A.RT. I. AUTEURS CATHOLIQUES
t février. — Jean-lJern;ud-iLuie deUlbiis, Dominicain, né à Friouli, .\eis 1G87, «t mon à Venise, fui à h lois ihoologien, hisiorien, auiiquaire. ei (riidii. Ses érrils îuiiioikvhI beaucniip de rcchcrcht's : ils sont iiius en l.iiin. Ce snni: Dr la fable que saint Thomas ait été Bénédictin, 1 (587 ; — De la sentence de condamnation contre Acace^ 1 729 ; -^ Du schisme de l'Eglise d' Aquilcr ; Monuments de l lùjUsc d' A" quilre, I7'jO; — Loe l'iliiion «les OKuvrcs Ihéologiqurs de saint Thomas d^Aquin, i7.45, 1760; 28 vnl. iu-4"; — Dissertations sur les aC" tiens, les écrits et la doctrine de suint Thomas; — De l'histoire de la congrégation deSalomoni; — Vie de Grégoire de Chypre, patriarche de Constnnliiiople; — Des actions, des écrits et de la doctrine de Théophi/lacle , aiTlu'vcf|ue de i>iil};;irie; — 2Vui(c thcologique sur le féché originel, 1757 ; — De la charité.
Z février. — lUr-Acc Stefanucci, Jésuite, né à Anajini en 1700, vé( ni à Home, où il liK prtircsxMir de droii canon au coiléi;e Germanique, lliéo ojjieii, cl coni'i'Ssenrdu «-ardinai Jean François AHtani, el du caidin 1 duc tl'Yoïk. Ce dernier le cl)ar}i;ea *lt^ la iiMiaelion et de l:i pnhlicaiioM des Actes du .'-ynode (jn'd av:iil lenu, en 1763, à FrascHli, donl il était évènui'. (Voyez Mémoires, tome IIL p:tg(! 56<S.j Stermn ci «'Sl, de pins, aulenr d'une Vie de suinte Febronia; — d'un»' Dissertation sur ta célébration des messes; — d'niie anlie Sur les appels au Sainl-Siége, 1708; — et d'anir.\s dusseci.tiions inédites, donl une sous le lin*' d \' Election simon/aque. pnl coiiti ibuer, dil-on, à smi tnipri^oinicinent. Il lui arielé, en 1775, avec son gélicrat et plusieurs de ses contrères, tl mis au château S^inl Ange, où il moui'iit.
.H février. — Eusèbe Amort, elianoine régulier i?e Sainl-Angu lin ,
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et doyen dp Pollingpii, naquit en Bavière, en 1712, il servit à Rome le ranlin;il Lercari, De rplonr dans sa pairie, il fil paraîire qnf^lqiies écrils : Philosophia poUingana , Anpsbonrg;, 1750; — nn Traité des indulgences ; — un Supplément au dklionnaivc des cas de conscience^ de Ponlas; — des Règles tirées de rEcriiiirc, des Conciles, et des Pères sur les apparitions et les révélations ; — et une Dissertation sur l'auteur de l'Imitation; (ju'il as^ure être Thonias-a-Kempis. Ce iheolol^ien était laborieux ei estimé.
7 avril. — Philippe Vicaire, docteur et professeur en théologie à Caen, et curé de Saint-Pierie de cette ville, naquit en 1689, U fui inquiété plusieurs fois, par suite de son zèle, lors di's troubles de l'Eglise en n()3, et mandé au pirienifiii de Rouen. [[Il s'ét;ùt refusé à ce que Tarrét du parlemniii de Rouen contre les Jésuites fût inscrit sur les registres de la laculié de Caen : voyez cet arrêt, dans les Mémoires, tome IV, page 1)9.1] Vicaire travaill.iil à la conversion des protestais; et est auteur des Demandes d'un protestant à un curé , avec les réponses; — cl d'une Eocposition fidèle de la doctrine catholique, adressée aux protestants.
iîi avril. — Pierre-Eiieruie GoiRLtN, prêtre appelant et docteur en théologie, était né à Paris en 169.j. Elève du docteur Boursier, il lui succé.ia dans la lâche de composer des écrits pour les évéques et les cures qui lui en den);md;jieiil, et peut-être pour ceux qui ne lui en dein. huaient pas. Snii premier ouvrage en ce sens fut un Mémoire pour des prêtres du diocèse de Sens, contre V Instruction pastorale de -M. L;tnîiuet, du 15 août 1751. < e mémoire, publié en 1752, fut suivi d'nn second, publié de 17i-2 à 1755, en 2 volumes in-4". On sail que c'était alors rus;.ge d'exciter les curés à réclamer contre la doctrine de leuis evêques. La publication de ce b>ng mémoire avait été interrompue, de l'avis de Boursier, afin que Gourlin iravail'àt à Vlnstruction pastorale sur la justice chrétienne, publiée en 17-19, sous le nom de M. de Rastignac, archevêque de Tours. (Voijez ce qui a été dii sur cet écrit à l'aitiele de M. de Rastignac, dans la Liste chronologique, à la fin du tome III des Mémoires, paye 426) Depuis Gourlui donna successivement les Appelants justifiés ; — Observations sur la thèse de de Pradcs; — cinq Lettres aux éditeurs des OEuvres posthumes de Petitpied, iim; — Examen des Réflexions sur la foi adressées à M. l" archevêque de Paris, 1762 ; — Lettre à un duc et pair sur l'Instruction pastorale de ce prélat, du 20 octobre ilGZ;— Requête contre les Acies de 1765, etc. Nous avons vu qu'il fui auteur de V Instruction pastorale, publiée par M. de Fitz-James contre Hardouin e< Berruyer en 1760, 7 volumes. Il e fut aus^i de VOrdimnance du même prélat au sujet d^s Assertions, eidesécfiis faits pour la défense de celle pièce. En 1769, il donna les OEuvres posthumes de cet évêque, en 2 volumes; du moins il les annonça ainsi; mais ici il y avait quelque restriction mentale; car ces OEuvres posthumes éiaienl en grande partie de
] edileur inënic. C'i't «il onrore Goui lin qui avait icdigé ce qui parul sous le iM'iii (le M. de Hciulevillc, cvcque d'Alais, tloiil il av;ul ^a^né le grand vicaire de eonliatue , cl donl, par ce (iioyeii, il dirige;i les démartlies. coinnic il axait «linge c» lles<lc M. de Kil/.-Jaines. Le même fut édil< iir du Traité de la nature de l'âme et de l'origine de ses connaissaïui's. par Km In-, cunire le ^yslèll<e de Loike. Eiiliii il esi au- Ifui de Vlnslilulitin cl Inslrurt'oii clirt'tiennc , ilile le Calcchisme de IS^aples, et dédiée à lu reine des Deux-Siei es, 5 voUiuies in-12, ouvrage p.rlicidièremeiit cIp r aux appelaiiis, parce (jue leurs maximes V siirii développées :ivec une préférence el une alTrcialion maupiées. Gourliu fui administré à la mort en venu d'un arrél du (parlement. il présidai! aux Aouvellcs cccUsiastiqucs, et a eu pari à tous les écrits Je son parii dans les irentc <icrnières années de sa vie. Son Traité de la Grâce, 5 volum- s in- i", lui publié après sa mort par l'elvert. ■ Voyez ce nom, au 18 janvier 1781.)
o juin. — Jean-Gaéian Bottaui, prélat romain, garde de la bibUo- Jbèque du Vatican, consulienr de llndex, né à Florence en IGNit, fut criiiqiie érudil el aniiqoaiie liabile. 11 esl auteur de pin-ieurs diss-erlanoifs dansée genre, el éiail, dil-ou, e.>-tiiné d» Benoîl XIV. On ne eile de lui, sur les matières ecclésiastiques, que quel(|U( s iradnciions d'ouvr.iges français (pfil fil ou fil faire, el deux ou trois ctrils conire les Jésniles, dont il n'élail pas l'ami.
2 .s^/)/p/»6r<?.— Antoine TounoN, Dominicain, savant cl laborieux anieur, né en Languedoc en iG8G, mort à Paris, esl auleiir de la Tic de xaiiil Thnmux d'Aquin; — (\c celle de saint Dominique; — de y Histoire des hommes illustres de son ordre, en G v(diimes. [[Os trois iMivrages plein> de recnerclies, jellenl de grandes lumières sur l'bistoire d'im onlre célèbre."] Il pid)lia aussi nn Traité de la Providence, 1752;— de la Main de Dieu sor les incrédules. IT.'Ki, 3 volumes;
— un Parallèle de l'incrédide et du fidèle, il^A); — la Vie de saint Charles Borroméc, 17G1, 5 volumes; — el l'Amérique chrétienne.
6 .sr/z^pm^rc — Jean-n:ipiislc Billet, d^ycn de ITniversité de Besançon, |.n.fe^seur en ibéologie de celte ville, était né en 1699. Il éiaii à la foi> ibi'o'ogien ei éru-iil, et a exercé sa critique sur plusieurs niatièn-s. Nous citerons de lui De apo.<;folicéi l':cclcsiœ qaltiranœ origine, 1752. pour prouver que !e> Apoires oui prècbé dans le^ Gaules;
— V[Iistoire de l'établissement du rlirislianisme tirée des seuls auteurs juifs el païens, 1764, in 4°, .savant ouvrage qm a (luelqne r-.pporl avec ceiix de IV/.ron, de Co:onia el de Lardncr sur le même sujet, el que l'on vient de reunprimer; — VEœistruce de Dieu démontrée par les merveilles de la vatu e; — les Réponses critiques aux difficultés des incrédules contre divers endroits des livres saints, 5 volumes; ou.r.igc e>limé et digne de l'èiic; il y eu a une suite par l'abbe Moïse, eie. L'abbé Bidiei mérite un mmi di-lmgué parmi les apologistes de la religion dans le uix-huiiième siècle. Il vécut dans la rc-
ai LlSTfcl CHRONOLOGIUUE
traite, et ne lit parler en sa faveur que ses talents et ses connaissances.
12 octobre. — François -Onminique Méganck, doyen du chapitre d'Cireclii, né à Menin en 1683, éindia à Lonvain , et passa en Hollande en 1713. Il fil ses piemières :irines sons Van E kel, et donna deux petits é'-rits. savoir, mie délense <*es proposili(uis condamnées parla Indio Unnicnitus, et une réruiiilion d'ini Traité du schisme , pnblif par or^lre du cardina! d\\is;iee. En 1727, Biirclinian lit Méganck pasl< ur à i eyde. C'est à celte épo(|iie que celni-c i enira si viveint'rit dans la dispute qui eni len en Hullande sur le prêt, il se déclara pour les coi!!i;ii< ei les renies nsilcs en ce pays. Le c'ergé d'U- (re< lu ^ouirrait inii alienimenl que les appelants français vinssent les tronhier <lans leur» praiiqu'S. Még>nek .>e joijjnil à cei égard à BniedtMsen, Cinck, Vivien, Valkenburi.'. {Voyez dans la Liste c'<rnnologique des volmn-^s précédents, larticle liroedors'-n^ son-; 1762.) Il Composa une Diffuse des contrats de rente rachetables des deux côtés, 1750; — une Suite de ceiie deiense, 1751 ; — et iies Remarques sur tme lettre de l'évêque de Montpellier à Van Erkel contre le prêt, MM . Ces éciit>:, dans les(|in,' s il aii.Kpiaii :!S-ez vivenienl I e dox, Poucet, et les autres adversaires du priH, ne renipèelièrent p\s de snr céder à Broedersen, en rp-alité 'te doyen ■ u eh r iire d Uireclit. Il j"ua un rôle au eoiuile de 17G^ y li pinsiems rapports, et |irrblia une Lettre sur la primauté de saint Pierre et de ses successeurs, 191 pages in-12. L'auienr y prouve, contre Le (^ler-e, <jue eetie primante est rmir-seulemenl (riionnenr, m^is de jrrr idiciron, et qti'e'le est ti'rnstitntion divine. Resie à stvolv eommerit Mé^ nck conciliiit cette doeiiùne avec sa conduite el celle de soir égli«e; c'est un prohlènre qu'il ne nous a pas expliipré. Si lettre ei son rapport ont eie attaipiés dan- un traité puhlié en 1769, en laliir el en fiançais, sons le liiie de la Primauté du Papa, ii>-4'', 207 pages, traité dont Tauieur, le P Pinel, anciennement de l'Oratoire, sonten lii que saint Piei re n'a en aucune antoiilé snr les aulres AfùireN, (pie la succession pariii ulit're et exclusive t\e.> Papes à î-aint Pierre est une chimère, ei que leur primauté n'est ni divine ni de juridiction. Pinel piorneltait d'atiaqiier au«si le décret de l'assemblée d'Ulreclil tou(haiit la >U(iéiiniié des évèques sur les préires. Il y a lien de croire quM n'a pu exécuter ce projet, étant mon vers ce nifime, temps.
— Nous joindrons ici urro note snr Pinel, dont nous ne potrvons martjiter la mort à .<n( une (l;ile précise. Pniel, originaire d'Amérique, étail entre dms l'Or Inire, et (trofessa les classes dans les collèges suivant l'usage • e ce corps. Il remplissait les fonctions <le régent de troisième à .ludly, en 1752, <t c'était à lui qu'était adressée la lettre de Duguei, du 9 février tie cette année, contre l'auieur des Nouvelles ecclrsiastiqurs. Kn <756, il était à Veiidôme, et la même }:azeite loue s^ tendre et solide piété, qui le (loriail à faire des insiructions aux domestiques et aux eulanls, et à leur disliibuer des livres. U eut
DES ÉCRIVAINS (\110). iA'6
Oi<ire do cosseï' rcs instru' iioii<-. En 1746, loi-t^irmi fit re<"Pvoir le formul;iirt' ri l.i coiisliUili-n ilaii^ lOiainirc. !'• I*. l'iiie', cir on croit qu'il éliiit :ilors picli»', prol' sia. If TiO :i-iil, ntiilK' • es riflc*, el quitta sou corps. La dt'IicaU'Ss.- de sa coii-i u-mv. ne lui iktiiicI ;iil (>:is de se souiller |):ir une slfrnaiure nu'il leuanjjiii «omon* une veriialile |iré- Vaiioalioii. Il t'iail r (lie, il vtcui dan- le uiomU- a\cc plus «le lilierlé, Penl-clre élail-ii déjà iiifaluc des illu-ions du uiillénarlvjnft el des convulsiniis. On le ippaid'- roinine le lundateur d'niir cliS'.e de c(in« vu'sionnaiies (jui d^'ininaienl principiletmnl à l.yon, à Mâ<on, à Sanuiur, el dans le Midi. Il :ivail ave*- lui une g<ru! Rri;:iile, qu'il avail enlevée du grand liôpilal de Paris, el ipii joua un rôle <!ans Vauvrc. L'illusion, le S'auih'o ei l'iinpielé pré-idaienl à leui s prétendues piophéijes. Piuel s'eflbrça de leur (t< U' ei- cpieique couïeur par l'écrit inliiul.' ; Horoxcop'' des temps, ou Conjecltire stir l'avertir. Nous n'avons poii'l vu <el écrit , qu'on il l cnrit ii\. C.el ppclanl courail de pi évince eu province, (télman d'id) unies pr.pliciics, aiuio!çant Elie, le retour des Juils. eUc. La nnn l le surprit au milieu de ces folies, auxquelles il joii;iiail drs scaiulales d- plu- d'une sorte. 11 finit ses jours dau> un vill ge, sans aui une es,.è e d>' secours, et laissa la unàiie île sa ioriunc à la ctuivuUiounair IJiigilie, qui abindoiina hienlôl Vceuvre, el rentra dans son liôpiial. Une si tri-l<' (in ne détniinpi puiiil lis s claieiiis j. sensés de Pjnel. On dit cprils lui reuilaienl enc(U-e uu culte, et ipi'il aitemlaicnl sa lésurrei lion. Vo^eS la Notion de l'œuvre des convulsions (par le P. Crcpj, Jacobin; Lyon, 1788.)
25 tnais. — Jean-Louis Dr RnssoN dk Pkauteville, évêque d'Alais, na(piil dans le Houertue en 1708. 11 loi il'aloid clianoine et grand- vicaire de .Mii'< poix, puis dépnié du Sfcond ordre à l'assemblée du cleipé de IToS, où i- ojiina du >ô\'' (ie> FcuHtants; ce qui le fil nniiinier evèipie d'Alais. Le 16 avril 176i, il donna une ..rdouiiance sur les Exirails des assrriiojts. la manièie iImoI il s'y expliquait sur ce recueil et sur le> Jésuites, u'eiaii ifnère ( inifoime à celle de ses antres co|!èt;ues, qui inainlesiè eut le plus grand méionlenleni.nl. M. de Brancas, ar. Iv vè.iue d'Aix, en p ria ses plainles à révêqup. 11 se croyait (i'aiilanl plus fondé à sVIever contre i'ordonname. qu'elle avait été iinpiiniée à Aix. Les deux prélats s'é rivirenl à ce sujei. Le 10 décembre 176i, (.lénicni XIH a tressa à l'evêque d'Alais lin brel pour b àiner sa c(Midiiii--. Ce brel' lui condaniné au l'eu par le parleiuenl (i'Aiv, ipii avait sans doute à cœur de concilier au Saint-Siége la vénérai iou l'es peuple-. Dans les assemblées provinciales du cbrgé, qui se iiiir.nl peu aigres, tous les iiuMiibrcs des deux ordres s'e.\pli(iuèrci)l loiteinent coniie M. de Bcauteville. Les
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évêques déclarèrent unanimement qu'ils n'avaient point été consultes par Cf prélat, qiioi(|u'ii assurât en avoir consulié plusieurs. Son ordonnance fut déférée à l'assemblée du cleroé, dont il i e vouini point reconnaîire la compéience, pane que, disait-il, on ne Iransigrait point sur la foi. Il protesta. L'assemblée de 1765, de son t-ôié, arrêta de deni.uider au roi la tenue du concile de Narbonne; ce qui n'eut pas de suiie. Il ne paraît pas que M. de Beauievdle eût réu-si à fairt' prévaloir ^es sentiments parnd son cleigé. Pinsieins de ses prêtres se 'léclarèrenl contre lui dans sa (picrelle avec M. de Biaitc:<s: dès qn'il fut mort, la sis-nature ilu fomuraire fui reiablie par les gran-ts vicaires du chapitre , et quelques sujeis, que Ton regardait comme ilangereux , éloignés. On est elonné que, midgré la sevénté de ses prinripes, cet évê(iui^ eût deux abltayes ouire son é\ê b*». Ou dii dans la Biographie universelle quil fui en correspondanre avet Clémenl XIV sur les ninyens de terminer les divisions de l'Eglise de France. Je ne sais si rauteur de cet aiticle était bi< n instmil sur ca point. Il se trompe sur plusieuis circonstances dans le récit de celle dii-pnie, et donne tout Tavaniage à Tévéq-e qn'il appelle un savard prélat. On ne voil pas quels ouvraues le piéi;>l a laissés connue preuves de sa scietice. Il se laissa « ondnire par nn ahb<* Lanoi, ami de Gourlin, et c'e»i de celui-ci qu'étaient et V Oriloimance sur les assertions, et les éciits publiés pour la défendre.
]\fars. — Jean-Baplii-te Bobtou, arcbevêque de Nazianze, était né à Veni e en 1695. Il fut d'abord cbanoinc de Cene.ia, puis professeur <le droit canon à Padonc. En 1747, il fut promu à revêché de Felire, dont il se déunl dix ans api es, à l'occasion de quelques tracasseries. Benoît XIV l'en dédonmiagea en lui c nféranl le titre d'archevêqne de Nazianze, avec les emidois de cauonisie de la péoitencerie el de secrétaire de la vi-ite api>sloli(|ue. Bortoli élait insiruit dans les maiières canoniipies. Il publia succes-ivemeni un Traité dv la justice, Venise, 17:28; —Institution du droit canonique, 1749; — Apologie pour Honorius, 1750; — Discours sur l'élection d'un souverain Pontife, 1758; — Avis d'un ecclésiastique sur la suppression det Jésuites, à présenter au conclave, (761);— (/e.>l «onlie ce dernier écrit que Vuw publia : Raisons invincibles qui doivent empêcher k Pape d'accorder, et les souverains de poursui>->re l'aboliihm de la Compagnie de Jésus. Borioli vivait dai s la retraite et professait une grande sévériié de mœurs. Le>^ Nouvelles ecclésiastiques >n font piesque un Janséniste. Rien n'établit cetie allégation dont on ne s'aviss qu'après s;i mort. Il paraît louiefois que ce préht n'aimait pas le.s Jésuites. Les Nouvelles ecclésiastiques, feuille du 8 mai 1777, doniiew sur Borti'li d'assez longs détails.
20 avril. — Constantin Rotigm, Bénédictin du Monl-Cassin, naquit dms le Bcrgamasque en 1696. Apiès avoir éttnlié sous le savaiïf iienoîl Biictbini, il professa sucçessivemcîU la plnlosoitiiie, la ihéole-
DES EC1\IVAKNS (1777). 447
gie et le doit canon. On l'éliil al)bi! et visiteur général iles provinces Cisalpines; mais il se démit d»' ses lonciions. S'-s onvraj,'<-s sont: Lettres cri fiqucf sur les canons apostoliques; — Vlîsprit de CEijlisf dans l'usuqr des Psaumes, 2 vdlnm's, 1750; — l'ara]thras<'s dei^ hymnes et des eanliqaes; — île la Nceessilr de l'amour de Dieu dans le sacrement de l'énitence, 17H0. (Il <l'f<Milii cet écrit contre nne critiipie <le Zaccaria.) — Tradmlioii df Vlnslnielioii p((s(or(de l\(^V■.\r^■hcvêqiie de Tours sur la justice chrétienne; — liecued d\)puseules spi^ rituels; — la Concorde évanyiUquc de la passion. Rol'gni écrivit contre Bemiycr, lr;iduis't la (ienèse de Duquet, et laissa plusieurs mauusci ils. On dit qu'il n'était pas ex» inj)! de préventions.
Vers ce temps. — Joseph Gaitier, clianoiiu' régulier de la congrégation de Lorraine, piofess>'ur à N;inf^y, est auteur d'observations sur
le di-C' nrs de Rons.>eau : Si le rélablissemenl des sciences Ce fui
sur celt>' r'fiiia ion (pie Koiisseau écrivit à (irinun une lettre du !'"■ novcinine 17')!, (pii se irotivedns ses OPJuvres. Ganiier répli(pia. Il pid>'ia encore la Réfutation du culte moderne, ou objections contre le christianisme avec des réponses; ijuicvilic, 1752, in-8". Il y attaquait VEaanien critique du Nouveau-Testament.
Vers ce temps. — Benoit Sinsart, Hi'nédi(;tin de Saint-Yannes, abbe de Munster, né à Sedan en 11)90, est auteur des ouvrages suivants : les Vériialiles sentiments de suint Avqustin sur la qriiee et son accord avec la liberté, 1739, in-8"; — la Vérité de la religion catho" lique démontrée contre les protestants, 1746, iii-12; — Défense du dogme catlioUque sur l'élernité des peines, 1748, in-8"; — Chrétiens nouveaux, 17o4. La France littéraire le ciie encore comme auteur de V Essai sur l'accord de la foi et de la raison touchant l'Eucharistie, 1748, in -8°.
4 ^t'n7. Guillaume le Villefiîoy, docteur en théo'ogie, professeur d'hébreu auccd ége royal, abbé de Biasimonf, naquit en 1690. Il fut .secrétaire du duc d'Orléans, mort à Sainie-Geneviève. Celait un savant l.<borienx. Il est anl^-ur d'un système priiculier pour l'interprétation de l'Ecriture, et il le dév» li>pp.i d ms les Lettres de l'abbé de *'* Cl ses élèves pour servir d'introduction éi l'intelligence des divines Ecritures, 17")!, 2 volumes iri-12. Il avait |iro,.osé de formel des disciples dans d'ITérentes conimuii;<utés. Son offre ne fui ac( eplée que p;tr les Cupucins de la me S linl Honoré. L'abbé de Villefioy y eut iKHir principaux discip'es les pères Louis de Poix, Ji-rôme d'Arras et Séiapliiii de Paris. Ce dernier, né à Issondun en 17l-i, et connu dans le monde sous le nom «le M. Ileurtanli, avait été lieutenant-général au biilliage .'e sa pairie. Tous les trois |.ub'ièrenl, en 1755, les Principes discutés pour servir à Vivlelligence des livrcspr ophétiqnes
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13 volum^^s in-12. lis <lérfn<1ir>Mit le sysième de letir mnltre, qui n'a pas réuni ton- les «uff ai^es. On l"a accusé «le irop de Ijanlesse, et on a craijU i|u'il ne lendil à affaiidir Taiiloriié île l'Ecrilure, BfSoigne, Ladvocat, Houi>ij{aii(, L • Roy, s'.Mevt'r(^ii! contie sa méihode. Voyet leurs anicles. Il paml aussi des Répexionscritùiucs de Dupuis, 1755. VilKfioy iriduifeii de rarménien eu laliii VEloge de saint Grégoire. l'Ulutninateur.
14 ai'r(7. — .Te:in-Benoîi Mittareilt, ramaîdiile, ahbé pén<5ral de son ordre en 1764, naipiii à Yeni-t' on 1708. el se fit uti nom par son érudition. S'S Aiifulcs des Camalduhs depuis 907 jusqurn 1764, Venise, 1773, 9 voliunes in f-dio, s(»ni pleines des plus savanies recherches. Midareili y avaii pris Mahillnn pour modèle. I avait formé dans son nioi;asière de Sauii-Michcl de .Mnrano, une colleciion de manuscr'ts, d .ni il composa une notice publiée après sa mort. li niou'Ui dans <e conveiii, dont il élail abbc. Le savant Cobladoni était son ami et l'aid.i dan> ses travaux.
21 août. — Simon IIeuvieu de l.\ Boissière. prêtre, né à B^rnay en 17(»T, et mat a Pans, fsi autitir du Préservatif cnnlre les faux principes de Mongcro)i, 1750; — d'un Traité des mirac'es, 1765, 2 volirmcs; — «l'nn Traité de- l'esprit prophétique, 1767; — dune Défcy\sc du Traité des mi' actes, c<'nire q-inzc Ici 1res, 1769, in-1^; — des Contradicions de la f'hilosophic de la nature, de D. li^-le de Sales. 1779; — cl de la Vérité el des devoirs queli nous impose, 1777. On publia, en 1780, un ouvrage po^ihume de lui : Double hovimage que la vérité exige par rapport aui eonlestaiions présentes, 1 volume. Ces derniers écnl-. annoncent un homme livrt^ au p;iiti ;rp(ielant.
Il n-' f.int pasconfondie le précédent avec Joseph de la Fontaine de la Boissièrc, préire de TOraioiie, né à Dieppe, et mort à Paris en 1752, qui a laissé des Sermons en G vo'.unies.
l" septembre. — Pierre Le Coq, supérieur général des Eudistes, naquit près Caen en 1728. Ltani enlié de bonne heure dans cette congéiiation, il enseigna ia ibiMjlogie, et fnl supérieur du séminaire de Rennes, puis de ceini de Rouen, et yupérienr général en 177o. On a de lui pinsieurs traités de morale, nue Dissertation théologiqne sur l'usure du prêt de commerce.' et sur les trois contrats, 1767; — Remarques sur le Traité de l'uiure el des intércis, 1775 , — Traité de l'état des personnes; — Traité des actions : — Traité des différentes espèces de biens; — el des Lettres sur quelques points de la discipline ecclésiastique. Ces ouvrages paruiem anonymes.
^octobre. — Balthtzar-Marie Rejiondim, évèque de Zanie et de Céf;donie, naqinl à Bassa' 0 en 1698, ei professa 1 éloquence au séminaire de Vicence. Devenu évé(pie, en 17.36, il se distingua par son zèle, ses hbéralités et ses Irav^nx. Il fiublia de^ Discours ou Iiisiructiom chrétiennes sur le prêt; — Sur les anliquUés de Zantc; — Sermons
des moines de SuÀnt-Marc , et laissa des sermons, inslruclions et disseiialioiis incdiles.
21 décembre. — FerdiiiamI Miivgauelli, Canialdule, consulteur de l'Index, professeur de tiiéologie à Florence, naquit à Bologne en 1724. Il fut appelé à Malte avec Cosiaguli pour y fonder une université. De reiour en Italie, il fut fiit alibé de Faenza, oîi il mourut. C'était un érudit et un criliipie. On lui doit : Témoiymujcs des anciens sur Didyme l'aveugle, d'Alexandrie, d'après lesquels on lui donne trois livres nouvellement découverts sur la Trinité, 1704; — Lettre pour montrer qu'il faut rejeter la correction de Celotti au verset 25 du chapitre premier de saint Matthieu,-- el une Dissertation inédite pour faire voir que l'Ecangile dit de saint Luc est de saint Paul.
— Laurent Alticozzi, Jésuite, né à Corlone en 1689, mort à Rome, était pieux, savant et jouissait d'une grande considéradon pour ses talents el ses qualités. Il est auteur de la Somme de saint Augustin, 1747, 6 volumes in-4''; — (ïune Dissertation sur les anciens el noiivraud- Manichéens, 1765. in-4°,- — d'une autre sur les erreurs de Beausohre dans l'Histoire qu'il a faite de ces hérétiques, et de quelques autres écrits pour combattre le matérialisme et l'incrédulité.
— Henri-Jean-Baptisie Fabry, comte d'Aulrey, chevalier de Saint- Louis, né en 1725, est auteur de V Antiquité justifiée, ou Réfutation de l'Antiquité dévoilée, 4766, in-12.
Vers ce temps. — Louis Patouillet, Jésuite, né à Dijon en 1699, étudia sous le P. Oudin. Il prêcha à Nancy devant le roi Sianislas, demeura à Laon, el fut fixé ensuite à Paris, où il habitait la maison professe. Nul ne fut pitts ardent cotilre le janséni-me. Il rédigea beaucoup d'écrits sur ces disputes, fui un des principaux collaborateurs du Supplément aux Nouvelles ecclésiastiques, qui p:irutde 1754 à 1748, — et publia le Dictionnaire des livres jansénistes, 4 volumes in-12, qui était une nouvelle édition de la Bibliothèque janséniste, de Colonia, ettjui fut misa l'Index à Rome par un décret du 11 mars 1754. Le nouvel éditeur, plus vif encore et moins réservé que Colonia, y prodigue sans aucune mesure l'accusation de jansénisme. Il parut contre lui des Observations de Goujat, et une Lettre de Rulié. Ou attribue à Patouillet \' Apologie de Cartouche, ou le Scélérat justifié par la grâce du P. Quesnel, 1755; — les Progrès du jansénisme, par frère La Croix. Quiloa, 1743; — deux Lettres « un évéque sur sur le livre du P. Norbert, 174o; — Lettre sur l'Art de vérifier les dates; 1750; — Vie de Pelage, et Histoire du pélagianisme 1751;
— Enlreliens d'Anselme et d'Isidore sur les affaires du temps, 1756;
— Lettre à l'éditeur des OEuvrcs d'Arnauld, 1759. Il continua le recueil des Lettres édifiantes après Duhaldc,et en fit paraître 2 volumes en 1749. On lui a atiribué aussi la Réalité du projet de Bourgfontaine; mais Fellcr donne cet ouvrage au P. Sauvage, Jésuite
lorrain. Patouilleip.'iEaîi avoir composé, lors des refus de sacrements et lors de i'aff.iire des Ji'sniles, phisieiirs brochures que nous ne saurions désigner en détail. Il cul la eonliance de M. de Beaiimont, archevêque de Paris, el de M. de la Motte, évêqiie d'Amiens, et il demeura quelque temf)S chez te dernier, ei «nsuiie chez M. Bauyn, évèque dT^zès. Vollairc prétend que ce fut lui qui composa le Mandement de M. de Montillet, archevêque d'Auch , en faveur des Jésuites. Le P. Palouillet mourut à Avignon, avec la réputation d'un écrivain zélé el bien interdionné, mais qui n'eut pas toujours assez de prudence, de critique et de mesure.
Vers ce temps. — Pierre Corgne , ûlianoine de SoiSsons, docteur de Navarre, né au diocèse de Quimper, est auteur d'une Dissertaiion sur le monothriisme et sur le sixième concile (jêncral , 1741 ; — d'une Visscrlation sur le pape Libère, 1750 ; — d'une autre sur le concile de Rimini, AT5'5; — d'un autre sur la dispute entre saint Etienne et saint Cyprien, 1725; — du Droit des évêques, 1763, — et d'un Mémoire touchant les juges de la foi. 1736. L'assemblée du clergé de 1760 lui accorda quatre mille livres de gratification pour sa Défasse légitime des pouvoirs des éreques; ouvrage destiné principalement à réfuter les faux principes avancés par Travers dans son livre sur les Pouvoirs légitimes du premier et du second ordre. {Voyez le compte que nous avons i^ndu de cette affaire, tome 111, page 90-)
Il ne f;iul pas confondre le précédent .avec Jean-Baptiste-Gabriel Le Corgne de Launay, docteur et professeiu* de théologie en Sorbonne, chanoine et archidiacre de l'église de Paris, abbé de Vierzon, plusieurs fois député aux assemblées du Clergé. Celui-ci est auteur de la Réponse à la Lettre d'un docteur de Sorbowie, 17S9^ — et de Réflexions sur l'examen de cette Réponse. On lui attribua la rédaction des Actes de rassemblée du Clergé en 1705. [Voyez sous 1765 ce qui concerne ces Actes.) il n'est mort qu'au mois d'avril 1804.
5 avril. — Charles Clémencet , Bénédictin de la congrégation de Saint-Maur, naquit au diocèse d'Autun en 1704. Il fut appelé à Paris dans le monastère des Blancs-Manteaux, où il se livra à la composition de divers ouvrages. Il travailla à la première édition de VArt de vérifier les Dates, avec doiu Maur d'Antine otdom Ursiii Durand, et à V Histoire littéraire de France, avec dom Rivet el domTaillandier.il rédigea en particulier VHisloire littéraire de saint Bernard, qui parut en 1"73. Ses autres ouvrages sont moins importants, et ne sont presque que de tristes monuments de ses préveniions. Tels sont rylMï/feMfîCïVff des pièces du procès criminel de religion et d'Etal qui s'instruit contre les Jésuites depuis deux cents ans; — V Histoire générale de Port-Roy al f en lOvol. — les Lettres de Gramme et d'Eusèbe Phi-
DES ÉCIUVAINS (l'^S). *51
lalèllif SU)- rhixlniie de Mori'ntix. ITTio et I75il; — la Vnilé et l'iniwcnicv i^irtoi ii'uxi's de rrrtrurcf de la culomuie , on Leflres ù nu ami sur la Réalité du projet de Uourtiloniaine ; — les Conférences de la mère Angrlique Arnauld, — cl les Olùtvres ixistliuinrs dr l'abbé Racine. Il a l;iiss»'' en inaïuiscr il nne Histoire littéraire de J'ort- Roijal, (|ni IVraii, dil-on, 4 vnl. in-i". C'csl dire assez ((inibien (liéinericel elail attaché à celle cause. Il s'élail occupé, après doni l>radeiil Maiiih, de Tcdilion de saint Grégoire de Naziaii/c. On a encore de Ini (|iicl([iu's antres écrits, (llénienccl hc lil liomicur par le zèle (jti'il montra lors des ironhles de sa tongrépalion. AUuclie à sa irglc, il réclama conire la famense reqnète de 176"), el conlrihna à Caire prévaloir le parti attache à l'observance dans le chapitre extraordinaire de Saint-Denis, el dans celui de Marmonliers cri 17G9 (1). Mais il voyait avec donlour (jiie le relài hcnicnt était favorisé par de puissants protoctcnrs, cKprone commission, dirigée par nii adroil ennemi de réial monasliiine, icndail à le déirnire par des divisions intestines, el préparait la ruine d'un corps si longtemps utile à TEglLse par sa piété et par ses travaux. En y introduisant la dissipation, on y ani'antil le goiit (les étules solides. Aussi dans ces deri'iers temj.s la < oiigrégation de Saint- Maiir Ibnrnit peu de hons ouvrages, et les gramies collections qu'on y avait commencées ne furent continuées que lentement.
ôO j(/(H. — .Marc-Albert de Viluers, ecclésiastique, publia, en i768, une Exidiculion littérale du Catéchisme de Paris; mais il est plus comm par une Apologie du célibat chrétien, conire l'ouvrage de Desfori;es, 1702, in-12. Ce Desbngcs étiit un chanoine dEtampes, (jui s'avisa (le faire [aiaître, en 1758, les Avantages du mariage des ecclésiastiques, 2 vol. in-12. Son livre, qui parut un scand^.le à tous l-'S amis (le la religion, tut mis à l'Index par décret du 7 janvier I76?>.
Il parut dans le même temps, cl sur la même matière, un livre italien intitulé: Nécessité et utilité du mariage des ecclésiastiques, avec vne Lettre aux souverains ratholiqurs , nue Dissertation historique et philosophique sur le célibat, el le Projet de l'abbé de Saint-l'ierre. Ce nouvel écrit fui noté par un décret de l'Index du 26 aoiit 1771.
25 aoiîr. — Ignace Vemm, Jésuite, né à Como en 1711 , est rc- <;ardé par quelques-uns comme le premier des prédicalem-s italiens. Il ren)plil ce minislère avec un grand succès dans |ilusieurs villes d'Ila'ie. Uut'lques-uns de ses sermons ont été imprimés. Vouez le Dictionnaire historique de Reuiondini, où l'on fait un grand éloge de cet orateur.
J5 septembre. — lier cnW Zanotti, prédicateur el biographe, naquit eu 1684, à Paris, où son père se trouvait alors. Il résida depuis
'1) Voyez Mémoires, tome IV, page l'I.
à Bologne, où il devint chanoine. C'était un homme instruit et uu prédicateur habile. On cile de lui une Histoire de saint Bruno; — celle de saint Procolo, soldat, et Procolo Siro, éve'que de Terni, loui les deux martyrs, — et la Vie du bienheureux Nicolas Albergati, cardinal et archevêque de Bologne.
iS octobre. — Jacqiieline-Aimée Brohon, née à Paris vers 1738, travailla d'abord à des romans, puis à des livres ascétiques. Tels sont les Instructions édifiantes sur le jeûne de Jésus-Christ au désert : — les Béfiexions édifiantes; — le Manuel des victimes, elo. Ce dernier n'a été publié qu'en 1799. C'est encore une espèce de roman par les rêveries qu'y débile l'auteur. Le 4 mars 1792, Gayet de Sansale, Dlèche, Dudemaiiie, Hugues, Ermes et Tinlhoin, signèrent une consultation contre les Instructions et les Béfiexions, où ils reprennent des inepties et des blasphèmes. Mademoiselle Brohon se mêlait de prophétiser. Voyez V Histoire des sectes religieuses, par II. Grégoire, tome II, page 4 et suiv.
27 décembre. — Flaminio Cornaro, ou Corner, sénateur vénitien, né à Venise en 1693, fut disiingué par ses lumières, ses vertus, sa piété, son érudition et ses ouvrages. Il étudia principalement les antiquités ecclésiastiques, et écrivit VHisloire des églises de Venise et de Torcello, 18 vol. in-4^ — la Crète sacrée, 2 vol. iii-4°; l'Ilagiologium ilalicum , et divers autres ouvrages d'érudition et de piélé. fîenoît XIV lui adressa un bref très-flaiienr, et le clergé vénitien fil frapper une médaille en son honneur. Il avait autant de zèle, de chanté et de douceur que d'inslruclion et d'habilelé. Dans ses ouvrages latins, il prend le nom de Covnelio.
21 janmer. — Joseph Simioli, théologien, né à Naples en 1712, fut professeur de théologie en cette ville, suivit ensuite le cardinal Spinelii, à Rome, et y resta jusqu'à la mort de ce cardinal , en 1763. Alors Tanucci le rappela à Naples, et le cardinal Sersale, archevêque de Naples, le lit de nouveau professeur de théologie, chanoine de la métropole, et principal du collège archiépiscopal. On a de lui un Cours de théologie; — des Dissertations sur divers points d'histoire, de critique et de discipline ecclésiastique; — un Avis aux êvê que s pour bien gouverner leurs diocèses (écrit que M. de Roda fit traduire en espagnol lorstju'il fui rappelé de Rome à Madrid), et beaucoup de manuscrits. Simioli paraît n'avoir pas été étranger à l'esprit qui dominait alors à Naples. Il était lié avec les théologiens italiens qui poursuivirent vers ce temps, avec plus de vivacité que de prudence, ce qu'ils appelaient la morale relâchée , et qui, sous ce prétexte, firent la guerre à un corps respeciable par ses travaux et ses services. Ses
Instilulions (lukilogiqurs parurent à Naples, en 1790. Il travailla à une oïlilion de la Bible, avec des noies conlre la Bible enfin expliquée de Voltaire.
■4 avril. — Jean-Joseph Gassner, prèlre du diocèse de Coire, curé de Cloesierlo, j)iiis conj-eiller ecclésiastique et chapelain de l'évcqneprince de Raiisbonne, né en 17:27, se (il connaître en Allemagne par des faits singuliers. Il était protégé par M. de Fugger, évêque de Ratishonne, et c'était dans celte ville qu'il avait établi le théâtre de ses oxorcismes. ' Gassner prétendait que le nombre des maladies causées par le démon était innombrable, soit qu'elles fussent l'efTei d'une obsession proprement dite, soit que les causes naturelles fussent activées par le démon. Il recourait donc pour guérir, et aux exorcismes de l'Eglise, et à l'invocation du nom de Jésus. Il commençait ordinairement par un exorcisme iW'prcuve, dans lequel il commandait au démon de produire un accès de la maladie. Il obligeait le démon à répondre à une foule de questions. Après avoir exorcisé, il ordonnait aux malades de se procurer divers médicaments et autres objets qu'il avait bénits, afin de s'en servir pour chasser le démon, s'il revenait. Les esprits furent divisés à son sujet, jj C'était, dii Feller, un ecclésiastique pieux, zélé, chai itiible et désintéressé. (Voyez Dictionnaire historique, article G.issxer.) Cet écrivain paraît ajouter foi aux guérisons opérées par Gassner, et qui sont attestées, suivant lui, par beaucoup de de témoins oculaires. Lavaler, dit-il, a reconnu la vérité des faits. [[Celte autorité, il faut bien l'avouer, était suspecte. Voyez ce que nous avons dit dans ce même volume, page 227, noie.]] Plusieurs autres protestants furent ainsi donnés comme témoins. Le savant abbe Holl, dans sa Statistique de Véglise d'Allemagne , et l'abbé de Saint-Biaise, Martin Gerbert, ont parlé de Gassner avec éloges. D'un auire côté, le religieux Herlzinger a écrit conlre lui, et Haën, dans son Traité des miracles, lui a porté des coups plus rudes encore, il discute les faits cités en faveur de Gassner , examine les écrits publiés par ses partisans, et paraît procéder dans celle enquête avec une méihode et une critique auxquelles les connaissances de Haën en médecine donnaient un nouveau poids. Il fait tomber le merveilleux de ces guérisons prétendues, qui ne semblent pas, en effet, avoir été toujours ni sûres ni complètes. (Les Nouvelles ecclésiastiques pour 1780, p:ige 66 et suiv,, donnent l'analyse de l'ouvrage de Haën.) La réputation de Gassner déclina beaucoup sur la fin, et ses prodiges cessèrent même, dit-on, têut à fait. Il parut un assez grand nombre d'écrits pour et conlre lui.
'juillet. — Jean-Joseph Cajot, Bénédictin de Saint-Vannes, né à Verdun en 1726, esl auteur de VExamcn philosophique de la règle de mint Benoît, 1762, et des Plagiats de J.-J. Rousseau sur l'éducation, 1766.
Le frère du précédent, Charles Ca.iot, aussi Bénédictin, né en 1731 ,
454 listl: chronologique
et mort à Verdun, le 6 décembre 1807, publia, en 1787, ùiS Recherches historiques sur l'ordre de saint Benoît, 2 vol. in-8°, pour prouver, à ce qu'il paraît, qu'on pouvait s'emparer de ses biens.
26 de'cemôre. — Charles-Jean-Bapliste Le Chàpf.lain, Jésuite, né à Rouen en 1710, sedislingua dans la chaire à F'aris et dans les provinces. Il prêcha à la cour de France et à celle de Lunéville. Lors de la proscription de sa sociéié en France, il fut appelé à Vienne par Marie-Thérèse, et y prêcha un Avent et un Carême, puis se retira dans les Pays-Bas, où il fut accueilli par le cardinal de Frankemberg, archevêque de Malines. Ses Sermons ont été imprimés en 6 vol. en 1768. Ils sont écrits avec élégance; mais peut-être aussi avec quelque recherche et avec prolixité. L'auteur mourut subitement à Malines.
