AN^ÉE
jamais parler de ces représenlations. Le l" février 1774, un arrêt du conseil remit au mois d'octobre ce chapitre qui devait se tenir au mois d'avril, et ordonna que le chapitre examinerait de nouveau les constitutions rédigées dans le chapitre précédent, et aviserait aux moyens de se rendre plus utile à l'Eglise et à l'Etat. Dans ces circonstances, l'abbé de Sai . i l-An toi n e reçut des chevaliers de Ma Ite une invitation de s'unir à cet ordre -, et un mémoire qui contenait les motifs et les conditions de celte union. Le chapitre des Anton ins, découragé par la perspective d'une destruction qu'on avait laissé entrevoir, accepta le 25 octobre les offres de l'ordre de Malte, et députa trois religieux pour dresser le contrat d'union. Un concordat fut passé à Paris, le 15 avril suivant, en treize articles^ on ystipulait entre autres des pensions pour l'abbé et pour tous les religieux. Ce traité fut dénoncé à l'assemblée du clergé de 1775, qui s'ouvrit le 3 juillet-, il y excita de vives réclamations. L'archevêque de Toulouse fut chargé de faire un rapport sur ce sujet : il lut ce rapport le 22 juillet. Il s'y élevait avec force contre l'union. Il se plaignait de la manière dont l'ordre de Malle avait tenté d'attirer les Antonins, et avait obtenu de cent soixante-treize religieux un consentement à cette réunion 5 et on ne craignait point, dit l'archevêque, de proposer au roi de prononcer l'union par une déclaration émanée de sa seule autorité, ce qui serait contraire à toutes les règles. Le prélat exposait les motifs qu'avait le clergé de s'opposer : il était question de la conservation des règles ; et c'éfait-là, pour des évé- (jues, le plus cher et le plus sacré des intérêts (l).
Tout ce rapport est plein de raisons excellentes et de
(I) Nous citerons ici quelques passages, qui paraissent précieux à recueillir.
> Quand, dit-il, ils'agitde la destruction d'un ordre ou f!e son union avec d'au-
> très, il faut des causes canoniques ; et ces causes ne peuvent être que l'utilité B de l'Eglise ou celle de l'ordre. C'est toujours un malheur pour l'Eglise que k de perdre des congrégatinns établies pour le service des autels ou le sou- » lagement des pauvres, ou pour aider des curés dans l'exercice de leurs » fonctions. Pour que cette perte soit justifiée, il faut que l'ordre qu'il s'agit » de détruire ou d'unir ne puisse plus rendre les services qu'il a rendus ou
considérations judicieuses qui montrent combien l'union de Saint-Antoine avec Tordre de Malte clait irréîjulicre et fâcheuse; mais ces considérations et ces raisons ne tombaient pas moins sur les opérations de la commission des réguliers, sur son système de destruction, sur ses procédés
» que, par sa réunion, il soit à portée d'en rendre de plus utiles et de plus a étendus.
» C'est pour ces raisons que le désordre et le scandale peuvent être quel- » qiiefois des motifs légitimes de destruction ; mais il faut (ju'ils soient » poussés à une telle extrémité , qu'on ne puisse espérer d'y j)orter remède. » Il faut que des tentatives inutiles et réitérées aient prouvé jusqu'à l'évi- » ilence l'impossibilité de la réforme ou de la conservation. Si un ordre est » dans la langueur, il faut chercher aie ranimer avant de l'éteindre; et » pour opérer son extinction, il ne suffit pas même qu'elle soit piévue un » jour inévitable, il faut qu'elle le soit au moment oii elle s'opère, et qu'elle o soit ainsi la seule ressource de l'Eglise pour l'éclification piil)lique.
» Kt quel est donc le scandale que peut avoir donné l'ordre de Saint- » Antoine ? Quelle est l'utilité que retirera l'Eglise de son union avec l'ordre de » Malte? Quelle est celle que les religieux en retireront pour leur salutPQu'on > interroge les évêques et les peuples, ils diront que, s'il existe de la langueur » dans l'ordre de Saint-Antoine, il n'y existe ni désordre éclatant, ni scandale ; » que le relâchement qui s'y est introduit est Lien éloigné d'être général et » porté il l'excès. Nous n'avons pas besoin de prouver que les religieux de » l'ordre de Saint-Antoine, en passant dans l'ordre de Malle, ne de\icn- » dronl pas plus utiles ni à eux-mêmes, ni à l'Eglise. Si les frères servants de » l'ordre de Malte exercent quolqueJ fonctions ecclésiastiques, ces fonctions » rehseniblent-elles au service que l'Eglise a droit d'attendre d'un corps de » chanoines réguliers dévoués au culte des autels et au ministère ecclcsias- » tique'.' N'est-il pas évident que les religieux de Saint-Antoine, en s'nnis- » sant il l'ordre de Malte, s'aflranchissent d'une partie de leurs obligations?' » On se plaint qu'ils ne sont pas assez utiles: est-ce en se soustrayant à leurs » devoirs (ju'ils le ilevicndront davantage?
» Il est bien rare que l'union des biens soit légitime, lorsque celle des » personnes ne l'est ])as. C'est un principe incontestable que les biens de » l'Eglise, qui sont les oITrandes des fidèles, le rachat des ])cchés et le pa- » tiinioine des pauvres, ne doivent ])as être appliqués a des objets étrangers » à leur destination. Nul intérêt arbitraire ne peut décider de l'usage qu'on » en doit faire : c'est l'intention des fondateurs qu'il faut consulter.
» Une dernière considération vient encore nous frajiper. Vu l'étal de relà- B chcmcnl qui s'est introduit «lans les ordres religieux, de ([uelle consc- » quence fatale ne serait pas cette union? Qui nous répondra ipie la séduck fion ne se répandra pas dans les autres ordres? La tentation sera d'autant B j)liis puissante qu'elle ressemblera moins il une destruction ; qu'elle n'em- ■ ])ortera pas le déshonneur inséparable du scandale et du désordre; que > l'exemple en aura élé donné par des religieux réputés encore honnêtes et * dignes de l'attention de l'Eglise, et enfin que tout aura élé combiné sous » les auspices du roi el par l'autorité du Saint-Sitge. » '^Procès^vcibal de l'aiseniblee du clergé de 1775, séance du 22 juillet.)
14 ANiNÉE 1775.
arbitraires. On conçoit à peine comment le prélat qui avait le plus (J'influence dans celte commission a pu en critiquer lui-même publiquement les actes avec tant de naïveté. »
L'archevêque concluail à ce qu'on éclairât la religion du roi et du pape sur le projet d'union; et l'assemblée arrêta en elTel qu'il serait adressé un mémoire au roi et une lettre au pape. Mais tous ses cfforis écliouèrenl contre le crédit de l'ordre de Malte et contre le désir qu'avait la cour de le favoriser. Les Aulonins et l'ordre de Malte se réunirent pour présenter une supplique au pape, et il paraît que l'ambassadeur français eut ordre de l'appuyer. On obtint de Pie Vi une bulle, du 17 décembre 1776, qui confirmait les articles du concordai du 15 avril, unissait les deux ordres, transférait les Aulonins dans l'ordre de Malle, sous le titre de chapelains servants, sécularisait les cures dépendantes de l'ordre de Saint-Antoine, et en donnait la libre disposition aux évêques diocésains. Cette bulle chargeait les évêques de faire exécuter l'union, el les dispensait de diverses formalités à remplir (l). Mais comme on prévit que ces évêques répugneraient à prêter leur ministère à l'exécution de la bulle, après le vœu formel de l'assemblée du clergé, et après tous les inconvénienls qui allaient résulter de l'union , les deux ordres sollicitèrent une nouvelle bulle qui prévînt toutes les didicultés. Cette seconde bulle, datée du 1" mai 1777, commettait, pour l'exécution de l'union, tout ecclésiastique en dignité. Les deux bulles furent revêtues de lettres patentes du 30 mai, qui en autorisaient Texécution, chargeaient de cette opération le grand aumônier et le trésorier de la Sainte-Chapelle, et en attendant permettaient à l'ordre de Malle de se mettre en possession de tous les biens des Antonins. Les députés des deux ordî'es se hâtèrent de présenter requête au trésorier de la Sainte-Chapelle de Paris, qui rendit son décret le 3 juillet 1777. Ce
(1) JlulUn iiini lomanum Pli F/,n. 11:3.
dccrctfiU confirmé pr lettres palentesdu 25, à la cliarj^e néaumoiiià de distraire une maison de l'ordre de Saint- Antoine , pour rétablissement d'un liùpilal destiné aux insensés elaux épilej)tiques, et sans préjudice de l'hospitalité, cpji continuerait d'être exercée dans la maison mère de Saint-Antoine. Ainsi lut consommée l'union. Les chanoines réguliers de Saint-Antoine i'urenl sécularisés: ils sortirent de leurs couvents 5 il n'en resta qu'un petit nombre dans l'abbaye chef-lieu, et dans la maison dite le Pelit-Saint- Anloine, à Paris, pour acquitter les fondations et célébrer l'ollice les dimanches et fêtes (1).
L'assead)lée du clergé de 1780 adopta, le 7 octobre, une nouvelle réclamation contre la suj^prcssion de l'ordre de Saint-Antoine et l'union de ses biens à l'ordre de Malte, conniiencées sans l'intervention des évèques et malj^ré les représentations de l'assemblée de 1775. Celte réclamation, signée de tous les meinbresde l'assemblée, arrivait trop tard.
— [[Le 10 mai. Cowcession faite a la grande Aumo- KERiE DE France, en favexir de l armée fuançaise. Privilèges ACCORDÉS AUX GRANDS AuMONIERS DE SauDAIGNE.
Nous ne croyons pas devoir omettre une concession faite à la France sur la demande du roi, par le bref du 10 mai. Le pape y accordait au grand aumônier, pro leutpore existenli, la faculté de dispenser par lui-même, ou par les aumôniers particuliers des divers régiments qu'il pourrait déléguer, les soldats qui seraient en campagne, ou qui, en temps de paix seraient en voyage ^ de la loi de l'abstinence dans tous les temps de l'année où elle est obligatoire; mais il déclarait que celte faculté ne comprenait pas ceux qui étaient en garnison (2).
