tome I
(^1) Bourgoing, Mémoires historiques cl plillosophlques sur Pie FI, me 1.
(2) Filangieri avait été, depuis trois cents ans, le seul archevêque de Naples qui n'eût pas reçu le chapeau de cardinal. (Artaud, Histoire des Papes, tome VIII.
(3) Foyezs,\\v la condamnation de Y Exposition de Mézengui, ces Mémoires, tome IV, page 67.
comme une loi étrangère au royaume des Deux-Siciles. D'autres propositions de l'auteur tendaient à étendre au delà des justes bornes les droits des souverains temporels dans les matières de discipline, à déverser le mépris sur les religieux, à insinuer même de fausses idées de l'Efflise. Le Pape défendit de lui donner la consécration épiscopale jusqu'à ce qu'il eût dissipé les soupçons qu'il avait fait naître. Les premières explications que présenta Serrao n'ayant pas paru sullisanles, et onze questions précises lui ayant été posées au nom du Saint-Père, il s'ensuivit une altercation très-vive entre les deux cours. Le gouvernement napolitain soutenait son protégé avec beaucoup de chaleur. Une commission tirée de la chambre de Sainte-Claire, déclara inadmissible et injurieux au roi l'interrogatoire qu'on voulait faire subir à Serrao. Le roi était invité à passer outre, en le faisant sacrer par son métropolitain et par les évéques de sa province 5 et celte résoluiion fut signifiée au Pape par l'ambassadeur de Naples. Le Pape confia cette affaire à une commission de cinq cardinaux, et, après une suite de négociations, on tomba d'accord sur le projet d'une lettre par laquelle Serrao assurerait le Saint-Siège de son obéissance, et protesterait lui soumettre ses écrits présents et à venir (1). Mais dès
(1) M. Picot ajoutait ici : « Ces promesses coûtaient d'autant moins à » Serrao qu'il était moins disposé à les tenir. »
[[Nous croyons devoir insérer ici la lettre qui fut signée par Serrao, telle que la donnent les Notwelles ecclésiastiques pour 1783, page 1ê8. « Très- » Saint Père, n'ayant jamais eu rien de plus à cœur, depuis ma tendre » enfance, que de manifester mon attachement, ma soumission et mon » obéissance au Saint-Siège, et ayant appris qu'on faisait courir divers » bruits propres à inspirer des soupçons contre moi sur ce sujet, je suis » charmé d'avoir une nouvelle occasion d'assurer que j'ai toujours respecté » sincèrement dans Votre Sainteté et ses prédécesseurs le chef, le pas- » tenr, le maître et le centre de l'Eglise catholique; que j'ai été constam- » ment attaché a la doctrine de l'Eglise romaine et aux constitutions apos- » toUques, comme je le suis encore. C'est pourquoi, voulant rendre un ■> nouveau témoignage du respect que je dois au Saint-Siège, et reconnaîfre ., de plus en plus l'autorité de l'Eglise ciilholique et la juridiction spiri- » tuelle des souverains pontifes pour la garde de la foi et pour Icta- B bassement de la discipline ecclésiastique, je soumets respectueusement » il la censure du Saint-Siège apostolique les ouvrages que j'ai dejh mis au
ANNÉE 1788. 32;î
Tannée suivante, 1784, la (|uestion de la nomination royale anx évêcliés fut reprise avec une nouvelle chaleur : « La cour d'Espagne, dit Bourj^oing, avait réprimé )) quelque temps ce nouvel cmpièlement ; mais on com- )) mençait à se lasser de son joug, et le chevalier Acfon, qui » prenait du crédit, afTermissait le ministère dans ses résis- » tances. » Au mois de mai 1784, le cardinal de Bernis, toujours à Rome en qualité d'ambassadeur de France, et appliqué constamment à servir avec zèle le pape Pie VI, fit le voyage de Naples: il profila de la confiance que lui témoignait la reine, pour plaider adroitement la cause du Saint- Siège : mais il n'emporta que des promesses vagues et des espérances bientôt trompées. « L'humeur, dit l'auteur que )) nous venons de citer, entrait pour beaucoup dans toutes )) les déterminations de cette cour inconséquente et quin- )) teuse. » Les disputes continuèrent do;ic, et des arrêts de la chambre de Sainte-Claire, rendus en 1786, déclarèrent que trois des évêchés, sur lesquels portait la contestation, étant de patronage laïque, devaient être à la nomination du roi. Le Pape s'éleva avec force contre des semences de ce genre, rendues par un tribunal séculier dans une matière toute spirituelle ; il fit représenter au roi qu'on ne pouvait en a' cune manière rep-arder ce
» jour, et je promets de me soumettre, comme il convient à un catholique » au jugement c:inoni(|iie (|u'il eu portera. »
Paviiii les questions, qui avaient été d'aboicl présentées à Serrao, de la pan (lu souverain pontife, quelques-unes concernaient ce que nous avons marque en italique dans la lettre précédente. Entre les autres articles nous remarquons les suivants : 3" licco itnaii se :-vous comme juste le jugement du pontife romain contre le Catéchisme [Exposition) de Méseni'ni.* 4» Quant au Catéchisme de Colbci l (de Montpellier), a^'ez-voiis entendu louer seulement celui qui est imprimé en latin ai'ec les notes du père Pou/et? (C'est qu'en effet le j^rand catéchisme latin, qui n'a paru qu'après la mort du père Poujct, contient d'excellentes notes, qui ont toujours été très-peu goûtées des jansénistes, comme l'explitjue nettement l'auteur des ]\ OUI elles ecclésiastiques.) 5" Hcconnaissez-vuus le Catéchisme de Fleurr traduit en italien, pour un ourrage qui a besoin d'être corrigé? 8o Louez- Tous les ordres religieux approm'és par le Saint-Siège, et reconnaissezlowi qu'ils ont été dans tous les temps utiles et avantageux ù l'Église lorsqu'ils ont fidèlement ohsen'c leurs règles, etc. Nouvelles ecclésiastiques pour 1783, page 156.]]
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droit comme une prérogative essentielle de la couronne, (c II n'y a pas, écrivait en son nom le cardinal secrétaire » d'État, il n'y a pas dans tout le inonde catholique un » seul exemple d'un droit de patronage sur les évéchés, ni » personne qui prétende Tavoir, que dépendamment d'un )) induit pontifical (1). »
[rOutre le point de la nomination royale, il en était un autre presque aussi délicat, concernant la consécration épiscopale, qu'il était d'usage que les évêques napolitains vinssent recevoir à Rome. Il est constant que pendant les neuf premiers siècles de l'Église, toutes les églises situées dans le vicariat de Rome, el par conséquent toutes celles du royaume de Naples, n'avaient pas eu d'autre métropolitain que le Pape. Mais au dixième siècle, l'Italie ayant été divisée en plusieurs principautés indépendantes et jalouses les unes des autres, il devint comme nécessaire d'ériger autant de métropoles, auxquelles fussent soumis les évéchés renfermés dans l'enclave de chaque principauté. Il paraît qu'en conséquence les évêques furent sacrés pendant plusieurs siècles par leurs métropolitains, et que les métropolitains seuls vinrent recevoir la consécration à Rome. Mais, dans le milieu du quatorzième siècle, les Papes avaient rappelé à eux le droit de consacrer tous les évêques de cette région, et cet usage était établi depuis l'an 1340 (2). On se lassait, vers la fin du siècle dernier, de cette dépendance, et l'on désirait vivement s'en atFranclîir.]]
Au milieu de ces difficultés, le nombre des églises vacantes augmentait de jour en jour. Vers le milieu de 1788, le nombre était d'environ quarante-cinq. C'esl alors que Ferdinand IV envoya aux évêques du royaume une circulaire vraiment injurieuse au Saint-Siège et alarmante
(1) Extrait donné par les Nouvelles ecclésiastiques de 1789, page 34 de la lettre du cardinal secrétaire d'Etat au marquis de Caraccioli, du 26 mars
(2) hts Nouvelles ecclésiastiques \m\\v 1789, page 189, donnent un extrait d'un ouvrage publié à Naples sur cette matière, en 1788.
pour la paix de l'Église. Eu voici les principaux passages : « Il y a déjà dix ans que dans les églises cathédrales qui sont venues à vaquer, la consécration des évcques est suspendue ; ce qui fait languir misérablement un nombre infini d'âmes privées de leur premier
pasteur Le roi s'était flatté jusqu'à présent qu un
préférerait enfin le service de Dieu et le salut des âmes à des considérations humaines et à des intérêts temporels malentendus. Mais ayant acquis depuis des preuves évidentes du contraire, il a pensé que le long veuvage des églises était trop nuisible à l'Etat, et encore plus à la religion, pour que Dieu ne lui en imputât pas les suites qu'il n'aurait pas prévenues.... Recherchant donc les moyens convenables aux circonstances, il a vu que la discipline présente qui attribue aux grands vicaires des Chapitres le gouvernement des diocèses vacants suppose les choses dans leur état ordinaire, où la vacance ne dure que trois mois, terme prescrit par les canons et les conciles généraux : mais comme aujourd'hui, dans les cas extraordinaires d'un si long veuvage, la discipline actuelle produirait différents maux, et doit donc cesser jusqu'à ce que les choses rentrent dans Vétat ordinaire,... Sa Majesté a résolu, après avoir pris l'avis de la chambre royale, que les églises vacantes se recommandent aux soinsdes évêques voisins, conformément à la discipline observée durant les huit premiers siècles.... En conséquence, elle a ordonné que le métropolitain, ou à son défaut, l'évéque le plus ancien dans chaque province, verront quels sont les évêques les plus voisins, et qu'ils en feront leur rapport à Sa Majesté, afm que le troupeau de Jésus- Christ ne soit point abandonné , et que les évêques les plus voisins soient autorisés à en prendre le gouvernement.... » Ainsi, d'après la cour de Naples, et les écrivains qu'elle avait à sa solde, c'était le Saint-Siège lui-même qu'il fallait accuser de la longue viduité des églises vacantes. Rien n'était sans doute plus lamentable que les tristes
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effels de cette situation; car l'esprit d'incrédulité -qui était la grande plaie de l'époque, profitait de cette privation des premiers pasteurs pour se propager plus rapidement (l) : mais sur qui falhiit-il en faire retomber les funestes suites, sur celui qui refusait de se prêter à l'usurpation la plus manifeste d'un droit longtemps et solennellement reconuu^ ou sur ceux qui s'obstinaient à troubler cette possessiûn par des prétentions et des cbicanes? quelles bornes auraient les empiétements, s'il fallait toujours que les usages les mieux établis cédassent à la manie des systèmes ou à l'humeur? Cette lettre pouvait faire craindre des mesures extrêmes; et Ton sait, en effet, qu'il fut fait à Naples des propositions violentes (2). Des hommes exaltés co'iraient avec ardeur vers le schisme; mais d'autres plus modérés retinrent la cour de Naples sur la pente ; et la vue des orages soulevés dès les premiers jours de la révolution française la disposa à entrer dans les négociationsj dont nous parlerons à la fin de cet article (3).
(1) L'auteur de l'écrit intitulé: Lanienti detlc lidue, publié en 17S4, lionne sur les piogiés de l'impiété d'alïligeauts détails. Il n'y avait cependant alors que trente evêches vacants.
(2) Les Naiwelles ecclcsiastiques pour 17S9, page 129, après avoir rapporté la lettre du gouvernement napolitain, font celte remarque: « Sa » Majesté sicilienne ne devrait pas seulement oMiger les métropolitains à » faire gouverner les églises vacantes par les évèijues voisins, mais h les n pourvoir d'éi'cques propres .... » L'exemple d'Utrecht était le modèle que ce parti eût voulu voir suivre dans tous les cas de ce genre.
(3J Parmi les ouvrages qui parurent à l'occasion de la vacance des sièges, trois ou quatre surtout fusent remarqués par leur tendance et l'esprit qui les avait dictés. I>'un était intitulé : Lamenli délie ridue ou Plaiitiv des veuves. Phi adelpliie, 178i, 2 volumes in-?". L'auteur qui était, disait-on, le Père Chierizi, Dominicain, se plaignait vivement des maux qu'entraînait cette situation. Chierizi, qui adressait des rimnntrances séparées au Pape, au roi, à la reine, aux ministres, aux confesseurs de la cour, aux évêques du royaume, au procureur général de la couronne, aurait pu s'attacher siirtoul il fléchir le roi de Naples et ses ministres de q'ii il dépendait de mettre fin à la vacance des siégeS;
En 178S parut une brochure intitulée : La Pragiuntique de saint Loitis, roi de France, proposée iiuz rcfo: mateurs de la dacipliite eccleiiastUjiie, ou Lettre d'un canoniste 'a un uiinistre, quarante-trois pages in-12- L'auteur <]ui était, <!it-on, un évè(]ue, voulait iju'on introduisît cette pragmatique à r^aples. Il soutint son écrit dans une Rchome a une critique du journal
Le second clicf, sur le(|uel la cour de Napics miiltipiia-it ses ordonnances, concernail les oi'dres religieux et leurs biens. On réduisait arbitrairement le nombre des couvenis, surtout de ceux des mendiants. On avait demandé un brel pour autoriser la suppression ou la réunion de plusieurs monastères de la Calabre : le Pape ne tarda pas à apprendre qu'abusant de sa concession, on avait étendu cette mesure à un tel point qu'elle était devenue un véritable brigandage. On supprimait des églises, on s'emparait de leurs biens : leur argenterie était envoyée à la monnaie : des religieux affectionnés à leur vocation étaient obligés d abandonner la pratique de leur règle : on privait des filles beureuses dans leurs cloîtres, de la retraite qu'elles avaient eboisie, et où elles trouvaient une vie tranquille, une subsistance assurée, et un asile nécessaire à leur vocation, et on les lançait dans le monde où elles étaient étrangères et déplacées. Le Pape envova son secrétaire d'Etat porter ses représentations à Naples : tout fut sans succès. Plus tard, le 25 juin 1786, un nouvel éclit ordonnait aux religieux de rompre tout lien de dépendance h l'égard de leurs généraux , étrangers au royaume. [[Nous citerons les termes durs et blessants avec lesquels ces mêmes ordres furent renouvelés par un
ecclésiastique de Moine, n. 36, 37 et 38 de 1788, et depuis, il publia une Dissertation sur le droit des archev>éques du royaume de sacrer les c'i'éques, in-8" de cent t|uat(irze pages. Ces écrils sont absolument dans le sens de la cour, l'auteur y proposait nettement au roi de rétablir ce qu'il appelait l'ancienne discipline, sans recourir à l'intervention du Pape.