"50 décembre. — Pierre-Camille Almici, prè're de l'Oratoire de Saini-Philippe de Néri, naquit à Brescia en 1714. Il étudia la théologie, apprit le grec et l'hébieu, lut les écrits des pères et les monuments de l'antiquité ecclésiastique, et se rendit habile dans la critique et la liturgie, et en général dans les connaissances de son état. Il est auteur de Rc flexions critiques sur le livre de Fehronius; — Aq Méditalions sur la vie et les écrits de Paolo Sarpi ; — et de Dissertations sur quel(iues autres matières.
51 décembre. — Jean-Frédéric Cotta, professeur en théologie à Tubiiigen, y était né en 170!. Il a donné, en allemand, VHistoire littéraire de la théologie, 1721 ; — Essai d'Histoire ecclésiastique, 1768, 3 vol., et des dissertations.
— Gabriel Gauchat, docteur en théologie, abbé de Saint-Jean de Falaise et prieur de S.n'nt-An Iré, naquii à Louhans en Bourgogne en 1709, et fut quelque temps de la société des prêtres du séminaire des Missions étrangères, à Paris. Il est auteur du Rapport des Chrétiens et des Hébreux, 1754, 5 parties; — d'une Retraite spiritmile, 17S3; — du Catéchisme du livre de l'Esprit, 1783 ; — d'un Recueil de piété, 5 vol.; — de VHarmonie générale du christianisme et de la raison, 1766, 4 vol. ; — àe la Philosophie moderne analysée dans ses principes. Mais celui de ses ouvmges qui le flt le plus connaître, ce sont ses Lettres critiques dirigées contre les nouveaux philosophes. Elles eurent du succès dans le temps, et le recueil en (orme 19 vol. in-12, qui parurent de 1756 à 1763. Elles procurèrent à l'auteur l'abbaye de Saint-Jean de Falaise, à laquelle il fut nommé en 1757. Il mourut à la fin de 1779, ou au commencement de 1780. Ses écrits sont un peu longs et diffus. Il examine et réfute dans ses Lettres critiques les ouvrages des incrédules qui avaient paru jusqu'à son temps.
UliS tCUl VAINS (1780). 4b:i
1 janvier. — Louis Gmni, lliéologicn appolanl, né à Lyon en 1710, fui qiw'hiiK' ItMniis de rOnKiiic, <■! qiiilCi co ( oi|i>> |i:ir suilc de ses opinions. Il fil piirailrc, en l7o3, Vu<s proyoxi'cs à rautcui des Lettres puri/iqucs (Le Paij^o). Il cul une conirovorse nvfr le in«*Mne sur la loi du silence: cel avoc:il avait publié, en I7,"8, l;t Lé (ji fi mi lé et la nécessité de In loi du silence . oonlre les Ué/lexions d'un docteur en tUéoliHjic : Guidi l'aU;H|U.i daiTs. une Lellir a l'auteur de cel ecril, dans \ù Juffemcnl d'un philosophe chrétien sur les écrits pour et contre la, létjitîmité de lu loi du silence, et dans nue Lettre à l'auteur des ISonvcllts. I,e Piti-iO réptmdil par le Vrai point de me, et Tailiie publia des Remarques succinctes et pacifiques sur les écrits peur el contre la loi du silence. Celle eonlroversc , (jui e.->l de 1759 et de 1760, est sans inleièl niijoiiid'lini , cl piouve seulement que ces licns qui pail,,ieiil l;iiii sur la loi du silence, ne Tobsirvaieiit guèie. Guidi est auteur ih\ Dialogue entre un évêqueet un curé au sujet des mariage» des protestants. Il fut léfiilé |iar les Protestants déboulés, les Cent quesHun» d'un paroissien, cl la Tolérance chrétienne, trois ecrils qui paruicnl à Uége et à Fiibourg, de 1776 à 1784. Gui 'i publia, de plus, les Lntrctiens philosojihiqurs sur la reliijiou. 1772, 2 vol. au.xquels il en a ajout" depuis un iroisième ; — li Lettre a toi ami sur le livre de dAlcinberl , de la Destruclion des Jésuites en France; — les Lettres au chevalier de *** contre le Militaire philosophe, il est cité comme ayant duiiné dans les folies des convulsions.
Louis Guidi enl nu n<'veii. noinmé aussi Gui'li, cen-eur roya', tradDCteur du Traité de la véritable dévotion, de Muratoii.
— Jacques Taii.iié, iirctrc, dunt il a été fait mcnlion dans l'article prc< é lent, élail ne à Viliemuve d'Agén<iis, et il est encore connu par un Abrégé chronologique de l'Histoire des Jésuites, 1759, en 2 parties in-12; — \vi Portrait des Jésuites., 1762; — l'Histoire des entreprises du clergé sur la .souveraineté des rois, 1707, 2 vol., mise à Tlmlex à Rouie, le r.l jiiiliel 1768; — cl un Traité de la nature du youvernemenl de l'Eglise, 1778, 5 vol. .Nous ne savons pas l'époque de la mon de CCI é(:ri\ain , qui piiraîl avoir été un compdateui peu exact, el un bomnie de paili.
i& avril. — René Cerveal, né à. Paris en 1700, fut uu appelant zélé. Ou a de lui : Recueil de cantiques, 1758 ; — Nécrologe des défenseurs dr la vrilé, 1760, 7 vol. in-12; — Esprit de Meole, 1765; — bistruclions sur les mystères de Jésus-Christ, ('est un abrégé des 8 vol. de G:iu Iron. Il enl la docilité de poaer plusieurs lois les sacremenls à des malades en venu d'anéis du parlement. Feller a commis une singulière méprise en parlant de ce Janséniste: il suppose que Cerveau se déclara conire le parli dont il fut, au contraire, un cha'Mpion ardent.
18 mat. — François-Marie Coger , recteur de TUniversilé de Paris, professeur de riiéioriqiie au collège Mazarin , naquit à Paris en J723. Il est auteur d'un Examen du Béiisaire, de Marmonlel , ainsi que de i'Eloge du Dauphin, par Tlionias. Ayant proposé pour sujet du prix de l'Université cette maxime, que la philosophie n'est pas moins ennemie de Dieu que des rois, il fut en buite aux rail'eries cl aux injures. C'est à celle occasion que Voltaire composa le Discours de l'avocat Belleguier.
16 jmWe«. —Jean-Nicolas-Hubert Hayer, religieux Récollet, naquit à Sarrelouis en d708, et fut professeur de théologie dans son ordre. Il rédigea, de 1757 à 1761, conjoinleniont avec Jean Soret, avocat, un ouvrage périodique, inlilulé : La religion vengée, dont le recueil forme 21 vol. Il est encore auteur de la Spiritualité et Vimmortalitè de l'âme; — de la Règle de foi vengée des calomnies des protestants; — de VApostolicité du ministère de l'Eglise romaine; — d'un Traité de V existence de Dieu; — de VUtHitc temporelle de la religion chrétienne; — et de la Charlatanerie des incrédules. Il y eut quei«iues lettres entre lui et Boullier, ministre protestant, qui les lit imprimer à Amsterdam, sous le titre assez impropre de Pyrrhonisme de V Eglise romaine.
20 juî7/ef. — Louis Legrand, docteur en théologie, prêtre delà congrégation de Sainl-Sulpice, naquit au diocèse d'Aulun en 1711. Il est auteur d'un Traité estimé de l'Incarnation , 1750. 2 vol., sous le nom de Tournely, réimprimé avec des additions en 1774, 5 vol.; — d'une nouvelle édiiion, angmenlée, des Leçons théologiques sur Dieu el ses attributs, de son confrère Lafosse (sous le nom de Tournely), 1731, 2 vol. in-12; — d'un Traité de l'Eglise, 1779, in-8°, dont il n'a paru que le tome l""; — d'une dissertation savante sur l'existence de Dieu, précédée d'une autre sur l'Athéisme, ouvrage posthume, qui ne païut qu'en 1812, in-S"; — d'une Défense de la théologie de Collet, 1764; — el de trois Lettres sur un recueil de thèses. [Voyez Riballier, 1785.) Tous ces écrits, excepté les deux derniers, sont en latin. Il pi il part aux censures de la Sorbonne contre Berruyer, !'£mile ei Béiisaire, aux Actes sur l'Histoire naturelle de Buffon; el répondit par six Lettres, datées de juin 1763, à la critique des Nou' velles fcclétiastiques, C(mtre la Censure d'Emile. Il travailla au-si au Rituel d'Auch. [[On trouve à la lête du traité de Legrand De cxistentiâ Dei, une notice curieuse sur cet estimable théologien.]]
5 août. — Matthias Poncei de la Rivièri, évéque de Troyes, naquit à Paris en 1707. 11 fut aumônier du roi Stanislas, et est auteur iïOraisons funèbres et ô' Instructions pastorales. Il montra beaucoup d'ardeur lors des di>puies sur les refus de sacrements. Placé dans un diocèse où les jansénistes dominaient, il se trouva exposé aux plus violentes contradictions. Son Instruction pastorale, du 23 mars 1735,
fur le schisme, et sa vivacité à la soulniir irritèrent contre lui. Il fut poursuivi par le piirlemeul, exilé à Méry-sur-Seine, puis à l'abbaye de Murbach et à Gebwiller, et donna sa démission en 1758.
27 scplcmbre. — Jeaii-Baplislf» Gkner, Jésuite espagnol, né en 17H, professa la pliilosopliie el la llicologie dans sa paiiie, et vint à Home en 1700. En 1770, il C'iiiunença à publier sa Tlicologie iloijinatique rclaircie par des disscrlalions historiques et par les monuments de l'antiquité, Q vol. in— 4"; ouvrage savant qui fournit des témoignages précieux en faveur de la religion.
9 octobre. — François-Louis Galltibu, curé de Savigny-sur-Orge, na(pn't à Paris en 1C9C. Sa paroisse fut longtemps un asile pour les appelants qui avaient des raisons de se cacber. Etant devenu infirme, il donna sa démission de sa cure el se relira à Paris, où il mourut. H est auteur d'un Traité contre les danses; — d'un autre contre les parures; — d'Instructions familières pour les dimanches et fêtes; — de Ri-pexions chrétiennes sur les huit béatiludcs; — et de Itr/l'xions sur les 0 de l'Avenl en forme d'homélies. On dit qu'il laissa beaucoup de manuscrits.
30 décembre. — Joseph Massillox, Oratorien , né à Ilières, était neveu de l'illustre évé(pie de Clerniont. Sou atlacbenienl au parti de l'appel le fit renvoyer par son oncle clicz lequ' I il habitait, ei l'obligea même plus lard de quitter l'Oratoire. 11 adhéra au concile d'Utrecbt, et contribua de sa bourse aux frais de cette assemblée. Ce fut lui qui fut l'éditeur des Sermons de son oncle, en I7i5. 11 publia depuis des Lettres à M. de la Luzerne et ô M. de Bcauvais, sur les Oraisons funèbres de Louis XV, ainsi qu'une Lettre o M. de lieouvais sur son Discours d'ouverture de l'assemblée du clergé de 1775. Parmi plusiems petits écrits qu'il donna, el qui ne porlcnt point son nom, nous citerons la Lettre d'un ami à l'auteur delà Disrfftation sur la nature fit l'essence du sacrifice de la Messe, el les Lettres à un évéque sur rette question: Y a-t-il quelque remède aux maux de l'Eglise de France. Ce dernier écrit parut en 1787, sous ce litre: Origine des maux de l'Eglise; remèdes qui doivent les guérir.
— Joseph-Marie Gr.kvina, Jésuite, lié à Palerme en 1702, professa !a théologie dans les maisons de son ordre en Sicile, et se retira, en 1768, à Modène, où il mourut. Il publia successivement des Conclusions théologiques, critiques et morales sur l'usage et l'abus de l'opinion probable, Palerme, 1752; — des Traités apologétiques sur le probabilisme, 1755, 5 vol. 10-4"; — des Conclusions sur les cinq erreurs des Jansénistes; — et le Jésuite formé par les exercices de saint Ignace. Ces écrits sont en latin, à l'exception du second. Lue autre production de Gravina est une Dissertation latine sur le nombre des élus relativement aux réprouvés. 11 voulait y prouver (|ue les premiers étaient beaucoup plus nou)breux que les autres. La manière
438 LISTE CHUONOLOGiQUE
dont il établissait cette thèse n'annonçait pas beaucoup de jugement et de critique; c'était par des arguments assez ridicules et par des révélations apocryphes. Gravina publia cet écrit à la suite d'une Dissertation sur le Paradis, par It; P. Plazza, dont il lut éditeur, dissertation qui fut mise à l'Index à Rome, par décret du 22 mai 1772, el il est marqué même dans le décret que la dissertation de Plazza n'est censurée qu'à cause du cinquiùnio et dernier chapitre, sur le nombre des élus, ajouté p ir Gravina.
— Benoît Plazza, dont il a été parlé dans l'article précédent, Jésuite, né à Syracuse, fut censeur el consulteur de riniîjuisilion de Sicile, cl professeur de théologie à P.ib'nne. Il mourut dans cette ville, en 1701, après avoir composé la Dévotion envers les saints et la reine des saints, in-4°, dirigée principalement contre la Dévotion réglée des chrétiens, de Bluralori, le juel, pour ne pas londier dans un excès, n'en avait peui-êire pas toujouîs assez évité un autre, el n'avait pas toujours assez respecté la doctrine et les exemples des plus, pieux auteurs ; — deux Lettres contre Concina, pour la justification du précédent; — la Cause de la conception immaculée, Palerme, 1747', in-folio, ouvrage qui éprouva aussi quelques contradictions; — et une Instruclion sur le puryatoire, qui a beaucoup de rapport avec l'écrit du P. d'Azevedo sur le même sujet.
— François-Gaétan Incontui, archevêque de Florence, naquit à Vollerra en 1704, el fui d'abord évèque de Pescia, d'où il passa au siéye de Florence, en 1741. On a de (C prélat : Homélies et Lettres pastorales, 1754, 2 vol. in-i"; — Essais de doctrine et de morale ; — Explication théologique, liturgique et morale sur la célébration des fêtes ; — el de nouvelles Lettres pastorales, en 1771 . Cet archevêque paraît avoir été ég dément instruit , édifiant et zélé. On a sa Vie par Pucchi.
Vers ce temps. — Sébastien Briglet, chanoine à. Sion, publia à Sion, en 174i, une histoire ecclesiastiipie du Valais, stwis le titre de Vallesia Christiana; — el une Dissertation sur le concile d'Epaone, en 517.
i^ janvier. — Richard Challoner, évèque de Debra, in partibus infidiiium, el vicaire apostolique du district de Londres, naquit eu 1691, de parents proiestanis; mais il fut élevé par un prêire caiholique, et renonça de bonne heure au proiestantisme. On l'envoya,, en 1704, au collège de Douai, où il devint depuis prolVsseur. On sait que ce collège, destiné pour les Anglais, était une pépinière d'ecclésiastiques qui allaient ensuite en mission dans leur pays. Challoner y repassa en 1730, et y exerça les fonctions de missionnaire, il s'y fit
DES liClUVAINS (17811. 459
connaîtio par son zèle el par quelques ccrils de corilroversc et île piélé, tels que les F(i)i(lemenls de lailocirinn ciiihoHqtuj; — V Histoire abiéyic des rominrinrineitts et des prixirès de la r<^ti<ii(>n jiroleslante ;
— lu Pierre de touche du prolestoulisme; — \c jeuve Ilomiiie instruit sw: les foiidemeuls de lu reUyinii chrétienne; — VAularilc infaillible de l'Eglise dans les madères de doctrine prouvée par les ouvraijos même des proteslanls; — V Essai sur l'esprit des prédienteurs dissidents, dirigé contre les presbytéii.'iis, qui av:iieiil inslitui' lui cours de sermons contre les cmlioliquos; — le Chrétien catholique instruil dans les sacrements, dans la préface dmiucl il n^futa la Lettre de Miiidlolon sur le paganisme de l'Eglùe romaine. Ces écrits fuenl une réputation an docteur CIkiI ouer. il fut désii^né pour prési<ieiil du collège deD'iuai; mais le docteur Pelrc, vicaire ap()sloli(|UC du district dt» Londies, le dcininda pour coadjnteiir; et Ton crut, en cffil, qac M. Challiiuer serait encure plus iilile dans ( elle place par ses talents. 11 fut sacré évèipie le 29 janvier 1711, cl ne cessa point d'instruire les calliorupies par de iioiivt'tlcs iirodiiclions, («HiinK! 1< s Mémoires des missionnaires; — les Fondements de l'uncienyie religion;
— la Bretagne sacrée. Il succéda, en 1758 , an docteur Pelrc . mort celte annoc-là. En 1760, il donna la Cité de Dieu du nouveau Teslamenl, et le Martyrologe hrilannique. Si Précaution contre les méthodistes est à peu près du nièuie temps. Elle élail destinée à prémunir les calhiiliques contre la séduction d'une secte nai^sallle, qui en imposait par niK! granle alT.'Claliun de zèle et de régularité. On doit à i'évéqiie de Dcbra des élabli.ssemenls utiles, sou pour rédiicalion de la jeunesse, soit poiu- d'autres objets. Actif, vigilant, laborieux, il était le principal soutien de la cause catholique en Angleterre, et se trouvait par là en bulle ii l'animadversion des j)roteslaiits ardents. Il fut dénoncé ei traduit à la cour de Oid-Badt-y, où on rac(|uitla. Outre les écrits que nous avons cilés de lui, il a composé un giand nombre de livres de piélé, qui sont fort goùté^ des eailiolnpie.^ anglais; ce sont des instructions, des inedilalituis el des traduclions d'ouvrages de piélé déjà connus sur le conlinent. Jacques Baniard, son giand vicaire, auteur de la Divinité de Jcsvs-Christ démontrée, contre Priesiley, a publié sa Vie, à Londres, en 1781. iNous avons vu des pièces manuscrites qui nionlrenl son zèle, l'estime que faisaient de liai les protestants, el les soins qu'il se donnait poiu- le bien des callioliques il'.\ngleterre.
[>^ janvier. — Bon-François Rivière , plus connu sous le nrmi de Pelvert, théologien appelant, naipiil à Rouen en J714, el se lit ordonner prêtre, en 1758, par M. de Caylus, qui recueill «ii précieusement tes réfraclaires des autres diocèses. Pelvert lut protessenr de théologie à Troyes, sous M. Bossuet. Lors de la demissic.nde ce prélat, il se retira à Pans, et fut reçu dans la communauté des (nèlres de Sainl-Josse, où le curé, Bournisien, rassemblait «les appelants de Paris et des provinces. La mon de ce curé, en 1755, engagea Pelvert à se
joindre à Tabbé Mesnidrieu, et à former avec lui et quelques autres une autre communauté secrète; car dans ce parti on aimait beaucoup les rassemblements et le mystère, et pour cause. Pelvert assista au concile d'Ulrecht, en 1765. Voici les titres de ses ouvrages: Dissertations théologiqucs et canoniques sur l approbation nécessaire pour administrer le sacrement de Pénitence, 1735, in-12; — Dénonciation de la doctrine des Jésuites, 1767 ; — Lettres rf'im théologien sur ta distinction de religion naturelle et de religion révélée, 1770; — six Lettres d'un théologien oti ion examine la doctrine de quelques écrivains modernes contre les incrédules, 1776, 2 vol. (Ces écrivains sont Delamare, Paulian, Floris et Nonotle, tous anciens Jésuites, qui avaient le malheur de ne pas penser comme Pelvert sur beaucoup de matières, et qu'il critique en conséquence avec la sévérité la plus minulieiise.) Dissertation sur la nature et Vessence dti sacrifice de la messe, 1779, in-12; — Défense de cette dissertation, 1781, 3 vol. in-12. Ces deux ouvrages, de Pelvert, ont rapport à une controverse qui s'éleva entre le petit nombre de théologiens appelants qui existaient encore. En 1778, l'abbé Plowden, Anijlais d'origine, mais demeurant en France, avait publié un Traité sur le sacrifice de Jésus-Christ, en .3 vol. Il y prétendait que la réalité du sacrilice consiste précisément, non dans l'inunolation, mais dans l'ofl'rande faite à Dieu de la victime immo'ée. Selon lui^ la réalité du sacrilice de la croix consistait dans l'offrande que Jésus-Chli^t faisait de sa vie, et non dans l'immolation même, et le sacrifice de la messe n'était qu'une simple offrande de l'immolation de la croix. Pelvert soutint (jue c'était là dénaturer le sacrifice de la messe, et tomber dans l'erreur de Le Courrayer. Il combattit ce système dans sa Dissertation sur la nature et l'essence du sacrifice de la messe. Mais Plowden trouva des partisans qui défendirent son opinion. Ce fut l'objet d'une douzaine de brochures qui parurent coup sur coup. Les principales sont : Lettre d'un théologien; — Lettre à un ami de province, il y a trois lelties à un ami de province : M. B ubier les attribue à Jabineau ; — Réponse à fauteur de la Dissertation ; — de l'Immolation de notre Seigneur Jésus-Christ dans le sacrifice delà m.esse, etc. Celte dernière brochure était du P. Lambert. Les autres qui écrivirent dans le même sens, furent Jabineau, Massillon, Larrière, eic. D'un autre côté, Mey prit parti pour Pelvert, dans une Lettre sous le nom d'un Minime, contre l'écrit du P. Lambert. Plusieurs de ces écrits se faisaient remarquer par une extrême vivacité. On s'accusait de part et d'autre d'erreurs, de nouveauté, d'injures, de mauvaise foi, d'entciement. Pelvert publia, en 1781, la Défense de sa Dissertation, en 5 gros vol. in-12. 11 y réfuie longuement et minulieusemeiit ses adversaires, et y nomme quatorze écrits publiés contre sa Dissertation. On trouve sur ce sujet, au tome XV de l'édition de Bossuet par Déforis, un écrit de ce Bénédictin, sous le litre de Dissertation sur la nécessité d'une immolation réelle, actuellement présente dans le sacrifice de la messe.
On doit encore h Pelverl, uiio Jixposilion succincte, et comparaison de la doctrine des anciens et des nouveaux philosophes , 1787, 2 gros vol in-12. Pelverl mit aussi lu tlerniùre main au Irailé |)oslli(ime de (Jourliii, sur la Grâce et la Prédestination, en ô gros vol. iii-4".
12 octobre. — Pierre-Jacques Sépiier, lioclcnr de Sorbotiiie, souschanctlier de rUiiiversité de Paris, jinblia, en 17i7, la Vie de saint Charles liorroméc, par Godcau, corrigée pour le style, avec des notes, et en 17oo, Maximes sur les libertés de r Eglise gallicane.
8 novembre. — Louis Pollle, abbé de Nogcnl et prédicateur célèbre, était né à Avignon, en 1711. Il remplit le ministère de la cbiure à Paris et à la cour avec succès. Ses sermons, (jui ont été publiés en 1778, 2 vol. in-12, n'ont pas soutenu la réputation qu'ils avaient eue au débit. Toutefois ils sont écrits dans un siyle facile et onctueux, et La Harpe parait les avoir jugés irop sévèrement dans son Cours de littérature. Le baron de Sainte-Croix donna , en 1787, l'éloge de l'abbé Poulie.
28 novembre.— ios.eph Climent, ancien évéque de Barcelone, était né au royaume de Valence en 17UG, et lut curé dans ceite ville. il se distingua dans la prédication, et devint évéque de Barcelone en 1766. On fait un grand éloge de son zèle, de sa niodeslie, de ses libéralités. Des bôpitanx fondes, des écoles gratuites établies, la visite assidue de son diocèse, la distribution dt^s livres qu'il jugeait les plus nli'es, signalèrent son administration. On cite de lui une Lettre, du 20 septembre 17G8, et une Instruction pastorale, du 26 mars 17G9, sur les éludes, qui fui dénoncée à cause d'un pa-sage favorable à l'église d Llrecht. En 1775, M. Climeni apaisa une sédition dans sa ville épiscopale. Ayant été nommé au siège de Malaga en 1775, il refusa cette translation; refus ([ui mécontenla la cour, et força l'évoque de donner s-a démission. Il avait fait traduire pour son diocèse plusieurs livres de piété français. Depuis, il vécut dans la retraite, et mourut dans sa patrie.
12 (/cm/itrc. — Cbristopbe de Beal.mo:^t , archevêque de Paris, naquit en 1705, au cbâteau de la Hoque, en Périgord. S'étant destiné à l'étal ecclésiastique, il fut d'abord chanoine-comte de Lyon, évéque de Bayonne en 17-41, et transféré à rarchevèché de Vienne en 1745. A la mort de M. de Bellefonds, le roi le nomma au siège de Paris. M. de Beaumoni refusa d'abord, et ne se rendit qu'au.v ordres réitères du prince. On a vu, dans le cours de nos Ménioires, combien les vingt premières années de son épiscopat lurent orageuses. Les refus de sacrements et l'affaire des Jésuites exposèrent l'archevêque à de longues traverses. Il fut exilé quatre fois, à Conllans, à Lagny, à La Trappe, et au château de La Uoque. Il ne parut point ébranlé' par ces coups (rautorilé provoqués par le parlement, qui le dénonça plusieurs fois, particuliereuv.nl dans les remon-
trances du 29 février 1764'. M. de Benumont avuii encouru l'ariimadversion dos niagislrais pour n'avoir pas voulu reconnaîire leurs prélesilions injustes. Ses mandenienls les plus connus sont, celui du i9 seplenibre 17S6, sur Taulorité de l'Eglise, celui du 28 octobre 1763, en faveur des Jésuites, ceux contre la thèse de Prades, le livre de VEspril, VEmile, le Bélisaire. Nous en avons reproduit les principaux passages. Le recueil de ses mandemenis forme 2 vol. 10-4".
M. de Beaur. ont jouissait de resiime du roi, qui ne cédait, dit-on, qu'à regret aux instances des magistrats contre rarehevèque. La reine, le dauphin, la famille roj^ile l'honoraient d'une conliance particulière. Son courage , la noblesse de son caractère, sa conduite exemplaire et soutenue, ses aumônes lui avaient concilié le respect général, et lui ont attiré les éloges même de ses ennemis. Les magistrats qui le poursuivaient disaient eux-mêmes qu'il était recomman- (table et rcvôvv par ses qualités et ses vertus personnelles. J.-J. Rousseau, qui lui adressa une lettre si étrange, déclare dans sa Correspondance qu'il a toujours aimé et respecté ce prélat. M. de Beaumonl distribuait dans Paris des aumônes considérables, et lors de l'incendie de THôiel-Dieu, il reçut les malades dans son palais. On dit que dans le temps de ses disputes avec les parlements, on lui offiit, s'il voulait se démettre, le chapeau de cardinal, le ministère de la fi uille, la grande-amnônerie et une duché-pairie pour son neveu, et qu'il refnsa tout. Le Irait distinctif de son caractère était une fermeté inébranlable que ses ennemis appelaient obstination, reproche qu'ils auraient pu se faire aussi à eux-mêmes.
— Antoine-Joseph RoDUiGL'KZ, Bénédictin espagnol, examinateur synodal de Tolède, et consullcu; de l'infant 0. Louis, était né à Mérida en 1705. Ses principaux écrits sont : Traité de théologie et du droit canonique, 17G0; — Démonstrations des fondements de la religion chrétienne, 17G2; — Traité de théologie morale, 4 vol. in-i"; — Dissertation sur l'état monastique, etc. On dit qu'il était exempt de préjugés, et qu'il travailla à réformer l'enseignement. Nous ne connaissons point ses écrits, et nous nous abstiendrons d'énoncer un jugement sur leur mérite et sur celui de l'auteur.
7 février. — Michel Casati, évèque de Mondovi, naquit à Milan, le 29 octobre 1699, et fit profession dans l'ordre des Théatins, en -1716. Il enseigna la philosophie à Vérone et la théologie à Milan, et ces deux sciences successivenient à Turin. II fut remplacé dans Tune et l'autre chaire par le célèbre Gerdil. Il était, de plus, chargé de la direction spirituelle <!es écoliers de l'université de Turin, Le roi Charles-Emmanuel le nomma évèque de Mondovi, et Casati fut insli-
DES ÉCIUVAIiNS. (4782). 463
liié h Rome, lo \" avril I75i. Son zèlo, son désiiitéressomeiit, sn résidence non iiilorronipue , sa vio i-ohrc, son éloigncmenl de loul fasre, son assiduité à ses fonctions, en (irenl nn modèle pour les évêqiies. Il augmenta considéralilemenl son sémiiiaire de Mondovi, et il en forma un autre à «'.oui. Accoutume à parler eu public, il prôchail fréqiiemmeul dans sa c;Uh(klr;de, dans les cylists de kou diocèse et dans les retraites de ses curés et <les autres prèiies de son clergé. Il rehàlil sa cathédrale, et tint en ITfiô et en 1777 des synodes dont les actes ont été imprimés. En 17G5, il doiuia uu catéchisme à sou diocèse et raccompagna de deux lettres pastorales; ce catéchisme a depuis été adopté dans plusieurs diocèses du Piémont. En 1778, on piddia un recueil in-Zt" de ses lettres pastorales; il y en a trente-neuf en loul, parmi lesipielles e^t celle du 7 novend)re 1772 contre l'usage de faire accoucher les fenmies par des hommes. M. Gradenigo, archevêque dTdine, qui avait été disciple de M. Casati, el M. de Busi, évéque de Faeozit, ont adopté cette lettre pastorale pour leurs diocèses.
9 février. — Nicolas Jamin, Bénédictin de Saint-Maur, né à Dinan, en Bretagne, devint prieur de Saint-Germain-des-Prés. Il est auteur des Pomcs tlu'ologiques rrlutivrx aux ermirs du temps, 1768, où il se proposa de réfuter les incréilules el les appelants. Uu arrêt du conseil du roi du i février 1769, supprima cet ouvrage, dans la crainte apparemment qu'il ne renouvelât les disputes. Mais ce livre est fort modéré. DomJamio publia de plus, nn Traité de la lecture chrétienne; — Placide à Maclovie, ou Traité des scrufmles; — et Placide à Schotastique sur la manière de se conduire dans le monde.
24 février. — Laurent Le Fraxçois , prêtre de la mission, né en Franclie-Comlé en 1698, sortit ensuite de celte Congrégatien, et se livra à des travaux utiles pour la <léfense de la religion. Ses ouvrages sont les Preuves de la religion de Jésus-Christ contre les spinosistrs et les déistes, 1751, 8 vol.; — VH.ramen du Catéchisme de Chonnétc homme, 1754; — les Réponses aux difficultés proposées contre la religion chrétienne par Rousseau; — les Observations sur la philosophie de l'histoire et sur le Dictionnaire philosophique, ?. vnl. ; — VExamrn des faits qui servent de fondement ii la religion chrétienne; —et une Lettre sur le pouvoir des démnus. Deux autres de ses ouvrages sont restés manuscrits, savoir : une Réfutation du Sijsième de la nature et du livre des trois imposteurs, et des Observations sur la philosophie de Toul. Cet écrivain vivait dans la retraite. Il fit les pauvres ses légataires universels, et mourut à Paris.
ISarrîV.— Antoine-Alexandre Daguet, Jésuite, né près deBesançon, mort dans celle ville, est auteur des Exercices chrétiens des gens de y„(.,-,Y ; — des Exercices du chrétien ;— Considérations chrétiennes pour chaque jour du mois; — el Consolation des chrétiens dans les fers. Tous ces écrits vit eut le jour en 1759.
4Gi LISTE CHROiNOLOGIQUE
16 mai. — Hugues Bégile, prêtre de Saint-Nicolas-du-Chardonnet, naquit en Franclie-Conué. On cile de lui un Traité ihxjmatique du gouvernement de V Eglise; — une Réfutation de La Mot lie Le Vayer, et quelques autres ouvrages manuscrits en faveur de la religion. Il mourut à Issy, près Paris.
2 novembre. — Vincent-Tonssainl Beurrier, prêtre de la congrégaliou des Eudisles, né à Vannes en 1715, fut employé dans les séminaires, puis dans les missions. Ses premiers écrits furent des Remarques sur r administration des sacrements. Il donna depuis des Conférences ecclésiastiques sur le sacerdoce, sur les fêles et les mystères, et il en joignit dans la suite dix-sept autres sur la religion. Il mourut à Blois. On a inséré sa Vie dans les Modèles du clergé.
15 décembre. — Guillaume-François Berthier, Jésuite, né à Issoudun en 1704, se distingua par sa piéié, ses talents et ses ouvrages. Chargé, en 1742, de continuer V Histoire de l'Eglise gallicane, il en publia les six derniers volumes, qui vont jusqu'à 1559, et qui ne sont pas une des parties les moins soignées de cet important ouvrage. Il y a joint des Discoitrs et des Dissertations. Associé au Journal de Trévoux, en 1745, il le rédigea avec autant de sagaciié que de mesure, et se vit néanmoins en hutte aux railleries de Voltaire, qui publia une Relation grotesque de sa maladie, de. sa confession et de sii mort. On ne lui pardonna point de s'être élevé contre VEssai sur Vhisloirc générale et contre V Encyclopédie. Il dével(»ppa les principes dangereux du livre de V Esprit, et se déclara contre Berruyer, dont il avait même, dit-on, composé une réfutation qui n'a pas paru. Rousseau dit qu'il aiila 1p fermier-général Dupin «tans ses Observations sur l'Esprit des lois. Il commença des Observations sur Ir Contrat social, qui ont été continuées et publiées par le P. Querbeuf. Lors de la proscription de sa Société, il se serait retiré à La Trappe, si ses supérieurs ne l'en eussent empêché. Le chancelier de Lamoignon lui olîril une place à la bibliothèque du roi. Le dauphin l'attira à Versailles, lui donna une pension, et l'attacha à l'éducatinu des princes ses liis; mais il n'eut pas le pouvoir de le proléger contre la persécution du parlement. Le P. Berthier se retira à Olfenbouig, oii il fit de l'Ecriture sainte l'objet de ses éludes. Il refusa une place que rimi)éralrice Marie-Thérèse lui fil offrir à Vienne, puis à Milan. Rentré en France, en 1776, il alla se fixer à Bourges, et l'assemblée du clergé de 1782 lui assigna une pension de 1000 livres. L'abbé Du Pinel publia, en 1785, son Commentaire sur les Psaumes, ave(- une notice sur sa vie et ses ouvrages. Le P. Querbeuf fit imprimer depuis son Commentaire sur haïe,— et ses Réflexions spirituelles, titre qui comprend une collection d'opuscules très-édifiants. On a donné, en 1811, une édition plus soignée de ce dernier ouvrage. Un Examen du quatrième arlicle de la déclaration du clergé, imprimé, en 180), à Liège avec des noies, el qu'on attribue à lîcrthier, est pUis vrai-
seniblablcnicnl de Fcller. Les ouvr;iges du P. Beriliicr, h varirlé da ses connaissances, la saiitesse de sa crili(|ue, la délicatesse el la soli* «lilé de son csjtrii lui assiiiiieni un rang distingué parn)i les écrivains (le sa Société, en même leni|>s (|ue sim caractère, ses vertus el sa piélé rendent sa nicnioirc rcconiuiandable.
— Louis DE Poix, Capucin de la rue Saint-Ilonoré, el un des principaux disciples de l'abbé de Villeftoi, naquit au diocèse d'Amiens en 171 i. II eut pan aux Priuripcs discritcs pour [(tcililev l'iiilcIUgence des livres propliriiqucs, 15 vol., ITori et années suivantes; — à une Réponse -.m P. Le Roi, 1752; — à un(> Traduclion de VErxUsiuxlc^ 1771 ; — à une autre des Prophrtics d'Haharuc; — à une de Jrrrmic et linruch, en 6 vol., 17S0, et à une nouvelle version des Psaumes. Ces trois derniers ouvrages sont fails sur le lexle béhieu. Le P. Louis de Poix fut aide dans ces travaux par les PP. Jérôme d'Arras, el Séraphin de Paris.
— Jean Novi dk Caveyuac, né à Nîmes en 1710, prieur de Cuviércles, est connu par (piclques écrits sur ililTérenies matières. Lorsqu'on 1752, un ministre proposa d'accorder la tolérance aux protestants, les évê(|iies de Lani,Mied()c furent consullés. Celui d'Alais, Vivet de Moiilclus, publia le résull;il de leurs conférences dans une lollre, où il se dt'clara contre le projet, et à huiuelle ou crut que l'abbé de Caveyrac avait eu pari. Il composa V Apologie de Louis XIV et de son conseil sur la révocation de l'i'dit de Nantes, à laquel'c il joignit une Dissertation sur la Saint-Iiarthclemi . Il n'y fait pas, quoi qu'on en ait dil, l'apologie de c<lie journée; il témoigne, au coniraire, son horreur pour les excès qui l'ont accom|»agnee, et il cliorchc seulement à prouver que ce fut une mesure de politique, à laquelle la religion fui étrangère. Les philosophes se sont néaumoms servis de ce prétexte pour le calonmier,' mais ils n'avjiienl point lu son livre qui n'.iutorise nullemeni une odieuse impulation. L'abbe (h; Caveyrac donna ;iussi la Vérité vevejée, u\\ Ih'iionse d la Dissertation sur la tolérance des protestants, et un Mémoire politico-critique, où l'on examine s'il est de l'intérêt de l'Etal d'établir une nouvelle forme pour marier les calvinistes. Ou lui atirdtue V Accord de la reiiiiion el de l'humanité sur l'intolérance, 17()2, que d'autres donnent à r;d)bé de Malv;iux, el que Pou ne doit pas conioudre avec VAccord parfait de la nature, de la raison, de la révélation et de la politique sur la tolérance, 1753, qui est du chevalier de Reaumonl. Ayant publié, en 17G2, un Appel à la raison des écrits et libelles contre les Jésuites, Caveyr.ic fut obligé de quitter la France. Il y cul un décret de prise do corps contre lui, et le Cdiâtelel le c<iii(lanina jinr ctmlum.ice, eu 1 70 i, à être mis au carcan el banni à perpétuité. L'auteur du Dictionnaire des anonymes dit que VAppelà la raison est du P. Balbani, Jésuite provençal, cl que l'abbé de Caveyrac esi auteur d'iui nouvel Appel, i'cut-éire est-ce le mcnie ouvrage auquel Caveyrac cl Ralbani iravaillèrenl en commun.
Caveyrac se retira à Rome, et y donna un Eloge du Dauphin, fils de Louis XV, et une Réponse aux Recherches de Pfeffel concernant les droits du P.ipe sur la ville et l'état d'\vignon. Celle réponse parut d'abord à Rome et ensuite à Paris. La Biographie universelle dit qu'il revint en France, mena une vie retirée daîis sa patrie, et mourut en 1782.
— Nous nommerons ici un autre écrivain qui prit aussi parti pour les Jésiiites, Tafahé Dazès, de Rordeaux , qui fut aussi obligé de quitter la France, et mourut à Najilis en 1706. On lui attribue les écrits qui parurent sous ces tilrts : // est temps de parler; — le Compte rendu des comptes rendus. Ces écrits attirèrent à Dazès ranifuadver.oion du parlement, et Feller dit qu'ils respiraient un zèle trop amer.
Vers ce temps. — Nicolas-Jérôme Le Couturier, chanoine de Saiiil-Qiientin , |)rédicaleur du roi, n;iqnit au diocèse de Rouen en 1712. Il eut quelque temps de la vogue à Paris. On a de lui deux Panégyriques de saint Louis ; — Discours pour diffcrenles solennités de piété; — Discours sur la révélation; — Eloge du Dauphin, qu'il présenta au roi en 1779 ; — Eloge de Marie -Thérèse; — Vie d'Elisabeth de France, sœur de saint Louis. Il fut interdit pour la hardiesse avec laquelle il avait déclamé contre les croisades, dans un de ses panégyriques de saint Louis, en 1769.
12 avril. — Antoine Topp, Jésuite, né à Aix-la-Chapelle en 1741, devint curé à Trêves aptes la dissolution de sa Société. Il traduisit en allemand V Avertissement de l'assemblée du Clergé de France de 177tj, et les Motifs de ma foi en Jésus-Christ, par un magistrat (Muyart de Vouglans, qui est aussi auteur des Preuves de V aulhenlicité de nos Evangiles, 1785). Topp composa, de plus, des Discours sur les mauvais livres et sur le jubilé.
j^fai. — Cassiodore Montagioli, Bénédictin du Mont-Cassin, né à Modène eu 1698, est auteur des livres de piété suivants : Exercices des affections célestes tirées des Psaumes ; — Traité pratique de la charité chrétienne ; — Enchiridion évangétique ; — Manière facile de méditer ; — L'abbé Saint-Maur proposé pour exemple aux fidèles ; — Paroles, actions et avis de saint André Avcllino ; — Parabole du FHls de Dieu; — Sermon de la Montagne.
]er jy^-,t Pierre-François Foggim , prélat romain, garde de la bibliothèque du Vatican, était né à Florence en 1715. Il fut reçu docteur en théologie à Pisc, et débuta par des thèses contre les quatre articles du cleigé de France. On dit qu'il changea depuis de sentiments sur ce point. 11 publia, en 1741, une dissertation latine sur les
premiers apôtres des Florentins:. Les carciiiiiiiix NéH Corsitii ei Aiidrc (liirsiiii le priicnl snc(('>siv('m(Mil |)niirlciir llit'ol(ij,'i(;ii, et Rcnoil XIV I" li( c();uijnt<Mir ([<' IJoiiari. Le iioiivp.iii pn-hil iloiina une (r.i'liicliori laliiic (le (|iicl(|iies ouviaj>es de sainl i:|.i|ili.iii(', rciivii foiiirc raiclifvèi]in' di- rciiiio (Borgia), et Cul edileur d'un Recueil des passâmes des Pères sur la morale, 1752, cl (riiiie oolleclioii d'éciils des Pures sur les iiialièies de la grâce, donl il (ii paniitie 8 vol. de 17.'U à 1771. Lecjucux a iraduil qiicicjucs-iins de ces opu.scu'es, ainsi qu'un. Irailé laliî! (If Foggini, inliluli> : Conseitlemeuf des Pères sur le petit nombre des élus, 1752 Foggini el.iil insiiuil cl laborieux, et- menait une vie relirée. On assure qu'il n'aimait pas les Jésuites, et q.u'il composa pusieurs méinoiies contre eux.
3 j«/«.— J.an-Oenis CocuiN , do. leur de Sorlionne , curé de Siùni-.lacqiies-du-lJaiit Pas, à Paris, en 1,756. naquit dans celte ville en 172G. Ce fut un p.steurpieux, chanlabie et zule. Il londa, ei^l7«(K un hospice pour les pauvres de sa parois.>e. Il est auteur de l^'ûne&, en 4 \o'.; — iV Entretiens sur les fêtes, les jeûnes,, les usages rt les cérémonies de l'Eglise; — d'Exercices de retraite,— cl d'OEurrcs spirituelles, publiées après sr» mort, et en lêie desquelles on a mis un abrégé de sa vie.
11 JH//1.— Jean-François Copia, dit le P. Elisée, religieux Canne, né à Besançon en 1728, lit ses vœux en 1745, et coninnuça à prêcher en 1756. Il le fit avec succès, quoiqu'il eût lui débit peu agréable, et il futgoùié à la cour, à Paris et dans les provinces. Il remplit ce ministère pendant vingt-six ans , et mourut à Poniarlier. Ses Sermon ont été imprimés en 4 vol., en 1785. Ils se font remarquer par une' composition raisonnablo et par un style pur, plutôt que par l'élévation, les mouvements ci ronclion.
28 août. — Joseph-Miirie-Anne Gros de Bi;si»las, grand-ricaite de Besançon, né à Cast« Inaudury en 1734, prêcha à Paris et à la cour. Il est auteur d'un Essai sur l'éloquence de la chaire, et du Rituel des^ esprits forts.
51 octobre. —Georges-Christophe Neller, canoniste , né au pays de Wurizbourg en 1709, étudia la théologie, puis le droit civil' e eccl-esiasiique. U seconda Baiiliels dans la colleelion des extraits de Van E.-«pen, Clirisiian i.oup, et le P. Alexandre. Après s'être livre quel(|!jc temps à l'éducation, il devint professeur de droit canon Trêves en 1748, et remplit cette place jusqu'en 1780. Il est auteur d'une Collection méthodique des saints canons; — des Droits du curé primitif, et d'un grand nombre de dissertations sur des matière.'^ d'histoire, de discipline et d'antiquités ecclésiastiques. Une dissertation, qu'il fit sur le p;ipe Jean Xll, fut mise à l'Index à Rome, par décret du 2S mai 1707. On l'a cru (luelqiie temps auteur du Fébro. nius, mais il n'eut point de part à cet ouvrage. Tous ses écrits son eu latin.
