‹ Mémoires pour servir à l'histoire ecclésiastique pendant le dix-huitième siècle (volume 4)Chapitre 25 sur 33 · MISSIONS DE L'AMÉRIQUE DU NORD · texte numérisé non relu

MISSIONS DE L'AMÉRIQUE DU NORD

Tandis que TAfrique , où la religion était autrefois dans un état si brillant , a perdu ce don précieux , l'Amérique, qui ne Tavait pas connu dans les temps anciens , Ta reça à des époques récentes. La foi y avait été successivement introduite par de vertueux missionnaires qui s'étaient efiforcés de faire oublier, par leurs bienfaits , les cruautés et les ravages de leurs compatriotes. Au lieu de faire la guerre aux Indiens, ils s'étaient présentes chez eux avec un langage de paix, et avaient cherché à adoucir leurs mœurs et à régler leur conduite.

En commençant par le nord, nous trouvons d'abord le Canada, qui avait été peuplé plus récemnfent, mais qui a droit de nous intéresser doublement, comme chrétiens et comme français. Ce ne fut guère que sous Louis XIII que ce pays commença à exciter l'attention , et il est remarquable que ce fut la piété plutôt que la politique qui dirigea le premier projet de cette colonie. Ce fut, pendant plusieurs années , une noble émulation à qui concourrait plus puissamment aux progrès du christianisme dans cette partie du Nouveau-Monde. Tout ce qu'il y avait de plus distingué à la cour, des princesses , la reine même, entrèrent dans ces vues religieuses.

Plusieurs missionnaires partirent pour aller prêcher les sauvages. Le commandeur de Siliery, dont le nom se trouve , dans ce temps-là , à la tête de toutes les bonnes œuvres , fit bâtir à ses frais , à peu de distance de Québec, un village qu'il destinait aux Indiens convertis , et qui

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porte encore son nom. La duohesse d^Aiguitlon voulut être la fondatrice de màtel^^Dieu de Québec^ et elle y envoya des religieuses hospitalières de Dieppe. Une jeuno veuve d'Alençon , madadae de la Peltrie , se chargea de fonder une maison d'Ursulines, qui devait avoir soin de l'idstruotton des filles« Elle y oonaacra sa fortune. Une association de plusieurs personnes pieuses de la Ga|Hlale entreprit de faire en grand à Mont-Réal ce qu'on avait fait en petit à Siliery, d'y rassembler les sauvages qui voudraient se faire chrétiens, et de les civiliser. On y envoya des colons , dont la douceur et la pieté attirèrent les sauvages , et File se peupla. La conversion d'un chef algonquin contribua beaucoup au succès de oet établis-sèment. On y fonda un séminaire et un bdpitai \ et les Sulpiciens n'ont cessé d'y exercer leur zèle.

Cependant les Jésuites se répandaient ches lessanvdges. Ils prêchèrent tour à tour chez les Hurons , chez les Iro' quois , chez les Algonquins et chez d'autres tribus in* diennes. Ils s'étendirent même au loin, et fondèrent des missions au détroit, à Michillimakinak , et dans d^aiitres lieux sur tes bords des grands lacs. Ils cimentèrent quelquefois de leur sang leurs travaux apostoliques. Les pères Jogues, de Brébeuf, Lallemant, perdirent la vie par les mains de ceux auxquels ils apportaient le salut et la paix.

Ce zèle se communiqua à d'autres ecclésiastiques français. Des hommes d'un nom distingué renoncèrent aux espérances que leur naissance pouvait leur donner, pour se consacrer aux missions. Tels furent les abbés de Laval, d'Urfé, de Quaylus, de Lionne, de Fénelon , de Cicé , etc. Le premier fut fait vicaire apostolique du Canada , sous le titre d'évêque de Pétrée. Les autres furent établis dans les villes naissantes du pays. On érigea des cures, et on obtint du Saint-Sîége rëftttion d'un siège épisoopal à Québec. Le premier évêque fut ce même abbé de Laval , qui , depuis plusieurs années, gouvernait cette mission , et qui , par ses travaux et par ses vertus, était digne d'un poste où le zèle, et non ratnbi-

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tion^ «Tait de quoi se satisfaire. On bâtit l'église caihëj^ drale> Tëtéché ^ le séminaire , THôtel-Dieu ^ le collège des Jésuites» le oouTent des Récolets et celoi des VrM^ Unes. On faisait de semblables établissements à Mont-fiéal. En 1690^ on construisit, dans la Tille ba$se à Québec^ une nouvelle église en mémoire de la délivrante de cett^ ville ^ menacée par les Anglais. Des paroisses furent fcrtr mées aux Troia-Ri?ières> à Tile d'Orléans et dans plu^ sieurs autres endroits, et le clergé fut mis sur un pi^ stable et régulier.

