'attaquèrent ; et ce fut alors que Ton commença à donner aux partisans de V^ugustinus le nom de jansénistes , comme eux donnèrent à leurs adversaires celui de mo/inistes^ voulant les faire passer pour les disciple^ d*un Jésuite qui avait publié, sur la fin du siècle précédent, un livre sur la manière d'accorder le libre arbitre avec la prédestination et la grâce, et dont le système était pourtant loin d'être adopté par tous ceux qui combattaient VAugustinusk ^ Ce dernier ouvrage, qui depuis à fait tant de bruit, fut d'abord défendu par la bulle In eminenti d'Urbain VllI, du 6 Edars 1641, comme renouvelant plusieurs des propositions déjà condamnées par Pie V et Grégoire Xlll. Le 11 décembre 1643, Tarchevêque de Paris ordonna la réception de cette bulle dans son diocèse. La Faculté de théologie de Paris défendit de soutenir les propositions censurées, et l'université de Louvain, quoique après bien des délais, reçut la bulle. Mais les partisans de 1 évéque d'Ypres ne se montraient pas disposés à suivre les intentions de ce prélat mourant. Parmi eux se distinguaient en France, Jean du Verger, abbé de Saint-Cyran, et le docteur Arnauld, fort jeune encore. Le premier, ami intime de i'évéque, travaillait avec beaucoup d'ardeur à répandre la doctrine de son livre, et {introduisit en effet à Portroyal de Paris, monastère dont il était le directeur.

On écrivait pour et contre, quand le 1" juillet 1649^ Cornet, docteur et syndic de la Faculté de théologie de Paris, représenta à sa compagnie qu'il s'y introduisait des opinions nouvelles, et demanda qu'on examinât quelques propositions qui donnaient lieu au trouble et aux disputes. On nomma des commissaires. Il y avait eu d'abord sept

propositions déférées. Mais on ne s'occupa dans la suite que des cinq premières, que Cornet et autres docteurs avaient extraites de YAugustinus. Les partisans de ce livre se donnant beaucoup de mouvements pour empêcher la censure des propositions, les docteurs sentirent qu'il était nécessaire de recourir à une autorité plus imposante. Plusieurs évéques furent du même avis, et Ton arrêta de porter Taflaire au Pape. G était alors Innocent X. Quatrevingt-cinq évêques, auxquels trois autres se joignirent par la suite, signèrent une lettre commune pour prier le souverain Pontife de faire cesser les querelles par un jugement solennel. Innocent X établit donc, le 12 avril 1651, une congrégation de six cardinaux et de douze théologiens pour prendre connaissance de Taffaire.

Cependant onze évêques de France, qui n'avaient point signé la lettre précédente, en écrivirent une particulière au Pape pour l'engager à ne pas prononcer. Ils envoyèrent en même temps à Rome quatre docteurs chargés de prendre la défense du livre. Les quatre-vingt-huit évêques crurent alors devoir députer aussi auprès du Pape pour suivre leur demande. On écouta les uns et les autres, on reçut leurs écrits, on tint de fréquentes assemblées, et en- . fin, après deux ans de discussion, d'examen et de conférences, Innocent X prononça le jugement solennel.

[[ Nous croyons devoir insister sur l'explication d'une manœuvre que les partisans de Jansénius employèrent pour détourner le coup qui les menaçait, et sur laquelle ils revinrent après la condamnation avec une obstination dont les jugements les plus formels de TEglise eurent peine à triompher. Il s'agit de la distinction de plusieurs sens, dans lesquels on pouvait entendre les propositions déférées-, sens dont Tun était selon eux véritablement condamnable, tandis que l'autre devait être à l'abri de toute censure. Tel était l'objet du célèbre écrit à trois colonnes f\\x\\s présentèrent au Pape peu de jours avant la publication de la bulle. Une première colonne contenait les cinq propositions, expliquées dans le sens qu'ils attribuaient à

DU COMMENCEMENT DU XVIIl' SIÈCLE. 23

Calvin, sens qu'ils avouaient avoir été condamné par le saint Concile de Trente. La deuxième colonne contenait le sens de Jansénius, qui selon eux ne faisait que suivre la pure doctrine de saint Augustin et de saint Thomas. La troisième colonne contenait une proposition qu'ils taxaient de moliniste, et qu'ils rejetaient avec horreur. Ils eussent donc voulu, ou bien qu'on condamnât les cinq proposi<> tions en faisant abstraction de l'auteur auquel on pouvait les attribuer, ou du moins qu'on exemptât de toute cen<Y sure le sens de Jansénius. ]]

Sans être ébranlé par leurs objections, Innocent X donna le 31 mai 1663, la bulle Cum occasione^ par la-! quelle, après avoir parlé des contestations élevées à Tocca-; sion de V^ugustinus, il condamnait les cinq propositions dans leur sens propre et naturel.

Cette constitution fut reçue en France, le 11 juillet suivant, par une assemblée de trente évêques, tenue à Paris. La Faculté de théologie de cette ville l'enregistra. Les universités, les corps ecclésiastiques^ les ordres reli* gieux s'y soumirent; et en Flandre même, où la bulle d'Urbain avait trouvé tant d'opposition, celle-ci fut publiée et acceptée sur-le-champ. Quant à ceux qui avaient adopté les sentiments de l'évcque d'Ypres^ leur soumis-7 sion à ce jugement peut paraître un problème. D'un côté, ils protestaient qu'ils souscrivaient à cette décision, et qu'ils ne voulaient plus défendre les propositions condamnées : d'un autre côté, ils ne cessèrent de se plainr dre de la bulle, trouvant mauvais que le Pape n'eut pas spécifié le sens dans lequel il condamnait les propositions, comme si ce n'était pas le sens naturel qu'elles présentent; et lui reprochant aussi d'avoir donné à entendre qu'elles étaient tirées de Jansénius, tandis que selon eux elles étaient forgées à plaisir et fort éloignées des sentiments de cet évéque , qui n'avait exprimé que la pure doctrine de saint Augustin. £t voilà l'origine de la question de fait ^ qui depuis est devenue la principale, les opposants prétendant d'abord que la doctrine condamnée

2i TABLEAU HISTORIQUE

des cinc] propositions n'étail point celle de Jansénius, et ep second lieu que ce n^éiait là qu'un fait sur lequel l'EgUse n'étant point infaillible , on ne devait à sa décision qu un silence respectueux,

[[ Pour bien faire comprendre ce point Important que plusieurs ont peine à saisir aujourd'hui, nous allons joindre aux cinq propositions et à la note que la bulle du Pape applique à chacune d'elles, Texplicalion qu'en donnaient Tes jansénistes , selon le sens qu'ils attribuaient à Calvin, et selon le sens qu'ils y attachaient eux-mêmes. Quelque subtiles que paraissent ces distinctions, tout lecteur» attentif comprendra la nécessité de les suivre, pour ^voir l'intelligence des événement^ sur lesquels elles ont eq tant d'influence.

V V Quelques commandements de Dieu sont impossibles )) à des justes qui veulent les accomplir, et qui s'efforcent » de le faire ; ils leur sont, dîs-je, impossibles, eu égard )) aux forces qu'ils ont alors ^ et il leur manque la grâcQ » par laquelle ils leurs soient rendus possibles. )>

Celte propasition est déclarée téméraire, impie ^ ^loS' phématoire^ frappée ^anathème , et hérétique.

Le sens calviniste eût été que les commandements de Dieu sont en général impossibles aux justes, tant qu'ils sont sur la terre, quelles que soient les grâces qui leur sont données, parce que la grâce même la plus ellicace ne triomphe jaipais entièrement de la cupidité, et parce que l'homme est tellement corrompu par le péché, qu'il pèche dans toutes ses actions.

Le sens de Jansénius est qu'il y a des occasions où, mi^Igré tous les eflbrts d'un homme juste, certains commandements lui sont impossibles, parce qu'il est destitue d'une grâce re/a/iVe à la cupidilé qui le presse dans ces mêmes circonstances (C* Jansenii Augustinus , 1. \\\^ De çratia^ c. 13).

Celte proposition entendue dans le sens de Jansénius, çst 1? 3ui(e de son systènoe des deu)^ délectations relativement victorieuses. On obéit toujours nécessairement à la

DU COMMENCEMENT DU XVIIl* SIÈCLE. 25

délectation qui domine : on pourrait absolument faire le bien ^ c -est-à-dire qu'on le pourrait si Ton ne ce frouvait pas sous l'empire de la cupidité, mais on ne le peut relatwement.

« 2° Dans l'état de la nature tombée on ne ré§i$tç ja- 1» mais à la grâce intérieure. »

Déclarée hérétique.

Le sens calviqiste serait que la volonté de Tbomme déchu n*est, à l'égard de la grâce intérieure, que comme un instrument passif, qui ne coopère pas à la grâce par une^action qui lui soit propre.

Un autre sens que les jansénistes avouaient être condamnable, ce serait de n'admettre que la grâce edicace sous tout rapport, et de rejeter même ces grêices excitantes, qui produisent dans l'âme de bons désirs.

Le sens de Jansénius, c'est que la grâce intérieure, résidant dans la volonté, n'est jamais frustrée de son effet : par là même que l'homme n'accomplit pas la loi, on voit

3' u'il a bien eu la grâce extérieure de Pelage , la loi , la octrine, etc., mais qu'il n'a pas eu la grâce intérieure de la volonté, et relativ^e aux dillicultés présentes (^Auei{sfînus 3 lib. II > De gratia^ c. 23). Il y a bien encore, se|on Jaqsénius, des grâces intérieures, petites et faibles, qui produisent dans I ame un vouloir imparfait, et qui ont des degrés infinis, quoiqu'elles ne suilisent pas pour que rhomme accomplisse les commandements de Dieu, pour u'il l'aime sur toutes choses, pour qu'il fasse un acte de pi, etc. Ces grâces, appelées par les jansénistes exci^ tantes^ n arrivent pas jusqu'à Taccom plisse m eut du bien vers lequel elles inclinent^ mais elles ne sont pas popr cela frustrées de leur effet, puisqu'elles produisent des velléités, qui sont l'effet prochain aqquel se rapporte cette ro^e céleste {Augustinus^ lib, II, j^ ^ratia, çap. 27) (t)»

(t) C'est daaa ce même sens qae les Janiénts^es ailinetUfeiit «ne grâce iuffisanUt U faisait coasister dmu Ut tonmêmcênmnts d* la komne veUnuté que Dieu inspire pour nous porter au bienf mais qui ne sont pas assez

26 TABLEkV HISTORIQUE

« 3" Pour mériter et démériter dans l'état de la nature » tombée, il n'est pas besoin d'une liberté exempte de la n nécessité d'agir ^ )))il suffit d'avoir une « liberté exempte » de contrainte. »

Cette proposition est déclarée hérétique.

Le sens calviniste serait qu'aucune sorte de nécessité ne répugne à la liberté nécessaire pour mériter ou pour démériter, pas même celle qui prévient la délibération de la volonté, telle qu'est la nécessité générale qui nous porte à chercher le bonheur; telle qu'est encore celle qui est attachée aux mouvements premiers et imprévus de la con* voilise.

Le sens de Jansénius c'est que , dans l'état présent de la nature déchue, la liberté essentielle au mérite et au démérite , repose dans la volonté éclairée par la raison et Cadvertance^ pourvu qu'elle soit exempte de coaction. Une grâce qui inspire à la volonté humaine, celte délectation siable par laquelle elle s'attache à Dieu si iuvariar blement quelle ne peut s'en séparer^ n'ôte rien à la plénitude du libre arbitre. Réciproquement, cet amour pervers de soi-même, d'où découlent dans la vie présente tout acte et toute omission d'une âme qui pèche avec délibération , quand il serait aussi nécessaire que l'est dans les cieux l'apour béatifique , n'en est pas moins libre (yiur gustinus , lib. IV, De statu naturœ lapsœ^ c. 24).

« 4** Les Semi-Pélagiens admettaient la nécessité d'une » grâce intérieure et prévenante pour chaque action en » particulier, même pour le commencement de la foi; et » ils étaient hérétiques en ce qu'ils prétendaient que cette » grâce était telle que la volonté 'de l'homme avait le pou- » voir d'y résister ou d'y consentir. »

Cette proposition est déclarée fausse et hérétique.

