‹ Mémoires pour servir à l'histoire ecclésiastique pendant le dix-huitième siècle (volume 4)Chapitre 7 sur 33 · DE LA SECONDE ÉDITION , PUBLIÉE EN · texte numérisé non relu

DE LA SECONDE ÉDITION , PUBLIÉE EN

Il est peu d'époques qui ofFrent, pour Thistoire eeclésiastique, une matière plus abondante que le siècle qui vient de finir. 11 n*en est point qui présentent des événements plus variés, des attaques plus nombreuses, des secousses plus violentes. La naissance et les progrès de l'incrédulité, les troubles excités dans TÉglise par un parti remuant, les orages d'une révolution qui a ébranlé toute l'Europe, fournissent une suite abondante de détails souvent affligeants, mais toujours curieux, et donnent en même temps une division assez naturelle pour nos ilfemoires. L'histoire ecclésiastique de ce siècle peut en effet se partager en trois grandes divisions, où viennent aboutir la plupart des faits qui ont rempli cette période mémorable. Ces divisions, bien distinctement marquées et fertiles en événements, méritent, à beaucoup de titres, de fixer l'attention de l'écrivain observateur et celle de l'ami de la religion.

Vers le commencement du dix-huitième siècle, l'incrédulité prend naissance, ou du moins se manifeste en Angleterre et en Hollande. Elle y est adoptée par des écrivains renommés, qui tantôt insinuent le déisme avec art, tantôt combattent de front le christianisme, tantôt sèment le doute et l'ironie sur les sujets les plus graves. Leurs ouvrages, répandus dans ces deux pays, y popularisent

PBEFACE. XVII

rirrélîgion. Elle est ensuite introduite chez nous par un homme célèbre, doué de beaucoup d'esprit et de talent, qui avait vécu en Angleterre et en Hollande, et qui, de retour dans sa patrie, parut mettre tous ses soins à y accréditer les opinions qu'il avait trou* vées chez nos voisins. Après avoir préludé, dans sa jeunesse, par quelques écrits, où, tout en laissant voir son but, il gardait encore quelques ménage* ments, ce littérateur s' enhardissant à mesure que son âge et ses succès lui donnaient plus de poids et d'autorité, se consacra dans sa vieillesse avec une ardeur infatigable à combattre et à avilir la religion. Dans l'espace de quinze à vingt ans, on le vit accumuler, dans cette intention, des écrits de toutes les formes^ histoires, pamphlets, essais philosophiques, contes, vers, facéties, etc. Autour de lui vinrent se ranger des disciples animés de son esprit, et qui, excités par son zèle, comme il excitait le leur, enfantèrent en peu d'années de nombreuses et véhémentes diatribes contre une croyance qui avait civilisé le monde. La liste de ces productions est encore moins étonnante que le ton qui y règne. La correspondance des principaux chefs a montré quel était leur but et le concert qui régnait entre eux ; mais les eflet$ nous en ont instruits encore mieux. Le torrent de leurs livres inonda toute la France, et leurs principes, accueillis dans des sociétés dominantes, se répandirent dans toutes les classes. Par le moyen des journaux, ils se rendirent maîtres de Topinion et distributeurs de la renommée; et un ministère faible les laissa prendre une consistance et un ascendant énormes, A la même époque, la même conta-^ gion gagnait l'Allemagne. Pans les États protestants de cette contrée, \^ réforme arbora ouvertement les

XVIII PREFACl.

étendards du dëidniéi D'autres États câtfaoliqtiés ftireiit aussi âtteitit^ des rttvàges de TiticrëdUlité ; et atànt là fin du siècle, UUe gfânde paHié de VEiitopë éinit en ptoiè à cette doetHnë nouvelle, oii blutdt h cette ttbsèuce dé tôUië doetriné, (|ui tié ait qUë tirop eu itiéitie tenîps tiné àbseuiie de toute ihôMle.

Un autre ^àrti, tié dMi lé siècle prdcédértt, téclaitie àUssi rattetltion de TbistoHen. Moins hardi sans doute et rtioiûs fuUeste, il donna lieU cépeiidatit à des tf*oubles et à des divisions dotit FÉglise se i^és-^ ëentira longtemps. Actif, intrigant, opiniâtre. Il enfanta tine fbule d'écrits qui blessaient la cbaHté et éternisaient les querelles. Cohdàtnné par lé. corps dêS pasteurs^ il se réfugia dans lès b^às de TaUtoHté séculière^ et trouva uti appui dans quelqde^uties dé ses bfatiches. Sàtls parler dU système de doctrine adopté dans ce parti, la manière ddtit il se défeildit à produit de sinistres eflbts pdui" lâ religion. Les déelaitiations Continuelles qU^on s'y perttaéttait cbtitfe le Pape et les évéques, ont avili là puiâsâiice ecclésiastique. L^opitliâtrété avec laquelle on y isôutint de faux iliit^clés, â sétvi de prétexté aux déistéà pdtir jeter dés tiuagés stir les liiii-àdes mêmes âUr les* quels répose le ebristiauîsmé^ Ce parti offre à l'obserVatetir fmJ^aHial tous les Êâfactères d'uiiè ^écte véritable ; cabales, érUiisâires, déguiseitiénts, libellés, mépris de l'autorité. L'Église â été tt*6Ubiée partout dùîlfejtistàit; elle it'a été tratiquîllé qU'oti il fi'était pfts. Il à déchiré petldàtît cinquante aiié l'Église de France, y a Ait baitre Uilé foule de cotitéstàtibti^ iricidetites^ y a (ometlté des^ illcisidns déplôirabtëâ, y â eâtrétentt utt esprit d^bppositiotj^ de mUtitterie et dé cMnigrèlhétit fcdhttè léë premîéri^ pastéuMi; De la F>oribe^ eefiM^pfit passa dâtti quelques éontrée^ éf fan-