Un ouvrage plus violent encore est celui qui parut en 17SÏ), sous le titre de La monarchie uni^'ei'sclle des Papes, iii-S" de trente deux pages. C'est un di^('ours adiesséii Ferdinand IV et aux souverains chrétiens. L'auteur, l'abbé Marcel-Eusèbe Scotti, pretentait les Papes comme les auteurs de tous les maux de rE;;lise; il comparait la cour de Rome a. la synagogue, appelait le Pape le chef ministériel de l'Eglise, et la bulle Unigeniliis,\t chef il'ooiwre de l'esprit de ténèbres : il prenait la défense de l'Eglise janséniste de Hollande. Ce livre insj)iré par la haine fut misa l'Index par décret du 2 juillet 18(14. Au surplus, l'auteur se démasqua depuis; il se jeta, en 179t), dans la révolution napolitaine, devint membre de la commission l<'gi>lative, et fut mis à mort après le retour du roi, en janvier ISOO. C'est ainsi qu'à Napics, dans le clergé même, des hommes aveugles ou perfides cour, icnt au scliisme.
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nouvel édit en septembre 1788 : ils n'expriment que trop bien la domination hautaine que s'attribuait le gouvernement. Voici le texte des trois premiers articles : « I. Nous )) abolissons toute autorité, influence et suprématie étran- )) gères, et les excluons formellement des maisons religieu- » ses et congrégations de nos royaumes. Nous les délions de » toute oblii^ationpassis'e ôiG ^ovx\e.vnemftï\i^ discipline, po- )) lice religieuse, envers les monastères et maisons rcligieu- M ses,... des Etats étrangers: nous défendons, sous peine de » bannissement, d'aller ou de recourir aux Chapitres, qui )) se tiennent sous aucuns supérieurs étrangers, d'en rece- » voir obédiences, lettres facultatives, ou autres émanées )) de supérieurs étrangers, de recevoir aucuns visiteurs re- » vêtus de leur autorité, et de leur faire quelcjue acte )> d'obéissance. II. A l'avenir les maisons religieuses de » nos royaumes seront absolument gouvernées par leurs )) supérieurs respectifs, sous la direction des évéques )) diocésains quant au spirituel, et pour le temporel, sous )) notre autorité royale. III. Lorsqu'on voudra convoquer » les chapitres, il faudra préalablement en obtenir de )) nous la permission 5 nous réservant, dans le cas où nous » le jugerons à propos, d'y envoyer un magistrat ou un )) évèque délégué, qui v assistera en qualité de commis- )) saire de la cour, pour y maintenir l'ordre : on élira )) dans ces chapitres les supérieurs;... on y établira les » règlements que l'on croira utiles pour la discipline; )) mais ces actes capltulaires ne pourront avoir leur effet )) qu'autant qu'ils seront confirmés par nous. Cette confir- )) malion donnée, les provinciaux et autres supérieurs, « auront, en vertu de notre agrément, le gouvernement » de tout ce qui concerne la discipline claustrale, la visite » des monastères, et de leurs églises, la juridiction, l'éco- •» nomie, et l'administration du temporel, sous notre auto- » rité(l). » On retrouve ici les mêmes mesures, et le même
>■ (1) Edit (lu roi de INaplos, du 1'' sqUcnibrc 1TS8, dans le Mei cure de r'rciiue, octobre 1788.
ANMŒ 1788. 320
Janjjagc, que nous avons déjà vu adopter par les beauxfrères de Ferdinand IV (l).
Ce n'étaient pas seulement les con^'^ré-galions gouvernées par des supérieurs étrangers qui subissaient l'action de ces dispositions malveillantes : celles même qui avaient été formées dans le royaume, qui y avaient leurs Condateurs et premiers supérieurs, qui en faisaient la gloire, qui y obtenaient les plus beaux succès, devenaient l'objet de tracasseries funestes, et étaient menacées de leur ruine. Telle fut par rapport aux Rédemptoristes, la source des tribulations amères qui allligèrcnl si cruellement les dernières années de saint Alpbonse de Liguori. Le vertueux fondateur avait un firand désir de voir la rè£rle de la congrégation des llédemptoristes, déjà autorisée par le siège apostolique (2), appuyée pareillement de la sanction royale : cette précaution était nécessaire pour triompher d'obstacles toujours renaissants qu'éprouvaient les établissements (ju'il avait formés. Ce fut surtout après qu'il eut donné la démission de son évéché, en 1773, qu il donna tous ses soins à cette affaire. Pour arriver jusqu'à l'autorité, il eut d'abord à triompher de la malveillance de ceux qui repoussaient toute association, et ce ne fut là que le commencement de ses épreuves. Ceux de ses prêtres qui agissaient en son nom auprès du gouvernement, firent à son insu des modifications essentielles à la règle, et en particulier ils supprimèrent les vœux simples qui liaient les membres. Puis le grand aumônier du roi, à qui la cour avait confié ces sortes d'affaires, prélendit imposer à la couprémition ce nouveau rèj'lement, comme le seul que désormais elle pût suivre. D'un autre colé, de faux frères, prévinrent contre Alphonse l'esprit de Pie YI, en supposant que c'était de son consentement qu'une règle approuvée par le Saint-Siège avait été si profondément alté-
(1) Foyez plus haut, page, 162, l'edit de IViiipL-rcur Joseph II,— rarlicii,' Jcf de la punclation d'I^ins, :i iaiinclh- raithiduc tlcclcuf de Cologne eut t :îU <le p:irt, p.igc 'î.'id, — les <;li;.s d(' I.i-opold, ji:igc lia.
(2) /'inez vvs Mcinoircs, to:iic lil, p:igi: loO.
rée. En conséquence le saint homme, impuissant vis-à-vis de la cour de Naples, tomba dans la disgrâce du Pape, auquel il ne put, pendant sa vie, faire clairement connaître la vérité : il éprouva les effets d'une sévérité, que l'intervention des évêques les plus zélés du royaume de Naples ne put adoucir qu'en partie : il vit la congrégation déchirée et prêle à se dissoudre. Ces rudes épreuves, jointes à son grand âge, à de douloureuses infirmités, à des peines intérieures, lui firent souffrir pendant les dix dernières années de sa vie un cruel martyre, et lui donnèrent l'occasion de prati(|uer ce que la vertu a de plus héroïque (l).j]
Une troisième source de dillicultés venait des prétentions de la cour de Naples ixdativement au mariage ,• point sur lequel elle voulait appliquer les principes adoptés par Joseph et Léopold. Le 28 février 1784, un édit ordonnait aux évéques d'accorder par leur propre autorité les dispenses pour lesquelles il était d'usage de recourir au Saint-Siège. Les réclamations qu'adressa à cette occasion le cardinal archevêque de Naples ne furent pas écoulées. Bientôt un incident pari Icu lier vint irriter cet te contesta lion déjà si vive. Le duc M.igdaloni était en procès avec dona Cardenas, son épouse, qui demandait le divorce, et l'archevêque de Naples déclara, en effet, le 4 décembre 1784, le mariage nul. Le duc ayant interjelé appel, la chambre royale renvoya l'affaire devant une commission composée du grand chapelain ou aumônier, de deux juges ecclésiastiques, et de deux conseillers laïques ayant tous voix dëcish'e (2). C'était afin de décliner le jugement du Saint- Siège, auquel la cause devait être portée sur l'appel du métropolitain. Le Pape fit exposer ses droits 5 on n'y eut
(1) j" S:iint Alphonse de Lii;uoii, nioiinU en 1787, Agé de près de quatrevingt-onze ans l.es peines criullcs qu'il éprouva, j)ar suite des eli;\ngc,;n«nts exiges dans ses coi.stitutions par le gouvernement napolitain, sont racontées avec de curieux détails dans les Mcmoires sur la vie et la conçircgalion de sauit Jlphoiise de Ligiwri, jjar le père Tannoia.]]
(2) Noii^'elfes cccicuailiques, pour 1788, page 121.
aucun ("j^ard. Une nouvelle commission lut saisie de l'aflaire par ordre du prince : elle clait composée d'Etienne Cortez, évéque de Motula, de deux juges laïques et de deux théolo,;;iens. Le 7 juillet 1788, ce prélat confirma la sentence de l'archevêque de Naples. l'ie VI •lui écrivit à ce sujet le 16 septembre. Il lui reprochait d'avoir acce[)té d'une puissance laïque une déléfjalion sur une pareille matière, réservée à l'Kj^lise par le di'oit commun. [[A cette occasion, il s'appii(]uait à réfuter les faux principes que l'on cherchait alors à propaj^er contre les droits de l'Eplisc relativement au mariajre. (( C'est un dogme de foi, disait-il, que le mariage est » un des sept sacrements de la loi évangélique instituée
» par le divin Sauveur Or c'est à l'Eglise qu'a été
» confié tout ce qui regarde 1 administration des sacre- » mcnfs. C'est donc à elle qu'appartient le droit et la » puissance d assigner à la forme ce contr;!t élevé à la » dignité de sacren)ent et par conséquent de prononcer 1) sur la validité ou Tinvalidilé des mariages. » Il rappelait le canon du concile de Trente qui fr.ippe d anaihème ceux qui nient que les causes matrhnouiales afypartleiinent aux juges ecclésiastù/ues (l). Puis il ajoutait : « Nous » n'ignorons pas qu'il y a des auteurs, qui, attribuant » trop à l'auiorité des princes séculiers, et interprétant » d'une manière captieuse* les paroles de ce même canon, » ont entrepris de soutenir que, les Pères de Trente » n ayant pas employé la formule, que toutes les causes M matrimoniales appartiennent aux seuls juges ecclésias- » tiques, ils ont par cela même laissé aux juges laï(|ues le )) pouvoir de connaître au moins des causes matrimoniales, » oîi il s agit d'une question de fait. Mais nous savons » aussi que cette manière d'argumenter toute captieuse est )) destituée de fondement; car les termes du canon sont si » généraux qu'ils compi-ennent toutes les causes, et l'esî) prit ou la raison de la loi ne permet aucune exception ni
(1) Concil. Trid. Sf<;s. Wll, de Sacrant, riia'i im., c:ip. 13.
» limitation (l). » Il en concluait que les princes chrétiens, qui avaient fait des édits sur cette matière, n'avaient agi que comme défenseurs et exécuteurs des lois même de l'Eglise.]] Il adressait à l'évêque de Motula d'autres reproches accessoires. Il le blâmait d'avoir renoncé à la formule ordinaire, par laquelle les évèques ont coutume de commencer leurs ordonnances : Evêque par la grâce du Saint-Siège apostolique. M. Cortez avait, en effet, supprimé cette formule, à l'imitation de quelques anciens prélats français, favorables à l'appel. Mais, ce qui est étrange, et ce qui montre que , si l'évêque de Motula craignait de paraître trop dévoué aux souverains Pontifes, il était au moins bon courtisan, c'est qu'il s'intitulait : Ewéque par la grâce du roi ^ formule véritablement digne d'un prélat anglican, et conforme dans le fond à l'esprit de toutes ces réformes, qui ne tendaient à ravir à l'Eglise et à son chef leur autorité que pour la transporter à la puissance temporelle.
L'internonce ayant voulu remettre ce bref à l'évêque de Motula, celui-ci lui répondit par des propos injurieux, et se plaignit à ses protecteurs. La cour de Naples se prétendit outragée. Elle était apparemment dans U7i de ces accèsdljunieur,queVauleurdesMét7îoires sur Pie P^Ipemt comme fiéquents dans cette cour. La démarche de 1 internonce fut qualifiée d'attentat, de crime de lèse-majesté, et il eut ordre de sortir du royaume dans deux fois vingtqualre heures.
Un quatrième objet du démêlé regardait les droits temporels du Sainl-Siége, et spécialement la présentation de
(1) [[Le pape Pie VI, dans son bref au cardinal de Frankemberg;, arclievêque de iViaiincs, du 10 septembre 1784, s'était exprimé ainsi au sujet d'une opinion analogue, savoir si, sans détriment du pouvoir appartenant à l'ICglise, le prince pouvait aussi établir des empêchements: « Nous ne con- » damnons pas absolument ces docteurs catholiques (|ui ont enseigné que w le prince pouvait ajouter des empêchements (|ui rendissent la matière » non apte au sacrement; quoique d'autres la rejettent arec beaucoup plus » de raison. » L'original de ce bref se trouve aux archives de l'archevêché de Malines, comme l'assure M. Carrières, de Malriinonio.]]
1.1 haquenée, ou clicval blanc dccemracnt orne, que les rois de Naples devaient présenter chaque année la veille de Sainl-Pierre, avec certaines solennités déterminées par l'usage. Dès Tannée 1776, le ministre Tanucci avait voulu interrompre cet usage (1). En 1788, on refusa tout à fait de l'accomplir: mais le roi consentait;! payer lessept mille ducats d'or, qui devaient être offerts avec la haquenée, et il promettait d'y ajouter cent soixante-quinze ducats pour compensation du reste, voulant en cela, disait-il, donner une preuve de sa dés>otion pour le Prince des dépêtres. Le fiscal du Saint-Siège protesta et n'accepta pas la somme offerte, comme ne répondant pas aux engagements pris par le monarque à son avènement à la couronne : le Pape lui-même adressa à ce sujet une allocution aux cardinaux. D'un autre coté, le roi de Naples écrivit pour soutenir son procédé. En attendant le gouvernement mit sous le séquestre les bénéfices qui n'étaient pas à charge d'àmes, et poursuivit son plan d'attirer à lui les biens ecclésiastiques (2).