Le sens cialviniste de cette quatrième proposition serai^ celui que nous avons déjà vu en expliquant la seconde ,

fortes pour nous le faire faire, si Dieu n'y ajoute une grâce plus forte* fVoyez Fi€ 4e Nicole , à la fin des Essais de Morale^ page 12,)

DU GOMMEirCEMENT DU XVIIl* SIÈCLE. 27

que sous la grâce de Dieu la volonlé serait purement pa5we, ou bien encore qu on doit traiter en hérétiques ceux qui admettent des grâces intérieures qui ne seraient pas complètement ciHcaces, même les grâces simplement excitantes.

Le sens de Jansénius, c'est qu'en effet les Semi-Pélagiens, ou Massiliens, tout en croyant que le commenceinent de la foi, les gémissements et les pieux désirs venaient de notre fonds ^ reconnaissaient cependant la nécessité d'une grâce actuelle pour ces mêmes actes : leur erreur était que , au lieu d'admettre une grâce relativement victorieuse, ils croyaient que Tliomme, après sa chute, avait conservé cette liberté propre à Adam, qui pouvait, selon le choix de sa volonté, user de la grâce, ou lui désister {^ugustinus , lib. Vlil, De hœres.pelagiana^ c. 6).

« 6° C'est une erreur des Semi-Pélagiens de dire que » Jésus-Christ est mort, ou qu'il a répandu son sang pour » tous les hommes sans exception. »

Cette proposition est déclarée « fausse, téméraire, Scania daleuse ;, et si on l'entend dans ce sens que Jésus-Christ D soit mort pour le salut seulement des prédestinés^ impie, )» blasphématoire, injurieuse, dérogeant à la bonté de » de Dieu, et hérétique. »

Le sens calviniste de cette proposition serait que la mort de Jésus-Christ n'a eu d'eff'et que de procurer seulement le salut des prédestinés , en qui seuls se trouve la vraie justice : elle n'aurait mérité à aucun des réprouvés des grâces qui leur seraient accordées même pour un temps. La particule seulement tomberait sur le mot salut et non sur le mot des prédestinés.

Le sens de Jansénius, c'est que Jésus- Christ est mort pour le salut des seuls prédestinés; la mort de Jésus-Christ n'a procuré à aucun des réprouva la grâce relativement suffisante au salut. C'est la conséquence naturelle du principe que la grâce intérieure n'est jamais privée de son effet. Quand l'Âpotre dit qu'il est mort pour tousj cW

2ft tABtEÀU rilàTÔRIQÙÈ

dâti) ce âedâ qu'il ^ â dés élus de toutes lèi classés , de fôùtès léH nations, etc. Quant aux réprôiiyês, Jfesus-Cbrist il à demandé pour eux qlîé des grâces tëinjpof elles (^ligustiniiSy lib. Ill, Dé gratià, c. 21).

On ne doit donc pas être étonné que les disciples de Jànsénius déclarassent qu'ils rejetaient les cinq propos!-* tiôiisj iiiàis on voit pourquoi ils soutenaient en métde iémps qu'elles ne se trouvaient bas dans Jànsénius. Ils affectaient dé croire qu'elles n'avaient été condamnées que dans le sens de Calvin : c'est ce qu'ils appelaient la q|uestion dé droit. Mais selon eux, on ne leà trouvait pas dans V Jlugùstinus . Quand on leur indiquait les endroits précis où elles se trouvent en termes exprès ou équivalents, ils se plaignaient qu'on prit ces passages séparément de ce qui précédait ou de ce qui suivait : c'est ce qu'ils appelaient la question de fait. L'essentiel pour eux, c éiait de sauver le fonds du système des deux délectations relativement victorieuses, qu'ils reproduisaient sous toutes les formes (l). ]]

DÈIJXliiMrÉ tPOQtt DtJ JAl^SléKlSME.

DisTifrcl-ioN fiNîîiE Le fâIî et le Dliôit.

Gomme les subterfuges des jansénistes et leutri cohtesta* tions sur les difierents sens allaient à éluder la biiHe y les évêquesqui se trouvaient à Paris s'assemblèrent le 9 mars 1654) et s'occupèrent des moyens à prendre pour assureir l'autorité du jugement du Saint-Siège. On noolma une cotnmission, qui tint plusieurs séances, examina les teitef de ÏAuguatmuÈ qui avaient rapport à chacune des propositions^ et lut différents inéinoirej qu'on lui présentai

(f) Ce ii'ëitt pals du i^estti ici le Heu d'ekaminer lesrapiports qui esittâkat •&tre lé système de Jànsénius et le véritable système de Galtin, ni à plut ibrte raison de réfuter Tabiis que faisaient les jaiisénisiès des autdrités dé èftfhé Aagtfstih, de iiXtkt tliotnaè; et èk l'éeolè de» TlkiriilMés, Afreè Ift^ueUè Éll s'identifiaient* Editeur,

DU COMMENCEMENT DU XVill* SIÈCLE. §§

Elle fil son rapprt lef 26 mars , et en conséquence l'assemblée déclara que la constitution dlnnocent avait condàiàiîé lès cin<j propositions, comme étant de Jansenius et au sens aé cet auteur. Elle écrivit au Pape pour l'en intormèt ; et le saint t^ère, dafas sa réponse , la félicita de ion zélé, Tassura quMl avait condamné dans les cinq proposition^ la doctrine enseignée par Jansenius dans son livré , et lui fit part eà même temps de la condamnation qu'il venait de faire de divers ouvrages en faveur de l'évêque d ipres.

Un autre écrit donna peu après lieu à une nouvelle dispute. A la tête des admirateurs de V^ugustinus , êtait^ comme nous l'avons dit, M. Arnauld, docteur de Sdrbonne , d'urie famille respectée ^ d'un caractère ardent^ d'une imagination brillante 4 d'un esprit vif et pénétrant; lïdurri dans 1 étude de la philosophie et de la théologie, enricki par la lecture des auteurs sacrés et profanes , f 1 avait un style abondant, facile, éloquent même quelquefois , mais surtout véhément et impétueux. Le 24 février 1655, il donna iine lettre adressée à un ami, et dans laquelle il rendait compté d'une afiaire arrivée au duc dé Liancourt> à Saint-Sulpice. Le confesseur de ce duc ne voulut point Tadmetire au tribunal de la pénitence , qu'il ne donnât des marques d'une soumission parfaite à la dernière bulle, et qu'il ne rompit ses liaisons étroites avec Port-fioyal. Arnauki en prit occasion de se justifier lui et ses amis y et d'assurer qu'ils condamnaient les cinq propositions partout oii elles se trouvaient. Quelqu'un ayant répondu à cette lettre, et ayant prétendu qa'Arnauld et ses amis devaient de plus déclarer qu'ils renonçaient à la doctrine qu'ils avaient jusque-là soutenue, ce docteur fit paraître une seconde lettre datée dé Port-Royal, le 10 juillet 1656. il y prenait ouvertement le parti de T-^u- (flutinus. On en murmura. Le syndic de la Faculté dénonça la lettre à son corps, au prima mensis de novembre. Dés commissaires furent nommés pour l'examiner^ et malgré l'opposition d*Arnauld et de ses amis, qui présen-

tèrcni requête au parlement , le rapport fut fait îe l** dêr cembre 1655.

On avait extrait de la lellre deux chefs, qu*on appela défait et de droit. Le premier concernait ce qu'avait dît Arnauld, a que les cinq propositions avaient été forgées à » plaisir par les ennemis de la doctrine de saint Augustin \ » qu'elles n'avaient été soutenues de personne; que pour » lui, ayant lu avec soin le livre auquel on les attribuait^ il » n'avait pu les y trouver. » La question de droit roulait sur cet endroit de la lettre où Arnauld disait, « que la grâce, » sans laquelle on ne peut rien, a manqué à un juste, dans » la personne de saint Pierre, en une occasion où l'on ne » peut pas dire qu'il n'ait point péché. »

Les docteurs opinèrent sur ces deux propositions. Le 14 janvier 1656, après plus de seize séances, la première fut déclarée téméraire^ scandaleuse^ injurieuse au Pape et aux EvféqueSy et donnant lieu de renoui^eler la doctrine de Jansénius, Ce fut l'avis de cent trente docteurs, dont sept étaient évéques. 11 y en eut soixante-huit qui convinrent qu'Arnauld avait manqué, mais qui prétendirent qu'il ne méritait pas une censure publique. On opina ensuite sur la seconde proposition, qui , après douze séances de discussion, fut jugée téméraire^ impie, blasphématoire ^ frappée d'anathèmej et hérétique^ à la pluralité décent trente docteurs contre neuf. Arnauld ayant fait signifier à la Faculté un acte, par lequel il protestait de nullité, contre tout ce qui s'y était fait et s'y ferait, il fut arrêté que s'il ne se soumettait dans la quinzaine , il serais retranché de la Faculté et rayé du nombre des docteurs. Cette disposition et la censure furent confirmées dans deux assemblées subséquentes. Le 18 février, la censure fut signée par six évéques et par tous les docteurs, sans en excepter quatre amis d' Arnauld, qui l'avaient servi jusqu'à la fin , et qui ne s'étaient pas retirés , comme d'autres de ses partisans. Cette censure fut aussi reçue et enregistrée par la Sorbonne, et approuvée par l'assemblée du clergé qui se tenait alors; et depuis ce temps nul n'a pris les de*

DU COmiEICCEMElCT DU XVIII* SIÈCLE. 31

fprés de docteur ou de bRchelier dans la Facullé de théo<i logie , qu'il n'ait signé la condamnation des deux articles de la lettre.

L'assemblée du clerg4 de 1656, dans ses séances des 1*' et i septembre, revit et approuva ce qui avait été fait par les précédentes, et déclara qu'il y avait des questions de fait, sur Ufsqnelles TÊglise ne pouvait se tromper, sans perdre l'autorité dont elle a besoin , soit pour la foi, soit pour les mœurs. Klle arrêta quelques articles sur le même sujet, et écrivit au Pdpe pour lui rendre compte de ce qu'elle avait fait. Alexandre Yll , successeur d'Innocent, lui répondit par la bulle ^d sacram, datée du 16 octobre 1656. Il y confirmait celle de 1653, et appelait pertw'bateurs du repos public et enfants d^ iniquité^ ceux qui soutenaient, au grand scandale des fidèles, que les cinq propositions ne se trouvent point dans le livre de Jansénius , ou qu'elles n'ont point été condamnées au sens de cet auteur. Il assurait au contraire, comme témoin de tout ce qui s'était passé, que le fait de Jansénius ayaitété examiné du temps de son prédécesseur, ayec une exactitude telle quon nen pouv^ait désirer daxfantage. Le 17 mars 1667, rassemblée du clergé reçut cette bulle, en recommanda l'exécution dans tous les diocèses, et arrêta que poar assurer davantage cette exécution, les évéques souscriraient et feraient souscrire dans un mois un formulaire, pr lequel on promettrait soumission aux deux constitutions d'Innocent X et d'Alexandre VIL Mais cette délibération n'eut pas sitôt son eflfet, l'exécution en ayant été remise après l'assemblée générale suivante.

