ALLEMAGNE
L'Allemagne, depuis les grands changements et les divisions intestines qui la déchirèrent au XVI' siècle, présentait un singulier mélange de religions différentes : les catholiques, les luthériens, les calvinistes, plus ou moins nombreux suivant les pays, se partageaient entre eux les souverainetés et les églises de ce vaste territoire.
[JPour faciliter Tintelligence de ce qui va suivre, nous rappellerons brièvement quelle était au commencement du dix-huitième siècle la division territoriale de rAllemagne, et quelle était son organisation.
L'empire proprement dit était divisé en neuf cercles, espèces de généralités ou districts comprenant une multitude des principautés ou villes libres dans une même régioDf dont chacune s'attribuait la souveraineté, et ne dépendait du chef de Tempire que dans certaines limites (1). A ces neuf cercles se rattachaient naturellemeiiC plusieurs parties très-importantes , qui n'étaient pat oen« sées af^rtenir à l'empire proprement dit, mais qai fiiiisif (»t partie de l'Allemagne, comme la Prusse, la Bohême^ etc«
Nous indiquerons les principales souvenineiéi cx9clé« siastiques qui étaient encore reconnues dans cbaetsn
(1) On âTâit aatrefoîs compté un dUièiM Ccttle^ «iai le BM >ry » fc »,^^ parce que les empereurs de la Maison à'XmUitktt •J'^ ntm^U fk^f rfjv^^ des Ducs de Bouffonne, et en particmlier les Tmj%^m tni^ml ♦4i*-t.l^ ^ rtnuexer à rEmpire, afin d'intcrrMer les autre» Eto*» » •• éM-»'.^ ^ ; \. dtas la réalité cm prorinres n'appartmairut pa« à rE«|«rf .
128 TABUUU HlgTORIQUB
des neuf cercleg, et Ton verra que, quoique TEglne tAl fait de grandes pertes par suite du traité de Westphalte, en 1658» elle possédait encore de nombreuses et itnporCAtitct principautés au commencement du dix*huitième siècle.
Les trois cercles du Nord, étaient la Westphalie^ U Basse-Saxe, et ]a Haute-Saxe.
Dans les Etats de la Westphalie , le protestanttme dominait plus généralement \ et cependant on y ooinptait encore un grand nombre de souveraitietés eoclésiastiqiMS très-importantes. Les principales étaient les évêcbés de Liège, de Munster et dePaderborn ^ puis les anciennes abbayes de Cirrey , Essen et Stavelon. L'évêché d'Osnabruck, dont le titulaire comptait aussi parmi les princes de TEmpire, était, en vertu du traité de Westphalie , successivement occupé par un catholique et par un protestant, à condition que, dans le dernier cas, Tadministrutiôn temporelle serait exercée par Tarchevêque de Cologne. Dans la plus grande partie des États de la Bâsse-Sa^e, comme dans le Holstein , le Mecklembourg, le Hanovre, le Brunswick, etc., etc., le protestantisme était dominatit» L'Église avait perdu le riche archevêché de Magdeboufg et l'évéché de Halberstadt, cédé aux électeurs de Brandebourg-, Tarchevéché de Brème, cédé alors à la Suède; l'évéché de Lubeck, également occupé par un prince luthérien , qui était obligé d'avoir un grand-vicaire Catholique , et d'autres possessions importantes. Elle conservait encore à litre de principauté souveraine les possessions de révêqued'Hildesheim.
Les catholiques ne laissaient pas d'être nombreux dans ces contrées. Lorsqu'en 1692, Léopold donna le bonnet électoral au duc Ernest-Auguste de Brunswick, en qualité de duc de Hanovre, il exigea que le nouvel électeur accoitlàt un« église aux catholiques du Hanovre, et qu'il permit à un vicaire apostolique d'y résider (1). Un frère
(1) Le pape Clément Xi, ayant eu connaissance de la création du BOlifcl clectorat, d'abord restée secrète, réclama avec force, soit en vertu dea droits du Saint-Siège dans la constitution de l'empire romain, soit à raison des in-
DU eOMaUSIlCIWBKT DU XYIII° SIÈCLE. 1£9
d'EniMti Jean-Frédéric, duc de Galemberg^ mort lur le fio du seizième siècle, était catholique» ainsi que la prin-* cesse son épouse et ses filles. Nous verrons dans la suitt un autre prince de Brunswick-Yolfenbuttel se déclu^lr pour cette religion avec beaucoup d'éclat.
Dans le cercle de la Haute-Saxe, lesévéques de Mers^ bourg» de Meissen et de Naunsbourg, étaient encora cooiptés parmi les princes de TEmpire. Mais les princes protestants s'étaient fait attribuer Tadministration de cas ricbes propriétés. Le protestantisme dominait dans les Etats de Télecteur de Saxe et les autres principautés saxonnes » ainsi que dans les possessions de Télecteur da Brandebourg» qui avaient déjà agrandi sa puissance aux dépens de PÉglise, ce que devaient continuer ses successeurs, jusqu'à Tentier anéantissement des princi*» pautiés ecclésiastiques.