— Accord conclu entre le Pape et le roi de Naples. Ouoir[ue la réconciliation n'ait eu lieu que vers la fin de l'année suivante, nous crovons devoir terminer ici tout ce qui concerne ces tristes affaires. Le Pape, plus affligé que
(1) Voyez plus haut, pajjc 110 de ce volume.
(2) [[Nous avons sous les yeux la protestation du premier fiscal du Saint- Siège et la Itllre écrite par Ferdinand IV. au Pape, au sujet de ce dilTcrend (.Vercu/e</eFraHce, août et scplenihre 1788). Voici le sommaire des raisons alléguées de part et d'autre. — Le droit de la cour d« Uonie est établi suv les conditions de l'investiture donnée par Jules II, et souvent renouvelccs depuis. Le roi Charles, père de Ferdinand, l'avait reconnu en 1739, et le roi Ferdinand lui-même, en |>rêtant hommage à Clément XIII, à son avènement, avait juré d'accomplir entièrement les conditions contenues dans lo anciens titres, et il les avait accomplies les années précédentes. — Le roi alléguait que l'investiture du royaume de Naples n'était pas sérieuse, les Papes, disait-il, n'en ayant jamais été les maîtres; que par conséquent les promesses faites à cette occasion étaient des pactes sine causa, ne produisant aucune ol)ligation, et ne ])0uvant même être validées par laprescrifitioii on la po^icssion; et que les huiles anciennes ne parlaient pas de la haquenée, <les cérémonies de sa présentation. C'était un simple iisaue qui se serait introduit peu à peu depuis un siècle, que le roi ne regardait que comme factiUtUif, et qu'il niait avoir promis d'observer.]]
personne de la longue vacance de tHnt de sièges et de l'état malheureux de tant de peuples dépourvus de pasieurs, souhaitait vivement de terminer à l'amiable des difFérends si pernicieux à la religion. Il avait cherché plusieurs fois à nouer des négociations qui n'avalent pas été accueillies. Toutefois, il se trouvait à la cour de Naples des esprits plus modérés, ou plus réfléchis, qui portaient à la concorde. Le marquis de Carracioli, ministre des affaires étrangères, qui était regardé comme un antagoniste redoutable, parce qu il était vraiment philosophe, et qu'il avait donné, dans sa vice-royaulé de Sicile, des preuves de son caracièrc réformateur, lui à qui on avait entendu dire plus d'une lois : Si je deviens jamais ministre du roi de Naples, je saurai bien le rendre indépendant du grand 3Iuphti de Rome; était devenu, au grand étonnement de tout le monde, le principal avocat du Saint-Siège (l). 11 était temps, en effet, qu'on adoptât des maximes plus sages. Déjà s'élevaient en France des orages qui devaient retentir jusqu'aux extrémités de l'Italie, et y produire tant de ravages et d'ébranlemenis. A mesure que la révolution française prenait un caractère plus grave, et un aspect plus inquiétant, les souverains qui s'étaient laissé aveugler jusqu'à faire la guerre au Saint-Siège, durent sentir leur erreur et chercher à la réparer. Le gouvernement napolitain mit donc graduellement moins de hauteur et de ténacité dans ses rapports avec le Pontife. Les négociations recommencèrent à la fin de 1789, et l'année suivante vit éciore un accommodement définitif. Il fut convenu que chaque roi de Naples payerait, à son avènement au trône, une somme de cinq cent mille ducats, en forme de pieuse offrande à Saint-Pierre^ au moyen de quoi la présentation de la haquenée serait abolie pour toujours, et le roi ne serait pas appelé ^vassal du Saint-Siège. On arrêta aussi que le Pape nommerait à tous les bénéfices du second ordre,
,^.(1) Bourgoing, Mémoires sur Pie FI.
mais ne choisirait que des sujcis du roi, el que, pour les sièges épiscopaux, il y nommerait sur une liste de trois candidais présentés par le roi. On devait continuer d'avoir recours à lui pour les dispenses et les ail'aires matrimoniales. Il consentait cependant à valider toutes les dispenses cpii auraient été accordées par les cvècjucs penclanl les querelles. Telles Curent les principales conditions de cet acconnnodement, où le roi de Naples obtint presque tout ce qu il avait désiré.
Cette réconciliation fut suivie d'un voyage qu'il fit à Rome avec la reine son épouse au printemps de 1791. Le Pape leur fit la réception la plus affectueuse 5 il parut ne conserver aucun resscn liment du passé, et Ferdinand avoua, dit-on, que c'était contre son inclination qu'on l'avait entraîné dans ces longues contestations. Le traité uc fui pourtant pas mis tout de suite à exécution. De nouvelles dillicultés vinrent encore à la traverse, et ce ne fut qu'au commencement de 1792 que les sièges vacants furent définitivement remplis d'après les formes du nouveau traité. Il y avait plus de quinze ans que les deux cours étaient divisées à ce sujet. Ainsi se termina tout à fait celte lutte si longue et si peu réfléchie. Un peu plus tard, Ferdinand vit ces avocats si éloquents contre le Saint-Siège, ces marquis si pliilosoplies, ces évéques si courtisans, se déclarer contre lui, comme ils s'étaient déclarés contre le Pontife; abandonner ses droits comme ils avaient abandonné ceux de l'Eglise; se servir, pour saper son autorité, des mêmes principes qu'ils avaient employés contre l'autorité du vicaire de Jésus-Christ, et lui donner ainsi la mesure du dévouement profond qu'ils afreclaicnt pour son pouvoir.
— Le 30 janvier. OpvDonnakce adressée pati Joseph 11 ALX Etats de Brabant pouk les dissoudre, et pour révo-
Qt'ER LES COKCESSIONS A^TÉUIEUBES. MeSURES PRISES PAR LE
PRINCE AU SUJET DU SÉMINAIRE GÉNÉRAL. RÉVOLUTION QUI EN EST LA CONSÉQUENCE. CoNDUITE DU PapE EN CES CIRCONSTAN- CES. L'affaire qui parut le plus préoccuper Joseph 11 dans ses dernières années, et qui finit par exciter la guerre civile, fut celle du séminaire général de Louvain, dont nous avons déjà raconté les premières phases (l). L'opposition si marquée qu'avait rencontrée cet établissement n'était nullement à ses yeux une raison d'y renoncer; il se roidit contre toutes les remontrances; et il donna les ordres les plus positifs pour que cette école se rouvrît le 15 janvier 1788. Les évêques de Belgique réclamaient unanimement. Le cardinal Frankemberg, dans plusieurs lettres écrites au comte de Transmansdorff, gouverneur des Pavs-Bas, déclara u qu'il lui était absolument impos- )) sible de concourir directement ou indirectement à la )) suppression des séminaires diocésains, et à V établisse- » vient du séminaire général. » [[Indépendamment de l'esprit des maîtres, qu'il avait appris à connaître, « il re- » présentait, de l'aveu de tous les évêques, et même de » tous les Etats des provinces belgiques, qu'il y avait le )) plus grand danger pour la religion dans la concentra- )) tion de la science de la religion dans une seule et uni- » que école, fût-elle la plus orthodoxe et la mieux com- )) posée, puisque si jamais, ce qui n'est que trop possible, )) l'erreur s'y introduisait dans l'enseignement, toute la » source de la doctrine se trouverait tout à fait infectée » et sans remède (2). »]] L'évêque d'Anvers s'expliqua dans le même sens. Les théologiens de Malines, de Gand, de Tournai, présentèrent des requêtes analogues. L'université de Louvain surtout repoussait des changements dont elle sentait tout le danger. Ses réclamations ne furent pas écoulées. On chassa, pour la seconde fois, les docteurs, qui avalent repris leur chaire au moyen de
(1) J^oyez jilus haut haut, pages 2G4 et suivantes.
(1) LeUics du cardinal daus les youvellea ecclésiastiques pour 1789, page 53. !
ANiNÉli 1781). 337
riiccommodement conclu en 1787. L'iiniversilé représenta, en vain, f|u'elle élal! cor|)S brabançon, et qne ses privilrfjes faisaicnl partie de ceux de la province. On ne tint aucun compte de ses j)laintes, et on lui ordonna d'obéir. Elle se crut en droit de s'y refuser.
Cependant le séminaire général s'ouvre. Le docteur Leplat, d'autant plus protégé par Josepb qu'il était plus mal vu des élèves, et qu'il cliercbait plus ardemment à répandre dans ces contrées les principes de Febronius et d'Eybel, Leplat recommence ses leçons, et ne recueille que des huées. Les autres professeurs se présentent pour ouvrir leurs cours. Personne ne s'y montre. Le gouvernement s'irrite. Un commissaire impérial vient h Louvain le 6 février. On veut punir l'université de son opposition. On fait inscrire les édits de l'Empereur sur ses registres. Elle proteste. On retranche de son sein quatre docteurs, qu'on avait peu auparavant privés de leurs chaires. La Faculté de théologie réclame contre cette exclusion, et refuse de délibérer. On casse le recteur, et Ton en met un autre à sa place. Ce dernier est rejeté par ses collègues. Le temps étant venu d'en élire un autre, vingt-trois membres sur quarante, dont l'assemblée était composée, choisissent le recteur destitué. Le gouvernement annulle cette élection, prive les vingt-trois de tous droits et fonctions, et les exclut de l'Université. Le nouveau recteur est banni pour dix ans. Dix-neuf autres docteurs sont condamnés successivement à la même peine.
Pendant quelque temps, on eut l'espérance de voir finir ces contestations. Joseph parut un moment disposé à renoncer à des projets qu'une opposition si forte eût sufli pour rendre nuisibles, même quand ils auraient été dictés par la sagesse. Des députés des Etats de Brabant furent chargés de conférer avec le gouverneur sur les points qui donnaient lieu aux querelles. Ce moyen n'eut malheureusement aucun succès. L'empereur exigeait que les docteurs de la Faculté de théologie, qui avaient été dépossédés de leurs droits, se soumissent poncluelleinent T. V. 22
el avec toute soumission aux décrets, feulements et autres dispositions concernant le régime de l' Université. N'ayant pu l'obtenir, il fit connaître aux Etats son mécontentement et les nouvelles mesures qu'il adoptait pour soutenir le séminaire général. [[On reconnaîtra facilement sa hauteur el son opiniâtreté accoutumées dans la dépêche curieuse que le gouverneur TrausmansdorfF adressa en son nom aux Etats de Brabant, le 26 juillet 1788.
« ïiès-révérends,... l'Empereur s'étant fait apporter » la Lettre que vous lui avez adressée dans votre assem- » blée générale,... Sa Majesté a trouvé bon de nous or- » donner de vous faire connaître mot à mot, de sa part ce » qui suit : Que comme ce serait donner un très-mauvais » exemple que de faire rentrer dans leurs places, ou d'ac- » corder m^me des pensions aux membres de l'Université » qui ont, par choix, abandonné ces places, en préférant » le parti d une désobéissance soutenue et réfléchie, elle » désapprouve ce qu'on a laissé concevoir d'espérarice en » faveur de ces membres;...
» .., Que, mécontente de tous les événements qui se » sont succédé à Louvain, elle a résolu de transporter à » Bruxelles, sous les yeux du gouvernement, les Facultés » de droit, de médecine et de philosophie, en laissant la » Faculté de théologie à Louvain, avec le séminaire gé- » néral —
» Que pour ce qui concerne le séminaire général, elle » ne trouvera pas de diliicnltés à accorder par la suite des » modifications, comme, par exemple, de réduire le cours » de la théologie de quatre à cinq ans; mais qu'il n'y a » rien à faire, avant que la question sur laquelle tout roule » ne soit décidée, savoir si la doctrine qu'on y enseigne, M est orthodoxe, ou si elle ne l'est pas ; que sensible à toutes » les défiances/o/'g'ee5 et répandues par le clergé, elle ne » saurait laisser, quant à l'orihoJoxie de l'enseignement, » un louche qui s'étendrait à l'enseignement qui a lieu » dans tous les royaumes et provinces de sa domina- D tion ; . . .
)» Qu'ainsi, croyant devoir à ses fidèles sujels de les » apaiser sur un point aussi essentiel par sa propre solii- » citude, et voulaiil y pourvoir par le canal des évèques , » poil! confondre leur ofi/iidlretc, ces! son inJention que » l'archevêque (le iMalines, lévêque d'Anvers, et tous les n évèq»ies,quis opposenlauséininairegénéral,en refusant » d'y envoyer les élèves de leurs diocèses destines à la » Icologie, ou en les dclournant d'y aller, se rendent à » Louvain, qu'ils y séjournent quelque temps, et c/iiils » assistent aux leçons de théologie, afin qu'ils soient par » là à même, ou de se convaincre de l'orihodoxie de l'en- » seignement, onde redresser par eux mêmes les profes- » seurs, s'ils avançaient des erreurs, et de les en faire » revenir
» Qua/)rc;s avoir épuisé par ce moyen tout ce nue les n évéïjues peuvent désirer, Sa Majesté est autorisée à leur » imposer un silence perpétuel sur les dangers qu'ils w cherchent à faire craindre pour la relipion.