gèi^Sj 6t dan» la dernière liioitié du dix-huiième tièbUi YMlêfûà^tïé et Tltsilië le Tirent ië ûêvéap^ pë* âam lëdf séiH ëdus k piritéctidri dé ^liëlquéâ priitéëë troftl}iés, titi dé quelques ministres ^édult^. ffêèt à là niéMë lUddencé qu'il faut àttribUef les cbëiîfgfethéhis Ititrddtiits dans lés éëoles dé cës pàyi, \m écàHi de lëiirë eànotlistéâ, les férorhlés tentées à Vîetiriéj à Plbrëtidfe et à Naples, lé corigi-ès d'Erils, le sytifcfde dé t^îstoië, Fenseigtlemént dé rUiiiVérsité dé WVîé, tant d'ccfils contre le Sàirit-Siégé, et cette donipîratîdH sbtirde, mais activé, poui* toUt iilnovét* êàtiÈ FEglisé, et pouf la mettre sdus le bras ^^dtlliet*. Gès deut gtâtldes branches de l'histdire etidésiàstiqtië^ pëtidàdt ce siècle, nous ttiènetit à Une tfdi- Sièrde qUi h*eÈt que le résultat et lé édttiplërhedt des deux îlutfèrs. Bien que citcdnscrite dans lé éourt eS- ^ftce dé qUèlqUés ahnëës, là réVolutibti fratiçaiSë ècffuble fëfttftntiei- àUtdtii; de siècles. Ce flit âlots que rthi tît lès éffibts, et qUe Tort reeuëillit les fruits de ëétte fertnehtatiotj et de c^tte al dëur dlddépétldâdcé ëùtfëtêfrfuès {Târ tadt d^éeritS. Ge fut aldt^ que l'on Jdtiit des i*éSiiltats de ces ddctrines philosdpliiqUéS si éetlstËMméilt pt*échées pendant quarante ads. Ce Ait flù liotti de Fhumahité, de la raison et dé la liberté tp3ié tant d^hdrtiïneS ftireht asservis, égarés, immdlés; k léi clàiilèUrS dodti*e les l^ois et lés prêtres difaënèféht là clltitè des tlôneS et le renverséttiént des autete, Ist ptdscriptioïl dei prîdces et celle des mi-» ûîstres de la l^eligidti. Ad milieu de ces scènes dé déâblalidn, TËglisè et l'Etat parurent ensevelis dânis itilé rUihë cdmiliUrté j.uSqu'aii thdihébt marqué dans les décrets étertiels, dû il (bt donné à l'hutiianité, aU cKrlstiànisttiè et à la sdciété de t'entt*et* dans léurà dhiib, tèi de inrspîrëi* après tatit de désastres.

XX PBEFAGE.

Tel est Taspect général sous lequel s'offre le dixhuitième siècle; telles sont les trois grandes divisions sous lesquelles on peut présenter son histoire. Nous avions d'abord formé le projet de classer ainsi les faits, sauf à reléguer dans une quatrième section ceux qui n'auraient appartenu à aucune des trois précé* dentés. Mais en y réfléchissant, cette disposition nous a paru sujette à beaucoup d'inconvénients. Elle nous eût obligé à intervertir trop souvent l'ordre chronologique. Nous avons donc préféré nous en tenir, pour cette édition, comme pour la première, à la division par année. Nous plaçons chaque événement sous une date principale, et nous présentons de suite tout ce qui y a rapport. Plusieurs écrivains nous ont donné l'exemple de cette méthode, qui délasse l'attention du lecteur par la variété des faits, et qui marque d'une manière plus tranchante les dates dont la connaissance est si importante pour classer les événements dans la mémoire. C'est la marche qu'a suivie entre autres d'Avrigny dans ses Mémoires çhmnologiques et dogmatiques pour sentir à Vhistoire ecclésiastique depuis 1600 jusqu'en 1716. Nos Memoires peuvent être regardés comme la suite des siens^ quoiqu'ils ne soient pas tout-à-fait dans le Oiéme genre. Cet auteur, justement estimé sous plus d'un rapport, a cependant des défauts dans lesquels nous avons tâché de ne pas tomber. Il avait de l'esprit et de la finesse assaisonnés d'un peu de malignité. Fort attaché à son corps, il ne voit d'important que ce qui s'y rapporte. Il raconte fort longuement toutes les querelles où les Jésuites ont pris part, et omet de parler de faits majeurs et d'événements d'un intérêt plus général. Il n'y a pas, dans son histoire, uq seul mot sur les grandes attaques portées de

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