Les États de cet électeur s'étendaient bien au delà à^ limites de l'Empire, tout le long de la mer Baltique, e( foraiaient ce qu'on appelait la Prusse proprement dite* Frédéric P** venait, vers la (in de l'année 1700, d'obtenir le titFç de roi de Prusse. L'empereur Léopold» qui, pour la réoompeqser d'avoir abandonne le parti de la France dans les guerres précédentes, lui avait fait cette grande cou** cession / tt'en prévoyait vraisemblablement pas toutes les co&séquences. Dès lors les protestants purent opposer à TAutriche une puissance rivale qui s'éleva rapidement à touta la baateur d'un Ëtat de premier ordre « et dont les agrandisseq^ents au nord et au centre de l'Allemagne compromirent souvent la situation de l'Au'! triche ellerméme. Le pape Clément XI semblait avoir la pressentiment.de ce qui devait arriver, lorsqu'il réclamait avec énergie contre cette mesure , soit auprès de Léopold luî-m4me, soit auprès des princes catholiques. Le Pape s'appliquait surtout à faire comprendre combien il
tétèU de la Religion qui était sacrifiée h la politique. Voyez Policlori, De vUâ ^ gestis démentis Xfy liyre ix, p. 10.
130 TABLEAU HISTOEIQUE
était inconvenant et périlleux de sanctionner par ce titre l'usurpation odieuse que les marquis de Brandebourg avaient faite autrefois de la Prusse, qui appartenait à Tordre Teutonique. Léopold , dans les explications qu'il donna au Pape, prétendit que ce titre ne donnait aucun accroissement réel de puissance à la maison de Brandebourg , et qu'il lui serait même plus onéreux qu utile. La suite des événements n'a pas tardé à prouver le contraire (1). ]]
L'électeur de Brandebourg professait le calvinisme ainsi que sa famille, quoique le pays fût luthérien. Cependant, au commencement du dix-huitième siècle, les catholiques étaient assez nombreux à Berlin, et y obtinrent bientôt une église pour l'exercice public de leur culte.
L'électeur de Saxe , Frédéric- Auguste , avait renoncé au protestantisme en 1697, au moment de son élection au trône de Pologne. Quels qu'aient été dans l'origine les motifs de cette démarche, la Providence les destinait à en tirer un grand avantage. Nous parlerons ailleurs de la profession que fit également du catholicisme son fils et son successeur. Il était consolant pour l'Église de voir cette même maison, qui, dans les commencements de la prétendue réforme, avait si puissamment protégé l'hérésie, l'abandonner tout à coup. Dès lors Dresde, qui comptait très-peu de catholiques , lésa vus se multiplier. Plusieurs membres de cette famille se sont distingués par une piété éminente. Un prince de Saxe-Zeits avait nonseulement renoncé au luthérianisme, mais il avait embrassé l'état ecclésiastique. Il devint depuis cardinal , et travailla efficacement à la conversion de plusieurs de ses parents.
[[ Les trois cercles du centre étaient ceux du Bas- Bhin, du Haut-Rhin, et de Franconie.
Le cercle du Bas-Rhin était appelé le cercle Électoral,
! (1) Polidori, D( ^*itâ et gestis démentis Xf, livre xi, pp. 13 et 14.
DU COMMEKCEMENT DU XVin* SIECLE. 131
parce que c'était là que se trouvait le siège des archevêques-électeurs de Gologae, de Trêves et de Mayence. Le catholicisme s'était maiotenu dans leurs États, et il dominait en général dans tout le cercle.
Dans le cercle du Haut-Rhin, dans les Hesses, le Palatinat, etc., les catholiques pouvaient être aussi nombreux que les protestants. Le landgrave de Hesse-Rheinfeld et d'autres souverains professaient le catholicisme. Les évéques de Worms, de Spire, et de Bâle, (celui-ci résidait à Porenirui) ; et l'abbé de Fulde étaient princes souverains.
Dans le cercle de Franconie, dont une grande partie appartient aujourd'hui à la Bavière, les évéques de Wurtzbourg, Bamberg et d'Eichstet avaient le même rang, et les catholiques étaient nombreux.
Les trois cercles du sud étaient la Souabe , la Bavière et l'Autriche.
Dans la Souabe, on comptait comme principautés souveraines les évéchés de Constance (dont la capitale était Mersbourg, parce que Constance même appartenait à l'Autriche), l'évéché d'Augsbourg et les abbayes de Kernpten, Reichnau, etc. Mais dans le margraviat de Bade, le duché de Wurtemberg, etc., il y avait beaucoup de protestants.
Dans le cercle de Bavière, l'archevêque de Salzbourg possédait un vaste territoire , ainsi que ceux de Ratisbonne, Passaw et Freisingen, etc. Les ducs électeurs de Bavière avaient toujours montré un attachement sincère à la religion catholique.
Dans le cercle d'Autriche, l'Église ne possédait aucune souveraineté. Les empereurs qui appartenaient depuis plusieurs siècles à la maison d'Autriche étaient par* venus à faire rayer de la matricule des princes de l'Êmjure plusieurs évéques qui y avaient été autrefois inscrits. L'Autriche avait fidèlement conservé la religion catholique, et elle était également dominante dans les vastes régions des royaumes de Hongrie et de Bohême, ranges
ISS TABLEAU HISTOaiQUK
depuis longtemps parmi les possessions de la maisoa d'Alix triche. J]
On voit par le tableau que nous venous de préseate# combien, malgré les spoliations du protestantisme ei lAnl de revers. TÉglise catholique était encore puissante dêns ces contrées. Indépendamment de ces souverainetési. PU comptait encore dans les provinces oii dominaient le oatholicisme un grand nombre d'évéchës florissaotSi- de grandes abbayes et d'églises richement dotées. Enfin» clans les pays même où le protestantisme domioaii 1« fiu0% et oh Texercice public du culte catholique était ei^ conséquence interdit, les fidèles, attachés à raacienoe croyance, avaient des chapelles privées pour le service divin. Quelquefois ils partageaient les églises avec i^ protestants, ou faisaient leurs offices à différente heures. Le traité de Westphalie avait établi, à cetégard, etsuf plusieurs autres points 9 des dispositions trop favombles aux protestants. Non -^seulement il avait sécularisé des évêcbés, et fort accru les douliaines et les prérogilivil des princes séparés de TÉgiise romaine^ Qi^is las Cfttbô* liques avaient perdu en beaucoup d'endroits les privilégfs les plus essentiellement liésà la religion.
