‹ Mémoires pour servir à l'histoire ecclésiastique pendant le dix-huitième siècle (volume 5)Chapitre 1 sur 15 · LIBUAIUIE D'ADRIEN LE CLERE · texte numérisé non relu

LIBUAIUIE D'ADRIEN LE CLERE

l.MPRIMELK DE N. S. P. LE PAPE ET DE MONSEIGNEUR L ARCHEVÊQUE,

Une Cassette, 29, près Saint-Sulpice.

A LlIISTOmE ECCLÉSIASTIQUE

— Premiers actes de Louis XVI. Quoique Louis XVI fut monté sur le tronc dès le 10 mai 1774, nous avons rerais à cet endroit à parler de ses premiers actes. Ce prince, précédemment appelé duc de Berry, était le troisième fils du vertueux Dauphin que la France avait perdu en 1765 : étant devenu, par le décès de ses deux aines, l'héritier présomjitif du Irone, il avait reçu le titre de Dauphin après la mort de son père: il avait vingt ans lorsqu'il commença un règne qui sera fameux dans l'histoire. La bonté, la droiture, des mœurs pures, l'amour pour ses peuples, le désir ardent d'en être aimé et de faire le bien, formaient le caractère du nouveau prince.

[[Il dut naturellement s'occuper d'abord du choix de ses ministres. La nomination qui influa sur toutes les autres fut celle du principal ministre, comte de 3Iaurepas, vieillard léger et superficiel, lequel se croyait l'émule du cardinal de Fleury, parce qu'il avait eu part à l'éducntion du roi. D'Aiguillon, Terray et de Maupeou furent exclus du ministère-, et l'opinion publique vit aussitôt dans cette mesure le triomphe des anciens parlements : aussi les témoignages d'une joie turbulente accueillirent-ils

2 ANiNËE 1775.

cette disgrâce (1). Le successeur donné au chancelier était Hue de Miroménil, ancien premier président du parlement de Normandie ; et ce choix relevait l'espoir des amis de Tancienne magistrature. Peu après, la nomination de Turgot à l'emploi de contrôleur général inquiéta le clergé, ïurgot, qui avait d'abord porté l'habit ecclésiastique, était connu par ses liaisons avec les philosophes (2); il avait écrit dans V Ency dopé die ; et il était regardé comme le chef des économistes, et, par conséquent, de ces écrivains, qui, voulant porter les réformes dans toutes les branches de l'administration publique, étaient les adversaires prononcés des corps privilégiés (3). Sous ce rapport Turgol devait trouver dans la magistrature une résistance non moins vive que dans le clergé ; et c'est ce qui ne tarda pas à mettre obstacle à ce que ses plans avaient d'ailleurs de véritablement sage et utile. Il eut bientôt pour collègue dans le ministère Lamoignon de Malesherbes, avec lequel il était intimement uni : c'était ce même magistrat, qui, dans ses fonctions de directeur de la librairie, avait protégé d'une manière si funeste la diffusion des productions irréligieuses, et qui récemment avait encouru une disgrâce pour les remontrances déplacées quil avait adressées à Louis XV à l'occasion de la dissolution du parlement (4).]]

Parmi les autres ministres, le vertueux maréchal de Muy avait seul la réputation d'être sincèrement chrétien, (c Notre roi, écrivait Voltaire, a pris pour ministres

() ) [ [« Plus de dix mille hommes attroupés brûlèrent un mannequin qui re- » présentait le chancelier Maupeou. » Lacretelle, Histoire du xYiai^ siècle, tome IV, page 349.]]

(2) Voyez Mémoires, tome IV, page 345.

(3) Les économistes de cette époque ne s'étaient pas contentés de soulever bien des questions délicates sur les privilèges et les iaïuiunites ecclésiastiques ; ils blâmaient assez indiscrètement les dépenses (ureiitraînaicnt nécessairement la pompe des cérémonies, la decorat)on des lenijdes, les ornements sacrés, etc. Leur tendance à tout matérialiser et leur liaison avec le parti philosophique les rendaient nécessairement suspects à ceux dans l'estime desquels les intérêts religieux et moraux tenaient la première place.