24 décembre. — Henri-Maurice LoissoN, curé de Vrizi, au diocèse de Reims, naquit et mourut dans ce lieu. Il e-t auteur d'un Supp/ement auœ erreurs de Voltaire, ou Rèjutalion de son traité sur la tolérance, 1779.
2i janvier. — Jean-Clirysoslôme Trombelli, chanoine-régulier de Saint-Sauveur à Bologne, abbé général de sa congrégation en 1760, naquit en 1697. Il est auteur de dix Dissertations sur le culte des mints; — d'une Défense des quatre premières contre Riesling, professeur de Leipsick; — d'un Traité des sacrements, 1772, 13 vol.; — d'une édition d^ Opuscules d'anciens pères latins, avec Mingarelli, — et des Vies de la sainte Vierge, de saint Joseph, de sainte Anne et de saint Joachim. Il paraît qu'il y a peu de critique dans ces derniers ouvrages.
^o janvier. — Charles-Victor-Amédée des Lances, cardinal, était né à Turin en 1712, du coraie de Sales, et se destina à l'état ecclésiastique. Il pasî^a six mois chez les chanoines réguliers de Sainte- Geneviève à Paris, et eut ensuite le projet de se faire Bénédictin. Mais étant retourné à Turin, on l'employa dans le ministère, et il exerça, dit-on, les fonctions de simple vicaire dans une paroisse de cette capitale. Son mérite, sa piété, et les liaisons de son père avec Benoît XIV, le firent monter aux dignités de l'Eglise. Ce pontife le nomma cardinal dans la promotion des couronnes, le 10 avril 1747, et lui conféra peu après le titre d'archevêque de Nicosie. Le roi de Sardaigne de son côté le nomma son aumônier et abbé de Saint-Bénigne. Le cardinal résidait dans celte abbaye. C'était un prélat pieux, zélé pour le bien de l'Eglise, libéral el instruit. Il tint à Suze, en 1745, et dans son abbaye, en 1 752, deux synodes dont les actes ont été imprimés, et forment 2 vol.
'50 janvier. — Jacques-Thomas-Joseph W'ellens, évêque d'Anvers, en 1726, est auteur d'Exhortations familières sur la vocation des prêtres et sur leurs devoirs. C'est le fruit des conférences qu'il avait faites aux élèves du séminaire de Sainte-Pulchérie, àLouvain, dont il avait été président. Il était docteur en théologie dans cette université, et fort attaché au Saint-Siège. On fait un grand éloge de son désintéressement et de ses soins éclairés pour la conduite de son troupeau. Il prêchait souvent, et donnait beaucoup aux pauvres.
6 mars. — Jules-César Cordarà, Jésuite, né à Alexandrie, dansie Piémont, en 1704, travailla à la continuation de V Histoire de la So~ ciété, après Orlandini, Sacchini et Jouvenci. Il est aussi auteur d'une Vie de la B. Euslochie, religieuse de Padoue ; — d'une Vie de Simon de Roxas, de l'ordre de la Trinité, de la Rédemption des captifs ; et
DES ÉCniVAINS (1784). 409
d'une oraison funobre de lompereur Charles VI, prononcée à Home. Il se relira, en 177"2, dans sa pairie. Ce Jé>uile passait pour un des lilléralpurs de l'Italie (|iii écrivait avec le pins de grâce et de goût. Il prit |»art aux conlrover.scs suscitées par Concina, et donna entre autres une brochure sur la dispute qui eut lieu rflalivement au livre de Benzi. (Foj/ez l'aiticle Benzi, iVt'mojrps, I. IV, p. 429.)
6 mrtjs. François-Xavier IIoll, Jé.-uite , né dans le l'alaiinat, en 17:20, se consacra à léiude du droit eccl^-siastique d'Allemagne, et fut professeur de celle science pendant vingt-six ans. On lui doit entre autres une Staiisdque deCéglisc d'Allemagne, Heidelberg, 1779, en latin.
iVoi-PHii/fc'. — Jean-Bapiiste Nogheiîa, Jésuite, né en Valteline, en 1719, professa TéloiiUf-nce à .Milan et à Venise. C'était un homme zélé, mais en même temps sage et modéré. Il s'est ren. u utile par des ouvrages solides, et publia successiveii eut des Répexions sur la philosophie du bel esprit; — sur la 7ialure humaine et la religion naturelle ; — sur la religion révélée ; — sur les caractères divins du christianisme et de son auteur ;— pour discerner lavrair Eglise chrétienne; — sur les conseils évangéliques; — sur l'infuillibililé de l'Eglise; — sur celle du Pape ; — sur la puissance de l'Eglise chrétienne ; — Pratique de l'Eglise chrétienne; — Réponse à cette question : Qu'est-ce que le Pape? — Réponse éi cette question : Qu'est-ce qu\tn évéque? — Observations sur l'Analyse des Prescriptions de Tertullien (de Tai»burini); — Réflexions sur la dévotion.
— Alphonse Niccolai, Jésuite, né à Lucques en 1706, passa dans Tor.lre deCileaux après la suppression de sa Société. Littérateur et savant, il a laissé des ouvrages qui annoncent du zèle et des talents; Mémoires historiques sur saint Biaise, évéque et martyr; — Dissertations cl Leçons sur l'Ecriture sainte, Florence, 1756, 15 vol. 10-4"; —Entretiens {Ragionamen(i) sur la religion. Gènes, 1769, 12 volumes in-8'.
— Ignace 'SVlrs, Jésuite, né à Vienne en 1731, enseigna longtemps au collège Théésicn de cette capitale, et lors de la destruction des Jésuites, devint curé de I iiawait où il mourut. Il traduisit en allemand les sermons de Bossuet, de La Rue el de Ciceri, et composa lui-même des Sermons, des Oraisons funèbres, el un Traité de ^éloquence sacrée.
Vers ce ftmps. — Chaste-Innocent A>saldi, Dominicain, né à Plaisance en 1710, se distingua comme théologien, et composa des écrits et des dissertations dont on peut voir la liste dans le Dictionnaire des sciences ecclésiastiques, de Richard. Il avait un Irere, Charles-Augustin, aussi Dominicain, né en 1711, qui fut aussi théologien et prédicateur. Nous ignorons l'année de leur mort.
Yers ce temps.— Yvo.n, docteur de Sorbonne et chanoine de
470 LISTE CHROxNOLOGlQUE
Cdutances, travailla à V Encyclopédie, l'ut inquiété à ce sujet, et exilé lors de réclat de la thèse de Tatibé de Prades. II ne revint qu'en 1762. Il est auteur de quinze Lettres à Roussemi, pour serNir de réjtonse à sa l^ltre contre le IVlandement de 1 arclievè(|ue de Paris; — de la Liberté de conscience resserrée dans ses bornes légitimes , 1754; — et de ['Accord de la philosophie avec la religion. Il avait commencé une histoire ecclésiastique.
'i'5 janvier. — Jean-rDo:i;iuique Gostadoni, savant Camaldule, né à Venise en 1714, avait, dan> sa congrégation, le nom de D. Anselme. Il travailla, pendant dix-huit ans, aux Annales canwldulenses du savant P. Mittarelli, son maître , donna la vie de ce Camaldule et celle de quelques autres personnages du mtme ordre. Il composa aussi quelques ouvrages -ur les antiquités tcclésiasliques, sut i'histoire de son ordre et sur des matières de piélé. On cite dans ce dernier genre : Avis et instructions protiqw s sur les principaux devoirs des réguliers, VilO ; — Lettres d'un Solitaire sur les vanités des choses du nlonde ; — Lettres d'un théologien à une personne tourmentée de fraijeurs sur les mystères de la grâce et de la prédestination;— Lettre d'un Solitaire à une dame tourmentée de craintes sur son salut; — Lettre à une dame pour la préparer à ta mort; — Mémoires sur la vie et les vertus de Claire-Isabelle Fornari, abbcsse de Saint-François à Todi. L'érudition et la piélé dominaient également chez Cosladoni. Fortuné Mandelli, son confrère, a publié des Mémoires sur sa vie,
21 /ëî;r?>r'. — François Malot, appelant, né au diocèse de Langres en 1708, fui ordonné prêtre par M. de Caylus, évéïpie d'Anxcrre, qui n'avait sur lui aucune juridiction, et dont il fut l'agent à Paris. Il publia, en 1776, une Dissertation sur le rappel des Juifs, contre Rondet, éditeur de la Bible d'Avignon. Il y défend Duguet, d'Asfeld et Mezençui. Il s'avisa depuis de fixer l'époque du retour des Juifs, et il soutint un avènement inlermédiaire de Jcsus-Chasl sur la terre avant le jugement dernier. Malot avait trouvé par des calculs, ou plutôt par (ies conjectures, que le retour des Juifs am ait lien en 1849. Ces sortes de fixations sont devenues si ridicules qu'on n'a plus besoin de les réfuter. Rondet renvoyait la conversion des Juifs et ses suites à la fin du monde ; Malot la place longtemps avant la persécution du dernier antechrist. En 1779, il fit paraître une deuxième éitition de s» dissertation avec une réplique à Rcmdet, où il se déclare pins fortement pour le règne de mille ans. Malot est, de plus, auteur d'un ouvrage sur les Psaumes, et d'un autre sur les avantages et la. nécessité d'une foi éclairée.
DES ÉCiUVAINS (1785). i71
2ô fcvrier. — Joan Dagcehue, iic à Larcssorc au pied des Pyrénéofi, en 17t'3, ne pciil èire oiihlié dans ces Mémoires, soil |i:irce qu'il (ni lo roslaiiralcni' de l;i discipline ci elésiaslique dans nn diocèse lie France, soil [)arce (pi'il esi raulcnr d'nn onvraj^e de ilié()l(»gie eslinié |)Our son evai liinde et sa méthode. Après avoir (ail à l5ordeanx ses éludes ihéoio^'icpies sous le P. Gliourio, Jésuiie (1), il entra dans les ordres, et remplit divers ministères; les };i'aiids snecè- (ju'il ob iiil connue missionnaire, lui doni èrenl le moyen de foinier des élablissemenis p'écieux; c'est par ses soins que s'éleva à Larcssoie nn séinina re on W n enseignait à la fois la tlicoIo|;ie, la philosophie cl les hninanilés, et (pii parvint sous sa conduite; pleine dliahileic à une gr;inde prospérité. L'établissement, ferme pendant la révolution, a été relevé depuis 1820, par les soins des évèques de Bayoïme. F)aunerre fonda é^alenicnl à Uaspatraen mie communauté de lilles, et lui donna poin- supérieure mademoiselle il'Ll.heveri y, une de ses penilentes. dont la correspondance a été imprimée. On doit au pieux fondateur un Abrrqô des principes de morale cl des rèt/les de conduite (ju'un prclrc doit suivre pour bien administrer les sacremenls, Poitiers, 1773, I vol. in- 12. Ce livre a été fréquemment recommandé par If s évô(|ues du Midi; et une édition consiilérahlenu'nl augmentée a été donnée en 1819 cl 1825 par M Lambert, grand vicaire de Poitiers. iVoifez, sur celle éilition, VAmi de lareliçjion, tome XXII, page l'.lô.) La Bibliographie universelle a donné un article plus étendu sur l'abbé Daguerre.
7 mars. — Ponce-Angnstin Alletz, avocat , né à Montpellier vers 1704, est connu par un très-grand nombre d'écrits, /ont p usieurs ne sont que des compilations, et ne sont cependant pas sans mérite et sans utilité. Nous citerons VAbrétiê de lu tuorufe chrétienne ; — le Dic- (ionniiirc portatif des conciles; — le Dictionnaire thèologiqur portatif ; — ['Histoire abrégée des Papes; — la Discipline de r Eglise d'après ses maximes et ses décisions ; — la Journée dn pieux laïque ; — • le Manuel pour tes messes des jours ouvrables: — le Précis de l Histoire sacrée ; —le Tableau de la doctrine des Pères; — celui de VUistoire de CEglise ; — les Vies des saints, e!c.
\Vi mars. — Jean-Antoine Rlbbi , prévôt de Sorisole, né dans le Rergamas(iue en J()!)3, occupa sa cure pendant quarante-cinq ans. C'était mi piètre d'une iiiélé profonde et d'une saiulelé de mœurs extraordinaire. Humb'e, charitable, austère, il vivait dans la pratique des plus hantés vertus. Vers 1770, sa réputation s'étendit. L'iidniiraliou se comnnmiqna de proche en proche, et depuis 1772 suiloul, le |)révôt de Sorisole étuit visité par un grand m)nd)re d'étrangers, que la curiosité, le respect et la piéié attiraient auprès de lui. Des pcr-
(1) r.e P. Chomio eut un frère, cure <le S.iiiil-Jeaii-«le-l,ii/., .tiuiucI les liasciups doivent une exeellente tradiietinii. en leur langue, de rjmtlaliou.
sonnes de toutes les classes, des princes, des évêques, accouraient à son modeste asile. On lui attribua des guérisons miraculeuses, el il s'est passé à cet égard des faiis éclaianis. On se dispui:iii tout ce qui luiav;iii appartenu. Celle foule et ces prodiges n'ôtèrent rien à Ridibi de son humilité ei de sa piéié. Un écrit publié sur ces faits, en 1773. dit qu'il faut ;iltendre les informations et la décision du Saint-Siège; ce qui est sans doute le paiii le plus sage. [[Rubbi est fort ma'traité dans les Nouvelles ecclésiastiques^ 1781, page 72. On y assure qu'il la bénédiction des malades, il joignait la distribution t.'e remèdes, qui donnèrent lieu à des réclamations.]]
i«' avril. — Laurent-Etienne Rondet, hébraïsant, liturgiste el critique, naquit à Paris en 1717. Il est connu par un grand nombre d'ouvrages sur les matières ecclésiastiques, les uns avec son nom, les autres anonymes. Parmi ces derniers, nous citerons VAvis sur les Bréviaires, et notamment sur la nouvelle édition du Bréviaire romain;— un Dictionnaire liisloriquc et critique de la Bible, qui n'a pas été achevé; — les Figures de la Bible avec des explications; — VIsaïe vengé (c'est une rélulalion de la iradiiciion nouvelle du prophète Isaie, par Deschamps) ; — des Réflexions sur le désastre de Lisbonne, en 3 vol. Il rédigea la Table de l'Histoire ecclésiastique de Fleury, et celle de VHistoire des auteurs sacrés de dom Ceillier avec Drouet. 11 fut éditeur de VAbrégé de l'Histoire ecclésiastique de Racine, in— 4°; — de la Sainte Bible de ieCros, 17;)6; — de celle de Sacy paraphrasée par de Carrières; di^ la Bibliothèque des Pères de l'Eglise, de Tricalet, 1787; — des Viscours sur l'Histoire universelle de l'Eglise, par Racine, 1739, 2 vol.; — des Lettres provinciales, 1764; — des Opuscules de Fleury, 1785,5 vol., — et des Confessions de saint Augustin, en latin, 1776. II ajouta à presque toutes ces éiliiions des notes. Son plus grand ouvrage est un abrégé du commentaire de Calmet sur la Bible, en 14 volumes, réimprimé avec des augmentations, en 17 volumes, de 17G7 à 1774, et qui est connu sous le nom de Rible d'Avignon. Il travailla à plusieurs Bréviaires, el donna des livres de prières. Feller lui attribue deux éditions de la Vcrsio7i latine de la Vulgale; — une édition de la Grammaire hébraïque de Fleury, — «t une Dissertation stir les sauterelles de l'Apocalypse, qui est, dit-il, le fruit du fanati>me et de la haine. Feder a peut-être voulu parler d'une dissertation sur l'Apocalypse, publiée par Rondel, en 1775, contre Deshauierayes. Rondet assignait l'époque de la fin du monde à l'an 1860, et prétendait que les temps qui suivraient le rappel el la conversion des Juifs ne seraient que de trois ans ei demi; ce qui lui allira une dispute avec Malot. Rondet croyait fermement avoir été guéri d'une maladie, en 1741, par l'application des reliques de l'évéqne Soanen. 11 révérait beaucoup Sainl-Cyran et Paris, et visitait leurs tombeaux avec dévoiion. Ce laïque était d'ailleurs fort instruit.
DES ÉClilVAI.NS {ilSb). 473
30 septemhrr. — Eliorino de n.viTKNSTRvrcii, néiiLNiiclin , ablté de Braiiiiiiw, président de la l'.aullé de llieoloj;ie île Vienne, succéda <lans celte place à l'autorité et aux vues de l'abbé de Stoi k. Il avait commencé p:ir être professeur de ibéologie d;ins son abbaye, et il y soutenait (lei maximes nouvelles dans ces pays. Mandé à Prague devant le consistoire areliiépiscop il, il fut privé de sa cbaire. M;iis ce qui devait causer sa perle , fut la source de sa faveur, il envoya à Ri'gger. professeur à Vienne, son trjiiié du pouvoir du Pape, ses tbèses et sa défende. Il avaii soin de sy peindre cnnnne une victime des Jésuites. Stock parla de lui à Marie-ïbérèse comme d'un sujet précieux, et sans faire nieiilion du jugemeni porté à Prague, il le lit nommer directeur de la Faculté de théologie de celte ville. C'et;iit ainsi qu'il usait de son crédit, et se j-uaii drs évéques. Kaulenstraucli fut mis à la léle de l'enseignement dans la même ville où il avait été condamné. On peut juger avec quel zèle il servit ses protecteurs, et humilia ses adversaires. En 1771. il donna des Prolcgomcnes sur le droit ccclcsiastique tmiversel, puis sur le droit ecclésiastique d'Allemagne. En I77i, l'Imp- ralrice, toujours irompée. l'appela à Vienne pour remplir la place de Stock. 11 dressa im plan de théologie qui fuldéferé à Rome, et contre lequel le cardinal Mig^zzi et l'évéque de Neusladt, firent des repré.-enlalioiiS inutiles. On n'employait plus que des professeurs adonnés aux nouvelles opinions. Ferdinand Stoger, professeur dliistoire ecclésiastiiiue à Vienne, doima une Intioduction à celle science, dont se plaignirent vainement et le Pape et le cardinal Migazzi. Le tribunal de> études approuva Tousrage en 1777. Un autre professeur, Peliem, consf illait d"cmi»loyer la langue vulgaire dans la célébration de l'oflii e divin et dans l'administration des sacrements. Le 15 juillet 178-4, Ranlonstrancb fit soutenir à Vienne une llièse où l'on prenait le parti de l'église de Hollande, et où, par une subtilité ridicule, on soutenait les droits des princes 7io7j in sacra, scd circa sacra; déf;iiie au moyen de laquelle on les rend:iit maîtres de tout. La même thèse permeiiait lu-ure modérée. Rauien->iraui h mourut ù Eriau en Hongrie, où il était allé pour y propager les mêmes réformes que dans les autres Etats héréditaires.
Septembre. — Jean-Lévesqne be BiniG.NY , de l'Académie des inscriptions et belles-lettres, était né à Reims en 169:2. I! lit, en 1720, le voyage de La Haye pour y faire imprmiei son Traité de l'autorité du Pape, dans lequel ses droits sont établis et réduits à leursjustes bornes; traité que Chiniac de la Bastide lit léimprimer en 1782, et où Burisnv ne se montre pas favorable au .Saint-Siège. Il fit imprimer aussi' à La Haye, en 1724, son Histoire de la pbilnsopltir paiennr, dont la Théologie païenne, publiée en 1754, n'est qu une seconde édition. Buiigny est ameur des T7c d'Erasme, de Grotius, du cardinal du Perron' c\. de Bossuet. Cette dernière ne peut être regaidée que comme une esquisse fort imparfaite. On lui attribue
VExamcH critique des apologistes de la religion chrétienne , qui parut en i7()6 sous le nom de Fréret; mais cet ouvrage ne paraît pas plus de Riiriiiny que de Fréret. P.ut-êlre e>l-on en droit d'en dire niilanl d'une Lettre nu sujet de la Certitude des preuves du christianisme, de r;ibbé Bergier, Irltre qui a élé insérée dans le Recueil philosophique de Naigeon, en 1770. Naigeon, et après lui l'aulenr du Dictionnaire des anonymes, ont accrédité cetie double ailribulioD, qui tendait à faire regarder Burigny comme irréligieux.
4 novembre. — Pierre-Jacques Grosley, littérateur et critique, né à Troyes on 1718, est connu par un assez grand nombre d'c)uvrages sur des sujeîs divers. Ses Observations sur l'Italie, sous le nom de deux gentilshommes suédois, ne sont pas foit exactes. L'aulenr, dit Lalmde, ne roulait que s^amuser, et ne s'est pas donné la peine d'approfondir ni de décrire. Il y prête à Benoît XIV des propos fort déplacés, et s'y moque sonvcni du < lergé et des Jésuites qu'il n'aimail pas. Lalaniie, qui n'était pourtant pas dévot, comme chacun sait, le relève en plusieurs endroits. Grosley rédigea les Ephémérides froyennes, (pii furent supprimées en grande pirtie )ar sentence du présidial de celte ville, comme, conlenani des faussetés, des indécences et des calonnties. Il donna, en 175", des Mémoires pour servira l'histoire des Jésuites. C'est une seconde éditior». La première avait été saisie en J750, ( ii arrivant à Paris. Il est, de plus, anteor d'un Eloge de l'abbé Breyer, et d'une Vie de Pithou. C'était un homme instruit, mais inexact, caustique et partial. Voyez son Eloge par M. Darcier, où il est assez bien jugé.
3 décembre. — Michel RoTn, Jésuite, né en Courlande, en 1721, lit des missions à Dwinabourg, et dans !a Lilhuauie et la Livonie. Il est célèbre dans ce pays par si^n zèle et ses travaux, (>ar les élablissements qu'il forma, et par les écrits (|u'il composa pour l'instruction des peuples. Il mourut au village de Dagda, au milieu de l'exercice de ses fonctions.
— Ambroise Riballier, abbé de Chanibon , docteur de Sorbonne, et grand maître du collège Mazarin, était né à Paris. Il remplissait, depuis 1765, les fonctions de syndic de la Faculté de théologie de Paris, et était, de plus, censeur royal et membre de la commission des Réguliers. C'était un homme doux, moil(Mé, instruit. On luiaitribue V Essai historique et critique sur les privilèges et exempt iius des Réguliers; — la Lettre à l'auteur du Cas de conscience sur ta réforme des Réguliers (voyez Mémoires, tome IV, page 217),— et une Lettre d'un docteur à un de ses amis sur la Censure de Bélisaire. Ayant élé chargé, eu 1708, d'aisprouvor une colld lion de thèses s-onteiuies en pays élranger, il y j ignil des imIcs dans lesquelles il s'elTorçait de 00 riger des exjirossioiis dures cl des principes outrés de ces thèses. Ces noies avant été critiquées, Riballier et Legrand, son ami, les
DKS FXHI\ MNS (17SG). 475
«oulinrcnl pur une \eUio impriini'-c au iiiois d'aoïU 17(i0, cl dans laquelle, sans se déclare r pour aucun des syslèines suivis dans les écolts, ils coiuballaient ceux qui regaidinl !<• leur comme un arlicle de fi. Un journal, voué à ces drrniers, crilicpia encore celte h-iire des deux docieiirs, qui ré(ioii(lirenl par deux aulies I' lires, du !."> j;invier cl du 12 ^epleInll^<' 177U. Ils y inonlrai» ni la dilléreiic»' qu'il y avait entre Bellelli, Berti et les Augusliniens d'Italie d'un c«jlé, el les appelants fr.mçais di- Tantre. {Voyez i'.iriiclr lierd, dans le tome précé'ieni, page 4o0.) Le mêiHf j'Uniial les comliaiiil dans plusieurs articles de ses feuilles. Une antre dispute, qui fit plus de liruit, vint à roccasion d'un procès entre le cliapiire el les curés de C.aliors. Le chapitre, dans un mémoire, avait tr 'ilc de chin)ériqiie la préienlion des curés d'être de droit divin, el de succéder aux snixanle-douze disciples. Ceux-ci répondiienl par un écrit, el con'.ullèrent la Sorbonne. Les docteurs Xaupi el Rillelte donnèrent une consultation toule <'n leur faveur. Dun aulre (ôté, Hihallier el Legr.ii !, dans leur consultation du \4 avril 1772, en reionnaissan! aussi que les cnrés sont de droit divin, jugeaieiii que ceux de Caliors exagéraient leurs droits. L'évèqne de Caliors s'élant plaint de la première décision, elle fut exandnee en Sorhoime cl censurée. Xaupi el Billelle donnèrent des explications. Riballier joua le principal rôle dans cette affaire, «t fut ac( u-é d'avoir poiirsi.ivi Xaupi avec chaleur. (Vovez Mi'nioiies, tome IV, page37i) Il paraît cepemlant que ses ennemis même lui ont reconnu non-seulement des talents, mais delà douceur et de l'améniié.
Vers ce temps. — Abraham-Joseph de Chalmeix, né à Chanteau, près Oi'léans, publia, en 1758, les Prcjugi's U'tjiiimes contre l' Encyclopédie, en 8 vol., doni les deux derniers sont consacrés à Texanien du livre de CEsprit. Plu-ieurs de ses observaiions sont justes; m-^is il ne sut pas leur doiuier la forme el le pi(pi;»nt (pii pouvaient les rendre agréables. 11 est lourd, minutieux, diffus. 11 ne lui pas In. On l'immola d'ailleurs au ridicule. Vo'taire inséra le nom de Chaumeix dans ses facéties, et en lit un marrluiml de vitiaiyrc, un maître d'é. cole, un janséniste et un conridsionnaire. D'Alembert l'appela if«e manière de Père de l'Eglise. Toutes ces jdaisanleries tendaient à décrédiler le zèle et les efforis d'un homme qui pouvait êlie nuisible à la (ihilosopliie. Chaumeix donna encore le Sentiment d'un inconnu sur rOracle des nouveaux philosophes, et les Philosophes aux ahois. Depuis, il se relira à Moscou, où l'on croit qu'il mourut, on ne sait précisément à quelle épo(]ue.
27 février. — Jean Cadomci , chanoine de Crémone, né à Venise en ilQo, se fit connaître, en ilil, par un écrit laiin, intitulé: Dé-
fense de sainl Augustin s%ir l'imputation de millénarisme. Là , sous prétexte de disculper le saint docteur du reproclie de millénarisme, il veut qu'on croie que le sentiment de ce Père a été que les saints de l'ancien Testament ont joui de la vision intuitive de Dieu avant la descente de Jésns-Chri^t aux enfers; opinion contraire à touie la tradition. Aussi Cadonici parle assez mal des Pères et des théologiens. Il ne suii que saint Augustin qu'il croit avoir seul bien entendu, et est favorable à l'opinion que les anges ont un corps, et au système du millénariî-me. Il publia à Roveredo, en 1755, trois Dialogues italiens pour justifier son ouvrage, contre lequel le P. Libérât Fassoni, des Ecoles pies, donna, en 1759, à l'instigation du cardinal Tambdirini, son Traité du bonheur des saints de rancien Testament avant Jésus-Christ. D'un autre côlé, un religieux de la même congrégation, le P. Ange-Marie Fellri, soutint le livre de Cadonici dans deux écrits, le Sentiment de sainl Hilaire de Poitiers, sur le même sujet, 1762, et six Lettres théologiques el critiques, 1763, et Cadonici lui-même publia la même année, à Venise, le Sentiment de saint Augustin, sur la même question, avec une approbation longue et flatteuse de Florien Dailham, des Ecoles pies. Il y présentait de nouvelles raisons pour ét;iyer son premier ouvrage ; ce qui lui attira une victorieuse réfutation du P. Mamachi sous le litre : des Ames des justes privées de la vision bienheureuse avant la mort de Jésus-Christ. Cet ouvrage, en 2 vol. in-4'', en latin, termina la controverse. Cadonici paraît avoir été inconstant, léger et hardi dans ses opinions. Il composa, en 1769, une Explication de ce passage de saint Augumn: VEglise sera en servitude sous les princes séculiers. Son Explication est perpétuellement en contradiction avec l'esprit et la lettre du passage, et il tend à tout donner aux princes, el à leur asservir véritablement l'Eglise. Zola, qui trouva cet écrit conforme à ses idées, le fit imprimer en 1784.
20 rtunï.— Benoît Oberhauser, Bénédictin, né en Autriche en 1719, étudia à Salzbourg el à Vienne, fut professeur de droit canon à Gurck el à Fulde, et publia, en 1762. des Leçons sur les Décrétales. Il lit sout nir, dans le même temps, des thèses sur le droit canonique. Les leçons cl les thèses furent mises à l'Index, le 16 février 1764, el Oberhauser fut obligé de se rétracter le 25 juin suivant. L'évêque de Fulde, Henri de Bibra, le destitua de sa chaire. Oberhauser se relira à l'abbaye de Lainbach, en Autriche, et il écrivit contre le P. Peck, son successeur à Fulde, contre Schmid el de Hoe^tadl. Ses principaux ouvrages sont dt s abrégés sur la jurisprudence canonique el .^ur la discipline ecclésiastique: un Abrégé de Tlwmassin; — \iu Manuel des conciles et des canons; — un Essai de jurisprudence canoniqw sur la primauté du Pape;— un Abrégé de Van Espen; — une nouvelle édition de ses Leçons sur les Décrétales, et des disserlations. Tous ces écrits sont en latin. Oberhauser enseignait que les princes seuls oîil d'eux-mêmes le droit de metire des empêchements dirimanis
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an mariage. Sur ce poiiil, comme sur plusiiMirs nulres, il altcuuail les «Iroils de l'Eglise, el lavorisaii les prclciiiious des s(»uver;iiiis leinporels. On peut lui reprocher, de plus, Taigreur de ses écrits.
23 avril. — Auloinc-Joseph-Toussiiinl Dinouaut, chanoine de -Saint- Benoît à Paris, né à Amiens en 171(5 , rédigea (|uol(pie temps, depuis 175."), avec Tahbé Clamle Joannct, de Itùlc, les Lcllirs sur les ouvratjes de piric, appelées depuis le Jounial clnrlicii, el entreprit, en ITGO, un Journal ecclcsnistique, qu'il continua jusqu'à sa mon. il donna, en 1708, une nouvelle édition de VAbn'rjr de r Histoire ccclvtiastique de Macquer (1), à laquelle il ajouta un voiume, calqué sur les livres jaiisénisles. Il compila avec l'abbé Jaubcrt, en 177:2, les Anecdoctes ecclésiastiques, el fit une édition augmentée de la Méthode pour étudier la throloiiie de Dupin, cl de Y Abrégé du Traité du ■mariage de Sancbez ; celui-ci en latin. On a encore de lui la Vie de Palafox; —le Matmel des pasteurs; — la Rhétorique des prédicateurs, traduite du latin de V:derio; — V Embryologie sucrée, abrégé du livre estimé donné, en 1709, par Cangianila, chanoine de Palerme. Celait un savant compilateur.
ZÛ juin. — Jean- Jérôme Gradenigo, archevêque d'Udine, était né à Venise en 1708, et lit profession chez les Théaiins, Il remplit |)lusieurs charges dans son ordre, et lut un prélat instruit et laboiif-ux. On a de lui : lirixia Micra, ou l'onlificnm lirixianorum séries, 1755 ;
Lettre historique et critique sur (rois points concernant la question
du probabilisme et du probabiliorisme, 1730, in-4", (Il y prend la défense d'Anloine Diana que Cuncina avait accusé de lelâcliement dans le Carême appelant, el s'applique à montrer que le B. cardinal Tonmiasi n'était point probabiliori.ste.) — Saint Grégoire vengé des accusations de Casimir Oudin, 1755; — des Oliuvres pastorales, Udine, 177G, 2 vol. in-fol.
Il ne faut point confondre l'archevêque d'Udine, avec Philippe Gradenigo, nommé en religion Jean-Augustin, évéque de Chioggia, puis de Ceneda, qui naciuit à Venise en <7-20, et mouiui le IG mars 1774. Celui-d a laissé la Vie de Jean-Baptiste de IS'ani, patrice vénitien el Bénédictin du Monl-Cassin, et des Sermons et Lettres pastorales, Venise, 1770.
7 octobre. — André-Guillaume DE Gery , chanoine régulier de Sainte-Geneviève, supérieur général de son ordre en 1777, naquit à Reims en 1727, Il fut curé de Saint-Léger à 8oi>sons et de Saint- Irénée à Lyon, et priait avoir éié lié avec M.M. de Filz-James el de Jlontazet, On a de lui des Sermons el Prônes, en G vol., el une Disaerlation sur l'auteur de l'Imitation contre Valart, 17o8.
(1) Philippe Macquer, avocat, mort le 27 janvier 1770.
19 décembre. — Nifol;)S Thynl de Boismont, docteur de Navarre, abbé de Gresiain, chanoine de Uoijen, était né près de celle ville en 1715. Il se fit (ie la réputation par quelques sermons et par des oraisons funèbres, où il est plutôt académicien qu'orateur chrétien. Cil lui ;illribue, conjoinlement avec l'abbe Maury, les Lettres secrètes sur Celai actuel de la religion et du clenjé, et les deux autres leitres qui les suivent. Ces lettres, au nombre de quatre, sont datées de 1 781 , et n'ont que 22 P'ges. On y parle du dépérissement de la religion, et l'on s'v moque des évoques admiiiislraieurs, du ministre de la feuille, de rarcbevêque de Toulouse, etc. Le ton en est léger et satirique. C'est de BoiMuont que d'Alenibert dit dans une lettre, du 30 juillet 178i , à Frédéric : « L'ahbé de Boismont n'a de prêtre que ce » qu'il en faut pour être apte et idoine à posséder des béi\"fices. » Il passait, en effft, pour être lié avec les philosophes. On a recueilli ses OEuvres, Paris, 1805, et M. Auger y a joint une notice sur sa vie.
Vers ce temps. — Barthélemi de la. Porte, prêtre et théologien, né à Montpellier en juin IG'J!) , dit la France littéraire. Le Viclionnaire des ouvrages anonymes dit qu'il étiiit de la Ciolat; mais il paraît qu'à l'exemple de plusieurs ecclé^iastiques qui quittaient leur di'cèse pour ne pas signer le fornmlaire, il s'attacha au diocèse de Montpellier, et fut ordonné prêtre par M. Colbert. Il est probablement le même qui fut exilé à Auxerre, en 1741 , et à Bordeaux, en 1743; on i'accusail d'intrigues tians un temps qui en vit beaucoup éciore. Il se mil assez tard à écrire, et ses ouvrages ont tous paru anonymes. Ce sont : le Conciliateur pacifique, ou Remarques succinctes d'un théologien de province sur la Lettre de l'abbé Joubcrt au P. de Saint- Genis sur les indulgences, iTbO, in-12, à l'occasion des écrits de Mariette sur cette matière; — Lettre d'un Bordelais sur la Vie et les mystères de la sainte Vierge, de Lafitau, 1759, in-i2, de concert avec le P. Eymar; — Lettres pMlosopInques et théologiques avec la réfutation d'une instruction pastorale de M. de Beaumont, 1760; — Inscription en faux contre le texte cité sous le nom de Bossuet dans la réclamation de l'assemblée du clergé de 1760,1761, in-12; — Principes théologiques , canoniques et civils sur Vusure, 1769, 3 vol. in-12 (ils commencent par une Inlroduciion intéressante sur les écrits pour et contre le prêt, et finissent par six lettres contre le Traité des prêts de commerce); — Nouvelles Lettres à un ami sur les prêts usuraires de commerce, 1769, 140 pages in-12; — un quatrième volume ajouté aux Principes théologiques, en 1772, et dirigé spécialement contre le Traité des prêts de commerce, de Mignot ; — Lettre instructive d'un théologien romain sur la nouvelle dévotion au Sacré-Cœur, 1775 (De la Porte ne fit que traduire cet écrit, qui avait paru, à Rome, en italien) ; — le Défenseur de l'usure confondu, ou Réfutation de la théorie de Vintérêt de l'argent, 1782, in-12, avec un recueil
d'oiilonnances par Miiiillroi. De la Porte y mêla inalheureu-emenl ii de très-bonnes raisons des expressions aijires contre ses adversaires. C'éliiil (railleurs un liominc rt'ijiiiicr', insirnil cl liilioricux, el vu avouant se^ |)i('jiij,'és sur (|ii('l(|ues points, on ne peut (|ira|iphuidii' au zèle qu'il téniolj^ua contre des étrits el des doctrines dont les progrès lui paraissaient éjjalemcnl pernicieux pour la religion et pour la morale Son nom ne se trouve point dans les dictionnaires liisloriqnes.
Il ne faut jtas confondre Barlliélemi de la Poric avec Joseph de la PoilP, auleiir du Voiiaynir fiançais, et de plusieurs autres compilalions encore moins dij^ocs dun ecclesiasiiqiie. Celui-ci mourut le 14 décembre 1779. il avait publié, en 1748, les Pcnséts de Massilloii, i vol. in-12, que Ton joint ordinairement à rédition des OEuvrcs de cet éloquent evètpie.
j\Iurs. — Arnaud-Gilles Baldler, curé de Peyrussc-Massas , au diocèse d'Aucli, y était né en 1744. Il lut prolesseur de lliéologie dans cette ville el se livra à l'étude de l'iicbreu et de l'Ecriiure. Il fit imprimer, en 1783, nue nouvelle Version des Psaumes * en français, aclieva celle du Cantique des cantiques, el avança beaucoup celle de VEcelésiasle, avec des Rë/lexions moiales. Il est encore auteur d'un Discours sur les inoijens de se prémunir contre les objections des incrédules; — d'un Traité sur la question de savoir si l'Eglise pourrait aujourd'hui sans inconvénient faire Coffice en langue vulgaire, — el d'un Plan raiso7iné d'une collection des monuments ecclésiastiques.
13;mi/i.— Charles François Le Roy, né à Orléans en 1699, entra dans l'Oratoire, et éludia la théologie à Saumiir, sous le P. de Genncs. Il pril sous un tel niaîliedes idées (lui n'étaient pas lonjoiirs saines, et soutint des tbèses que Poncel, évèque d'Angers, condamna. Quoiqu'il ne soil point entré dans les ordres, il s'appliqua aux éludes ecclésiastiques. Ses premiers écrits paraissent être un Examen du fiqurismc moderne, dalé du 7 jui lel 1750, el une Lettre, du 15 niiirs 17Ô8, à l'auteur des Nouvelles ecclésiastiques, où il fail un portrait assez i)eu (latleur des pgurisles el du gazetier, et reproche nc:tement à celui-ci des calomnies, des injures, de la satire, de la partialité, de l'entètemenl; par où l'on voit avec plai>ir qu'il n'approuvait pas les excès des fanati(pies de son parti. Il avait appris l'hébreu, aida le père Houbiijanl dans sa Bible hébraïque, el donna, en 1752, des lié flexions théologiques sur le premier volume des Lettres de l'abbé de Yillcfrog à ses élèves. L'année suivante il fit paraître trois volumes d.s OEuvres posthume.^ de Dossuet. pour faire suite à l'édition de l'abbé Pérau. 11 se icndii aussi éditeur de la Défense ck la déclaration du clergé, el y joignit une traduction. Le fran-
çai'^ el le latin forment les cinq derniers volumes de celte édition de Bossnet. En 17o5, le Roy donna une édition des Conférences ecclésiastiques, du P. le Semelier, sur plusieurs jyoints de la morale chrétienne, en 6 vol., et en 1772, de VHisloire des varialiotis, de Bossuet, en o vol., avec des notes de lui et de Tabbé Lequeux. Il publia peu après une traduction des Préfaces et Dissertations de Bossnet sur les Psaumes et les livres sapientiaux. C'est peui-êire le seul ouvrage où il ail mis son nom. Enfin on a encore de lui une traduction du Discours de saint AUianase contre ceux qui jugent de la vérité par la seule autorité de la multitude, et une Lettre contenant les jugements qu'ont portés sur les Jésuites, les cardinaux de Bérulle el le Camus, Bossuet et le Tellier. Le Roy avait quitié l'Oratoire eu 1746, lorsqu'on y fit recevoir la constitution Unigenilus. Ou dit qu'il était en relation de leilres avec le cardinal Passionei. C'était un homme instruit el laborieux, qui connaissait bien les ouvrages de Bossuet; on peut regretter qu'il n'en ail pas donné l'édition entière.
5 jH«7/e<.— Barthélemi Baudran, ancien Jésuite, né, en 1702, à Vienne en Dauphiné, el mort dans celle ville, passa une grande parlie de sa vie à Lyon. Il se consacra à l'exercice du ministère ei au salut des gmes, el avait une grande réputation de vertu et de piété. Ses ouvrages, qui roulent tous sur des matières de piété, sont : les Histoires édifiantes et curieuses; — l'Ame éclairée par les oracles de la sagesse; — l'Ame sur le Calvaire; — VAme élevée ci Dieu; — l'Ame affermie dans la foi; — l'Ame contemplant la grandeur de Dieu ; — l Ame embrasée de V amour divin; — V Ame fidèle ; — VAme intérieure; — Gémissements d'une âme pénitente; — Réflexions, Sentiments et Pratiques de piété; — Panégyriques des saints. Tous ces ouvrages ont paru à Lyon, depuis 1768 jusqu'en 1786, et sont assez connus des ecclésiastiques et des personnes qui font profession de piété. L'auteur n'y mit point son nom. Nous n'avons point de détails sur sa vie,
i" août. — Saint Alphonse de Liguori, évoque de Siinte-Agaihe des Gotlis au royaume de N^ples, naquit à Naples, en 1696, d'une famille noble. Il montra à la fois dans sa jeunesse de l'inclination pour la piété el du goût pour l'élude. Ayant pris le parti du barreau, il exerça quelque temps la profession d'avocat ; mais un accident le fit renoncer à cette carrière en 1722. Il entra dans l'état ecclésiastique, malgré les pressantes sollicitations de sa famille, et la perspective brillante que le monde lui offrait. Dès lors l'étude de la théologie, la prière, la pénitence, les œuvres de miséricorde et l'exercice des vertus de son nouvel état, remplirent tous ses moments. Quand il eut reçu le sacerdoce, il entra dans la société de la Propagande, participa aux établissements de charité fondés à Naples, se consacra au ministère de la parole, et prêcha, soit dans la capitale, soit dans le royaume. Les missions devinrent même l'objet principal de son zèle
ei lie ses soins, el il y fit beaucoup de fruits par la force et l'onction de ses discours, par sa piété et par son courage à suppôt ter les travaux et iescontraclidioiis. En 1732, il jeia ilans riionniiage de Sjiiiiic- Marie, à Stal;i , les roiilcnteiiis d'une conj^ro^aiiDU de missionnaires sous le nom du Saint-Rédempteur. Cet institut éprouva d'abord quelques ol»>l;ules dont l'abbé Lignori iiiomplia par sa con'^tance et son zèle. Il fut afiprouve par le Siint-Sit'tîC en t7 4iJ, et il se répandit dans le royaume de Naples et dans l'état de l'Eglise. ( Voj/ez les détails qui ont été donnés sur cette congrégation nouveiln, dafis 'es Mi'inoircx, inme IV, page 1-49.) En 17G"2. Clémeni XIII éleva le laborieux missionnaire à l'episcopat. Il lallut un commandement exprés pour vaincre sa résistance. Barré évèque de Sainte-Agalbe des Gollis, Lignori se montra évéque vigilant, ptécbani, exborlanl et \isitarit son troupeau, formant avec soin son clergé el lui donnant l'exemple do tomes les vertus. En juillet 177o, aiïaibli par ses longs travaux , il obtint de Pie VI de renoncer à son siège, et se relira au sein de sa congrégation, à Nocera de Pag^ni, où il vécut dans le travail, la prière el le recneillemenl. Nous avons p^ilé piu-^ baut des dures épreuves qui alfligèrenl ses dernières années, el qui le préparèrent à aller recevoir la couronne. {Yoi/cz dans (o volume, page 529). Il niourul le 1" août 1787, âgé de près de quairc-vingl-onze ans.