Les cardinaux allemands étaient Léopold de HUUOf nitsch, archevêque de Colocza *, Jean^Philippe de l«atnber^h , évéque de Passaw ^ Guillaume-Ëgon de Fars^temberg, évéque de Strasbourg, et Vincent Grimanî : encore ces deux derniers pouvaient-ils être rangés; paf* mi les cardinaux des autres nations. Le cardinal Grimfioi était Vénitien, mais il devait son chapeau à la protection de TËmpereur. Quant au cardinal de Furstemberg, at* taché depuis longtemps à la France, il tenait encore. j^ ce royaume par de nouveau» liens depuis qu'il ét^Ude* venu évéque de Strasbourg, nouvellement con<|i)^is par Louis XIV. Le cardinal de Kollonitsch était hoâgro^s e| avait soutenu avec chaleur les intérêts de l'ËqipiByreiiff pendant les dipsentions de ce pays. Par son crédit et ptir
mj C0M3[ERGElf|t|[T DU XVill' SliXLB.
i racheta un grftod nombre da chr^tieDS
lez les Musulmans. Le cardinal de Lambergh et
itl part à la coafixnce de Léopold.
tg électeurs ecclésiastiques étuient peur Mayeace,
-François de Shoenborn; pourCoIogae, Joteph-
de Bavière;' et pour TrèTe», Jean-Hugues d'Ors-
. prélals, suivant un abus qui avait prevalù en
le, possédaient encore d'autres évêchéB. L'ar-
de Cologne entre autres était de plus, par une
iraction des lois canoniques, évéque de Liège,
leim et de Batisbomie, réunissant ainsi sur fa
tinisiriilion de quatre vastes diocèses. 11 y «vùt
> ns cette iiccumulalion de dignités des abus de
e sorie. Oirce prëlat, évéque de quatre grands
était pas encore prêtre; il n'était mèioe pas
^ ordres. Il n'avait encore que onze ans, lorsqu'un
^ent XI l'avait déclaré éligible pour les sièges
, de Liège et d'Hildesheim, k condition que
nue et de Fristngue, qu'il possédait déjà,
I lors cencés vacants ; condition qui ne fut pas
ntier, puisque le jeune prince retint encore
i<e. Une concession de cette nature, faite par un
i régulier et même aussi sévère qu'Innocent XI,
I s'expliquer que par les iostances importunes de
h puissances qui se croyaient en droit d'<^teoir
■.qu'elles désiraient. La maison de Bavière, la fa-
hlbolique d'Allemagne, la plus puissante après la
I d'Autriche, avait sollicité avec chaleur des dis-
: qui n'étaient œalbeureusement pas sans eieœple.
■ir arrachées une fois, paraissait un litre pour les
|tier encore. La maison d'Autriche, liée alors avec
r de Bavière, avait appuyé ses demandes, et on
t pas cru apparemment qu'il fut possible de résister
i puissantes intercesaioas. Les mêmes circonstances
fuent de semblables infractions des règles de l'EgliM,
étions que rambition avait presque consacrées, et
t n'étaient cependant pas sans de graves inconvénients
dans an pays où les diocèses sont très-étendns, et où le mélange des protestants et des catholiques exige pins de soins, de zèle et de vigilance. Il est vrai que les évéques allemands avaient tous des grands-vicaires, revêtus du caractère épiscopal, et chargés d'en exercer les fonctions à leur place. Mais ces prélats subalternes, si on peut parler ainsi, n'avaient pas, à beaucoupprès, la même autorité que les princes-évéques qui les employaient, et leur zèle, quand il eût été fort actif, n'aurait pas produit d'aussi bons effets. Il faut le dire, le mélange d'autorité 'spirituelle et temporelle n'avait pas été, en Allemagne, aussi favorable à la religion qu'on pourrait le penser. Le sage Fleury l'a observé avant nous, et nous poyvons bien nous permettre les mêmes observations que cet homme si judicieux, sans paraître approuver un bouleversement qui n'a fait qu'accroître le mal au lieu d'y remédier. Ces évêques souverains oubliaient trop souvent qu'ils étaient évéques pour ne songer qu'à leur qualité de princes. Ce n'était point de l'administration temporelle qu'ils se déchargeaient la plupart. Ils auraient trouvé trop d'inconvénients à la confier à un ministre, qui aurait pu se croire le véritable souverain. Us aimaient mieux retenir les rênes du gouvernement civil, et charger des détails ecclésiastiques un grand-vicaire dont ils n'avaient pas à redouter l'ambition, et qui se croyait rarement obligé d'y apporter plus d'attention et d'exactitude que le prince lui-même. De là l'éducation ecclésiastique négligée , moins d'instruction et de régularité, et les liens de la discipline rompus. On peut penser^ avec beaucoup dé fondement, que les protestants auraient eu plus de peine à propager leurs doctrines en Allemagne, si les sièges épiscopaux de cette grande contrée avaient été remplis par des prélats bornés à un seul évêché, et non distraits par les soins du gouvernement temporel ; si ces sièges n'avaient pas donné tant de richesses et de puissance qui excitaient l'ambition et la cupidité des princes temporels, et qui servaient de prétexte aux plaintes des
DU GOMMEKCKMEKiT BU XMll^ SIÈCLE. 135
ennemis de l'Église. Le temporel, au lieu de proléger le spirituel^ contribua à le perdre (1).