(■i) \o\cv. .VrciooT", Iniiie IV, pagr 347.

w des philosoplies, à un seul près qui a le mallieur d'être » dévot. Voilà le commencement d'une rjrande révolu - » tien (1). » Prévision trop lot réalisée!

Le rappel du parlement ne tarda pas à être annoncé au public. Le comte de Maurepas se flatta de triompher aisément des résistances des magistrats, dont il assurait qu'on s'était trop effrayé (2). Le roi crut, en prenant celte grave mesure, se rendre aux vœux de la nation. Il tint, le 12 novembre, un lit de justice, dans lequel il déclara que l'ancien parlement était rétabli ainsi que la cour des aides ; etque le nouveau (celui qu'availcréé son aïeul) reprendrait fonctions du Grand Conseil. Il fit enrcpistrer en même temps plusieurs édils qui opéraient quelcpies chanoemenis dans la discipline du parlement, déclaraient nulles toutes les procédures faites autrefois par cette compagnie sur les matières religieuses, et leur défendaient de les renouveler. On avait voulu aussi prévenir les autres écarts des mapistrats, leurs démissions combinées, leurs ligues avec les parlements de province, leur refus d'enregistrer et de rendre la justice, et autres abus de cette nature. On leur rendait toutefois le droit de remuntraiices : mais on ordonnait qu'il serait procédé à l'enregistrement, si le roi croyait ne devoir rien changer à ses dispositions, en permettant toutefois à'itératives remontrances après l'enregistrement. On ne tarda pas à s'apercevoir des embarras extrêmes dans lesquels la réintégration de ces magistrats devait jeter la monarchie ; leur ingratitude ne fit que confirmer le jugement qu'on avait déjà pu porter d'eux. On reconnut bientôt que leur résurrection, pour me servir du terme qui était alors reçu, les rendait plus entreprenants : elle accrédita parmi eux l'opinion qu'en les rappelant, la cour n'avait fait que céder à la nécessité, et que la monarchie ne pouvait subsister sans eux (3). Des mesures

(1) Lettre de Voltaire à Frédéric, du S août 177"'.

(2) Fuyez Lacrelelic, Histoire du xvm» siècle, t:.mu iV, page 256.

(3) [[« Le parlement, dit Lairetelle, ne jiaïul p:.s ric<vi)ir sa r<Wnlégiaticn

^ AINiNÉî:: 177:;.

analogues furent prises par rapport aux, autres parlements, qui ne tardèrent pas à montrer leurs anciennes tendances. Peu de mois se passèrent avant qu'ils manifestassent leur opposition aux vues les plus sages, et en particulier à plusieurs réformes proposées par Turgot.

[[Le sacre du jeune roi eut lieu à Reims, le 1 1 juin de l'année 1775. Le parti philosophique avait essayé d'obtenir la suppression d'une cérémonie , qui consacrait par la prière les prémices du règne. On différa pendant plus d'une année à cause de la détresse du trésor royal 5 mais Turgot lui-aiéme insista pour la conservation d'un usage qui augmentait la vénération du peuple pour la personne du roi. Quelques modifications assez indifférentes eurent lieu dans le cérémonial 5 on s'abstint de faire ratifier par le peuple l'élection du roi. La teneur du serment royal ne fut pas changée. Les promesses que fit le prince, de conseiver les privilèges canoniques des églises et des évêtjues ; d^exLenniner eniièrenieiit de ses Etals les hérétiques condamnés nommément par V hglise^ et de ne jamais faire grâce aux duellistes, irritèrent l'impiété, plutôt qu'elle ne l'effrayèrent (1).]]