(1) Voyez le Mémoire sur l'état religieux, i\e l'.ihhù Mcy, pages 40G et suivantes. On peut lire, sur le Pclit-Siiint-./nloine de Paris le Calendrier de l'cglise de Paris, page 28. On voit, au mviiie endroit, ([uc l'oidic de Saint-Antoine eomptait reiit-vingt coininaudeiics vers le milieu du J.viu<^ siècle. I-a Imllc du pape ne parle que de vingt-deux couvents; mais il y avait en outre beaucoup de cures et d'autres ctablisseuients dépendants de cet ordre.
(2) Bui:i:riu7n roi::a:<uin Pii I'!, n. 2G.
40 ANiNÉE 177o.
Si nous en croyons un auleui- récent, « celle négocla- » lion fut un des germes qui donnèrent naissance à une )) sorte d'indépendance des grands aumôniers, relative- » ment aux ordinaires (l). -)
Auprès de cette concession toute partielle, nous trouvons des privilèges bien plus étendus accordés dans le même temps aux aumôniers d'une autre couronne. Le grand aumônier ou chapelain du roi de Sardaigne, revêtu de la digité épiscopale, y est déclaré exercer la charge des âmes par rapport à toutes les personnes de la cour dans tous Us lieux oîi le roi ou sa cour pourraient se trouver ^ et en conséquence toute juridiclion ordinaire lui est conférée à celle fin {i)']\
[[Le 7 juillcl. OcvEUTURE DE l'assemblée du clergé :
LE DON GRATtlT^ AUTRES AFFAIRES COWCERNAKT LE TEMPO- REL. Les assemblées du clergé avaient pour but direct de concourir à la subvention de l'État par des dons réputés libres et volontaires. Une assemblée extraordinaire avait eu lieu en 1772, et en accordant alors dix millions de livres, elle avait demandé expressément que ce ne fût que par anticipation de ce qui pourrait être demandé en 1775 (3). Cependant les commissaires du roi vinrent demander un nouveau don de seize millions. Celle somme fut offerte avec empressement ; mais plusieurs circonstances des délibérations qui eurent lieu à cette occasion méritent attention, et sont propres à dissiper des erreurs trop généralement répandues sur la situation financière du clergé de France. Les dettes contractées par le clergé par suite des dons des années précédentes, réunies à celles que nécessitait ce don des seize millions, se portalentà cent treize millionsde livres. Durant la dernière guerre, terminée en 1764, le clergé avait offert quarante millions et demi, et dans les dix années de paix qui avaient suivi, on lui avait demandé cinquante-
(1") M. Artaud, Histoire des papes, Pie FI.
(2) Bnllariuni lomanum PU VI, n. 4.
(3) Voyei Mémoires, tome IV, page 3CG.
A.NTsEE 1775.' 17
quatre millions. Pour subvenir à tant de charges, les bénéfices simples étaient imposés entre le tiers et le quart de leur revenu, sans égard aux réparations et autres charges non foncières; et cependant, malgré des réclamations constantes, les fermiers des bénéficiers étaient présentement assujettis à une foule de droits qu'on n'avait point connus autrefois. L'assemblée ne craignit pas d'assurer, dans le mémoire qu'elle présenta au roi, que les biens du clergé, loin de tirer avantage de leur immunité, Supportaient de plus fortes impositions que les Liens des sujets du royaume des différents Etats. En conséquence, elle demandait au roi de lui accorder par chaque année un secours de cinq cent mille livres, pour l'aider à faire face à ses obligations; mais le ministre Turgot, ayant mis à celte concession diverses clauses qui paraissaient onéreuses, on recourut à d'autres moyens, dans le détail desquels nous ne croyons pas devoir entrer, mais qui prouvent avec quel ordre et quelle intelligence le clergé suivait cette partie dilîicile de l'administration (l).
Ce qui aggravait les charges que le clergé supportait pour le soulagement de l'Etat, c'est qu'en dehors du don gratuit proprement dit, on réclamait du clergé le renouvellement du contrat avec les hôtels de ville de Paris et de Toulouse pi^ur le paiement de rentes anciennes, qui provenaient des dettes contractées par Henri III dans les guerres de religion. Le clergé avait constamment réclamé contre cette charge : toutefois dès 1586, il avait contracté pour dix ans l'obligation de les payer, et depuis cette époque, il avait renouvelé ce contrat dans toutes les assemblées décennales; il le renouvela encore en 1775, en im-
(1) [[Nous rrniarqucrons seulement que le clergé s'appliquait à convertir les (IcUcs qu'il avait contractées au denier vingt en dettes au denier vingt-cinq ; ce ([ui nous paraît répondre à la conversion des rentes à cinq pour cent en rentes ii quatre et demi. Il donnait pour cela à ses receveurs toule autorisation de recevoir de nouveaux fonds pour reiiil)ourser les anciens créanciers. En général, il nous semble que l'administration financière du clergé était réglée avec beaucoup d'ordre et d'intelligence.]]
posant à cet effet les bénéficiers du royaume à une somme de plus de quatre cent quarante-deux mille livres.
Une des discussions les plus remarquables de l'assemblée de 1775, eut pour objet une question qui n'offre plus aujourd'hui d'intérêt : savoir, l'immunité des biens ecclésiastiques possédés à titre de fief dans la mouvance des princes apanages. Les deux frères du roi, Monsieur^ comte de Provence et le comte d'Artois, ou plutôt leurs ofiiciers, prétendaient assujettir ceux qui tenaient ces biens, à diverses prestations féodales, et en particulier à la prestation de foi et hommage ; on avait déjà même commencé en quelques endroits à saisir les biens de ceux qui s'y refusaient. Le clergé avait constamment soutenu que ses privilèges l'en exemptaient entièrement. Comme la même question avait été soulevée précédemment relativement aux fiefs qui se trouvaient dans la mouvance du roi, on avait obtenu des lettres patentes qui avaient accordé une surséance pendant un délai qui allait bientôt expirer. Les titres de l'exemption du clergé furent mûrement discutés \ on pria le roi de les faire sérieusement examiner, et l'on obtint un sursis de plusieurs années.]]
— [[Proposition d'un nouveau RÈciLEMENT sur les sépultures. C'est aussi sur la demande positive de l'assemblée que fut rendu, l'année suivante, l'édit sur les sépultures^ qui défendait, sous quelque prétexte que ce fût, d'enterrer aucune personne dans les églises, ou dans les chapelles publiques ou particulières, à l'exception des évêques, qui pouvaient être enterrés dans leurs cathédrales, des curés dans l'église de leur paroisse 5 des patrons et hauts justiciers, dans l'église du lieu 5 des fondateurs, dans les chapelles à eux appartenant: dans ces cas, des précautions rigoureuses étaient prescrites pour la construction de caveaux convenables. Les religieux devaient choisir, pour établir des caveaux consacrés à leur sépulture, un lieu décent dans l'enceinte de leurs monastères, mais autre que leur église. Les cimetières jugés insuffisants pour contenir les corps des habitants, devaier.t être agrandis: et ceux
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qui étaient placés dans l'enceinte des habitations pouvant nuire à la salubrité de l'air, devaient être portés, autant que les circonstances le permettraient, et d'après les ordonnances des évèques, iiors de celte enceinte (l).]]
— ilEMo^TllA^cEs /VDHEssiii:s au roi uaïns (juaxue mémoires DISTINCTS. I. L'assemblée de 1775 ne lutta pas avec njoins d'énergie que les précédentes contre les progrès de la nouvelle pliilos()j)hie. Elle adressa au roi un mémoire en forme de remontrance sur V ajjaihlissement de la religion et des mœurs : elle y dépeignait les succès effrayants de l'impiété rompant toutes les barrières, étourdissant ouvertement ses complots. « D oii vient, disaient les évèques, » cette fermentation générale qui tend à dissoudre les » liens de la société? D où vient cet examen curieux et ji inquiet, que personne ne se refuse, sur les opérations » du gouvernement, sur ses droits, sur leurs limites? D où » viennent ces principes destructeurs de toute autorité, » semés dans une multitude d'écrits, et que dans tous les )) Etats on se plaît à répéter et à entendre? Tous les )) désordres se tiennent et se suivent nécessairement. Les
(1) [[Voici le pvéainLule de cette Déclaration: a Les archevêques etcvûqucset » autres personnes ecclésiastiques assemblées l'année dernière, par notre per- » mission, eu notre bonne ville de Paris, nous ont reprcsenlé que, depuis quclu ((ucs années, il leur aurait été ))orté, des différentes parties de leurs diocèses » respectifs, des plaintes touchant les ineonvénionls des inhumations fréijuentes » dans Us églises, et uièine par rapport ii la situation actuelle de la plupart des • cimetières qui, trop voisins desdites églises, seraient placés plus avantageuse- » inent, s'ils étaient plus éloignes des enceintes des villes, ])oiirgs ou villages » des différentes provinces de noire royaume. Nous avons donné à des reprc- » sentations si justes d'autant plus d'attention, que nous sommes informé » (pie celle des magistrats de notre royaume s'est portée depuis longtemps » sur celte partie de la police publique, et leur a lait désirer de conciliiT » avec la salubrité de l'air, et ce que les règles ecclésiastiques peuvent per- » mettre, les droits qui appartiennent aux évè(pies, curés, pasteurs, sei- » gnciirs, fondateurs et autres, dius les différentes cglises de noire royaume. » E\cité par ces vœux légitimes, nous avons cru ne pas devoir différer d'exa pliquer nos intentions; et nous sommes persuadé (pie tous nos sujets » recevront avec reconnaissance u:i règlement dicte jiar la tendre affection » que nous avons et cjue nous aurons toujours jioi^r leur conservation. ■ [Recueil i^ciicral du droit cnùl ecclcsiailiquc, par Cliampcaux, tome I, page 293.) On peut voir le précis du rapport présente à l'assemblée sur ce lujet, dans la Collection des procès-verbaux, tome VIII, page 2366.1 J
20 ANNÉE rn'6.
)) fondements des mœurs et de l'autorité doivent crouler )) avec ceux de la religion. »
Ces observations furent encore traitées de vaines alarmes par quelques-uns des conseillers du monarque. Beaucoup d'hommes en place, de courtisans et de grands seigneurs accueillaient les nouvelles opinions, et en protégeaient les défenseurs. Il est probable toutefois que ce furent les réclamations de l'assemblée qui provoquèrent la condamnation de plusieurs productions philosophiques, et qu'on voulut prévenir les plaintes du clergé sur la propagation impunie des livres favorables à rincrédulité. Il avait paru, en 1775, un pamphlet intitulé : Diatribe à lauleur des Êphéméiides. Ce pamphlet était de Voltaire, et portait son cachet 5 c'était une suite de plaisanteries hostiles pour la religion -, on y remarquait un éloge pompeux de Julien lAposfat. Un censeur royal et le libraire Valleyre y avalent mis leurs noms, et, de plus, La Harpe en avait lait un extrait dans le Mercure de France, et y avait inséré les passages les plus répréhensibles de de la brochure. Un arrêt du Conseil du roi supprima la diatribe, interdit à Valleyre sa profession de libraire et imprimeur, et raya le sieur Louvel, qui avait approuvé l'ouvrage, de la liste des censeurs royaux.