Léopold P' régnait en Allemagne depuis plus de quarante ans. Destiné, dans son enfance, à l'état ecclésiastique, il avait reçu une éducation conforme à cette vocation prématurée^ mais la mort de son frère aîné fit changer les vues de sa famille. Il était instruit, faisait profession de piété, et protégeait la religion en toute circonstance. Léopold devint empereur à dix-huit ans. On a loué ses connaissances, son habileté dans la politique, et son discernement dans le choix de ceux à qui il accordait sa confiance ^ mais on lui a en même temps reproché une ambition qui Ta porté à susciter le fléau des guerres. Ce fut lui qui joua le principal rôle dans la ligue d'Augsbonrg contre Louis XIY ; il contribua au détrônement de Jacques II, roi d'Angleterre. Il voulait par là ôter à la France un allié, mais en même temps il ôtait à la religion catholique un appui ; conduite asisez peu conséquente de la part d'un prince qui aimait la religion, et qui paraissait en remplir les devoirs avec zèle. Léopold était même ici doublement en opposition avec lui-même; car, tandis qu'il encourageait la révolte eo Angleterre, il la réprimait d'une manière terrible en Hongrie. Sa sévérité avait produit dans ce royaume un esprit de mécontentement qu'il ne put réprimer que par de plus grandes rigueurs. Un échafaud, dressé dans la ville d'Eperies, répandit la terreur parmi les Hongrois, et étoufia leurs cris. Les Tékéli , les Ragotzi et les autres chefs des mécontents furent successivement abattus. Nous j»*âvons pas à nous occuper de ces événements, qui appartiennent à l'histoire présente. Léopold mourut à Vienne en 1705, à l'âge de soixante-cinq ans, et dans la qua-
(1) Quelque fondées que puissent être cet observations de Tauteur, il semble qu'on pourrait leur en opposer d'autres qui n'auraient peut-être pas moiiM de force. On ne doit pas juger d'une institution par les seuls inconvésiients qu'elle a pu entraîner, surtout quand ce sont les ennemis mêmes de l'Elise, qui, par leurs injustices perpétuelles, et par une suite de luttes Mkarncci» en ont raTÎ presque tous les avantages. Edlteur,J
rante-cinqiiîèiitc année de son règne. Eléonore. de Bavicre-Neubourg , sa troisième épousé, fut célèbre par sa piété et sa vertu. On a publié sa vie.
Sur la fin du siècle précédent, plusieurs projets avaient été conçus pour la réunion des églises protestantes avec réglise catholique. Le plus fameux de ces projets, par Timportance des questions qui y furent agitées, et par le mérite des théologiens qui les discutèrent, fut, sans contredit, celui qui fut formé vers 1690 par Royasde Spinola, d'abord évéque de Tina en Hongrie, et depuis de Neustadt, en Autriche. Ce prélat avait été autorisé, par délibération des diètes de TEmpire, h faire quelques démarches auprès des princes protestants, et Tempereur Léopold lui donna encore de plus amples pouvoirs. L'évéqtie était d'autant plus propre à cette négociation, qu'outre sa qualité de théologien et de controversiste, il était doué de beaucoup de douceur et de modération. Il trouva principalement accès auprès des princes de la maison de Brutiswick, [[qui avait des motifs particuliers de ménager TEmpereur : il avait créé en leur faveur un neuvième électorat; et, malgré une vive opposition, il avait confié la dignité d'électeur à Ernest- Auguste, duc de Brunswick-Hanovre, chef de la nouvelle maison de Hanovre. Les catholiques voyaient avec peine un prince protestant revêtu de cette qualité, et le pape en particulier faisait entendre d'énergiques réclamations.]] Le duc Ernest-Auguste avait nommé, pour traiter avec l'évêque de Neustadt, un théologien de leurs États, le docteur Molan ou Molanus , abbé Inthérien de Lokkum, et directeur des consistoires du duché de Hanovre. C'était un homme instruit , d'un caractère conciliant, et fort considéré dans sa communion. Après quelques conférences avec lui, l'évêque de Neustadt crut devoir s'appuyer du secours de rilluslre Bossuet, dont la réputation s'était étendue en Allemagne, et qui, par son Exposition de la doctiine catholique y et par ses autres ouvrages de controverse, avait montré un talent supérieur dans cette partie. Une princesse, née dans le
DU COMMElf CEMENT DU XVIIl' SIKCLE. 137
calvînismc, et qui Tavnit quitté pour embrasser la religion catliolique, et même la vie religieuse, contribua encore à faire entrer 1 evéque de Meaux dans cette tiëgociation. C'était la princesse Palatine, abbessede Maubuisson. Elle souhaitait ouvrir les yeux h sa sœur, la princesse Sophie, épouse d'£rne8t- Auguste, duchesse de Hanovre (1), et elle avait soin dé faire passer dans cette cour les meilleurs ouvrages de controverse qui paraissaient en France. Elle fit prier Bossuet d'examiner un écrit de labbé Molanus, et d'en dire soii avis. Bientôt un autre homme célèbre entra dans cette négociation. Ce fut le philosophe Leibnitz, qui était fort estimé des princes de Brunswick, et dont les vastes connaissances, le profond jugement et l'esprit de tolérance étaient assez connus. [[Ce philosophe avait depuis longtemps manifesté , par rapport aux questions qui divisaient les catholiques d'avec les protestants, une grande indépendanoe des préjugés de ceux de sa communion ; il avait même manifesté des tendances toutes catholiques (2).