— Le 15 février. Election du pape Pie Vî. Jean-Auîïuste Braschi était né à Césène, en 1717. Benoît XIV lui fraya la route des honneurs, lui témoigna de la bienveillance, le regarda comme son élève, et après l'avoir employé quelque temps dans les affaii'es, lui donna un canonlcat de Saint-Pierre, le faisant par là entrer dans la prélature. Clément XlH le nomma auditeur du Camerlingue , et en-

» connue un Lienfail. Les discours de sis orateurs étaient faililcment animés u par les expressions de la reconnaissance. Le roi n"y était loué que d'avoir » cédé aux vœux de la nation, et d'avoir respecté une des institutions fonda- I) niiMitales de la monarcliie. Cette excessive fierté ne fit point une imprcs- » sioii fâcheuse sur l'esprit du monarque. Les acclamations du peuple scm- !i Maleiil le payer de l'imprudent sacrifice qu'il venait de faire. La police » (Mil peine à contenir, pendant plusieurs jours, les excès bruyants d'une « milice de clercs <jui devait souvent manifester sous ce règne sa dangereuse B ellVrvcsccncc. »j] Lacretelle, Histoire du xviii<= siècle, tome IV, page 368. (!) Lacretelle, Histoire de France iiendant le xvm« i iècle, lome. IS , page 37:'.

ANM-i: 1";;. s

suiic trésoricrtle la chambre apostolique. ï.c jv.c'lal lîraschl reinj)lit celle place imporUnite depuis 17GG jiis([u'eii 177,3, etyino'.îira beaucoup de lalenl. lu écrivain qu on ne peut accuser de prévention en sa faveur assure qu'on le vit constamntent ûf>pli(/iia, laborieux, indijfrrent aux plaisirs profanes ^ et niérilatti reslinie géncrale par la régularité de sa conduite (j). Sa place devait lui procurer le chapeau; il le reçut en 1773, et exerça encore les fonctions de trésorier.

[[ On ne prévoyait guère d'abord que les suffrages se porteraient sur lui. Ouvert le 5 octobre 1774, le conclave se prolongea plus de quatre mois au milieu de bien des oscillations. Les cardinaux se trouvèrent partagés dès le début en deux partis, celui des Zelanti et celui des Couronnes. Lespreniici\s, qui regrettnient beaucoup la ligne de conduite que Clément XIV avait suivie dans les aHaires, et surtout le parti qu'il avait pris par rapport aux Jésuites, voulaient un pape qui suivît d'autres maximes. A la tête de ce parti étaient le cardinal Hezzonico, les deux Albani, que nous avons déjà vus fi-availler dans le même sens dans le conclave précédent, et le cardinal ïorregiani, ancien ministre de Cl:'menl Xlli. Ils eurent dans les premiers jours l'espoir de réussir, et le cardinal Colonna Pamphili pensa être élu. Mais les cardinaux des Couronnes firent prévaloir la nécessité d'attendre que les souverains catholiques eussent manifesté leurs désirs, et que les cardinaux des diverses nations eussent pu se réunir à leurs collègues; et ce fut ce qui prolongea le délai (-2).

(1) Mémoires historiques et philosophiques sur Pie VI et son pontificat, loine I, page 120. Ces Mcinoires soiU de rainbassatteur Bourgoing, inurt ,i Dresde en ISII. l'oyez plus l)as, pnge S.

12) [[Les détails les plus importants sur le conclave de 1774 sont tirés delà corrcspondanre du cardinal de licinis, dont on trouvera les pièces principales dans Ji. ArlMid, lltslnire des ixipcs, tome VIII. Voiti couiniciit U; cardinal ambassadeur s'exprimait dans sa dépèi:lie du 19 oct(djie .à M. de Vcrgcnncs, ministre de Louis XVI : « Vous avez, vu, par ma lefirc du 12, la > situation ou j'ai trouve le conclave et les précautions que j'avais piises... • dans l'intention de romjire !e ])ro;et fornu- par m: p:ir;: il'ei;tliou«iaslcs de

§ AN.NÈE i:7o.