Le parlement ne voulut pas le céder au Conseil du roi en démonstrations de zèle ; par son arrêt du 7 septembre, il enjoignit à La Harpe, auteur de l'article inséré dans le Mercure^ au censeur Louvel et à l'imprimeur Lacombe d'être plus circonspects à l'avenir, et leur fit défense d'insérer dans le Mercure, d'approuver ou d'imprimer de semblables ouvrages. [[Le réquisitoire de l'avocat général Séguier , placé en tête de cet arrêt , contenait sur l'union entre la magistrature et le clergé un passage très-important, qui montrait la disposition du parlement récemment réintégré à se rapprocher du clergé. « N'en » doutez pas, messieurs, disait ce magistrat, la division
(1) Voyez Dioi', HLsloirr du rcrjne de Louij XFl, tome î, pajc 183.
ANNÉE M'Ik 21
» qu'on a voulu élever entre les ministres des autels el les » dépositaires de l'autorité royale ; ce système de rivalité, )) que les ennemis des uns et des autres ont prétendu lui )) faire adopter; cette diversité d'opinions, (/non a vue )) (/ucl(/urfuls, doit être envisagée comme la cause cachée » de tous les malheurs que la France a éprouvés. Le mo- )) ment est arrivé oîi le clergé et la magistrature doivent )) se réunir, et, par un heureux accord, écarter les at- » teintes que des mains impies voudraient porter au trône » et à l'autel. Les magistrats, en veillant à la tranquillité )> publique, feront en même temps respecter nos saintes » Ecritures, nos dogmes sacrés, nos divins mystères; et les » successeurs des apôtres, qui sont dépositaires de la docn trine et jugesde la foi,... feront respecter l'iuitorité des
)) lois Cette précieuse harmoiiie hannira hieutck, du
» milieu d'un peuple religieux et soumis, cette foule d é- » crits licencieux, qui attaquent également la majesté » divine et la majesté royale. Les écrivains du jour redou- )) teront cette union tant désirée du sacerdoce et de Vevi- V. pire : ils craindront également et les censures ecclé- )) siastiques et les regards vengeurs des ministres de la )) loi (l)..- » Rien n'eût été, en effet, plus utile, si ce concert n'eût eu que les intérêts de la religion pour objet : malheureusemenl les circonstances portaient alors ces prands corps à s'unir dans une opposition aux réformes politiques projetées par le pouvoir, opposition dont on ne prévoyait pas les conséquences.]] Quoi qu'il en soit, plusieurs autres sentences des tribunaux frappèrent vers cette époque des ouvrages impics (-2).
(1) Collection des proccs-verbanx, toinc Vill, i)nge 11 ; Pièces justificatives, page 790.
(2) Li' 9 si'pti'nihir 1775, une sentence du Ch;UeIcf condaïuna :ui feu V/t/sni siti- la morale d<: lliomnic. ou Philosophie de In imliire. par Delille de Sales; l'ouvrage avait été ileCoré par un conscilltT : et le premier avoial du roi, Develav d'Achères, le caractérisa comiiie impie et séditieux; il se plai<;nit de raiùla.e et de la licence des écrivai'is <nii aspiraient à porter le desordre partout, dans les mœurs, dans l'admiiiistiation, dans la croyance. La sentence ordonnait contre l'auteur d.s inrormatioiis i|<ii n'eurent pas
22 ANiNES 1773.
[[II. Les défauts qni devenaient de jonr en jour plus palpables dans l'éducation publique de la jeunesse, n'étaient pas moins dignes des réclamations de l'assemblée. Ce fut la matière d'un second mémoire que rassemblée présenta au roi, et dont il nous paraît essentiel de reproduire au moins quelques traits. Plus nous approchons de la révolution française, plus il importe d'apprécier toutes les causes qui en ont préparé les tristes excès (l). « L'exercice des fonc- » tions essentielles de notre ministère, le maintien de la » religion et des mœurs, la formation de la jeunesse et l'in- )) térêt pressant de la nation entière, voilà surtout, Sire, » les objets importants de notre réclamation contre l'édit » de février 1763. Les évêques sont, par l'institution di- » vine, les juges de la fol; ils ont une inspection essen- » tielle sur tout ce qui concerne la religion et les mœurs; » et cette inspection n'est nulle part plus intéressante que )) dans tout ce qui a rapport à l'éducation de la jeunesse. » Cependant ledit de 1763 en restreint l'exercice à des )) objets extérieurs, et admet a peine les évéques dans » l'administration des collèges, au rang des autres ci- » toyens : il n'assujettit à aucune subordination h leur )) égard les professeurs et les régents. Ceux-ci sont choisis, » sans que l'évêque se soit assuré de leur capacité, de leur » doctrine et de leurs mœurs; et la jeunesse est aban- » donnée à des maîtres en qui nous ne pouvons prendre )) aucune confiance. L'inspection des évêques ne peut être » restreinte aux objets qui font partie de l'enseignement » de la religion : pour être utile, elle doit s'étendre sur
lieu. Le 16 février de l'année suivante, le parlement de Paris rendit un arrêt contre !a Théologie portalive ou Dictionnaire abrégé de la religion chrctienne, sous le nom de l'ablté Bcrnicr; l'ouvrage avait déjà paru en 1768, mais on l'avait réimprimé en 1776 avec des augmentatiojis. C'est une des nombreuses productions que le trop fameux d'Holbach faisait ou faisait faire par des écrivains à ses gages. Le réquisitoire était également [de M. Séguier.
(1) Nous avons déjà présenté dans les Mémoires, tome IV, pages 122 et suivantes, l'analyse de l'édit de 1763 sur l'éducation publique et des réclamations de l'assemblée du clergé de 1765.
» tous les maîtres. Toutes les parties de l'éducation sont » essentiellement liées entre elles. Les mêmes maîtres sont » chargés de l'enseignement des lettres humaines et de n former la jeunesse à la connaissance, à l'amour et à la » pratique de la religion et des vertus chrétiennes: ces » deux enseignements ne cesseront point dctre insépara- )) blés, tant que le christianisme sera la règle de nos )) écoles. En adoptant d'autres principes, les rédacteurs de » redit ont mis de cruelles entraves à l'exercice du mi- » nistèrc ecclésiastique, ils ont jeté dans les collèges un 1) germe funeste d indépendance : ils ont fourni aux » maîtres et à la jeunesse elle-même le moyen de mesurer )) les droits et l'autorité du supérieur ecclésiastique, et ») par là ils ont banni de nos collèges cette sécurité si né- » cessaire pour déterminer la confiance des parents, sé- » curilé qui ne peut avoir lieu quand tous les maîtres sans » distinction n'ont pas été sévèrement examinés sur leur » doctrine et leurs mœurs, et quand ils ne sont pas con- )) stamment surveillés. Qui peut se dissimuler, en effet, » qu'un seul maître irréligieux et sans mœurs, introduit )) dans un collège, y deviendrait bientôt, à défaut d'une » surveillance si nécessaire, un principe de corruption )) pour les élèves, et pour ceux mêmes qui sont chargés de )) les former?...
» Les ennemis de la religion ont regardé comme un point » essentiel, pour le succès de leurs pernicieuses maximes, » d'éloigner les ecclésiastiques du soin d'élever la jeu- » nesse 5 leurs écrits sont pleins de vaines et indécentes )) déclamations à ce sujet; leurs vœux trop connus doivent » de plus en plus convaincre Votre Majesté de la néces- » site de rétablir un ordre d'administration , sans lequel » on ne peut se flatter de procurer à la jeunesse une édu- » cation vraiment religieuse. On n'y parviendra jamais » plus siirement qu'en confiant l'enseignement public à » des maîtres ecclésiastiques. Nous ne prétendons pas » qu'on ne puisse trouver parmi les laïques des sujets » vertueux et dexcellents instituteurs; mais il s'en ren-