[[« C'est une cbose tout à fail digne d'admiration, dit le Pape Gré- » goire XVI, dans la bulle de sa canonisation, que quoique Alplionse » fût perpéluellcmeiil occupé par les fondions du ministère aposlo- » lique, et quoiqu'il cbaliài et alïaib il son corps par tant de rigou- » reuses austérités, il ail pu cependant se donner avec une telle ac- » tivilé aux sciences sacrées, el y employer assez de temps pour B servir merveilleusement V Eglise par les productions savayitcs et la- » borieuses qu'il publia. C'est qu'en effet, afin de se consacrer sans » réserve, lui et sa vie tout entière au service de Dieu, il fil le voeu » irès-difiicile el presque nouveau, de ne laisser oisif aucun de ses » instants, mais de les employer dans une action continuelle. C'est » ainsi qu'il écrivit un grand nombre de livres, soit pour défendre la » doctrine des mœurs, soit pour donner une parfaite inslruclion aux » minisires des autels, soit p 'ur prouver la vérité de la religion ca- » Iholique, soit pour défendre les droits du Siège apostolique, soit » pour exciter dans ràn.e des cbréliens les sentiments de la piélé. » On y admire la ricbesse el l'abondance de la doctrine, une force » rare, un zèle ardeni pour la religion, des preuves éclatantes de la » solliciiude ecclésiastique. Mais ce qui est surtout digne de remar- )» que, c'est que, quoique de si nondjreux ouvrages soient sortis de » sa pluujc, il a élè cependant prouvé, après un mùr examen, qu'ils » pouvaient être parcourus par les fidèles, sans aucun danger. » Illud imprimis notatu diijnum est quod. licet cnpiosissimc scripserit, ejusdem lamen opéra inofjenso prorsus pede percurri a /idclibus posse. post diligens ins/iiutum examen perspcctum fuerit. Le servilcur de
Dieu est donc un de ers hommes rares, dont les ouvrages sont une preuve de ce que peut produire le sévère emploi du temps.]]
Nous ne donnerons ici que les titres de ses priiicip;uix livres, en renvoyant à la table complète, qui ^e trouve dans les Mémoirrx swr la vie et la congrégation de Saint-Alphonse , par Tennoia, tome 111, page 459. On peut les diviser en quatre classes.
i. Œuvres de théologie morale. La principale est la Theologia moralis, qui p rul d'abord en 1755, 2 vol. in-4°, et dont il donna dans la suite plusieurs éditions modifiées ou corrigées; il y mit la dernière main en 1775. L'auteur la dédia à Benoît XIV, qui lui adressa uu bref de féliciiaiion le 15 juillet 1755. Il y suivait les principes d'un prcbabilisme modéré, qu'une conviction sincère, et, disait-il, aussi son expérience, lui av;iicnt fait adopter. [[Les conséquences funestes du rigorisme , qui s'était répandu à la lin du siècle dernier, avaient l'ail sur lui une piofonde impression. « Qui ne voit, disait-il, que les Jansénistes, avec leur sévérité, ne font )■) que rendre odieux ai que Jésus-Cbril a fait. Je sais bien qu'on ne )) veut pas professer le jansénisme, parce qu'il est condamné par » l'Eglise : mais combii'n n'y eu a-t-il pas qui, sans être jansénistes » de profession, le sont en prali(|ue ; telle est la morale aujourd'bui à » la mode : ceux-ci font plu-; de lorl aux âmes que n'en pourraient » faire les plus perfides jansénistes, parce que tandis qu'on fuit des » liéréliques déclarés, on ne se défie pas d'hommes dont on entend » louer le zèle. » C'est qu'en etfet la prudence évangélique évitera avec un soin égal le relâclioment el le rigorisme. Du reste, nous croyons que, quelque jugement que l'on poi te sur ce qu?a écrit saint Alphonse, par rapport à la question générale du probabilisme, si l'on étudie sans préoccupation sa doctrine, surtout en tout ce qui tient à la pureté des mœurs, à la perfeitiou, au soin du salut, on ne la trouvera nullement relâchée; on sera même très- étonné de la sévérité de ses maximes. C'est que, s'il était indulgent à l'égard des pécheurs, sa sainteté n'en était pas moins éminente. Ce qui fait toM à quelquesun.s, c'est que, l'étudiant trop supeificiellemei.t, ils se perdent dans cette multitude d'opinions qu il résume, et trouvent tout problématique; ou qu'ils y cherchent une facilité qui n'est nullement dans la pensée de l'auteur. 11 y présente un résumé succinct et plus complet que ne le font ordinairement les ouvrages de ce genre, de toutes les opinions qui ont été émises sur les différents cas, sur lesquels il entre d'ailleurs dans tous les détails pratiques, et quoique cette méthode ne soit pas sans inconvénients, nous pensons que c'est à elle que fut dii principalement le succès immense de l'ouvrage.]] — Homo aposlolicus, 17S6. C'est un abrégé de l'ouvrage précédent. —Praxis confessarii, 1756. C'était le contre-poison de VInsiruction des confesseurs et des pénitents, qui avait paru à Venise, en 1755. On a coutume de joindre ces ouvrages, et un Examen pour les ordinands, à la suite de la Théologie morale. — Apologie de la dissertation sur l'usage des opi-
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nions probablr.'i, contre le I'. Paliizzi. {Vof/cz dans noire 1. IV, page 4(>2, à r.irlK le l*ATi/.zi, le précis de la conliovers(^ entre ce Dominicain el le saint évéqiie.) A<pho<ise publia i inq ou six aiiires apologies de sa lliéologii' nioiale. — Le confrssnir des f/cns de la camjiayne, 1764.
— Disse) talion sur l honvrairr des messes, 1708.
II. Ouvrages dogmatiquks IinmunUé de l'Eglise, il^od.— Vérité de la foi rendue évidente, ll&l; ouvrage desiiné à la réfulalion du livre lie l'Esprit. — Vérités de la foi, contre les tnatériulisles, tes déistes, el les sectaires, 2 vol., 1767. — Ouvrages doyinatigucs contre les hérétiques, dédiés à Clément. XIV, 2 v»d., 1767. — Dissertations sur le jugcmf)il particulier, le purgatoire, l'enfer, etc., 1772. — Vindiciœ adversus Eebroniam, 177-2. — Rr/lexions sur la déclaration du clergé de France, relativement à l'infailiibilité du Pape^ 1772.
III. Ouvrages historiolis. Histoire des hérésies, ou Triomphe de l'Eglise, dédié au inanpiis Tamiucci, i vol., 1772. Le but de l'auteur était de montrer le danger des bérésies moileriies, el d'engager le gouvernement naptditain à l'cr.'ncr la porte aux mauvais livres. — Triomphes des martyrs, ou Histoire des martyrs l( s plus célèbres, 2 vt 1., 177i.
— Récit d'un grand miracle du Saint-Sacrement, 1775. — Vie du P. Paul Cafaro. — Vie du P. Sarnelli. — Vie du frère V. Cazzius, 177S. Ces pieux personnages étaient de la congreg;aion du Saint- Rédempteur et avaient vécu sous les yt ux d'Alpbonse. On trouvera ces bibliographies irès-éditianies, à la suite des Mémoires sur la vie de S. Liguori, par Teimoia, tome lll. — Vie de sœur Marie-Thérèse de Liguori, 1775.
IV. Olvkages ascétiques. Visites an Saint-Sacrement, 17-47. Le succès de ce premier ouvrage publié par Alphonse fut pro^ligieux ; il eut jusqu'à vingt -deux éditions de son vivani, et il a été tiaduit dans toutes les langues. — Les Gloires de Marie, 2 vtd., 1730. On opposa à cet ouvrage une Lettre parénétique de Laminde Pritanius, où Ton préseniait comme exagérées plusieurs appellations qu'on a couttmie de donner à Mai ie, en particulier dans les Lilanies. Le saint prélat ne manqua de répondre. — Sermons pour les dimanches de l'année, 2 vol., 1759. Le censeur royal félicita le roi de ce qu'un ouvrage si utile eût été composé pour ses Etats. Selva, ou Collection des textes pour les exercices spirituels des /nétres, 2 vol., 1 760. — Pratique de l'amour de Jésus-Christ, 1768. — La véritable épouse de Jésus-Christ, 2 vol., 1768. Ouvrage spécialement dt-siinéà conduire les religieuses à la perfection de leur étal. — Réflexions sur divers points de spiritualité, en quatre points, 1772. — De l'amour divin et des moyens de Vucquérir, Mil. 11 publia, en oulie, une multitude d'avis aux jeunes gens, aux étudiants, sur la vie religieuse, i\e règlements, de neuvaines, de lettres spirituelles, d'instructions.
f [Si l'on ne trouve pas dans ces opuscules, el même en général dans les ouvrages d'Alphonse de Liguori, une grande élévation de génie, ni même un travail assez achevé, on ne peut nier qu'ils n'aiei.'t eu la
plus heureuse influence et qu'ils n'aient conlribué au salut et à la peifeoliim de bien (lésâmes : c'est le lénioignai-e que lui rend la bulle que nous avons citée. Indépendamment de tant d'ouvrages qui prouvent l'étendue de son zèle, on voit par sa vie qn'd encnurageaii les écrivains qui, à celle épof(ue, défendaient la religion par leur> écrits : on peut voir en parlicidier dans les Mcmoires de Tennoia, I. III, p. 99, qu'il écrivit à l'auleur des Erreurs de Voltaire, pour le féliciter et l'encourager. Le bruit s'étanl répmdu que Voltaire b'éiait conveni, bruit fondé sur ses démarches dont nous avons parlé plus haut, page 85, Alphonse lui adressa une lettre curieuse, mais qui ne put parvenir à Paris qu'aprèi la mort de Voltaire.
Nous croyons nécf'S^aire de joindre à cet article quelques détails sur la canonisation d'Alphonse de Liguori, qui nous paraît le saint le pins illustre des temps modernes. Presque aussitôt api es sa mort, plus de quatre cents suppliques furent adressées au Saint-Siège, par des évêques, des chapitres, des personnes illustres, et en particulier par le roi de Nap'es, Ferdinand IV, pour demander qu'on commençât des procédures. Un décret de Pie Vl, du 9 juillet 179i nomma le cardinal Archinto pour rapporteur de eelte afl'aire. Une difliculié spéciale se présentait. On a vu que le serviteur de Dieu avait encouru la disgrâce de Pie VI, parce qu'il avait été accusé d'avoir concouru aux changements opérés dans l'institut de sa congrégation. [Yoye:, plus haut," page 329). Une congrégation spéciale de cardinaux fut ( hargée d'examiner cet incident, et, aprè-; un mûr examen, elle déclara Alphonse innocent. Un décret rendu parle Pape, le 9 mars 1790, confirma pleinement celle décision très-remarquable. En conséquence , la cause fut introduite, et le litre de vénérable lui fut conféré. On commença aussilôi le premier examen qui devait tomber sur la doctrine contenue dans les nombreux ouvrages imprimés et manusciils d'Alphonse. Les malheurs qui affligèrent si cruellement les dernières années du règne de Pie VI ne permirent pas d'nbord de suivre avec activité la procédure; mais on la reprit dès le commencement du rè<'ne suivant; et dès le mois de mai 1803, il fut déclaré qu'on n'avait rien trouvé dans ces écrits qui lût digne de censure : Nihil censura dignuin fuisse rcprrtum. (La bulle de Grégoire XVI, dont nous avons cité plus liant les paroles, rappelle ce jugement.) En même temps Pie VU accordait dispense d'un décret d'Urbain YIII, qui ordonne de ne procé'ler à l'examen spécial des vertus d'un serviteur de Dieu que cinquante ans après sa mort : or seize ans n'étaient pas encore écoulés depuis la mort d'Alphonse. Ce second examen amena une décision sulennelle que le Pape rendit avec pompe dans la basilique de Latran, le jour de l'Ascension, 18U7, constare de venerabilis servi Dei Alphonsi Mariœ de Ligorio virtutibus theologalibus et cardinalihus earumque annexis in gradu heroico. Le troisième examen, qui concernait les miracles conHiiença, et celle fois encoie la p;océdure fat inlcrroiiipue par rcnlcvcmcul et la captivité de Pic Vil, et par la
DES KCIilVAlNS. (I7S7). 485
(li«|iorston île la cour romaine ; elle liil reprise aussitôt après le retour du Pape; et le 17 seplcmhre ISlTi, joui do la loto de Notre-Dame des Scpi-DoiileiMS, un (locrel pnutilical recoiinul solcnuollcmenl deux principaux miracles, de ceux (|ui sont appelés du second ordre; ils consisiaiciil dans la gurrisoii insitmldiire d'une rennnc jnès de mourir d'(ui ulcère ganj^iené, et d'un religieux, dont la plitliisie était parvenue au deiriier degré de consomjjliiui et do manisme. C'est, eu conséquence, et après toutes hs solennités d'usage que fut donné, le 26 septcmlue ISIG, le décret de bralificatiou. Trè.»-peu de temps après, de nombreuses retpiétes, fondées sur d(! nouveaux iiiiraclcï., lurent présentées au Saint-Siège pour qu'on travaillât à la canonisation d'Alphonse; et le Pape signait, le 28 lévrier 1S18, l'inlroduciion de cette nouvelle cause. Après plusieurs années Pie VIII approuva sulennellcnienl, le 5 décembre 1829, deux nouveaux miracles consistant encore dans des gnérisons inlanianées de plaies piolondes et mortelles. Il était rést-rvé à (in'goire XVI de nnttre la dernière main à la cause; et le 20 mai I83î> l'ut lixé pour 1.» céiéinoni(ï solennelle de la canonisation. Alphonse-Marie lut solennellement placé sur les autels, conjointement avec François de Ilif lonymo, <|ui, le héni-sant !oiS(pril était encore enfant, avait piédil que Jesus-Cliiist se servirait de lui pour opérer de grandes choses; et avec trois autres serviteurs de Dieu. [Voyez sur saint François de IIier()nynio,ces Mémoircs^Unue II, page 93.) Les détails (|ui précèdent, sont piiucip;ilemenl dus aux Mf'moircssur Ia vie et lu congrégation de saint Atplionse-.Mai ir dr Liguori. par Tennoia. M. Jeancard^ vicaire général de Marseille a aussi donné une vie estimée du même saint.]]
7 octobre. — Charles dk llERBEnsTEiîv', évèque de Laybach, était né en 1722, et avait été lait L-véïpie en 1775. Il n'est guère coimu que par une lettre pastorale, (lu'il ne prit |);is la peine de dater, mais qui pirut vos 1782. Il prétendait y exposer les dioiis des princes, ceux des évéqui'S e! ceux du F^ape ; car c'était dans cet ordre (pi'il les plaçait. La paît du P,q)e dans cette distribution de pouvoirs est fort courte; mais en revanche celle du prince esi fort étendue. L'évéque de Laybach s'appliijue à justifier tous les édiis de Joseph, spécialement ceux sur les religieux. Il trouve cette institution inutile ou même à charge à la religion, et se moque des moines d'une niamère (jui est peu épiscopa'e, et qui scandalisa toutes les personnes véritablement allachccs à 1.1 reliLiion. L'evèque lit depuis la guerre dans son diocèse à quelques dévotions populaires, aux cotdVeries. aux indulgences; abus imolérab'es, contre lesquels on avait alors à Vieiuie un zèle extrême. Les plaintes (jui y lurent portées contre la comluile du prélat furent mal accueillies; et un décret, du 27 novembre 1781, le loua, au contraire, comme un modèle pour les autres évê(iues. Ce fut pour le ré( omiicns^r que Jost'iih voulut ériger Laybach en archevêché. Il en lit la proposition au Pape, qui lui icpondit par un bref, du 7 janvier 178G, où il se plaignait de la doctrine de M. de Heibcrsiein, et
de celle même letlre paf^torale que nous avons citée. Il relevait sur la tolérance des maximes assez peu exactes, et déclarait qu'il ne consentirail à ériger Laybacli en archevêclié qu'après la mort de Tévêqiie. Celui-ci se défendit p;ir un mémoiie, qni fut envoyé à Rome avec une lettre assez aigre de Joseph. L'Empereur persistait à faire de son protégé un archevé(]ue, et il contiima à presser le Pape à cet égard, jusqu'à ce que la mort du prél;il vînt mettre lin à ses soliicitalions. On a encore de M. de Herberslein un nouveau Tesiament en langue vulgaire, qu'il fit imprimer pour son diocèse en 1786. La gazelle de Vienne fit un grand éloge de son zèle et de .sa piéié.
L'évêque de Laybach n'était pas le seul qui monliât une complaisance excessive pour les vues de la cour. Le 29 juin 1782, Jérôme de ColloreJo, arclievèque de Salzbourg, fils d'un des ministres ,de l'Empereur, adressa à ses curés une lustiuction pastorale, où il se plaignait du luxe des églises, des im.iges et des tableaux qui ornent nos temples, et de différents usages qui ne blessent pas ordinairement les regards de la piéié, elc. [Yotjez plus haut, page 254.) De Trauliman;>dorff, évèque de Kônigsgraiz ; de Spawr, évèipie de Brixen ; de Pergen, évêiiue de Manloue, secondaient avec docilité le goût de Joseph pour les innovations. Mais rien n est aus^i remarquable en ce genre qu'une ordonnance de F. S. de Salm, évèque de^Giirck, qui dispensait ses curés <lu bréviaire. On doit drre au surplus que la plus granile partie des évoques des El;ils héréditaires donnaient d'autres exemples. Le caidinal Migazzi, archevêque de Vienne, le cardinal de Frankemberg, archevé(|u<i de Malines, les évéques des Pays- Bas el de Hongrie, l'évêque de Neusladl, Kerens, et plusieurs autres prélat'*, témoignaient leur éloiguemenl pour les nouveautés.
27 octobre. — Rémi Desmonts, Bénédictin de Saint-Vannes, né près Rélhel en 1763, mourut a Provins, après avoir publié, de 1744 à 1747, le Libertinage combatlu par le témoignage des auteurs profanes , en 4 vol., et une Nouvelle méthode latine et chrétienne, 1760.
Vers ce temps. — 3 e^iw Haiden, Jésuite, né en Moravie, en 1716, fut un homme savant el érndit. Il se fit cunnaitre par de bons ouvrages sur des mutièies de criiique et d';inliqiiiiés ecclésiastiques : Dissertations sur les Thérapeutes; — sur V Usage de l ancienne église de conférer la Confirmation et l'Eucharistie aux enfants avec le Baptême; — sur le décret d'Eugène IV pour les Arméniens, etc. Tous ces écrits parurent en latin, à Prague. Haiden vivait en 1786.
3 mai. — Antoine de Malvin de Montazet , archevêque de Lyon, naquit au diocèse d'Agen en 1712. Et ml entré dans l'étal ecclésiastique, il fut d'abord grand vicaire de M. de Fitz-James, évèque de
DES ECRIVAINS. (1788;. Is7
Snissons, qni lui prociirn li pliii'O (ranmùnior du roi, ol qni lui iiiepiia prnlwiiliMiKMit sa iii;iiii('re di- voir sur les coiiloUilioiis de rKj,'lise. ToiiU'J'dis, M. (le ,M(uiia/.el ne maiiifcsia pas loiil de suite ses seiitimeiUs à cet égard. Nommé à ré\êciié d'Aiilun, tu 1748, il iiarul réuni (le vues avec ses eoUègues à l'asseuiiilée du eierg*- de Mnb, et fui di's plus arderus à soUieiier la justice du roi eoiilre les eiitrepiipcs des parlements. Mais le ministère de la feuille ay.ml changé peu après, révèque dWutUM parut cliaMi;er aussi, et Tcn pruliia de ees dispositions. La ciMir voulait ('..ire ee&ser Tespèce dexecuuum'iicaiion portée par M. de B-aumoul coiiire les Hospitalières. On imagina de recourir à la primalic de Lyon, et le cardinal de Tencin étant mort, on nomma à ce siège révèijue d'AuIuu, à eoiidilion, dil-on, qu'il lèverait les censures, (k'ini-ci se prèla à ce désir de la cour, et, même avant d'avoir obtenu ses bulles, il cassa l'ordonnance de l'archevêque de Pa'ris. (Voyez Mémoires, lonie III, pagcôi'.).) Celte complaisaiiec rendit le prélat cher au |»arii cpii protégeait ces (illes; mais en même temps elle excila de grandes plaintes dans le clergé. Pour se jir-lilier, l'archevé(pie de Lyon publia, en I7G0, une Lettrn à l'archeccque de Paris, où il rend comple de se- procédés et de ses motifs. Cet écrit avait été rédigé, à ce qu'on dit, pai' llooke et .Mey. 11 l'ut plus d'iuie fois question de celle affaire dans les assemhlécs provinciales et générales du clergé; mais la ciuir em[)èrlia (|u'il ne lui p'is aucune délerMiinalion conlie un pré'al qui avait favorisé ses vues. Depuis, r,irchevêque suivit constamment les mêmes errements. En 17()4, il rendit encore une ordonnance sur une affaire où M. de Beaiimont n'avait pas voulu intervenir. W s'enloiiraii à Lyon des plus zélés appelants, et y fit venir sncce sivemcnl les Dimiinicaiiis Larnberi, Caussanel ei Chaix, et les Oratoriens Valla, Guiband et Labai. Il suivait principalement pour les afTiires ecclésiasiiqucs les cotiseils de Mey; et l'on a cm que [ilu-ieurs des éciils publies par le prélat élaienl de ce canoniste. Oi a entre autres du pr mal (car on ne l'appelait plus qu'ainsi) une Insfrucdon jxistnrale cnnire Berruyer, en 1765, des Mandements sur le jubilé et pour les carêmes, et une Instruction sur les sources de Vincrêduliié, en 1776. Il pat ait que le fond de celle-ci lui fut fourni par le P. Lambert, et que l'archevêque ne fil qu'abréger le travail naturellement dilfns du l)(uiiinicain. 11 eut fort à creiir de renouveler tous les livres liliir;ii(iues de son diocèse, aliu qu'il n'y restât rien de contraire à .ses sentiments. Il donna successivement tm Catéchi'^me, un Rituel, un Bréviaire, inie Th olo^ie < l une PhiloS'pliie, qui essuyèient lotis plus ou moins de contradiction. Le Caléchisuie lutatiaqué dan< une critique, que l'archevètpie condamna par un long Manlemeni, du 6 novembie 1772: ce mandemeitt est une apo'Oizie de la doctrine aupusiinienne sur plusiems points. Le nouveau Hreviaire parut en !776, et le cliapitre primilial l'accepta par une déliiiération du 13 novembre 1771). (Cependant on publia peu a[)rés des Motifs de ne yoinl admettre la nouvelle liturgie, écrit que
488 LISTE CIIRO.NOLUGIULE
le parlenienl de Paris condamna au feu, le 7 février 1777, sur le réquisitoire de M. Seguier. (Les Nouvelles ecclésiastiques de 1777, page 52, donnent un long extrait du réqui>iloire.) On ne peut se dissimuler qu'un tel traitement n'était guère en proportion avec le délit. L'iiuteur des Motifs pouvait avoir mi«l raisonné, et était peut-être trop vif; mais le réquisitoire n'était pas non plus modéré. Il faut bien convenir que le parlement, en cette occasion, comme en quelques autres, voulut soutenir un prélat en qui il avait trouvé des dispositions à le seconder. C'est ce qui explique encore pourquoi il donna gain de cause à rarchevèque dans le long procès qu'il suscita à son cliapilre pour le forcer à abandonner ses anciens usages. 1! est à croire que sans ce motif on aurait lai^sé les comtes de Lyon dans la possession immémoriale où ils et lient, d'autant plus que les cbangemenls proposés par le prélat ne paraissaient ni nécessaires ni utiles. La Philosophie de Lyon vil le jour en 1783. Elle avait été rédigée par le P. Valla, de l'Oraioire, le même que l'arciievêque avait aussi cliargé de composer une Théologie. Celle-ci, qui fut publiée en 1784, en 6 vol., est la plus f.fmeu>e îles pruductions auxquelles M. de Monlazet a attacbé s^on nom. Prônée par le parti qui l'av..it produite, elle a paru àd'aulresse sentir du vice de son origine. Quoique l'archevêque n'eût pas permis, dit-on, à l'auteur de développer toutes ses idées, cependant il en restait encore assez pour jnoliver les réclamations qui se firent entendre. On y reniai qua des réticences sur des points importants, et un langage trop conforme à celui des appelants sur quel lues matières. Ce fut l'objet de quatre lettres qui p;irurent, en 1786, sous le titre à' Observations sur la théologie de Lgon, par l'abbé Pey. Les prèiresde Saint-Sulpiee, qui tenaient le séminaire Saint-lrénée, furent obligés d'enseigner celle théologie. D'abord ils suppléèrent aux omission's par des cahiers dictés; mais l'arcbevèque leur ayant interdit ce moyen, ils furent réduils à se contenter d'observations et d'additions verbales. A sa mort, on cessa de l'enseigner dans son diocèse. Depuis on la répandit avec soin en Allemagne, en Italie, en Espagne et en Portugal. C'était dans le temps où l'on cherchait à opérer une révolution d'ims l'enseignement de ces pays. La théologie de Lyon parut propre à seconder ces vues. Ricci la propagea en Toscane; Molinelli la commenta à Gênes; on l'adopta aussi à iNaples; dun autre côte elle fut défendue par un décret de X Index du 17 décembre 1792. Feller l'attaqua dans son journal. Ou dit qu'il en parut une Défense en i vol. Nous ne l'avons pas vue ; mais une lettre d'un abbé Bigy, émigré français, datée du 13 février 1794, nous a paru renfermer ce qu'on peut dire de mieux en faveur de celle théologie. Il y répond aux re- )^roches un peu exagérés de Feller. En 1795, le grand-duc de Toscane, Ferdinand, fit retirer la théologie de Lyon des séminaires de ses Etats. L'ordre avait été sollicité pur le nonce du Pape, Louis Ruffo, secondé de Mancini, évêque de Fiesole. Dans d'autres endroits, on refusa de l'enseigner.
DES ECUl VAINS (17,S«). W«
Pour rcvonir à r;irrliovt''(iiiC' do Lyon, ses dernières niiiiôrs fin oui iroiiblccs |)ar di's oli;i,i;iiiis (lumt'sli(iii(!S, el |»;ir les celais scandaleux des convulsioiiiiaires dans son (Ikm èsi'. Qiieliines-uns des plus exaltés domièrciil dans ectle ville el à Karcins le spet la» le de ces lioiribles crueilicnK nls dont nous avons pailé d.ms le corps des Mnnains. On arrêta les pins coupables, enlie autres un curé, nommé Bonjour. Ces tristes résultats d'une iniprudcnte proleclion eni(ioi^oniièreiii el liàlèrenl peut-être les derniers niomenls de rarelievè(Hie. il mourut^ à l'âge de soixante-seize ans, peu aimé dans son diocèse, où il avait clierché à faire prévaloir un autre esprit, el où il avait suscité plusieurs procès. Il avait voulu ôier sun séminaire aux prêtres de Saint- Snlpice. Une puissante iiilcrcession le fo;ça à les y laisser; mais il s'en dédommagea en faisant casser leur agrégalion à rUniversité de Valence. Il était regardé eonime le j)alron des .lanséni-ies. ci suivait le même système (pie M. de Fiiz- James, lecoimai-sant l'autoiilé des conslitulioiis, et proclamant cependant presque tous le<; principes des appelants. Aussi ceux-ci, tout -mi le louant avec excès, direni-Hs dans un de leurs écrits, que .son si/sfcme pouvait avoir sa commoditr pour ce monde, mais quil n'itail pas sûr pour raulrc. M. de Moniazet, outre rarclievèclié de Lyon, possédait labbaye de Saint- Vicier, à Paris, et celle de Monsiier. A sa m )rl, on s'empressa de rétablir la signature du formulaire, et l'on dispersa les opposants (pril avait rassemblés de tous côiés, et qui semblaient faire de Lyon la jilace forte du jansénisme. [[VAmi de la rcliyioit, tome XXII et lome \X1V, offre de plus amples détails sur .M. de Moniazet.^
7 novembre. — Ilenii Postel. Jésuite, né dans le Ilainaut en 1707, professa la tliénlogie. Il e.-l auteur de l'ouvrage inlimle : VIncrrdule conduilà la religion par la dëmonstration, Tournai, 177-2, 2 v. in-8°.
— Jean-Bipli^te-Sébaslicn Colomme, supérieur des Rarnabiles, né à Pau en 1712, m<>rt ;i Paris, est :iuleur d'un Plan raisonné d'éduealion publique. I7G2; — de la Vie chrétienne, on Principes de la sagesse, I77i;--du Dictionnaire portatif de l'Ecriture sainte, 1775; — du Manuel des reli;iieuses, 1779, —et de VEtcrnilê malheureuse, traduite de Urcxelius, 1788, avec une préface contre les incrédules.
Ytrs ce fpmps. — .Michel- Josep!» de Laulamiier , évéque d'Egée in partibus in/idclium, naiinil dans le Vivaiais en 1718, el fui sacré évêque en 1776. Il publia, sous le nom d'wn ancien militaire: Essais sur la religion chrétienne et sur le système des philosophes modernes, 1 770 ; — /Vh-stcs sur différents sujets, Mil ; — Ué/lexions critiques et patriotiques, 1775. On dit que le dernier n'est antre que les deux premiers refondus. Tous ces ouvrages sont dirigés contre la nouvelle pbiloso|»liie.
— Antoine-Marie Ambuogi, Jé.-uile, né à Florence en 1715, célèbre professeur d'éloquente pendant Irenlc ans au collège Romain, ira-
diiisit en ilalien YHisfoire du projet de Bourg-Fontaine; el VHistoire du Pêlagianisme par Paiouillet. On lui atlribtia les aiiiiolalions pacifiques sur quelques maudemenls de l'évèque de Pistoie; mais elles soin plulùt de. Tablte Marchelli. (La Biographie universelle donne la liste de ses productions lilléraire».)
^^ janvier. — Nicolas Beauzée, de l'Académie française, professeur à Técole mililaire, né à Verdun en 1717, es.1 principalement connu comme graiiiniairien. Il est auteur d'une Exposition abrégée des preuves historiques de la religion chrétienne , et d'une traduction de Vlmitation. Il avait d'aiilani plus de mérite à se montrer attaché à la religion, que cet att icliemeiit lui piocura quelques désagréments à TAcadémie de la part de plusieurs de ses confrères qui aflichaient la tolérance plus qu'ils ne la pratiquaient.
'id janvier. — Louis-Aihanase Balbe Bertons DK Crillon, abbé de Granselve, était né à Avignon en 17-26, el était frère du duc de Crillon. Il fut agent du clergé aux assemblées de 1755 et 1758, et promoteur à celle de 1700. Il est auteur de VHomme moral, et des
Mémoires philosophiques du bairon de , 1777 el 1778, en 2 vol.
Ce dernier ouvrage est une expuMtion et une rélutalion des systèmes des philosophes modernes. L'auteur mourut à Avignon. Il avait voulu établir à Paris une académie de religion dans un temps où il se formait une l'oule de sociétés pubiiques et secrètes, que le gouvernement favoiihait. Mais une académie qui aurait eu pour but de faire aimer et respecter la religioii, parut trop dangereuse; elle n'eut pas lieu.
12 février. — Gabriel Brotier, ancicii Jésuite, né dans le Nivernais en 1725, donna, en 1753, un Examen de l'Apologie de l'abbé de Pradcs, et en 1754, des Conclusions de toute la théologie, en latin. Depuis, il ne s'uCLUpa plus que de littérature. [[Son principal ouvrage est une excellente édition de Tacite, qu'il ne se borna pas à expliquer, mais qu'il compléta par des suppléments, entreprise hardie, et qui cependant lut louée des savants. Il donna auïsi une édition de Pline, le naturaliste, du Plutarque d'Amyot, et d'autres ouvrages estimés.]]
Mars. — Pierre Lazeri , ancien Jésuite, né en Toscane en 1710, fut bibliothécaire du collège Rom.iin, professeur d'histoire ecclésiastique, consulleur de l'Index, et examinateur desévéques. Benoît XIV le chargea, avez Azevedo, de diriger l'édition de ses CEuvres en 1748. Son érudition ei ses travaux lui avaient fait une réputatiou éclatante, et l'un dit qu'il fut question de le faire cardinal en 1766. Après la suppression de sa Société, le cardinal Zelada le prit pour son bibliothécaire etson théologien. Lazeri passait pour un homme modéré, haïssant
DES EClUVAliNS (1789). 4itl
los qiipi't lies, ol vivonl en pais :ivcc los cmiomis do son corii^. Nous citerons (le lui : Thèses rlidisits de i lli^lnirc ccc'i'siHuliqnr sur les persécutions;— autres sur le cinquième siècle; — OEuvres de Pierre Perpiniun Valeiidn, Jésuite, i vol. iii-S"; - de l'Année de lu nuissonce de Jésus-t'hrist ; — de la critique sur t iiistiiire ecclésiusiique ; — Jiecherckes sur l'Iiérésie de Uérille au troisième siècle ; — des Anciennes formules de fui; — de l'Iiérésie des Albigeois; — de l'Hérésie des Alarcinnites; — qu'il est fuu.r que les Aiieiens.ri/s chrétiens tirent leur oriijine des rites des ptiï ns. Ouire ces (iis>cri:iii()iis, Lazeri avait conçu, en 1751, le jtlan (l'cin oiiviMge ton vaste sur la crilique. Il a laissé de nombreux nianuscrils sur i'iiisto re et les anliiiuilés cccié^iasliciues.
Septembre. — Charles Bknvenlti, ancien Jésuite, né à Livcurne, est ( onnu par de botts éci ils de niiilliéniatiiiucs cl de pliysiipie. Benoît XIV le iioniina, en ITrii, à la cliaire de liturgie qu'il avait fondée et qui était vacante par l(> départ de Rome du P. Emmanuel de Aze- \e<lo. Sous Clcinent \IV, Beuveniiti avant publié un écril piriuant intitulé : Irré/lc.rion, en réponse aux Réflexions sur le Jésuitisme, 177i, il jugea à propos de quitter Rome cl l'Italie, et se retira à Varsovie où Stanislas Poniaiowski lui avait déjà donné le tiire de son lliéolo,;;ien, et où il lui accueilli de ce p- iiicc. Il y mont ul à s<tixanle-qualorze ans. Il écrivait fort bien en latin, et il a laissé dans celte langue un ouvrage manuscrit contre les philosophes et matérialistes modernes.
Octobre. — François-Joseph-Gaslon de Pariz de Pressy, évêque de Boulogne, né danà le même diocèse en 171 '2, fui élevi' au séminaire de Siinl Sulpice à Paris, et conseiva toujouis l'espiil de celle maison; il étudia la tliéologie, et s'y ren'lit habile. Ce fut un des derniers évoques nomni'S sous le minislère du cardinal dt^ Fleiiiy; il fut sacré le 1 1 août 1745. (iliaque année de son épisropal fui inaninée par deséiablissemenis utiles ou })ar des instructions adresséesaiix fidélcsou au clergé. En 1746, il publia d^s Statuts synodaux, et une ListrucHon pastorale pour en rtcominandcr rexécniion. En 17i9, il établit des retraites ecclcsiasticpies auxquelles il assistai tlui-iuème,eiiconrageaiit son clergé parson exemple etparsesdiscours.Iladhéra, en 1732, àla lettre présentée au roi par plusieurs évèques réunis aïois ii P.iris, (oiiite les prétentions des parlemenls. Un de s-cs .Mandemenls fui supprimé peu après parce (piil s'était expliqué fortement sur le même sujel. Il fut membre de rassemblée du clergé de 1700, et il en pai t;igea les elîorts contre les progrès de rincréiluilé. Assidu dans son diocèse, il s'occupait surtout à arrêter le mal par ses instructions et ses exemples. Nous citerons son Mandement de 1758 poirr le renouvellement public et annuel des vœux du baptême ; — celui de no.') sur les conférences ecclésiastiques; — ceux de 1766 .sur Vobliiintion d'instruire; — el sur la fcte du sacré Cœi/r; —celui tie 1773 pour l'établissement de l'adoralion perpétuelle du Saint -Sacrement ; — celui de 1776 pour la pratique du souvenir de la mort de Jésus-Christ. Mais ses plus grands
travaux sont en faveur des mystères de la religion attaqués de son temps par un grand nombre d'écrivains. Il se proposa de venger ces articles de nolie foi, et publia une suite (V Inst rue lions pasloralcs et de Dissertations ihéologùiiies sur l'accord de la foi et de la raison dans les mystèrit considérés en général et en particulier, 2 vo\. in-i". On y irouve une Instruction, du 1" seplenibie 1767, sur les mystères en général ; — une de même date sur la Trinilé ; — deux sur C Incarnation et la Rédemption, la première du l^"" janvier 1772, et la seconde divisée en trois parties, dont deux sont du l""" janvier 1774, et a dernière du 8 juillet 1776; — une Instruclion sur la grâce, dont la première partie est ilu 30 juin 1779, et la seconde du 50 décembre 1781; — une sur l'Eucharistie, du 2 juillet 1769, — et une sur la création, du 22 septembre 1786. Ces Instructions sont des traités ibéologiques, où le prélul établit les preuves en grand , et se • ivre à des discussions approfondies. Seulement ces ouvrages sont peut-être trop diffus, et la uiétapliysi(iue n'en est pas toujours claire. Il y a même des opinions qu'on a jugées ou h.isardées on inexactes. Mais ces écrits supposent beaucoup de travail et de connaissances, et la lecture en peut être utile aux ecclésiastiques. M. de Pressy ne se laissa l)oint distraire par ces travaux du soin général de son diocèse. Il s'altaiba surtout à former un clergé instruit et régulier, fonda un petit séminaire, et voulut contribuer par ses libéralités, soit à la rédemption des captifs, soit à l'entretien de catéchistes dans les missions étrangères. Il prit beaucoup de part ii l'honneur, qui rejaillit sur son diocèse, de la mon bicrdieureuse de Denoit-Joseph Labre, et des prod ges éclatants qui la suivirent. Il fil des informations sur la vie de ce pauvre volontaire, et il se servit d'un si grand exemple pour animer ses ouailles à la piélé. C'était à sa mort un des plus anciens évoques de France, et ses iravaux, son zèle et sa conduite doivent lui donner mie place distinguée parmi les prélats de ces derniers temps. On peut consulter le Mandement des grands vicaires de Boulogne, du 14 octobre 1789, et celui de M. Asseline, son successeur dans ce siège, du 25 janvier 1790.
7 novembre. — Mario LuPi, prélat, camérier d'honneur de Pie VI, chanoine de Bergame, naquit dans cette ville en 1720. Il était versé dans l'histoire et la diplomatique. Parmi ses productions, qui sont nombreuses, nous ferons mention de deux Dissertations sur l'année de la naissance de Notre-Seigneur; — de trois Dissertations sur les paroisses avant l'an mille ; — de Dialogues sur la méthode d'instruire les enfants; — de deux Dissertations sur les sentiments d'Arislote relativement à la religion, — et de deux autres sur les témoignages des païens touchant Jésus- Christ.
\Z décembre. — Gabriel Dupac de Bellegaude, ancien chanoinecomte de Lyon, naquit près iNarbonne en 1717. Lié de bonne heure avec Boursier et d'Etémare, il les seconda par son zèle. On ne pou-
vait alors opi'-rer son sa'iit sans faire qii(>Iqnos pèloririapos ou llollainle. I/al)!)»- de ni'llc^iiiidc y alla pour la pr. niicr<' luii en 1751, et pas>a presque tous les ans qncNiiic innps dans l'école formée à Rhynwicli par Loi^ros el Poiicct-ilc^essarls, C'esi là (jifil (■oninicnra, sous les yeux de d'Eti-mare, à eouiposcr d^-s écrits pour sa cause. On a de lui les Mémoires pour servir à l'Histoire de la bulle dans les Pai/s-Bas, i vol., 1730, et une seconde édition i\u Journal de Dorsanur, en \~;Hj. Pourvu d'un canonical de l.yoïi en I7()l, il s'en démit en I7(>ô, Il assista, la niénic année, comme lIi(;ol(>gien, à rassemblée d'Utreclu, ou se rendirent aussi plusieurs auires jansénistes français, et ce fut lui ((ni en pidilia les Actes et décrels, que ClénK ni XIII condamna, comme nous l'avons vu d:ins le cours de ces Mémoires (tome IV, page IGG). Il publia ausM V Histoire de l'église d'Utrecht, en 1765; — le SuppU'mrnt au.v OFuvres de Yun Esjieii; — et la Vie de ce canoniste. Il e-t plus connu encore par rédilion des OEuvres d'Antoine Arnauld , ii vol. in-4°, qu'M lit faire à Lausanne, de 1775 à 1782, p:ir les soins de M. l'abbé Hanlefage, auleiu d'un Abrégé du Calécliisme de Gourlin, et qui conp(''ra quelque lenqis à la rédaction des Nouvelles ecetésidsliqites. L'abbé de IJellegarde b urnil à Larrière les mémoires avec lesquels celui-ci composa la Vie d'Arnauld, qnl accompagne cette édiiion. Il traduisit en français les Actes du synode de Pistoie. Son zèle et son activité étaient extrêmes. Il faisait de fréquents voyages en l'rance, et en 1774 et 1775, il parcourut l'Allemagne et l'Italie. On assure qu'il (it passer dans ces pays pour plus de dix millions de livres de son paiti. A Vienne, il était en relation avec Van Swieten, de Stock, de Ternie, et les canonistes et jurisconsultes qui montraient tant de zèle pour cbanger l'enseignement en Allemagne, et il n'était point étranger aux rt'formes tentées dans ce pays. En Italie, il était lié avec Ricci, Tamburini, Zola, et les autre-; tbéologiens de celle école. II avait aussi des amis en Espagne cl en Portugal, el était très au fait de ce qui se passait duis les églises étrangères. C'était lui qui fournissait aux Nouvelles ecclésiastiques les détails qu'on y trouve à cet égard. On nous le représeme comme accab'é du |)oi(ls d'une correspondance énorme. Son zèle se déploya surtout en faveur de l'église d'Ulrecbt, el il mettait une ardeur incroyable à lui concilier des partisans et à lui procurer des suffrages. Les uns diraient que c'était là servir l'Eglise; les autres croironi plutôt que c'était la troubler.
ART. II. AUTKCRS PKOTFSTAJîfTS.
49 octobre. — David Durkll . docteur en ibéologie, anglican, naquit à Jersey en 1728, et éluJia à O.'ifoid. Il s'atiaclia à la littérature
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biblique, et apprit les langues orientales. Il publia, en 17(55, son premier ouvrage sur le texte hébraïque, et en iTT'â, des Remarques criligues sur Job, sur les Psaumes, et sur quelqu s autres paities de rÉcriture.
16 octobre. — Piprre-François Le CorRUAYER, d'abord ebanoine régulier de Sainte-Geneviève, appelant, puis réfugié en Angleterre, naquit à Rouen en 1681. Sa Dissertation sur la validité des ordinations ançilicanes fut Toccasion de sa défection. Il se relira en Angleterre où il élitil appelé par Tarcbevêque Wake, et fut créé docteur en théologie à Oxford. 11 publia dat.s ce pays une Relation de ses sentiments, qui n'était pas propre à le justifier. Depuis il donna une nouvelle Traduction de C Histoire du concile de Trente de Fra-Paolo, et celle de Y Histoire de la riformation de Sleidan. Nous avons cité ailleurs son Testament, dn 3 fiévrier 1774, et sa Déclaration, composée en 1767. Il y est entièrement socinien, n'admeltant ni la Trinité, ni rincariiaiion, ni le péché originel, ni aucun mystère. {Voyez dans le corps des Mémoires, sous 17:27.) On lui atiribue une édition d'ua recueil de Lettres spirituelles de Quesnel, publié en 1721. Cet appelant avail fait du chemin, et avait poussé jusqu'aux dernières exirémilés la doctrine du jugement privé.