(i) P4wr bien comprendre les principaux points de cette né|^ciation, ilfaqt faire attention aux détails généalogiques suivants. Frédéric V prince
Salatin da Rhin, qui fut pendant quelque temps roi de Bohême, mais qui it dépouillé de tous ses Etats et même de son Electoral, en 1621 avait «|HMié Elltabeth, fille de Jacques I^, roi d'Angleterre^ et saur de Charles Ic^ Tt^iae enfants naquirent de ce mariage. Ceux qu'il importe de remarquer sont Èctouard, prince palatin, qui embrassa la Religion catholique , et qui éiioiua Anne de Goniague, cette même princesse dont Bossuet fit l'Oraison fanèbrC) et qui, à cause de son époux, était appelée princesse palatine ; et Loviie, appelée aussi princesse palatine, qui s'étant également convertie, d^nt AlMiesse de Montbuisson; et Sophie, la treiiième des enfants de Fré4éflB qsi épenia le duc Ernest-Auguste de BrunswickoHanovre.
Ce ftit cette princesse Sophie que le Parlement d'Angleterre déclara, le Si rn^n 1701, avoir les premiers droits à la succession du trône d'Angleterre, nili in déëèa de la reine Anne, qui avait perdu son fils. 11 était évident qu €éU« décision qiii frustrait les droits de tant de princes, beaucoup plus rapprochéa da trdne, n'était fondé que sur la haine de la Religion catholique, et mr la profession que la maison de Hanovre faisait du protestantisme.
C'est en verta de cet acte du Parlement que Georges Im*, flU d'Ernest- Anguste et de Sopliie, monta sur le trône d'Angleterre, et devint la souche des princes qaî depuis cette époque ont gouverné le royaume britannique.
- Editeur,
[1) On peut remarquer les autres dissertations publiées en 1071, sous le titre de Dèmonstratio possibilitalis mysteHorum Euckarisllœ, Nous parlerons tout à l'heure du Sysiema tfteoloffiotim. Editeur,
On possède une curieuse correspondance qui eut lieu Vers 1683 et 1684, entre Leibnitz et Ernest-Auguste, landgrave de Hesse-Rinfeld, qui, après être rentré lui-même dans lé sein de l'Église, avait conçu l'espoir d'amener la conversion du philosophe , et qui l'avait pressé avec ardeur, mais inutilement. Depuis cette époque, Leibnilz avait visité Rome en 1686, et il s'y était fait estimer par sa inodération autant que par son savoir. C'est vers 1691 que, conjointement avec Molanus, il commença à se mettre en rapport avec Bossuet, au sujet du projet de réunion.]] Les négociateurs s'envoyèrent mutuellement des écrits pour parvenir au but qu'on se proposait > chacun indiquant la voie qu'il jugeait la plus propre pour réussir. On trouve ces écrits dans le recueil des OEuvres de Bossuet, et Ton y admirera le talent de ce grand homme, soit pour distmter les plans des deux Allemands, soit pour tracer la véritable route à suivre pour arriver à une conciliation sure. Il parait que Molanus se retira de cette discussion, et on a cru que Leibnitz n'avait pas été fâché de l'attirer à lui tout entière. On l'a même accusé de n*avoir pas apporté dans cette controverse le même esprit de modération c(ae l'abbé de Lokkum, et d'avoir contribué, par des difficultés et des incidents multipliés au peu de succès de cette tttH tative (1). Les années 1692, 1693 et 1694 se passèrent en lettres de Bossuet et de Leibnitz, qui n'avançaient pas beaucoup les choses. La correspondance fut ensuite interrompue. Elle recommença en 1699, par les soins du duc Antoine-Clric de Brunswick, de celui-là même qui
(1) Ce jugement, déjà porté par M. de Beausset dans son Histoire dt suot, nous paraît confirmé par beaucoup de preuvesi et notamnent genre de difficultés que Leibnitz opposait aux arguments de BotsneC Lt philosophe prétendait être catholique quant à la substance des ▼érités qk'm devait croire, mais il ne reconnaissait pas la nécessité d'entrer dans Ipi Gonmunion extérieure de l'Eglise ; il attaquait l'autorité du Concile de Trente, etc. On s'aperçoit aisément que les intérêts temporels de la maison de Hanofrre, et aussi ceux qui lui étaient personnels, le préoccupaient d'une manière bien étrange dans une affaire qui intéressait son salut étemel, et celui de tant drames. ( Voyez une lettre curieuse écrite sur celte affaire dans le Corfth» j^ondùntf tome xxx, page 742 et suivantes. ) Editeur,
DU COMMEJNCEMENT DU XVlll' SlÈCLK. 139
nonça depuis au luthéranisme. Il connaissait tout le mérite de Bossuet, et souhaila avoir son avis sur quelques points. Leibnitz en écrivit à rillustre évêque, qui répondit, en 1700, par deux grandes lettres, dans lesquelles il satisfaisait à plusieurs dllFicultés. Le duc de Brunswick Ten fit remercier, et c'est peut-être à ces lettres qu'il faut attribuer le premier germe de la conversion de ce prince. Leibnitz répliqua, et il y eut encore entre le prélat et le philosophe quelques lettres qui n'aboutirent à rien. La dernière lettre est de Bossuet, et elle est datée du 17 août 1701. Elle roule sur le décret du concile de Trente, touchant la canonicité des Ecritures. Ce fut la dernière pièce de ce procès (1).