«Qu'elle entend, au reste, invariablement, Vquilne » peut exister d'étude de théologie hors du séminaire gêné- » /•«/,- les évèques qui réclament ledroit de l'enseigner dans » leurs séminaires particuliers n'en ayant pas plus aujour- M d'hui qu'ils n'en avaient, lorsqu'en l'année 1786 ils ont » envoyé leurs séminaristes à Louvain (l), ni [)lusque les » archevêques électeurs de Cologne et de Trêves, le prince » évêque de Liège (2), les évèques de Tournay et de Gand, » de même que tous ceux des pays héréditaires d'Allema- » gne, de Hongrie et d'Italie, (|ui ne regardent pas l'ensei- » ment de la théologie dans leurs séminaires, comme une » propriété dont l'exercice soint inséparable de lépiscon pat; et 2" tjuil nest permis de conjérer les ordres ma-
(1) Voyez plus haut, page 265.
(2) [[L'assertion conccrnanî l.itge Tut roicasion d'une dénionslralion contraire. Le cliapilrc de la catliédrale s'ttant asstnibltJ à ce sujet demanda des éclaircisscineiils an prélat ([ui assura n'avoir donné aucun lien à ( c qu'on lui al(ril)uàt celte (onduitc. [.hntiiuil lilUiairc ri /lishu iqiic dr FiMrv août 1 788 )]J
» jeurs qu'à ceux qui ont fait leurs études au séminaire V général, et qui ensuite seront examinés et approuvés » par leurs évêques ;...
» Qu'elle enjoint à son gouvernement de veiller à la » ponctuelle observation de su résolution in éwocable, nom- » mément sur les deux points dont il vient d'être fait » mention, lui interdisant absolument d'admettre aucune » représentation
)) Qu'elle veut bien, au reste, déclarer, quant aux 1) ordres religieux, que chacun pourra faire ses vœux à » l'âge de vingt-quatre ans; mais qu'il ne pourra jamais )) être ordonné préire, s'il n'a pas fait sa théologie à Lou- )) vain (t).... »]]
En conséquence de ces ordres rigoureux, il fut enjoint de fermer tous les séminaires épiscopaux le 31 juillet, afin que les élèves pussent se rendre à Louvain au commencement du mois de sepîcmbre. Ces mesures excitèrent dans la population un méconlentement universel. Les esprits exaspérés par tant d'atteintes portées à leurs droils et à leurs usages, oublièrent ce qu'on doit au souverain, même lorsqu'il se trompe. L'effervescence ne se manifesta pas seulement par des murmures. A la vérité, dans quelques lieux, comme à Namur, les séminaires furent fermés sans trouble extérieur, parce que l'on fit partir les élèves à l'insu du public : mais ailleurs, il y eut des conflits sanglants entre la troupe et le peuple qui s'opposait à la sortie des séminaristes. A Anvers, les militaires ayant été réunis sur la grande place, furent assaillis à coups de pierre; ils tirèrent sur la multitude : neuf personnes tombèrent mortes sur le coup; une vingtaine d'autres furent gravement blessées, et la plupart moururent quelques jours après de leurs blessures. A Malines, un détachement d'invalides avant voulu forcer les jeunes théologiens à quitter le séminaire, le peuple accourut, et chassa les militaires : alors le commandant ayant rassemblé les deux
(1) lia dépêche se trouve en entier dans le Met cure de Fiance, aotlt 1788^.
compaî^iiics de ces vieux soliliits, ils se formèrent en bataillon carré, et répondirent aux coups de pierre par des coups de liisil : et de put cl d'autre, il y eut quoiqties personnes blessées. Il fallut laire venir de la cavalerie et du canon, et il fut procédé à de noiiibieuses arrestations (I). [[De si tristes conjonctures obligèrent lesévèques de rappeler les esprits à la paix et à la soumission. C est dans cette vue que le cardinal de Frankemberg écrivait, le 31 juillet 1788, aux fidèles de son diocèse : « Ne vous » laissez jamais détourner ni de votre allacbeiuent invio- )» lableà lu religion, ni de la fidéliiécpie vous devez à votre » souverain. Soyez toujours aussi bons et fidèles sujets
» que eaiboliques sans reproches Gardez-vous de vous
» permettre jamais de mal interpréter les intentions du » prince; ce qui étant contraire à la chaiité chrétienne » vis-à-vis de vos frères, deviendrait une injure atroce à » l'égard de celui cpii est le père de son peuple : en un mot » laissez avec coniiance et trant|uillilé le soin de l'Eglise » et de l'Etat ;i ceux à (|ui la diviiie Providence l'a confié; » et reposez -vous entièrement, pour ce qui concerne la re- » ligion, sur la vigilance et le zèle des évêques. » L'évèque d'Anvers pidîlia un mandement conçu presque dans les mêmes termes.]]
Ce langage prudent et modéré ne put empêcher l'agitation et les murmures de croître chaque jour. Les Etats de Brabant el de Hainaut refusèrent les subsides accoutumés, sous prétexte que Joseph n'accomplissait pas les engagements qu il avait pris à son avènement. Joseph crut arrêter le mal par des mesures plus sévèrts. C'est l'objet de la dépêche suivante qu'il adressa aux Etats de Brabant le 7 janvier 1789 : « Le refus âe^ subsides ordi- » nalresauquelaoséseporter le tiers-état de mon duché de )) Brabant (-2), m'engage à révoquer dès ce moment pour
(1) Mercure de France, août 178S.
(2) [[Ces paroles supposent que les (1( iix premiers ordres, le clergé et la nol)leise n'avaient pas <te part dans !<■ refus des subsides, que prohahletnenl jls n'avaient pas à voter, j]
» celte province toutes les concessions que je lui avais » faites, et nommément celle de l'oubli de tout ce qui s'est » passé pendant les derniers troubles, que j'avais eu la » clémence d'accorder. Je défends à mon gouvernement » général de ne me plus proposer de grâce quelconque » pour les individus, soit du civil, soit du clergé de cette » province, et d'en placer aucun.... Mon gouvernement, » à l'aide du militaire, fera la recherche la plus exacte » des personnes de toutes les classes, qui, pendant lesder- » niers troubles, se sont rendues coupables, de fait, de )) paroles, ou par écrit, pour les punir selon que je le trou- )» verai convenir aux circonstances. Après le refus que vous » osez vous permettre, de consentir aux subsides qui sont » dus pour l'entretien de l'adminislralion publique, vous » ne pourrez plus, dans aucune manière, réclamer la » joyeuse entrée {le pacte inaui^ural) à laquelle je ne me » crois plus lié, tandis que vous osez oublier ce que vous » me devez comme de fidèles sujets. « Il paraît que d'abord les Etals de Brabant, ou du moins la noblesse et le clergé, cherchèrent à apaiser T Empereur par des preuves de soumission, et le prièrent de regarder comme non avenues les représentations qui avaient excité son indignation. Les Eiats du Hainaut, qui ne montraient pas la même docilité, furent dissous. Par une ordonnance du 30 janvier 1789, l'Empereur se réservait de pourvoir au recouvrement des impositions, jusqu'« ce quil eût pu donner une nouvelle constitution, qui, en conservant les privilèges raisonnables de l'ancienne, « fît cesser à jamais les en- )) (raves que des esprits malintentionnés étaient parvenus )> à opposer à l'exercice de sa souveraineté. « On continua en conséquence les poursuites et les arrestations : on verra tout à l'heure quels furent les résultais de cette conduite.
Au milieu de ces troubles, Joseph n'oubliait pas son séminaire général, objet d'une si imprudente prédilection. Il donnait de nouveaux ordres pour forcer les étudiants à s'v rendre : il bannissait des abbés qui avaient refusé d'y
envoyer leurs relij^icux. Seulement il fil (Jrchii^r nux évèques qu'ils pourraient avoir à Louvain un ecclésiastique de leur choix, chaigé de surveiller leurs élèves, et veiller par eux-mêmes sur 1 enseignement et sur les livres adoptés dans l'école. Cette concession ne parut pas entièrement rassuiante à ces prélais. Ils prétendirent que leur surveillance deviendrait illusoire, puisqu ils n auiaient jamais que le pouvoir de se plaindre, et que jusque-là leurs réclamations n'avaient pas été écoutées. Ils assurèrent connaître assez l'enseignement de Louvain pour être convaincus qu'il î'iait vicieux, et qu'il le sei-ait toujours tant qu'il serait dirigé par les mêmes maîtres. Enfin ils refusèrent d'envoyer leurs diocésains, et rendirent compte de leurs motifs dans des lettres au gouverneur. Ce lut la conduite que tint lecardinal de Frankemberg, archevêque de Malines, et 31M. de Lichterveld, de Nellis, d'Arberg et Brenart, évêques de Namur, d'Anvers, d'Ypres et de Brufîes. Surcela, lecardinaleutordredeserendreà Louvain pour s'y assurer de la doctrine des professeurs (l). Il y alla le 8 mars, et commença deux jours après un examen, qui n'est pas un des iiieideiils les moins curieux de cette affaire. Il débuta par ces deux questioiiS qu'il fit aux n)aîtres : 1" Si les cv^èques ont de droit divin et de tout temps le droit d'enseigner ou d instruire par eux-mêmes ou par d'auti'-es, non- seulement en catéchisant et en prêchant, mais encore
(1) [fLe cardinal avait d'abord tlierclié à décliner cet ordre : on jngtTa du ton des ministres <lt' l'ciiiperenr par le liillet t|He lui écrivait à cette occasioai le ininislre pltiiiputintiairc de Joseph, 'i Coiuine la cunacii-iire, (|ue Votre » Eininenee allègue sans cesse, lui donne assez de courage pour désobéir de n la façon la plus soutenue h son souverain, elle lui en donnera é-^alenient s assez sans doute pour résigner dans Us mains de Sa Majesté les dignités » qui la mettent dans la cruelle alternalivc, d'être infidèle .i son souverain, » ovi à celle conuieiicr qii'tlle hrhse ii aveuglement diriger C'est cette • démarche f|iii est l'unique moyen d'e.vijer le scandale que Votre Snti- » iieiice vn clanner, si elle iii'ohlii^c, en ne se rendant pas, au jour niar(|ué, j» à Louvain, d'exécuter les ordres de Su Majesté, orili es (en ildes qui B effeetiiernitt In même chose ai>ec plus d'éclat, et dont les eirconslances » sont sans exemple, ainsi que l'est la desobéissance p.-vr biquelle Votre a Eminenee se désigne eile-uiènie comme victime à la juste vengeance de » l'empereur. » [Mercure de Franre, avril 1789.)
en enseignant la théologie à ceux qui aspirent à l'état ecclésiastique ^ 2" Si ce droit peut être empêché ou restreint par la puissance laïque. Le gouvernement s'ofiFensa d'abord de ces questions; et sous prétexte « que ne faisant )) pas partie de l'enseignement des professeurs, elles » étaient étrangères à l'objet de la mission du cardi- » nal, qui était de s'assurer si la doctrine enseignée » à Louvain était orthodoxe, » il interdit aux professeurs d'y répondre. Mais le prélat tint ferme , et déclara « qu'il lui était tout à fait impossible de reconnaître » l'orthodoxie personnelle des professeurs et la pureté de » leur doctrine, s'il ne leur était pas permis de s'expli- » quer nettement sur des points aussi importants, par les- » quels il avait dû commencer, puisqu'ils avaient été l'ob- » jet principal de toutes ses représentations. » Il repoussa également toutes les autres limitations qu'on chercha à mettre à l'interrogatoire. Les ministres de Joseph crurent devoir accorder quelque chose, et ordonnèrent aux professeurs de répondre à toutes les questions sans exception, pourvu qu elles ne portassent que sur des points uéritablenient doctrinaux. En conséquence, le cardinal leur proposa successivement vingt-sept nouvelles questions sur l'autorité de l'Eglise et de ses décisions, sur les droits du Saint-Siège, sur les empêchements de mariage, et sur plusieurs autres points de dogme ou de discipline générale. L'examen dura jusqu'au 'i8 avril, et ne satisfit pas le prélat. Comme il ne se hâtait pas de donner la déclaration de catholicité que désirait le gouvernement, il reçut tout à coup de Joseph des ordres positifs de s'expliquer dans les vingt-quatre heures. En conséquence, le 16 juin, il présenta au njinisire plénipotentiaire de l'Empereur un acte ainsi conçu : « Nous trouvant requis par Sa Majesté » l'Empereur de lui déclarer, dans la journée, le résultat » de l'examen doctrinal que nous avons fait à Louvain, » nous déclaions qu'après avoir mûrement délibéré, tant 1) sur les réponses qui nous ont été données par les pro- » fesseurs touchant les questions que nous leur avons pro-
ANNKK I7.'^!t. 3'.:)
» posées, qiio siii" les livres classiques, nous avons trouvé » sur ces deux objets plusieurs eliefs de répi'élieiisil/iiilé M Irès-nolahles. de sorte que nous sommes forcé de re- )) garder l'enseijjtiement de cette école comme nonortlio- )) doxe, ainsi cpie nous ferons consler par des pi'euvcs » que nous ne dilïererons pas d'eu donner. » Le cardinal ap|iuvail, en ellct, cetle déclaration sur un exaiticn doctrinal, ou étaient énumérés tousses îjriefs : on lui fit défense de le pu!)Iier-, niais il n'était déjà plus en sou pouvoir d'éviter cet éclu , parce cju'il en avait éié pris des copies doul il ne pouvait plus disposer. La déclaration et rexamen furent, en effet, rendus pid)lies presque immédiatement ; et quoique le cardinal assurât n'avoii* eu aucune part \\ la publication, on lui intima, par un arrêt civil, la défense de sortir de Bruxelles. Une mesure analogue fut j^rise par rapport à l'évétpie d'Anvers.