Ce fut la cour d'Espagne, qui avait pris à Rome un ascendnnt si extraordinaire, dont les vues dirigèrent longtemps le parti des Couronnes ; et il est aisé de comprendre quelles bases elle cherchait à faire prévaloir. Louis XVI avait déclaré que, nedésirant deson côtéqu'un bon pape, il se conformerait aux sentiments du roi Catholique. Naples, où refînait le fils de Charles III, suivait naturellement la même pensée. L'impératrice Marie-Thérèse et l'empereur son fils, intimement unis à la France par suite du mariage de Marie-Antoinette, avaient promis d'appuyer les démarches des souverains de la maison de Bourbon. L'ambassadeur de Portugal avait écrit dans le même sens au

» faire une élection brusquée, et d'afl'ranthir de cette manière le Saint- 1) Siège, pour me servir de leurs termes, de l'esclavage des cours et pour w donner il l'Eglise un chef opposé aux maximes de Clément XIV. J'avais )> cru, d'après les représentations faites au doyen des cardinaux (Jcan-Fran- B çois Albani), au cardinal camerlingue (Rezzonico) et à tous les membres D du sacré collège qui ont quelque crédit au conclave, que les zclés comb prendraient enfin qu'ils exposaient le Pape futur à de grands embarras et » à de grandes mortidcations s'ils manquaient d'égards pour les couronnes, » au point de ne vouloir pas attendre l'arrivée des cardinaux chargés de » leurs ordres. Je m'étais flatté d'avoir réussi à persuader cette vérité,... u lorsque je vis imméiliatement s'accroître au scrutin les sufi'rages en » faveur des cardinaux Colonna. Cet accroissement, par la désertion de » quelques cardinaux de notre parti, aurait pu facilement procurer le lende- » main une éltction précipitée et bien dr.ngcreuse dans les circonstances. » Je compris alors que, ne pouvant pas combattre avec des forces égales un » parti si fort, il fallait nécessairement éclairer le sacré collège par un Mé- » moire, et lui faire craindre les suites que pourrait avoir une élection faite » au mépris de la représentation des trois monarques (de France, Espagne » et Naples). Ce mémoire, signé par moi et par le cardinal Orsini de Xaples, a fut remis au doyen du sacré collège et communiqué aux chefs des fac- » tions, et en particulier au cardinal camerlingue, qui est à la tête du parti » le plus nombreux...

» Ce que j'avais prévu arriva : réchanfTenient des tètes fit place à la ré- » flexion. Le cardinal Rezzonico pria le cardinal André Corsini de me » répondre, au nom de tout son parti, que l'on était résolu d'altendie le » temps nécessaire il l'arrivée des cardinaux étrangers, et que, dans l'iiiier- » valle, on ne se permettrait aucun traité sur l'élection, mais qu'à la vérité 0 on ne pouvait pas répondre qu'une inspiration instantanée n'opérât la 1) réunion de plusieurs suffrages. Je répondis à cette ambassade qu'il sufTisait 1) que les négociations liumaincs fussent interdites jusqu'à l'arrivée des car- > dinaux étrangers, parce que les inspirations divines ne pourraient jamais » être à craindre, etc. ■

ANNEIÎ 1775. 7

dovcn du sacré collège une lettre pleine de menaces insolentes. Les trois cardinaux vénitiens étaient dans les mêmes vues. Le point capital , pour employer les expressions du cardinal de Bernis, était « d'éviter que le choix du sacré )) collège ne tombât sur quelques-uns des sujets qui avaient » donné des preuves <i?e leur fanatisme pour les Jésuites, » et d'un attachement fort aux maximes ullra-mon-- » taines. Cet article, ajoute-t-il, est leplus dilîicile à rem- » plir , quoiqu'il soit le plus important : et ce n'est que par rt une constante fermeté qu'on peut y parvenir (l). » ]]

Lorsque les cardinaux étrangers furent réunis, le cardinal Braschi, quoiqu'il fût un des moins âgés du sacré collège, et qu'il eût été revêtu de la pourpre depuis si peu de temps, commença à être porté. On le plaçait d'abord dans les rangs des Zelanti, et c'est ce qui engageait le parti des Couronnes à s'opposer à son exaltation. Vienne et Lisbonne cherchaient à l'exclure. La cour d'Espagne favorisait le cardinal PiiUavicini, qui finit par déclarer formellement qu'il refuserait la tiare, et qui indiqua lui-même Braschi comme le plus propre à tout concilier. On revint donc à ce dernier, qui avait vu avec indifférence le projet de son élection presque aus-

(î) [[Lettre adressée par le cardinal de Bernis à M. de Vcrgennes, le 23 novembre, dans Artaud, flistoire des papes, tome VI, page 88.

