‹ Mémoires pour servir à l'histoire ecclésiastique pendant le dix-huitième siècle (volume 4)Chapitre 19 sur 33 · SUISSE · texte numérisé non relu

SUISSE

Les réformateurs du seizième siècle avaient eu une grande influence dans les cantons suisses; i^amour de la liberté fut étendu jusqu'à la licence la plus extrême en ce qui concerne la religion. Un peuple bon, mais peu instruit, jaloux de ses droits, facile à s'enflammer, était disposé à recevoir des impressions funestes et à regarder Tautorité de TÉglise comme un joug qu'il lui était permis de secouer aussi.

Les novateurs avaient habilement profité de cette disposition des esprits ; et il était ainsi arrivé que la Suisse était partagée entre Tancienne religion et celle qu'on venait d'établir.

[[ Parmi les treize cantons proprement dits qu'on comptait alors en Suisse, sept étaient restés constamment attachés à la foi romaine ; c'étaient ceux de Fribourg, Soleure, Lucerne, Uri, Underwal, Schwitz et Zng-, dans les trois premiers dominait un gouvernement aristocratique, et la démocratie dans les quatre autres. Les cantons de Bâie, Berne, Zurich et Schafibuse, étaient protestants, et généralement plus puissants. Les cantons de Claris et d'Appenzell étaient de religion mêlée.

A ces cantons se joignaient d'abord les pays qu'on appelait les sujets des Suisses : savoir la Turgovie, au nord, et au sud, les bailliages italiens, qui forment aujourd'hui le canton du Tessin ; ces pays étaient gouvernés en commun par les huit cantons primitifs de la confédération; puis les alliés des Suisses ; le Valais et le domaine de l'abbaye de Saint-Gall, la république de Genève et les trois ligues des Grisons. Le protestantisme dominait dans ces dernières régions. ]]

On ne pouvait donc voyager en Suisse sans trouver à chaque pas le passage d'un culte à un autre. Celte circonstance devait rendre les Suisses tolérants : mais, au contraire, les pays protestants, par cela même qu'ils

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étaient enrichis des dépouilles de TÉglise, étalent toujours ardents pour exclure Texercice de la religion catholique. Le résident de Venise à Genève, ayant reçu dans sa chapelle quelques habitants catholiques, le peuple s^anima tellement que le résident fut obligé de renvoyer son chapelain. Ces rigueurs s étendaient même souvent aux cultes dissidents. En 1711, le gouvernement de Berne ordonna aux Anabaptistes de sortir du canton, et leur interdit d'y rentrer, sous peine de prison perpétuelle : cinq cents de ces sectaires partirent pour la Hollande.

Les cantons catholiques regardaient comme une loi fondamentale Vaillance d'or ou alliance Borromée^ préparée par les soins de saint Charles Borromée, et conclue en 1586, dans le but d'assurer la conservation de leur foi. Le Dônce du Pape résidait à Lucerne; sa juridiction s'étendait sur les trois diocèses de la Suisse et sur les monastères icbmédiatement soumis au Saint-Siège. Tous les appels des lieuses ecclésiastiques et matrimoniales étaient portées à son -tribunal.

La Suisse était partagée en cinq diocèses, Constance, [x>ire, Sion, Baie et Lausanne. La ville de Constance est sn Allemagne, près des frontières de la Suisse-, mais remédié embrassait la Suisse orientale jusqu'à l'Aoste. Coire »m prenait presque tout le pays des Grisons, alliés des Suisses, et une partie des cantons d'Cri et de Claris. L'é- ^éque de Coire était prince de Tempire. 11 résidait à Coire LÎnsi que son chapitre*, il était, ainsi que Constance, sufragant de Mayence. L'évéque de Sion, aussi prince de 'empire romain, préfet et comte du Valais, était, à quel- |ues égards > chef de cette république, qui formait la lartie catholique de son diocèse. Il présidait l'assemblée tes députés et chosissait le grand bailly, le premier magistrat de la république. Il avait le droit de battre monnaie. ïn 1748, l'évéque de Sion établit un séminaire diocésain lans une ancienne chartreuse, près sa ville épiscopalct ^'évêque titulaire de'Bàle, prince et membre de l'empire, 'aidait à Porentrui, qui était du diocèse de Besançon;