Sur ces entrefaites, les troubles politiques prenaient de nouveaux accroissements. On avait présenté aux Etats de Brabant assemblés à la fin de juin 1789, quatre points arrêtés par l'Empereur d'une manière irrévocable, et auquel il déclarait attacher la conservation de l'ancienne constitution de la province (1). Les députés déclarent que leur serment s'oppose à ce qu'ils consentent à cet arrangement. En conséquence le gouvertiement leur intime les ordres de TEmpercur, qui supprime les Etats, casse le conseil de Biabanl, et révoque le pacte connu sous le nom de joyeuse entrée. A leur tour, les Brabançons prétendent que l'Empereur, avant violé le pacte inaugural, est déchu de ses droits : l'insuirection éclate de tonte part ; la guerre commence; les provinces s'insurgent les unes après les autres. Joseph, qui avait alors une autre guerre à sou-
1) Il s'agissait : 1" il'élablir un subside fixe et i)( riiiaiiciil ; 2° de changer l'ordre des dépiUalions ; 3° de régler que, dans les délibérations sur les afl'aires <|uelc(in(|ues, le vreu de deux ordres, entraiuerail toujours le consenteinentdu troisieuie; l" (|ue k Conseil de Biabatit serait tenu d'( nregistrer el de publier (oui édil tt ordonnance dans lesquels il ne serait pas évident que la religion du souverain aurait éié surprise.
tenir avec les Turcs, et qui n'était pas en force dans les Pays-Bas, offre diverses concessions : ce caractère opiniâlre est enfin obligé de plier. En proie à une maladie mortelle, consumé par une langueur et un dépérissement progressifs, prêt à descendre au tombeau, il est obligé d abandonner des plans qu il a poursuivis avec si peu de discernement. Au mois d'août 1789, il consent à rétablir les séminaires épiscopaux, en laissant toutefois subsisJer son séminaire général, et en donnant aux élèves le choix de l'une ou l'autre école ; on fait à peine attention à celle cojicession tardive. Les rescritsdes 20 et 21 octobre vont plus loin. Dans le premier, Joseph, après avoir exprimé toulesa douleur à la vue de cette guerre civile et de ses funestes conséquences, s'exprimait ainsi au sujet du séminaiie: «Nous sommes vraiment alUigé de voir à quel » point on a pu abuser du saint nom de la religion pour >i inquiéter les consciences de nos sujets, en leur inspirant » des doutes sur nos principes, et nommément sur les vues » dans lesquelles nous avions ordonné l'élablisseraent d'un )) séminaire général à Louvain. Nous avons déjà, par noire )) édit du 14 août dernier, rélabli les séminaires épisco- » paux; et pour détruire absolument toute espèce de pré- » texte ultérieur de ce chef, nous déclarons que le sémi- » uaire de Louvain doit venir entièrement à cesser, et que » nous suspendons 1 enseignement de la Théologie à Louw vain, ainsi que du Droit ecclésiastique à Bruxelles, jus- » qu à ce que nous ayons pu prendre sur ces objets, avec » qui il appartient, des arrangements tels que la généra- » lilé de nos sujets puisse en être pleinement apaisée. » Par le second rescrit, il révoquait les ordonnances contriiires aux privilèges des Etats de Brabant, et il offrait en même temps l'amnistie la plus générale. D'autres déclarations tendaient à renouer les liens du pacte inaugural, ou ùc joyeuse entrée. Il n'était plus temps : l'amnistie fut dédaignée; les troupes impériales, battues et affaiblies par la défection, furent partout obligées de se retirer devant liîisurrection. Dans un grand nombre de villes, comme
ANNÉE 1781). 3i7
Bruges, Ostende, Ypres, Coiirtrai, la révolution s'opéra sans coup férir: ailleurs, comme à Gantl elle (ut ncrompagnée de scènes sanf^lantes ; mais elle lui partout victorieuse^ Bruxelles tomba au pouvoir des insurgés. Des sept provinces gouvernées par la maison d'Aulriehc, le lirabani, la Flandre, le Hainaut, le comté de Namur, la Gueldre supérieure, le Limbourg, el le Luxembourg, il n'y avait plus à la fin de l'année 1789, que la dernière qui n'eût pas solennellement déclaré son indépendance, parce qu'une faible garnison tenait encore dans la citadelle de Luxembourg. Dans les principaux manifestes publiés par ces j)rovinces, on A'oit (piclle importance elles atiacbaient aux griefs concernant la religion. Ainsi dans celui que publia la Flandre, on énumère les édits de Josepli sur la tolérance religieuse, sur les mariages, sur le séminaire général, sur la suppression des monastères (l). Sous tous ces rapports, la révolution belge avait un caractère essentiellement différent de celle qui commençait alors même en France.
[[Il n'est pas aisé de dire quelle fut dans un événement si grave la j)arl du clergé. Les ministies de l Empereur cbercbèrent plusieurs fois à lui en attribuer la responsabilité: ils firent un crime au cardinal de Frankemberg d'avoir quitté Bruxelles, malgré \ arrêt cwil qu'ils avaient décerné contre lui, et voulurent en conclure qu'il était un des chefs de l insurrcclion ; le prélat repoussa avec force celte interprélalion de sa conduite par une lettre qu'il puclia en novembre 1789, et il } prend le ciel et la terre à témoin quil ri a eu aucune part dans l insurrection : il ne s'était écbappé que pour éviter l'éclat funeste qu'on voulait faire, en l'enlevant pour le transporter en Styrie. Plusieurs antres actes du gouvernement accusèrent spécialement douze abbés du Brabant. ou bien de s'être retirés dans la vue de favoriser les factieux, ou de j^arcourir les pavs et les frontières de l'étranger, pour fon)enterledésor-
(1) Mercure de France, janvier 1790.
dre, etdedilapideràcettefin les revenusdes monastères; et, en conséquence, on otait à ces ahhés toute administration du temporel^ 1 ). Quelquefois les mêmes ministres reprochèrent au clergé, en général, d'employer, pour calomnier en toutes choses les intentions de l'Empereur, la chaire et le confessionnal (2). Les ordres mendiants et les curés de campagne furent plus spécialement accusés d'avoir fomenté l'insurrection (3). Jusqu'à quel point ces reproches étaient-ils fondés, c'est ce que nous ne pouvons dire : les chefs principaux de l'insurrection étaient des laïques; l'avocat Van-der-Noodt en était l'agent le plus actif.]] Quoi qu'il en ail été de la conduite du clergé Belge, le Pape ne refusa pointa la prière de l'Empereur d'interposer sa médiation. Nous n'avons pas besoin de faire remarquer combien les termes de ce bref méritent attention. Après avoir exprimé la douleur que lui causaient ces dissensions, le Pape parlait ainsi aux évêques de la Belgique : « Nous » nous empiessons d'interposer nos soins, pour dissiper ces » fatales divisions : nous le devons à notre amour pour )) notre cher fils Joseph, Empereur élu des Romains et » votre souverain, qui, animé lui-même de l'esprit de con- M coide, a désiré de nous cette démarche : nous le devons » à notre alTeciion pour les illustres Etats et les peuples de » ces provinces, qui ont toujours si bien mérité de la reli- » gion catholique, que le Saint-Siège a toujours regardés
» commeses enfants les pluschers Nous nous adressons
)) à vous, qui étant pasteurs de l'église de Dieu, devez » participer à nos sollicitudes. Nous savons certainement » que dans celte révolution, vous navez eu aucune part » active, et que toujours vous vous êtes souvenus que votre » devoir était de concilier une juste obéissance à l'auto- » rilé avec l'obligation pastorale de maintenir la religion » intacte Il nous est également connu que les Etats de
(1) Déclaiation de Josej)!! II, du 13 octobre 1789. [Noin'elles ecclésiastiques <lc 1790, page Sdl.)
(2) DéclaiMtion du 19 octobre.
(3) NniHTUc, crrhsiastiqiies pour 17!)0, pages 37 et 91.
ANNÉE 1789. 3.ii>
» cette nation, pendant tout cet espace de temps, n'ont )) jamais élc animés de seiulments de révolte, ni eu le » dessein de renvci-ser ranloiité du souverain; mais que )) sans cesser de se départir du juste respect du à César; )) sans cesser d'applaudir à ses intentions équitables, ils h n'ont demandé autre chose, sinon qu'on )nît fin à des >) nouveautés, qui semblaient avoir été introduites contre » sa volonté expresse, quoique sous son nom, et surtout M contre les droits, usages et statuts de la nation — Les » remontrances émanées des divers Etats attestent ces ^) dispositions. Eh bien., vénérables frères, ce que vous avez » si justement et instamment désiré, ce que les Etats ont » imploré avec de pressantes prières, voilà que l'Euqjereur » l'accorde aujourd'hui de son propre mouvement. I! )) nous a informé cpi'il avait déclaré, sans restiiction au- M cune, qu'il laissait aux évèques l'entier et plein exercice >» de leurs droits, tant par rapport aux séa)ii!aires épisco- ))paux, que pour toutes les matières ecclésiastiques, )) de sorte que tout va être remis dans le premier état. » Nous e5/;e/-o/?.v, nous confiant en la boniéde TEuipereur, )» que la même déclaration aura lieu dans le reste de ses » domaines pour le plus grand bien de la religion. Il nous a, » en outre, assuré avoir déclaré sans restriction qu illaisse- » rait à V avenir saufs et intacts les droits des ordres de VE- )) tat et du peuple , restiluantdèsce moment dans leur pre- )» mier état leurs privilèges et constitution, avec promesse » d'oublier tout le passé, en sorte qu'il ne reste plus rien » à désirer aux peuples de ces provinces. Maintenant donc » que les causes de ces grands troubles n'existent plus,
» les troubles eux-mêmes doivent cesser Que les peu-
» pies rendent à leur prince 1 obéissance qui lui est due; » que les droits de l'Eglise demeurent intacts ; que ceux de » la souveraineté soient inviolables; que les prérogatives » des peuples soient maintenues dans leur pureté; que le& >) éludes reprennent leur célébrité dans l Université de » Louvain; qu'enfin on voie renaître dans ces réglons.
3S& AISiNÉE i';S9.
» l'obéissance, l'amour, la joie, les richesses, finalement » la paix et la tranquillité,... »
Ces conseils paternels eurent peu d'effel dans Télat d'effervescence où étaient ces proviuces, ou plutôt ils n'étaient déjà plus en rapport avec leur situation politique. [[Non-seulement chacun des Etats avait successivement proclamé son indépendance, mais déjà un pacte d'union offensive et défensive avait été signé entre leurs représentants respectifs, dans les derniers jours de 17 89; le 7 janvier 1790, la première assemblée des Etats-Belges-Unis avait été inaugurée à Bruxelles par les cérémonies religieuses;, et l'archevêque deMalines avait été déclaré président. L'acte fédératif admis le 10 janvier, renfermait entre autres les bases suivantes: «Les Etats-Belges-Unis forment et » concentrent entre eux la puissance souveraine, bornée » à leur défense mutuelle -, le droit de guerre et de paix ; )) la conclusion d'alliances.... Pour la gestion de cette puis- » sance souveraine, il y aura un congrès des députés de » chaque province, qui aura le titre de congrès souverain. » Les provinces-unies feront toujours profession de lareli- » gion catholique, apostolique et romaine, et conserveront » inviolablement l'unité de l'Eglise. En conséquence, le » congrès maintiendra ses relations avec le Saint-Siège.... » Chaque province conserve tous les droits de souverai- » neté, ses lois, liberté et indépendance, pour autant M qu'elles ne les ont pas déférées au souverain con- » grès (!).•• • »
Mais, dans les révolutions politiques, le plus dillicile n'est pas d'improviser un nouveau gouvernement : c'est d'abord de le faire reconnaître par les autres nations, puis de le maintenir contre les divisions intérieures. L'une et l'autre condition manquèrent bientôt aux Etats-Belges- Unis. A peine le pacte fédéral avait été voté, que les autorités nouvelles et le congrès souverain lui-même éiaieiit
(1) Mercure de France, février 1790.
AMKÉE 1780. .151
«•nerf^i({uemenl .inîifUM's. Toutefois Joscpli II lu- vil pas sa cJ(;niiiiation réiahlic dans ces provinces : nous parlerons de sa mort sons la date du 20 février 1790.1]
— Le 24 janvier. Rf-olkmest de Lons XVI. pot r. la
COVOCATION DES liTATS-GÉKéBALX. ElECTIO>S. CaHIETS DES
TROIS OKDRES. RivALiTÉs RÉciPHof^LEs. La convocation des Eials-gCB' raux formera une éporpie fameuse dans Thistoire. La cour avait élé eniraîn^e à preriflre une mesure qui devait la perdre: et un niinistèie imprudent avait obtenu du roi son consentement à celle convocation si désirée (I).
[[Ln règlement assez compliqué, arrêté dans le conseil du roi, le 24 jïTJvier, déterminait le mfjde des élections: elles devaient se faire à plusieurs degrés: d'abord dans des sénéchaussées ou bailliages inférieurs, puis dans des centres plus imporianls, où les »»kcieurs de chaque onire, après avoir rédigé définitivement les cîdiiers contenant leurs plaintes, vœux et doléances, devaient choisir, par la voiedn scrutin secret, les députés aux E:ats-généraux. et les n)unir de po»ivoirs génér^.ux et suHisanfs, pour proposer, remontrer, aviser et consentir. En ce (\n'\ concernait Tordre du clergé en particulier, tous les ecclésiastiqoes engagés dans les ordres sacrés pouvaient concourir aux assemblées du premier degré : tous pouvaient être électeurs et étaient éligibles. Ce règlement souleva des tempêtes dans plusieurs provinces : quelques parlements essavèrent de s'v opposer : des pays en possession d'avoir des Etats provinciaux réclamèrent contre le mode d'élection ; mais presque partout le gouvernement triompha de ces
(1) Ifîlons croyons que Tîetkcr est le ministre dont parle ici M. Pi ot. On a ijii voir, par les détails donnés prétcdemnient, qu'en 1789, il ctail a peu près iiupo&i>ible de différer la convocstion des Etals-f eiiérauï. Il était ausai difficile de statuer sur la manière dont elle devait être fnite. li ne suffit pas de voir les effets qui ont été la conséquence d'cne mesure : il et juste d'examiner aussi ce qui serait arrivé si des mesures opposées eussent été prises. Il v a pour les empires de ceî raomenU marqués par la Providence, ou la prudence humaine est aLsoliîir.ent impuissante à détourner les révolutions les plus profondes.]^
3o2 ANNÉE 1789.