7 juin. — Guilbiume Warblrton, évêque anglican de Glocester, naquit en 16i)8. Il débuta conmie écrivain dan^ les n)atières de religion par les Recherches critiques cl philosophiques sur les causes des miracles, publiées en 1727. Eu 1756, il donna ï Alliance entre l'Eglise et l Etat, ou lu JSécessiié et l'équité d'une religion établie et d'une loi du Test démontrées par V essence et la fin de la société civile^ ouvrage qui fut ait^iqué p;ir les dissidents et par les eanen.is des souscriptions. En 1758, il lit paraître le premier volume de la Mission divine de Moïse démontrée sur les principes d'un déiste religieux, par Vomission de la doctrine d'un état futur de peines et de récompenses dans la législation juive. Le i-ecoml volume ne parut qu'en 1741. Cet ouvrage, plein de recherche*, mais baidi, devint le sujet d'une longue et vive controverse. Il était fondé presque entièrement sur celte proposiiion, que Moïse ayant institué la religion juive sans l'appui de la croyance d'un état futur, a dû nécessairement compter sur une providence extraordinaire pour souteirir son ouvrage. Warburton prétendait que la connaissance d'un état futur était enveloppée d'allégories chez les Juifs, et ne pouvait par conséquent servir de saiiciion à leurs lois. Plusieurs théologiens entrèrent en lice contre lui. On
IJES ECRIVAINS. (1780). 495
lui roprcsenla qu'il a(l.iil.li,s.s;iil i'aulorilo du r,'nlalonf|!io, ol .|iri| doniiail (les armes aux iiicié'Iules, laiidis (|ii'il se llall;iil au coiuniire que son système était plus honorable pour la révclalion. Attaqué de loulc-s parts, il se délcihlil, s non avec, iiiodcsii*', du moins avec vigueur. Nomme pré.lieai. ur de LiucoUrs- lim en ITKi. il prit pour sujet de ses discours les principes de \i reli«,'ion naturelle et révélée, et il les dirigea prim ipaleiumi conli-t' 1 1 pliiiosopliic ('e Bidiii^-lir. ke, qu'il attaqua aussi dan- (pialre leilrcs. Eu ITalJ, parut sa Uissirludon sur les tremblements de terre de Jérusalem sous Julien; ou\r.tf,'e solide, qui a élé traduit en français par Tabbé Ma/éas. En 1757, Warburlon cnm[)0sa des liemurques sur l' hssai sur la religion naturelle de Hume. Devenu évèciue ou ITdU, il pidilii successivcuienl De la nature ri de la fin du sacrement de la Cène, et la Doctrine de la grâce. Dans ce dernier, il se mixiuf des méllioilistes, de leur inspiration, et de Wesley, leur palriarciie. Le 15 novembic I7(J3, il se plaignit à la chambre des pairs, de M. Wilkes, qui avait mis son noni à d.s notes d'un livre indécent. Vue nouvelle éililion de la Mission divine de Moïse donna lien à une di-pule entre "NVaiburlon » i Lovvib. Cet évè(|ne mourut à (^.locesler, étant tombé en enfance depuis qnehpics années. Il fonda un cours de sermons pour prouver la révélation par Vaccomplissement des profihéti(s de l'ancien et du nouviau Testament qui ont rapport à l'hylise chrétienne, et prineipalemeni à l'apostasie de l'Eglise romaine. C'est dire assez combien il partageait les préjugés de sa communion contre les caiboiiques, conlic les(juels il s'était déjà signalé lors de la révolte de 174ri. Il était ami de Pope, et le défendit contre de Crousaz et les autres qui raccusaieil de favoriser le matérialisme. Ce fui certainement un bomme irès-instrnil. Voyez la nolice sur sa vie par Tévècpe Hiird, en tête de Té 'ilion 10-4" de ses OEuvres. De Silhouette a traduit en fiançais, en 1742, de>< Dissertations tirées de ses ouvrages sur Cunion de la religion., de la morale et de la politique, 'i vol. in 12. \V;irburlon a laissé des f-ermons imprimés, dont quelques-uns occasionnèrent une controver.se entie lui et le docteur Stebbing.
— Caleb Fleming, ministre presbytérien anglais, naquit en 1608, et fut pasteur d'une congrégation à Loridres. Il ne voulut recevoir aucune imposition des mains, ni souscrire autre chose sinon qu'il croyait à la révélation de l'Evangile. Unitaire, et ne craignant pas de s'annoncer comme tel en chaire, il donnait la plus granile latitude aux droits du jugement privé. Il écrivit conlie Chiibb, lit l'apologie de Bdlingbroke, et publia un co:nmentaire sur V Alliance entre l'Eglise et l'Etat, de A\arburton ; des brochures pour la révocation des actes de corporation et du lest, et des recherches sur l'aulbeiiiicité des deux premiers chapitres de l'Evangile de saint .Matthieu. On peut le regarder comme le précurseur de Priestley.
3 mars. — Joseph Higomore, peintre anglais, publia, sous le voile de l'anonyme, en 1765, des Observations sur le christianisme non fondé en preuves (de Dodweil), pour montrer que le christianisme pur et primitif, quoiiiuo attaqué par les incrédules, est à l'abri de leurs trails. Il publia, l'année suivante, des Essais moraux et religieux-
Il septembre. — Jean-Augusle Ernesti, théologien luthérien, né en Thuringe en 1707, fut ddcleur et professeur en théologie à Leipsick. Il avait, comme philosophe, comme critique et comme écrivain, beaucoup de réputation en Allem;igne; dans la Biographie universelle on le cite comme un des premiers qui aient séparé en Allemagne la théologie de la religion, distinction qu'on peut reg;uder comme la source des innovations subséquentes. Erne^ti ne les eût pas peut-être approuvées, mais il y donna lieu. Ses écrits sur ce sujet sont : Inslilutio inlerprctis novi Tcstamenti, 1761; — Opuscula Ihcologica, 1773; — Nouvelle bibliothèque théologique, de 1760 à 1768, 10 vol. On dit que le zèle d'Ernesti n'était pas toujours modéré lorsqu'il avait aff-tire, soit à ceux qu'il appelait les superstitieux, soit aux incrédules de mauvaise foi. Il mourut à Leipsick. Teller a publié une brochure sur les services qu'Ernesli a rendus à la religion et à la théologie : il paraît qu'il en fait un partisan de la nouvelle exégèse.
10 janvier. — Georges Costaru, minisire anglican, vicaire de Twicktnham, né en 1710, était à la fois habile critique et bon astronome. Il est auteur d'Observations sur quelques Psautnes; — d'Observations sur Job; — d'une Lettre sur la chronologie chinoise, qu'il croyait enflée comme celles des Babyloniens et des Egyptiens, et de Dissertations critiques sur diverses parties de l'Ecriture sainte.
14 février. — Thomas Newton, évêqne anglican de Bristol, né en 1703, prêcha les sermons de Boyle, et composa des Dissertations sur les prophéties, où il renouvelle les diatribes et les rêveries de plusieurs prolestants contre l'Eglise romaine. Il a aussi écrit sur la tolérance et sur les non-conformistes, auxquels il n'était pas favorable. Cependant il s'écarta de l'orthodoxie anglicane, et dans un écrit qui a paru après sa mort, il combat l'éternité des peines, et croit au rétalilissemcnt final de l'hannonie et du bonheur général. Il publia ses Œuvres complètes en 5 vol., avec .-a Yie écriic par lui-mémo.
DES KClU VAINS. ITS'O. i97
IS mars. — Kniesl-Jncqiios Dan'Ow, llu-oloi^ioii |)ni(('st;iii( , ni^ en [*riisseeii 1711 , fui |>ioIVss(MiiiIc lluioloi^ic ;i léiia. Il y ptil»li;i, cii \~12, des Insfitutintts de ihéoloyie dofiiiialique ; — des Evc'qurs du irmps des Ajinlrcs; — E.vi>(isitioii des fr.rtrs dr VEirilHie i-fi faveur dr la divinité dr Jcsus-Clirisl, el des disscrtalioiis sur (iucl(iues iis;if,'CS des Hébreux. Il se noya dans la Saala.
— F'rédéric-Albert AuGLSTr, jnii", puis liiiliéricn, né en 1G9G à Francl'orl-siir-rOdcr, devint niiiiislrc lullK'iicn dans le duclié do (jO|Ii:i. Il osl auteur d'une Dissertation sur la nécessite de la venue de Jésus-Christ du temps du second temple , el de plusieurs autres disserlalions latines sur riiisloire, les usages el le cuite des Juifs.
18 septembre. — Uenjninin Kk^^mcott, prêtre nnçîliran, et célèbre lilléraleur l)ibli(pie, n;i(pjit en 1718, et débuta par deux dissertations, la picmière sur Tarbre de vie dans le paradis, la deuxième sur l'oblalion de Gain et d'Abel. Il pof-;i, en l7.-r», lo fcnidcrnenl de son crand ouvrage par un Ej-amen de Cétal du texte hébreu de i Ancien Testament. Il y combattait Topinion commune, que le texte bébreii nous est parvenu sans altération, et il s'cdorçait de prouver que les manuscrits contenaient d( s diflérences nombreuses et importantes. Il annon- (■ait en même temps qu'on pouvait corrii;er le texte bébreu par ie secours du Samaritiin. Son système fut attaqué, et on l'accusa de fournir une arme aux incrédules. Deux Ilutcbinsonicns, Comings et Bâte, se déclarèrent pour l'intégiilé absolue du texte bébreu. En 1700, Konnicott donna une deuxième dissertation sur l'état du texte hébreu, et il proposa de collationner tous les manuscrits de l'bébreu qu'on pourrait trouver. Celte entreprise exigeait de grands frais. Il trouva des secours cbez une nation libérale et arnie des lettres. Une nombreuse souscription s'ouvrit, et rapporta des sommes considérables. Kennicott entietenait coirespondance avec toutes les pan les de l'Europe, el faisait coll tionner les manuscrits étrangers par d'babiles collaborateurs. Enfin, en 177G, il donna le premier voliniie de sa belle édition de la llible hébraïque, in-folio, et le second en 1780. 11 avait c()m|)ai'é environ six cents manuscrits. On (il pamiire, en I7S7, des Remarques de lui sur des passages choisis de l'ancien Testament , ébaucbed'uii plus grand ouvrage qu'il avaitprojeté. Il laissa aussi des sermons.
10 férrirr. — Henri -Edouard Davis, ministre anglican, né en 1750, n'est connu que par ui! E.ramen de quelques assertions de iJIistoire T. v. .12
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de la décadence et de la chute de V empire romain, de Gibbon, en 1778, et par une Réplique, pleine de sagacité, qu'il lit à la défense de l'historien.
— AbiMh'.m Trembley, Genevois, protestant, né en 1710, naturaliste et physicien, est auteur i\'' Instructions d'un père à ses enfants sur la nature et la religion, 1773; — iVInstrucfions d'un père à ses enfants sur la religion naturelle et révélée, 177U, — et d'aulres sur le Principe de la religion et du bonheur, 1782. 11 était ami de Charles Bonnet.
29 mai. — André Colten Ducarel, anglican, né en Normandie en 1713, se fixa en Angleterre, et y eul des bénéfices ecclésiastiques. C'était un homme savant et laborieux. 11 fit de grandes re( hcrclies sur les aniiquités ecclésiastiques d'Angleterre, et voyagea en Normandie pour visiter les archives des calhidrales et des monastères, il publia des éditions angluises de bi Bible, et les aniiquités du diocèse de Cantorbéri et des palais de Croydon et de Lanibetb.
\ô juin. — Thomas Edwards, docteur anglican, né à Coventry en 1721), doiin:», en 1755, une nouvelle voi. ■-ion anglaise dos Psaumes, suivint le système de poésie bébiiiique de rcvé(|ne llire, et en 1759, un Traité contre la doctrine de la grâce irrésistible. 11 fit paraître, en latin, en 17(32, des Prolégomènes sur les livres poétiques de l'ancien Testament, avec une réfutation du système de Lowth, et de ses Leçons de poésie hébraïque. Lowlh répliqua. Edwards donna encore sur ce sujet un nouvel écrit en 17G5, et Lowlh termina la controverse par une lettre au docteur, où il coula à fond et le système de Hare et les défenses d'Edwards. Celui-ci publia quelques autres écrits.
25 octobre. — GuiMaiime Dodwell, théologien anglican, né en 4710 du savant Henri Dodwell, dont nous avons parlé sous 1711, devint chanoine de Salisbury et archidiacre «ie Berks. Il publia une Libre réponse aux Libres recherches de Middleton, 1749; — une Réplique finale à la défense de ce docteur, publiée par Toll ; — une Dissertation sur le vceu de Jephté, et un grand nombre de sermons, dont il y a un contre le pamphlet de son frère, intitulé : Le Christianisme non fondé en preuves. Ce frère, nomme Henri, s'était fait avocat, ef et lit devenu sceptique, peut-être par suite des opinions singulières de son père. Son livre, écrit avec adresse, fit du bruit, et fut réfuté par plusieurs anglicans et non conformistes. Nous en avons parlé dans le corps des Mémoires, année 1745.
Octobre. — Charles Chais, ministre protestant, né à Genève en 1701, fui pasteur de l'église protestante française de La Haye. Il est auteur d'une Sainte Bible avec un coinnienlaire et des notes, la
DliS KCHINAliNS (1787). 4y!J
Ilitye, fi vol. iii-4" ;ui\((ii<'l,s on en ;i .ijniilé depuis un scplicinc que Cli;iis avait laissé nianuscril; d'une Throtoyie de l'Iùiilurr sainlc, au la Science dit stiliil, ol d'iino iraduciion de l'ouvnigfi de Slackoiiso, inlilnlé : Le Sens littéral de CEcrilnre sainte défendu eon/ic les principales objections des antiseripiuraires et des incrédules modernes. Il pulilia encore nii l aiéeltisnie Iris/oiitjne et doyinatiiiiie, el i\i s Lettres hisloriqucs et dogmulitptes sur le jubilé et sur les indulgences.
o juillet. — Jacques-Georges ChaIjFfei'ié, minisire proieslan(, ne à Lewaivien, en Frise, en 17(j2, lui pasieur à Flessingne, à Dtifi ei à Amsierdam. Son principal ouvrage esl un Dictionnaire historique el critique pour servir de suppt( nient éi celui de Hayle, en 4 vol. in-folio. L'auleiir no s'y nionire pa> du inoin- scepiiquc, el s'il y parle comme U!i proleslani, il y respecte les principes généraux du clirislianisme. Ce lilléraleur a laissé des Sermons, el un Tableau des veruvs chrétiennes.
— Guillaume Hopkins, minisire anglican ou plnlôl unit lirc, né en 1706, devint vicaire de Bolney. Il lit paraître, en I7o3, V Appel au sens commun des chrétiens sur un point important de foi et de pratique qu'on leur impoS'\ Cet écrit anonyme excita de grandes plaintes, et fut suivi de la Controverse trinitaire renouvelée ; — la Liturgie anglicane réduite sur l'enseignement de r Ecriture ; — le Dialogue entre un ttnitaire et un alhanaden, etc. Ce dernier ouvrage a élé souvent réimprimé. Hopkins piit part aux démarches faites, en 1771, |)Our une réforme, et donna plusieurs écrits favorablesà la pétition présentée à ce sujet au parlement. Il él:iithaut arien, el avait fait de grandes all'iraiions dans le service divin de son église, quoiqu'il trouvât bon qu'on priât Jésus-Christ pour la gloire de Dieu. Il était habile dans riiebreu, et publia une traduction de l'Exode en 1784.
6 février. — Hugues Farmer, ministre presbytérien à Londres, né en 1714, fut un des [dus zélés partisans du christianisme rationnel, si répaiulu en Angleterre, dans ces dciniers temps, en 1701. Il se fit connaître par un Essai sur la nature de la Untalion de Jésus-C hrisl dans le désert, où il soutenait que c'était une vision et non un fait réel; ce qtii donna lieu à une controverse. En 1771, il publia une Dissertation sur les miracles, pour monter qu'ils sont des pit uves divines, et en 177o, un Essai sur les démoniaqiws du nouveau Testament, où il prétendait que ces démoniaques n'étaient que des malades, FcU et AVorihiiigton le coiiibatiirenl. Le dernier ouvrage de
500 LISTE CHROiNOLOGIQLE
Farmer fut pour prouver Tuniversalilé du culte des esprits chez les nations païennes. Cet écrivain avait beaucoup de réputation dans sa communion , et eut part à toutes les affaires des dissidents de son temps.
1 août. — François Blackburne, prêtre anglican, archidiacre de Cleveland, naquit à Richmond en 1705. Ayant eu occasion de lire de vieux livres de théologie puritaine, il devint chaud partisan de la liberté civile et religieuse. On a cru qu'il avait eu part aux Recherches libres et sincères sur l'église d' Angleterre; mais il fa toujours nié, et il n'approuvait pas, dit-on. la forme de cet ouvrage dont il donna cependant une apologie en 17o0. En 1756, il entra dans la controverse qui s'agitait alors eiilre les théologiens anglicans sur Télat intermédiaire, contre lequel il se déclara, et en 1765, il fit l'histoire de celte controverse. Ennemi des snus( riplions à des articles de foi, il les attaqua de (Vont, en 1766, d;ms le livre fameux, intitulé: Le Confessionnal, ou Recherche libre el entière sur le droit, l'utilité, l'édification et le succès des confessions tystématiques de foi et de doctrine, établies dans les églises protestantes. Ce fut comme le signal d'une dispute fort vive. Nous croyons mile de réunir ici quelques détails sur ce livre, el sur les controverses de l'Eglise anglicane à cette épocjue.
Les églises protestantes, en se séparant de l'Eglise catholique, s'étaient toutes accordées à dresser des confessions de foi. Tout en criant contre la tyrannie de l'Eglise romaine, qui (obligeait ses enfants à croire ce qu'elle leur enseignait, et qui faisait signer des formules d'adhésion à sa doctrine, les protestants avaient cru nécessaire de suivre la même conduite. Rien de plus commun dans l'hisloire de la réforme que de voir rédiger des confessions de foi, dresser des formulaires, exiger des souscriptions. On avait posé le principe que chacun devait suivre son propre es^pril, et l'on sentait le besoin de s'en écarter dans la pratique. On avait répété que l'Ecriture est la seule règle de notre foi, mais on ne pouvait se dissimuler qu'une autorité était indispensable. Ainsi, après avoir secoué ce qu'on appelait le joug de l'Eglise romaine, on en imposait un autre, et l'on s'exposait ainsi aux mêmes reproches par lesquels on s'était efforcé de rendre le catholicisme odii ux. Cette inconséquetice n'avait pas échappé aux plus habiles. Un grand nombre f^e protestants avaient parfaitement senti l'avantage que ces variations doniiaient à leurs ennemis. Ils se plaignaient qu'on abandonnât si vite le seul principe sur lequel la réforme pouvait légitimer sa séparation, et ils demandaient à jouir pleinement de cette liberté proclamée avec tant d'éclat et sitôt refusée. Ils invoquaient toutes les raisons que les premiers réformateurs avaient fait valoir, et qui paraissaient d'autant plus plausibles dans leur bouche, que l'autorité qu'ils attaquaient n'avait ni la même ancienneté ni le même fondement que l'Eglise catholique. C'est ainsi que raisonnaient même au sein du protestantisme des partisans déclarés de la liberté
DES KCRIVAINS. (1787). ^oi
relijîienso. C'csl ainsi qu'Aniiiiiius, rciionranl à la docirine scvèie de C:ilvin sur les décrels de [)ioii el sur la giài.c. pn'cli:iil une lolérancc iiiiivorselle, et sonienaii que les clircliens irOlaienl responsables qu'à Dieu de leurs senlimenls religieux, el que les inagislrals n'avaient aucun dioii i\o leur rien prescrire à eel égard, encore moins de les punir. C'est ainsi qu'en Suisse, au eommenceinenl du xviri" siècle, il y eut lant de disputes sur le Formula consensih, dont on exigeait la souscription.
Les disputes ne furent pas moins vives en Angleteiro sin- le même sujet pendant ce siècle, depuis que le Auiieux lloadiy eut mis en question les droits des deux puissances. Après quelques écrits où il n'avait fait en quehpie sorte (pie pi'éluder, il porta ciilin le grand coup par son Sermon sur la nature de l'Eglise, ou Royaume du Christ, dans lequel il avança nettement que Jésus-Clirist n'avait laissé après lui aucune espèce d'autorité. Ce n'est pas le lieu d'examiner ici comment un évèque, qui avait souscrit à la confession de foi anglicane, et (|ui en exigeait la souscription, jiouvail saptr ainsi par la base cet acte fondanieni.l de son église. Il se peut qu'IIoadly ne fût pas bien d'accord avec lui-même; nmis au moins son principe était confoinie au principe de la lérnime. 11 disait à ses adversaires, el avec raison. que son système éiait le seul moyen de répondre viciorieusemenl aux objections des catboliques; que ceux-ci avaient cause gagnée si l'on reconnaissait une fois une autorité, puisqu'ils formaient la plus ancienne et la plus universellement reconnue, el qu'il fallait s'y soumettre, ou convenir avec lui que nul n'avait droil de diriger la croyance d'un autre. Ce grand pas qu'avait fait l'évèque de Hangor, parut dans le temps trop lianli à la plu|);irt de ses confrères dans le clergé; mais on revint bientôt de ce premier étonnement, et l'on adopta peu à peu un système si flatteur pour l'amour-propre, et si favorable à la liherté de penser qui commençait à prévaloir. Clarke, Wliiston, AVhitby, Jackson, se déclarèieni dès lors pour Hoadly. Les dissidents surtout saisirent avec einjiressement une doctrine qtii légitimait leur séparation de l'Kglise établie. En Irlande, le ministre Abernelby leva l'étendard de la révolte contre le synode presbytérien; encour.igé par le Ser?«oH d'IIoadly, il se refusa aux souscriptions, prêcba aussi la liberté absolue de conscience, se vit sans trouble excommunie- par sa secte, et érigea une congrégation particulière. D'autres mimstrcs presbytériens professèrent les mêmes principes, et furent exclus. En 1719, des disputes irès-vives furent agitées entre eux. Un grand synode lut tenu à Exeter, où les esprits étaient le plus écb:iull'és, et si la majorité persista à soutenir la Trinité el les souscriptions, qui élaienl les deux grands objets de la controverse, une minorité nombreuse ne craignit pas d'avouer son opposition sur l'un el l'autre poinl. De savants dissidents. Cale, Grovc, llallot, écrivirent contre ce qu'on nomnrail la tyrannie des souscripiions. Samuel Cbandier, qui réfula si bien Collins, et qui servit la cause de la révélation par d'ex-
502 LlSlL CHRONOLOGIQUE
cellonts pcrits, publia, en 1748, un pani|»hlel dans le même sens. Les Recherches libres el sincères, et ensniic VEssai sur l'efprit, leiidirent aussi à ce but. Lardner, dans son Vill^ volume de la Crédibilité de l'histoire de l'Evangile, se permit de biàmer les piocéJcs du concile de Nic('e, et les si uscii(>lions en général.
Nul écrit sur ce sujet ne lit plus de sensation que le Confessionnal par Blackhurne. L'auteur, qui ne se nomme point, combat l'orlement les souscriptions, répond aux objections de ceux qui les soutiennent, el se déclare pour hi plus grande laiilude dans les objets de créance intérieure. Il est par c msétpn'nt Irès-coiitraire aux lois du Test, et très-favorable aux dissidents. Cepend iit il est ennemi déclaré des calboliques, et eux seuls ne parlii ipent point à sa tolérance générale. Il dit sériensenient « que son principal inoiif pour consentir à la pn- » blication de son livre a été d'avoir \u les elForls redoublés du pa- » pisme pour s'agrandir, sans se mettre en peine, comme autrefois, » de couvrir sa marcbe, et la surprcnanle in lifl'érence avec laquelle » on reçoit les nouvelles pub iiines et même éclatiintes de ses succès. » Ne dirait-on pas que l'élat de la religion caiboliq\>e, en Aiigleterre, menaçiiit l'église établie d'une lu ne piocbaiiie? Ne fallait-il pas avoir l'œil bien perç;<nt pour décou\rir ces progrès du papisme? De,iuis deux cenis ans qu'on en parlait sans cesse, ne semble t-ii pas (ju'd ne devrait plus y avoir d'ani;lu:aiis, et comment se fail-il (jue le troupeau catholique fût cepen aiu toujours !^i resreiut et comme cache? Mais Blacliliurne parait avoir < u, plus (|ue tous ses confrères, la manie anticitholiqiip. La préface de son livre coniicnt [ino soi lie Irè -longue et tout à fait bois de propos contre l'Eglise ronn.ine. Tantôt dans sa frayeur il voit les protestants retomber ^en>ililemeiit dans le papisme; tantôt il avance que dans les pays caiboliiiues le cluisiianisme a disparu. 11 est si instruit ou si impartial qu'il veut absolument que les encyclopédistes aient été de bons callio!ii|ue.s. Il regarde comme une chose déplorable que le zèle et la vigilance des pasleuis et du peuple anglais contre le papisme et s<'s émissaires diuiiouenl visiblement, < t que les évéques catboliques exercent librement leurs fonctions. Le tolérant archidiacre voudrait appaiemmenl voir revenir ces temps heureux où un piêtie catholique était mis à mort, en Angleterre, s'il était surpris disant la messe. Il se plaint qu'on ait établi un évêque catholiciue dans le Canada, et qu'on ait permis aux calboliques de la Grenade d'aspirer aux charges. Enfin, tout ce morceau montre tant d'aigreur et de passion, que le docteur Maclaine, bon protestant luimême, n'a pu s'empêclier de se moquer, dans sa traduction de Mosheim, des terreurs paniques de Blackhurne. Un panégyriste de celui-ci avoue qu'il avait une horreur décidée pour les calboliques. Mais si ceux-ci avaient de justes reproches à faire à l'aulcur du Coiif ssionnal, l'église anglicane elle-même était en droil de lui en adresser pour la liberté avec laquelle il s'exprimait sur les principes qu'elle professe, sur la discipline qu'elle suit, et sur les hommes qui l'ont le plus honorée. Il
DES KCUivAiiNS (ns"). :;o3
t'Iail cvideiil (|uo SOI) sysliMne Ifiulait h iiiliddiiiie la plus <;raii(le <liscoiilance tiaiis les oiiiiiioiis iliénloj; (|ii(>s, el à aiij,'meîiler (Mitoie ces varialioiis cl celle niulli|)'iciié tIVi rciirs, qui loiil le caraclèrc parliculior de la réforme. Aussi il par;iil t\uf ifs dcisU'S, cl le (|ii'oii appelle les clifriieus raiimniets, se irunirciil poiii' livnriser un oavrat^e ipii ?e rapprochail si fort <ie leurs vues. Plusieurs éditinns f-uccessiv«'S prirent à peine satislaire reinpresscni> m dir puhlic. Ou crut même l'occasion l'avoiaijle [lonr" aiiéanlir' les sousciiplions.
Pendant la dialeui' de cette controverse, une associalion formée à Londres, en 1771, deniand.i l'abro^iaiion de I:» loi qui presciivait de souscrire les li'enle-neiif ailiclts. Des ecclésiasiiqnes se n'imirenl pour rot enVt. La pienière assemblée eui lien le 17 juillet 1771, el Ton y nomma un comilé pnur rédiger la pétition que l'on devait présenter au parlement. II y eut su( cessivenifiil plii>-ifuis assernh'ées, oir se Irouvèrenl deseccL^siasliques, des aviKMls, des médecins, ton* obligés parles lois à souscrii'e les trente-neuf articles. Ou répandit beaucoup d'écrits, el l'on se di)r)na beaucoup de mouvement |)oiir rnuiliplicr les signalin'es, el il s'en ironva jnsipi'à deux <m\\A cinqiianle environ du clergé. La pélilion fut inéseiitcc à l.i cbainbre des commuiics, le G février 1772. Elle ins.stail Mrrlonl sur le di'oil naturel, el consacré par la réforme, iiu'avaeni, disaient-ils, les chrétiens d'exaiDincf i);ir euxniéni' s lEcnlinc cl de ne >«'en rapporter qu'à leur la son. U' e souscriplidu était un jnng imposé sur les consciences; elle empécbail l'union entre les diUérenles br iiches du pr-oiesiainisme; elle avilissait le clergé aux veux des incrédules, qui voyaiinl la plus gr:inde diversité d'opinions pa.' mi ceux qui déclaraient suivre la même doctrine. De là on se croyait en droit d'accuser le clergé de cupidité ou de politique. Il v cul «le grands débats an parlement, où enlin la pétition fut écartée par une majorili' dcâlVI voix contre 73. Il parait que la grande considération (jui provoqua celte décision, ce fui linlérél de l'Ejjlise anglicane, (jni eiri été renversée par une mesure conlraiie. On craignit peul-éiie qir'iin si grand ébranlement dorrné à la communion établie, n'en firt mi donnt; aussi à lElil. Du moins les plus zélés anglicans et la majorité dir cierge en jugèrent ainsi, et regardèrent la pélilion comme l'essai d'irn parti (pii cherchait à sajier les b.ises du christianisme {Dreicstcr's sccutar /i.vsa//, 1802, in-8°). La plupart ' es péiilioiinaii-es étaient antilrinitaires, ou favorisaient cette doctrine el leur démarche avait pour but de la ié|>an(iie. Peu a|>ros on vil un d'eux, Liiidsey, se séparer de l'église éiablie, abandcrmer ses bériélices, et ouvrir dans Lnmires une chapelle où il fit rolfice à la manière des unitaires. Quelques uns sinvirenl cet exemple. L'rmitaiianisme eut aussi sa liturgie, qui n'élail pas plus chargée que son symbole. Dans les grandes" villes d" Angleterre, il cul ses temples, qui à la vérité ne furent pas longtemps fréquentés, un tel système dégénérant biei. lot en déisme, et par conséqireiil dans une irrdifférence totale pour la religion. U parut jusqu'à cent deux écrits pour ou contre
îlOi LISTE CIIKONOLOGiQLE
la pétiiion du clergé. Les ministres dissidenls voulurent pioliler de cette occasion pour s'affranchir aussi de l'obligation qui leur était imposée par l'acte de tolérance de souscrire à certains articles de religion. La reconnaissance de la divinité de Jésus-Christ incommodait ces zélés chrétiens. Un acte passé en 1779 n'exigea d'eux que les serments ordinaires, et une déclaration portant qu'i's étaient chrétiens et protestants, et qu'ils recevaient l'ancien et le nouveau Testament comme contenant la parole révélée de Dieu, et comme étant la règle de leur foi. C'est là sans doute réduire le synibole à sa plus simple expression.
Les presbytériens offrirent à l'envi des places à Blackburne; mais il resta dans le sein de l'église établie, quoiqu'il en blâmât les usages et Kiéme la doctrine. 11 ne rétracta point ses souscriptions et g^rda ses bénéfices, ne croyant pas apparemment sa délicatesse com(iromise en restant extérieurement attaché à une église, dont il répiouvait les pratiques. En 1804 parurent ses OEuvres posthumes, qui prouvent î'exirême liberté de ses opinions, et qui le feraient juger très-peu onhodoxe sur la Trinité.
\A aoiU. — Edmond Law , évêque anglican de Carlisle , naquit en 1703. Il fit ses éludes à Cambridge, et dt'buta, comme écrivain, par une traduction de VEssai sur l'origine du mal, de l'archevêque King, auquel il ajouta beaucoup de notes. Il donna depuis des Recherches sur les idées d'espace, de temps, etc. ; — des Considérations sur la théorie de la religion, avec des Réflexions sur la vie et le caractère du Christ, et un Appendice sur l'usage des mots âme et esprit dans l'Ecriture, et sur Vétal des morts. Devenu évêque de Carlisle en 1769, Law n'en publia pas moins des Considérations sur la convenance de demander une souscription à des articles de foi, En 1777. il fit paraître, en 4 vol. in-4°, une belle édition de Locke, dont il était admirateur, et dans les écrits duquel il avait puisé plusieurs de ses principes. On dit que sur la fin de sa vie il fit par degrés des progrès dans le système arien, et qu'il en vint à renoncer à la doctrine de la préexistence du Christ, qu'il avait admise dans ses premiers ouvrages. Le dogme fovori de cet évêque était que Jésus-Christ à son second avènement rendrait au sentiment et à la vie, par un acte de sa puissance, les âmes humaines qui, de leur nature et sans cet acte, resteraient dans l'état d'insensibilité auquel elles avaient été réduites par la mort que le péché d'Adam avait apportée au genre humain. Law était partisan du Christianisme rationnel, et voulait, disait-il, rendre à l'Evangile sa simplicité primitive. Il a laissé des Sermons, et un Traité de la nature et de la nécessité du Catéchisme.
3 novembre. — Roherl Lowth, évêque anglican de Lomlres, naquit à Winchester en 1710, et étudia à Oxford, où il devint professeur de poésie en 1741. Ce fut là qu'il composa ses excellentes Leçons sur sur la poésie hébraïque, récemment traduites en français. Sa conlro-
DES ÉCRIVAI.NS (1789). 505
verse avec Warlxiilon, on ITOD, fui vive. Fii l7G(i, il fui fail évèiine de Saint David, puis d'OxfonI, d"où il Inl iransloié à Londre.s di.x ans après. En 1778 parnl sa iradnclion nonvello iVIsaïc, avec une Dissertai ion priiiminaire cl des «o/cs. Les Anglais fonl nn grand cas de cet ouvrage, ainsi (jtie des Leçons de poésie sacrée, el ils les regardent connue des livres elussiques ponr le gonl , réicgance el la critique qui y régent. Lovvili a laissé aussi des Sermons.
iS déeembre. — Saame Jenv>s, litlératenr anglais, né à Londres en 17()i, fil (lanître, en I7r)7, une licrherclie libre sur ioriijine du mal, et en I77G, Essai sur l'évidence inférieure de la religion de Jésus-Christ, dont on a critiqué quelques assertions. En 1782, il donna des R'clierches sur différents sujets. Il s'y montre encore plus eiuiemi du Clirislianisme rationnel, et prélend que l;i religion serait condamnée si el'e était portée au irihiinal de la raison. Il parait qu'à force de vouloir combattre les abus de la raison, il en niécoimul que!(|uef(>is les droits. Il y a eu. deux Iraduclions françaises de son Evidence de la rcliyion^hi première à Liège, avec des observations de Eeller; la deuxième à Paris, par Le Tourneur. Le baron de Sainte- Croix a donné une édition augmentée de celle-ci.
i2juin. — Jean-André Cramkr , ministre luthérien, né en Saxe en 1723, lut professeur de Ihéo'ogie à Copenhague, puis à Kiel. Il traduisit en allemand V Histoire universelle de Hossuel. el les Homélies de saint Jean-Cbrysoslôme avec des notes, el donna vingt-deux volumes de Sermons.
21 novembre. — Thomas IlAniUER, ministre presbylérien anglais, mort à Wheatrield, fut protégé de Lowih, et se rendit savant dans les langues orientales. Il est auteur d'Observations sur divers passages de l'Ecriture, en 3 vol. ; — de Notes sur le Cantique de Salomon ; — de Sermons, — et d'un Exposé de la doctrine des Juifs sur la résurrection des morts.
26 7nars. —Jean-Jacques Vernet, minisire protestant, né à Cenève en 1698, fut pasteur et professeur de Ihéologie dans sa patrie. Il publia, en plusieurs parties, nn Traité de la vérité de la reliijion chrétienne, lire du latin de Turretin ; — un Catéchisme pour les enfants ; — des Thèses de théologie ; — un Commentaire latin .si/r la création sriivant les païens et suivant Moïse; — (iuel([nes nisserlalions sur la chronologie de Moïse, sur la divinité de Jésus-Christ, et sur
106 LISTE CHRÛiNOLOGlUUE
plusieurs passages de l'Ecriture; — des Reflexions sur les mœurs, la religion et le culte, etc. Il fui chargé, dil-on, par Montesquieu du soin de la première édiiion de V Esprit d''S lois. Vemel était littériiteur, et coiitribuii à l;i tradui lion de la Bible française, entrppri-e par les ministres de Genève, et qui ne païut que longiemps après sa mort, en 1805. Ou lui attribue dans ce travail la Genèse ei les Epîttes des apôtres. On a, en outre, de lui dillVrenis opuscules. Le nom de Vernet se trouve souvent dans la Correspondance de Vollaire, ainsi que dans celle de Rousseau, avec lequel il avait été d'abord fort lié; mais ils se brouillèrent depuis.
AKT. m. PHILOSOPHES.
25 août. — David Hume, philosophe écossais, né à Edimbourg en 1711, est im des déistes anglais de ce siècle qui ont mis le plus de subtilité dans burs attaques contre le christianisme. Doué d'un esprit (in, et poité aux spéculations méiapiiysiques il les dirigea contre la religion. Sa première pro luclinn (ut le Traité -fur la nature humaine, qui parut en 1757, et qui, dit l'auteur lui-même, « tomba au sortir de la presse, et mouiut eu naissant, sans avoir » nièuie excilc un murmure paimi les dévois. » S^s Recherches sur l'entendement humain ne furent pas plus hi-urenses : les esprits étant alors occupés en Angleterre de la Libre recherche de Middielon, et de la controverse excitée à ce sujet {voyez l'article sur Middleion , tome m, page 468). Hume se plaint avec quelque dépit d;ins ses mémoires d'un accueil si injuste. 11 fut bien trouver le moyen de se faire lemarquer. Ses Essais philosophiques étaient assez hardis pour piqut r la curiosité. Il y accumula les dilBoullés ei les objections contre les dogmes du christianisme. Telle est la bonne foi de Hume qu'il proteni que les miracles du diacre Paris surpassent en autorité ceuxde Jésus-Cluisi, et qu'ils n'ont jamais été contestés, et il renvoie son lecteur au méprisable recueil de Monlgeron. En 1752, Hume donna ses Recherches sur les principes de morale, où il mettait la vertu dans l'approbation générale; maxime d'un homme dont le caractère dominant et avoué était l'amou-propre. On ne sera pas moins étonné de le voir compter au nombre des vertus, l'esprit, l'éloquence, le goût et même la force du corps. Une des plus célèbres productions de Hmiie, et la seule qui ait conservé de la renommée, du moins hors de son pays, est son Histoire d'Angleterre , quoiqu'elle ne soit ni «xacie ni impartiale. Hume n'y déguise pas son mépris pour toutes les religions. Plusieurs de ses compatriotes parlent avec assez peu d'estime de ses productions historiques, entre autres BeUhain et les au-
DES ÉCHIVAINS (<777j. 1^07
leurs (lu Xouvfdu rctjhdr (inuiirl. Ils le regardonr rnmnio une :hiIorilé ftirl suspccie. IlmiK- ne lui (»;is comIcuI (l(! l'ac' m il t|ir(»n lil :i sou Histoire nalurcUe de lu reVgiou. On |)ni)lia ;ipn''S sa inorl ses lïiuln tfupn sur lu relifiidii nulurcllc, cl Vl'.ssui sur le suiriilr. Ce «loruicr coulicnl les priiu ipi s les |)lus |»<i iii(ieu\, exposés sous la l'oruio la plus grossière. C'fst un véritable dclil (onlre la soeiélé.
Hume l'ut lié avec les piiiicipanx plulosoplies liancnis, fil plii'-i'urs voyajjes ii l\iiis, et lui adiuis dans la sucit'lé de tiad.nnc (ieidliiii et dans celle du hiiou (niolhiicli. Il y connul Diderot, dAlendierl, llelvéiius, Griuiiu (1), et eut des rtlalions avec Rous>e;in (pi'il attira en Aniilelerre, el (|n'il a< cusa ensiiile d'iiiiir.ililu 'e. Il paraîi, eu r(!ét, qiic les loris étaienl du lôlé du pliiloopln" i;t>nevois, ne dclianl el s<iU[)çoiineux. lluiiic (il paraître, à ce sujet, une longue apologie de sa conduite. Plusieurs lliéolog «'IIS anglicans ont ri'pondn à si s écrits iriélij;ieux, entre auires Beallie. Ruilierrorth, Adanis, Warbiirlon et llorne. I.eland a consacré nix lettres de son Examen des déistes à exposer et à confondre les diverses parties du sy-lèrriede Hume, il relève sa niaiivaisc loi, cl f.iit bien i-essortir ses aitilices. Uirrne est. en etlct, nn d(^s écrivains incrédules les plus darigereux. Il iiil.niue r. rerncrrl de Ironl. H po>e des piin< ipes, et laisse lirer les conséquences. S.« mélapliy-ique suhlile t> iid à miner la religion. H aiïec.e beaiicoop de «altnc el dirnpaiiia'ilé; mais tn y regardant de |)rès on voit soir but, el on s'aperçoit que son sang-lroid cacbe beaucoup de malice.
12 décembre. — Albert IIaller, cé'èbre médpcin, ni- à Berne en 1708, se di^ingiia comme n;ilura!isle et comme pliysiologisle. Il frit qnel(|ue temps prolVssiur à Gollingue, puis il revint (l;ins sa patrie, où il publia la plus grande paiiie de ses ouvrages. Ami de Ges^ner et de Bonnet de Genève, il élail aliaché à la révélaiion, et la (bîferidil pUisieirrs fois. Il composa, en allemand, des Lettres à sa fille sur lu vérité de la révlation, en I77S, des Lettres, dans la même langue, sur les efforts de quelques libres penseurs encore virants contre la révélation. Il les y traite avec sévérité. Feller liri i< pioi lie né «innoins son épiire à Siolieliri sur la fausselé des vertus buiii.iines, où il dit rpie Hallfr fronde les principesde religion <lde morale. Il ajoute que peul-étie ceiieletlre eslelle nn ouvrage de jinncsso, srilTi-armneiit rétiaclé parles lettres sur les incrédiibs. IIaller jouissait «lune grarrde eonsidcralion dans loule l'Europe, il la devait à ses grandes corinaissanecs, à la graviié de ses mœurs, el à rulililé reconnue de ses travaux. « Ses déeouveries sur
(1) Grinim p.irle souvent de lui dans sa Corresponilaiicc. Je ti'ni <iiiuii grief contre lui, dit-il, c'e.it qu'il ninie trop le paradoxe, ce qui Ir fuit ilcraisourur quelquefois. Première partie, tome I*"".
» ririilabililé, dit le marquis de Condorcet, furent pour M. de Haller » l'occiisinn d'un chagrin très-vif. La Mettrie fil de celte propriété » de ia maiière aiiiii)ée le fondement d'un système de ni;Uériali>me, » el il trouva plaisant de dédier son livre à M. de Haller, et de dire » que c'était à lui qu'il devait la connaissance des grandes vérités » que ce livre contenait. M. de Haller était sincèrement attaché dès » l'enfance à la religion. H regarla comme une insulte grave celle » plai>anlerie de La Mettrie, el vit avec horreur qu'on le dénonçait à » l'Europe comme un fauteur du matérialisme, ou du moins comme » l'inventeur des principes qui y servaient de base. Le respect qu'il » avait témoigné constamment pour le christianisme dans tous ses » ouvrages, sa vie si conforme aux préceptes de l'Evangile, ne le ras- » surèrpnl point conire celle accusation. H s'en plaignit amèrement. » La Mettrie soutint le même ton dans ses réponses, et M. de Haller » était prêt à publier une réfutation très-sérieuse et très-longue de ces » réponses, lorsqu'il apprit à la fois que son adversaire était mort, et » que trompé par un excès de délicatesse louable sansdoule, lui seul » avait été la dupe du ion plaisamment sérieux que La Mettrie avait » pris. » [Eloge de Hnllcr, par ConJorcel, dans l'édition de ses Œuvres, 1804, Brunswick, chez AVieveg, tome I, page 595.) Condorcet lui repioche, dans ce même éloge, d'avoir porté la sévérité des mœurs jusqu'au rigorisme, et d'avoir cru la religion ou la morale intéressées dans les opinions des philosophes .^ur la formation des éires organisés.
30 mai. — François-Marie Arouet de Voltaire, liiléralPur et philosophe (1), naqiùt à Chatenai, près Paris, le 20 février 1694, et ne fui ba|iiisé qu'au mois de novembre suivant. Elevé chez les Jésuites, il y eut pour professeurs les PP. Porée et Lejay. Condorcet, dans sa Me de Voltaire, « dit que ce dernier Jésuite, frappé de la hardiesse « des idées et de l'indépendauce des opinions du jeune écolier, lui » prédit qu'il seraii en France le coryphée du déisme ; prophéiie que » l'événement a justifiée, ajoute l'hisiorien. « Voltaire fui, dit-on, introduit dans le monde par l'abbé de Châteauneuf, el fut accueilli par le marquis de la Fare, par Chaulieu, Scrvien, Courtin, et les autres membres de la société du Temple, renommés pour leur esprit , leur vie épicurienne et la liberté de leurs opinions. Emmené en Hollande par le marquis de Châteauneuf, il en fut renvoyé peu après
(i) Nous avons souvent parlé de Voltaire dans le corps de res Mémoires. Voytz les articles du 2S décembre 1723, du 10 juin 1734, du 22 lévrier 1753, du 10 mars 17G0, du 19 mars 17G5, du II avril 17G8, du ler mars 1770, du 30 mai 1778, du 3 juin 1785, et du 11 juillet 1791. Nous ne dirons ici que ce qui n'a pu trouver sa place dans ces difl'éreiits articles.
ItES ÉCRIVAINS ^1778). ;J0J)
pour une inliigue qui ne doil |ioinl nous occuper. Hentrc dans la maison palernelle, il n'y resla pas longtemps. Son père voulait lui donner un étal, el le jeune homme n'aim;iit (pic riiidé|:end;in(e et les vers. Après avoir passé (iuei(|ue temps tliez un procureur, Voltaire ropril pour toujours ses goùls favoris. De gr:inds seigneurs, (pii s'amusaient de son esprit et de ses saillies, le protégeaient. Il léus^issait déjà dans la poésie légère. Une satire itnprimée contre Louis \IV lui lut aitribnée, et le fit mettre à la Bastille. Son épitre à madame de G., qui est de 17IG ou 1717, et que l'on trouve au tome XIII de ses OEiivrcs, annonce déjà l'écrivain qui devait tourner la religion en ridicule. Cepcu'Jant en novembre I7"2ô, Voltaire étant tombé malade chez le président de Maisons, se confessa au curé de Maisons. C'est lui-même qui nous instruit de cette rirconslance, dans une lettre de janvier I72i, au baron de Hretenil {OEuvics de Voltaire, tome LU, lettre quaiorzième). 11 est même remanjuablc qu'il ne fait point de mauvaise |)laisaniene sur cette démarche.