Il y eut pareillement, dans le cours du dix-huitième .siècle, divers autres projets pour la réunion des branches du protestantisme entre elles et avec TEglise romaine. En 17i2, Frédéric -Guillaume, roi de Prusse, entreprit de réunir les calvinistes et les luthériens. 11 ne demandait, diton, que la conformité de culte, sans exiger la conformité de croyance, on ne songe pas apparemment qu*nne réunion opérée sur une telle base ne pouvait être que passagère et simulée. Le culte n'est que l'extérieur et l'écorce de la religion. C'est la croyance qui en est l'âme et le fond.
(f) On a quelquefois pensé que c'était à ces controverses qu*il fallait at-
(ribaer TécriC de Leibnitz Systema theologicum. Une première édition de
cet important ouvrage avait été donnée en 1816 par les soins de MM. de
Suiit^fBttlpice, qui avaient obtenu la communication du manuscrit original.
II. r«bbé Lacroix l'édita de nouveau en 184 S, après une révision plus
• On est frappé de la manière claire et méthodique avec laquelle Leb-
iCè les principaux objets de controverse, et montre partout la sagesse
îpes catholiques. Toutefois cet ouvrage n'est pas complet, et l'on a
e rendre compte de l'intention de l'auteur. Ce qui paraît plus vrai-
•cmblalile, c'est que Leibnitz, pour assurer lit réunion par des moyens qui lui
eomvimaîcflt, s'était proposé de faire, dans le genre de la célèbre Exposition
€ie in foi catholique de Bossuet, un ouvrage dont les Evcques catholiques
«auraient pu déclarer la doctrine orthiidoxe, sans pourtant soupçonner à
«Quelle communion appartenait Vauteur. Par là il aurait espéré être reconnu
Catholique inforo iuterno sans entrer dans la communion extérieure.
Il paraît que cet ouvrage remonte à l'époque de sa correspondance avec le ^bncile Hesse-Rbinfeld, vers 1648. Voyez le Correspondant, tome xxx, page
Malheureusement les politiques ne s'arrêtent guère qu'à rëcorce, et ils négligent le fond. Le roi de Prusse ëcrivît aux cantons de Zurich et de Berne pour les engager à seconder ses vues. Il blâmait dans sa lettre la formule du Consensus^ prescrite en Suisse. Il chercha d'ailleurs vainement à faire réussir son projet. Le consistoire luthérien de Saxe, attaché aux principes rigoureux de la confession d'Augsbourg, rejeta ce plan comme contraire aux principes de sa communion.
Nous ne sommes pas assez instruits de Tétat de la littérature en Allemagne, au commencement du dix-huitième siècle, pour présenter un état bien complet des écrivains ecclésiastiques de cette époque. Nous savons, en général, que les études étaient assez florissantes dans les universités catholiques, à Vienne, à Prague, à Munich, à Wurtzbourg, à Tyrnaw. Nous connaissons les noms de quelques éci'ivains. Augustin Erath, abbé de Saint- André, était un religieux édifiant et un écrivain de mérite. Il mourut en 1719, après avoir rempli des fonctions importantes, ré-
Earé son abbaye, formé une bibliothèque choisie, et pulié des Dissertations historiques et théologiques. L'abbé Shannat, mort en 1739, n'est pas moins conrM par ses écrits sur l'histoire et sur les antiquités ecclésiastiques.
757 et snivantes. Malhenrensemeiit, les motifi politiques semblent tovjimn ravoir retenn jnsqu'à sa mort arrivée tm 1716.
Ce résultat est d'autant plus regrettable que la philosophie de Letb^ili, quoique susceptible «le reproches graves sur quelques points, est généralement élevée et digne d'estime. Il avait rathéisme et le matérialisme en homwrt il écrivit contre Bayle, Tqland et Shaftesbury, sur les attributs de Die«| éit l'immortalité de l'àme, sur le bien et le mal, et sur plusieurs autres piii^ Son principal ouvrage est la Tkéodicéef oii il rend un continuel hommage à la Religion, et oii il ne cherche presque qu'à en développer et à en «mMilter les dogmes. On a sa correspondance avec le père Desbroues, Jésuite^ dans h»* quelle il se déclare le défenseur du dogme de la Transsubstantiation. Il était Irès-fiivorable à rantorité des Papes et aurait même voulu qn^ils eussent du pouvoir sur le temporel des Rots , idée assex remarquable de la part d'un protestant. Enfin d:ins tous ses écrits et même dans ses lettres femiliètes, il n'y a pas un mot qui puisse antor»scr le plus légtr soupçon contre le ehristianisûie de ce grand homme, dont le langage sur le clergé, sur les Fapea, sur les Ordre» religieux, ferait houte à plus d'un catholique.