Ce fut alors que Ton commença à écrire contre l'obligation de se soumettre à l'Église dans ce qu'on appelait le point de fait. On ne pouvait être obligé, disait-on , à reconnaître, contre ses lumières et sa conscience, qu'une doctrine hérétique se trouve dans le livre d'un pieux et savant évêque^ et ce n'est là qu'un /aà sur lequel l'Eglise n'a point d'autorité pour juger infailliblement. Arnauld fut un des premiers qui établirent cette assertion : elle

9» ï^SXJSAp Hi§T9«iQ9f

fui dpwpprppvép ftlors par II . P?vi|!pa, éyé^w 4^A1^9 ^yj el^it çp grande r^pm^tion dç piété, ^t dpnf nf)us ^^r rons encore occasion de parler. Ce prélat pensai^ pl éf(v\r y^jt ane 1^ qi]P§liQR de fait est tell^œenf jpintp ^ Ig flufslip« 4fi ffroà, qH'JI est 4^ngereux ^ ]es sép^rçv (O?

l^ 7 s^ptembr^ 1660, treize cens^prii, dont qu^fr^ f^ré^ qms$, pptèrept |^$ fjçures provinciales ^ en^ij^bje A?| f^£^f ^Ç Wçaifroct pi j^ I)}sqnisiLÎQUs (ie Pmil Jréné^ (^)^ çoinfOiQ cont^n^at 1jb$ })pfésiesde ,lan6cpiu^, pleine^ 4çi fp^dj^oçes pi d'outr^ge^pontre tQi^t pe qui n'était pas^u p^rti 4e i'Qptpur, dignes enfin de^ peines portées opi^t^ I^ lf¥re3 diSaipatoires e\ Hérétiques. Su|* ^upi un af f^I 4u cpnseii d'État condamna Touvrage au feu. Te) fpt le spf t 4'(9Q écrit, o\k l'on tFpuve, il faqt lavpner» plus d'mjpiieo)ept et de sel, qqe de vérité dans les fait« et dis fioUr di(é4aD3 Ips raisonnements. Ce livre, clier aux litiér^teuMi giiî 9tiaçbent un grand prix au;| charmer dp style pt à la $pe^ dp la satire , pe livre tombe , malgré pps uvantagpt e^téripprs, qp^nd on approfondit ses preuves, et que Foa çhercl^e à démêler le spécieux dp concluant. Les ^wis lis l'apteur Ipi ont ypéme depuis reproché le peu de solidité dp sp^ raisonnements, lorsque^ devepu plus ardent que im plps zélés 4es siens même, Pascal en vint, dit-pn, jusqu'à ^u|pnir que Ton ne devait pas se soumettre à l'Église, même pour le point de droity q\ qu'elle avait erré en cqhd§ipnant les cinq proppsitions : opiniqu qui le })fouilU avpc plusieurs de ses ^mjs.

Sur |la fin de 1660 commença rassemblée du clepgé, composée de qparante-cipq archevêques et évêqpes et de dixrbpit députés 4p second ordre. Elle nomma douze commissaires popr chercher les moyens les plus propnss

(i) Oi| peut voir ce point et quelques autres discutés dans l'ouTtage die l'abbé PDma^.

(2) Ç)^cun sait que Pascal est l'auteur des Provinciales, Les notes de Fèhtivockf et Us Disquisitions de Pauilrénée, sont du célébré Nicole! Les ^{*UHi^itions 90$ piMip bi)t 4(i f^ii^ croire que le jansénisme n^est qu'une héf^sie imagifiaire. E^it^r.

DU COMAJilJjqBaîEST Op VdlV SIÈCLE. §^

à feirç cesser ^Qppp^ijjpq. Ik firent leur rapport U IP j»Br yier, el fiprès cjpator^e ^éaqpe^ jpmployp es h exgmjpfir Çt R déliWrprj Ji'^g§emblée arrêta, le 1" février, q^e toq§ jsj eçcléffiasfîques squsçrir^iem )» fprîpwlç 4e fpi dress^QS pPF l'a$seii|blee précédçnte, e( (ju'pp ferait le prqcès a\\^ réx fr^ptaires, I^e Boi autorisa cette mesure par \xx\ 4rrêt âfi soq copspjj du 13 ayril J661, et la Faculté de thiéqlogî^ d^ P^ris, donnapt Texeipple dp h soumission , ordP^P»! fe i IDai, la souscription du forroinhire pour tous ses roerpbrçs» Les yicaires-géoérap^s^ de Tarchevêque fie Paris (Ip car^ dinal 4p Retz était alors absent du royaume) reudirpRî, le 8 juin |66î, ppe ordonnance pour ïa signature du fors ipillairçr I|3 y disaient qu^ du temps d'Innocent X, }\ p^ s'agissait à fiqme que desayoir si les cinq propositiops dér féf-ées étaient catholiques ou hérétiques, et deipandaient la croyance pour le point de foi, et le respect pour la dç- PÎ^ipU du fait. Cette assertion pt pettp distinptipn e^^çitç.-? rent )e zèje des évêques. L'assemblée du clergé déçlari| rordçpnancecoptraireaux constitutions etcopscquemment . nulle, et )e ^i en ordonna la révocation, (.es grands-yJL: caires ti'Qtivèrent des défenseurs daps leurs amis de PoftfloyaK et écrivirent au Pape, qui leur répondit par UP brçf, ou i I Les accusait d'être peftwbateurs rfe t Église j et aut^ur^, qutant quil était eji eux, d'un schisme hqnteuXn II déplar^ qu'il était faux qu'on n'eût examiné les cinq proposition^ ^ flome» que pour i^voir si elles étaient catholiques p^ hérétiques. 1} leur ordonna donc de révoquer leur ordoi)^ natice. Aprè^de long^ délais, les grands-vicaires se sçiVin mirent, et (fonnèrepty le 31 octobre, un secpndManden)ei}| pour obliger à la signature pure et simple du foripulajre. ijl. de Gondrip , archevêque de Sens, signa aussi f}an§ le même temps , en déclarant expressément que les pipq propositions sont condamnées et hérétiques au sens de j'ai^r teur^ qui n'est pas celui ^e saipt Augustin. Il est vrai que 1^ amis 4u pré}at prétendirent qu'il n'avait pas pour cela cjiangé 4e septimept. Nops devons remarquer, à cette op*^ oaj5}Qp, que Ip parti se partagea sur je forn^ulair^ pu (rois

avis différents. Les uns disaient qu*on pouvait signer^ quoiqu'on ne crût pas intérieurement \efait, et Arnauld avoue que c*éfait Topinion d'un grand nombre de per^ sonnes dans de saluantes communautés. On a lieu d*éfre étonné cependant que de zélés disciples de saint Augustin, des ennemis de la morale relâchée, des gens qui s'étaient tant moqués des restrictions mentales, aient pu se persuader qu'on pouvait signer que l'on croit une chose, quand on ne la croit réellement pas. Aussi cet avis fut-il réfuté par Arnauld et ses amis, qui soutenaient, et c'est la seconde opinion , qu'on ne pouvait signer le formulaire sans restriction, lorsqu'on n'était pas persuadé que les cinq propositions sont de l'évéque d'Ypres. Mais la troisième opinion est la plus étonnante. Celait celle de Pascal et de quelques autres , qui prétendaient que le sens de Jansénius était une vérité de foi , que les papes avaient erré en le condamnant, et qu'on ne pouvait en conscience les suivre sur ce point. Ce sentiment n'était pas le plus généralement adopté. Le temps n'était pas encore venu, où l'on croyait pouvoir heurter de front l'enseignement de l'Église. Pendant que les opposants disputaient entre eux et avec les évéques sur la signature du formulaire, on eut quel*^ que espérance de voir se terminer les querelles. M. de Ghoiseul, évéque de G)mminges, qui passait pour être lié d'affection et de sentiments avec Port-Royal, et le P. Ferrier. Jésuite, s'étant trouvés ensemble à Toulouse, an ami commun les engagea à chercher de concert quelque moyen de finir les contestations. Ils se réunirent et convinrent d'un projet. Puis ils se rendirent à Paris, et le P. Ferrier entra en conférence avec MM. de Lalane et Girard, nommés à cet effet par le parti. Il y eut cinq conférences tenues entre eux trois et en présence de M. de Ghoiseul ; mais on ne put s'accorder sur rien» Les amis de VAugustinus refusèrent, dit-on, de souscrire au projet arrêté à Toulouse, et après quelques autres tentatives les conférences furent rompues. Peu après, M. de Ghoiseul persuada aux docteurs de Port-Royal qui avaient

été de la négociation, de s^en rapporter au jugement de trois évêqiies, savoir, lui, M. de Péréfixe, depuis arche- *vêque de Paris, et M. d'Es'rées, évêque de Laon. Ce moyen fui encore inutile. L'évéque de Comminges mettait tout en œuvre pour amener un accommodement. Mais tout ce qu'il put tirer des opposants, ce fut une procuration pour écrire eu leur nom au Pape et l'assurer de leur soiimission. Dans cet acte, daté du ? juin, ils disaient que « leur intention n'avait jamais été de blesser le Saint- » Siège, qu'ils étaient prêts à rendre à ses constitutions » tout le respect que la majesté et l'autorité suprême du » Saint-Siège exigeaient d'eux, et que, si le Pape désirait » encore quelque chose d'eux pour lui témoigner leur fidé- » lité, ils étaient disposés à lui obéir, nlls envoyèrent en même temps à Rome cinq articles de doctrine, qu'ils avaient dressés, et qui correspondaient aux cinq propo-^ sitions. Le Pape ayant reçu toutes ces pièces, chargea des théologiens de les examiner. Après qu'ils eurent dofiné leur avis, il tint, le 21 juillet' 1661, une congrégation extraordinaire, où il fut résolu de ne rien répondre sur les cinq articles, parce qu'ils étaient conçus d'une manière ambiguë, qu'ils contredisaient dans un endroit ce qu'ils semblaient accorder dans l'autre, et qu'il paraissait que le dessein qu'on avait eu en les composant, avait été d'obtenir quelque réponse dont on pût tirer avantage contre les constitutions. Il fut arrêté que S. S. écrirait aux évêques de France en commun, pour les féliciter de leur zèle à faire observer les constitutions, leur témoigner sa joie de ce que plusieurs prenaient des sentiments orthodoxes en s'y soumettant , et les exhorter à continuer leurs soins pour ramener les autres. Le secrétaire d'Etat eut ordre d'écrire une simple lettre de civilité à M. de Choiseul, dont on n'était pas content à Rome, à cause de la conduite qu'il avait tenue lors de la bulle d'Innocent X. Lorsque le bref fut arrivé en France , le Roi chargea révêque de Comminges de porter les signataires de l'acte du 7 juin^ à l'exécution de ce qu'ils avaient promis dans

P6 X4?^^FAU HJ^TQWftPJJ

cet écrit. Après y avoir travaillé dur^t qpelgpçf jfp^, )e prélat pe put tirer d'e^x qu'une déclaratipp p^ i|s 4mt t{iigq{|ipqt encQre \efait (ii| f/raiï. Oo vit fAofS ^u\\ f^'y dv^it riei^ fi espéfer 4'eiix^ et )es pégpci^tioDA fi|9»||t rpfiipues, Cependi^Dt les éveques qui se trouyaieiit 9 Fa-p ris s'assemblèrent p£)r ordre du Boi popr recevpif le hvpf 4^ Pape, et examiner la déclaration ri^mise ^ If. de Çf^n qaingiîs. (Jette assemblée se tjnt le % pclo^rç. Les éY^qtiaSi ait pombre de quio^^e, déçl^pèfçpt que ce derpier apt^ était paptjppx et conçu en t^rpies pl^lRS d'^FtjQpe ; qu'il p'y avait pas da meillepr ippyep, pour f^irepbsefv^ \f^ poqstitutions , que je formulaire prescrit par les fiss^^iir blées précédentes, et que le Roi serait prié d'ÎPt^po^^ * spp ^ptorité pour |e Eairp souscrire. En effet, il doopia pep après ppe déclaration enregistrée au parlement, }§ 20 avril )664, p^r |aquell(^ il était ordonné k fpus lea ^t plésiastiqups, sous peine dç priv^tiop de l^uf^ hiné^cpf^^ de^sign^r le formulaire prescfit. ^ussjtpt on m ^^iff qu0 4(1 g^at^^es^ dît le f^. Gerl3érpp.