Ou voit par la intnic h-ttrc, (ju'en deliors du conclave les partis s'agitaient, et ne prenaient pas toujours des moyens très-honnêtes. On répandait des satires et des suppositions absurdes. Un prêtre florentin, nommé Sertor, composa un drame en trois actes, intitulé le Conclai>e, oii les ministres des Couronnes et les cardinaux qui leur étaient attacliés étaient calomnies d'une manière odieuse. Bernis prolita de l'autorité qu'il eut pendant quelques jours, en qualité de chef d'ordre, pour faire brûler cet écrit par la main du bourreau, et pour faire arrêter quelques écrivains soupçonnnes d'avoir composé ces écrits scandaleux. Dans les conclaves, chaque cardinal, selon qu'il appartient à l'ordre des évêques, ou des prêtres, ou des diacres, est à son tour chef d'ordre pendant quelques jours, et participe en cette qualité .a l'autorité gouvcrncmenlale.)

Après son exaltation, Fie VI fit mettre en liberté l'abbé Sertor, en lui enjoignant de quitter les Etats pontificaux. On remarqua, a. cette occasion, la charité du cardinal Zalada, qui, ayant été un des plus outragés par cet écrivain, lui donna généreusement tout l'argent qui lui était nécesiaire pour le vûjage. (Artaud, Histoire des papes, Pie f'I-)]}

s AiNnÉii: 177o.

sitôt détruit que formé. La cour de Vienne, mieux informée, se désista de son opposition -, et le^ cardinal Giraud obtint le consentement de celle de France, auprès de laquelle il avait rempli avec distinction les fonctions de nonce.

Dans le dernier scrutin, du 15 février, le cardinal Braschi réunit tous les suffrages. « Au moment oii son » élection fut proclamée, dit un auteur déjà cité, il se » jeta à genoux, et prononça une prière si touchante, que » tous les assistants fondirent en larmes. Puis s'adressant » aux cardinaux : Pères vénérables, leur dit-il, votre » assemblée est terminée 5 mais que son résultat est

» malheureux pour moi! Il fit distribuer de l'argent

» aux pauvres. Il recueillit dans Rome une femme peu » fortunée qui avait eu soin de son enfance. Dans la pre- )) mière distribution qu'il fit des grâces ecclésiastiques, il )) préféra les prélats les plus honnêtes et les moins riches. )) A ces actes de bienfaisance il en joignit de fermeté.... » 11 se montra humain, accessible, laborieux, tempérant; » en un mot, son début concilia presque tous les suf-

)) frages Il partageait tout son temps entre ses devoirs

» religieux, son cabinet, son muséum et la bibliothèque 1) du Vatican. » Ainsi s'expliquait sur le nouveau pape un homme qu'on n'accusera pas de le ménager, l'auteur des Mémoires historiques et philosophiques sur Pie FI^ et son pontificat (1).

(1) Cet écrivain affiche ses opinions dès le commencement de son ouvrage; il a l'air de regarder avec beaucoup de pitié et de dédain cet échafaudage de puissance temporelle et spirituelle, ce sanctuaire de la superstition, celte longue suite d'erreurs, ce long abus de la crédulité humaine;... par oii l'on voit que ces Mémoires doivent être Irès-philosophiques.