(iiQicuhés^ il n'y eut guère que la Bretagne où lii noblesse et le elergé s'obstinèrent à ne pas envoyer des députés.]]
Les assemblées qui se tinrent en conlorniité de ce règlement furent la plupart orageuses. Des rivalités entre les trois ordres, des méfiances réciproques, des projets vastes, des vues ambitieuses, l'esprit de cbangemenl et de licence, la manie de détruire, Tennui du repos, tontes les passions en mouvement, annonçaient l'effervescence qui allait éclater dans les Eials-généraux. Le tiers ne s'était que trop laissé séduire par des espérances d'agrandissement, et par les déclamations réitéréesdans une foule de brocbures contre le clergé, la noblesse, et même contre le prince. Ces deux derniers ordres n'étaient pas non plus à l'abri de divisions intestines. Plusieurs des membres de la noblesse soupiraient après un autre ordre de choses. Dans le clergé, les curés, celte portion si respectable des ministres de l'Eglise, avaient été travaillés par des sollicitalions perfides. On n'avait rien omis pour les séparer de leurs évêques, comme s'il y eût pu avoir pour eux d'autre gloire et d'autre intérêt que de maintenir leur union avec les premiers pasteurs. Plusieurs se laissèrent séduire par les promesses dont on les berça, et apportèrent aux assemblées un esprit de jalousie et d'ambition qui ne leur fut pas moins funeste qu'à tout le clergé.
[[Ces dispositions diverses des esprits se trouvent exprimées dans les cahiers des divers ordres, qui ont été soigneusement résuuiés à cette époque, et qui présentent les sentiments et les demandes de chaque classe, dans les différentes provinces du royaume. En insistant d'une manière unanime sur plusieurs bases générales, et en particuliersur le gouvernement parune monarchie héréditaire, et sur la tenue régulière des Elats-généraux, les vœux étaient divergents par rapport à une foule d'objets importants. Les cahiers du Clergé méritent spécialement notre attention. Ils proclamaient avant tout la nécessité de maintenir la religion catholique comme /•e/Z^/oi-? de V Etat:
ils réclamaient, en conséquence, desmesureséncrgiques Je répression contre la i)ui)licalion des écrits irréligieux et immoraux, et en général contre les moyens de corruption trop communs et trop Impunis à celte époque. L'éducation de la jeunesse élail un des principaux objets sur lesquels le clergé appelait l'attention du législateur : la majorité demandait qu'on en couliàt la direction à l'Eglise : elle réclamait aussi la rédaction d'un plan uniforme d'études, (|ui pût préparer convenablement aux fonctions publiques; elle demandait des améliorations pour les maîtres d'école; elle voulait qu'on ouvrît dans toutes les paroisses des écoles gratuites et distinctes pour les deux sexes, et que ceux qui devaient les diriger ne fussent admis qu'au concours et avec l'approbation des curés. Relativement aux questions d une politique générale, la plupart des mêmes cahiers, en posantpour fondement l'inviolabilitédu pouvoir royal, demandaient bien le concours des Etats généraux pour les lois et les impôts -, mais ils s'accordaient peu sur les époques oii ils devaient être convoqués, et sur le mode des réunions. Quanta la grande question qui préoccupait tous les esprits, il n'y avait qu'un petit nombre qui voulût qu'on maintînt d'une manière absolue le vote par ordres séparés; la plupart désiraient que sur les objets' généraux, tels que les lois universelles, ou les impôts, la délibération fût commune, et que l'on ne volât séparément que pour les questions (]ui intéressaient chaque classe en particulier. Tout en demandant la conservaiion de ses prérogatives dans l'ordre civil, le clergé était unanimement disposé à consentir à une répartition égale des charges pécuniaires, sur les personnes et les propriétés : il offrait la suppression du casuel, mais à la condition d'une augmentation du revenu fixe pour les curés. Sur une multitude de points appartenant au droit public, tels que la garantie de la liberté individuelle et de la propriété, la suppression de l'esclavage, l'uniformité des codes, radoucissement des peines, l'abolition de la confiscation, l'admissibilité de tous les Français à tous les emplois de robe et d'épée, la liberté du com- T. V. 23
3o4 ANNÉE 1789.
merce et de l'industrie ;, les vœux du clergé devançaient les concessions qui ont été faiies depuis (l).
Les cahiers des deux autres ordres ménageaient assez peu les intérêts du clergé : ils supposaient qu'il devait porter une grande partie des charges publiques, et qu'une partie de ses biens devait éhe vendue pour y pourvoir. Les cahiers du Tiers état demandaient presque généralement que dans les Etats généraux la délibération eût lieu par tête, et non par ordre séparé.
Toutes ces vives discussions avaient lieu au milieu d'un des hivers les plus rigoureux du siècle dernier. En outre, les calamités précédentes, les ravages de la grêle, et l'insuffisance de la moisson avaient causé une grande disette. Les besoins étaient immenses, et ils furent accrus par les émeutes et les rixes sanglantes qui désolèrent un grand nombre de provinces. La charité de plusieurs évêques parut avec éclat dans ces douloureuses circonstances. L'archevêque de Paris, après avoir distribué tousses revenus, emprunta quatre cent mille livres pour multiplier sesaumônes. M.de Boisgelin, archevêque d'Aix, remporta, par l'ascendant de sa vertu , un triomphe mémorable. Le peuple d'Aix avait pillé les greniers publics : les droits de l'autorité étaient méconnus : ses dépositaires étaient outragés : le prélat rassemble chez lui les magistrats et les citoyens les plus accrédités 5 il relève leur courage; il les détermine à faire de nouveaux efforts, en s'engageant lui-même, si les fonds leur manquaient, pour cent mille livres. Quand, par ces démarches actives, il a rétabli le calme, il convoque les curés de la ville, et il veut qu'usant de leur influence sur le peuple, et lui faisant entendre la voix de la religion, ils lui persuadent de rapporter luimême dans les greniers publics le grain qu'il en avait enlevé. Cette difficile mission obtint un succès complet.
(1) On peut voir dans l'Histoire parlementaire de la révolution françaiie, par M- Bûchez, tome I, et dans l'Histoire de l'Eglise de France, pendant la révolution, par M. Jager, tome I,. une analyse plus développée des cahiers des divers ordres.
ANNEIl 1789. 353
Contents d'avoir obéi à la voix du Pontile, ces mêmes hommes, qui s étaient montrés si redoutables, l'ayant rencontré dans les rues, environnent sa voilure, et le reconduisent à son palais avec les acclamations de la joie et du respect : l'arcbevèque invite tous les corps de la ville à se rendre à l'église métropolitaine-, il paraît dans la chaire ; il adresse à son troupeau des paroles de paix et de consolation : et la sainteté du lieu ne j>eut arrêter les transports de douleur, de respect et d'admiration, qui éclatent dans toutes les paities du temple ( l) .
— Le 5 mai. Ocveeture des Etats gékéravx. Débats
SUR LE MODE DE VÉRIFICATION DES POLVOIKS. Le TiERS ÉTAT SE CONSTITUE EN ASSEMBLÉE NATIONALE. SÉANCE ROYALE DU
23 JUIN. Réunion définitive des trois ordres. Ce fut au milieu des ferments de discorde que nous avons énumérés, que s'ouvrirent les Etais généraux. Le 4 mai, veille du jour désigné, le roi, suivi de tous les députés, assista à une procession du très-Saint -Sacrement, suivie d'une messe solennelle, célébrée par l'archevêque de Paris dans 1 église de Saint-Louis de Versailles. M. de La Fare, évêque de Nancy, prononça un discours ayant pour objet finfluence de la religion sur le bonheur des nations. Quelques endroits où l'orateur s'éleva contre les abus, et préconisa la liberté, furent accueillis par des applaudissements neu convenables à la sainteté du lieu. Le lendemain, le roi lit avec grande solennité l'ouverture des Etats généraux, et il prononça un discours qui montrait la pureté de ses vues. Il donna des conseils salutaires; il s efforça de prémunir les esprits contre cette fièvre violente, contre celte ardeur de changement dont ils étaient généralement dominés.
« [[.Messieurs, dit-il, ce jour que mon cœur attendait de- )) puis longtemps est enfin arrivé : et je me vois entouré )) des représentants de la nation, à laquelle je me fais
(1) Ce trait admirable est rapporte \>^v le cardinal de Bausset, dans sa IVotice hisforiqiie sur le C. de Boisgeiin, dont liii-mèine avait été "rand vicaire. Voyez aussi dans les ORu\'rcs de M. de Boisgeiin. p. 196, le mandement donné à cette occasion, le 27 mars 17S9.
» gloire de commander. Un long intervalle s'élait écoulé » depuis la dernière tenue des Etats généraux : je n'ai pas » balancé à rétablir un usage qui peut ouvrir à la nation » une nouvelle source de bonheur.... Une inquiétude gé- » nérale, un désir exagéré d'innovations se sont emparés » des esprits et finiraient par égarer totalement les opi- » nions, si l'on ne se hâtait de les fixer par une réunion
» d'avis sages et modérés Une assemblée de représen-
» tants de la nation n'écoutera sans doute que les conseils » de la prudence..,. »]]
La sagesse de ces avis fut étouffée par la voix tumultueuse des passions. Les Etats généraux étaient composés de onze cent cinquante-buil individus : réunion immense, et déjà peut-être vicieuse par ce nombre seul, dont on ne pouvait guère attendre du calme, de la prudence et de la maturité dans les délibérations. Dans l'ordre du clergé il y avait quarante-sept évèques , trente-cinq abbés ou chanoines, et deux cent huit curés (l). La chambre de la noblesse était de deux cent soixante-dix députés. Celle du Tiers état comptait cinq cent quatie-vingt-dix-liuit membres, dont trois cent soixante-quatorze hommes de loi. Cette chambre avait donc une supériorité de près de quarante voix sur les deux autres, par le refus qu'avait fait la noblesse bretonne d'envoyer des députés. Dans quelques autres endroits, le haut clergé et la noblesse, également mécontents de cequ'on n'avait pas eu égard à leurs privilèges, n'avaient point pris part aux élections.
Il était aisé de prévoir combien le Tiers état allait avoir d'autorité. Il montra sur-le-champ ses vues en statuant que les pouvoirs devaient se vérifier en commun, sans distinction d'ordres. C'était aller contre l'usage suivi Le plus ordinairement dans ces sortes d'assemblées , où chaque chambre opinait séparément, et où les décisions se for-
(1) Environ vingt évèques, trouvant la discussion trop tumultueuse, ne parurent pas aux Etats généraux ou les quiltèrcnt bientôt. On peut voir la liste de tous les membres du cleigé dans VNiitoire de l'Eglise de France pendant la réi'olulion, par M. Jager, à la fin du tome P''.
ANNEE 17,S9. 3o7
niaient de l'accord des trois cliaiiibres ;i un même avis (1). Les députés du Tiers voulaient que tous les ordres se réunisseni et que Ton opinât par tète. Quoique la vérification des pouvoirs en commun ne renfermât pas la délibération commune comme une conséquence nécessaire, il était évident que c'était le but que voulaient atteindre les députés du Tiers. Par là disparaissaient toute distinction d'ordres et toute prérogative. Par là ils étaient sûrs d avoir toujours la majorité pour eux, puisqu'ils étaient plus nombreux que les deux premiers ordres réunis. Aussi mirent-ils tout en œuvre pour amener les choses à ce point, et ils aimèrent mieux passer plus de six semaines sans s'occuper d'aucun des objets de leur convocation, que de renoncer à un plan dont ils attendaient tant de succès. Ils sollicitaient les deux ordres de se joindre à eux. Ils pressaient le clergé, au nom d'un Dieu de paix; phrase fort usitée alors, quand on voulait amener le clergé à des sacrifices, et dont les ennemis de la religion et de la paix se servaient pour mieux détruire l'une et l'autre. Le Tiers ne gagna d'abord que quelques membres de la noblesse dans le clergé : il se fit surtout des partisans parmi les curés, auxquels il promettait d'améliorer leur sort, et de les arracher au despotisme des évêques : un assez grand nombre se montraient disposés à la réunion (2). Enfin, le 13 juin, trois curés du Poitou donnèrent l'exemple de la défection, et se joignirent aux conmnines ; c élait le nom qu'avait pris le Tiers. Le lendemain, cinq autres curés, parmi lesquels Henri Grégoire, curé d'Imbermesnil, et si connu depuis, suivirent cet exemple. Le 17, sept autres curés abandonnèrent le clergé. Toutefois ces ecclésiastiques, après avoir déposé leurs pouvoirs dans les mains du Tiers, retournaient ensuite dans la cham-
(1) [;0n assure qu'en 1483, la vérification «les pouvoirs s'était faite en commun. ]J
(2) [[^Nous renvoyons pour le détail des longs débats qui occupèrent les trois ordres pendant si\ seniaiiu'S sur la vérification des pouvoirs, aux auteurs nombreux qui ont raconte l'Iiistoire de l'Assemblée constituante.]]
3j8 année 1789.
}3re du clergé, pour ne pas trop affaiblir le parti favorable à la réunion.
