‹ Mémoires pour servir à l'histoire ecclésiastique pendant le dix-huitième siècle (volume 4)Chapitre 26 sur 33 · MISSIONS DE L'AMÉRIQUB DU SUD · texte numérisé non relu

MISSIONS DE L'AMÉRIQUB DU SUD

Le nom du Paraguay nous rappelle les merveilles opén rées dans oe pays par les missionnaires de la société ; et quand elle n'aurait opéré que ce seul bien depuis sa créa^ lion, c'en serait assess pour lui mériter les remercimentt de l'humanité et de la religion. C'est par un prodige de patience, d'adresse et de vertu qu'elle parvint à porter dans le Nouveau-Monde, avec les bienfaits de la civilisa* tion, la connaissance et la pratique du christianisme. . La fondation des missions du Paraguay date de 161CU Deux Jésuites, les PP. Cataldino et Maceta farmèrenl cette année-là là première des Réductions chez les Gua* rania, peuplades de l'Amérique méridionale. Cette Bé*. ductionj car c'est ainsi qu'on appela ces sortes d'éia^ blissenients^ fut bientôt suivie de trois autres. Les roin d'Espagne favorisèrent une entreprise qui n'était pas moins à leur avantage qu'à celui de la religion. Les In^ diens des Réductions se soumirent à eux, leur payèrent un tribut d'un écu par tête pour chaque homme en état de porter les armes, et devinrent du coté du Brésil la plus sûre barrière des possessions espagnoles. Chaque Réductkm a deux Jésuites, Fun plus âgé, qui est le pasteur princi» pal, l'autre plus jeune, qui se forme sous le premier aux mêmes fonctions. Tous deux sont chargés de presque tout le détail des affaires ] ce qu'ils doivent autant à l'asoeB* dant de leurs vertus qu'à celui de leurs connaissances, de n'est pas une preuve médiocre de leur habileté et de leur zèle, d'avoir réuni des peuples épars, d'avoir civilisé deê sauvages, de les avoir fait consentir à se soumettre à Tau^ toi^tlé^ d^avoir adomi leurs mœurs, oorrigc leurs^ vices^ et

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d*avûir ouvert Jeura yeux à la lumière de rEvâdgiie» Quand on voit Tordre établi dans ces Réductions^ k paix etTuniônquiv régnent^ la vie douce et tranquille qu'y mènent lea Indiens^ les travaux utiles auxquels on les applique, toutes les précautions qu'on prend pdut y en*^ tretenir Taisancei» le calme et la gaieté, et quand Ton compare cet étal heureux avec celui où vivaient ces peuples autrefois errants et toujours en guerre, on ne peut qu^admirer un changement si étonnant. Mais lorsqu'à ces avantages se joignent ceux de la religion, et que Ton voit ces peuples plongés naguère dans les ténèbres de l'idolâtrie s'élever à la pratique des plus belles vertus du chris« tianisme, on ne peut que bénir les autetirs d'une oeuvré qui est le triomphe de la charité. Nous savons que l'envie a jeté son venin sur cette institution respectable* On a àc*^ cusé les Jésuites de ne l'avoir établie que par ambition et par cupidité, et d'avoir cherché à se rendre indépéndams dans ces contrées lointaines. Les premiers auteurs de oette imputation furent des Espagnols avides, qui^ gênés par les Jésuites dans leur projet de tyranniser et de dépouiller les Indiens^ et se montrant insensibles au spectacle touchant de ces Réductions paisibles, cherchèrent à fiûre croire que ces religieux ne s'occupaient que d'inté-» rets temporels. Ils auraient voulu qu'on leur abandonnât lea Indiens comme des esclaves, et ne trouvant point appa« remment dans leurs cœurs le germe des vertus qui ani*^ maienl les membres de la société, ils prétendirent que l'avarioe ou l'amour de l'indépendance étaient leurs seule ]|loti&. Mais des avares ou des ambitieux n'eussent point réussi dans cette œuvre étonnantoi Ils eussent bientôt traiii leur but et soulevé les Indiens par leurs vexations. C'est par une conduite mêlée de douceur et de fermeté, mais toujours dictée par l'esprit de désintéressement et de nsligton, c'est par là seul qu'ils pouvaietit se concilier ces peuples. Quelle cupidité mal entendue les aurait portés à gouverner des hommes simples, pauvres, qui ne vivaient qae de leur travail, et qui ne recueillaient que de qiii

leur était nécessaire! Il est impossible que des effets si ad* mirables proviennent d'un motif vicieux, et la religion seule a pu dicter ce projet sublime, comme seule elle a pu Texécuter. Muratori a donc eu raison de donner le titre de Christianisme heureux à la description qu'il a faite de ces établissements, et Montesquieu, et Buffon et Haller, n'ont fait que rendre hommage à la vérité lorsqu'ils ont comblé d'éloges les hommes étonnants qui, par les seulfô armes de la persuasion, ont su opérer de si grandes choses.

La religion catholique est la seule qu'on professe dans le Brésil comme dans les possessions espagnoles, et les établissements ecclésiastiques y sont sur le même pied. Il y a un siège métropolitain à San-Salvador et trois évêchés suffragants. Leur nombre a même été augmenté depuis.

Il y avait dans l'intérieur des terres plusieurs missions plus ou moins importantes. Les Jésuites avaient pénétré sur les rives du fleuve des Amazones, et dans les coq-trées les plus reculées et les moins accessibles. Ils arrosèrent de leurs sueurs et teignirent quelquefois de leur sang des pays dont nous savons à peine les noms. En 1684, dom Fedro Ortiz, missionnaire zélé, d'une famille noble de Biscaye, fut mis à mort dans le pays appelé Chaco, avec le père Antoine Solinas, Jésuite. Nous aurons occasion, par la suite, dénommer d'autres généreux missionnaires qni perdirent la vie à différentes époques en remplissant les fonctions de leur laborieux ministère. Tantôt accueillis chez un peuple, tantôt rebutés chez un autre, ils allaient, comme les apôtres, de pays en pays^ sans autre appui que la Providence, sans autre force que la charité qui les animait. Le vaste continent de l'Amérique méridionale fut traversé dans tous les sens par ces hommes intrépides, et le flambeau de la foi fut promené ainsi dans ces régions, où des superstitions absurdes avaient établi leur empire. Il est impossible de tracer un aperçu exact de ces courses apostoliques et de ces travaux généreux. La plupart de ces

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ministres de la religion n'ont point laissé de relation de ce qu'ils avaient fait. Ils n'agissaient que pour le ciçl ; c6 n^est que du ciel aussi qu'ils en ont obtenu la récompense^

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