L'auteur paraît prendre plaisir à étaler ses sentiments à ce sujet. Les prêtres et leurs fonctions, les cérémonies de la religion, et la religion même, sont l'objet de sa risée. S'il parle du jubilé de 1775, il se flatte que ce sera le dernier, et après avoir raconté la catastrophe arrivée à Rome en 1798 ; il finit en disant que le pape a disparu pour toujours, soit comme souverain, soit comme Pontife, et que, sous ce double rapport, il n'excitera le» regrets de personne. Un tel ton est doublement déplacé dans un tel iujet. Mais l'auteur écrivait en 17DS, à une époque oii le Pontife venait

Un des premiers actes du nouveau pape fut l'ouverture du jubilé, déjà annoncé par son prédécesseur, et raccomplissenient des cérémonies accoutumées. [[Il attendit, pour parler de son exaltation aux évéques de la chrétienté, le moment d'étendre cette faveur à tout Tunivers catholique : c'est ce qu'il fit par l'encyclique du 2.) décembre. Il y peignait à grands traits la situation de l'Eglise, u Qui » ne serait elfrayé, disait-il, de l'état présent du peuple )) chrétien, dans lequel cette charité qui nous unit à Dieu » est si refroidie, taudis que les iniquités et les crunes

d'être cliassé de Rome, où la république romaine était protlauiée, oii le Saint-Siège lui semblait anéanti pour jamais, ou le Directoire français retenait Pie VI captiC, et jouissait du plaisir de tournuiiter en sa personne un souverain, un prêtre, le chef de l'Iiglise calboliquc. Ces iMemoircs ne portent que trop le cachet des circonstances. Cependant nous les citerons quelquefois. On y trouve des détails intéressants, des aveux exlrênieinent curieux, des l'ellexioiis démenties par les faits, et le phil()s()|)lie souvent en contradiction avec l'historien. On y lit, tome I, page 12, que Brasclii était placé dans le bas chœur des Z-eUnUi, ce qui n'a pas plus de sel que de vérité, et, page 13, qu'/t était élève de Benoit XIF, et que c'était une heureuse prévention en faveur de sa sagesse : deux assertions que l'on ne concilie guère avec le reste. Au même endroit, l'auteur n'est pas plus exact cjne poli lorsqu'il dit que Brasclii avait été décoré de la pourpre par Chnicnt XIII, le dernier des papes fnnali({ues. Brasclii ne fut cardinal qu'en 1773, et par conséquent sous Cléiiicnt XIV. « A Dieu ne plaise, «lit le même écrivain, » tome I, page 90, que nous voulions peindre Fie VI sous de trop odieuses » couleurs. Ce serait une injustice, quand même il serait encore en posses- » sion de sou rang éniinent. Ce serait une lâcheté après la catastrophe <|ui » l'en a précipité. » El malgré cette injustice et cette lâcheté, il calomnie volontiers ce l'ontife détrôné et banni, il interprète défavorablement ses actions les plus louables, il ne voit dans tout ce qu'il fait que vanité. Si Pie VI élève des monuments, c'est vanité ; s'il protège les arts, c'est vanité; s'il montre en quelques occasions la magnificence convenable à un souverain, c'est encore vanité; s'il déploie dans les cérémonies ecclésiastiques de la ])ompe et de la dignité, s'il aime l'éclat du culte, s'il officie avec majesté, s'il se fait rendre les honneurs dus h son rang, c'est toujours vanité. C'est dans les différends de Pie VI avec les souverains que son historien donne jdus de preuves de cette mauvaise foi et de cette persévérance à le déprimer. Il avoue, page 235, que le Pape pouvait paraître un objet de pitié, et que presque tous les souverains semblaient s'être donne le mot pour le tourmenter ; et dans tout son ouvrage il appelle le bl.ime sur ce pape si digne de pitié, et il lui reproche de ne s'être pas prêté au plaisir de ces princes et à leur concert pour le tourmenter. Nous aurons occasion de remar(|iier plus d'ii;;e fois ces contradictions et cc« procèdes aussi peu généreux que jieu équitables.