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Il était lié avec le cardinal Passionei. Nous ne nommons pas plusieurs autres écrivains catholiques, parce qu'ils ne parurent que plus tard sur la scène, et que nous avons voulu nous borner dans ce Tableau à l'époque que nous avons assignée.
Nous sommes un peu plus riches en renseignements sur l'état des sciences ecclésiastiques chez les protestants, qui ont été, en général, plus curieux de faire valoir les services que ceux de leur communion ont rendus aux différentes branches de la littérature. Nous trouvons chez eux, à l'ouverture du dix-huitième siècle, des savants très-distingués dans différents genres, relatifs néanmoins à la religion. Jean-Albert Fabricius, de Lcipsick, héritier d'un non cher aux lettres, le soutint par son caractère, par ses connaissances, par sa vie laborieuse et appliquée, par ses recherches sur l'Ecriture sainte et sur les écrivains ecclésiastiques. 11 composa un grand nombre d'ouvrages , donna des leçons publiques, et entretenait en outre une correspondance très-étendue. Jean-Frédéric Mayer, luthérien comme le précédent, surintendant des églises de la Poméranie, avait de l'érudition, et travailla sur l'Écriture sainte, sur laquelle il a laissé de nombreux écrits. Meelfuhrer s'appliqua principalement à la théologie. Jean Olearius, de Hall en Saxe, fut un des théologiens les plus instruits et les plus féconds de sa communion. Ses ouvrages sur la théologie sont multipliés et estimés parmi les siens. Son fils, Godefroi Olearius, qui mourut en 1715, deux ans
irès son père, a écrit contre les sociniens. Jean-Georgçs z, de Leipsîck, jouit de beaucoup de réputation comme îcant, comme moraliste et comme philologue. Il réfuta l'Anglais Asgill, montra la honte et les dangers de Tathéisme, fit une édition du Nouveau-Testament grec, et publia divers autres ouvrages, dont quelques-uns ne sont pas sans mérite. Adam Rechenberg, professeur de théologie à Leipsick, est auteur de traités de controverse et d'éditions de divers livres.
On cite de Goëtze, pasteur à Lubeck, pins de cent cin-
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qualité écrits différents sur des matières de religion , de théologie, de philosophie , de littérature et de critique. Jaeger, de Stuttgard, est connu par une histoire ecclésiastique, par des traités de théologie, par un examen de la doctrine de Spinosa, et par des observations sur Puffendorf et Grotius. En&n, il est plusieurs autres théologiens de la même communion, dont les connaissances et les productions sont prisées en Allemagne , et qui étaient même utiles à la cause commune du Christianisme, par leur zèle à défendre les grands principes de la révélation ou de la morale.
Il ne parait pas que Tincrédulité eût alors des partisans bien décidés en Allemagne. Mais le socinianisme y avait déjà fait des ravages, et cette hérésie est bien voisine de rirréligion. U'autres sectes se formaient, de temps en temps, à Tabridu principe constitutif de laréforme«
[[Une de celles qui mérite le plus d'être signalée, parce qu'elle montre avec plus de clarté comment, hors de la véritable Église, les meilleures intentions dégénèrent aisément, c'est le Piétisme. On appelle ainsi un parti, qui devint assez puissant en Allemagne au commencement du siècle, et qui, professant une tolérance fort étendue sur ce qui tient aux dogmes, s'applique à tourner toute l'attention vers le soin du cœur et la pratique morale des vertus. Phi lippe- Jacques Spener est regardé généralement comme le fondateur du piétisme (1). Né^ en 1635, à Ribeauvilliers, en Alsace, il exerça longtemps, avec beaucoup de succès, les fonctions de pasteur luthérien, à Strasbourg d'abord et ensuite à, Francfort, à Dresde, et ensuite à Berlin ] c'est surtout dans ces deux dernières villes qu'il
(1) M. Picot, dans le quatrième volume des Mémoires , page 26, seconde êdilion, dit que c'est à tort que Spener a été présenté comme l'auteur du piétisme que Schwenefeld et Wengel avaient déjà développé, et dont le Cordonnier silésien, Boehm, mort en 1624, avait été autrefois un ardent promoteur. Nous croyons que cette assertion ne peut être admise qu'en ee sens que ces hommes avaient déjà enseigné quelque chose d'analogue. Les sectateurs de Boehm étaient une secte de mystiques illuminés, qui débitaient mille extravagances. Editeur,
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donna plus de développement à son système. Il régnait alors une plus vive animosité entre les luthériens et les réformés, nom sous lequel on comprenait alors les dissidents qui s'écartaient des confessions et des livres dits 57^m&o/ii/uej, ou formules de la doctrine enseignée officiellement. C'était contre ces derniers que les plus chauds luthériens tournaient tous leurs efforts. Spener chercha au contraire à détourner les esprits de cette ardente polémique, pour les diriger vers une étude de TËcriture et un genre de prédication qui tendraient à Tédification de Tâme^ il prétendait qu'en vertu des principes de la réforme, on ne pouvait condamner les opinions qui s'écartaient des livres symboliques, ou des opinions plus généralement reçues. Une dispute curieuse s'éleva à Berlin, vers 1690, au sujet de la confession auriculaire, que les réformateurs du seizièmesiècleavaient conservée commeune préparation à la communion, et comme un moyen d'entretenir des rapports confidentiels entre les pasteurs et les ouailles. Spener fit décider que les fidèles étaient libres de se passer de cette formalité, et la décision obtint promptement le succès le plus complet. Un fond bien marqué de mysticisme se joignait à ses principes : la théologie ne pouvait , selon lui, être traitée que par des hommes imbus de l'esprit de Dieu , et éclairés d'une lumière surnaturelle.