24 ANNÉE ilTo.
contrera bien peu de semblables, qui veuillent se dé- |
» vouer aux soins pénibles et rebutants de réducalion. )» S'ils sont mariés, leur intérêt principal les distrait sans M cesse de leurs principaux devoirs; s'ils ne le sont pas, )) leurs vues, du moins pour l'ordinaire, s'étendent au » delà de leurs places de régents , quils ne considèrent )) que comme un degré pour parvenir à un état plus tran- )) quille et plus opulent. La plupart des laïques, auxquels )) la législation nouvelle a ouvert la porte de nos collèges, ■» y ont porté des principes douteux, un zèle peu soutenu, •n et une habitude d'indépendance contraire à la régula- )) rite et au bon ordre. Leur déplacement est beaucoup M plus dillicile et plus éclatant : destituer un régent » laïque, c'est non-seulement lui faire perdre son état ; )) mais lui enlever jusqu a ses espérances pour l'avenir. » L'ordre ecclésiastique , au contraire, ouvre différentes )) portes aux régents , qui , sans avoir encouru aucun re- » proche relativement à leur doctrine ou à leurs mœurs, M ont été forcés de renoncer à l'enseignement. Les ecclé- » siasliques ont seuls l'avantage de pouvoir pratiquer )) dans les collèges une vie commune, d'où résulte plus de )) sévérité dans les mœurs, plus d'émulation dans leur )) zèle, et une communication de lumières bien intéres- 5) santé pour la prospérité des établissements chargés de )) l'inslitulion de la jeunesse. Mais, il faut l'avouer, et c'est » ce que les rédacteurs de l'édit ont affecté de perdre de » vue, la nécessité de recourir à l'état ecclésiastique pour » avoir de bons maîtres rendait indispensable l'inspection » et l'autorité des évèques. Les maîtres ecclésiastiques » sont accoutumés à voir un supérieur dans leur évèque. » Introduits et formés par lui-même, et sous son inspec- » tion, à l'état ecclésiastique, ils savent qu'ils lui doivent » compte de leur conduite, de leurs études et de leurs ta- » lents. Conviendrait-il qu'une place de professeur, que )) des fonctions que le ministère ecclésiastique n'a jamais >i regardées comme étrangères, fussent un principe, ou du » moins un prétexte d'indépendance? D'ailleurs, la con-
» naissance qu'ont nécessairement les évèqucs de tous les » ecclésiastiques de leurs diocèses, le (jenre de leur mi- » nistère, et leurs relations au dehors, les mettent à portée » de choisir dans un plus grand nonihre de sujets, de les )) éprouver et de discerner les meilleurs, de maintenir )) parmi les maîtres une réfjularilc édifiante, de procurer )) une retraite honorable aux uns, à d'autres un emploi » convenable à leurs talents, et d'en écarter quelques-uns » sans éclat et sans scandale —
» En elFet, on n'a vu de succès bien soutenus que dans » les collèges où la confiance des bureaux a laissé aux » évèques la principale influence dans l'administration et » le choix des maîtres. On y trouve des professeurs plus » instruits, un zèle plus actif, des mœurs plus pures, une )> doctrine sûre et uniforme.... Dans la plupart des autres V collèges, nous avons vu les études s'affaiblir, la piété se « détruire, l'émulation s'anéantir-, ici, un funeste esprit de )) parti présider à l'enseignement ; là, les mœurs se cor- )) rompre 5 et l'exemple des maîtres égarer les premiers pas » d'une jeunesse qui leur était confiée pour la former à la » vertu. ))
A ces considérations si graves sur le choix des maîtres, en étaient jointes d'autres non moins utiles à recueillir, sur la composition des bureaux d'administration , et sur les entraves que les magistrats multipliaient pour s'attribuer la principale partie dans le gouvernement des écoles publiques (l). Le gouvernement répondit par écrit à ce mémoire, que la nécessité de pourvoir aux besoins de 1 éducation était reconnue, qu'on s'en occuperait incessamment, et qu'on ne conclurait rien sans avoir pris l'avis de personnes du clergé.]]
[[III. Un autre objet important des réclamations du clergé, également traité dans un mémoire spécial, donna lieu à bien des commentaires : il concernait la répression
(1) Collection des procès-vcibaur de l'assemblée du clergé, tome VIII, Pii-ces jiisti/îcrdi'es, page 771, etc.
20 ANNÉK 1775.
des entreprises toujours croissantes des protestants. Lesévêques demandaient surtout que, selon les lois du royauoie, leurs assemblées schismatiques fussent dissipées, et que des hommes s-ans aucun caractère ne pussent placer la chaire du mensonge à coté de la chaire de la vérité , et s'arroger les fonctions d'apôtres et de pontifes. S'ils exhor- ! aient le roi à exclure sans distinction les sectaires de toutes les branches de V adudnistrc^ùon , ils le priaient en même temps de seconder les efforis de leur zèle par sa protection et par ses bienfaits. « Une foule de victimes de )) l'erreur, lui d.lsaient-ils, qu'elle ne captive que par la )) force ou. le besoin, attend de votre libéralité, Sire, les » moyens qui lui manquent pour s'aiFranchir de leur » esclavage. Soyez leur libérateur-, faites-leur rouvrir ces » Ensiles que Louis XIV avait établis pour leur instruc- » tion (1). )) Nous savons qu'on a reproché amèrement ces remontrances à l'assemblée de 1775^ on a trouvé mauvais qu'elle rappelât au jeune roi les promesses qu'il avait faites à son sacre (2), et qu'elle le portât à des mesures rigoureuses (3): mais le clergé pouvait-il, sans manquer à ses devoirs, laisser se produire au grand jour l'exercice public d'une fausse religion, lorsqu'il était défendu par la loi 5 et n'était-il pas fondé à exhorter le monarque à réprouver ces systèmes d'un tolérantisme capable d'ébranler le trône et de replonger la France dans les plus grands malheurs? Tandis que les ministres protestants, non contents de tenir des assemblées publiques, insultaient ouvertement les fêtes et les mystères de l'Eglise, on sollicitait le roi en leur faveur. Un mémoire, rédigé en ce sens, était accompagné d'attestations données par la noblesse de Guyenne (4). Bientôt après, on porta le jeune roi à prendre
(t) Remontrances sur les entreprises des protestants, dans la CoUectlon des procès-verbaux, tome VIII, partie II, Pièces Justificatives, page 714. (î) Voyez plus haut, page 4.
(3) Lacretelle, Histoire 4"- xvni* siècle, tome IV, page 375; Droi, Hiitoire du règne de Louis XFI, tome I, page 181.
(4) Droz, Biitoire du régna de Louis XVI, tome I, page 181.
ANNÉi: 177j. 27
une mesure bien opposée aux vœux du clcr(;é, lorsqii au mois (le juin 1777, il appela à radmlnislralion des finances le banquier genevois et piotestant, Necker. On lui avait dépeint comme un préju{]é digue des siècles superstitieux l'usage qui faisait rejeter le service d'un non-caihnliquc. (H est toulefoisà remarquer qu'on ne donna à Necker que le titre de directeur général des finances, et non celui de conlrolcur, qui lui eut conféré le droit d'entrer au con^
seil (1).
IV. Un autre mémoire se rapportait à l'âge prescrit par l'éditde 1768, pour entrer en religion, savoir de vingt et un ans accomplis à l'égard des hommes, et de dix-huit ans pour les filles (2). Il était d'autant plus naturel de s'occuper de cet objet que, dans ce même édit, Louis XV avait promis de s'expliquer de nouveau après le terme de dix années. « L'épreuve, disent les évéques, que le feu roi )) avait voulu faire pendant dix anni'es, est devenue funeste » aux ordres réguliers. La diminution sensible des profes- » sions opère dans les monastères un vide immense, qui » nous fait craindre leur anéantissement. La religion ne » pourrait voir qu'avec douleur le culte divin supprimé )> dans un grand nombre de temples , les fidèles privés de » secours souvent nécessaires , soit pour la prédication , )) soit pour la confession, et la perte d'une ressource pré- )) cieuse enlevée à nos diocèses. Les religieux seuls rera- » placent dans les paroisses, et principalement dans les » campagnes, auprès des troupes de Votre Majesté, sur )) terre et sur naer, le vide et la disette des prêtres sécu- » liers. Prêts à toutes les œuvres du ministère, les reli- » gieux accourent à nos ordres pour se livrer à l'adminis- )) tration des sacrements et à la desserte des cures, dans » tous les lieux où nous jugeons à propos de les employer. )) Quelle doit être l'allliction du clergé de France , en » voyant sur le penchant de leur ruine des ordres qui
(1) Dror, Histoire du règne de Louis XFI, tome II. (2'i Voyez Mémoires, tome IV, page 21(j.
28 AN.NÉE 177o.
)) rendent tant de services à l'Église (l)! « C'étaient surtout les religieux mendiants qui éprouvaient ce triste effet des prescriptions nouvelles, et il est évident que ce sont ces corps utiles dont l'assemblée rappelait les services. Si l'on s'étonne d'une réclamation qui peut paraître s'adresser à une mesure utile, il faut se souvenir que les conditions dans lesquelles se faisait alors le choix d'un état de vie étaient différentes de ce qu'elles sont aujourd'hui. Le pape Clément XIV, qui a été accusé de n'avoir pas été assez favorable aux corps religieux, avait fait énergiquement à Marie-ïhérèse des représentations fondées sur la prévision des mêmes conséquences, lorsque cette impératrice avait voulu également changer Tàge que les saints canons avaient fixé pour l'entrée en religion, et le porter à vingt-quatre ans (2). Quoique Louis XVI ait promis au clerp'é de prendre sérieusement en considération cette question délicate, on ne voit pas qu'il ait fait aucune modification à l'édit de 1768.]]
— [[Kechekches de l'assemblée sur les moyejns de
TIEMÉDIER A LA DISETTE DES PKÈTUES SÉCLLIEUS, ET D AMÉ- LIORER LEUR POSITION. Si l'état de décadence des réguliers, et en particulier des ordres mendiants, était digne d'attirer l'attention des évèques, il était un autre mal bien plus redoutable, qui faisait chaquejour des progrès, et que signalait en ces termes un rapport très-remarquable de l'archevêque de Toulouse, de Brienne : « Le nombre des ecclé- » siaslique's qui s'appliquent aux fonctions du saint minis- 1) tère diminue tous les jours, et leur rareté, qui nous est M déférée par plusieurs provinces, est sans doute l'objet le )) plus digne d'exercer votre zèle. » Il est très-ulile de remarquer les causes qui étaient signalées comme influant sur cette situation, et les remèdes par lesquels on pensait à \ subvenir. Outre l'affaiblissement trop sensible d'e la
(1) Collection des procès-rerbuux du clergé, tome VIII, page U, Pièces justificatives, page 764.
(2) Histoire du pontificat de Clément XIT, par le P. Theiii'.i-, (oine II, page» l'»2 et suivantes.
religion, qui avait élcinl dans la plupart des familles le désir de voir leurs enfants se consacrer au service des autels, outre la mauvaise direction des collèges, qui ('■tait peu propre à développer les vocations, on signalait surtout deux autres causes: c'est que, d'une part, l'éducation ecclésiastique était devenue beaucoup plus dilUcile et plus coûteuse qu'autrefois (l), et que, don autre coté, les avantages que pouvaient se promettre les parents en donnant cette éducation à leurs enfants ne répondaient pas aux frais et aux peines qu'ils avaient supportées. On donnait en preuve la modicité des places auxquelles, dans plusicui's diocèses, les prèlres pouvaient prétendre, surtout dans rexercice du saint ministère, et le sort trop incertain auquel étaient exposés les ecclésiastiques, lorsque, par quelque circonstance, ils n'étaient plus en état de remplir leurs fonctions (2).