OEdipe fut jotié en 171 S. C'est là que se trouvent ces deux vers fameux, « premier cri, dit Condorcet, <riine guerre que la mort même )) de Voltaire n'a pu éteindre. » [Voyez les Mémoires, t. Il, p. i58). VEpttre à l'ranie et quelrpies antres pièces dans le genre irreligieux ou libertin, se rapportent à la même époque.
La Henriadr fut commencée vers ce temps. Un des historiens de Voltaire, le marquis de Villelte, a vanté les services que ce poème rendit à la philosophie. Il date de là la liberté de penser. Il ajoute, avec autant de grâces que desprit, que jusqu'alors la France était dévote et bêtement fanatique, qu'on y était imbécile, et que les autres épiques n'ont fait qu'encenser les préjuçfés. Le même écrivain dit qu'à son retour d'Angleterre, Voltaire répandit sur les querelles de ce tempslà un paniphet intitulé : Sottise des deux parts. On ne trouve cependant rien sous ce titre dans la ccdleclion de ses Oeuvres. D'aulns pièces plus connues sont VApolliéose de mademoiselle le Couvroir, et le Mondain. Celle-ci, qui est une apologie du luxe, «lui attira, dit » Condorcet, les reproches non-seulement des dévots, mais de plu- » sieurs philosophes austères et respectables. »
Obligé de se retirer à Cirey, Vol i aire s'y occupait tour à tour de poésie, de physique et de philosophie. Il avait eonlracté avec la marquise du Cliàelet une liaison doni la nature est assez connue, et qui dura assez longtemps. Cependant il paraît, par une correspondance de la marquise, imprimée il y a quelques années, qu'il s'en ennuya, et qu'elle avait peine à le retenir dans ses chaînes. C'est chez cotte dame même qu'il travaillait à un poëme licencieux, la Pucclle, que ses historiens ont loué avec une affectation révoltante. Duvernet, après avoir dit sans façon que ce poëme sera peut-être mis un jour audessus de l'Iliade, de l'Enéide, de Roland et de la Jérusalem délivrée, se laisse enq)oiter à im débordement de plaisanteries également dépourvues d'esprit el de délicatesse, cl à des réllexioiis d'un fanaiisuie
el (l'une dérnison qui confondenl. Condorcd n'a pas plus de retenue. Dans VAverdssement, en lêie de ce poënie, dans la colleclidn des OEuvrcs de Voltaire^ il s'exprime ainsi ; « Ce poënie est un ouvrage » destiné à donner ries leçons de raison el df sagesse sous le voile » do la volupté et de la folie. » Assuiénienl ce n'est pas là qu'on serait allé cliercher la raison et la sagesse, et il faut bien compter sur la crédulité '!e ses lecteurs pour leur débiter sérieusement une si ridicule apo'ogie. Dans ce même endroit l'éditeur se plaint qu'on attaclie trop d'importance à l'austérité des mœurs. C'est, à son gté, une invention des prêlres, et, en conséquence, il combat un système si dangereux. Nous l'y verrons revenir dans sa Vie de Voltaire, tant ce philosophe moral avait cet objet à cœur. Voltaire n'osa de longtemps publier cette composition monstrueuse. Il se conlent;iit d'en donner des copie> à quelqus'S personnes [irivilêgiées, et l'on trouve avec peine parmi celles qui lui en demamlitieni, des femmes, des princes, des princesses, a qui leur rang ou leur sexe eussent dû imposer plus de réserve.
En 1740, Voltaire fit le voyage de Berlin. Il était depuis quelques années en relation avec Frédéiic, qui prenait de lui des leçons de philosophie. Ce prince eût voulu même dès lors le fixer à sa cour. Mais Voltaire ét;iii encore retenu par la marquise du Châtelet, et ce ne fut qu'après la moit de celle dame qu'il céda aux instimces du roi. Il était mécontent de la France, qui ne lui paraissait pis rendre assez de justice à son mérite. Toute sa vie il s'est pl;tinlde persécution. Ce laitgnge étiit devenu chez lui une espèce d'hihiuide et un moyen d'exciter Tintéiêt. Il e^l bien évident pourtant qu'il n'eût tenu qu'à lui d'être irimquille. Il aurait joui à la fois de plus d'honneur el de repos en n'attaquant point journellement les institutions de son pays, et en gardant, soit dans ses conversations, soit dans ses écrits, les égfirds qu'il devait aux personnes et aux choses. Mais celte âme vive et ardente était entminée par un besoin impérieux d'agitation el de renommée. D'ailleurs à quoi se bornait celtf persécution sur laquelle il revient si souvent dans sa Correspondance? Il entra à l'Académie, il jouit paisiblement de la fortune qu'il avait acquise, il soriit de France de son plein gré, el y rentra non moins librement. Il ne fut gêné ni dans sa correspondance, ni dans sa vie intérieure, trouva le moyen de publier et de répandre tous les écrits qu'il voulut mettre au jour, el finit par venir recueillir à P.iris des honneurs et des ai>plaudissemenls excessifs. Si c'est là de la persécution, il n'est personne qui ne consentît à en essuyer de pareilles. Quoi qu'den soit, il quitta la France, en 1750, pour aller demeurer auprès du roi de Prusse, qui lui donna mille louis pour son voyage. Le philosophe dé>iutéressé en demandait autant pour madame Denis, sa nièce, et fut très-piqué du refus qu'd essuya. Pour le consoler, ou le fit chambellan avec 20,000 livres de pension. Il passa trois ans à Betlin, avec quelques alternatives de brouilleries et de raccommodements, et s'y fortifia manifes-
DES ÉCRIVAINS (1778). oit
lemenl dans ses (iisposilions ini-ligipuscs par la frcqueiil.ilioii duin société où Ton aflit liait le mépris de la relifjion. I,c roi avait rasscnddt' auîoiir do lui ceux ."i (|iu leurs Oj)im(»iis v\ leur /.'•le avMiciit allirc (|iielqiie disfiràce vu France, d'Aigeiis, La Mellrie, TcMissaiiil, de l'rades. C'est au premier de ces écrivains qne Voltaire écrivait dès 17r>2 : « Ah ! frère, si vou^ vouliez écraser l'erreur ! frère, vous êtes bien » liède. » Thii'biidi, da 'S ses Snurcnirs de n'ugf aus à la cour de licilin, n'a pas lonjoiirs peint Voltaite sous de^ rapports tiès-houorables. Un pamphlet (piil |tnhlia contre Maiipcrtuis aciieva d'indisposer Fiédéric. Ils se (;iiitlèrent fort méionienls Puii de l'aiitie. Il parait que le rui trouvait ciueUiuefois le pliilosoplif; un peu laniilier avec lui, et que celui-ci ne sut pas toujours conserver les égards que Ton doit à nn souver un, lors même qu'd consent à deseendrc de s-on rang. Frédéric v<in!ait bien ;d)andoiiner la religion au mépris de ses convives dans ses soupers phiiosopliiqrres; mais il ne trouvait pas bon (pi'on ouMiàt le respect rini lui était drt. De pareils écarts étaient d'rnie torrle antre conséfiU'-nce. Orr sait avec (pielle hiunilinnfe dureté il lit traiter Voltaire à Francfort. Le ciianrhellarr irri(('; renvoya sa croix. Il rentra en France, passa qrrehpie lenips err Al-acc et en Lorrairre, et liirit par se fixer auprès de Genève. La maison des Délices, puis celle de Ferrrey ilans le Diys de Gex, devirrrenl sa résidence.
C'est à Ferney que fut composé ce tirant nombre d'écrits qui ont signalé la fin de la car rière du philosophe. « La pirrs grande f;inte dan» » laqrrelle Voltaire ail eu le inaliieur de tomber, dit l\di^sot, fut » d'accepter le titre de chef de parti, et ce fut d'Alemberl qui l'y » préci|)ita. Sa correspondanre en est une preuve corrvairirante, et » et l'on v remarquera qne l'époque où VoUaire perdit le plus de ses » qualités morales, fut pi-ecisément celle où il donna tonte sa con- » fiance à ce tartnffe de la philos"pliie (1). n On a piétendrr qrr'il eût été phis sage ati gouveiriemcnt de faire venir ^ol taire à Paris, où l'on aurait pu contenir plus aisément sa fougue, et réprinrrr ses éearts. Il est possible qu'en eiïet l'éloignenv nt et la solitirde aient contribué à exaller le zèle antirhrélierr de Voltaire. Mais le gouverrrement avait enciire bien des moyens, s'il l'eût voulu sérieusement, pour arrêter, qiroiqrre de loin, la manie irréligieuse et le cynisme frondeur du vieillard. On savait très-bien qir'il était ranleur de tant d'ecriis et de pamph'ets contre la religion. Ainsi, si on ne lui impnsa poirrt silence, ce fut par une srriie de l'espiit d'insouciance et de faib'esse qui prévalait aior-s dans le ministère. Quand il vit qrr'on fermait les yeux sur sa hardiesse et sa licence, il redoubla, ronrme on devait s'y attendre,
(1) Cette expression (le laituffc, (pie Paiissot «loinie iei i» d'AleniLerl, paraîtra peirt-être un |)eii dure. Veiil-il dire qui d'Alcinhert ne fut pas véritablement pliilosoplie'.' Nous croyons que ce serait niic erreur et une injustice
o\2 LÎSTE CHRONOLOGIQIE
de zèle, d'audace et de vigueur. Sa correspondance sfiile en offrirait des exemples multipliés. Elle devint, vers 1760, anière et provocante. Il excil.iit snns relâche ses amis à terrasser ce qu'il appelait la supersliiiiin. Il mit le plus grand zèle à souienir YEticyclopcdic, et travailla lui-même à ce vaste dictionnaire. Il avait toujours sur le métier plusieurs ouvrages de genres différents, et en acumula p'ns en dix ans qu'il n'en avait composés jusque-là dans sa longue carrière. Ces écrits tendaient lou'^ au même but; pamphlets, facéties, romans, pièces de théâtre, écrits philosophiques, histoires, tout était empreint du même carhct, tnul élait rédigé dans le même esprit. Nous ne donnenms point la lisle de ces productions, les ayant déjà citées et appréciées pour la plupart. L'auteur y reproduit sous toutes les formes les mômes arguments et surtout les mêmes plaisanteries. Un ton caustique, une irduie et une malignité continuelles forment le fond de ceux même qui, par leur nature, eussent dû êire les plus sérieux. C'est bien pis encore dans les facéties. La dérision et le sarcasme y sont portés à un excè^ qui nous paraît exclure la gaieté, et ne pas annoncer même toujours de l'esprit. On ne voit rien de très-ingénieux et de très-iiélicat dans ces traits, qui décèlent une haine profonde et peu iiifficde dans le choix de ses moyens. Que dirons-nous de ces sujjposilions de noms, par lesquelles il prêtait ses productions à des morts ou à des êtres inconnus? « Voltaire, dit M. Lacretelle, se » fit une irisie nécessité, ou un jeu plus triste encore, de ces suppo- » sitions de noms ei de faits, de ces ruses et de ces dégnisemenls qui » embarrassent l'esprit dans de honteuses combinaisons, qui rendent y> une doctrine suspecte par le manège clamléstin avec lequel on la » propage, qui ôteraient à la vérité ses deux plus beaux attiibuls, la » candeur et le courage, et qui semblent si loin du philosophe qu'ds » sont même importuns à la pensée de l'hoimêtc homme. » Un amateur s'est donné la peine de faire un relevé de toutes ces fausses dénominations sous lesquelles Voltaire se cachait. Il en compte soixantedix-sept {voyez le Diclioimaire des ouvrages anonymes, tome IV, page 59). Ces attributions mensongères étaient d'aulant plus ridicules qu'elles ne trompaient personne, et que, par une contradiction inexplicable. Voltaire lui-même aurait été très-fâché qu'on s'y trompât. Nous avons parlé ailleurs de ses piovocations, de ses formules si souvent répétées, de ses communions hypocrites, et des autres excès où la haine précipita ce vieillard, à un âge qui eût dû le rappeler à des sentiments plus modelés. Car il est remarquable qu'il devint plus fougueux dans son zèle à mesure qu'il avançait dans la carrière, et l'on eût dit que les glaces de la vieillesse augmentaient son ardeur au lieu de l'éleindre. Je ne sais ce que pourraient alléguer ses partisans pour excuser ses provocations emportées, et tant d'écrits qui respirent la fureur. Ils aur.iieiit s;i!is doute b( au jeu s'ils rencontr;!ient de telles déclamalions dans les écriis antiphilosi'phiques. Alors ils en parleraient comme de l'effet d'un fanatisme honteux, et ils les livre-
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raiont au niopris des gens de l)ie;i. .M;ii,s ce i]iii sciait iiiloic-rahle dans certains auteurs, dans un parti, [leul-il èlrc excusahlc (Lins d'aiilics, cl riinpartialilé ne consisle-l-elle pas à répiouvcr, quelque pari iproii les trouve, ces Irislos indices (riine pasxiou et d'un aveuglcnienl qui ne coniiaiss iieiil plus de bornes?
En exaininanl les progrès que fil Voltaire dans sa manie irréligieuse, on se convaincra qu'il tïil égaré par les éloges et les applaudisseinenls qu'on lui pmdignail. Il s'était f.iit de-i amis puissants. Le niaréch il de Kiclie'ien, la manpiise de Pompadour, le duc de Clioiseul, le protégeaient. Il était en correspondance de loi 1res avec plusifurs souverains de l'Allemagne cl du Nord. Il était visité dans sa retraite de Ferney par de graiils seigneurs, des gens de lettres, des voyageurs de toutes les classes. De tous côtés on lui portait des hommages. Les trompettes de la Renommée étaient à sa dispoilion. On li- proclamait l'oracle de >oii siècle, et c'était à qui biùlerait le plus (reiicciis en son lioniieur. Tant de louanges et de llalterics lui fuient funestes. Au milieu de ce concert d'applaudi-semcnts, il s'imagina qu'il pouvait tout oser, et enivré de tint dadiilalions , le chef de la littérature ne connut plus de frein, et franchit toutes les bornes. Ainsi sou siècle est coniplice de ses excès, et ses amis sont responsables de ses fautes. Il en avait un grand noinhre. Los plus intimes, et ceux qui prirent le plus de part à son antipathie irréligieuse, furent Thiriol, d'Aigental (I), d'Alemhert, Damilaville, d'Argens, llehétius, de Bordes, Marmonlel, Saurin, etc. La plupart sont drjà connus par ce que nous en avons dit dans ces Mémoires.
Voltaire eut q'ielque temps le projet et l'espérance d'établir, par le moyen de quelques-uns de ses adeptes, une colonie toute philosophique. Il écrivait à D.iniilavitle, le Sfl juillet 17GG : «Je ne doute )) pas un moment que si vous vouliez vous établir à Clèves avec » Platon (Diderot) et quchpies amis, on ne vous fil des conditions » lrès-avantagt'U!-es. On y établirait une imprimerie qui produirait » beaucoup. On y établirait une autre manufacluie plus importante; » ce serait celle île la vériié. Vos amis viendraient y vivre avec vous. » 11 faudrait qu'il n'y eût dans le secret que ceux qui fonderaient la » colonie. Soyez sur qu'on quitterait tout pour vous joindre. Soyez » très-sûr qu'il se ferait alors une grande révolution dans les e>prits, » et qu'il suiïiiait de deux ou liois ans pour faire une époque éier- » nelle. » Il lui dit encore dans une lettre, du 6 août suivant : « Pour-
(1) Charles-Augustin de Ferriol , comte ir.Vrgcntal , neveu de madame de Tcncin, fut un des amis les i)lus anciens et les ])liis constants de Voltaire. >"é à Paris en 1700, il avait le titre de ministre dr. rinl'aiit due de Parme en France. Il n'est guère connu que par la Coricspoiulance de Vohaire, dont Marmontel l'appelle, dans ses Mcmoircs, l'dine damnée. Sa maison ëlaii an des rendez-vous des philosophes, et il prenait un grand inlérèt au succès de cette cause. Il niourui le 5 j^oivicr ÎTSS.
514 LISTE CHRUiNOLOGlÙL E
» quoi un certain baron philosophe ne vif ndrait-il pas travailler à » rétablisseinenl de celle colonie? Pourquoi tant d'antres ne saisi- » raient-iis pas une si btlle occasion?» Il s'étonne qu'on n\idople pas avidement un projet ^i utile. « Six ou sept cent mille sots hugue- » nois ont abandonné leur pairie pour les sollises de Jean Chauvin, » et il ne se trouvera pus douze sajjes qui fassent le moindre sacri- » fice à la raison universelle! Les pliiUssoplies sont divisps.... » Il se plaignait surlctiii de Diderot, qui avait refusé d'aller à Clèves, et qui Irouvaii p'us doux et pins commode de prècher la plii'osophie à Paris. Voltaire vit avec douleur le peu de succès de ses exhortations relativement à un projet dont il attendait beaucoup pour la cause comuiune. Il t-'en délommagea, autant qu'il le put, par de nouibreux écrits, et il mourut bs armes à la main contre la religion.
Nous avons parlé ailleurs des honneurs exlraordimiires et affectés qu'on lui rendit à Paris, et de ses derniers moments {voyez tome V, page 82). Tout ce que nous y ajouterons, c'est que, le 7 avril qui précéda sa mort, il se fil recevoir franc-maçon de la loge des Neuf- Sœurs. Ce fui l'asirouitme Lalande qui le har.iugua.
Voltaire eut le chagiin, dans ses dernières années, de voir son crédit diminuer dans son parti. Déjà on ne le trouvait plus assez exalté. On lui reprochait et de caresser trop les grands et les lois, et de croire à TexislencedeDieu. Une école d'ahéeseï de républicains s'était formée parmi des houuncs qu'il regardait comme ses disciples. Le chef de celle nouvelle école était Diderot, alhée décidé. Grimm, un de ses admirateurs, dil dans sa Correspondance, que « l'humeur de Voîiaire contre le Système » de la nature viesil de ce qu'il a peur que cet ouvrage ne renverse » ;-on riUul, et que le patriarche ne s'en aille au diable avec lui (l). »
(I) Nous levons observer ici une chose assez singulière c'est que Grimm, qui, dans sa Correspondance, se moque assez frcqiiemmenl de Voltaire, et se permet de censurer presque tous ses ouvrages, change de ton à la mort de cet écrivain, et se met a le louer sans restriction. Ce littérateur, qui montre ordinairement beaucoup d'esprit et de sagacité dans ses jugemenis, quand ils ne lui sont pas dictés par l'esprit de coterie, av:iit critiqué la plupart des ouvrages de Voltaire. Il ne trouve, par exemple, dans les Annales de V Empire, ni goût, ni esprit, ni coloris, ni connaissance des faits. C'est, à ses yeux, un liv're indigne de son auteur. Il reproche de même à Vlissai sur l'histoire générale, des fautes grossières dons les faits et dans le style. Le pdëine sur le Désastre de Lisbonne lui paraît renfermer une philosophie petite, étroite et fausse. Il fait une critique détaillée et judicieuse de Candide. « A propos de Y Histoire du czar Pierre, je suis toujours de l'avis, » c'est Grimm qui ])arle, que M de Voltaire n'a pas de vocation pour écrire » l'histoire. Il faut pour cela un génie grave et profond. La légèreté, la fa- » cilité, les grâces, tout ce qui fait de Voltaire un philosophe si séduisant, » et le premier bel esprit de son siècle, tout cela convient peu il la dignité » de l'histoire. La rapidité même du style ne saurait durer longtemps sans » déplaire. La marche de l'histoire est grave et pi-sée; celle du czar court » toujours. Si M. de Voltaire avait de véritables talents |)ouf l'histoire, nous
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Lo baron (l'll()II)n(li (•tiiilnn dp'; plus fernio> appuis (\o coiii' noiivcHc blanche de la philosfipliie, fl il ;i (•(ni'-i'^iif ses siiili nfiil,-, ii;ins le Sjistèmc de ta nature. Naigenu pariaj^oail la même «biolriiic. Tous ces biiinmes moiiiiMitiii peu dt; lU'Ii iciicc pniir V(iU;iiiP et liii-iiK'iiw.' lait as>ez voir on plnsieurs t'admit^ de sa Corresixnulancc ijuil ne les ainiail guère. Il niaiiifesla toujours son' horreur pour l'aihi'ish.e, el sou éloii^iUMneul |)Our ceux (|ni pr "fessaii'iil celle doiliino danf-'otcuse et absurde. Quant à sa conduite envers les i;ouvernemenls, (londorcet ne veut (oinl qu'on regarde Voltaire couiuie un ami d»s rois. « H dit » que ce pbilosoplie a fait tout ce qui était possitile dans les cii con- )) stances, (jn'il a procédé avec incnagcineiil, (|ii'i! a travaillé à ôleraii » peuple ses préjugé-;, ce (|iii est de meilleur moyen d'avoir un peu- » p!e libre, qu'il ne faut point déclarer la guerre au riespotisine avant » que la r.iismi ait rassemblé assez de forces...» [l'oyez les notes de rarlicle du 1 i juillet !79l dans le corps des Mémoires.)
Nous avons jusqu'ici quatre Vies de Voltaire (ceci s'écrivait en 1815); mais toutes quatre dans un esprit qui ne parait pas fait pour contenter les esprits calmes, jiniicieiix et modérés. Celle de Duvernel (1) est d'une violence d'expressions qui conlond. Il lance,
» l'aurions vu dans son Essai sur l'histoire générale. On ne ])r-ui pas dire » que ce soit l'ouvrage d'un historien. » Griinm, tout pli iloso plie qu'd est, ii'iip|)ronve pas les deux fameux vers d'OKdipe, « qu'il regarde connue l'cpo- » que et la source de cette iinpie.ti; qui s'est établie si ridiculeiiu lit, dit-il, » sur nos tluàtres. Notre niailie a eu tort en cela, ce sont ses expressions, et » ce n'est pas dans ses torts qu'il faut l'iiniter. Voltaire, dilriL ailleurs, est » trop absorbé par siin beau zèle contre l'infànie. » En rendant c<inipte de la /'/tilosdiiluc tic l'histoire, publiée sous le nom em|irunté de fabbc B.izin, G:'imni s'exprime ainsi : « On est forcé de convenir que cet ouvrage est en » quebines endroits un ])pn aride, un peu croque, un ])eu superficiel et trop » peu approlondi. I/abbé Bazin n'est point assez philosophe, ni assez de » lionne foi. Il nie des faits avérés. 11 juge de tout par nos mœurs. Il est » trop plaisant. » Enfin, à travers tous les éloges que Griniin accorde h Voltaire, il lui adresse des repioclies fort justes, et même des railleries assez pi(liiantes. Il Sf niO(|ue de son excessive fécondité. Il blanie ses rudiles et son rabachtii^c, car il se permet ce mot, et il ra|)pli(iue surtout aux Questions sur i Encyclopédie. Il l'appelle fréquemment un sublàiie enfant, un sublime pantalon : dénominations que nous osons h peine transcrire, mais dont nous espérons n'être pas responsables. Les communions de Voltaire ne trouvent pas plus de grâce aux veux du correspondant philosophe. « Les dévots, » les philosophes et les gens du monde en ont cté également scandalisés. Ses » amis et ses ennemis se sont accordés à regarder cette démarche comme » fausse. » Il faut donc espérer qu'on ne nous fera plus un crime d'avoir hasardé qiiehiucs critiiiues contre Voltaire, puis(|u'uu écrivain bien cl dûment philoso|)hc s'en est permis plusieurs.
(1) Nous avions, dans notre précédente édition, sur la foi d'une indication fausse, attribué au maripiis de Villetle, la fie de Voltaire, Genève, 1786, in-So. Il paraît certain qu'elle est de l'abbé Duvernet, espèce de fou qui professait pour Voltaire un enthousiasme aveugle.
ol6 LISTE CHRONOLOGIQUE
presque à chaque page, les imp'étés et les invpclives, les railleries et les outrages. On voit à quelle école il avait été élevé. La (in de son ouvrage surtout est marquée par un torrent de réflexions insolemment ironiques. 11 dit-sérieusement que Voltaire a consumé sa vie à détruire de grandes erreurs qui corrompaient la morale.
L'ouvrage de Condorcei sur Voltaire n'est guère moins violent. On l'y reconnaît à cette amertume de plaisanteries qui faisait le fond de son style, dit Grimm, et à cette antipathie pour la religion qui domine dans tous ses écrits. Nous parlerons de sa Vie de Voltaire à son article, 8 mars 1794. Nous n'en citerons ici que ce morceau, le seul où, malgré d'habiles déguisements, l'auteur ail montré un peu de bonne foi. (' Les heureuses qualités de Volt;ùre, dit le panégyriste, étaient » souvent égarées par une mobilité naturelle que l'habitude de faire » des tragédies avait encore augmentée. Il passait en un instant de la » colcie à l'altendrissemenl, de l'indignation à la plaisanterie. Né » avec des passions violentes, elles l'entraînèrent liop loin queitine- » fois, et sa mobilité le priva des avantages ordinaires aux âmes pas- » sionnées, la fermeté dans la conduite, et ce courage que la criiinte » ne peut arrêter quand il faut agir, et qui ne s'ébranle point par la » présence du danger qu'il a prévu. On l'a vu souvent s'exposer à » l'oraîîe presque avec témérité; rarement on l'a vu le biaver avec » constance, et ces alternatives d'audace et de faiblesse ont sou- » vent affligé ses amis, et préparé d'indignes triomphes à ses en- » nemis. » [Vie de Voltaire, lomeLW du Védiùon'iu-S" des, OEuvres de Voltaire, page 161.)
Une autre Vie de Voltaire parle marquis de Luchet est d'un genre moins passionné que les deux précédentes. Ce qui y choque le plus, c'est une louange continuelle, et toujours montée sur le ton de l'emphase; c'est un style pesant, c'est un bavardage ennuyeux, c'est le défaut d'intérêt et de mesure.
On assure qu'un écrivain moderne, M. Mazure, prépare une nouvelle Vie de Voltaire. Il n'aura p:is de peine à être plus impartial que ses devanciers, et ce qu'on dit de la sagesse et des principes de l'auteur, est un heureux préjugé en faveur de l'esprit dans lequel sera rédigé un ouvrage qui manquait à notre littérature. [[U Ami de la religion, LVIII, S, dit que la Vie de Voltaire par Mazure n'est pas exemple d'erreurs.]]
On a publié dans les Mélanges d'histoire, de philosophie, de morale et de littérature, tomes VIII et IX, un Projet d'une nouvelle vie de Voltaire, rédigée d'après sa correspondance et ses écrits. L'auteur a donné sur ce sujet deux artices, qui, même dans son intention, ne peuvent être regardés que comme un canevas et une ébauche. [[Cet auteur ét;iit M. Picot lui-même : il le dit formellement dans un article de VAmi de la religion, lome XIV, page 275, où il lend compte de la Vie de Voltaire, par Lepan.]]
Dans V Encyclopédie méthodique, partie de VHistoire, article Voltaire, on propose de faire un examen impartial de ses ouvrages, et on
se pluinl f/'<'// ail des zrldtrurs fuiia/iqurs qui ne pruvnif xdvfj'rir la mniinlir critique contre lui. C'(.'t.l, l'ii ciïvi, une des iiii'illciires |MCiives de l'espi il de parti. C:ir de mC'ine que nous ne contestons |ns les lalenls de Voliaire, que nous rondons juslioe à ce (ju'il a fait de bon, (pic nous admirons se.^ beaux vers , sa prodigieuse faeililé , celle apliiude à s'exercer sur toute sorte de sujets, ce coloris brillant, celte verv»-, ce piipiaut qu'il répand partout, de même nous voudrions qu'on eùi la bonne foi de recounaiire ses loris, cl l'abus qu'il a lait liop souvent de ses lidenls cl de sa f;icMilé (i;. Nous voudrions qu'on avouai la partialité et l'aigreur qui régnent dans plusieurs de ses écrits, les cmporlenients de sa conduite, les excès où le porta sa manie aniiclirélienne. Ses amis eux-mèiues se perineltaienl de \r blâmer. Pourquoi ses admirateurs seraieul-ils aujourd'Ilui pUis discrets? Ils feraient plus d'boiineuràlacause que soutint Voltaire, en reconnaissaui (lu'il la souiinl souvent fort mal, et que ses provocalioi-s, ses fureuis, ses conmmnioiis, la licence et les sarcasmes de ses écrits ne sont pas d'un sage et d'un pliilosoplie.
2ju«7;cf.— Jean-Jacques Rousseau, liliéraleur et pbilosopbe, naquit à Genève, en 1712, de parents protestants. Il nous a doimé sur ses i)rcmières années, dans ses Confessions, des détails qui ne sont pro|)res qu'à refroidir ses admirateurs et affliger ses amis. Il se (il caiboliqiie à seize ans. [[Ce qu'il nous a rapporté des circonstances de cet acte important . fait assez voir qu'il n'y apporta pas une conviction bien piofonde; on y voit une preuve de j)lus des precaulioiis qu'il faut prendre à l'égard des jeunes gens élevés dans les préjrrgés de secte, suitout quand des motifs d irrlerél peuveirt influer sur leur démarclie.li 11 essaya de différents étals: il lui domestique à Turin; et ce fut alors qu'il lui arriva d'accuser une domestique d'un vid que lui-même avait commis. [[Il errtra aussi au séminaire d'Aitnecy ; là son occupation principale lut d'apprendre des airs d'o|)éras; il ne lut pas difflcile de s'apercevoir qu'il mancpiail de vocaliorr. Reirtié cirez nradame de Warens, sa prokctrice, il y fut témoitï d'un événement qu'il attesta alors avoir été miraculeux. Un incerrdie merraeait la maison de madame de Warens d'une ruine enlieie. « L'évéque d'Annecy, M. de » Bernex, y étanl accouru au bruii du nrallieur, commença, dit Rous- » seau, à réciter des prières avec cette ferveur qui lui était ordr- » naire : l'effet en fut sensible ; le vent cbangea tout à coup, et éloigna » les tlammes. C'est im lait connu de loiil Armecy, et que j'ai vu de » mes yeux. Siyné Rousseau. » [Vie de M. de licrncx, par Boudet, page 10 i.) L'événement était arrivé en 17-2!». Plus lard oir lui opposa celte alteslalion; il est curieux de voir commeitl il cbercbe a lailé-
(1) [[Ces lignes sunisciit pour faire comprendre que M. Picot n'a pas préten.lii, dans cet arlitle, s'occuper de Voltaire, sous le rapport de la critique littéraire. Il en est de inêinc de l'article suivant sur Puiusscau.]]
5t8 LISTE GiiRONOLOGîQUE
nuor (inns ses Confessions. « J'avais vu, dit-i!, durant la prière de » l'évêqnp, le vent ' hauger, et même irès à propos. Mais qu'une de » !ces deux choses fût la cause de Pauire. v(Mlà ce que je ne l'evais » pas atleslt-r, parce que je ne pouvais le savoir. Cependant, alors » sincèrement catholi(pie, j'él:iis de bonne foi. » [Confessions, liv. m ) Nous avons rpporté ailleurs une altest;)lion du n)êine tienrc donnée par VoUairo. [Mémoires, tonae II, page ISS.)]] Après avoir mené longtemps une vie oisive, il devirit prccepteur des enfants de !M. de Mably, à Grenoble, et il f; it encore Nur s-on séjour dans cette maison d'assez tristes r.-velalions. N'iuirail-il pas pu se dispenser ég>t-lement de nous ftiire savfiir qu'il abandonna, dans les rues de Lyon, un and attaqué d'un mal affreux? En 174I, il a'riva à P.uis, et se lia avec Diderot, Condillac, d'Alembert, Gi imm, et (r;iulres gens de lettres. Une liaison d^un autre genre est celle qu'il contracta avec Thérèse Levassf ur, fille pauvre, dont il ne r-e sépara pins, et dont il eut plusieurs enfants qu'il envoya sucessiveinent à i'Iiôpilal. Il s'est efforce plusieurs fois de justifier cet abandon si contraire aux beaux sentiments qu'il mimire dans ses ouvrîmes; mais il n'a pu trouver pour sa défense que des sophisme s et des puérilités. Son talent n'était encore connu par aucun écrit, (piand l'Académie de Dijon propnsa, en 1749, celte question : Si le rétablissement des sciences et des arts a contribue à épurer les mœurs. Rousseau s'emj ara de la nég:iiive, et fut couronné. Si>n discours fit une grande sensation. Cependant, d'après lui-même, cet écrit manque absolument de logique et d'ordre; de tous ceux qui sont sortis de sa plume, cesl le p'us faibU de rui'Oiinement et le plus pauvre de nombre et d'harmonie. Ce discours comniença néanmoins la réputation de Rousseau, qui se lança dans le monde, el fut admis entre autres dans la société du b iron d'Hnlha< h, rendez-vous des amis de la pbilo ophie. Rousseau a dépeint cette S0( iélé dans ses Rêveries du promeneur solitaire. « Je vivais alors, dit-il, avec des philosophes » modernes (pii ne ressemblaient gn're aux anciens. Au lieu de lever » mes doutes et de fixer mes irrésolutions, ils avaient ébr;>nlé toutes » les certitudes que je croyais avoir sur les point-- qu'il m'injportait f) le plus de connaître. Car, ardents missionnaires d'athéisme ettrès- » impérieux dogmatique-, ils n'enduraient point sans colère que snr » quelque point que ce pût être on osât penser : utremeni qu'eux.... » Us no ni'avaiet>t pas persuadé, mais ils m'avaient inquiété. Leurs » rrgumenis m'avaient ébranlé sans m'avolr convaincu. « Tel est le témoignage que rend Rousseau des opinions de ses amis d'alors. En 17 o, il fit le Discours sur l'origine de Vinêgalité parmi les hommes, où il adopta encore un pnradoxe plus li:irdi et plus déraisonnable qu'en f7S0. Cette nouvelle mainère de fronder l'opinion publique augmenta sa réputation.
En !7o4, il fitle voyage de Genève, où il fut très-bien accueilli. Ce fut alors qu'il retourna au proles(:inli-me. Fêlé par ses concitoyens, son enthousiasme et son républicanisme s'en accrurent^ comme
il le (lit liii-mOine. Houleux d'circ exclu de ses droits de citoyen patin profession d'un autre culte, il repril c( lui de son p:iys. On voit asstz fKir l:i manière dont il rend ((iiiiplt' de (cili' dcninicho {\\\i-\> en lurent l-s n)0 ils. 1' no se décida à ce cliaiigcnicnl i|"':diii di' recouvrer des droits politiques auxquels il iiliacliail beaucouj) d'importance, et au^si parce que rimporlance des principes relijjieux avait été bien diminuée dans son esprit par ses liaisons avec les philosophes dont il iravait tout à l'Iicure le poriraii.
Revenu en France, il atrecia d'autres cliangeinents encore dans sa conduite et dans ses liaiiils. Je me fia, dit-il, ei/uique et caustique par honte. J'afJ'rctai de mépriser la politesse que je ne savais pas pratiquer. Le !> avril Hoti, il quitta Paris pour aller s'élaldir à riltrmilage, à Montmwin'. y. (l'est une gmode époque dans l'histoire de sa vie. C'est de ce jour seidemt nt qu'il eoinmrnça de vitre, dit-il dans une lettre à M. de Maleslierbes. En rcnoneanl aux hommes, en contractant riiabilnde des méditations scditaires, son imagination devint plus aisée à enllannner. Il pare avec délices du changement qui se fit alors dans tout son cire, de ses rêveries politiques et mondes, de sa fière ind/pcndance, dva illusions de son sol orgueil (c'est lui-même qui se sert de cette expression que nous n'aurions osé en)ployer de nous-mêmes), de sa fièvre d'écrire, de son enthousiasme pour la vertu, de la singularité de ses manières. Cet étal d'effervescence dura près de six ans. Je vivais, dit-il, dans un monde idéal, dans le pays des chimères; j'étais dans de continuelles extases. Il a as'-uré plusieurs l'ois à son ami Coraneez tpie ce lurent six années d'une fièvre continue et sans sommeil, qm lui firent proiluire ses ouvrages. Au milieu de cette exaltation, son caractère devint plus âpre. Il < ontracta une misanthropie sauvagi', et se brouilla successivement avec tous ses amis. On le voit dans ses Confessions éplucher toutes leurs siclions^des envenimer, exagérer leurs torts, se créer à plaisir des monstres pour les coinbatire, supposer nn-mo des complots, et ehereher dans tout ce qui l'emouiail des ennemis acharnes à le perdre. Son imagination malade se repaissait de soupçons. Cependant il était accueilli et fêlé de tous côtés. Un maréchal de France loi offrait un logement dans son château, et sollicitait l'honneur de l'avoir à sa table. De grands seigneurs, des dames du plus haut rang lui écrivaient, et regardaient comme une laveur de recevoir de ses lettres. Son originalité même l'avait mis à h» mode. Le premier fruit de sa solitude à Montmorency, fut sa Lettre a d' Alemhert sur l'article Genève de V Enc'iclopédie. C'est un des morceaux où il a mis le plus de nerf et de chaleur, ci où il a connnis le moins d'écarts. Il travaillait alors presqu'en même temps à des ouvrai es de genres bien ddrrents.
La Nouvelle Héloïse, V Emile et le Contrat social furent publiés à peu près à la même épO(|uc. Nous n'analyserons point ces écrits, que nous avons appréciés ailleurs. On sait quel éclat lit VEmile. Exalté par les uns, il parut auxauliesun prodige dehardie>se.On l'ut étonné et alarmé
o20 LISTE CHRO-NOLOGIQI K
d'une attaque si directe contre la religion. Rousseau fui décrété de prise de corps; mais 0!i était loin d'avoir envie de le prendre. Il fut averti, prit la luiie, et se retira en Suisse, où de nouvelles traverses rattendaient. Il n'est pas inutile de remarquer, comme une singularité étrange, et comme une preuve de l'esprit du ndnistère, que Rousseau fut secondé dans l'impression de son livre par le directcur-généra! de la librairie, qui rengagea à en faire deux éditions à la fois. Il dit, dans une lettre du lô juin i762, qu'il était en rcyle^ qu'il n'a rien fait contre les lois, et qu'il en uvail en main les preuves les plus authentiques dont il s'est dessaisi volontairement. Ceci a rapport aux lettres de M. de Mnlesherties, que ce magistral lui (il reilemander lorsqu'il vit l'orage, el Rousseau eut la délicatesse de ne jamais parler dans ses défenses de ce qui eût pu compromettre le directeur-général de la librairie. Cependant ses ouvrages avaient un succès prodiijieux. Les femmes étaient cbatmées de la Nouvelle Héloïse; YEmile avait fait une sorte de révolution dans les idées, et l'admiration pour l'auleur était devenue une mode et un engouement. Il était consulté de toutes parts. On ambitionnait l'honneur de l'approcher; on briguait l'avantage de recevoir de ses lettres. De jeunes enthousiastes firent le voyage de Suisse uniquement pour le voir. On lui demanda un traité de législation pour la Corse, et il crut sérieusement que le duc de Choiseul n'avait fait la conquête de ce pays qu'alin de lui ravir la gloire d'en être le législateur. Des Polonais s'adres-èrent également à lui pour qu'il leur traçât un plan de gouvernement. Chacun le sollicitait d'entrer dans son parti. Les ennemis des Jésuites le pressèrent d'éciire contre eux dans leur disgrâce (1); m:iis il refusa. Il n'était, dit-ii, ni assez lâche, ni assez vil ponr insulter aux malheureux. On l'engagea aussi d'écrire eu faveur des protestants; il ne céda.point à ces iu-'-tances. // 7ie serait pas très-équitable, dit-il, de réclamer l'indulgence en faveur de gens qui sont persécuteurs eux-mêmes.
Rousseau recevait alors, de tous les côtes, des lettres de gens qui voulaient absolument apprendre de lui ce qu'ils devaient penser sur la religion. On trouve ses réponses dans sa Correspondance, et elles durent le plus souvent fort étonner ceux à qui elles étaient adressées. Peut-être s'atiendaieni-ils à ces décisions bien tranchantes et bien opposées à la révéhition. Rousseau leur lient un tout autie langage. Il écrit à M. d'Offreville, le 4 oi tobre 1761 : Le chrétien n'a besoin que de logique pour avoir de la vertu, el il lui montre la liaison de la morale avec la religion. Une dame de B. l'avait consulté sur ses doutes relativement à la religion. Il lui répond en décembre 1765: Vous avez une religion qui dispense de tout examen. Suivez-la en simplicité de cœur. C'est le meilleur co)iseil que je puis vous donner, et je le prends, autant que je puis pour moi-même. Le 22 juillet 1764,
(1) f'oyez sa lettre du 23 mai 1764, au tome XXXI de ses OEuvics. Les citations qui suivent sont prises dans ce volume et les trois suivants.
il éciil (iaii>; le iiième sens à un jeune lioinnic , qiio la IccMiro do ses ouvrages av.iil porlé, à ce qu'il paraîl. à (|ucl(|ue éclal. Il le hlànic (l'avoir c/Jarouchr la conscience tranquille d'une mère en lui montrant des sentiments diffirents des siens, el il lui proseril de se jolor à SCS pieds, cl de lui dciiiandci pardon. « .Ne ponvcz-vous sans laus- » selc ini faire le sacrilice de (pielques opinions inuldes, ou du moins » les dissimuler? » Puis il ajoute : «Je vous dé( lare ipie si j'elais né » callioli(iue, je demeurerais cailiolique, saclianl bien (|ue voire église » met un frein très-salulaire aux écarts de la raison humaine, qui ne » trouve ni fond, ni rive (piand elle veut somier l'ahinx' des choses, » et je suis si convaincu de rntHilé de ce fr< in (pie je m'en suis moi- » même imposé un semblable en me prescrivant pour le reste de ma » vie des règles de foi dont je ne me permets plus de sortir. » Rousseau n'est pas moins sen-é dans les lettres qu'il écrit à un abbé dont on ne nous révèle pas le nom ; mais qui, égaré par de [lernicienses lectures, frondait toutes les institutions, et se targuait d'un scepticisme général. L'auteur d'^/z^ïr se moque un peu de lui, et lui donne des conseils plus sages. Avant de prendre un état, Ini dit-il, on ne peut trop raisonner sur son objet. Qua)id il est pris, il en faut reiifiplir les devoirs; c'est alors tout ce qui reste à faire. Voyez dans sa Correspondance les lettres du 27 novembre 17()r) et des G janvier et 4 mars 17G4. On y trouve des réponses aux objections du sceplirpie abbé, et en même temps une ironie assez marquée, et que paraissaient mériter le caractère et la conduite de ce correspondant. Eiiliii nous voyons encore dans sa Correspondance deux lettres du même genre, qui sont fort belles et précieuses; l'une adressée à un jeune homme qui refusait d'admettre l'existence de Dieu, est du 15 janvier 1709. Rousseau y établit ce dogme conso'ant et nécessaire. Bon jeune homme, lui dit-il, de la bonne foi, je vous en conjure.... Votre honnête cœur, en dépit de vos arguments, réclame contre votre triste philosophie. Ici Ronsseui revient sur le parallèle entre Jé>us-r.liri<t et Socrate, sujet qu'il avait déjà traité ailleurs, et sur UMpiel il parle de nouveau avec son éloquence et sa chaleur accoummées. L'autre lettre, du U février de la même année, est adressée à un ministre protestant, nommé Mouitnu, intime ami de Rousseau, niiis qui mettait en doute jusqu'aux premiers principes de la loi naturelle. Il exposa ses incertitudes à Rousseau, qui déjà n'aimait plus à écrire, mais qui se ranima dans cette occasion, et envoya à son ami une lettre forte et éloquente. Ce morceau est trop long pour être rapporté ici. On le trouvera dans toutes les éditions de Rousseau.
Ces extraits de la Correspondance de Rousseau le mollirent sous tm jour dinVrenlde celui sous lequel on est accoutumé ii renvi>ager ; mais c'est le propre de cet homme extraordinaire de pouvoir toujours fournir, et sur presque toutes les questions, des exemples ou *lfs leçons qui se conlreilisent. On doit observer d'ailleurs qu'il n'otait point ennemi des prêtres, et qu'il ne prenait point à leur égard le lot!