[[Avant que cette question de la vérification des pouvoirs en commun eût été définitivement résolue, les députés des communes en avaient soulevé une autre qui ne devait pas avoir moins de portée : il s'agissait du titre sous lequel se constituerait leur assemblée : car celui fï Etats généraux ne paraissait pas convenir à une réunion, qui n'admettait pas la séparation des ordres. Après de longs débats,, on adopta, le 17 juin, le nom àk Assemblée nationale, par un arrêté, qu'avait proposé l'abbé Sieyès , député du Tiers état pour Paris, et dont voici les points essentiels : « L'assemblée, délibérant après la vérification des pouvoirs, )) reconnaît qu'elle est déjà composée des représentants » envoyés directement par les quatre-vingt-seize cen-
)) tièmes, au moins, de la nation La dénomination
» ai Assemblée nationale est la seule qui convienne à » l'assemblée dans l'état actuel des choses, soit parce que )) les membres qui la composent sont les seuls représen- » tants légitimement et publiquement connus, soit parce » qu'ils sont envoyés directement par la presque totalité )) de la nation, soit enfin, parce que la représentation )) étant une et indivisible, aucun des députés, dans quelque )) ordre qu'il soit choisi, n'a le droit d exercer ses fonc- » tious séparément de la présente assemblée. L'assemblée )) ne perdra jamais l'espoir de réunir dans son sein tous » les députés aujourd'hui absents.... » Cette délibération fut immédiatement suivie du serment prêté par tous les membres de remplir leurs fonctions avec zèle et fidélité.
Dans la même séance, par un acte non moins grave que le précédent, l'assemblée déclara à l'unanimité; u qu'elle )) consentait provisoirement pour la nation que les impots 1» et contributions continuassent d'être levés de la même )) manière qu'ils l'avaient été précédemment , jusqu au )) jour seulement de la première séparation de cette as- )) semblée, de quelque cause qu'elle pût provenir; passé )) lequel jour, l'Assemblée nationale décrétait que toute
ATv'NEt: 1789. :y->9
» Iev€*e d'inipôls, qui n'auraknt pas été forniclleaicnt et 1) librement accordés p;ir I assemblée cesseraient entière- » menf dans toutes les provinces, quelle que fût la (orme » de leur administration. »]]
Cependant la chambre de la noblesse, qui s'était aussi constituée, rel'u&ul positivement de se réunir, maisfié les sommations du Tiers, et malgré les efforts contraires de quelques-uns de ses représentants. La majorité du cUrgé continuait à persister dans la même résolution; mais elle ne tarda pas à se décomposer. [[Le 19 juin, la question ayant été mise aux voix dans la cliambre ecclésiastique, il se trouva d'abord cent trente-cinq voix pour refuser la réunion au Tiers état; cent vingt-sept seulement pour 1 accoider ; et douze pour consentir à la vérification des pouvoirs en commun, sous la réserve expresse que la distinction des ordres serait maintenue. Les cent vingt-sept, pour obtenir favantage du nombre, s:: réunirent tous à ce dernier parti; et ils attirèrent quelques-uns des opposants; et c'est ainsi que furent obtenus cent quarante-neuf suffrages, qui décidèrent {/ue la uérificalion dcfinilive des pouvoirs serait faite dans V Assemblée générale, sous la résen^e de la distinction des ordres j réserve que les arrêtés pris deux jours auparavant par les députés des communes rendaient bien illusoire. A la tète des signataires se trouvaient -M. Lefranc de Pompignan, archevêque de Vienne, M. de Cicé, archevêque de Bordeaux, et M. de Lubersac, évêque de Chartres. Les évêques de Rodez et de Coutances suivirent leur exem])le.j] Une décision si grave était prise au milieu des cris d'une populace ameutée qui entourait la salle du clergé, et insultait ses membres.
Le 20 juin, une autre scène eut lieu. La cour commençait à s alaimer de la marche hardie des députés des communes. Louis XVI fit annoncer une séance royale; et pour qu'on lit les prépaiatifs nécessaires, il donna l'ordre d'évacuer la salle des réunions générales, où se rassemblaient les membresdu Tiers état, ils se rassemblèrent dans un jeu de paume ; et c'est là qu'ils prêtèrent le fameux ser-
ment de ne jamais se séparer^ et de se rassembler partout où les circonstances l'exigeraient, jusqu'à ce que la constitution du royaume fût établie et affermie sur des fondements solides.
[[Ce fut le 22 juin que la majorité du clergé vint opérer sa réunion, dans des circonstances assez singulières. Le Tiers état ne pouvant se réunir, ni dans la salle destinée aux assemblées générales où se faisaient les préparatifs de la séance royale, ni dans la salle du jeu de paume qui avait été fermée, s'était établi dans la nef de Téglise Saint- Louis, et y tenait séance. Les cent quarante-neuf membres du clergé, qui avaient signé la déclaration du 19 juin, vinrent d'abord se rassembler dans le cbœur, et y procédèrent à l'appel nominal : puis ils allèrent prendre place au sein de l'Assemblée nationale, qui s'empressa de leur donner les premiers rangs. «Messieurs, dit l'archevêque » de Vienne, nous venons avec joie exécuter l'arrcié pris » par la majorité des députés de l'ordre du clergé aux )) Etats généraux : cette réunion, qui na aujourd'hui pour » objet que la vérification commune des pouvoirs, est le )) signal et le prélude de l'union constante qu'ils désirent » avec tous les ordres, et particulièrement avec celui de » messieurs les députés des communes (l). »]]
La séance royale se tint le 23 juin. Le roi y fit lire deux déclarations. La première concernait la présente tenue des Etats généraux. L'article premier portait : « Le roi veut » que l'ancienne distinction des trois ordres de l'Etat soit )) conservée en son entier, comme essentiellement liée à » la constitution de son royaume ; que les députés librement » élus par chacun des trois ordres, formant trois chambres, » délibérant par ordre, et pouvant, avec l'approbation du » souverain, convenir de délibérer en commun, puissent » seuls être considérés comme formant le corps des repré-
{)) [[Nous supprimons ici Lien d'aulres détails, qu'on peut voir soit dans VHinoire parlementaire, par iM. Bucliez, tome II, page S, soit dans les autres historiens.]]
)) sentants do la nation. En conséqncnco, le roi a déclaré » nnlles lesdélihéralions prises par Icsdc'ptuésde l'ordrcdu » Tiers état le 17dece mois, ainsi qne celles (jni auraient pu » s'ensuivre, comme illégales el inconsiitutionnelles. » Les autres articles étaient l'application du premier. Les trois ordres étaient exhortés à délibérer en commun sur les affaires d'utilité générale, mais en exceptant nommément les droits anfiqnes et constitutionnels des trois ordres, et les droits utiles et honorifiques des deux premieis ordres; et en exigeant de plus le consentement particulier du clergé pour toutes les dispositions qui pour/aient intéresser la religion, la discipline ecclésiastique, le régime des ordres et corps séculiers et réguliers. Le roi repoussait aussi les clauses impératives insérées dans les mandais de quelques députés: il permettait à ceux qui se trouvaient liés parleurs engagements, de prendre part aux délibéiaiionsavec voix consultative, jusqu'à ce qu'ils eussent reçu de leurs commeilanls un nouveau pouvoir. La seconde déclaration se rapportait aux intentions du roi ; elle contenait, dans ses quarante-cinq articles, une multitude de réformes politiques très-importantes et. généralement très-sages, sur lesquelles les Etats généi-aux étaient appelés à délibérer, mais qui n'entrent pas directement dans notre objet.
« Je vous ordonne, dit le roi en terminant, de vous » séparer tout de suite, et de vous rendre demain chacun » dans les chambres affectées à votre ordre, pour y re- » prendre vos séances. »
On sait comment furent aussitôt enfreints des ordres si précis : presque tous les évéques, et la plus grande partie (lu clergé, la presque totalité de la noblesse, sortirent à la suite du roi. Les autres députés restèrent, et parmi eux un petit nombre d'ecclésiastiques. ^Mirabeau, qui joua dans cette circonstance un rôle si décisif, fit adopter, avant la fin de la même séance, un arrêté par lequel « VyJssemblée nationale déclarait que la personne de » chaque député était inviolable, et que tous particuliers, » corporations, tribunal, commission, qui oseraient pen-
» dant ou après la session arrêter ou Taire arrêter un dé- » puié pour raisons d'aucunes opinions,... étaient infâmes )) et traîtres envers la nation. »
On remarqua que le lendemain, 24 juin, la majorité du clergé, précédée des évéques, qui en faisaient partie, vint d'elle-même dans la salle des délibérations communes. La minorité du même ordre continua à s'assembler séparément, comtae la noblesse le faisait de son côié. Au sortir d'une de ces séances, l'archevêque de Paris fui insulté par ce même peuple qu'il avait nourri pendant les ri(^ueurs de l'hiver précédent. (On avait répandu contre le prélat des bruits absurdes : on prétendait qu'il était allé, le crucifix à la main, presser le roi de prendre des mesures sévères.) Sa voiture fut assaillie à coups de pierre; on le poursuivit jusqu'à sa demeure; et quoique les t^ardes fussent arrivés à temps pour le protéger, l'émeute ne fut calmée q;;e quand le prélat eut promis de se réunir à l'Assemblée nationale.
Bientôt la cour intimidée donna elle-même la preuve de sa faiblesse : le 27 juin le roi écrivit lui-même aux portions du clergé et de la noblesse qui ne s'étaient pas encore jointes aux communes, pour qu'elles eussent à le faire. Elles se lendlrent, en effet, le même jour à rassemblée, conduites, comme le dit en entrant le cardinal de la Kochefoucault , par le respect pour le roi, et le zèle pour le bien public. Les protestations et les réserves que tirent mi grand nombre de membres furent écartées; et à dater de ce n^omenl, tous les députés siégèrent tous ensemble confondus sur les mêmes bancs. Celte éclatante victoire des factieux ne fut que le présage d'autres succès. Les ixiprésentaiits de la natioji se crurent investis de tous ses pouvoirs, dépositaires de toute son autorité. On apprit au prince qu'il n'était plus qu'un mandataire du peuple, chargé de faire exécuter ses lois, c^u un fonctionnaire public, (\nun commis. Tels étaient les titres pompeux par lesquels on aimait à relever la prérogative royale. On avertit le peuple que c'était en lui-même que résidait la
souvcra'mclé, et on Tencouraï^ea à en (aire usnfje. A force de lui parler de ses droits et jamais de ses devoirs, de lui lépéier qu'il était libre etqu il pouvait tout, on excita sa licence, on provoqua sa révolte.
— Le 13 et i4 juillet Pillage de la maison de Saint- Lazake. Prise de la Bastille. Les dispositions séditieuses fomentées dans la populace ne tardèrent pas à se manilestcr par les désordres les plus graves. Le 11 juillet, le roi ayant congédié Necker du ministère, l'émeute éclata dans Paris^ les lieux publics, et en particulier, le Palais- Koyal retentirent d'imprécations contre la cour; on distribua une nouvelle cocarde en signe de ralliement, on arma des bommes capables de tous les excès ; sous prétexte d'empécber et de punir l'accaparement du blé, on les disposa au pillage. La dévastation de la maison de Saint- Lazare, qui eut lieu le 13 juillet, fut, par rapport aux établissements ecclésiasiiques , la première de ces scènes borribles, qui efl'rayèrent si longtemps la capitale; et elle montre à quel degré de puissance étaient déjà arrivés les démagogues (1). Cette maison était le chef-lieu de la Congrégation des prêtres de la nnssion , qui avait été fondée dans le dix-septième siècle, par saint \incent de Paul, et qui rendait de grands services à l'Eglise au dedans et au dehors du royaume (2) : elle était habitée par environ quatre cents personnes, dont deux cents prêtres,
(I) Les détnils que nous donnons ici sont extraits d'un Mémoire très-intéressant qui fut redii^'é sur ce sujet par iMM. Duh^is et Philippe, prêtres lazaristes, témoins oculaires, et qui est insère dans le tome i dis AJcmoii es imur sen'ir h V Histoire delà religion à la fin du dernier siècle, publié par M. Jauffret, mort é%éque de Melz. M. Dubois devint curé de Sainte-Marguerite, et est mort en (824. Le nieinoive porte les caractères les plus certains d'autbenticile et de vérité.
(I) La Congngation de Saint-Lazare avait, au moment de la révolution, soixante dix-sept maisons <ii France, vingl-cinq eu rologne, ciu(iuaiile-six en Italie, en Kspagne et en Portugal; le collège de Manlieim; dans le l'alitiuat, un collège, un séminaire, un pensionnat et l'université ; h Heidelbeig, le collège ; tt la paroisse de ^eustadt. Elle avait des maisons a Alger et à Tunis, à Goustantinople et dans les villes du Levant ; elle dirigeait tontes les -paroisses des îles de France et de Bourbon, avait une mission à Madagascar cl une mission à Peking.
plus de cent novices ou étudiants, quatre-vingt frères, et pensionnaires. C'était là que résidait le supérieur général. On y donnait la retraite générale pour le clergé du diocèse, des retraites aux quaire-temps pour les ordinations, et dans le courant de l'année des retraites pour les prêtres et laïques qui le désiraient. On envoyait, de plus, des missionnaires dans les campagnes. Enfin, les préires de la mission dirigeaient la maison mère des filles de la Charité, qui était établie vis-à-vis, et où l'on comptait environ cent-cinquante sœurs ou novices.
Dans la nuit du 12 ou 13 juillet, sans que rien eût pu annoncer ce mouvement, deux cents hommesdiversement armés accoururent en tumulte devant les portes de Saint- Lazare. Ils paraissaient encore incertains sur ce qu'ils devaient faire, lorsque sur les deux lieures et demie du malin, au petit jour, sur l'ordre de quelques chefs, les portes furent enfoncées à coups redoublés Les brigands se précipitèrent dans la maison et délivrèrent des aliénés et des jeunes gens enfermés pour inconduite, ils se firent servir à boire et à manger au réfectoire, et demandèrent de l'argent. On concevait l'espoir de les faire sortir sans trop de difficultés ; mais toutes les avenues étant ouvertes, une populace innombrable remplit la maison (l). Vers dix heures du matin, commença une horrible dévastation. On mit en pièces les meubles, les lambris, les portes, les croisées, les lits; on pilla toutes les chambres (2). Les
(1) On n'a jjSs douté, dans le temps de révénement, dit le Mémoire que nous suivons, que cette seconde irruption ne fût combinée : on y entrevit une sorte de commandement; on v a])ercut des ordonnateurs et des chefs: une tresse noire les distinguait à la tète des bandits, et ils paraissaient euxmêmes tirer leurs ordres du Palais-Royal.