(1) « Presque tons les collèges foiKlts dans l'oiiginc y,w les évcqiics, pour » l'instnictioM des clercs, sont devenus eoiniiiuiis ;i Ions les eiloyens. ('/est » un bien (jue ITglise a procuré aux peuples et qu'elle sera toujours disposée » à étendre; mais l'éducation, en faisant ainsi des progrès, est aussi devc— » une plus dispendieuse; et, de tonte éducation, il n'en est point qui demande » plus de teniits ([Me celle des ecclésiastiques. Si l'on considère ce qu'il en » coûte aux parents pendant dix-sept ou dix-liuit ans, on concevra coiiiiiieiit » des gens peu avantagés de la fortune rci^ardeut comme le plus grand des » ettorts celui d'avoir élevé un enfant pour l'Kglise. » Bapport fait par L'archevi-quede Touluuse dans la Collection iJes procès-verbaux, tome VIII, page 2527.
(2) « Il est des diocèses oii un vi( aire, a))iès avoir travaillé plusieurs ann nées, pei t à peine espérer la faible récompense à lai]ne)le il a droit de » jjrétendre. Une grande partie des cures dépend des patrons, plus occupes » d'ohliger un protégé que de recompenser le mérite. L'état ecclésiaslKjue » ne présentant ainsi qu'ineerlitudc aux parents, ils craignent d'y destiiur « leurs enfants; et ceux (|ui s'y coiisacrent, forces par la misère de suivre » une autre route , abandonnent les fonctions auxquelles ils s'étaient i> dévoués
» Ajoutons à cette considération que la partie la plus nombreuse des bene- » lices ecclésiastiques n'olfre aucune ressource à celui qui n'est plus en état n d'en remplir les fonctions. Si un curé ([uitte sa paroisse, (luelle ressource » peut lui olVrir une cure à portion congrue, dont la modicité lui a d avance . interdit toute épargne? Kt si un vicaire n'a pas obtenu une cure et qu'il . se trouve inlirine, que devicndra-t-il ? Dénué du faible salaire de son tra- ■ vail, il n'aura d'espoir (juc dans la charité de son cvcque, et la Gn de sa 8 vie sera presque une bonleuse mendl'i'é. » ' !l>:d.]
30 A^"^•ÉÎ^ 1773.
Il fallait donc chercher les moyens de faciliter l'éducation cléricale etd'améliorer la position du clergé inférieur.
Pour atteindre le premier but, l'assemblée jugea nécessaire de créer dans chaque diocèse un certain nombre de bourses et pensions en proportion avec les besoins des localités. Les évêques étaient invités à prendre pour cette création tous les moyens qui dépendaient d'eux, même par des impositions établies sur les bénéfices du diocèse , et l'on devait s'adresser au roi pour obtenir que les revenus des bénéfices simples (abbayes, prieurés, etc.) qui dépendaient de sa nomination , fussent appliqués à une fin si utile. Ces bourses et pensions devaient être appliquées non-seulement aux élèves des grands séminaires, mais aussi à ceux des petits séminaires, établissements dont la nécessité se faisait sentir de jour en jour davantage (1).
Pour améliorer la situation des prêtres employés dans le ministère, trois moyens principaux furent proposés et admis par l'assemblée. D'abord, comme c'était surtout les places de simples vicaires qui étaient abandonnées, et que c'était par leur désertion que la disette des prêtres commençait à devenir sensible , on soumit au roi un projet de déclaration générale qui fixait à 250 livres riionorairc des simples vicaires, qui n'était jusque-là que de 200 livres. Le roi donna, en effet, le 12 mai 1778 un édit par lequel il appuya ce vœu de l'assemblée du concours de son auto-
fl) « Pour former à la fois de bons ecclésiastiques et en nombre suffisant,
> il faudrait qu'à l'exemple de ce qui se passait dans l'ancienne Eglise, les en- B fanls, dès l'âge le plus tendre, fussent élevés pour l'état ecclésiastique j il
> faudrait qu'il y eût des pensions, ou petits séiitiiirtires, oii ces enfants » pussent être reçus, tantôt gratuitement, tantôt avec une diininuti/in plus » ou moins considérable du prix de la pension ; il faudrait qu'au sortir de I) ces premières pensions, ils pussent passer dans les {grands) séminaires, con- » sacrés aux études supérieures; il faudrait (|ue, dans ces séminaires, la pension
> fût aussi gratuite ou modique, suivant les besoins des sujets; il faudrait enfin
> que, au moyen de ces divers secours, ils pussent passer tout le temps de B leurs études sous les yeux de maîtres intelligents, et acquérir ainsi par » tinc cflucation continuelle et non interrompue, les tc itus et la seiw.ee de » leur tlat. » [Ibiil.)
ANNÉli 1775. :M
rité(l). Il fallait en second lieu encourager les ecclésiastiques, qui travaillaient dans le ministère, en leur facilitant le moyen d'arriver aux bénéfices-cures. Ce qu'on trouvait de plus utile, c'était de faciliter Télablisseuient d'un concours, conforme aux décrets du concile de Trente, dansions les diocèses où les évèques le jugeraienl utile (2), et de déterminer par une mesure générale qu'ancun ecclésiastique ne put èire jyiurvu de bcMiéfices-curcs, qu'il n'eiJt servi pendant trois ans dans le diocèse, ou pendant cinq ans dans d'autres diocèses (3). Enfin, on devait créer des retraites assurées pour les ecclésiastiques âgés ou infirmes, non en les recueillant dans des maisons, qui pour l'ordinaire absorbaient des sommes considérables, et qui n'étaient presque toujours babitées qu'à regret;, mais par des pensions, qui seraient proportionnées aux besoins, et qui seraient créées de la même manière que les bourses nécessaires à l'éducation ecclésiastique (4). Le gouvernement accueillit avec intérêt des propositions si justes, et promit son concours aux évèques pour les mettre à exécution.
Ce n'était pas seulement le clergé inférieur qui souffrait de la pauvreté 5 il y avait surtout dans la Provence et le Daupbiné, plusieurs évèques et plusieurs chapitres dépourvus de ressources suHisantes, tandis que tes charges allaient toujours en croissant. Il n'y avait guère d'autre remède à cette situation que l'union des bénéfices dépen-
(1) Compnrcz ce qui avait été Tait, selon la demande de l'assemblée de 1765, pour porter les cures à portion congrue h 600 livres.
Ce (jui rendait surtout l'autorité du roi nécessaire, c'e.vt ((uc dans (juelqueslieux du royaume une augmentation si modique devait être trop onéreuse aux bénéficiers, à moins 'qu'on ne vînt à leur secours par des moyens extraordinaires, ((Tie le roi seul pouvait assurer.
(2) Un mémoire fort curieux sur le concours pour les cures fut présenté h l'assemblée par l'évcque de Rennes, Barreau de Girac, et se tniuve dans les Pièces jusli/tcalà'cs, tome YIIî, II' partie, de la Colleclioii des procèsverbaux.
(3) Collection des procès-ve) baux, tome VIII, page 2511.
Il était expressément convenu (|ue les services vendus dans l'instruction pnblique seraient rej^ardé» comme une partie du ninislëre. [Ihid, page 2a34.)
(4) /fc<t/.,pa-c233':.
32 A^■^■EE i~T6.
dant de la nomiualioQ du roi , et par rapport à plusieurs chapitres la suppression d'ollices inférieurs, érigés autrefois en bénéfices, mais dont la conservation n'était plus nécessaire. L assemblée ordonna que des travaux sérieux et des mémoires détaillés fussent faits sur ces questions, afin d'amener le plus promplement possible la solution favorable. Ces détails, qui font connaître la véritable situation du clergé, vers la fin du dernier siècle, sont d'autant plus importants à recueillir, que Ton a trop souvent fait aux évèques de cette époque des imputations injustes. Si l'on put reprocher à quelques-uns en particulier trop d'amour pour les biens de la terre, et trop d'avidité même pour les revenus ecclésiastiques, il faut bien reconnaître que leurs délibérations générales sont aussi nobles et aussi désintéressées qu'utiles au point de vue pratique (l). De plus ne peut-on pas y voir la raison qui alors a fait souvent adopter, du consentement exprès du Saint-Siège, la suppression de corporations devenues peu utiles, et l'application de leurs biens à des œuvres nécessaires.'^]]
— Avertissement de l'assemblée du clergé aux fidï^les
SUR LES EFFETS FUNESTES DE l'fKCRÉDULITÉ. L'aSSCmbléc du
clergé ne pouvant opposer au torrent que ses exhortations et ses remontrances, arrêta une instruction oii l'on présenterait aux peuples les avantages de la religion , e't les effets pernicieux des systèmes qui lui sont contraires (2).
(1) Il est encore une partie du ra]>port de l'archeTêque de Toulouse qu'on ne ])riit lire qu'avec un vif inteièt : c'est celle ([ui se rapporte à ïenseigiienient supérieur du clergé. « Sullirait-il, disait-il, de donner notre nlten- » tion à cette portion du clergé (cmplové dans le ministère inférieur)? Il est » une autre espèce de ministres, préposés au gouvernement des diocèses, » cliargés de prédications extraordinaires, consacrés à l'enseignement de l.i » théolo|;ie, destinés aux places supérieures, et l'on ne peut se déguiser que n cette classe elle-inênie manque souvent de l'édtication soignée et suivie » qui lui est nécessaire... »
On ne peut qu'applaudir aux projets que suggérait le rapport pour préparer des orateurs solides et des défenseurs de la religion, ou des ecclésiastiques propres aux grandes places.
(2) Elle suivait eu cela l'exemple donné par l'assemblée de 1770. Yoyex iléinoires, tome IV.