;i22 LISTE CHROrSOLUGlUliE
Je hauteur et de mépris de plusieurs philosophes de celle époque. A Monlntorency, dans le leiiips même qu'il trav.tiliail à son Emile, il élait lié avec les oraloriens qui y avaient une mai-on, el il par e d'eux avec éloge et intérêt: « Ne munquez pas, ocrivait-il le 17 juin 1762, » de voir (le ma pan M. le curé, et de lui marquer avec quelle édifi- » cation j';ti toujours admiré son zèle el toule sa conduite, et com- » bien j'ai regretté de m'eloigner d'un pasteur si respectable, el dont » l'exemple me rendait meilleur. » Il é'rivail, le 7 septembre 1766, à un (iiiiiihtre protesiant : Le clergé catholique, quiseul avait à se plaindre de moi, ne m'a jamais fait ni voulu aucun mal. Ailleurs il dit qu'il a toujours aimé et respecté l'archevêque de Paris.
Après s;i sortie de Friince , Rousseau se relira à Iveidun, puis à Moiier-Tiavers, dans le comté de Neulcliàtcl. Genève lui avait fermé ses portes. Rousseau indigné renonça à son d oit de bourgeoisie, et s'attira un nouvel orage en publiant ses Lettres de la Montagne, où il maltraite assez les ministres protestants. Oblige de quitter la ()rin- Cipanlé de Nenfehàtel, il se relira dans l'île Sainl-Pierre, au canton de Berne, et demanda à élre mis en piison dans un château. On ne lui accorda point une si singtdièrc demande, et il eut ordre de sortir diî canton, il w. Savait où se réfugier, el il avait eu quelque envie de passer en Italie, où l'inquisition, disail-il , sera plus douce qu'en Suisse, quand l'Ef ossds Hume lui olFrit un asile en Angleterre. On lui procura les muyens de traverser la F-ance, malgré le décret rendu trois ans aupaiavant contre lui. Le ministre lui envoya un pass< port pour trois muis, et le maiéchal de Goniadi s le reçut (ort bien à Sirasboiiig. Pendant tout son séjour en France, Rousseau fut l'objet de rattenii<m et de l'inlérél général. Il arriva à Paris, le 16 décembre 1765, et legea au Temple, où le prince de Conti lui avait lait préparer un appai lemenl. Ce prince, qui affectait des opinions philosophiques, avait été gagné en faveur de Rousse au par madame de Boiifïlers, zélée admiratrice de celui-ci, et qui avait tout pouvoir sur l'esprit du prince.
Rousseau passa quinze jours à Paris, et partit au commenceiuent de l'année suivante pour l'Anglelerre avec Hume. Leur liaison ne lut pas longue. H était iie la destinée de Rousseau de rompt e successivement avec tous ses amis. Il crut avoir contre Hume les sujets <)e plainte les plus graves, et il écrivit pour le prouver. Ses éditeurs ont rempli plusieurs volumes des détails inutiles et fastidieux de celle misérable querelle. Il nous importe peu de savoir de (|uel côté étaient les torts. Peut-être y en avaii-il de part et d'auire, el le caractère onibrageux de Roussi au n'est pas équivoque. Quoi qu'il en soii, il revint d'Angleterre en mai 1767, a ec encore plus de plaisir et d'empressement qu'il n'y éiaii allé, et depuis celle époque, il ne quiiia plus la France. Après avoir erré dans différentes provinces, se cachant sous un nom empiunté, il se fixa à Paris. Il avait renoncé à écrire sur quelque objet que ce lut, et, en effet, il ne publia plus rien. Sa vie se passait
DES ECRIVAINS (177.S). iii;»
dans des icrrours cl dos aiixiôli's l'ori t'iransC'. Il s-^ croy:iil Tohjet d'un complot, dans loqnel il fiusait enlrer les siiiiphs [tarlifiiliers el même It's puissances. Il ne voyait que perséciiîions. (prennenus, que tndiisdii';, et ses Ici Ires snni plriin s de '■es dnlfiinces élerneiles à cet ég;ird. Celle snilonl, du Ki Icviier 1770, à M. de Saint- Germiin, montre à (piel point sa lèie était trav;iillée d'iiiquiélndes, d'alarmes el de sonpcon-. il v pa se en revue les i^iijoili s ^ e idiis'-es enneniis, du duc de Clmis' ni, de Oiderot, de dW'emlxrl, de Gnmm, de toute la société du baron d'IIolbadi, et il ne leur épafgnc ni les accusations les plus graves, ni les épiihèles les plus dmes. Il était encore plus mal avec Volt.iire. Ils iravaienl jamais été irès-li-'s, m:iis ils avaient eu en-enible d^s relalions de p(dites.-<e q' i cessèrent biemôt. Voltaire était devenu jaloux de la renommée de Rousseau (I), et celui-ci n'approuvail pas le ton dont Vo'taire se jonait de l<iul ce qu'd y a de pins îespcetable. I):iiis une ieiire, dn 18 aoiil \l"}(i, il le blâme, quoiqu'avec beaucoup de modération, d'élablir dans son poëme sur le drsaslrc de Lisbonne une dnclrine désolante, et d\v eulomnier la Providence. Dans tine antre, du 10 sepiei'd)ie 175?), il lengagcî à faire ceser les plaintes de ses ennemis en publiant de bons ouvrages. « Qui, lui dit-il, vous oserait attribuer des écrits que vous n'aurez « points faits, tandis que vous n'en ferez que d'inimitaliles? » Il ajoute que " si les seuls philosophes en eussent réelanié le titre, » V Encyclopédie n'aurait [loint en de perséeuicnrs. « Ces conseils, (lue Rousseau se permettait de donner à nn homme jien endunutl, les l)rouil!èrenl tout à fait, et depuis ils se traitèrent réciproquement fort mal. Voltaire en beaucoup (rendtoiis de ses ouvrages p;irle de Rousseau avec un mépris affecté, et on l'.iccusa d'avoir encore augmenté les traverses d'un homme proscrit et fugitif, et de lui avoir suscité de nouve:iux end)arras el d(! nouveaux enneniis. Rousseau de son eôiè s'exprime sur Voltaire d'une manière peu flatteuse. Il écrivit à Moidtou, le 20 janvier I7l^i() : « Vo is me parlez de ce Voltaire. Ponr- » quoi le nom d(; ce baladin souil!e-l-il vos letties? I.e maUii'Uienx a » perdu ma patrie. Je le hiiïrais davantage si je le méprisais moins. » Je ne vois dans ses grands talents qu'un opprobre (!e plus, qui !e » déshonore |)ar l'indigne ii-age qu'il en lait. Ses talents ne lui ser- » vent, ain^i (pie ses ricliesse<, qu'à nourrir la dépr;jv;'lion (ie son » cœur.)) En novembre 1760, il écrivait au professeur -Veraet : » Ainsi donc la satire, le noir mensonge et les libelles sont devenus » les arnies des phi'osophes et de leurs partisans. Ainsi puie M. de » Voltaire rhospit;dité dont par une fimesle iiidnlgenee Genève use » envt rs lui. Ce fanfaron d'impi-té, ce beau génie et cette âme basse, » cet homme si grand par ses talents et si vil par leur usage, nous )) lais-era de longs et (riiels souvenirs de son séjour parmi nou^;. I.a » ruine des mœurs, la perle de la liberté, qui en est la suite inévita-
(1) Coiulorct l le dit expressément à roccasiou de VEniile.
» blc, seront chez nos neveux les monuments de sa gloire et de sa » reconnaissance pour nous. » Dans une lellre du 4 novembre 1764, qui paraît adressée à Diipeyrou , il dit : a Voltaire est presque tou- » jours de mauv;iise foi dans ses extraits de VEcrilure; il raisonne >) souvent fort mal, et Tyir de ridicule et de mépris qu'il jeite sur des » seiitiiiienis respectés des hommes, rejailli>sant sur les hommes » mêmes, me paraît un onirage fait à la société. » Ailleurs Rousseau appelle VoUaire, un grand comédien, doUs instruclus et arle Pelasgâ. Il n'avait pas meiileiiie opinion des écrivains les plus accrédiiés drt ce parti. Il rompit biusqucment avec Diderot, il itaïssait d'Alend)ert, il trace un portrait peu flatteur de Grimm et du baron d'Holbacli, et ses Confessions retentissent souvent de ses récriminaliiins contre ces gen--là et leur société. Ce serait ici, si cet article n'ét;iit p,»s déjà troj» loiig, le lieu de parler df cet ouvrage singulier, mélange d'aveux linmiliunts et d'orgueil démesuré, où, après avoir révélé des turpitudes, il défie qui que ce soil de se dire meilleur que lui, où d'un côié il montre un égoïsme parfait, ramène tout à luimême, et corrompt les actions de.> autres par des interprétations malignes et arbitraires; [ [et où d'autre part on est frappé de l'expression du vif remords que lui cause le souvenir de certaines fautes, et qu'il semble soulager par ses aveux.]] On sait qu'il laissa cet écrit en recommandant de le publier après sa murt à des époques déterminées. La suite de sa vie n'olfre plus rien de remar(^uable. Il vivait à Par^s dans une relriite profonde, accessible seniemenl à quelques amis qu'il fatiguait par son humeur soupçonneuse, et ne subsistant que de ses travaux de oopi-te de musique. Toujours assiégé de terreurs, il voyait les petits et les grands, et jusqu':iux petits enfants, tous conjurés contre lui. Il s'avisa mi jour de rédiger un Appel aux Français, qu'il voulut aller déposer sur l'iuitel de iNoire-Dame; nmis il ne put entrer dans le chœur qui se trouva fermé, et crut que c'était encore l'effet d'une trahison. Son récit et ses réflexions sur ce fait tiennent de la folie et du vertige. Au suipius, il paraît avéré qu'il était sujet à des accès de folie. Un de ses amis, Corancez, a donné à cet égard des renseignements qui semblent exacts. Voi/cz sa brochure, dont nous avons donné un extrait dans le corps de nos Mémoires, tome V, page.Oi. Nous avons, au même endroit, parlé de la mort de Rousseau, et du genre de celle mort. Ce n'est plus une chose équivoque qu'il s'esitlébarrassé d'une vie qui était pour lui un fardeau (1).
On a friit p'usieuis éditions des (Envres de Rousseau. La plus récente est celle donnée p;ir Didot en 1801, et qui fut soignée par Naigeon et Boncarel. Celle qui nous a servi, et que nous avons toujours citée dans cet article et ailleurs, est celle de Poinçot , Pari?, 1788, 58 volumes dont Mercier et Brizard furent éditeurs. Nous avons
(1) [[Forez néanmoins la note (|uc nous avons placée, pnge 9't. Les preuves du suicide ne nous paraissent pas évidentes.]]
DES ECRIVAINS (ITSO). ;i2;)
iloiiiK! une iilée de ceux de ces oiivrai:os (|ui oui causô le phis de bruit, de V Emile, de la Nouvelle lléloïse, du Contrat social, de ses Lettres à M. de llcaumont, des Lettres de la Monlnf/ne. (. Mémoire s, tome IV, paries lOi, 117 et 1S8.) ['En srrnéral, c\st dans le sentiment moral (pie Kous>eau puise sa pliiloso|iliip, cl cVsl ce qui lui inspire souvent des morceaux d'une vérilalde éloquence : mais il a prouvé comhiei» le senlinuMil, quand il nVst pas guidé et réfjlé par la loi, peut entraîner un auteur dans les plus graves erreurs, cl l'exposer à y entraîner les autres : alors la voix des passions les plus dérégl'^es se substitue fatilement à celle de la vertu; cl le poison est d'autant plus dangereux qu'il est caché sous une apparence plus trompeuse. C'est ce (jui rend la lecture de Rousseau si pernicieu-e à des esprits imprudents et rebelles aux averiissemenls de l'Eglise. j]
Il ne faut pa'^ confondre Jean-Jacques Rousseau avec Pierre Rousseau, de Toulouse, un des auteurs du Journal encyclopédique , qui s'imprimait à Liège, cl que l'évéque de celte ville, le cardinal de l»avière, défendit par une ordonnance, du "11 août 17S9, sur les plaintes de SHS curés et sur une Icllre des docteurs de Louvain, du 2S mai précédent, qui représenlaienl que cet ouvr;'ge périodique était favorable à la i>liilosophie.
Z août. — Etienne Bonnot de Condillac, ancien précepteur de l'infant de Parme et abbé de Mureaux, élail né à Grenoble en 17! o. Il était neveu du cardinal dcTencin, et frère de Tabbe de Mably. Son système de métaphysique, qu'il emprnnla de Locke, et qu'il se flatta d'avoir perfectionné, est assez ( onnu. ; Sous prétexte d'examiner l'origine de nos connaissances , il fait dériver toutes nos idées des sensations, ou plutôt nos idées ne sonl que des sensations transformées. Toutesles opérations de notre âme, même les plus intellectuelles, et que nous rapportons à l'entendement, rattenlion, la comparaison, le jugement , la réflexion , toutes les aireclions de notre volonté, le besoin, le désir, l'inquiélude, ne sonl que des formes différentes de la sensation. Toutes ses facultés l'âme ne les exerce que successivement et à mesure que l'une en fait naître une autre. Tel est le fond des assertions que l'auteur présente sous divers aspects dans son Essai sur l'origine des connaissances humaines, dans sou Traite des Sensations, des animaux, etc. On sent facilement tous les dangers de celle manière de philosopher, présentée dans un style qui affecte d'autant plus la îucidilé, qu'il s'agil de questions pUis difficiles: dans un siècle oii le mali rialisme était .^i répandu, die devait naturellement trouver beaucoup i • partisans. Condi lac désavouait sans doule ces conséquences; mais il ne favorisait que trop ceux qui les recher-
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cliaieiU avec avidité, et il semble diflicile de le disculper sous ce rapport. Tt'i est cependant le soit de toutes les abstractions, quand elles sont portées trop loin, que d'autres l'ont accusé de tendre à Tidéalisrae de Berkfley, comme ou peut le voir dans la Biographie universelle.]] Son Cours d'études, rédigé pour le prince de Parme, est comme le résumé des travaux de Coudillac. L'ouvrage essuya quelques diflicullés. Le débit en fut arrêté en 1775, et ne lut ensuite permis qu'avec quelques cai tons. La partie de riiistoire moderne est la plus répréhen- Sibie. L'auteur y traite assez mal le Pape et les évêques, et p;iraît avoir pris à tâche de rassembler ce qui pouvait être défavorable à la religi^iu et au clergé. Il y a même des endroits où il est républicain et populaire, comnii- quand il coiiseille à rinfuiit de renoncer ;iu droit de fyire des lois, et de le rendre aux Etats et au peuple de son pays. L'abbé de Coudillac avait été lié avec plusieurs philosophes modernes, Jean-Jacques Rouseau. Diderot, Duclos, et l'on croit que c'est à la reciimmandalion du comte d'Argenlal qu'il fut nommé pour élever l'intani de Panne. Il paraîi qu'il n'acheva point cette éducation, et qu''il eut ordre de revenir en France. Ses travaux s'étaient tournés du côté de la mét;tphysique, mais il la ren rit trop dépendante des sens. Il mourut dans sa terre de Flux , près Beaugenci. Dans la Biographie universelle on loue beaucoup de Coudillac, et l'on dit que c'est à tort qu'il a été accusé de teiidre au matérialisme. Il se peut qu'il n'y ait pas tendu ; je ne sais si l'on pourrait le disculper aussi aisément de l'avoir favorisé. Quant à son Cours d'études, il est évident, pour quiconque l'a lu, qu'd respire les idées philosophiques alors dominantes.
] 8 mars. — Anne-Robert-Jacques Turgot, ancien intendant et miuistre d'Etat, naquit à Paris en 1727, et fut destiné par sa famille à l'état ecdésiasiique. Il fit ses é:udesau colb'ge Louis-le-Graiid, puis au Plessis, et entra au séminaire Saint-Su^pice. On a trouvé, dit-on, diins ses papiers des fragments d'un traité sur l'existence de Dieu qu'il avait composé en 1748, et des dissertations théologiques. Elu prieur de S'irbonne en 1749, il prononça en celte qualité, en 1750, deux discours latins, l'un sur les avantages que la religion chrétienne a procurés au genre humain, l'autre sur les progrès de l'esprit humain. Le premier nous a paru fort beau, quoiqu'on en ait él igué plusieurs morceaux, et peut-être ceux que nous aurions le plus regrettés. Le second , quoique prononcé seulement cinq mois plus tard, a déjà une couleur différente. La religion y li.-nt fort peu de place, et l'on croit s'apercevoir que l'auteur donnait déjà une autre direction à ses éludes. Dès 1748, il avait écrit à Buffon sur son système une lettre qui nous a paru b en faite. Il travailla à un Discours sur l'Histoire uni-
versellc; car il ironvail, dil-oii, (|iie relui tic Hossud ncl.iit jias assez riche de vues, de raison, de irri/ablis connaissances. P. ni -rire aussi peiisail-il (|u'il y élail lri)|( qtipslioii de l.< Piovidfiicc - 1 de la iclii^'ioii. Le sjt 11 ii'i pus col iiiconvéïiit'iil , cl l'iiiiK iir n'y dt qiriui iikiI d<* Dieu. Tiiigol avait [iroli.ihli'iiie'it alors rcnonct; à réial «■C(,'l<'î<iasii(jne. Il le quilla au coiiiineiiceiui iii de IT'JI, ne pouvant, dit son édileur, se décider à porler un nuisijue (imle su vie; cumii;0 si |)(»ui èlre prêtre il fallait iiecessaireinenl asoir un masque. Il est vrai qm- quelques jeunes bacheliers de ce lemps-là avait-nl réellement un masque. C'était le temps des thèses de r;ibbé de Brieniie cl de Tabbe de Piades, liés l'un et l'autre avec d'Aiemiiert. Leur société ci celle de quelques aiilies élndiaiils assez jreu eccléMasliques, contribua sans douie à affjililir dans Turbot les senlimeuls relijiieux. Il lia des relations él'oites avec les encyclopédistes, tl leur fournil [linsieurs articles; entre autres les article» Existence et Fondation. D.ms ce dernier, le philanthrope auteur se moque des foadalioiis qu'il regarde comme le fiuil delà vanité, o Puissent, dit-il, les considérations )) suivantes concourir avec l'esprit philosophique du siècle, à dé- )) goûter dos l'oiidaiioiis nouvelles, el à détruire un resle de lespecl » superstitieux. «
ïurgoi fut reçu conseiller au p.rlenienl eu 17.^2, c'est-à-dire, à répo(iue de la plits grande chaleur des disput>s sur les ri fus de sacienKîuls. Il composa à celle occasion des Lettres sur la tolérance, en 1753, el le Conciliateur, en \1M. Dans les preniière>, qui ne furent pas imprimées alors, il soutient qu'aucune religion n'a droit à être protégée par l'Etat. Il cherche à isoler entièreiiienl l'une de l'autre, el un endroit de la première letlie est manifestement dirigé contre îa religion catholique. La deuxième lettre est encore destinée à prouver plu> fititenieiii que le prince n'a pus le droit de fiire de.lois sur la religion. Le Conciliateur, ou Lettre à un magistrat, lemi au même hul, qui est de sépaicr la religion et 1<: gouvcrnemcul. L'auteur veut la lulér.<nce la plus étendue, cl qu'aucune des deux puissances ne se mêle de ce qui r garde l'autre. Ce principe l'jivail même conduit à des conséquences qiri pourraient étonner plusieurs personnes. «.Je ne conçois pas, dil-il, comment on ne veut jias com- » prendre que le roi no peut enjoinilre aux évêqnes de donner les » sacrements aux jansénistes qu'en s'arrogeant le droit de décider » qu'ils n'en sont pas indignes, el en dé' idani on même temps (ju'oii » ne peut jouir de l'étil <ie citoyen sans les avoir r çus : deux choses
» qui excèdent manifestemeul son autorité Le refus ne regarde
» pas l'aulorilé humaine Le roi ne peut en connaître, encore
;) moins de ce qui Toc -asionne. On m'a demandé si le roi au moins
» ne pourrait pts défendre bs refos de sépulture L'iniiumation
» du corps, le plus ou moins de pompe {je ne parle pas de pompe » sacrée), voilà ce qui regnr ie le magistrat. Les prières, les céré- » monies, le lieu saiiil où doivent reposer les os des morts, voilà le
LISTE CHR0^'0LOGIQL"E
» palrinioine de rp^glise. II faut donc la laisser maîlresse d'en dispo- » ser. Elle ne peiil accorJer la sépulture qu'à ceux qu'elle regarde » comme ses enfants. Vouloir la forcer à le faire, c'est l'obliger à » traiter comme un des siens celui qu'elle a toujours proscrit, c'est » envier au vétiiable fidèle un droit que lui seul peut avoir sur les » prières des ministres de sa religion. » Cet écrit, auquel on dit que l'abbé de Brienne travailla, a paru si important au parti philosophique, que Condorcet, Naigenn, et un autre ami de l'ianeur l'ont fait successivement réimprimer. Il est probable qu'on doit rapi^orler à la même époque de la vie de Turgoi un commencement d'Histoire du jansénisme et du molinismc, daus lequel l'auleur, apparemment par suile de son sy,-tème de tolérance, improuve, non point l'erreur ou ceux qui l'ont soutetme, mais l'autorité qui l'a proscrite.
Turgot fil, en 17G0, le voyage de Ferney. D'Alembert le recommanda à son ami par une lettre très-flilteuse, du 22 décembre 17(i0 : « Vous aurez bientôt, lui dit-il, une autre visite dont je vous pré- » viens. C'est celle de M. Turgot, maître des requêtes, plein de phi- » losophie, de lumières et de connaissances, et fort de mes amis, qui » veut vous aller voir en bonne fortune; je dis en bonne fortune, car » propler metum Judœorum, il ne faut pas qu'il s'en vante trop ni » vous non plus. » D'Alen bert procura plus lard à Turgot la connaissance de Condorcet; etTuigot, devenu ministre, s'occupa de la fortune de ses amis, et fit créer en leur faveur des places d'inspecteurs généiMux de l;i navigation intérieure. Il était de la société du baron "d'Holbach, et // a passé, dit M. Dupont de Nentours, pour être attaché à plusieurs sectes. Mais le même écrivain prétend que Turgot « déleslail l'esprit de secte, n'adoptait aucun système de ceux qui » l'avaienl précédé, et regardait les communautéLs d'opinions et l'es- » prit de co:ps comme la souice du fanatisme.» Ces espèces de confédérations lui paraissaient, dit l'éditeur, nuisibles aux intérêts de la vérité, et il le disait hautement. 11 n'en est pas moins certain que Turgot fut alTilié au parti philosophique ; ses liaisons, sa conduite et ses écrits le prouvent sudisautment. On a de lui une facétie intitulée : les trente-sept vérités opposées aux trente-sept impiétés de Bélisaire, par un bachelier ubiquiste, 17G7. L'auleur feint de croire que l'inverse de tontes les propositions censurées doit être vrai. Ce sophisme est le fondement de tout l'ouvrage, où Turgot fait tenir à la .Sot bonne un lang:ige fort lidicule, et il faut avouer que la plaisanterie est un peu longue, et n'est ni ingénieuse, ni concluante. Une lettre au marquis de Condorcet sur le livre de VEsprit, est forte dans sa brièveic. Il l'appelle un livre de philosophie sans logique, de littérature sans goût, et de morale sans honnêteté, et ne voit dans l'auteur qu'un déclamateur inconséquent, qu'?nie tète exallée, qu'wH homme mû par la vanité et par Vesprit de parti, qui répand à grands (lots le mépris et le ridicule sur tous les scnlimcnts honnêtes et sur toutes les vertus privées.
DES ECIUVAINS [ilS\). 529
Kii ITW», Tiirgol, alors ii!lom!;iii( d- Limngos, cnm|)0«a un Mémoire en fiivoiir (In |>icl à iiilcn-l. Ce .]!■ moire^ souvinl réimiiriiiié, a servi depuis de fond à la Théorie de l'intérêt de Vanjent, pub iée par Piiilic et r.oMllos. {Voiicz ce-: Mrmoircx, uuuc III, pajjc 103.)
Eu ITTi, Louis X\l appela Turiiol au ininislèrc. Ce choix parut à la pliilosopliie nue victoire sigu:,Iée, cl ion se llatla que le nouveau minisire allait faire prévaloir les idées quM avait adoptées. Il se montra, en effet, très-vif à opérer d"s réformes dans toutes les parties de Tadiiiinistration qui lui était conliée. Quei(pies-unes de ces réformes pouvaient être sages et judicieuses; mais la plupart trahissaient l'esprit de système ei le dessein secret de (ont changer. TiirgoL montra dans cette occasion une précipitation imprudente'. Nous ne devons point entrer dans le détail de ses opérations. Nous ferons seulement mention d'un Mémoire sur la tolérance qu'il présenta au roi, et de ses efforts pour faire changer les formules de serment que le r.>i prclail à son sacre. On trouve au tome YII de ses OEuires un Mémoire sur les municipalités, dont les idées sont, dii-on, toutes de lui, qu 'ique la rédaction soit d'un de ses amis, lequel est prnhahlement l'éditeur lui-métne. Datis ce Mnnoire, qui lemiail h établir dans le royaume \mt nouvelle constitution , et iiii échelon de municipalités grandes et peuies, l'auteur proposait entre autres rétablissement d'un conseil d'instruction. « Car, disait-il, l'instruction religieuse est » particulièrement bornée aux choses du ciel, el elle ne sullit pas » pour la morale. Il faudrait une autre instruction morale et sociale. » Avec ce secours la nation ne serait plus recoimaissable en dix ans. » Ce serait un peuple neuf. Tout le monde serait instruit et ver- » lueux. » On doit être sans douie disposé à se moquer aujourd'hui de l'impcrtiiibable cond mce de ces fiiseurs de projets qui se ilallaicnt de renouveler le monde avec leurs belles phrases et leurs adages imposants, el qui sont parvenus, en cll'el, à rendre la nation méconnaissable. C'est là le cas d'appliquer ce qtie Malesherbes disait depuis de lui et de son ami : Xous ne connaissions pas les hommes. L'éditeur déplore la faiblesse (pi'eul Tiirgol de relarder d'un an Tcxécution de son plan ; ce qui fat certes un grand malheur, ajoute-l-il ;ivoc une bonhomie un peu risible. Turgot fui renvoyé au mois de ruai 1770. .Ses amis mênies coiivieiiiuiil qu'il n'avait pas usé d'assez de ménagements. A son article, dans V Encyclopédie méthodique, on avoue qu'il était sec et roide, cl qu'// ne dissimulait pas son méjnis pour tout ce qui n'était pas conforme à ses idées. Le biron de lîczcnval le traite plus défavorablement encore. C'était, suivant ce courtisan, un philosophe arrogant, un hoinme médiocre, qui cachait sous un caractère rahi son incapacilc réelle. Dans son intendance, ses subdélégués prévariquaicnt comme les autres; mais en rcranche il sorlait de ses bureaux les plus belles maximes et les plus beaux plans que commentaient d'ardents prosélijKs. Madame du Deffarit, dans ses lettres à Walpolc, no donne pas une idée plus avantageuse de Turgot. T. V. 3i
Condorcet, qui l'a loué démesurément, reconnaît néanmoins qu'on le trouvait froid, dédaigneux, minvtieuœ, orgueilleux, dur, susceptible de 'préventions ; défauts qu'il s'tfforce de colorer de son mieux. Sa Vie de Turgot est un panégyrique, et en même temps un cadre dont l'auteur s'esi servi pour développer ses propres idées. Il n'y a point de faits dans cet ouvrage, mais en revanche beaucoup de systèmes et de projets, et quelquefuis des réflexions bien bizarres. Par exemple , le panégyriste prétend que son ami regardait les romans comme les seuls livres où il eût vu de la morale. Le biographe a cru sans doute lancer l;i un sarcasme bien piquant. Nous n'y voyons qu'un paradoxe fort ridicule. En 1808, M. Dupont de Nemours donna une édition des OEuvres de Turgot, en 9 vol. in-S». Le premier volume, qui a paru le dernier, cotitienl des Mémoires sur la vie, l'administration et les ouvrages de Turgot. Du reste, il présente très-peu de faits, et l'éditeur y loue aussi avec profusion son ami, qu'il appelle sans façon un grand homme de génie. Turgot mourut sans faire aucun acte de religion, et nous savons que ses amis veil'èrent à ce qu'on ne laissât approcher de lui aucun prêire. C'est une aiienlion qu'ils avaient les uns pour les antres, et dont ils ont été victimes tour à tour.
\G juin. — Charles Bûbues, académicien de Lyon, naquit dans celte ville le 6 septembre 171 1. 11 fut lié avec les philosophes de son temps, et il y a plusieurs lettres qui lui sont adressées dans la Correspondanee de Voltaire. On lui attribue la Profession de foi philosophique, 1765; — le Tableau philosophique du genre humain depuis Voriginc du monde jusqu'à Constantin, 1767. (Quelques-uns donnaient cet ouvrage à Voltaire ; il ne se trouve pas dans la collection de ses OFAivres.) — Le Catéchumène , 1768, réimprimé sous le titre du Voyageur catéchumène , et du Secret de l'Eglise. On croyait encore Voltaire auteur de ce dernier pamphlet. Boriles a aussi servi la cause de l'incrédulité par quelques ouvrages licencieux.
i2 juillet. — Joseph-IIonoré Rémi, prêtre, avocat et littérateur, naquit à Remiremont en 1758, et fut lié avec les encyclopédistes. Il est auteur entre autres d'un Eloge du chancelier de VHôpital, qui fut couronné par l'Académie française en 1777. Mais la Faculté de théologie donna au mois de novembre de celte année une conclusion qui révoquait l'approbation donnée à cet éloge par deux docteurs, et leur enjoignait de la retracter, l'ouvrage ayant paru renfermer des maximes philosophiques. {Voyez ce qui a été dit plus haut, page 70, sur celte affaire. En cet endroit M. Picot a attribué l'éloge à Garai.) On cite encorede VdibhéV^.tmW Eloge de Fénclon, qui obtint l'accessit, en 1771 , à l'Académie.
DES LUtlVAl.NS (178Jj. îi3|
1 sfjUembrc. — L(''onai(l Eixeh, niallicin:ilicif-n célfiltro, iiitjiiljic des académies de Heiliii cl de l*étorsl»our^ , na/juil à iJàle vi\ 1707. Il es! coriiiu jiar de iiraud'-s docnuverlcs dans l«'8 feci^iiccs jdiysiinios el iiiall)i'iiiali(|ii('S. Il clail l'oit ailacliô au cliiisliauisme, connut^ on le voit par sa Dcjcnse de la réiHiiUion contre les ohjvelifOH^ dm tsiuits faits; écrit d'aulaiH jdus rcniar.iiialile que ce^csprils foi (s dominaient dans la capitale où résidait alors Eiiler. Il Ait lr,idu l eu Iranç.iis, et j)nl)lié, en 1755, dans la liibliolhcquv hnpaitia/c, (|iii sinipi iniail à Gotiiiiguo et à Leyde. M. Emeiy en a donné une nouvelle édition à Palis en l8(1o. Eiilcr est encore auteur de Lettres à une princesse d'ALlemagne sur dicers sujets de physique et de philosophie. || les écrivit vers 17G0, iiiais elles ne furent imprimées que pl^l^ieurs années après. Condorcel en donna une nouvelle édition à Paris on 1787, et sous prétexte de coirigcr les fautes de style, il (il plusieurs autres retranchements qui portent sur les endroits de ces lettres les plus favorables à la religion. M. Emery, à la suite de la Défense, inséra plusieurs lie ces rt-Iraiiclicnients, on Enler s'cxjiliqiiait fort bien sur Dieu, sur la foi, sur les mystères, et sur les points les p'iiR iinpitrtanis de la révélation. Coiidorcel reconnaît d'ailleurs qn'Eiiler était très-religieux, faisant la prière en commun, et lisant la Bible à ses enfants et à ses domestiques. Ainsi il faut joindre son nom aux grands liom.nes des temps modernes qui ont défendu les principes généraux du christianisme.
29 octobre. — Jean le Rond d'Ale.mbekt, géomètre et littérateur, né à Paris en 1717, était li1s naturel de Destouches, commissaire d'artillerie, et de madame de Tenciii. On dit que dans sa jeunesse, il lit un commentaire sur l'Epîtrc de saint Paul aux Romains. Mais il s'appliqua bientôt à des ouvrages d'un genre différent. Nous ne parlerons poiiit de ses travaux en géométrie qui cnnimcncèreni sa répulion, el qui en sont la b.ise la plus solide. IVAIembcrl ainbiliunna encore d'antres titres à la renommée. Il s'unit avec Diderot pour mettre au jour VEnci/clopédie, cl il rédigea la [)réface de ce dictionnaire. Les métaphysiciens hd ont r<'pro( hé d'y av(dr rabaissé celle science. Ce n'était point un frondeur hirdi de la religi n. Son caractère ne le portait pas à attaquer de front, et à lever le masque, comme plusieurs incrédules de ce temps-là. Il se peint lui-même, dans sa Correspondonce, comme un homme qui donne des soufflets en faisant semblant de faire des révérences. Celle comparaison exprime assez bien le genre d'atlacpie suivi jtar (rAleiidier!. Quand il lance une é|)igramme, il manque raremciit dajoule. un léger correctif. Son Abus de la critique en matière de religion est peul-itre le moins répréhen-
;i32 LISTE CHRONOLOGIQUE
sible de ses ouvrages, ei il y fait des aveux qui étonnent sous la plume d'un philosopiie. Cepemiant Voltaire élail content de cet écrit que dans leur Correspondance ils appellent leur laubrusseleric, du nom du Jésuite Laubrussel, qui avait fait paraître, en 1710, un ouvrage sous le même titre. D'Alemberi passe pour avoir secondé Diderot dans VApologie de Pabbé de Pracïes au sujet de sa tbèse. Il se montra plus à découvert dans sa brochure intitulée : De la destruction des Jésuites en France (I), et dans la Lettre, qui sert de supplément à cet ouvrage. L'une et l'autre sont adressées à un magistrat, qui paraît être de la Chalotais, lié pariiculièrement avec l'auteur. On (lit, dans la Biographie universelle, que d'Alembert, dans cet écrit, rend justice aux Jésuites et à leurs adversaires. C'était, en effet, l'avis de Voltaire ; mais quiconque a lu celte brochure sans prévention trouvera au contraire que d'Alembert, sous prétexte de se moquer tour à tour des Jésuites et des j;insénistes, sait aussi tourner en ridicide la religion elle-même, et voilà sans doute pourquoi Vollaire était si content de cette production, et l'encourageait à continuer sur le même ton. Les Eloges des académiciens, par d'Alembert, sont écrits avec beaucoup plus de réserve, il n'y a que dans les noies que l'auleur s'est mis plus à l'aise; il y est caustique, atiiticieux, inexact et malin.
Mais ce qui peut le mieux faire juger de d'Alembert, ce qui montre
son àme tout entière, est sa Correspondance, tant avec Voltaire
qu'avec le roi de Prusse. Il paraît bien qu'il l'avait écrite pour la
postérité; car il avait fait f.iire deux copies de la première, dont il
avait confié l'une à Condorcet, et l'autre à Waielet. Celle précaution
annonce qu'il attachait quelque prix à cette espèce de production.
« On voit dans ces lettres, dit Condorcet dans l'Averli-sement qu'il
» a mis en tête , on voit comment d'Alembert et Voltaire allaient au
» même but par des moyens divers, l'un montrant plus de hardiesse
» parce que sa retraite et son âge faisaient sa sûreté, l'autre se dé-
» couvrant moins, mais non moins utile par l'ascendant que sa répu-
» tation lui donnait sur l'esprit des gens du monde et des jeunes
» littérateuis. Il s'ouvrit entre eux, dit M. Lacrelelle dans son His-
» toire de France du dix-huitième siècle, une correspondance irès-
» suivie, dans laquelle ils firent un déplorable assaut de mépris pour
» la religion chrétienne. Un grand poète et un grand géomètre sem-
» blent s'y donner le divertissement de jouer une conspiration... Une
» pensée domine dans b urs lettres , c'est celle de réunir contre la
» révélation toutes les forces de l'esprit philosophique. » D'Alembert
y donne souvent à son an)i des conseils et des renseignements utiles.
Il était son correspondant à Paris. II le mettait au fait de tout ce qui
(1) Plusieurs écrivains y ont répondu, entre antres Guitli , Reynaud et le P. Mirasson, dans l'écrit inlitulé : le Philosophe redressé, ou Critique impartiale du lii're sur la Deslriiction des Jésuites en France.
DES ÉCIUVAI.NS (l'/Sô). .■;:].(
s'y passait, loi iiniiqiiail les sujets à liailcr vl les lioiniiies à tourner en riiliculo, lui onvoyaii ses écrits, el eu recevait d'aulrcs en échange. Qucl(iues-niies de ses lettres sont d'un '^curo que n'a|ij)r()n\ciaient pis les incrédiilfS les moins tlOlicals, cl reiilci tuent des plais;iuleries assez grossières. Nous en citerions, pour cxcni|ile, les lettres du 1(> juiti el du 18 ocii'bre I7G0, si elles irélaienl d'une nature à craindre de tntiire sous les yeux du lecteur les irails révolianls qu'elles renfertnetit.
La Correspondance de d'Alcnibcrl avec le rni de Prusse n'<sl pas une nioitidre preuve de son dévoueinenl pour la tiiètne cause. Il s'y inonlrc en tiiieUiue sorte l'atidiassadettr de la pliilosoplue auprès du inoiiar(|ue. Tantôt il le presse de chasser les Jésuites, el Frédiit ic liiiméme esl obligé de lui reprocher son adiartieinent. Tatitùi il le sollicite de demander au giand Seigneur la rééililication du iem|ile de Jérus:detn, pour l'emburrus de la SorOonnc et les menus plaisirs dr la i^hilosophie. Il écrivait au roi, le 14 aoùl \~~1L : « Je ne seiai point » coiileiit (|iie V. M. n'ait fait dire au siiitati au tuoiiis nn petit tiinl » du temple de Jérusalem. Celle réédilicatioti esl ma lolie, comme la » destruction de la religion dirélientie esl celle du palriar» he de » Ferney. o {OEuvres de d'Alembcri, lome XV M , page 309.) Ce double aveu a du moitis le nicile de la franchise. D'Aietuberl recoitimandaii IVéqucmiiienl au roi des sujets à placer, de jeuties philosophes à favoiiser. Presse plusieurs fois par Frédéric d'aller se lixer auprès de lui, demandé an>si par l'impératrice de Ilnssie, ipii voulait le l'ail e gouverneur de son lils, il refusa loults ces offres. Il menail à Paiis une vie tranquille, el y jouissait de beaucoup de réputation. H ne fut jamais inquiété. (jiKiiqu'oti le cotinùi bien ptjur itn des coryphi'cs de la piiilosopliie , el obiitit ^uccessivement pour 14,000 livres de pensiotts {\). Oti est étonné apiès cela, que datis ses lettio au roi de Prusse, il se plaigtte assez fréquemment de l'inquisition que l'on exerçait en France, et du déchaînement contre la malheureuse philosophie, el qu'aillent s il crie à la persécution. Elratige abus di- mois de prétendre que la philosophie était persécutée qu^nd elle était toute puissante, et d'apiieler inquisiteur le gouvernement le j)lus itidulgenl, pour ne pas dire le plus faible ! Nous devons dite, au reste, (pie d'Aletnbe l était plus réservé dans son zèle que plusieurs de ses amis, il se relira de bonne heure de la société du baron d llolbai h. Il n'approuvait jioint qu'on cassât les vitres, et avait été aussi affligé quindiyné de l'incroyable démence et sottise de l'auteur du St/stème de la nature. Ce sont les propres expressions de d'Alemberi dans sa leltie
(1] Eli 1705, Ckilraut étant mort, r.Vcailciiiio des sciences demanda .sa pension pour d'iVlciiiiici I. On la lui lit alleiulie pendant six mois; sur quoi il écrivait à Voltaire, le 22 novembre 17G5 : fous croyez bien iiiie Je n'oublierai (le rua vie cet untriige olrcce et abfuide. Quelle c.\ag( talion et quelle rancune !
à Frédéric, du t6 février 1785, el il ajoute que la philosophie a été en bien d'autres occasions menteuse et absurde. Il se plaint ailleurs que bien dn faquins usurpent le nom de philosophe. Le 8 juin 1770, il écrivait au roi : « Je sui^ si excédé de livres el de Itrochures contre y, ce que Voltaire appeile l'inf. qce depuis loiiglen)p-; je n'en lis plus, I) et que je suis quelquefois feu é de dire du titre de philosophe : Je » ne veux point de ce lilre-là. Il y a trop de faquins qui le porlent. » On peut dire de tous nos éciivailleurs contre la super.-tilion el le » despotisme, ce qu'un Jésuite disait d'un de ses confrères : Il nous » mène si grand train qu'il rfous versera. » Il est à regretter que d'Alembert n'ait pas toujours été aussi judicieux.
Ses dernières années se passèrent dans de douloureuses infirmités. Il n existait que pour souffrir, dit Marmonlel, et il mou ul dans les tourments de la pierre, n'ayant jamais voulu se faire opérer. Son testament commenç;tit par ces mots : Ati nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. On dit que ses amis se relevaient pour le garder dans ses derniers instants, et l'empêcher de démentir les principes qu'il avait professés. La Harpe assure dans sa Correspondance qyi'im d'eux lui a dit que d'Alembert était couard. Griuim parle de lui avec une ironie marquée. « On l'accusait, dit-il, d'affecter très-passionnéi: ent » la gloire d'être le chef du fiarii encyclopédiste, ei d'avoir commis » pour l'S intérêts de celte gloire plus d'une injustice, plus d'une » noirceur I.tléraire.... Ce qu'on ne s;iurait nier, c'est que le>- pas- » sions qu'inspire l'esprit de parti étaient bien sûrement celles dont » il pouvait être le plus susceptible. « (Grinmi parle ensuite de ses petites persécutions philosophiques.) « D'Alt-mbert était devenu en » quelque manière chef visible de l'illustre église dont Vo'laire fut le » chet el le soutien.... Mais celle domination ne fut jamais univer- B scllempul reconnue. Aux yeux de beaucoup (!e gens il l'avait plutôt » nsurpee que conquise, ei aux yeux même du grand nombre la su- » périorilé de ses titres iiltéraiies contribua bien moins à l'y main- 1) tenir que la subtilité de ses intrigues el de sa politique. » {Correspondance, 5^ partie, tome II, page 373)
31 ocmfcre. — Charles-François Holbigant, Oraiorien, célèbre hébraï-ant, naquit à Paris en 16H6. 11 étudia de bonne heure la lillérature bibliqrre, el donna, en 1753, une édition, en 4 vol. in-foUo, de la Bible hébraïque, avec une version latine el des nettes. On lui a reproché de s'y être permis des corrections sur le texte, el de n'avoir pas assez respecté les versions les plus anciennes et les p^us authentiques. Il donna aussi une Version nouvelle des Psaumes; — des Racines hébraïques; — un E.xamen du Psautier français des Capucins; — des Prolégomènes sur r Ecriture sainte; — les Conférences de Metz entre un juif , un protestant et deux docteurs de Sorbonne ; — uns traduction des Serinons de Sherlock, — et de la Méthode de Lesley contre les déistes et les juifs. Beriliier el Contant de la Moletle
DES FXRl VAINS (1784). '■>-i'->
oui relevé les thimgrmenls el ks miiiilaiions qu'il a lail essuyer au loxle sac ré. Il ajonlc, il reiraiichc, il iranspose, el se livre à dos « onjecliires loiit à l'ail nrhilraires. On dit (ju'il clail appelaiil. l'ne maladie le leiidil complelcuienl sourd, et sur la lin de sa vie, il louiba dans l'enfauce.
ô décembre — Louis DE Reaisobre, proteslani, fils d'Uaac, cité sous ITôS, nacjiiil à l^oiliii on I7ri(». n.iiis los Dictiotmahrs historiques, on lui allrtbui' le l'yrrhoiiismr ditsnijc, 17a i, (|ni lui condanuié nu feu par arrèl du pailemenl de Paris, du 6 févritr 1759. Beausobre était donc bien jeune lorsqu'il le composa.