Mais Gonime on espérait quVne ponsiitutjpp spi^H^I^ ppurrait pept*étreeqcore réduire les réfraclaires, Al^^Av dre V|I donna, le 15 février 1603} une bplle qpi pr^ spriyait le formulaire suivant, Ip mémp popr le seps qup celui des éveques : « Je soussigné me soumets à la cpur V stilution apostolique d'Innocent Xi du 3t mai 16ô3| et à ^ celle d'Alexandre VII9 du 16 octobre 1656, pt rejette et! ^ pondapape sincèrement les cinq prppositiops p^^tr^^t^ dj|

)) livfe de Corneille <fapséniu$,intitplpu^i4gr^ti^u^i d^i^^le )) prpprespnsdu mépie ^plpur, compte le Siège Appstplir )) qpe les a condamnées par les mêmes çonstitutiops, ^p }a » jure. Àipsi Dieu ipe soit en aide et ces saints Evangiles. v (ip Roi ordppna aussitôt l'exécption de cettp l^plle par une dpclaratipp enregistrée au parlement Ip 2Q aTril* Tous les évpqups pul)lièrept leurs Mandepients, Saps ^u^ punp distinction de fait et de ^oit. Il p'y en ept i{PP cipq qui énpppèrept cptte distinctipn, et qui t)QFpèr-eqt la

DV GOMlfJENÇJE^ÇlHT J>y ^YJII^ SIÈCLE. §7

dp ce$pip.q^ j'évpque dp Noyon, rélracla-trij §pn H^apc^e-^ aient peu après. Les icjualrp qui persévérèrenf fiîr.^Wt ^f Pavillon, Arpa^ld, Caulet et de Buzanyal, é>\eqf|eg d'Alet, d'Anjger§ , ^it P.aipiers et de Çeauvaiç. Lieijr résistance les ^ rpndqs f^meu^ daos Diistoirp ecplés)a$tir qpe decjS f.eiDp^-là. Le premier, surtout, ét^it regarda comrae le chef des troi$ autres, qui le sujyjreQt toqjpqrg ayeuglécRpnt. Il ay^iit cru Ippgtemps qu'on devait gesopT mettise sans restriction , et i abbé de Raqcié témoigpa depuis qu'il savait quelque chose fies ipoyens ef des ipr trigues mis en ceuvre pour faire changer pe prélat^ dont Taptorité pouvait être d'un grand secours ppijr le paf J). }l dppna, le l^'' juin, §op Manderpeqt, qui fut copié mot à p[iot par l'éyéque de Beauyais, et spivi, quant «^u sens, par les dep* autres. L'évêque d'Apgers était le ffère d'Aotoipe Arpauld, et l'on ne devait pus être surpris de voir ^R ^PP^ ^^PS 1^ liste deç opposant^. L4SUPS Mapde« ipepts furent £[étri$ à j^ome, et déclarés puis par un. arrêt 4h PPnseil,

On ne s'pp tint pas la, et Je Pape fpt prié de pommer dop^ évéques pour juger les quatre récalcitrapfs. Pepd^Bt qp'pp pégcciait sur le pombre et $ur b choi^ des çoippiissaires, Alexandre YII mourut ; et cette affaire rpsta ^P3pPDdpe jusqu'à l'avénepiept du cardinal Rp$pigliosi au pontificat. Clément IX, c'est le nom qu'il prit, confirmft la CQmp)issipn donnée par son prédécesseur cpptre les qpatre évéques. En méoie temps son ponce tâchait de }e3 ébr^^l^r. On commençfiit h s'aperceyoir qu'on aurait de la peipe à le$ réduire. )ls avaiept eu le temps d^ fprmfiT pp pVM* Une femp^e d'pn rapg illustre à Is cour, la duche^sc; dp IfOngpevillp, les favorisait publiquement, et plusieurs piini^tres le faisaient aussi en secret» Les quatre évéqpes avaiept des amis dans les commpnaptés, dap§ le parlamept ^t parmi leprs collègues. Le V décembre 1 667 , dix-peuf prélats, p la tête desquels ét^it Mf de Qppdrip, arc^evêqpe ^e ^eps, écrivirent i^u Pape ^p (fiveur 4^ quatre opposants. Une ^utre lettr^i qn'ij}

38 TABLEA.U HISTORIQUE

avaient envoyée au Roi, fut mal reçue de c6 Prince. Le» quatre évéques, de leur colc , adressèrent a tous leurs collègues une circulaire du 25 avril 1668, et les excitèrent à prendre leur défense. Celte lettre fut supprimée par un arrêt du conseil; mais ce qui servit mieux ces prélats, ce fut une négociation que M. de Gondrin entama avec le nonce. Il lui Bt ehvisager combien il se« rait honorable pour lui, et avantageux pour TEglise, de terminer cette contestation à Tamiable. Le nonce y donna les mains. M. de Gondrin convint avec M. Vialart, évoque de Ghâlons, prélat fort attaché aussi aux quatre évéques, que ceux-ci, sans révoquer leurs Mandements ni revenir sur le passé, feraient faire une nouvelle souscription du formulaire dans des procès-verbaux qui demeureraient secrets. On a prétendu que le Pape et le nonce consentirent à ce que la distinction du fait et du droit fût énoncée dans les procès- verbaux *, mais cette assertion est évidemment démentie par les faits. C'était pour cette distinction même que les quatre évêques étaient inquiétés. Comment auraient-ils pu rentrer en grâce en la faisant encore? Tout démontre qu'ils promirent de signer le formulaire purement et simplement, ou du moins qu*on le promit pour eux, et que le Pape ne leur pardonna qu'en supposant qu'ils l'avaient fait. La suite va le faite voir.

M. de Choiseul, évéque de Comminges, ayant déterminé l'évéque d'Alet^ et par son moyen les trois autres à accepter la voie qu'on leur offrait, ce qui n'eût pas été un grand sacrifice, si le Pape eût consenti à la distinction àxxfait et du droite la négociation s'avança. Le nonce eut ordre du Pape de ne plus parler de rétractation et de se contenter d'une soumission sincère. Il con-^ vint donc, avec les négociateurs, d'un modèle de lettre que les quatre évêques écriraient au Pape. On eut beaucoup de peine à faire signer ce modèle à M. Pavillon, qui aurait voulu que la lettre ne contint rien d'ambigu ou d'équivoque, tandis que celle qu'on envoyait faisait

eptendre tout autre chose que la vérité. CcpendaDt il se rendit enfin aux instances de ses amis, et signa^ ainsi que Tévêque de Paniiers ^ qui le suivait en tout. Le 14 septembre, la lettre arriva à Paris, signée des quatre évéques, et le jour même elle fut remise au nonce, qui eut le 16 une audience du Roi, Tassura que TaSkire était finie et le Pape satisfait, et le pria de laisser tout en suspens jusqu'à la réponse de S., S. Dans leur lettre, les quatre évéques disaient : « Nous avons voulu donner à » toute rËglise, dans l'affaire des souscriptions, une » preuve éclatante de notre disposition à conserver Tu- » nité, et à rendre au Saint-Siège ce qui lui est dû. Car » les évéques de France, qui nous sont très-unis d'ailleurs » pour les sentiments, ayant pris une autre voie pour » signer le formulaire, nous nous sommes résolus de les » imiter. Ayant donc assemblé, comme eux^ les synodes >> de nos diocèses et ordonné une nouvelle souscription, » nous avons souscrit nous-mêmes. Ce qu'ils ont expliqué » à leurs ecclésiastiques, nous Tavons expliqué aux nô- » très. L'obéissance qu'ils ont exigée des leurs, pour les » constitutions apostoliques, nous l'avons exigée des nô- » tres^ et, comme nous étions unis de tout temps avec » eux pour le dogme, nous nous y sommes encore unis » pour ce point de discipline. Nous ne dissimulons pas u que la chose nous a été très-difiicile et très- pénible, » sachant assez combien de railleries ce changement » de discipline nous attirerait de la part de nos ennen mis. Nous nous y sommes déterminés pour rendre la » paix à l'Église. » On demande si tout ce langage, si toutes ces expressions ne devaient pas porter le Pape à croire que les quatre évéques avaient signé purement et simplement. Cependant ils étaient fort éloignés de le faire; et dans leurs synodes, qu'ils ne tinrent qu'après le départ de la lettre, quoiqu elle énonçât le contraire, et où ils n'invitèrent que très-peu d'ecclésiastiques^ la distinction du fait et du droit fut clairement énoncée dans les procès- verbaux, dont on fit pour cela

iÙ TABLEAU HISTORIQUE

même un grand mystère. Ils s'altacbèreut avec srancl soin à dérober au public la connaissance de ce qui s était passe en cette occasion, et le seefet était même une des conditions de raccommodement. Aussi ne fut-ce que qùelaue teinps après que Ton apprit le détail dé leur condiiite. Le 22 septembre, TéTeque de Laon , un des négocia*teurs, écrivit au Pape pour l'instruire que les quatre évêques s'étaient conformés au reste de leurs collègues par une souscription nouvelle et sincère^ mais comme II se répandait quelques bruits peu avantageux èuv leur sincérité, le Pape voulut avoir une attestation signée d^etjx, qui certifiât qu'ils avaient signé sincèrement et conformément aux constitutions d'Innocent et d'Alexaiidre. Ces certificats furent envoyés au Pape, tous parfaitement semblables, et datés du jour de la tenue des synodes, quoiqu'ils n'eussent pu être demandés qu'un mois après. Enfin, sur de nouveaux soupçons qu'on eut contre les cyôqttes, qui n'avaient donné à personne copie de leurs procès-verbaux , et qui ne les avaient même pas laissé lire anx signataires^ le Pape chargea son nonce de prendre des informations, bien décidé, dit le cardinal Rospigliosi dans la relation qu'il donna de cette afiaire, à ne point ménager les évêques, s'its avaient effectivement déclaré ne pas vouloir tenir pour hérétiques les cinq propositions dans le sens de Janséuius, selon qu'elles avaient été condamnées par le Saint-Siège. Le nonce s'adressa à M. Vialart, qui lui donna une déclaration pour attester que les évêques avaient agi de la meilleure foi possible ] qu'ils avaient condamné les cinq propositions sans restriction dans tous les sens proscrits^ et que quant à l'attribution de ces propositions au livre de Jansénius, ils avaient fait rendre au Saint-Siège l'obéissance qui lui est due, suivant tous les théologiens. Cette déclaration, confirmée par d'autres évêques, engagea enfin le Pape à écrire aux quatre prélats. 11 leur marquait avoir appris qu'ils avaient souscrit et fait souscrire sincèrement le formulaire, a Car » il n'auràitjamais admis à cet égard,)} ajoutait-il, « niexcep-

DU COMBÎÈirCÈlitÈlVT DU itlll* SIÈCLE. 41

» fibn ni restriction quelconque. » Il écrivit daiis le inéme sens aux médiateurs, parlant toujours de soumission sincère et â! àhéisstiJicè vraie et parfaite. Ces brefs mirent comme le scciau â 1 àccômmodeinént. Ce fut pour ëti perpétuer le souvenir qu'il fiii frappe une médaillé -, mais , sur les plaintes du iiôncè^ le fioi ordonna d^en rompre le coin, ïellé est rliistoire de là paix de Clément IX, dont quelques écrivains posierieurs ont parlé comme de l'évéhément le plus favorable pour TEglise. Ils assurent dans leurs ouvrages que le Pape approuva la distinction adoptée par lés quatre évéques, et que ceux-ci remportèrent réellement la victoire. Il est difficile de concilier ces assertiotis avec la lettre des quatre prélats et les autres tàits, Atl surplus, si Ton désirait des notions plus étendues sur ce point historique, on pourra consulter la relation qu'en donna le cardinal Ëospigllosi^ neveu de Clétnent IX, Sut* les actes déposés a Rome et âur les autres

Fi^és authentiques. On pourra lire aussi ce qu'en dit àbbe Diimâs dans l'ouvrage cité. Cet article y est traité àv6c étendue, et la vérité du fait y est portée jusqu'à Té- VidenCÊ. On y Verra que le Pape exigea des évéques une sôuscrlplidîi pure et simple, que ceux-ci lui dirent tout ce qU il fkll(iit pour lui faire croire qu'ils avaient rempli cette condition, et qde ce ne fut que dans cette suppositioti quMl leur accorda la paix. Au reste, comme dans cet accommodement les quatre évoques et leur partisans n'abaiidôrinèrent pas au fond leurs sentiments, les suites n'en Fuféiit pas aussi heureuses que s'ils avaient agi de bonne fol *, et ad lied qu'on eût pu en attendre une paix durable pour r£glise et une soumission parfaite à ses décision^, oh li'éh vit naître au contraire qu'uti attachement plus tenace à des erreurs proscrites. On profita de la trévé qu'on avait obtenue en trompant le Pape par une soumission apparente^ pour s^accroitre et se fortifier. Pôrt-Aoyàl rentra dans les droits qu'il avait mérité de pei'drè, et devint encore le lieu du rassemblement des ennemis de l'autorité. En un mot, on forma un parti, et

42 TABLEAU HISTOBIQUE

Ton se mit dans le cas de lutter dans la suite avec plus d^avantage.