M. do Poiupignaii, archevêque de Vienne, prélat connu par plusieurs ouvraj^^es sur cette matière, (ut chargé de rédif^er un Avertissement sur le plan proposé. Son travail répondit aux vues de l'assemblée, et lut adopté par elle. On y exposait sept avantages, que la foi procure aux honmies, et que l'incrédulilé leur ravit : 1" le repos de l'esprit humain dans la connaissance de la vérité; 2" le sentiment intérieur de la verlu ; 3" le frein du vice et le remords du crime \ 4" la rémission des péchés; 5" ia consolation dans les maux; 6° l'espérance de l'immortaliîé ; 7" Tordre public dans la société civile. V' Avertissement traçait sur chacun de ces points la doctrine consoianie du christianisme et les efïels funestes du système contraire. « D'une part, des nuages épais sur la vérité, le dégoût de la vertu, le vice sans frein, le crime sans remords, les péchés sans expiation, les maux sans consolation, la j)erspective du néant substituée à celle de limmortalilé; les lois caduques dans l'ordre politique, le germe de la révolte dans les sujets, les passions déchaînées dans les souverains. D'autre part, la religion assure ces mêmes avantages que font perdre les systèmes des inipies. » Cette instruction finissait par des exhortations aux fidèles, à ceux qui s'étaient laissés séduire par la nouvelle doctrine, et enfin aux écrivains mêmes acharnés à renverser les inslilulions les plus salutaires.
L ASSEMBLÉE DU CLERGÉ CONDAMNE PLUSIEURS LIVRES IRRÉ- LIGIEUX. On dvail déjà flétri en 1765 beaucoup d'ouvrages funestes ; mais leur nombre s'était encore prodigieusement accru depuis, et l'assemblée ne pouvant pas les désigner tous, se contenta de proscrire en général tous ceu,\ qui avaient été faits contre la religion, les mœurs et l'autorité, et d'en nommer plus spécialement quatorze, qu'elle jugea sans doute les plus dangereux. C'étaient le Christianisme dévoile, ^Antiquité dévoilée par ses usages , le Sermon des cinquante, V Examen impartial attribué à BolingbroAe , la Contagion sacrée, V Examen critique des anciens et des nouveaux apologistes de la religion, la Lettre T. V. 3
â4 ANNÉE 1773.
de Thrasihule à Leucippe , le Système de la nature, le Système social, les Questions sur l'Encyclopédie , cle r Homme, X Histoire critique de la vie de Jésus -Christ ^ le Bon sens, et V Histoire philosophique et politique des établissements des Européens dans les Deux- Indes , par Raynal (l). L'assemblée les condamna comme enseignaiîl V athéisme , la corruption des mœurs et la révolte. Celte censure fut signée des trente-quatre évéques qui siégeaient à l'assemblée, et envoyée à tous les autres prélats.
En même temps, les prélats donnèrent des éloges et des encouragements aux écrivains qui avaient pris en main la défense de la religion, et dont nous allons faire connaître les plus célèbres, afin de compléter les renseignements sur la situation de l'Eglise de France au commencement du règne de Louis XVL
— Principaux apologistes de la religion, vers 1775. On peut placer en tète de ces liommes utileS;, Bergier, qui était descendu plus d'une fois dans la lice, et qui avait combattu avec succès les principales productions de l'incrédulité. 11 avait donné successivement le Déisme réfuté par lui-même contre les sophismes et les objections de l'auteur à'Ènnle; la Certitude des preuves du christianisme en réponse à ï Examen critique des apologistes de la religion'^ V apologie de la religion chrétienne contre le Christianisme dévoilé; et Y Examen du matérialisme ou Réfutation du Système de la nature. Il terminait alors ses travaux en ce genre par son grand Traité historique
(1) Nous avons nommé successivement les auteurs de la plupart de ces ouvrages. (Voyez Mémoires, tome IV, pages 333 et 336.)
V.laliquilé dévoilée par ses usages est, dit-on, un ouvrage postliume de Boulanger, refait et publié par le baron d'Holbach, que l'on retrouve toujours dans le tableau des attaques livrées, à celte époque, a la religion. Il est assez vraisemblable que le baron, en refaisant cet ouvrage, l'a altéré, et lui a donné une couleur plus marquée et plus conforme au\ sentiments de l'éditeur. On lui attribue encore, ou plutôt à la coterie dont il était le chef, le Système social et le £on sens.
La Lettre de Tlirasibv.le h Leucippe est de Frérel. C'est le seul ouvrage philosophique qu'il ait laissé, et c'est faussement qu'on lui en a attribué d'autres.
ANNÉli 177o. 35
('/ (lugviaùque de la vidic leligion, qui embrasse l'ensemblc des fails et des preuves sur lesquels repose notre toi. Peu à près, il donna son Dictionnaire thcolof^lque^ ipi'il eut le ton d'accoler à V Encyclopédie iiiê(Jwdii/ue.
Dès 1759, l'ahbé Guyon avait relevé, dans V Oracle des nouveaux philosophes, les infidélités de pins d'une espèce commises par Voltaire dans lesécritsqu il avait j)ubliés jusque-là. Tiois ans après, Nonotte,dans ses Erreurs de f^oltaire, avait rempli la même tàclic d une manière plus étendue, et avait montré combien ce détracteur du cliristianisme s'était écarté de rexaclilude historique, tant dans son Essai sur l'histoire générale que dans son Siècle de Louis Xiy, et dans quelques autres ouvrages avoués de lui^ et combien il s'était atiaclié, avec une affeclation et une mauvaise foi remarcjuabks, à dénaturer les faits, ci à rendre tout ce qui lient à la religion ridicule ou odieux. Nonotte donna depuis son Dictionnaire philosophicpie de la religion.
Gauchat s'était fait connaître par le livre intitulé : Harmonie du christianisme et de la raison, et surtout par ses Lettres critiques, ouvrage auquel il ne manquerait peut-être, pour devenir plus utile, que d'être resserre dans un cadre plus étroit.
Le François avait publié successivement les Preuves de la religion, la Défense de la religion, les Observations sur la philosophie de Vliistoire, et V Examen des faits qui servent de fondement à la religion.
D. Jamin s'était proposé, dans ses Pensées théologiques, de poser des principes qui confondissent à la fois les ennemis de la religion et de l'Eglise. Les principes qu'il y établit sur les jugements de l'Eglise à l'égard des faits doctrinaux l'avaient rendu fort odieux aux jansénistes.
Bullet se montra également instruit et judicieux dans ses Réponses critiques à plusieurs difficultés des incrédules sur les livres saints, dans son L/isfoire de rétablissement du christianisme tirée des seuls auteurs païens, et dans {Existence de Dieu démontrée par la nature. Il
30 x\^.^Ét: n7o.
doit être regardé comme un des meilleurs apologistes de la religion.
On a de l'abbé Delamare la Foi justifiée de tout reproche de contradiction avec la liaison, et de l'abbé Floris les
Droits de la reliaion soutenus contre les maximes de la
philosophie. L'abbé Paulian opposa la vérité à l'erreur dans son Dictionnaire philosophico-théologique .
Parmi plusieurs ouvrages du P. Hayer, on distingua son traité de la Spiritualité et de V luimortalité de l dme.
Aymé mérite d'être cité pour ses Fondements de la foi mis à la portée de tous les esprits, et plus encore peutêtre pour son Catéchisme sur les fondements de la foi.
L'abbé Duvoisin établit, dans deux ouvrages sépares, V Autorité des livres de Moïse et de ceux du Nouveau Testament. Feller donna son Catéchisme philosophique, et réfuta spécialement une brochure de Voltaire et les Époques de Buffon. Pey publia le Philosophe catéchiste.
L'abbé Guénée unit le sel de la gaieté à la force des raisons dans ses Lettres de quelques Juifs allemands et portugais à M. de Voltaire^ production heureuse et justement célèbre, qui prouve dans l'auteur autant de goût et de modération que de jugement et de solidité, et qui força ses adversaires eux-mêmes à l'estimer.
L'abbé de Gourcy fit revivre les anciens apologistes du christianisme, comme Tertullien, saint Justin, et autres, entreprise qui fut spécialement formée et encouragée par les ordres de l'Assemblée du clergé de France.
L'abbé Gérard montra, dans une fiction fort connue, et les écarts d'un jeune homme entraîné par ses passions et par des sociétés pernicieuses, et les preuves qui ramènent tôt ou tard à la religion un esprit droit et un cœur né vertueux.
Régnier établit, dans un traité étendu, la Certitude des principes de la religion. M. l'abbé Barruel s'attacha principalement, dans ses Lettres helviennes, à rassembler les contradictions des philosophes, à décrire leurs variations continuelles, à faire ressortir les absurdités de leurs systèmes.
et à provoquer, lanlùt le mépris pour leurs conceptions ridicules, tantôt rindijjnation pour leurs exhortations séditieuses, leurs principes corrupteurs, et leurs déclamations antichréliennes. Si tous ces auteurs n'attiraient pas tous également l'altenliot» du public, ils ne laissaient pas d'opposer aux cflorts de l'incrédulité une réclamation persévérante, qui prémunissait un grand nombre de lecteurs, et ramenait même à la foi bien des esprits égarés.
— Le 15 septembre. Bulle de Pie VI pouu approuver L INSTITUT DES PAssio>NisTES. Lcs Passionuistcs , ou clercsdécbaussés de la croix et passion de Noire-Seigneur, ont été établis en Italie par Paul-François Danei, plus connu sous le nom du pèrePaul-de-la-Croix, qui, en 1852, a été placé sur les autels. Il était né le 3 janvier 1694 , d'une lamillcnobleà Ovada, diocèse d'Acqui, en Piémont. Elevé par une mère très-pieuse, ses inclinations pour la vertu se montrèrent de bonne heure. Il pratiquait dès sa jeunesse la morlificaiion. Le désir de coinbattre les ennemis de la foi le porta d'abord à s'engager comme volontaire dans la guerre que la république de Venise soutenait contre les Turcs; mais il comprit bientôt que la Providence l'appelait à une autre carrière. Il refusa un mariaoe avanJapeux et se crut appelé à fonder une congrégation dont la base serait l'entier détachement des choses de la terre. L'évéque d'Alexandrie, de la Paille, dans le diocèse ducjuel il vivait, approuva son dessein, et le revètiî d'une tunique noire, le 22 novembre 1720. C'est alors, à ce que Ion croit^ qu'il prit le nom de Paul-de-la-Croix. Depuis ce temps il vécut tout à fait dans la relraite, et rédigea la rèi^^le de son inslifui futur. Son frère Jean-Bapiisîe demeurait avec lui, et tous deux s'exerçaient aux pratiques de la pénitence. Benoit XÎIl approuva de vive voix leur genre de vie, leur permit de recevoir des novices, et les ordonna prêtres tous les deux en 1727. Les deux frères se relirèrent dans un ermitage, sur le mont Argentaro, et y jetèrent les fondements de leur congrégation. Appelé en 1730 à Orbitello, en Toscane, Paul-de-la-Croix s'y établit le 14 décembre,
avec de nouveaux compagnons; car les premiers l'avaient quitté. Le 15 mai 1741 , Benoît XïV donna par un bref, une première approbation à l'institut, et la renouvela le 28 mars 1746. Paul fut élu supérieur général; il s'appliquait babituellement aux missions, et la passion du Sauveur était le sujet le plus ordinaire de ses prédications. Dans une mission à Orbilello, il convertit un grand nombre de militaires, et procura l'abjuration d'une soixantaine d'entre eux qui étaient protestants. Les personnes de l'éducation la plus distinguée, les hommes les plus dépravés même éîaient subjugués par la force de ses discours. Les îiabitants des divers pays qu'il avait évangélisés voulaient avoir des maisons de son ordre, et il en établit successivement douze, et de plus une communauté de femmes auxquelles il donna une régie analogue à la sienne. Clément XIlï et Clément XIV favorisèrent sa congrégation. (]e dernier pape lui donna l'église SaiîU-Jean-Saint-Paul, ainsi que la maison contiguë que venaient de quitter les Drètres de la Mission. Enfin, Pie YI confirma l'institut de la manière la plus solennelle par la bulle Prœclara virtutum., du 15 septembre 1775.
