‹ Mémoires pour servir à l'histoire ecclésiastique pendant le dix-huitième siècle (volume 4)Chapitre 3 sur 33 · NOTICE. IX · texte numérisé non relu

NOTICE. IX

pelé à rëtat ecclésiastique. Il reçut, à treize ans , la tonsure cléricale, et il entra, en 1785, au séminaire d'Orléans, tenu par les Sulpiciens, pour lesquels il prit des sentiments d'affection et d'estime qu'il voulut leur témoigner jusqu'à ses derniers moments, en léguant aii séminaire de Saint-Sulpice une partie de sa riche bibliothèque.

Lorsqu^il eut terminé sa théologie , étant trop jeune pour entrer dans les ordres, il devint professeur au petit-séminaire de Meung-sur-Loire, où la révolution le surprit. A l'exemple de son directeur, il refusa le serment, déposa l'habit ecclésiastique et retourna dans sa famille.

Le père de M. Picot qui se rendait souvent au château de Montîgny, qui se trouvait à quelque distance de Neuville , et appartenait au comte de fiochechouart, avait eu l'avantage d'y rencontrer, en 1793, le vénérable abbé Edgewort, qui se dérobait sous un nom d'emprunt et sous un extérieur laïque aux recherches des persécuteurs. Il demanda et obtint pour celui de ses fils qui se destinait à Télat ecclésiastique la faveur de lui être présenté. Dans une longue conversation que le jeune Picot eut avec le confesseur de Louis XYI, ce dernier lui parla beaucoup du Roi-Martyr et de Madame Elisabeth , infortunée et angélique princesse, dont l'abbé Edgewort louait la capacité extraordinaire, et qui avait, disait-il, une tûe mathématique. Cette expression se grava dans l'esprit de son interlocuteur, qui a fait allusion, dans ses écrits (1), à l'entrevue que nous venons de raconter.

La famille de M. Picot, fixée dans une petite ville, et disUn i guée par ses vertus chrétiennes, ne pouvait rester longtemps à l'abri des persécutions. Son digne chef fut en effet décrÀe d'arrestation ; le jeune Picot lui-même, atteint par la réquisition , et ne s'étant pas présenté, fut obligé de se cacher : mais sur la fin de 1793, il crut prudent de subir les exigences de la loi , et il alla demander du service dans la marine. Plus tard il aimait à raconter quelques incidents de cette démarche, qui peignent bien la trisle époque où il la faisait.

Un soir, vers la fin de novembre 1793, le jeune et timide réquisitionnaire arriva tout mouillé et couvert de boue dans une pauvre auberge. L'hôtesse qui le vit accablé de fatigue et qui croyait deviner en lui un tout autre homme qu'un soldat^ s'oc-

(I) VAinl de la Relii^ion, tome 4. page 100.

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