Il ne se passa pins, dans cette fin du dix-septième siècle, que quelques faits de peu d'importance relativement aui mêmes contestations. Un des plus dignes d'attention, à cause de Tavantage que les disciples de Jansénius prétendirent en tirer, fut ce qui arriva en Flandre à Toccasion du formulaire. Ce pays était aussi en proie aux nouvelles opinions. Le séjour d'Arnauld,de Nicole, de Quesnel et autres chefs, n'y avait pas été inutile à la cause, et elle y comptait des partisans. Comme plusieurs signaient le foi*mulaire, en prétendant que leur serment tombait uniquement sur les cinq propositions, sans aucune attribution au livre de Jansénius, les évéques des Pays-Bas avaient cru de concert devoir ajouter au formulaire une queue qui coupait court à ces subterfuges. On s'en plaignit, et le pape Innocent XII, pensant qu'en effet cette addition n'était pas nécessaire, répondit aux évéques par un bref du 6 février 1694. Il s'y déclarait fermement attaché aux constitutions de ses prédécesseurs, ordonnait de réprimer ceux qui soutenaient les cinq propositions y et voulait que ceux qui prêtaient le serment le fissent sans distinction ou restriction, condamnant les propositions dans le sens propre et naturel des termes. D'ailleurs il défendait l'addition, aussi bien que l'imputation vague de jansénisme.

On ne saurait croire combien certaines gens triomphé* rent, du moins en apparence, de ce bref. Ils abusèrent surtout de ce que le Pape disait qu'il fallait condamner les cinq propositions dans le sens naturel des termes, et par une interprétation fort étrange, ils prétendaient qu'on pouvait signer le formulaire sans condamner le sens de Jansénius^ puisque, disaient-ils, le Pape ne condamnait que le sens naturel, et qu'il était certain que ce sens naturel n'était point celui de Jansénius. C'est ainsi que, par une subtilité ridicule^ ils éludaient la force des expressions du bref.

DU COMMEJVCliMEJST JOU XVIIl' SIÈCLK 43

Les évéques des Pays-Bas en instruisirent le Pape, qui leur répondit le 24 novembre 1696. Il témoignait combien il avait été étonné d'apprendre qu'on le soupçonnât d'avoir vouln changer ou altérer les constitutions de ses prédécesseurs, tandis qu'il les confirmait , qu'il y était attaché, et qu'il ne souffrait pas qu'on changeât en rieo le formulaire. Il recommandait aux évéques de procéder contre ceux qui, en signant, montreraient de vive voix ou par écrit qu'ils ne condamnent les cinq propositions que dans leur sens naturel, sans rapport au sens naturel du formulaire , se formant ce sens naturel à leur fantaisie. Tel est ce second bref, dont ceux qu'il concernait furent un peu moins contents que du premier, mais qui ne les empêcha cependant pas de discuter encore, parce que c'est le propre de l'esprit humain, quand il est livrée des préventions, de n'en pas revenir aisément, et d'interpréter tout d'une manière favorable aux idées qu'il s'est faites.

[[L'assemblée du clergéde France de 1700, d'après un rapport de Bossuet et ses instances réitérées, condamna quatre propositions relatives aux vaines subtilités des jansénistes.

La première de ces propositions avançait quon pouvait présentement reconnaître que le jansénisme n était qu'un fantôme^ quon cherchait partout , mais quon ne trouvait que dans l'imagination malade de quelques-uns.

La seconde accusait les constitutions d'Innocent X^ Alexandre VU, Innocent XII, de n avoir fait qu exciter les disputes, d'avoir employé des termes équivoques^ en même temps qu'elle accusait les prélats de l'Église galli* cane d! avoir affaibli les libertés de V Eglise gallicane en recevant la constitution d'Innocent X contre Jansénius.

La troisième supposait que le bref d'Innocent XII du 6 janvier 1694 (le premier bref adressé aux évcques des Pays-Bas), avait d'abord paru apporter remède au mal, en nUtigeant la rigueur des constitutions sur le point défait ; puis on se plaignait que cette mitigation eût été affaiblie par le bref du 24 novembre 1696.

La quatrième enfin supposait quil éiak nécessaire d^ayoù\ par rapport à ta condamnoèhn de fAugustinus^ de nouifelles conférences devant des juges nommés ou par h Pape ou pas* le Roi.

Ces quatre propositions étaient déclarées fausses, scanr daleuses, téméraires, schismatiques, (kvorisnfit les erreurs eondamnées, outrageuses envers le clergé de France, les Pontifes romains et TÈglise universelle (1). ]]

Les contestations se renouvelèrent, en 1 T02, avec beaucoup de bruit à l-occasion du fameux Cas de conscience. GW ainsi qu'on appelle une décision que signèrent quarante docteurs de Sortx)nne.

Voici le sujet et le précis de la consultation, qui donnera Mae idée des questions agitées à cette époque, et dans laquelle on remarquera facilement qu'on avait mêlé avec artifice plusieurs propositions de nature différente. On suppose qu'un confesseur de province a quelques doiites aur le compte d'un ecclésiastique auquel il a donné longtemps l'absolution sans scrupule, mais qu*on lui a dit avoir des sentiments nouveaux et singuliers. Il a donc examiné cet ecclésiaslique, qui lui a répondu : 1^ qu'il condamne les cinq propositions dans tons les sens condamnés par rËglise et même dans le sens de Jansénius, comme f nhor cent XII Ta expliqué dans son bref aux évéques des Pays^ Bas, c'est-à-'dire , comme l'entendait cet ecclésiastique, dans le sons que présentent les cinq propositions considérées en elles-inémes et indépendamment du livre de Jausénius^ mais que sur la question Aefait^ c'est-à-dire sur l'attribution des cinq propositions au livre de Tévéque

(1) Voyez cette Censure 4ans les OEuvrcs de Bossuet, édition de Lçbcl, tome Tii, page 362.

Qes acte« s^ authentiques et \i publics doivent écarter tc^ns les noagcs pair lesquels on a cherché dans des oUv^nges récents et en particulier da^ V^Histob e unisferselle de l'Eglise catholique , par M. Rorbacher, tome xxiri, page 3t6i et suivantes, à obscurcir l^orthodoxie de Bossuet. Cet historien,

Îi(l voulant prouver rinçoht'rçnce dç JBossuet en cette matière, p|if 4es ettres de Fénelon de Tan 1711, confond évidemment Bossuet avçç dç h{%ê^, son succesèeur. Bossuet était mort en f70l. Éditeur.

DU COMxVlîîrCEMEiVT J)U XVIII* SIÈCLIÎ. 45

d'Ypres, il lui si|(Iii d'avoir une soumission de respect ^1 de silenoe, et oue tant qu'on ne pourra le convâinère juridiquement d'ç^voir soutenu aucune des propositions, on ne doit pas Tinquiéter, ni tenir sa fol pour- suspecte. a<^ Il croit la prédestination gratuite et la grâce etUcace par elle-tnéme; mais il avoue qu'il y a des grâces intérieures qui donnent une vraie possibilité d'açéotnpiir lescommandements de Dieu, et qui n ont pas tout leur effet par la résistance de la volonté. 3^ Il croit que nous sommes obligés d aimer Dieu par-dessus tout, et'.de lui rapporter toutes nos actions ;d'ou il conclut que les aptions qui ne sont pas faites par ^impression de quelque mouvement d^amour de Dieu, sont des péchés, faute d^une fin bonne et droite. 4^ Il pense que Tattrition doit renfermer un commencement d'amour de Dieu par-dessus teutes choses, pour être une disposition sudisanteà recevoir la rémission des péchés dans le sacrement de Pénitence. 6^ Son sentiment est que celui qui assiste à la messe avec la volonté et Taffection au péché mortel, commet un nouiFeau péché, ô'' Il ne croit pas que la dévotion envers les saints, et principalement envers la sainte Vierge, consiste dans tous les vains souhaits et pratiques peu sérieusi'S, qu'on voit dans certains auteurs. 7^ A la vérité, il ne croit p£|s }i la conception immaculée de la Vierge; mais il se donne faiefi de garde de rien dire contre Topinion opposée à la sienne. %^ Enfin, il lit le livre de la Déquente communion d^Ârnauld, les Lettres de TabM de Saint-Cyran, les Bmures de Dumoat, la Morale de Grenoble^ les Confémtkç^ de Luçon et le Hituel d'j4lel. Il croit tous ces livres bons et approuvés, et pense de même des traductions du Nonveaq Testament en langue vulgaire, et même de la traduction dite de Mons^ qu'on peut lire dans les diocèses eu elle n's^ pas été défendue. A^prè^ cet eypoisé, le cqnfes^ S^r deoiîinde %\\ peut absoudre Tecclésiastique.

Quarante docteurs répondirent que ces sentiments l)*étq;içQt m nouveaux « ni singuliers, ni condamnés par VËglise, ni tels enfin que le confesseur dût exiger que Ton

46 TABLEAU UISTOUIQUE

y renonçât. Cette décision était du 20 juillet 1701. Elle avait* à ce qu'il parait, pour auteur le docteur Petitpied; du moins on assure, dans sa Fie^ qu'il dressa cette résolution. Elle fut tenue secrète assez longtemps, et ce ne fut guère que sur la fin de 1702, ou au commencement de 1703, qu'elle fut publiée avec une préface que Dupin luimême, l'un des signataires, qualifie d'impertinente» Les docteurs signataires assurèrent n'avoir eu aucune part à la publication de cet écrit. Quoi qu'il en soit, il excita les réclamations les plus vives. On vit aisément que la décision des docteurs tendait à anéantir tout ce qui avait élé fait dans le siècle précédent contre le Jansénisme (l)« L'évêque d' Apt la condamna le 4 février. Huit jours après, un bref du Pape proscrivit le Cas de conscience.

Les docteurs, efi*rayés de Torage, parurent vouloir revenir sur leurs pas. Le P. Alexandre, un des plus célèbres des signataires, assura dans une longue lettre à Tarchevêque de Paris, qu'en disant qu'il suiiisait d'avoir sur le fait une soumission de respect et de silence, il avait entendu une soumission sincère d'esprit et de cœur, une soumission de son proprejugementaujugementde TEglise. Il protesta reconnaître dans l'Église une infaillibilité de gouvernement et de discipline clans la décision des faits doctrinaux, et croire qu'on ne peut, sans péché mortel, refuser opiniâtrement de signer le formulaire. Quelques autres docteurs signèrent aussi un acte où ils décidaient qu'on doit à l'Église, non-seulement un silence respectueux, mais encore une créance intérieure et un acquiescement véritable de cœur et d'esprit. Les autres signataires, au nombre de vingt-quaire, écrivirent au cardinal de Noailles pour se soumettre au jugement qu'il porterait

(I) On peut voir dans V Histoire de Bossuet par M. de Bausset, livre xii, tï, 2, « comment au premier éclat que fit cette nouvelle attaque du parti janséniste, Bossuet prit feu ; « (c'est l'expressiou dont se sert Ledieu. Dès ce moment il travailla avec prudence, mais avec activité, à amener le cardinal de Noailles à agir de concert avec lui. Ce point était d'autant plus important à obtenir qu'on accusait le Cardinal de n'avoir pas mis assez d'empressement t condamner le Cas de conscience. Editeur,

DU GOMMEirCEMENT DU XVIII* SIÈCLE. 47

aop leur décision. Toutes ces rétractations étaient Teffet des soins du cardinal lui-même, qui n'avait rien épargné pour amener les docteurs à cette démarche. Il donna aussi soa Ordonnance, datée du 22 février, mais qui ne parut que le 5 mars. Aussitôt les docteurs révoquèrent leur signature. Il n^yen eut que deux qui le refusèrent, Petitpied et Delan ; encore ce dernier se soumit-il dans la suite, Petitpied, Tauteur même de la résolution, persévéra à la défendre, fut exilé à Beaune, et se retira depuis auprès de Quesnel en Hollande.