Paul-de-la-Croix eut le temps de voir son œuvre consolidée; il mourut en odeur de sainteté, à Saint-Jean-Saint- Paul, le 18 octobre 1775. Sa vie, écrite en italien, peu d'années après, par Vincent-Marie-de-Saint-Paul , prêtre de la même congrégation, donne une haute idée des vertus du pieux fondateur et du degré de perfection où il était arrivé. Aussi la cause de sa béatification fut introduite sous Pie VI, et le 18 février 1821, Pie VIÏ proclama l'héroïsme de ses vertus. La Congrégation des rites approuva le 20 avril 1822, la procédure faite à Fondi, sur des miracles opérés par son intercession. [[Le décret de sa béatification fut donné par Pie IX, le 28 septembre 1852.]]
Les Passionnistes, outre les trois vœux ordinaires, font celui de répandre la dévotion à la passion du Sauveur; et c'est à ce but que tendent leurs missions, leurs retraites et les autres exercices de leur ministère. Us font de plus le
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ï^crmcnl de persévérance dans rinstiiui; !a rè.ole vent cjuils se préparent par I étude des sciences ecclésiastiques à la prédication et aux autres œuvres. Leur costume consiste en une lonofue tunique noire, d'une laine grossière, qu'ils serrent avec une ceinture de cuir. Sur la tunique ils portent un manteau du même drap, qui ne descend que jusqu'aux genoux. Ces deux parties de vêtement ont au côté Jïauche un cœur en blanc, surmonté d'une croix avec ces mots : Jesu XRI Fassio. Ces religieux sont déchaussés et ne portent qu'une semelle de bois îUtachée sur le pied avec des courroies. Leui- couche est une simple paillasse, sur laquelle ils doivent reposer tout habillés. Ils se lèvent à minuit pour ctianter Matines en chœur. Outre les jeûnes prescrits par l'Eglise, ils observent le carême de l'Avent, et le reste de l'année ils jeûnent les mercredi, vendredi et samedi. Ils ne peuvent avoir aucun revenu fixe; ils gardent la j)lus stricte pauvreté, et ils ne subsistent que des aumônes des fidèles -, encore n'envoient-ils à la quête que pendant les récoltes. Leurs maisons portent le nom de retraites, et sont bâties dans des solitudes, où ils doivent s'occuper de leur salut dans le silence et la méditation. Ile reçoiveat ceux qui désirent faire les exercices spirituels (l).
— Le 25 septembre. Emprisonnement des missionnaires DE Siam. La révolution de 1767, qui avait renversé l'ancien roi, porta au trône un homme adroit, qui sut Tem- Dorler sur tous ses concurrents. La relation des missionnaires l'appelle Phaia-Tak. Son début fut propre à disposer les esprits en sa faveur. Il ne prit pas d'abord le litre de roi ; mais il était traité et considéré comme tel; il tenait sa
(I) Les Passionnisics onf aujourd'hui quinze miiiMms ou retraites: onze dans rt;iat romain, deux sur le mont Argentaro en Toscane, tnie près Aquila dans le royaume de Naples, et une dans l'État de Lacques. Tout récemment ils en ont londé une à Kre pris Tournaj, cl ils se proposent, dit-on, de passer en Ecosse. Les religieuses du même ordre ont une maison à Corneto en Toscane. [(Depuis l'époque ou jM. Picot écrivait cette note, les Passionnistes ont fondé beaucoup d'autres etahlisseincnls, dont il nous semble superflu de chtrtlier le nuiul.re.l]
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résidence à Bang-Kok, où il bàlit une nouvelle ville. La misère était grande dans le pays depuis les ravages des Barnias : on y était en proie à la disette et aux maladies. Les missionnaires, touchés du sort des chrétiens, cherciièrent à rentrer dans le royaume pour leur porter secours. M. Corre y revint en 1769; il se présenta à Phaia- Tak, en fut bien reçu, et s'occupa de bâtir une chapelle à Bang-Kok. Le nouveau roi lui en accorda l'autorisation, il fit même une visite au missionnaire ; ce qui fut regardé comme une insigne faveur. M. Corre s'occupait de soulager les chrétiens autant que sa pauvreté lui en laissait les movens : en même temps il remplissait auprès d'eux les fonctions de son ministère. En 1772, M. Le Bon, évêque de Métellopolis, et coadjuteur du vicaire apostolique, arriva à Siam avec M. Garnault, autre missionnaire. Il remit au nouveau roi les présents qu'il avait apportés et une lettre de M. Call de Lauriston , gouverneur de Pondichéry. Les rapports entre le prince et l'évêque furent d'abord pleins de bienveillance; maisdans la suite, Phaia- Tak trouva mauvais que les chrétiens, d'après le conseil de l'évêque, se refusassent à des travaux qui avaient pour but le culte des idoles et des cérémonies superstitieuses. En septembre 1775, il était question de prêter le serment de fidélité au roi; les missionnaires recommandèrent aux chrétiens de ne point y mêler de superstitions. En conséquence, trois mandarins chrétiens, au lieu de se rendre à la pagode où les brames et talapoins mêlaient à la cérémonie du serment des rites idolàtriques, allèrent à l'église chrétienne et y prêtèrent leur serment publiquement devant l'autel, sur les évangiles et entre les mains de l'évêque. Le roi en fut mécontent et fit arrêter, le 22 septembre, les trois mandarins, qui furent conduits en prison. L'évêque et deux missionnaires, MM. Garnault et Condé, allèrent les visiter. Ils lurent aussi arrêtés. Le 25 du même mois , on les conduisit devant le roi , ainsi que les trois mandarins. Là, ils furent dépouillés de leurs vêtements et attachés à des colonnes. Les missionnaires ne
furent point frappés le premier jour -, mais le second jour ils recurent cliacun cent coups de roiin, par l'ordre et à la vue du roi : on les reconduisit en prison où ils étaient liés et garrottés, les fers aux pieds et la cangue au cou. Les mandarins succombèrent à la crainte de nouveaux tourments: l'évêque et les missionnaires restèrent en prison, tantôl avec la cangue et les fers, tantôt débarrassés de ces eniravcs. On voulut leur faire promettre de se corriger, ce qu'ils refusèrent. Enfin, les chrétiens s'éfant faits caution pour eux qu'ils ne fuiraient pas, et qu'ils ne feraient rien contre le royaume, on les mit en liberté le 2 septembre 1776, au bout de près d'un an de captivité.
Cette même année, l'évêque de Métellopolis devint vicaire apostolique en titre, pai- la démission de ]Monseigneur l'archevètiue de Tabraca, qui était resté à Pondicliéry , comme nous l'avons dit (1). M. Olivier-Simon Le-Bon, était né à Saint-Malo, et partit pour les missions en 1745 ; il fut d'abord employé dans le collège de Siam, puis il remplit la fonction de procureur général des missions à j\Iacao. Nommé par le Saii!t-Siége"évéque de Métellopolis, etcoadjuteur du vicaire apostolique de Siam, il passa en Europe et fut sacré à Rome par le Pape , le 'y?8 décembre 1766. Différentes circonstances l'empêchèrent d'arriver à sa mission avant 1772. Il trouva cette chrétienté désolée par les Barmas, et n'eut pas le bonheur d'y pouvoir ramener la paix. Emprisonnéet tourmenté, comme nous venons de le dire, de nouvelles traverses l'attendaient en 1779. Vers la fin de cette année, le roi, qui avait déjà menacé plusieurs fois de renvoyer les missionnaires , réalisa ses menaces. L'évêque et MM. Condé et Garnault furent de nouveau cités devant les tribunaux, interrogés, injuriés, maltraités et enfin déportés hors du royaume. Nous ne pouvons entrer dans tous les détails de celte nouvelle persécution : nous dirons seulement que les trois confesseurs, dénués de tout en sortant de Siam, fu-
(1) Voypz Mémoire ■<, loinr iV, page 367.