7)0 juillet. —Denis Diderot, lillératour cl philosophe, naquit à Langics en 1712. Elanl vtnn de bonne heure à l'ari>, il ^'annonça, en 17-43, par VEssai sur le mérite et la vertu, (\nï\ prcsenla cunime une tradnclioii de Shalle^bury, el oii il comh;itiil l'aiheisme. iNous avons parlo, d.ms le ccirps des Mémoires, de ses Pensées pltilosopliifjucs. (Voyez 17-4(1 j Diderot e-l surtout connu par la part qu'd prit à V Encyclopédie, dont il Unit par rester seul chargé. Il lulia avec persévérance contre les obstacles, el lit entrer dansées vues le direcltur de la librairie el le duc de Clioiscul. C'est par leur prolecliun qu'il obtint que les dtrnii rs volumes ne seraient soumis à aucune censure. D«^s lors les collaboialeurs n'étant plus retenus par aucun freio, se laissèrent aller à toute rar(ieur de leur zèle, el ce l'ut à qui insérerait le plus de ce qu'on appeiaii des idées neuves et philosojihiques. De plus, on prit des articles de toute main, el beaucoup de bujeis furent traités avec encore plus de piécipil.ilion que de partialiie. Diderot, chargé d'un travail énorme, s'occupa plus de liiiir que de bien faire. Toutefois ce lut là le londement de sa réputation. Giimm, son admirateur, se servit de sa conesponlance avec p usieurs princes étrangers pour leur peindre Diderot comme le prodige de son siècle. De là , les bienfaits de l'impératrice de Russie poui le pliiloso(.he. Elle pourvut à sa foriune, ei voulut même le voir. Dideiol lit, eu 1773, le voyage de Péiershourg, et fut très-bien reçu par Catherine. 11 n'éprouva pas un accueil aussi llaileur de Frédéric, qui avoue qu't7 ne pouvait soutenir la lecture de ses livres. (Lettre à d'Alembcil du 7 janvier 1774, tome XVII des Œuvres de ctlui-ci.)
On a regardé avec raison Diderot comme le chef d'une école particulière. Voltaire avait déclaré la guerre au chri^tianisme; Diderot alla plus loin, et se lit professeur d'athéisme. Il aimait à soutenir celle doctrine dans les conversations, el alors il se livrait à si>n enthousiasme, el tonnait contre les snporstilions. C'était surioul dans la société du baron d'Holbach qu'il étalait son syslème. 1! y était re-
gardé comme un ornele, el avait pour principoux disciples, Damilaville, Grimiu et Naigeon. Lf>s écrits où Diderot a le plus empreint ses sentiments, som, outre ceux dont nous avons d^^jà parlé, De la Suffisance de la reiiyion vaturellc; — Introduction aux grands principes. ou Rrception d'un philosophe; — Lettre à son frère ^ du 29 décembre' 1760; — Entretien d'un philosophe avec la maréchale de ; —
Principes philosophiqws sur la matière et le mouvement ; — Opinions des anciens philosophes (c'est la collection des articles Philosophie dans V Encyclopédie) ; — Entretiens d'un père avec ses enfants, etc. Nous ne parlons pas <le quehpies productions licencieuses, où le cynisme el rimpiélé vont de pair. Diderot était trop exailé pour s'abstenir de déclamer contre la re'igion dans les ouvrages même qui s'éloignaient le plus de ces matières. Ainsi dans l'écrit iniitulé les Salons, où il juge les tableaux exposés au Louvre, il y a un morceau de deux pages où le goût et la vérité sont également outragés par la fausseté des reproches, la licence des images et la grossièreté des paroles. Dans ce même ouvrage, il dit formellement qu'il est athée. Parmi les morceaux détachés, qui se trouvent dans l'édition de ses Oiluvres, le plus remarquable est une espèce de diihyramhe intitulé : les Eleulhé romanes, ou les Furieux de la liberté. Cette pièce, d'environ "teux cents vers, est une tirade véhémente contre la tyrannie. Le poète voue au mépris et à la haine les brigands oppresseurs du monde; c'esl-à-dite, les rois en général; car il les enveloppe tous dans la même proscription. Il appelle la révolte, et l'invite à les punir. C'est là qui' se trouvent ces deux vers fameux :
Et SCS mains ourdiraient les entiailles du piètre, A défaut d'un cordon pour étrangler les rois.
Un des éditeurs de celte pièce prétend que «l'anecdote qui y a » donné lieu, l'objet que l'autenr s'est proposé en la composant, le » ton de fureur qu'il s'est cru autorisé à prcndie dans ce genre de » poésie, explique! t, excusent, justilient ces deux vers qui ont ré- )) volté un gland nombre d'esprits. » {Journal d'économie politique, du 20 brumaire an v.) D'autres penseraient, au contraire, que de pareilles images sont touj«mrs horribles; qu'd est triste de les trouver dans son esprit el qu'il est dangereux de les produire. D'ailleurs, Diderot n'a nullement l'air de plaisanter dans ce morceau, et il s'y montre, au contraire, excessivement sérieux. Ses provocations énergiques, et surtout les deux vers cités ne nous paraissent donc pouvoir être j«s^i/('cs que par ceux que la révolution aurait accoutumés à ce lang.ige airoce; et ces pensées sanguinaires inspirent encore plus d'horreur quand on les compare avec les cruautés que nous avons vues Grimm nous apprenii que « près d'un tiers de l'His- » toire philosopliiqise de U.iynal, appartient à Diderot. Il y travailla » pendant deux ans, dit-il, et nous lui en avons vu composer une
DiiS LCHl VAINS (ilSo). u37
» ^oiiiie pallie sous nos yeux. Liii-iiièine l'-lait snuvonl eiïiavf dr l.i » liariliess" avec laquelle il faisait parler foii ami. Mais qui, lui di- » sail-il, o^era signer cela? Moi, lui lépoiniail l'abbé, moi, vous » clis-je; albz toujours. Quel e!>^ encore l'iiouinie de bllrcs, qui ut- » reconnaisse racilcnienl et dans le livre de VEtprit, et dans le .Sy.^- » tème de la nature toutes les belles pages qui ne sont, qui ne peu- )) veut être que de Diderot? » (ninnu dit ciieore ailleurs, (|ii(' Dideiol travailla au Si/sirmr xociul . et à la Morale uiiirerselle, juiblies par le baron d'Il.dbacb. Il a lourui plusieurs morceanx à la Correspondance du même Griuun. Au total, il n'a lais-é un nom recouiniandabie, ni connue écrivain, ni comme pliilosdpbe. Sous le premitr iapp<jil, il n'a ni plan, ni métlio.le , ni mesure; il faiiguc par son ion doctoral et emphatique, pai- son style apprêté, par ses élans piodigués et par un enthousiasme factice. Comme philosophe, il écrivait sous la diciée d'une imagination fougueuse et désordonnée, cl adojjla un système désolant et destructeur. « Quelque volontiers que je pardonne à tous » les hommes de ne rien croire, dit (Irimm, je pense qu'il eut éié » fort à désirer pour la repul:ilion de Didciol, peut-éire même pour » l'honneur de son siècle, qu'il n'eût point été albée. La guerre opi- » niâtrc qu'il se crut obligé de faire à Dieu, lui lit perdre les nio- » nienls les plus précieux île sa vie. » Aus-i sa réputation est-elle fort déchue aujourd'hui, et il est remarquable qu'on ne peut citer de lui aucun ouvrage capable de faire vivre son nom. Quand on parcourt l'édition de ses Œuvres, en 15 vo unies, donnée par.Naigeon en 171)8, on est étonné d'y trouver tant de déclamations et si peu de suite, de goiil et d'intérêt. Marmonlel dit de lui, dans ses JUé moires , (\uil a ccril de belles pages, et n'a jamais su faire un livre. Voltaire n'aimait pas Diderot, qu'd regardait comme un homme outré et dangereux. Rousseau et d'Alembert, qui avaient été fort liés avec lui, renoncèi'cnl successivement à son commerce. On a attribué assez longtemps à Diderot le Code de la nature, qui n'est pas de lui. Ou est plus fondé à lui donner la troisième partie de VApologic de la thèse de Vabbt de Prades, contre l'Instruction pastorale de révoque d'Auxerrc. C^t ccril est bien autant en faveur du Discours préliminaire de f Encyclopédie que de la thèse (1).
21 mars. — Claude-Fr.înçois-Xavier Millot, né à Besançon en J726, fut (|uelque temps Jésuite, et quitta ensuite ce corps. 11 prêcha, et s'aperçut qu'il n'elaii pas propre à la chaire, où un tel homme de-
(I) [[Cet article de SI. Picot a été inséré dans In liiofjraphic universelle. Les additions qu'on v a (ailes dans les éditions |)ostérieurc3, pour rcl.ahditti Diderot, sont loin de pouvoir atteindre leur objet. j]
o38. LISTE CHRONOLOGIQUE
vait être, en effet, assez déplacé. Le marquis de Felino, minisliie de Parme, l'atlira dans ce pays pour professer Thistoire à la jeune noblesse du duché. Il revint à Paris après la retraite du marquis, et fut depuis précepteur du duc d'Enghien. « C'est le seul Jésuite, dit » Grimm, qui ait pot lé celle rolie sans qu'il en reste trace ni dans » ses idées ni dans ses sentinifuis. » Il est connu p;ir des Eléments d'Eisloire générale, d'Histoire de France, d'Histoire d'Angleterre, où il a mis le cachet des opinitms doininanies de son temps. La religion et les prê'fes y sont pres(|ue constamment présentés sous des couleurs defavorablt-s. C< s Eléments ne s'en sont pas moins insinués dans beaucoup de maisons d'éducaiion, où ils ont conlrdjué à propager le pbilosdphisme parmi les élèves. D'Aleinbeit disait que Millot avait écrit Chistoire en philosophe, et qu'il avait le mérite de ne s'être point souvenu quil était Jésuite et prêtre. (Lettre à Voltaire du 27 décembre 1777.) C'est ce qui lui valut une place à l'Académie. Ou lui atlribue une lfa<luctioii de VEssai sur Vhomme, de Pope, avec des notes et un discours, 1701 , et une Histoire philosophique de l'homme, in-12, 1766.
25 arrî7. — Gabriel Bonnot de Mably, ancien chanoine de l'île Barbe, né à Grenoble en 1709, était frère de l'abbé de Condillac. Il ne prit que le sous-diaconat, cl s'ap|iliqua sur tout à l'élude de Thisioire, de la morale el de la politique. Ses Entreliens de Phocion sur les rapports de la morale et de la politique ont eu de la réputation. Nous avons pirlé ailleurs de ses Principes de morale {voyez plus haut, page Ii]6). Il affecta toute sa vie un grand dédain pour les modernes. « Ni la religion , ni le gouvernement, ni la gloire, ni les annales de » la France et des nations européennes, dit un écrivain, ne lui paru- » rent niéiiler un regard. Ses livres étaietrt bien moins une louange » de Tanliquité, qu'une attaque contre ce qui existait. Ils inspiraient » moins la vénéraiion pour les institutions anciennes, que le niépris » pour les institutions modernes. Il suivait donc aussi une marche » destructive. Cependant il n'était pas lié avec les philosophes, quoi- » qu'il concourût au uiènre résultat qu'eux. » (M. de Barante, dans YEssai sur la littérature fiançaise.) DAIembert écrivait de lui : « La » haine qu'il affiche contre la piiilosophie est d'autant plus étrange » qu'assurément persom e n'a plus affn hé que lui, et dans ses dis- » cours et dans ses ouvrages, les maximes antireligieuses el aniides- » poiiques. » (Leilie à Voliiàre du 6 mars 1772.) On dit que l'abbé de Mably reconnut ses erreurs à la mort.
\ A: juillet. — Louis-René de Caiudeuc de la Chalotais, procureur général au parlement de Bretagne, était né à Rennes le 6 mars 1701. Il était peu connu quand éclata l'orage contre les Jésuites. On ne cite de lui, avant «elle époque, qu'un Mémoire sur les dispenses du mariage, qui a été inséré dans le recueil intitulé : Avis aux princes catholiq%ies, 2 volumes in- 12. Lié avec Duclos, d'Aleniberl, de Mably,
la Chalotai»; l'ut un ilcs plus vifs coiiln' l;i socii-iê. Il pronoti(,:i cunlrc elle deux Comp(es rendus, Tim les I", ô, i cl 5 décpnibre iHii, V.niUo h^s'Sl, 'ii ol ^i m;ii l7(!-2. Voliain» froiiviiil (pie c'élail le seul nirvnujr i>hilos(iphiqui' qui fiit jnmois sorti du harreuu, cl il IVliciUiil rameur d'avoir fuit sentir bien /inmient l'ubsurdifr d être soumis à ht puissance qui avait établi les Jésuites, et le davr/er nu du moins l'inulilitc de fous les autres moines qui sont perdus jinur l'Etat , tl qui en dt'vorent la substance (1, élire du 17 mai \~{'y'-lj. Ihms i)liisieurs autres lettres M lo4ie la phi'osophie du procureur général. Oti crut, d;uis le temps, (pic (i'AIcmbcrt iréliiil pas étranger à la rédaclion des Comptes rendus. D'ailleurs les cm^eu is mêmes de la société irouvcrcnl que la Chalotais avait été iujusle envers les écrivains distiugués qu't Ile a produits. Ou se récria contie cette a^setliou absurde et atroce de si n discours du i'^"' déccnd)ie 1761, (pie le régicide était la suite comme naturelle de l'erreur de l'infaillibilité du Pape. Eu l7G:j, il présenta au parlement son Essai d'éducation nationale, qui fut aussi forl goùlé de d'Alemberl et de Voll;iiie; et qui tendait à exclure les etclésiasliqucs de renseignement. Par ces ddlVrents services le m;igisirat se rendit cher à tout le parti philosophi(|ue, et d'Alembcri le lui tt-moigne assez dans sa brochure De ta destruction des Jésuites. Ces éloges étaient d'autant plus déplacés que la Chalol. is était alors en guerre avec la cour. Il préieniiit (jue qnehpies édils bursanx éiaienl contraires aux droits de la province, et ses réquisitoires échauffèrent les cspiits de ses compairiotcs. Toute la France retentit de celle querelle, cl beaucoup de gens applauilirent à la feimeté et à la résistance du pr( cureur général. Une opposition générale éclata dans la province. On ne peut nier (jue la Chalotais n'ait eu la gloire de Tavoir fonv ntée. Il fui an été, le II novembre 1705, et conduit dans une citadelle. Une commission fût chargée de le juger. Mais il avait des amis ardenls qui prévijirenl l'opinion en sa fa\eur. Du fond de sa prison, il Ircuva le moyen d'écrire et de distribuer des mémoires qni furent généralement trouvés trop violents, el qui le pâturent d'aulint plus que l'accusé n'avait pas montré la même énergie dans ses interrogatoires. Le langage un peu servile des uns conlr;istail avec lu hauteur et ramerlume des autres. La Chalotais lut etisuile traiiuil devant le pailemeiii de Rennes, dont la plus grande partie se récusa. L'accusé, de son côlé, récusa tout le parlement. Ces débals entn tenaient une extrême agitalion dans les espiiis, el la licence des pamphlets augm( iitnil de jour en jour. C'était le temps oii les é( rils philosnph ques se multipliaienl sous la plume de Voltaire, de d'Holbach, de Diderot, et des auir-'S écrivains de celte école. Les mesures de la police étaient insuflKai tes pour réprimer la hardies-e des libelles el de ceux qiii les co'porlaienl. Le roi espéra Cidmer celle agitation en arrêt inl le cours des procédures, et en exilant la Chalotais à SainUs. Mais les esptits étaient trop échauffés en Bretagne. Les amis de la Chalotais liienl attaquer le duc d'Aiguillon, qu'ils regardaient comme son ennemi
oiO LISTE CHRONOLOGIQUE
capiiai. Toute la province prit patt à ce procès (jui fut suivi avec passion. Bientôt le parlement de Paris voulut entrer dans cette affaire, dont la suite fut la disgrâce de toute la magistrature. (T'oyez ce que nous en avon^ dit dans le corps des Mémoires, année 1771.) Quant à li Chaloiais, il fut rappelé d'exil sous le règne de Louis XYI, et le ministre Maleslicrbes lui fil accorder d';tmp!es dédommagements. Il serait possible qu'actuellement que les esprits jugent plus froidement ces contestations, on admirât moins la vigueur de ce magistrat, qui n'aboutit dans le fond qu'à faire naître et à enlreîenir en Bretagne une fernienialion assez voisine de l'esprit de révolte.
il septembre. — Léonard-Antoine Thomas, littérateur, né à Clermonl en Auvergne, en 1752, él;iii piofesseur dans l'Université de Paris lorsqu'il donna, en 1756, des Reflexions philosophiques et littéraires sur le poëme de la religion naturelle, de Voltaire. Mais il changea depuis, se lia avec les philosophes, entra à l'Académie française, et se lit connaître par plusieurs Eloges. Etant tombé malade chez t'arclievô((ue de Lyon à Oullins, il mpnira, dit-on, des sentiments chréiiens. Deleyre a publié un Essai sur sa vie. On a reproché avec raison à Thomas de n'avoir pas, dans son Eloge du Dauphin, fait sentir la piété qui faisait le fond du caractère de cet excellent prince.
'i janvier. — Moyse Mendelsohn, Juif, né à Dessaw en 1729, débuta dans la litlcralnre par une traduciion du Discours sur l'inégalité des conditions, de Rousseau. Dans ses Dialogues philosophiques, en 1775, il suivit le système de \Yolff et de Baumgarten. Il s'associa avec Lessing, Abbt, Ramier et iSicolaï pour la rédaction du Journal de belles-lettres, qui piiraissait à Berlin. Sa Jérusalem excita des plaintes contre lui paimi ses coreligionnaires. Il prétendait que les Juifs n'avaient point de rel gion révélée, mais seulement une loi révélée; que les opinions n'elaif^nl point l'objet de la révélation, el que la religion juive véiiiabie n'était dans le fond que la religion ;;;ilurel!e. Plusieurs Juifs le réliiièrent. Lavater, en lui dédiant sa tradiicliou allemande des Recherches de Bonnet sur les preuves du christianisme, le somma d'y répondie, ou de reconnaître la force de ses preuves. Mendels(din ne fit ni l'un ni l'autre. Jacobi lui ayant écrit que Lessing, leur ami commun, lui avait déclaré en mourant qu'il était spinosislc, d'où Jacobi concluait que puisque la philosophie aboutit là, il vaut mieux se soumettre à la foi, Mendelsohn répondit par une lettre que Jacobi publia. Il fui irès-aff» été de ce procède. On a encore de lui un Discours sur l'existence de Dieu, et le Phédon, ou Dialogue sur l'immortalité de rame. I! se donna beaucoup de soins
DES ECRIVAINS (1780). ;i4|
[lOiir écliiirer ses corclifjioninircs; nmis ces liimii're^ prétendues leinlaieiit à en faire des ilcisies, el Mendelsoliii a mtMiic d'èlre range dans oeltc classe.
17 rto^î^ — Frédéric Guillaume 11, roi de Prusse, né on \l\i, montra de boiin^ lieurc du goût pour réiudc tl les lellres. Il ciiidia la philosopiiie de Wolfl", counncnea dès t7ô(i à se lier avec Voll:ure, et lui écrivit une lettre très-llatleuse, où il se montre admirateur un peu enlhousiasic des éeriis du poëlc français, témoigne en même temps du pencliant pour l'irréligion, et plaisante sur le dirisiiauismc et sur les prélres. H écrivait à Voltaire, le 3 décembre \~TAi : Ce (lu'il !/ a de sûr, c'est que je suis matière, et que je pense; el Voltaire prenait déjà soin de lui donner des conseils : Un des plus qrands biens que vous ferez aux humnirs, lui marquait -il, ce sera de fouler aux pieds la superstition et le favatisme. Il est très-certain que les philosophes ne Iroubleront jamais les Etals, comme la suite l'a prouvé. Frédéric se montra digue de ces leçons. Il mandait à son ami, le 2(> décembre 1757: Le principe primitif de la vertu, c'est l'intérêt; dogme proclame depuis par Helvétius. Il fait à son corre^^pondanl des objections contre la liberté bumaine. Plus loin, il Terigage à garder un silence profond sur les fables chrétiennes, canonisées, ditil, par leur ancienneté, el par la crédulité des gens absurdes et stupides. On est fà' bé de retrouver ce langage peu délicat sous la plume d'un prince qui devait se respecter assez pour s'interdire un tel ton.
Le 31 mai 17i0, Frédéric monta sur le trône, et dès lors il renonça à tout acte de religion. Il accueillit successivement les éciivains à (pii leurs ouvrages irréligieux attiraient quelques traverses dans leur pays. D'.\rgens, La Meilrio, Toussaint, de Prades furent favorablement reçus à Berlin. Voltaire fut piessé, à plusieurs reprises, de sy reniire. Il résista tant que vécut la mar(|uise du Cbàtelel; mais à la mort de celle dame, il accepta les offres du roi, el passa trois ans auprès de ce prince, qui d'abord le combla de caresses, et qui Unit par se lasser de lui. Voltaire donne dans ses Mémoires une idée de la vie qu'il menait auprès de Frédéric, de la liberté de leurs conversations, el du ion dont on y parlait de tout ce que les bommes respectent le plus, el de ce que les rois devraient leur apprendre à refpecier. Au bout de trois ans, le roi et le poêle se séparèrent avec un éc'al presque scandaleux. Frédéric fui aussi Irès-lié avec d'Alembert. Il lui lit oflVir, en I7.'v2, par d'.\rgens, la place de président de l'Académie de Berlin. D'Aleniberl refusa, et ne se rendit pas non plus aux instances du roi, en i7o8, pour venir à Berlin. L'académicien ne fil ce voyage qu'à la paix de 17G3, el on le voil en corresliondance assez assidue avec Frédéric depuis 17()0 jusqu'à sa mort.
On a beaucoup loué la politique de ce prince. Je ne sais cependant
si celle qu'il suivit était également bien entendue sur tous les poinis. Berlin éproiiveia longtemps rinfliietice funeste de ses exemples, de ses écrits, el de ceux des philosophes qu'il admettait dans ses Etals et même dans son inliinilé. Il protégea Edelman, qui travaillait à clablir le déisme en Prusse, et qui aurait été réprimé sans cet appui. On dit qu'après le départ de Voltaire, il défendit les plàsanleries irréligieuses dans sa société intime ; mais il paraît qu'il ne tint pas la main à cette mesure, qui lui eût semblé aussi pénible qu'à ses alFidés. Il fit consiruire sur la place dos Gendarmes à Berlin, une salle de spectacles entre une église catholique et un temple luthérien, de manière, dit un historien, que les murs de fs cdifices se (oucJirnt, et que souvent l'office dicin est interrompu par le bruit de l'orchestre et le chant des acteurs; ce que le même écrivain trouve irès-plaisant. Nous avouons ne voir là rien de foit gai; il est Irisie, au contraire, qu'un souverain fasse ainsi de la religion un sujet de dérision el de caprice. «Frédéric aimait, dit Laveanx dans sa Vie, à être le maître » eu lout, et il ne pouvait soulïVir qu'on lui résistai. Afin d'entretenir » la crainte dans tous les tribunaux el les collèges, il cassait de temps » en temps des gens en place sans examen, sans donner raison de sa » conduite, sans qu'il y eut aucune apparence de faute. » Cet écrivain en cite plusieurs exemples. Ne reprochons point à Frédéric; Dresde livrée au pillage, la garnison de Neiss passée au fil de l'épée, les forteresses de Custrin el de Spandaw pleines de prisonniers d'Etat. Ne jugeons point le conquérant par les règles sévères delà morale, el bornons-nous à l'adniinisiralion inlérieure et aux détails domestiques. Frédéric était d'une sévérité implacable. Il oubliait aisément les pins importants services. On nous le peint emplissant ses coflVes, mais épuisant en revanche la bourse de ses sujets. On lui reproche avec raison son gnùt pour la raillerie, si peu séant dans un roi. On l'accuse d'une avarice excessive, et ses historiens en citent des exemples peu honorables. L'auteur dont nous empruntons ces détails, L. M. D. L., dans son Voyage en Prusse, in-8°, d807, prétend que Frédéric n'aimait personne, et il cile, en effet, des Irails étranges d'égoïsme et de dureté. Il lui reproche des actes iniques, une profonde inditïtrence pour l'opinion publique, son mépris pour ses sujets, sa défiance de ceux qui l'enlouraienl. Il f;iul tirer le voi'e sur ses mœurs, dont Voltaire a rév-élé la turpitude, et a été pour cela taxé d'ingratilu le et d'indiscréliun.
Si de l'homme et du monarque nous passons à l'écrivain, nous n'y trouvons pas tonj(turs sujet de louer la sagesse, le jugement et la modération de Frédéric. Son premier ouvrage paraît être VAnti -Machiavel, qu'il composa n'étant encore que prince royal, mais dont il arrêta ensuite la distribution, parce qu'ay;aufait dans le même temps la conquête de la Silésie, il craignit, avec quelque raison, qu'on ne l'accusai d'avoir manqué si vile aux principes qu'il avait établis dans son livre. Ses écrits relatifs à notre plan, sont V Extrait du Diction-
DES ECRIVALNS (1786). uiij
naire de Baylc, 17G7; — VExamm de l'Essai sur les préjugés, 1770; — 1:1 Préface de l'Abrégé de l'Iiisfoire ecclésiaslnfue de FItMiiy, 1707. {L'Abrégé est allribiié à l'iibbe de Piai'es; hi Préface, qui o^l du roi, est du ion le plus in.-uilanl.) — Dt-s Remarques sur le Système de la nature, qu'il n'aftprouvail pas plus que V Essai sur les préjugés; des facéli-s, coiiinie le Commentaire Ihéulagique de D. C(dmelsur Barbebleue, el le Mandement de l'évéque d'Aix contre (l'Art;ei;s. Laveaux a réuni tous les ouvrages de ce priifce on 15 volumes, imprimés à Berlin en 178S. On esl aflliiré d'y voir Frédéric descendre au rôle choquant d'un oonjuie, ei p.irler de Ja religion comme un etiiiemi implacable, et comme un homme de mauvaise compugni?. Que l'on consulte, par exem})le, l'éloge de Voltaire que le roi lut à rAcaiémie de Berlin, le 29 novembre 1778; en >era confondu du Ion qu'il prend, et des épitbètes peu polies, le dirai-je même, ignobles, qui se pressent sous sa plume. iMiisce qui achève de montrer cond)ien Frédéric avait oublié toutes les bienséances lorsqu'il s'agissait de religion, c'est sa correspon^iance, soit avec Voltaire, soit avec d'Alemberl. On le voit pour la première fois, en 1759, emp'oyer le raoi inf. dans le sens que Voliaire lui donnait si souvent. F. M., lui écrit Voll.tire, en juin 1751I, me reproche d? caresser l infâme (en toutes lettres); eh, mon Dieu, non! je ne travaille qu'à Cextirper. Vous m'avez promis, dit Frédéric, le 2 juillet suivant, de donner un coup de patte à l infâme, el Vo'laire lui léfiond : Je prendrai la liberté de recommander en mourant cette infâme à S. M. par mon fcstamenl. On trouve dans la Correspondance deux lettres de Frédéric en 1760, qui sont terminées par des impiétés du genre le plus grossier. Le 2M novembre 1760, il écrit à Voltaire, en lui renvoyant son Extrait du Dictionnaire de Bayle : Ce ne sont que de légères chiquenaudes que j'apptiqur sur le nez de l'inf. Il n'est donné qu'à vous de l'écraser. Nous n'osons rapporter ce qui suit. Le 18 mars 1771, Frédéric disait encoie : J'approuve fort la nwthode de donner des nazardes à l'inf. en la comblant de politesses. La correspondance de ce prince avec d'Alendiert offre aussi bien des irails de ce genre. Cependant on voit que sur 1m lin il était parfois ircs-mécontent des philosophes. Il approuva leurs projets l.iiU qu'd crut qu'ils n'en voulaient qu'à la religion ; mais lorsqu'il les vil attaquer aussi les rois, il parut moins épris de leurs ouvrages. Ainsi il réfuta VEssai sur les préjugés et le S:/stème de la nature. Il manifesta plus d'une fois son improkition pour les éclats scandaleux. Tantôt il blâme ces malheureu.v jeunes gens d'Abbeville, qui s'altirèrent une si trisie (in par leurs profanations, et il recommande à ce sujet qu'on se garde bien d'introduire le fanatisme dans la philosophie. ( Voyez notre lome IV, pas^e 211.) Tantôt il témoigne à d'Alcmbert combien il est révolté de la partialité de Voltaire, de ses déclamations éternelles contre ses ennemis, de ses injures. Il se repenl prescpie de la statue qu'on lui érige. « Que voulez- » vous, écrivait-il à d'Alemberl, le 50 novembre 1771, que voulez-
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1) vou^ que le public pense lorsqu'il voit des écrits du même auteur » se contredire, qu'on voit des lib lies infâmes pnraître contre le gou- » vernement, et des cyniques effrontés qui mordent indifféremment » tout ce qu'ils renconlronl ; que dans des ouvrages philosophiques » on retrouve les aliominables maximes des Jean Petit, des Bu!-ein- » banni, des Malagrida? » Il écrivait le 7 mai 1770, au sujet de VEssai srtr les prrjtigrs : a Cet ouvrage est très-licencieux et Irès- » Indécent. On dirait que l'auteur, comme un chien enragé, attaque B tout le monde, et se rue sur les passants, également satisfait pourvu r, qu'il morde. Certainement il mérite d'élre traité de même.... 11 » calomnie la religion chrétienne.... il est ridicule, et c'est une cxa- » gération outrée d'avancer que cette religion ne fait que des scélé- » rats.... Quand on marque tant d'animosité contre ce qu'on attaque, » on se décrédite soi-même, et on perd la confiance du lecteur. »
Frédéric protégea les Jéî-uites, malgré les sollicitations réitérées de d'Alembert. [Voyez nos Mémoires, lome IV, page 400.) Il refusa quelques jeunes philosojihes qu'on lui recommandait, entre autres l'auteur de la Philosoplue de la nature; il peut aller, dil-il, en Hollande, où le mélier de foUieulaire nourrit bien des gens de son espèce. Il est fâcheux que Fredéiic n'ait pas eu plus souvent de ces mouvements de sagesse, et qu'il n'ait pas mieux justifié par son caractère, sa conduite et ses écrits, le titre de grand, que l'on a accordé à ses exploits et à ses talents militaires. On a sa Vie, en 4 volumes, par Jean-Charles La veaux, qui avait demeuré à Berlin. Cet historien y loue beaucoup Fi édéric, et ne laisse pas il'insérer plusieurs faits à sa charge.
'22juiltel. — Gaétan Filaxgieri, né à Naples en 1742, était neveu de Séraphin Filangieri, archevêque de cette ville. Il est connu par l'ouvrage intitulé : Science de la législation, qu'il n'a pas entièrement achevé, et qui fut mis à l'Index le 6 novembre 1784, à cause de deux propositions contre les biens et le pouvoir de l'Eglise. Le professeur Joseph Grippa le réfuta en 1782.
30 octobre. — Ferdinand Galiani, né à Cliiéti en 1728, était neveu de Célestin Galiani, archevêque de Tarente et grand chapelain du roi de Naples. Ce fut peut-être le nom de son oncle et l'ambition qui le portèrent à entrer dans l'état ecclésiastique pour lequel il n'était nullement fait. En 17o9, il fut nommé secrétaire d'ambassade en France, ol s'y lia avec les philosophes de ( e temps, et sunout avec Diderot, (irimm et la société du baron d'Holbach. Ou trouve un éloge de lui dans les OEuvres de Diderot, tome IX, page 454. De retour dans sa patrie, en 1763, il fui lait directeur des universités napolitaines, et continua d'être en relation avec ses amis de Paris. On dit que celle
correspondance a été conservée, cl qu'elle formerait plusieurs volumes. Il esl douteux qu'elle fil conuaiire d'une manière avantageuse la sagesse et la religion de l'abbé napolitain. Du moins celles de ses lettres que l'on trouve rapporléfs dans la Correspondance de Grinim ne brillent pas de ce côté. On y trouve les sentiiueuts et les opinions du parti antireligieux dans toute leur force. Grimm rapporte de Galiani, 1'« partie, tome IV, page 251 et suiv;«ntes, une conversation sur l'origine du christianisme. L'abbé y soutenait que l'esprit de l'Eglise, dans les premiers temps, avait été plutôt un système de gouvernement qu'un système de religion. Il écrivait de Naples, le 25 janvier 1772. au sujet de la mort d'IIelvétius : La mort lïesl autre chose que le regret des vivants. Si nous ne le regre(to7is pas, il n'est pas mort.... Le mal de cette perte est le vide quil laisse dans la ligne de bataille. Serrons donc les lignes,., et il ny paraîtra pa.^. Moi, qui suis le major de ce malheureux régiment, je vous crie à tous: Serrez les lignes, avancez, feu. On ne s'apercevra pas de notre perte [1). Ailleurs le pt;iulant abbé parle du pusillus grex electorum. Il écrit au baron d'IIolbacb. qu'il appelle le premier maître d'hôtel de la philosophie, et lui demande si elle mange toujours d'aussi bon appétit, il prétendait qu'il y avait trois sortes de raisonnetnenls, ou plutôt, disait-il, de résonnemenls; raisonnements de cruches, ce sont les plus ordinaires ; raisonnements de cloches, comme ceux de Bossuet ou de Rousseau; enfin, raisonnements d'hommes, comme ceux de Voltaire, de Buffon, de Diderot (2). Plusieurs autres passages annoncent entre Galiani et les philosophes français une parfaite conformité d'opinions. Il était quelquefois fort naïf. I! écrit, le 22 juin 1771, à une fenmic qui paraît être madame d'Epitiai : Tous les grands hommes ont été intolérants, et il faut l'être. Si l'on rencontre sur son chemin un prince sot , il faut lui prêcher la tolérance, afin qu'il donne dans le piège, et que le parti écrasé ait le temps de se relever par la tolérance quon lui accorde, et d'écraser .son adversaire à son tour. Ainsi le sermon sur la tolérance est un sermon fait aux sots ou aux gens dupes 3). Il paraît que la vivacité de Galiani allait jusqu'à l'indiscrétion. Tel était rbonune qu'on avait mis à la tête de renseignement public à Naples.
26 avril. — Georges-Louis le Clerc, comte de Blffon, né 5 Monibart, en Bourgogne, en 1707, est connu par son Histoire naturelle. En louant ses recherch< s, ses travaux, ses connais.sances, et ses découvertes dans rbisloire des animaux, on peut regretter qu'il ait
(1) Correspondance de Grimm, 2" partie, tome II.
(2) Mùine Correspondance, f* partie, toinc VI, pa^e ISI. (2j MOmc Correspondance, 2'' partie, tome II, page 242.
Ufy LISTE CHRONOLOGIQUE
perdu son irmps à composer et à souionir un système qui est un liors-d'œiivre (i:uis son plnn, cl qui est aujourd'hui lolalemciit abandonné. Cependant si Fnffon donna dins rerreur, il ne paraît pas qu'il fût cnnt^mi de la religion. Il n'aimait point Voltaire, et ne pouvait souffrir les éclats et les intrigues des philosophes de son temps. On dit qu'il ne paraissait plus à l'Acadoinie depuis qu'ils y devinrent dominants. Voliaire, d'Al'mbcrt ( t Condnrcet ont parlé peu favorablement de sa théorie. « Pers(mne, dit M. Cuvier, ne peut plus sou- » tenir dans leurs détails ni le premier ni le second système de » Buffon sur la théorie de la terre. Ce ne sont plus que comme des » jeux d'esprit. Son système sur les molécules organiques, oulre » l'obscurilé et Tespèce de conlraiiiction dans les termes qu'il pré- » sente, paraît directement réfuté par les obsi rvali(>ns modernes. Il )) a eu tort de vouloir subslilner à l'instinct des animaux une sorte de » mécanisme plus inintelligible peul-étre (|ue celui de Descartes. » Hérault de Séchelles, dans le Voyage à Montbar, donne une ircs-défavorable idée des mœurs de Buffon. On dit qu'il se confessa au P. Ignace Bougault, religieux Capucin, qu'il avaît fait nommer curé de Bnffon, et qui accourut pour recevoir ses dernieri soupirs. Son système a' été réfulé par l'abbé de Lignae, dans les Lellres d'un Américain;—p^r l'abbé Royou, dans le Monde de verre; — par l'abbé Viet' prieur de Saint-Ouen, dans ses Reflexions sur lés époques de la riatnre; — par M. l'abbé Banuel, dans les Helvienncs; — par Felier, dans VExamen impartial des Epoques, - et par l'anglais Howard dans les Lettres sur là structure actuelle de la terre.
28 octobre. — François-Jean, chevalier, puis marquis de Chas- TELLUX, né à Paris en 1754, servii en Allemagne et en Amérique. Il publia, en 1772, le livre de la Félicité publique, dont Voltaire le loua beaucoup, et qui lui valut l'ei.trée de l'Académie française en 177S. Il méritait cet honneur par son attachement aux principes qui y dominaieni. Son livre est plein de tout le pathos philosophique. L'auteur a fait, de plus, un Eloge d'Helvétius, et des ariicles pour VEncuclopédie. 11 avait rédigé entre autres l'article Bonheur public, qui fut rayé, dil-o i, par le censeur, parce que le mot de Dieu ne s'y trouvait pas une fois; plaisanterie imaginée apparemment pour rendre ce censeur ridicule.
21 janrier-.— PaulThiry, baron d'Holbacb, naquit dans le Palalinat, en 1723, et vint de bonne heure se fixer à Paris où il avait acheté, en 1756, une charge de secrétaire du roi. Il se fil connaître par son amour pour les sciences, et par ses recherches minéralogiqueset chimiques. Elles lui procurèrent l'entrée dans les académies de Manheim,
de Pétershoiirg et do Berlin. Mais le baron d'Holh.uh .^e fil Miilonl un noni par son zrle pliiloso|)lii(|ne. et p;ii- le gruul nombre d'ccrUs qu'il publiii eonlre la relii^ion. Il en iil paiMilre eiuiron une lienlaine depuis 170(i jusqu'en 177ô. Il debula, dil-oi), dans ce genre par refaire Winliquilc décollée, (nivr.igc allribué à Boulanger. Depuis, chaque année vit éclore quelque nouvelle preuve; de son 2èle aiitireligienx. Nous n'en citerons que les litres (I) : l'Esprit du clergé; — de l' Impoxlure sacendolale ; — la Con/(iyion ttacréc ; — l'Examen critique des pr()i)lieties qui servent de fondement à la religion chrétienne;
— tes Lettres à Eu^^énie ;•— les Lettres, philosophiques sur l'origine des préjugés; — les Prêtres démasqués, ou les Intrigues du clergé chrétien; — la'Théologie portative, sous le faux nom de l'abbé liernier; — de la Cruauté religieuse; — r Enfer détruit; — l'Intolérance convaincue de crime et de folie ; — l'Esprit du judaïsme; — /' L'ssai sur les préjugés, sous le nom de Dumarsais ; — l'Examen critique de la vie et des ouvrages de saint Paul (cet ouvrage est traduit de l'anjiJais de Pierre Annel, sans que d'Holbach en prévienne): — l'Histoire critique de Jésus-Christ ; — le Système de la nature ;—le Tableau des saints; — le lion sens; — de la Nature humaine ; — le Système social;
— David; — plus cintj écrits insérés dans le Recueil philosophique, dont Naigeon fut éditeur en 1770. Les Eléments de la morale universelle na lurent publiés qu'en 1790. Ou voit ass« z, par le titre de CCS ouvragos, quel en était Tf-spritotle l)ut (2). Dans le titre, ils sont marqués imprimés à Londres; mais ils le Inrent vériiableuient à Amslerdaui, chez Marc-Michel Rey, le même auquel on est redevable de la publication de beaucoup d'autres écrits du même g<'nre. Naigeon, qui enrichit de ses notes plusieurs des ouvrages du baron, et (|ui coniribua à la publicalion de quelques-uns, avoue néanmoins qu'ds ne lui ont guère coulé qw le temps et la peine de les écrire, que le style en est lâche, incorrect et et traînant, et que les répétitions y sont fréquentes. Voltaire el Frédéric s'élevèrent avec force
(1) TVoiis avons suivi pour ces indications !<■ Dictionnaire de'i onrrnges anony/ncs, qm :\ été guide lisi-iuême par'Naigcoii. Mais le témoignage de cet antcuriie paraît pas très-sûr, et on le soupçonne d'avoir' </-ompe la biblioffraphes par suite de son enthouiiasme pour le patriarclteitle la moderne philosophie. D' lluUnich clail riche, Mécène, chef d'une coterie; il nccncilliiil quiconque voulait écrire contre In religion, imprimait les ouvra^gKS les plus philosophiques, et se plaisait soiwent à i'en dire l'auteur..,, yi quel homme initié dans l'art d'écrire, persuada a-t-on que le Bon sens et le lourd Système de la nature, que i'Ecce Homo et le .Système soi iiil sortent de la même main?.,. Biographie uni^'crsetle, article Dumarsais, par M. Delaulnaye.
(2) On trouve dans la Correspondance de Grimm une petite pièce intitulée: t'Abbe et le Rabbin, par le baron d'ilolLadi. Elle est destinée à prouver que les .luit's sont le peuple le plus heureux .de la tercc en dépit des pojdieties portées contre eux.
contre le Système de la nature, dans lequel d'Holbach déclarait à la fois la guerre aux rois et aux prêtres. Ils en parlent avec indignation et mépris dans leur Correspondance, et tous les deux réfutèrent expressément ce monstrueux ouvrage. D'Alembert n'en était pas non plus partisan. J'ai été aussi afpigc qu'indigné de Vincroyable démence et sottise de cet auteur, écrivaii-il au roi de Prusse, le l(j février 1783. Grimm même ne lui est pas favorable : Je ne puis aimer^ dit-il, la doctrine enseignée dans cet ouvrage avec tant de fanatisme, tant d'audace, tant de prolixité.... Il est fort inégalement écrit, chargé de redites ennuyeuses et de vaines déclamations. Grimm nous apprend en cet endroit que Diderot eut beaucoup de part au Système de la nature, et qu(! toutes les belles pages en sont de lui. Il en eut moins au Système social et à la Morale universelle. En revanche, le baioii travailla, dit-on, au Militaire philosophe, publie par Naigcon, et k l'Histoire philosopJiique, de IUiyn;il.
La maison du baron d'Holbach était un des rendez-vous les plus habituels des philosophes de cette époque. Diderot, dans ses écrits, parle souvent de la Synagogue de la rue royale Sainl-Rach, et Galiani appelait le baron le premier maitre d'hôtel de la philosophie. « Sa maison, dit Grimm , fut longtemps un des plus doux hos- » pices des initiés de rEntyclopcdie et leur plus célèbre synagogue. » Nous avons nommé ailleurs les principaux habitués de celte maison, Didorot, llelvélius, Turgot, Naigeon, Grimm, etc. D'Alembcrt n'allait point chez le baron d'Ilolbai h, et Billion cessa de boime b( ure ses liaisons dans cette société. Uoiissean, qui l'avait fréquentée quelque temps, la quitta bientôt, et dans ses Confessions il ne ménage point le baron. « Je ne me suis jamais bien trouvé, dit-il, d'avoir » cédé à ses caresses. J'ai supporté s-es grossièretés tant qu'flles fu- » rent supportables; mais un jour il m'entreprit sans sujet, sans » prétexte, et avec une telle brnt.tlité, que je sortis de chez lui, ré- » soin de n'y plus rentrer. » Il y retourna pourtant en(ore sur les instances de Diderot, qui lui repiésenla qull fallait pardonner au baron un ton qu'il prenait avec tout le monde, et dont ses amis avaient à souffrir plus que personne. Rousseau parle souvent aussi, dans ses Confessions, de la coterie holbachique, et de ses menées contre lui; toutefois il se peut que son humeur ombrageuse lui ail fait exagérer les torts de ses amis. Grimm, qui, dans sa Correspondance, h" partie, tome V, a consacré un article à l'éloge du baron, le peint comme un homme bon et obligeant. « Cependant, dit-il, ce » n'était pas sans effort qu'il dissinmiait son horreur naturelle pour » les prêtres. En parlant d'eux, sa douceur s'irritait malgré lui, et sa » bonhomie devenait souvent amère et provoqu;inte. » Le même Grimm le représente comme un gobe-mouche pour les nouvelles, et comme excessivement crédule ; reproche piquant pour un homme si fier de son incrédulité. Naigeon nous apprend aussi que d'Holbach sur la fin de sa vie s'était entliousia^mé pour Mesmer, et qu'il
porUiit à cet égard la cri'dulitè aussi loin que possible; ce qui occasionna entre eux un rcfioidisscmonl, le i)ai()n n'ayant jamais pu pardonner à son ami de n'clre pas de son avis. Car, ajoute naïvement celui-ci, quand les philosnplics s'entêtent une fois d'un préjugé^ ils sont plus incurables que le peuple même. Nous laissons le lecteur décider quelles obligations on doit avoir au baron d'Ilolbacli, pour les nombreuses et vébémentes pbilippiques, qu'il composa ou qu'il paya, contre Dieu, les religions, les prêtres et les rois; car ils les enveloppait tous dans la même proscription.
FIN DU CINQLîliiME YOLUMR.