Cependant, un grand nombre d'évéques se déclaraient contre le Cas de conscience et donnaient des Mandements pour le proscrire. Outre le cardinal de Noailles, il y en eut environ dix-huit qui s'expliquèrent à ce sujet. Seulement, comme quatre d'entre eux avaient inséré dans leurs Mandements le bref du 12 février, qui n'était point revêtu de lettres patentes, il y eut des parlements qui, pour cette raison, en appelèrent comme d'abus.

La faculté de théologie de Paris, qui eût dû se montrer la première, ne prit, que le 4 septembre 1704, une délibération pour censurer le Cas de conscience et exclure de son sein ceux qui ne voudraient pas se soumettre. £n conséquence, Petitpied fut rayé du tableau. Enfin le Cas de conscience fut aussi proscrit en Flandre par rarchcvéque de Malines et l'évéque de Liège, et par les facultés de théologie de Douai et de Louvain. Celle-ci donna même à ce sujet, en 1705, une seconde censure fort détaillée, où elle reprenait, article par article, ce qu'elle avait trouvé de blâmable dans la déclaration de l'ecclésiastique sup-* posé.

Ces difierentes condamnations ne ramenèrent pas ceux qui les avaient provoquées; et nomme ils se retranchaient toujours derrière le silence respectueux, prétendant qu'ils n'étaient tenus qu'à ne pas contredire ouvertement les décisions de l'Ëglise, et ne cessant cependant d'écrire contre elles. Clément XI voulut leur ôter ce dernier subterfuge par une décision plus solennelle.

48 TABLEilU fII6¥OftIQUB

l»e 15 juillet, il donna la eonstiluliob FmrMi AmMM Elle iui avait été demandée par les ràs de Fraén et d'Espagne, et \^v plusieurs évêques qui Voyaient let pro« grès des nouveautés dans leurs diocèses. Le Pape y odnfir» niait de nouveau les bulles d Innocent X et d'Aléxaii« dre YII, a qui avaient fini la cause, et auraient du^ dit^ilî » finir l'erreur, s'il ne s'était trouvé des hommes ijui éta* » ploient mille subterfuges pour trotibler TEglise. n

Il se plaignait qu on abusât principalement du bbef de Clément IX aux quatre évéques, et de ceux d'Innecenl XU aux évéques des Pays-Bas, a comme si^ ajoutait«il> Clément, » qui déclarait dans ce même bref qu'il demeurait très^fer* )) memenl attaché aux constitutions de ses prédécesseurs^ et » qu'il avait exigé des quatre évéques une obéissance vraie )) et entière, et une souscription pure et simple^ eût admis » effectivement quelque exception ou reslrit:tion dans le )) temps même qu'il protestait qu'il n'en aurait jamais » admis aucune; et comme si Innocent Xll^ en déclarant » avec sagesse et précaution (|Ue les propositions extraites » du livre de Jansénius^ ont été condamnées dans le sens » évident que les termes dont elles sont composées pré* » sentent d'abord et expriment naturellement ^ avait » voulu parler, non du sehs pmpré et naturel qu'elles » forment dans le livre de Jansénius ou que iansénius » a eu en vue, et qui a été condamné par Innocent X ei . /) Alexandre Yll^ mais de quel |ue autre sens différent ; et }) comme s'il avait voulu adoucir, n^streindre ou changer )) lei^rs constitutions par ces mêmes brefs, dans lesquels » il assurait qu'elles étaient encore dnns toute leur force )} et qu'il y demeurait fortement attaché. »

Le Pape en Venait ensuite à ceux qui prétendaient qii'il n'était pas nécessaiiede condamner intérieurement comme hérétique le sens du livre de Jansénius^ mais qu'il siilii^ sait de garder sur cela un silence respectueux^ « Sous le )> voile de cette trompeuse doctrine^ disait-il, on ne quitte » point l'eiTeur^ on ne sait que la cacher, en couvre la » plaie au lieu de la guérit*, on ki'obéit pas à TËglise^ mais

VV COMMESrÇEHENT DU XVIll' SIKCLE. M

)»oa s'en joue* Bien plus, queiqueà-Uds n*oht pas draint à d*àt§brér que l'on peut licitement souscrire le fermûs » taire, quoiqu'on ne juge pas intérieuiletheht ijue le liVré » de Jansénius contienne une doctrine hérétique : éomtne M s'il éiàit peHnis de trompet* TÉglise par un seraient^ et » de dil^e ce qu elle dit sans penser ce qu'elle penséi % Knfin le Piipe déclarait qu'bn ne satisfait points par le sUefive resffeétiteuœ;^ à lobéissance due aux constitutions) el que 1 on doit regarder comme hérëlique et l^ejeter de cœur le sens du litre de Jansénius, qui à été condamné dans lies citiq propositions ^ et qtie leurs propres term^ présentent d aboi*di

Une décision aussi précise forçait Terreur dans ses deri^ âiei^s retHincbements. Sous ce rapport^ Id bulle FihewH Domini est Vû\ï des monumen)^ les plus importants de Tenfieigneiilent de rÉgtisé : elle fut acceptée aVee sedmis^ sien par les évéques de rassemblée du clergé de 1706$ itlalgré quelques diliiciiltës accessoires doht il sera parle sur lahnée 1706 à Toecasion d'un bref du Pape adr^sé auK melubres dé cette assemblée.

Cependant il se trauva des gens qui^ à rof*ce de subti* Utési préteildirent c|u'elle ne décidait rien; C'était une triste consolatidfl ^b'ils voulaient se prbcurer dans leur disgrâce. Au fond, ils savaient qu'en penser^ et la simple lediure de hà bulle réfutait leur allégétioui

im ëbHfëëlalioifS sU^ le ^îlëhce f'esfièéliiêtijx: ii'ëtaMat ^s éHëdfé téï'mlhgeâ,- q»ë l'Sh allait étt vbi^ Mim d'aâ^ trë» fiott iiiôihs funësiës; Le siècle ^ré6ëâèht fivalt VU relise th)îlbléë potir V^ngkiKhus de l'ëvèqtlë d'Y^n^ësi par la ëhsllelir et lopiHiâtreté qii'ôil avait mîséâ h lé éi* fghdrë: Le tivl^ des RëfléitonÈ fhbralfèi si^ le NàïtS^èm- T^tûMèHU du P; QueëHël^ ext;ita Ahi le§ fireitiièt'ëââililées dUdli-huiiiètne^ifecléd^aUtre^ tft^dblesnon iht^iriâFuhëstéi:

Cël ètttfiigè dfait |>rld sdccëilstvelnétii différë&tes fef^

50 TABLEAU HISTOAIQCC

mes. Ce n euU eo 1671, époque où il parot pour la première ibis, qn*nn seul petit volume, sous le titre i^ Abrégé,, de la morale de F Évangile, ou Pensées chrétiennes smr le texte des quatre Êuangélistes» Le livre, dans cet éiat^ ne contenait que de courtes réflexions sur les Evangiles, et ce fut alors que M. Vialart, évéque de Châlons-sur-Mame, y donna son approbation. Huit ans après, il parut nn second volume qui renfermait les Actes des Apôtres et le reste du Nouveau-Testament, avec des réflexions fort courtes. Mais M. Vialart n^eut aucune connaissance de cette suite , et bien moins encore des nouvelles éditions faites depuis, et que cet évéque n'approuva ni ne put approuver, quoiqu'on y ait toujours inséré son approbation et qu'on ait voulu faire croire que l'ouvrage était imprimé par son ordre. Cependant Tauteur y travaillait sanscesse> et à force de le retoucher et de l'augmenter, il le 6t paraître en t693, en quatre gros volumes in-8**, sous le titre de Réflexions morales sur le Nouveau^ Testament. 11 était alors retiré en Belgique, auprès du fameux docteur Antoine Arnaud, qui était regardé comme le chef du parti janséniste, et lui-même servait avec ardeur la même cause en publiant pour sa défense de nombreux libelles: nous aurons occasion, dans la suite de ce Tableau liistorique^ de raconter plusieurs de ses aventures.

On ne peut s'empêcher de reconnaître que le livre des Réflexions morales était, sous bien des rapports, de nature à faire la plus dangereuse illusion. Les erreurs y sont cachées sous un vernis de dévotion, et exprimées dans un style plein d'onction : on est étonné, en approfondissant une réflexion pieuse en apparence, de voir qu'elle ne fait que servir de voile à un principe faux, quelquefois même à une satire. C'est cette adresse et ce ton qui ont malheusèment séduit des gens qui ne cherchaient d'abord qu'à s' édifier, et qui l'ont rendu si cher au parti. Au lieu que VAugustinus de Jansénius ne pouvait être abordé que par les hommes d*étude; un ouvrage français, d'une lecture facile, était propre à répandre le poison dans toutes les

l^^oUuBes^ et en particulier, à attacher à une doctrine pemiles personnes de piété. En faisant tout à Theure !aiMiI}se de la bulle Unigènitus^ nous donnerons une idée dm «ystème de lauteur.

Od ne manqua pas d'insérer dans Tédition de 1693, si notablement augmentée, l'approbation donnée autrefois par M. Yialart, qui était mort dès 1680. On y joignit avec plus de fondement celle que donna, en 1695, M. de Noailles, successeur de M. Yialart sur le siège de Ghâlons. Ce prélat fit, dans un mandement, un éloge accompli de l'oovrage, et assura qu'on y trouvait tout ce que les Pères ont écrit déplus beau etde plus touchantsur le Nouveau- Testament ; et c'est cette première erreur du cardinal de Noailles qui a été la source de tant de fausses démarches auxquelles il se laissa entraîner dans la suite.

[[Ce prélat, ayant été transféré en 1696 sur le siège de Paris, fit paraître peu après une Ordonnance contre }l Exposition de la foi, touchant la grâce et la justification y ouvrage composé par De Barcos, neveu de Saint-Gyran, l'ami de Jansénius, et tout -à-fait infecté des erreurs de l'^ugustinus. Il est certain que cette Ordonnance, très- remarquable pour le fond et pour la forme, avait été composée par Bossuet, et c'est avec raison qu'on Ta insérée dans ses œuvres (tome vu, édit, de Versailles) : elle combat avec énergie toutes les fausses doctrines des jansénistes, et elle démiasque tous leurs artifices. C'est à la suite de cette condamnation que parut un libelle qui piqua vivement la curiosité du public sous le titre suivant : Problème ecclé^ siastique, proposé à M, Boileau, de Varcheiféché de Paris: A qui Von doit croù^e^ de M, Louis^Antoine de Noailles^ é%féque de Châlons en 1695^ ou de M. Louis^A ntoine de Noailles, archei^éque de Paris en 1696. On y faisait le parallèle des Réflexions morales^ approuvées à Gbàlons, et de V Exposition, condamnée à Paris, et l'on montrait assez clairement que la doctrine des deux ouvrages était parfaitement la même. Le parti janséniste attribua d'abord <:et écrit aux Jésuites, et en particulier au père

5S TABIifi\U niSTOniQVB

Dftniel; iuûU^ ail conti^ire, il parait ph)uVé qu*il était Vfam vrage de Tun des prétendus disciples de Si Augustiti9.«l l'fHlteur élait le bébédietia U. Thietry de ViaUtie^ fort connu par son allacbement aux nouvelles doëtrineg» JM« réré au patlemeilt par Daguesseau ^ alors avœat génét^l, le Problème fut condatndé, par arrêt du 10 janvier iiW^ k être lacéré et brûlé par la main du bourreau; ]]