Les ecclésiastiques séculiers se chargèrent spécialement des eolons français, tandis que les Jésuites allaient pré^ oher chez les sauvages. L'é?éque de Québec donnait à tous l'exemple d'une vie laborieuse. Il visitait son diocèse^ marchant à pied comme un simple missionnaire j indtrtlisant son troupeau , établissant des pasteurs, et pourvoyait h too9 les besoins de la colonie. On croyait voir en lui uri évêque des premiers temps , ramenant les païens paf Tardeurde son sèle et par Texcellence de ses vertus. Accablé de bcmne heure d'infirmités , suite de ses travaux ,- M. de Laval donna sd démission en 1685, et se retira en France^ 011 il mourut, en 1709, dans un âge très-avancé. Son successeur se montra digne d^occuper la place d*un prélat si respectable. Ce fut M. Jean-Baptiste la CroixChévrière^ de Saint-Yallier, dont le Canada ne doit jamais oublier le» bienfaifs. Il fonda, en 1693, Tbôpital général de Qvébec^ dont il acheta le terrain , et fit élever les bâtittienU* H dépensa cent mille éctis pôdr cet établissemetit , et il y faisait sa résidence , ayant loué au profit des pauvres le palais épiscopal qu'il avait aussi bâti. Il né dedaigMit pas de servir d'aumonier k Thôpitai et aux rèligieiHles. H fonda également un hôpital atfx Trois-Rîvlères, et il y établit quarante Ursulines, qui étaient aussi chargées de l'instruction des filles. Ce charitable pnsteur fut tongtemps aépuré de son trctipeati , ayatrt été pris par les Anglais dans la guerre de la succession , lorsqu'il retourfioît db France h Québec avee pittsieurs ecclés^sfiques

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qu'il avait engagés à le suivre. Il resta huit ans prisonnier en Angleterre, et ne fut relâché qu'en 1713. II retourna dans son diocèse, et mourut à Québec en 1727.

Dans les premiers temps de rétablissement du christianisme dans cette contrée , on y vit des exemples éclatants de piété et de ferveur, des apôtres infatigables , des martyrs de la foi , des néophytes généreux, des vierges fidèles. Il a été publié, à cet égard, des relations intéressantes. On a donné la vie de quelques confesseurs et de quelques femmes chrétiennes qui se distinguèrent par une plus éminen te sainteté; une dame Martin, de Tours, qui se fit Ursuline, et mourut à Québec en odeur de sainteté ; une autre religieuse, née en Normandie; une fille iroquoise , nommée Catherine Tegahkouita , que les Lettres édifiantes peignent comme un ange sur la terre. Ces mêmes lettres entrent dans des détails circonstanciés sur les missions des Jésuites chez les sauvages , et on y admire plus d'une fois des prodiges de la grâce.

Les Français avaient aussi établi la religion catholique dans l'Acadie , dans l'île Royale et dans l'ile Saint-Jean» Mais ces établissements ne furent jamais très-florissants. Il y avait cependant un assez bon nombre de catholiques en Acadie, et ce pays, qui fut cédé aux Anglais en 1713, a continué d'être dirigé au spirituel par des ecclésiastiques qu'y envoyait l'évêque de Quîébec. Les deux îles qui sont tombées successivement au pouvoir des Anglais , ont aussi continué d'avoir quelques prêtres catholiques pour les habitants d'origine française , qui sont restés attachés à leur religion.

Il y avait peu de catholiques dans les possessions anglaises; cependant le Maryland en renfermait un certain nombre qui étaient venus dans ce pays avec lord Baltimore , et qui étaient soignés par des Jésuites anglais. Nous les verrons se multiplier beaucoup à la fin du siècle. André White, Jésuite^ fut, en 1607, le premier missionnaire envoyé dans ce pays, oii il resta dix ans ; puis il fut in<]^uiété par les protestants, et envoyé prisonnier en Angle-

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terre, avec deux autres missionnaires du même ordre qui souffrirent beaucoup pendant leur captivité à Londres. A la fin il fut banni. Il demanda à retourner dans le Maryland , et ne put l'obtenir de ses supérieurs. Il rentra en Angleterre , et y mourut au bout de dix ans, le 27 septembre 1665, à près de quatre-vingts ans. Il avait converti un prince indien, et composé un catéchisme et quelques antres écrits dans cette langue. C'était un parfait missionnaire ^ humble, patient et zélé.

La Louisiane, qui avait été découverte récemment, n'avait pas encore d'établissement bien considérable, les fondements de la Nouvelle-Orléans n'ayant été jetés que vers 1717. Mais déjà il y avait des missionnaires qui avaient porté l'Evangile dans les tribus indiennes, et qui avaient réussi à convertir plusieurs sauvages. Par la suite la Nouvelle-Orléans eut des établissements ecclésiastiques stables. Les Capucins et les Jésuites y avaient une maison. Plus tard les Espagnols, devenus maîtres de cette ville, y établirent un siège épiscopal. Les Jésuites avaient une mission assez florissante chez les Natchez; elle fut depuis détruite dans une révolte de ce peuple, qui massacra tous les Français.

Les possessions espagnoles du continent jouissaient depuis longtemps de l'exercice plein et entier de la religion, et tout y était, à cet égard, sur le même pied qu'en Europe. On y avait érigé des évêchés. Dans le Mexique, l'archevêché de Mexico avait neuf sièges suffragants. L'archevêché de Lima, au Pérou, en avait huit. Celui de Santa-Fé, dans le nouveau royaume de Grenade, en avait trois, et celui de la Plata cinq. Le clergé de ces pays est fort riche, les églises y sont très-ornées et les couvents bien dotés. Le Pérou a donné à l'Eglise plusieurs grands exemples de sainteté. Un archevêque de Lima, des missionnaires et des religieuses du même pays ont obtenu les honneurs de la canonisation. Outre les pays occupés par les Espagnols, il y a des missions établies chez les peuples indigènes qui subsistent encore. Il y en a en Californie,

(yu 164 Jésuitoa ont réussi à convenir des peupltdes en* tièiM, où ils les ont civilisées, et oti ils les ont réanies dans des villages dont ils sont les pasteurs et les chefs. Les pâtes de la Californie sont couvertes de ces établissements asses semblables aux Réduotions du Paraguay.

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