Il avait, depuis la réforme , assez peu de caiholiques dans son diocèse. Il était souverain de Porentrui et d^un petit Ëtat dont la milice pouvait être portée à 11,000 hommes, La plus grande partie de ses sujets étaient catholiques, mais ils n'étaient pas tous ses diocésains. Bienne, le val Saint-Imiot, la Neuveville, la montagne de Diesse, le Munstershall , appartenaient à Tévéque, mais jouissaient de grands privilèges. Ces petits pays étaient censés compris dans Tarticle du traité de Weslphalie , par lequel Tindépendance de la nation suisse fut reconnue. L'évcque de Baie jouissait de forts revenus. En 1712, il renouvela Talliance avec les cantons catholiques; en 1715, il fut cornpris dans Talliance conclue avec la France par les mêmes cantons. En 1739, les sujets du prince-évêquese révoltèrent; il ne fut pas secouru par les cantous ses alliés, qui craignirent de se mettre à dos les Bernois. Ainsi le prélat conclut, le 11 septembre 1739, une alliance défensive avec la France, dont les troupes comprimèrent, en 1741, le mouvement de Porentrui. L'évêque titulaire de Lausanne résidait à Fribourg , depuis que les Bernois s^ëtaieut emparés du pays de Vaud dans le seizième siècle, et y avaient proscrit tout exercice de la religion catholique. Us s'étaient emparés des biens de Fcvéque qui est pauvre, et n'a de fait ni cathédrale ni chapitre. Il est nommé par le Pape et continue à s'intituler évêque et comte de Lausanne, prince du saint Empire romain. Il était suffragant de Besançon. Son diocèse s'étend sur unc^ partie de la Suisse occidentale , et comprenait autrefois des^ paroisses de Franche-Comté. C'est pour cela que les ëvê-^ ques de Lausanne avaient un grand- vicaire à Besançon—- Comme ils n'avaient pas de séminaire dans leur diocèse^iM les étudiants en théologie avaient coutume d'aller dan^ les séminaires de Paris, d'Avignon, ou même à Rome.

L'évêque de Genève, comme celui de Lausanne, avai été expulsé de son siège par les protestants et s'était rc — tiré à Annecy, en Savoie. La partie -de son diocèse situc<^ en Suisse n'était plus habitée que par des prot^lants-^

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L'archevêque de Besançon, qui élail mé(ropolilaIn de Baie et de Lausanne, avait juridiction sur quelques paroisses de la principauié de Baie. Le diocèse de Côme s'étendait sur la Valteline et d'autres dépendances des Grisons.

Les couvents étaient nombreux dans la Suisse catlio» lique, et plusieurs étaient riches. Les abbayes les plus célèbres étaient celles de Saint-Gall , Engeiberg, Éinsilden, Mûri, Dissentis chez les Grisons, eic. Saint-Gall était l'abbaye la plus puissante de la chrétienté. L'abbé était prince de l'empire, allié des cantons et souverain d'un petit État situé entre la Turgovie, le lac de Constance et le canton d'Appenzell. Il battait monnaie et pouvait lever 12,000 hommes de troupes. Einsilden, ou Notre- Dame -des-Ermites, est encore un pèlerinage très-fréquenté.

Plusieurs Suisses se sont Fait un nom par leur mérite et leurs ouvrages. Parmi les catholiques, Placide de Zurlaubeo, abbédeMuri, mort en 1723, est moins célèbre encore par sa naissance que par son zèle, par ses livres de piété, et par les services qu'il rendit à son abbaye, dont il peut être regardé comme le second fondateur. 11 était estimé de Tempereur Léopold. Parmi les protestants, Jean-Pierre de Crouzas, de Lausanne, qui était lié avec tous les gens de lettres français, est auteur d'un grand nombre d'écrits de métaphysique, de critique et de morale. Il était zélé défenseur des principes généraux du christianisme. Hottinger, de Zurich, a laissé plus de cinquante ouvrages de théologie et de controverse. Iselin, de Bàle, était théologien, prédicateur et savant estimé par les siens. Benoit Pictet, pasteur à Genève, sa patrie, a aussi écrit sur la théologie, la controverse et la morale. Jean-Alphonse Turretin, mort en 1737, professeur d'histoire ecclésiastique à Genève, jouissait d'une grande réputation. Il contribua, en 1706, à faire abolir à Genève la signature du Consensus.

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