Les aiiils du P. Queshel prièrent M. de Noailles Ad renouveler, pour le diocès(i de ^Érié) râpprobation qu'il avait d'abord dt^hnée à Ghàléns \ mais le prélat^ àtertl par là rumeur public|ùiEi^ ne voulut s'engager à renuuTcteir rapprobation qu'àprèi^ avoir sdutUiis rouvMgë k lia t*évisitA dé quelques théulogtensi II invité BossUét il dirigi^ oë travail» Le savant ptnélat^ pt^évoyant hs enragea dUë isH ouvrage susciterait à iin archevêque dont 1 inHuenee pouvait être utile a rEglise^ hé se refusa pës d'abot-d à ses désirs, et il euuiposa même un A\^éiti^iiBment qui dé^^ vaii être placé à la tête de la nouvelle édition ; mm il «xigëa^ eomme condition indlsnéûsable^ qu'un fit à i'ou» vrftgë un grand nothbre de ëhângdments qu'il truHVait essentiels. Le P. Quesnel, et ôëUJt qui agissâieht en Sun nôoi à Paris^ ne Toulureut jamais isé pi^êter aUi fmèd du Bessuet. Le cardinal dé Noailles lui-même eut lu faibleSlié de croire son honneur Intéressé à n'admettre âUt!iiit libutt^ gétnent à un ouvrage qu'il avait apptëUvé; et d'UiA ttttti^ cdté, par suiie de cette indétiâiôU de tHit*actèré duut uuui lUiTerrons donner tantdëpt^eures^il ref\]sa de tHétfUUtëlisir soh approbation. [[Bossuet relira dès \&t^\''As^ihsmvmt qu'il avait cohimèiicé a préparer^ et il éomprit tuut eë que Quësnel et ses partisans aVaieht d'obstinatidU. dh vui^ par lés preuves lès ^lusàutheniiquks^ qu'il tt^ôùvatt fephfs diiites dÂns ce livfë les erreurs de Jansénius) et qu'il avulk eiirm déblàré que le livre n^ iHîpài^hsnA HuUëhtmé êHê^ c^tibld de èc^reefiDfi^. AUssi^ quand aplës la iilbt^ de Bleuet, le P. Quesne^ s'étaiit prééut-é^ par UH ftiêyëtt fraUdulebX) les uiatéHuuJt dlâ l'écrit de BUssUët) It^êUI puUi^soua le titre de iHst^fbèMm HuBi^ilMém tm^

DU coM^rfcirCKîIfFirt ur xvtîl* sikcle, 5S

nd0$iparfea M-. Sûssûët^ lé ëardihal de Bi§&y, sàh Shdoimeur dans i*ëvéchéde Méâuj[, rëclAmA âtissitât put uti BMhdeaaeht public^ itiVdqUUttt le témoigtiëge dl^ {Mel^sotibes encore mantes qui avaient Bouvenl ëbtendti bs déclaratidMdeBos8uet,eides Janâétiistes enx-mémë^ tjui ^^étâiéât vivement plaints de sa fei*îtielé (1).]]

Presque aussitôt après ^Ué réditiob de 1S&3 à^ait été ])tibliéej le livre dés Ré^exbms motàiéi était dévetiu robjetdésérieu^stH$ëlâiii(i!iôH&. FrottiageàU, ^vabt docteur de Sorbdnne) avait déhdkicé, dès rânilêe ^Uivahte, 1694 4 cent quatihë-vitlgt di^-tieuF [ifoi^bsittôtis cbtnttie errmées et dignes dé censUrë. Le Pï-obléftiis ^'cdéitmilque dont dètié venons de paf lei^ âe fit qu'ëxôilér raliehtit)h du publie. Bientôt les Condamnations roi'itiëlleë cônimeneèrent et se multiplièrent t*âpideniédt. M. dé Cotonglie, évéquè d'A{)t, le bénsut*a lé 15 bëtobrë 1703; il Fut égaletanentpt^esèrilen 1704 pat* réVê^Uë de Gap, pàf révêqtie de NeVei^ et rarchévéqUe de BësaiiçOh éh l^t)7. Le pépe Gl^mentXI le condamna ()ar un bref sôlehhel, 16 13 juillet 1708; L'auiëur janséniste de VHhtotï^ ÛÛ tm^é liés HëJfeJmm ffvoràhs^ dont le t^rërtiief VolUmë jrârUt ëH 1719^ eoûvient) p. 12^ qu'il f^ut déféré à l'inquisition peu

(O On pe«t Toir le précit de cette affaire dahi l'biitoire de Bâitilfct ^r Mf l'île Bjusset, livre xi, n^ 14 ; ks observations placées dans l'édition des leuvrrs de Versailles, tome i, page Lxiii, on y trouver i la partie principale dd iUahiiémént de M. dé Bissy. Voyez anssi les PrœlecUones iheologicc» de'gYaïid^ publiées pair Montaig^iie kuus le nom deTournely, tome i, page 372* Ùèi «uteiii* hippbiriè le préns d'une lettre très curieuse de M. de S. André» Arbiitdîà(:^é de MeaiiXi et Grand-Vicaire de Bossuet, dans la(|m*ile il rapporté ce qii'il avait souvent entendu dire à Bossuet sur cette affaire » et ea p.iriicîiliér qii'il y avait dans Toùvrage plus de cent propositions à cori^ riger, ete. Cette même lettre se trouve aussi dans la cinquième instruction dé W^ Làhiuet, évéque de âdissons, et depuis archevêque de Sens.

Chi ne i>eiit comprendre comment, après des documents si counus , M. toorW'her, dans son tiUtoirè de l'Église calholiquCf tome xxvi, pige ils, a parlé de cette prétendue /ujfi^ca/io/i, comme d*uo ouvrage antbëntiqne, dans lequel fiussuet exalte l'ouwrage du jansenhu QuesneL Lea inductions dé l'âistoH en sont encore plus étranges, lirquel avance que^ prir cei écrit et par d'autres, il lui pàVatt e\fideiit que Bossuet n'avait pas tihè idée bien netié de la nature et de là grdce^ de Vordie naturel «t de VorUrè surnaturel quHl coi\fondua Vnn avec l'autre, etc, etc; Sdit,

de temps après qu'il eut été achevé, c'est-à-dire apparent ment vers 1693 (1). Il se trouva, ajoute-t-il, dans la cong;ré-» gation, des personnages qui eurent l'équité de demander à l'auteur des éclaircissements*, c'est ce qui fut fait, et Quesnel eut communication des difficultés : mais il n'était pas homme à reculer et à revenir sur ses pas.

Le bref proscrivait le livre a comme conforme à » la version condamnée par Clément IX , le 20 avril )> 1668, et comme contenant des notes et des réflexions » qui , à la vérité, ont l'apparence de la piété, mais qui » conduisent artiûcieusemcnt à l'éteindre, et qui offrent )) fréquemment une doctrine et des propositions sédi* » tieuses, téméraires, pernicieuses, erronées, déjà con« » damnées , et servant manifestement l'hérésie jansé-» )) nienne. » C'est ainsi que s'exprimait le Pontife (2).

De nouvelles contestations s'élevèrent en 1710, à Toc" casion d'une Ordonnance que les évêques de Luçon et de La Rochelle avaient publiée contre le livre des Réflexions morales^ et dont le cardinal de Noailles se crut offensé. (Nous donnerons, sous la date de 1710, les détails particuliers de cette affaire.) Comme le Cardinal déclarait que, si le Pape jugeait à propos de porter contre cet ouvrage une censure solennelle, il recevrait la constitution avec une parfaite soumission d'esprit et de cœur, Louis XIY

(1) On peut juger par ces actes authentiques avec quel fondement il est dit dans quelques écrits que les Réflexions morales avaient été lues pendant quarante ans avec édification, et sans exciter aucune plainte, il faut d*abord de ces ({uarante ans retrancher tout l'intervalle depuis 1671 jusqu'à 1693 1 temps oii le livre était loin d'être ce qu'il devint depuis; on vient de voir s'il est vrai que depuis 1693| il n'avait excité aucune réclama'tion.

(2) La date de ce premier décret prouve quel fonds il faut faire sur les recueils d'anecdotes, oii l'on prétend que ce fut le P. Letellier qui exigea impérieusement du Pape, la bulle Unigenitus, qui mit le sceau à la con^^ damnation du livre de Quesnel. Le bref de 1708, rendu à une époque oîi Letellier ne pouvait avoir aucune influence à Rome , puisqu'il ne fut confesseur du roi que l'année suivante, montre ee qu'on y pensait dès lors des Rt^Jlexlons morales^ et si on les y avait jugées aussi innocentes que le prétendent quelques historiens. En général, il faut se défier des anecdotes qu'on trouve sur ce suj t dans le Siècle de Louis XlVy par Voltaire; dans les Mémoires secrets de Duclos , dans V Histoire de la Réffenccj par Mar-

J>U GOMMENCKMEJNT DU XVIIl' SIÈCLE, 55

demanda au Pape une constitution solennelle qui tranchât définitivement toutes les questions. Tel fut lobjet de la célèbre bulle Unigenitus Dei Filius^ qui, après un long et mûr examen, parut le 8 septembre 1713.

« Le Fils unique de Dieu, y disait d'abord le Souverain

» Pontife, nous a donné un excellent et salutaire

« avertissement, lorsqu'il nous a dit de nous tenir en garde » contre les faux prophètes^ qui viennentà nous revêtus de » la peau de brebis, et de nous défier principalement de ces » maîtres de mensonges qui, sous l'apparence d'une piété » solide, insinuent imperceptiblement leurs dogmes per-

» nicieux, , s'enveloppant des paroles des saintes

» Écritures ou de celles du Nouveau-Testament, qu'ils » dénaturent pour leur propre perdition et celle des au- )i très. » Il montrait ensuite que ce caractère hypocrite se trouvait dans le livre des Réflexions morales, « A lapre- « mière ouverture du livre> le lecteur se sent attiré par » Tapparence de la piété; les paroles sont douces comme }) rhuile, et cependant elles sont comme des traits prêts à » partir de l'arc pour blesser dans l'obscurité ceux qui

)i ont le cœur droit C'est pourquoi, ajoutait-il, plu*

» tôt que d'indiquer seulement en général, comme nous » l'avons fait précédemment , cette doctrine artificieuse^ » il nous a paru plus opportun d'indiquer clairement et » distinctement cette pernicieuse ivraie, qui est cachée » par le froment auquel elle est mêlée. » Après avoir donc

montcl, et dans d'autres écrits, soit plus anciens, soit plus récents. Leurs au* teuTsse sont copiés les uns les autres. Us ont consulté les Mémoires de Saint-- Simon, et d'autres sources suspectes ; ils font parler et agir leurs personnages d*après des rapports et des traditions sans aucune autorité. Ils racontent beaucoup de faits satiriques , de propos piquants, de conjectores malignes. Ce n'est point ainsi, à notre avis, qu'on doit écrire l'histoire, et Fon Terra que nous nous sommes constamment interdit la ressource facile des anecdotes, des oui-dire et des conversations. Nous avons composé nos Mémoires sur des monuments plus graves et plus authentiques, et nous avons laîsaé de côté tous ces menus détails, ces traits malinsj ces discours et ces plaisanteries qui portent le caractère de l'esprit de parti, et qui, étant déponrrus de tout caractère d'authenticité, ne peuvent entraîner Tassentiment dTnn lecteur judicieux. C'est une observation que nous avons déjà faite, et <!•€ noiii sommes bien aise qu'on ne perde pas de vue.

o6 TABLKAl. UISIOUIQUE

fait mçiilipD içA ipstances qui lui avaient élo faites par les é^êquP^ 4i^ FHinç^ et par ie rpi lui? même, et après a^ir parlé de Texmiien sérieux et approfondi fait par son erdre, le Papesigna|f|i(|eseentet une propositions extraites du }îVFe 4ti P- Ouesnel. n Toutes et chacune de ees proposi-

V fêtions., disait-ii, nous tes condamnons et réprimons res- M p^tivemeutj comme fausses, captieuses, mal sonnantes,

VI ûffe^^ives des oreilles pieuses, scandaleuses, pernicieuses, tt ^émép^ires, injurieuses envers TËglise et ses usages, ou- )» trageanles, non-rseulement pour TÉglise, mais pour les 1» puisi^uces séculières, séditieuses, impies, blasphéma- » triçes, suspectes d'hérésies et sentant Thérésie, fatpi^- H hies k l'hérésie el au schisme, erronées, voisines de l^héuréiiie et souvent condamnées, bien plus comme étant tt héiéliques et renouvelant diverses hérésies, en pariitt çuHer celles qui sont contenues dans les fameuses pro- ¥1 positions de Janséntus, selon le même sens selon leauel )^ elles ont été condamnées, n