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rent obligés d'errer en divers lieux et curent à supporter beaucoup de privations et de fatigues. La santé de l'évêque ne put y résister, il mourut à Goa le 27 octobre 1780. Les deux autres missionnaires se retirèrent d'abord à Pondichéry. Tant de traverses n'avaient point refroidi leur zèle. Ils songèrent à se rapprocber de Siam -, et ils arrivèrent le 7 novembre 1781 àQuédab, ville tributaire de Siam, et qui renfermait des cliréliens. Ceux-ci, n'avaient point eu jusque-là de prêtres résidant parmi eux : les missionnaires les instruisirent, les affermirent dans la foi et eurent à se louer des bonnes dispositions de ces fidèles abandonnés. Au mois d'avril suivant. M. Condé laissa M. Garnault à Quédah, pour prendre soin de ce petit troupeau, et alla luimême à .îongsolan.^, où il y avait aussi des chrétiens. Il apprit que le roi auteur des persécutions de 1775 et 1779, avait été tué par des révoltés, le 7 avril 1782; et que le nouveau roi avait témoigné aux chrétiens son désir devoir revenir les missionnaires. On disait même qu'il avait envoyé à Macao pour demander des prêtres. Le calme ayant été rendu à la mission : M. Joseph-Louis Condé, fut nommé évêque de Rhési, et vicaire apostolique de Siam ; mais il mourut des suites de ses fatigues, le 8 janvier 1784, avant d'avoir été sacré. La mission retomba donc encore sans chef. M. Armand-Antoine Garnault fut fait, en 1786, évêque deMétellopolis, et vicaire apostolique de Siam. Il eut à souffrir de la part de quelques chrétiens révoltés contre son autorité; mais il fut consolé par la fermeté d'une famille chrétienne que l'on tourmenta en septembre 1796, pour la faire renoncer à la foi. La mère était la première à exhorter ses enfants à rester fermes ; les fds et les filles rivalisaient de courage. On se lassa enfin des tortures qu'on leur faisait souffrir ; et on les mit en liberté. Quelques années après, les Barmas firent une nouvelle irruption dans le royaume de Siam. En novembre 1809 ils s'emparèrent, après un long siège, de la ville et de la forteresse de Jongsélang. Ils y mirent le feu, tuèrent plusieurs habitants, en emmenèrent un grand nombre pri-
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sonniers, et obligèrent le reste à se disperser d;ins les Ibrêts. MM. Rabcau, missionnaire français, et Pascal, prètie siamois, étaient venus peu avant le siège visiter les cîiréiiens de la ville; le prêtre siamois parvint à s'échapper uvce une partie des chrétiens, et se réfugia à Poulo-lMnang. M. Rabeau s'occupa à soigner, à instruiie, à consoler les malades-, il baptisa plusieurs mourants. Après la prise de la ciladelle, il s'attendait à la mort. Il alla au-devant des vainqueurs, un crucifix dune main et de l'autre une image de la sainte Vierge, leur disant qu'il était prêtre et qu'il n'avait fait de mal à personne. Sa fermeté toucha les barbares; ils ne le massacrèrent point, lui et les chrétiens qui l'accompagnaient. On se contenta de les lier. M. Rabeau fut dépouillé de ses vêtements, maison les lui rendit ensuite. Il put visiter les prisonniers, baptiser les enfants, insvuire les adultes. Quelques temps après, on l'embarqua sur un bâtiment dont le capitaine était chrétien et son ami ; mais les matelots s'étant révoltés saisirent et garrottèrent le capitaine pour le jeter à la mer. M. Rabeau, qui s'efforçait de les détourner de cet homicide, fut lié également et jeté à la mer avec le capitaine. Ainsi il mourut victime de sa charité. Ce fut une grande perte pour la mission : car ce missionnaire était actif et plein de courage. Ceci se passait en 1820. Nous avons voulu réunir les faits relatifs à une mission si intéressante (l).
— Le 6 novembre. Réponse de la faculté de théologie DE Parus a une consultation des catholiques irlandais. Le ministère anglais avait proposé en 1773^ d'accor-
(1) Le 4 mars de l'année suivante, le vicaire apostolique, M. Garuanlt, mourut. Il eut pour successeur, M. Esprit-Joscph-Marin Florens, qui était d^i comtat et (pii travaillait dans la mission dejîuis l'S'. Celui-ci était seul missionnaire il Bang-Kol; «n iSll. il lut ni)iumc évè(|uc de So/.oi)olis et alia se faire sacrer en Cochincliinc. Ce prélat a vécu jusqu'à ces derniers temps; il est mort le 30 mars 18:54. Il était frère de l'évèquo de Zéla,, coadjuteur dans le Su-Ttliueu, moil en 1814.
Cet article ainsi que celui du 25 mars 1767 sont extraits des Nouvelles Lettres cdifiantes, Paris, 1820, lome V. r,a Description de Siani. par monseigniur Palloï;oix, donne des détails conformes, mais plus amples.
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tler aux catholiques d'Irlande quelque relaxation des peines et des entraves portées par les lois antérieures, à condition qu'ils prêteraient un serment dont la formule était dressée d'avance. Ils y promettaient fidélité au roi Georges III, et s'engageaient à le défendre contre tout complot, à révéler ce qui serait tramé contre lui, et à rejeter toute obéissance envers le prétendant. Ils déclaraient aussi qu'ils rejetaient et détestaient cette maxime qu'il est permis de tuer les hérétiques, ou qu'on n'est point tenu de leur garder sa parole, ou que les princes excommunies peuvent être déposés et mis à mort. Enfin iis déclaraient encore que le Pape n'a aucune juridiction civile, ni aucun pouvoir temporel sur l'Angleterre, et qu'ils prêtaient ce serment sans équivoque, sans restriction, étant persuadés que le Pape ne pouvait ni les en dispenser ni les en relever. Plusieurs catholiques en Irlande répugnaient à ce serment, soit à cause des droits du prétendant, soit à raison des fausses doctrines qu'il semblait attribuer à l'église catholique. Ils consultèrent donc plusieurs universités étrangères, entre autres la Faculté de théologie de Paris. Celle-ci, dans sa réponse du 6 novembre 1775 donna son avis sur les quatre articles dans lesquels ce serment pouvait être divisé. Sur le premier article qui était le pouvoir temporel du Pape, les docteurs disent que cet article peut être juré en conscience, et sur les trois autres articles relatifs aux fausses opinions, ils croient que les catholiques non-seulement peuvent, mais doivent le rejeter hautement. Ils joignent à cette réponse quelques-uns des principaux motifs sur lesquels elle peut être appuyée. Cette délibération est signée de soixante docteurs de la Faculté, parmi lesquels nous remarquons Riballier, Bonnet, Le Grand, Chevreuil, Paillard, Badier, de La Hogue, Duvoisln, Asseline, Dudemaine, de Lorrière , etc., presque tous professeurs de Sorbonne. Il avait été adressé d Irlande à la Faculté une consultation différente de celle à laquelle nous venons de voir que les soixante docteurs avaient répondu: la seconde insistait davantage
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sur le rcnoiiceuieiil aux droits citi piclendanl, el sur la déclaration qu'aucun prince éîranger n'avait ni ne (levait avoir aucun pouvoir en Irlande. Ces deux articles j^araissaient aux amis des Stuarts une violation de leurs tlîoits. Onze docteurs consultes sur ce point évitèrent de traiter l'arlicle des droits des Stuaris, qui n'étaient point, disaient-ils, de leur compétence; mais ils n'en croyaient pas moins qu'on pouvait prêter le serment dans toutes ses parties, et promettre obéissance au prince (jui occu[)ait le trdne suivant les lois et qui était en possession du pouvoir. Cette réponse est signée de onze docteurs pris parmi les signataires de la première. Nous verrons, sous la date du 25 mai 1778, les effets heureux qu'eurent ces conseils.
— Le 24 novembre. Mort de Riccr, généraldes Jésuites;
FIN DU PROCÈS FAIT AUX SUPÉUTEUllS DE LA GoMPAGNIE *, CON- DUITE DU Pape a l'égard des Jésuites de Prusse. Lorsque Pic VI était monté sur le troue, une des premières affaires qui l'occupa fut le procès encore pendant des anciens supérieurs de la Société de Jésus, lesquels étaient toujours déîenus au château Saint-Ange. On connaissait Tintérèt que le Pape leur portait : il ne se hâta point cependant de les mettre en liberté. Le général Ricci était encore dans cette prison, loi'squ'il mourut le 24 novembre 1775. H laisa un Mémoire dans lequel il protestait i° que la Compagnie de Jésus n'avait donné aucun lieu à sa suppression, et qu'il le déclarait u avec cette certitude que peut avoir » moralement un supérieur bien informé de ce qui se » passe dans son ordre; )) 2° qu'en son particulier, il n'avait donné aucun prétexte, même léger, à son emprisonnement; 3° qu'il pardonnait sincèrement à tous ceux qui l'avaient tourmenté et lésé, soit par les rigueurs dont on avait usé envers les religieux de sa Compagnie, soit par son emprisonnement, par les duretés qui y avaient éléajoutéeS;,
(1) Les tloctei-.rs riibnllicr et Legiaïul paraissent avoir été les rédacteurs des deux consultation'^ : cUcs ne !nn:i: ))ii'.;!ccs (lu'ei; 1778.
et par !e préjudice causé à sa réputation (1), Peu de jours après le Pape fit mettre en liberté les autres Jésuites détenus au château Saint-Ange.
Pie VI était dès lors en relation avec le roi de Prusse, relativement aux membres de la Société. Nous avons vu par quels motifs Frédéric II avait voulu les conserver dans ses Êtafs, où il y avait environ un million et demi de sujets catholiques : il souhaitait leur ménager les ressources d'une éducation sage et uniforme (2). « Les Jésuites, disait-il, ont » fait leurs preuves quant à leur talent pour Téducation; ce » n'est qu'en vivant en corps qu'ils peuvent remplir con- 1) venablement cette tâche. » Il désira donc qu'ils vécussent ensemble, en se soumettant d'ailleurs aux lois ecclésiastiques que le Pape jugerait à propos de leur prescrire ^ et son agent à Rome élaif chargé d'exposer sa demande. Pie VI, froissé entre ses propres inclinations et les sollicitations réitérées de la cour d'Espagne , toujours ombrageuse et inquiète lorsqu'il s'agissait des Jésuites, voulut que ceux de Prusse quittassent leur habit. Du reste, ils se soutinrent dans leurs communautés, et continuèrent à s'y rendre utiles, selon les vues de Frédéric 5 et ce prince, dit un auteur peu suspect, « conçut pour le Pape un (endre i> intérêt, qu'il manifesta en plusieurs rencontres (3). »
— [[Le 1" février. Déclakation du roi relativement Aux ÉCOLES ROYALES MILITAIRES. Quoique cct édit appartienne directement à l'histoire civile, nous croyons utile de le rapporter ici sommairement, à cause des rapports qu il a avec la religion, à laquelle le prince voulait confier l'éducation de la jeune noblesse destinée aux armes. Louis XV avait fondé avec magnificence l'École militaire
(I) Cette proleslalion se trouve eiilièrc «laiiS l'ouvrage intitulé: Clément XIII et Clément XIF, par le P. de Ravignan, page :586. (?) Voyez Mémoires, tome IV, page 401.
(3) iiourgdiiig, Mcvioiici atir Pic P'I.