Spener et ses disciples furent attaqués avec vivacité par les autres protestants. Comme pour appliquer sa méthode, Spener avait formé des réunions pieuses connues sous le nom de Collegia pietatîs^ on appela piétistes ceux qfài suivaient ses principes. L'électeur de Brandebourg, depuis roi de Prusse , sous le nom de Frédéric I", ayant fondé, en 1692, l'Université de Hall, la réforme proposée par Spener y fut complètement introduite, et des hommes d'un mérite éclatant la propagèrent rapidement. Au contraire, les universités saxonnes de Wittemberg et de Leipzig attaquèrent les nouvelles doctrines, et dénoncèrent même comme hérétiques jusqu'à 264 thèses, ex-
traites des ouvrages de Spener (A). Celui-ci se justifia avec une grande supériorité de talent , dans un ouvrage où il cherchait à concilier ses principes avec la confession d'Augsbourg 5 et celte juslificalion était complète au jugement de Leibnitz. C'est qu'en effet, en se plaçant au point de vue des protestants, qui ont rejeté Tautorité de l'Église, il est impossible de soutenir la nécessité d'adhérer à tel ou tel livre symbolique rédigé pour l'Eglise d'une région par des hommes sans autorité, et contraire aux livres symboliques des autres régions.
Mais on peut facilement s'apercevoir que la tolérance introduite par Spener a nécessairement commencé à préparer les voies à ce rationalisme , qui allait bientôt tout envahir en Allemagne. C'est en vain que, peu après la mort de Spener, il se fit une sorte de conciliation entre les luthériens qui s'appelaient orthodoxes, et les piétistcs, afin de combattre de concert les principesphilosophiquesde Wolf, qui leur paraissaient attaquer les bases delà religion révélée. Le coup était porté : on vit les plus pieux et les plus charitables des protestants professer une sorte d^indifférence pour le dogme. D'ailleurs les piétistes gâtaient ce qu'il y avait d'édifiant dans leur conduite par plusieurs bizarreries, et en particulier par une certaine affectation de sévérité dans le costume et dans l'extérieur. Leur mysticisme n'a pas été sans influence sur la propagation de i'illuminisme. Le célèbre Frédéric II les appelait plus tard les Jansénistes du protestantisme , en disant qu'il ne leur manquait qu'un cimetière de Saint-Médard pour imiter
(1) Un de ceux qui furent des premiers à dénoncer le piélismc fut Mèycr, théologien de Hambourg. La définition qu'il donne du piétisme est curieuse, a Qu'est-ce que les Piétistes? ce sont des fanatiques qui, sous les apparences » de la piété, persécutent la pure et vraie religion lulliérienne, qui en rtn- » Tersent la sainte base ( la confession d'Augsbourg) ainsi que les doc» i> trincs qui en découlent, qui ouvrent la porte de TEglise à tous les hérétiques, » qui les reçoivent et les défendent, accordant à chacun la liberté de croire » ce qu*il veut qui avec hypocrisie ensorcellent les pauvres dnies, etc. T^oyet Hi$toit9 du Âationalisme, par Armand Saintes, p, 77. Editeur,
cî-
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les gambades des convulsionistes (l). Il parait d'ailleurs que Spener et ses amis étaient favorables aux rêve* ries du Millénarisme ^ sur une seconde venue du Christ» elc.,, (2),
Il faut pourtant reconnaître que les efforts des piétistes pour exciter aux bonnes œuvres et à Tamour de la vertu n*ont pas été entièrement stériles, quant aux effets prochains. Le plus célèbre des disciples de Spener a été Âuguste-Hermann Franck. Néà Lubeck, en 1663, il avait d^abord enseigné avec distinction dans Tuniversité de Leipsick, et il y avait établi les conférences sur l'Écriture sainte» connues sous le nom de Collegium pliilohiblicum^ qui ont subsisté jusqu'à nos jours. Ayant été depuis chassé de Leipsick avec d'autres professeurs, il contribua puis-* samment avec eux à la fondation et aux brillants succ^ de l'université de Hall. Cette ville dut à ses soins et à son zèle le magnifique établissement de la Maison des orphc" linSf où six cents pauvres étaient nourris chaque jour» et où Ton comptait au moment de sa mort plus de deux mille* jeunes gens élevés par plus de cent trente précepteurs. On comprend facilement que des œuvres de ce genre devaient concilier beaucoup de faveur aux piétisles» et elles ont par là même servi à étendre les funestes conséquences de leur système, ]]
Le protestantisme» ainsi déchiré par les sectes qui naissaient dans son sein» allait être bientôt ruiné par une erareur capitale» qui devait engloutir les branches sorties du tronc de la véritable Église. Nous aurons souvent occasion ^^en signaler les progrès dans le cours du dix-huitième siècle.
(1) Voyez l'article Spener dans la biographie de Michaud.
(2) Un des apôlres les plus singuliers du Millênarisme était Pétersen, "pasteur k Lubeck , puis à Luneburg. Il annonçait un prochain avènement de Wéctts-GbrUt, une résurrection des morts, et la transmutation glorieuse des
:Cdèle8 encore vivants, un règne de mille ans sur la terre, etc. 11 avait, disait- Il, des révélations.