s'accroissent de jour en jour! Quel cœur ne serait pas comme accablé, à la vue des embûches qu'on tend de toutes paris à la foi, du mépris des saints canons qui sont impudemment foulés aux pieds; de cette passion pour la nouveauté, qui emporte des hommes turbulents, et leur inspire le dessein odieux d'ébranler jusqu'aux fondements de lu nature !.... On en est arrivé à ce point de nier rexislence d'un Dieu, ou de ne reconnaître qu'une divinité oisive et indifférente aux choses humaines; on traite de misérables inventions tout ce qu'il y a de divin : et une si profonde perversité est cachée par un tel artifice de paroles séduisantes, que les âmes infirmes, qui sont en si grand nombre, enlacées d'une manière étonnante, perdent entièrement la foi, ou la laissent noiablement s'affaiblir, en aspirant après cette fausse lumière, pire que les ténèbres elles-mêmes. De là quelle corruption dans les mœurs ! quelle licence dans le langage! quelle témérité dans les actes ! Toute religion étant déracinée dans les cœurs, ces philosophes malheureux cherchent à relâcher tous les liens qui unissent les hommes entre eux ; ils répètent à satiété que l'homme naît libre, et qu'il n'est soumis à l'empire de personne -, que la société n'est composée que d'hommes ineptes qui se prosternent stupidement devant les prêtres qui les trompent et devant les rois qui les oppriment ; de sorte que selon eux l'accord entre le sacerdoce et l'empire n'est qu'une conspiration contre la société humaine. Qui ne voit que ces délires sont d'autant plus propres à troubler la paix publique, que l'impiété est réprimée avec plus de lenteur, et que comme un cancer dévorant, elle s'étend davantage, pénétrant dans les académies publiques, dans les palais des grands, dans les cours des rois, et, ce qu'on ne peut dire sans horreur, jusque dans le sanctuaire (l)? »

Le Pontife, s'adressant ensuite aux évêques, leur don-

(1) Bullaviiitii ronianum PU 11, ii. i.sxii.

A.VNEE 177o. H

nail les avis les pins utiles: il les ONliorlait à ranimer en eux-mêmes d'abord la grâce reçue par l'imposition des mains ; à n'admettre dans le sanctuaire que ceux qui, sous le rapport de la sainteté des mœurs et de la doctrine, auraient subi toutes les épreuves prescrites par les saints canons; à organiser et à perfectionner déplus en plus les pépinières cléricales; à soigner la décence et l'ornement des temples ; à s'opposer enfin avec un courage invincible à l'impiété et à la corruption des mœurs.]]

— Le 15 avril. Concokdat passé entre les cuakoines réguliers DE SaiM'-AaTOINE et l'oUDRE DE MaLTE POUR LEUR

RÉUNION. C'est encore ici une suite du système de destruction adoplé par la commission de 1766 sur les réguliers. Les chanoines réguliers de Saint-Antoine étaient une congrégation fondée en 1095, pour desservir l'hôpital du bourg de Saint-Antoine , dans le diocèse de Vienne en Dauphitié, et réformée dans le xvii'' siècle par les abbés Tûlozani et Brunel de Grammont (l). La congrégation avait plusieurs maisons, outre l'abbaye chef-lieu , et elle desservait des cures. La commission des réguliers étendit aussi de ce coté sa sinistre influence. En 1771, l'archevêque de Toulouse, de Loménie de Brienne, fit assembler le chapitre général de l'ordre de Saint-Antoine dans l'abbaye chef-lieu, et il y assista, comme commissaire du roi. Il proposa de pourvoir, par la réunion des petites maisons, à l'établissement de la convenlualité, conformément à redit de mars 1768 (2). Il avait déjà prévepu l'abbé général que son ordre ne pourrait subsister dans aucun cas (3). Les religieux, effrayés de cette menace, rédigèrent des représentations au roi, et les remirent à l'archevêque, en le priant de les présenter au prince. On ne sait s'il s'acquitta de sa commission : mais les religieux n'entendirent

(I) Hélyot, Histoire des ordres religieux, tonir H, page 110.

(2j f'ojez cet étlil, Mcinoires, tome IV, page 210.

(3) Au moins la chose est rapportée ainsi dans une déliliérntion du chapitre de 1771, imprimée à la fin du yTcnioire historique sui- l'ordre de iS ai lit- Antoine, et tuivie d'une comultalion.

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