[[Ce n'est pas ici le lieu de rapporter en détail \ç$ cent ^t une propositions; mais il sera si souvent parlé des conséquences de celte condamnation, la secte sW tellement attachée à défepdre ce livre, qu'il nous parait essentiel de présenter une courte analyse du système de Qt](èsnel : nous espérons la rendre facile h suivre et h retenir, tout en y suivant loiHJre selon lequel sont placées les propositions dans la bulle Unigenitus. Celte analyse est nécessaire pour se faire une idée nette du Jansénisme. On oompr^ndra mieux ensuite comment une doctrine, qtii ne se présentai^ que isons les formes de la dévotion, a non? seulement ruiné la piété dans une infinité d'âmes, mais contribué au progrès de Tincrédulité, en obscnrciss^^nt tonle^ lç$ notions, et en ruinant tout respect pour lauioi^té de rÉglise.

pans un si gr^n4 t^on^W^ d^erreurs, on peut signaler ttx>is çbefs principaux x

I. Le premiersé rapporte aux conséquences de ce funeste principe, base commune du baïanistne et du janséni9me>

BU COMMfiKCRMKKT DU XVIIl* SIECLE. oT

qoB, dans Tétai de la nature tainbée, le libre arbitre de rkemme pèche nëeessatrement , si une grâce dominanle lui manque | parée que sa volonté obéit nécessaire* ment eu k la cMpidité, ou h la m*âce, selon qu-elles Pempertent relativement dans son cœur. Les 33 premières propositions se rappor lent presque toutes ans conséquences d^uB si ftineste principe. « Que reste^^^il, dit Quésnel, à « ose &me qui a perdu Dieu et la grâee, sinon le péché et » ses suites, une orgueilleuse pauvreté et une indigence «paresseuse, e'esi-à*dire une impuissance générale au » travail, à la prière et k toute bonne œuvre. » (Prop. 1 .)

Les propositions suivantes déterminent bien le sens de l'auteur.

On y voit d'abord que, confbrtpément k la première pro* position de Jansénius, il y a des commandements impossibles aux hommes, parce qu'ils sont destitués d'une grâce rela Ive ii leurs besoins : « Quelle différence, â mon Dieu, 1» entre Talliance judaïque et ^alliance chrétienne. L^unc n et Tautre a pour condition le renoncement au péché et n I^Gomplissement de votre loi; mais l&^ vous Texigcz » du pécheur, en le laissant dans son impuissqpce ; ici n vous lui donnez ce que vous lui commandez, en le pu- » rifiant par votre grâce. » (Prop. 6 et 7.)

« Nous n-appartenons à la nouvelle alliance qu'autant « que nous avons part h cette nouvelle grâce qui opère » en nous ce que Dieu nous comman(|e. » (Prop, 8.)

Cette autre proposition de Jansénius, «qu'on ne résiste % jamais à la grâce intérieure^ » est exprimée en bien des manières dans la proposition 10 et les 15 suivantes : a La 9 grâce est une opéi^tion de la main toute-pqissante de % Dieu , que rien ne peut empéoher ni retarder. » (Prop. 10.)

Selon Quesnel , « Taccord de l'opération toute-pnis- » santé de Dieu avec le libre consentement de sa volonté > nous est montré d'abord dans rincarnalipn, comme dans » la source et le modèle de toutes les autres opérations » de la grâce, toujours aussi gratuites et aussi dependan-

» tes de Dieu que cette opéralion originale. » Puis « dans la création, d^ns la résurrection^ dans les miracles, eta, » (Prop. 22, et suw.) » ce qui renferme évidemment la troisième proposition de Jansénius, que « pour que le libre )) arbitre puisse mériter dans Tétat présent, il n'est pas v nécessaire qu'il soit affranchi de la nécessité. »

La cinquième proposition de Jansénius n'est pas moins nettement adoptée par Quesnel : a Jésus-Christ s'est livré )) à la mort, a6n de délivrer par son sang les aines, » c'est-à-dire les élus> de la main de Tange extermina- » teur.» (Prop. 32. Voyez également Prop. 31, 33, etc.)

II. Le second chef comprend les propositions qui renouvellent plus spécialement les erreurs propres à Baïus.

Gomme ce novateur, il disait, par rapport à l'état de la nature innocente^ que « la grâce d'Adam ne produisait » que des mérites humains; qu'elle était une suite de la » création , et qu'elle était due à la nature saine et en- )) tière. » (Prop. 34 et 35. Voyez encore 36, 36 et 37.)

Par rapport à la nature tombée^ il disait, ainsi que Baïus, (( que le pécheur n'était libre que pour le mal, sans » la grâce du libérateur. » (Prop. 38 et suiv,)

En effet pour Quesnel , comme pour l'ancien professeur de Louvain, « il n'y a que deux amours d'où nais- » sent toutes nos volontés et toutes nos actions, l'amour » de Dieu, qui fait tout pour Dieu et que Dieu récom- » pense ; l'amour de nous-mêmes et du monde , qui ne » rapporte pas à Dieu ce qui doit lui être rapporté, et » qui, pour celte raison même, devient mauvais. » (Prop. 44.)

(( Quand l'amour de Dieu ne règne plus dans le cœur, » il est nécessaire que la cupidité charnelle y règne et » corrompe toutes les actions . » (Prop. 46. Voyez aussi les suivantes, 46, 47, 48, 49, 50,51.)

Quant à l'élat de la nature réparée , pour Quesnel, comme pour Baïus, « la seule charité fait les actions chréî) tiennes chrétiennement. »> (Prop. 53 etsuiu.)

« Celui qui ne s'abstient du mal que par la crainte da

DU COmiKirGËMiLliT DU XVIIl , SIKGLE. 59

» châtiment, le coiBmet dans son cœur, et est déjà coupa- » ble devant Dieu, » (Prop. 62 et suw.)

C'est encore à rimitntion de Baïus qu'il est dit que a Dieu n'afBige jamais des innocents, et que les afflictions » servent toujours ou à punir, ou à purifier le pécheur. » {Prop. 70.)

III. Le troisième chef comprend les erreurs relatives à rÉglise, à ses droits, à ses lois les plus générales; et ce qu'avaient dît soit Luther et Calvin, soil P. d'Osma, soit Richer, se trouvait renouvelé.

Ainsi, de même que Luther et Calvin avaient voulu ne considérer TEglise que comme la société des élus, Quesnel dit: «Marques de fUglise chrétienne : elle est catho- » lique, comprenant et tous les anges du ciel et tous les j» élus, et les justes de la terre et de tous les siècles. » (Prop. 72.)

Les six propositions suivantes inculquent plus formellement encore la même erreur.

C'est d'une manière conforme à l'esprit du protestantisme que la lecture de l'Écriture est présentée comme nécessaire dans, les propositions 79 et les six qui suivent : « Il est utile et nécessaire en tout temps et en tous lieux, » et à toutes sortes de personnes, d'étudier et de connaître )) Tesprit, la piété et les mystères de rÊcriture sainte : » la lecture de TËcriture sainte est pour tout le monde. » (Prvp. 79 et 80.)

• On reconnaît encore le même esprit dans la proposition suivante, qui insinue ou la célébration de l'Office en langue vulgaire, ou du moins la récitation du Canon de la Messe à haute voix, pratique très-chère aux jansénistes : (( C'est un usage contraire à la .pratique apos- » tolique et au dessein de Dieu que celui de ravir au siro- )i pie peuple la consolation d'unir sa vbix à celle dé toute )i l'Église. » (Pro;?; 86.)

Le jansénisme a renouvelé, en les exagérant itieme^'Ies anciennes erreurs condamnées dans Pierre d'Osma,.qui Youlait que la satisfaction précédât l'absolution. «.C'est,

)i dit Quséhely une conduite pleine de snges^, de lii- » mière et de charité, de dotiner aux âbies le têmpâ de )) porter avec humilité et de sentit* l'état du péché; de » demander Tesprit de pénitence et de contrition, et de » cdminencet* au moins à satisfaire à la justice de Dieu, n avant de les réconcilier. » (Prop, 87. Voyei: aus$i la àuivaiite.)

L'erreur capitale d'Edmoûd Richer se retrouve dans la 90"** proposition : « C'est l'Église qui a l'autorité de » l'excommunication , pour Vt^Lerder pat* les pt'ëfoiei's n'pasteiirs, du consentement au moins présumé dë.toiit le » corps. »

Les conséquences que tire Quêsnel de ce ptlncipe, qui à rapport à l'excommunication , méritent cl'aiitâtit plus l'attention, que maiiifestement il les appliquait, aidst que son parti, aux censures ecclésiastiques relatives h ses propres erreurs. « La crainte d'iine excommunication in- )> juste ne nous doit jamais empêcher de faire ùoite dë- » voir. On ne sort jamais de l'Église , lors même qii'ii » semble qu'on en soit banni par la méchanceté des hottin mes, quand on est attaché à Dieu, à Jésus-Christ et à » l'Église même par la charité. » {Prop. 91 et suw,)

Les dernières propositions reprochent à l'Église de laisser la domination s'exercer sur la foi de ses enfants^ de supporter une manière de prêcher qui est une marque sensible de la vieillesse \ de laisser changer en odeur de mort ce qui avait été mis en elle comme une odeur de vie; de favoriser la persécution contre les prédicateurs de la vérité, etc.

Du reste, « l'état d'être persécuté comme un hérétl- » que, un méchant, un impie, est ordinairement la der- 9 nière épreuve et la plus méritoire, comme celle qui » donne plus de conformité à Jésus-Christ. » (Prop. 98.) Enfin ) le dépit qu'inspirait aux sectaires les divers formulaires, est sensible dans la 101''*^ proposition : a Bien n D^est plus contraire 2i l'esprit de Dieu et à la doctrine yy de Jésus^Ghrlst, que de rendre communs les serments

DU COx^nit'JN' CEMENT DU XVIIÎ* SIÈCLE. 6i

n dans FËglise, etc. » 11 est assez aisé de voir ce que de semblables maximes avaient de séduisant pour des gens qui, se rendant ëU^-ttiétiieâ juges de Téquité des condamnations portées contre eux, faisaient consister leur droit à soutent^ des ôpitibûs proscrites, et à résister aux décisions de TÉglise.

La bulle Unîgenittti ne se contentait pas de Côddamtiet* les cent el une propositions : le Pontife ajoutait qu'il n'entendait pas approuver les autres propositions non condamnées; qu'il s'était aperçu qtlMI y en avait beaucoup d'autres qui contenaient les mêmes erreurs ; que le texte du Nouveau-Testament y était altéré, éloigné de la Vulgate, conforme à la version condamnée de Mons^ et dé^ tmtïké h des sen!l nuisibles. Il défendait entin de lire ôU de retenir Touvrage.

Telle est la âubsiauce de cette constitutioii, qiie hôtis terrotis attaquée avec tant d'opiniâtreté. Doit-on s^en élôniiet* ? elle a eu te sort de plusieurs autres jugements de rfiglise, qui ont révolté ceux contre qui ils étaient rendus. La ihanièfe seule dont elle été combattue est un préjugé en sa faveur. Le simple amour de la vérité n*eût pas ptôduit sans doute ce déchaînement violent^ cette Opinion ttimultueuse , ces clameurs et ces mouvements pâf lesqtiels les partisans de Quesnel se signalèrent , et qtte nous Verrons si souvent se renouveler dans le cours dtt XVlIIft siècle (1).

Après la Bulle CT/t^e/iiVu^^ commença une autre période da jansénisme, celle de VjippeL']\

(i) On petit ctmstiltet ftttf \H h\\s que Hottft àtrdns exposés, le traité IM Gtmtid, publié tons le nom ie TourMly, pw llontaiftfi€t dviu 1« pMli libtoriqac. Voves aussi rAYcriisscnent dcTeloppé, qm M. l^ablié GoMclia « nis ctttéfé du tome x des œa^res d« f énelon, édition de VeffMilles. Editeur

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