(2) De plus de mille portes qui fermaient les cellules, de plus de quinze cents fenêtres nui en éclairaient l'intérieur, rien ne resta en entier. Le réfectoire, vai^.seau immense estimé des connaisseurs pour la beauté des peintures, ne présentait plus que des tables renversées, des vases brisés, des tableaux en pièces. Il existait une salle très-remarquable par la collection qu'elle contenait de cent soixante portraits de pa])es, cardinaux, cvêques, etc. (letle collection devint la proie (h^s haches et des ijiijues : elle n'otlrit plus (ju'uti monceau de toiles lacérées et foulées aux pieds. On frajipait iusfiu'aux muiaiiîes; on eu écoinait les angles. Ld grande bibliothèque, composée de
salles, le réfectoire, la cuisine, les hiblioilièques (car il y en avait plusieurs, une grande pour la maison et des bihliijilièques particulières), le cabinet de pbysique, l'apothicairerie, la procure générale et la procure domestique, tout fut saccagé. Les dépôts de confrérie ou de cbarité furent enlevés. On ravagea la cliambre de saint Vincent de Paul, où l'on conservait les effets qui avaient été à son usage : on brisa sa statue placée récemment dans un vestibule. On pénétra ensuite dans les jardins où l'on dégrada et détruisit tout; on tua des moutons qui paissaient dans l'enclos ; on mit le feu aux granges, et les pompiers eurent peine à arrêter l'incendie. Au milieu de celte foule altérée de pillage, tout était à craindre pour les prêtres de la maison. Cbacun d'eux fut obligé de pourvoir à sa sûreté et s'écbappa comme il put. Plusieurs passèrent par-dessus les murs de l'enclos, d'autres se léfugièrent dans des maisons voisines 5 des infirmes furent conduits au couvent des Récollets qui était voisin, ou à l'Holel-Dieu : plusieurs furent frappés, mais aucun d'eux ne périt.
On avait voulu faire croire qu'il y avait dans la maison de grands magasins de blé, et c'était en dénonçant les Lazaristes comme des accapareurs, qu on avait ameuté contre eux la populace; mais il fut reconnu qu'ils n'avaient chez eux aucun souierrain où ils pussent cacher du blé, et que ce qu'on en trouva sullisait au plus pour les besoins de la maison pendant trois mois. Dans l'hiver précédent, les Lazaristes avaient fait porter du blé à la halle, et récemment pendant la disette ils en avaient fait vendre au-dessous du cours. Tout le quartier savait qu'ils faisaient depuis six mois des distributions de pain et de soupe à plusieurs centaines de pauvres. Cependant, pour donner aux yeux du peuple un air de vraisemblance à l'accusation,
lires (le cinquante mWU: voliiincs, la bibliotlii'que des professeurs, celle des étudiants, les deux hiblioflièques affectées :ui\ jxnsionnaires, fuient, avec leurs tiiinieaux et leurs treillages, décliireis et jetées par les fenêtres, dispersées dans les cours, réduites à un élat de di gradation qui ne laissa pas l'espoir d'extraire de tant de ruines le moindre assortiiutnt. (Ibidem.)
on s'empara d'un prêtre et d'un sons-diacre de la maison ; tous deux en soutane furent mis sur une charrette, assis sur des sacs de blé, et conduits à la halle sous l'escorte d'hommes ponant des torches et des armes, qui eussent vraisemblablement fini par les immoler, sans l'adresse d'un olïicier de garde, qui se chargea de les retenir et qui les mit ensuite en liberté (l).
La maison, après avoir été pendant quatorze heures au pouvoir des dévastateurs, en fut enfin délivrée, vers les cinq heures du soir, par les soins de la milice bourgeoise qui s'orgîini^ait ce jour même. Il y eut, au milieu de ce désastre, plusieurs circonstances fort remarquables. La première, c'est qu il n'y eut aucune profanation dans l'Eglise. Ce fut le seul endroit de la maison épargné 5 les brigands en ouvrirent plusieurs fois la porte, mais ils se retirèrent. Le peuple n'était pas encore familiarisé avec les sacrilèges. Un prêtre avait trouvé le moyen de transporter à l'église Saint-Laurent les vases sacrés et les hosties consacrées. On remarqua encore que dans les chambres dévastées, l'image de Jésus-Christ crucifié fut respectée. Une autre circonstance singulière, c'est le respect avec lequel les brigands traitèreiit un vénérable vieillard presque octogénaire, qui était paralytique : sur la demande
(I) [On ne laissa pas de faire mettre dans le Moniteur qu'on avait trouvé à Siiint-I>azare cinquante voitures de hlé, et cette cNagération a été répétée par plusieurs historiens. Le commandant de la garde nationale du district des t\ecollets, lit insérer dans le numéro 2l5 du Journal de Paris, 1789, une lettre qui contient les détails suivants : « Au moment du désastre de Saint- » liBzare, les districts de Saint-Lazare, de Saint-Laurent et des Recollets, » réunis alors d;ins l'église des l'iéeollets, m'ayant nommé commandant de la » milice bourgeoise, je me suis transporté à la maison de Saint Lazare, à la » tête de ma nouvelle légion, oii, après être parvenu à cliasser un nombre » considérable de scélérats, j'ai fait emporter une (|uantilé effrayante de » cadavres, même de femmes enceintes, noyés dans le vin et empoisonnés » parles liqueurs de l'apothicairerie. Ensuite, sur le bruit public, j'ai visité » généralement toute la maison ; et c'est pour satisfaire aux devoirs de la plus » rigourense justice, que j'atteste qne la quantité de blé et de farine trouvée » à Saint Lazare, suffisait tout au plus pour leurs besoins personnels pen- » dant trois mois, selon l'Etat constaté par MM. les électeurs de la ville, et » les commissaires du Chàtelet. »]]
ANNEE 17S9. :tfi7
(le liiifirmler, Ils le porteront enx-nièmos à la maison des filles de la Cliarilé, dotit il avail éié le directeur. Nous vous apportons, dirent-ils en entrant, votre père, i>ous en aurez bien soin : nous vous apportons aussi son mobilier, son chapeau et ta bourse. Ils ajoutèrent qu'il n'y avait rien à craindre pour les Sœurs : JYous ne sommes pas pa} es pour vous , disaient-ils, mais pour Saint-Lazare.
En efï"et, ce qui se passa par rapport à la maison des filles de la Charité est diî^iu; d'attention. Cette maison qui était en face de Siint-Lazare renfermait cinquante Sœurs et quatre-vingt-dix-huit novices. Ou conqirxnd cond)icn leurs alarmes étaient vives: car elles entendaient les cris de la foule et le bruit de la dévastation. Quelques heures après que l'on eut apporté le prêtre paralytique, une quinzaine d'hommes se présentèrent pour faire la visite et trouver ce magasin de blé qu'ils avaient cherché vainement à Saint-Lazare; ils ne trouvèrent rien, mais ils se conduisirent bien. Il en revint un plus grand nombre vers les cinq heures; ils voulurent entrer dans la chapelle ou les novices étaient réunies. Les marques d'effroi de ces jeunes filles et la sainteté du lieu leur firent impression-, ils sortii'ent en donnant même quelques signes de respect 5 plusieurs même s'étaient mis à genoux ; ils visitèrent l'infirmerie et furent frappés de l'air de pauvreté qui y régnait. Dans ces différentes visites, pas un propos indécent ne fut entendu (l).
Le 14 juillet au matin, plusieurs Lazaristes rentrèrent
dans la maison et recueillirent quelques-uns des meubles
échappés à la destruction. Ils retrouvèrent entre autres les
meubles de la ehand^re de saint Vincent de Paul qui
avaient été jetés par la fenêtre. On retrouva épalement 1 » .
dans les débris un dépôt de mille écusen billets de la caisse
(1) Plus tard, quelques-uns dVn(rc eux firent l'aveu i]ii'i!s ■élaient entrés avec d'afTrcux desseins, mais qu'ils avaient été saisis d'un respect dont ils ne pouvaient se rendre compte à oux-inènies. Un des britjands avant demandé de l'argent h une niaJlressc des )i()vi<cs, le chef de la troupe le menaça de le tuer s'il renouvelait la même demande.
368 ANiNÉE 1789.
d'escompte. Des dons généreux furent offerts aux Lazaristes pour réparer leurs bâtiments et remplacer leur mobilier. Le roi, 1 archevêque, le chapitre de Paris, plusieurs communautés, des particuliers, leur témoignèrent de la manière la plus expressive l'intérêt qu'ils prenaient à leur malheur. On dit que les sommes se montèrent en liuit jours à plus de cent mille livres. Trois ans après, les Lazaristes furent force s de sortir de leur maison ; ils purent du moins sauver le corps de leur saint fondateur et quelques-uns des meubles et effets qui avaient été à son usage. Les filles de la Charité chassées aussi de leur maison conservèrent également le corps de leur vertueuse institutrice, Louise de Mari 1 lac, veuve Le Gras.
Les événements du 14 juillet eurent une importance politique beaucoup plus grave que le pillage de Saint- Lazare. Les détails concernant la prise de la Bastille, et toutes les atrocités qui la suivirent, sont tellement connus que nous n'avons aucun besoin de les retracer ; le gouverneur massacré avec ses soldats pour avoir voulu défendre le poste qui lui était confié 5 le prévôt des marchands de Paris, de Flesselles, périssant de la même manière, ainsi que d'autres victimes des fureurs populaires; la capitale devenue pendant plusieurs jours semblable à une ville prise d'assaut, et en proie à tous les désordres-, l'impunité de tous ces excès publiquement reconnue; ce sont là les débuts de la révolution qui devait terminer le siècle.
[[L'Assemblée nationale , au sein de laquelle le roi s'était rendu afin de réclamer son concours, envoya à l'Hôtel-de-Ville de Paris une nombreuse dépuiation prise dans les tiois ordres, à la tête de laquelle étaient Lalli-Tolendal, Bailly et l'archevêque de Paris : ils furent accueillis avec enthousiasme par les électeurs formant ce qu'on appelait dès lors la commune de Paris, et par lepeuple. On nomma Bailly maire de Paris, à la place de l'infortuné prévôt des marchancls; et Lafayette commandant de la garde nationale. L'archevêque invita les électeurs et le peuple à se rendre à la métropole, pour chanter un Te Deuni en
aciions de grâces du ré(;il)II.ssemen( de la paix ; et il fut, en effet, suivi d'une foule iuinieiise. C'est que jusqu'à ceKe époque la lévoluiiou n'avail pas encore revêlu ce caractère d'inipiélc' dont nous la verrons hienlôl marquée (l). Ou s'empressa de faire célébrer dans un .j^rand nombie de paroisses des services pour ceux (pii avaient péri à la prise <le la Bastille : ou laisait bénir lis drapeaux de la garde naliojiale; mais les hommes sensés et religieux ne pouvaient voir sans effroi l'avilissement profond de l'autorité royale.]]
Les exemples donnés par la capitale furent suivis dans les provinces. La même liceîice y produisit les mêmes excès. La cupidité se signala par des pillafjes, la cruauté par des meurtres, la soif de rindéjiendance par des séditions. Les lois perdaient leur ascendant, et Tauloriié sa force. Les ressorts de l'Etat se brisaient. Toutes les passions étalent déchaînées-, les esprits en délire ne connaissaient plus de frein. Des hommes payés couraient les provinces jwur semer de fausses terreurs qui servaient de prétexte pour armer les citoyens, et procuraient par-là un appui aux factieux. L'Assemblée, au lieu de réprimer le mal, le favorisait par ses décrets et par ses émissaires. Le prince, dépouillé de son autorité, ne pouvait plus cpie gémir sur les désordres. Il voyait tous les jours poricr de nouveaux coups à son tronc. Des folliculaires séditieux excitaient contre lui nn peuple crédule, l'accusaient de tyrannie quand il rettmail à peine l'ond^re de son pouvoir, et prétendaient laire lelondier sur lui l'odieux des excès dont eux-mêmes ou leurs <^()m{)lices étaient les auteurs.
— Le 4 août. N'jit célèbre. Aisolition he i a dÎme. Déclaration des droits de l'homme. Bases de la koi velle co.NSTiTLTioN. Après trois mois d'existence, l'Asscndjlée nationale n'avait pas beaucoup avancé ses travaux : un inci-
•1) '^[11 fai;i l'ciiKii'iiiu'i- que c'tl:iil. lotniiio (ucopiiiciirs r\\\v. !cs I/iz,; listes avaieni «-le ])illcs. Le peuple avait rrii m i.roiant la Bastille, ii'aj>îuirc que le il("-]>atisn".c.j]
370 ANNÉK 1789.
dent fil adopter, dans une heure, une multitude de mesures importantes qui devaient être converlies en lois fondameniales. Comme on commençait à s'efTrayer de l'effervescence populaire, on crut que le remède le plus efficace pour la calmer était de sacrifier lout ce qui portait ombrage. La noblesse donna l'exemple : sur la proposition du vicomte de Noaillcs, on adopta l'abolition des droits féodaux. Il se fit immédialemer;t, au milieu d'un enthousiasme général, une série de propositions importantes, qui furent votées par acclamation, La noblesse admettait la suppression de ses privilège s pécunaires, et des justices seigneuriales, ainsi que l'admissibilité de tous les Français aux emplois civils et militaires. Le clergé consentait au rachat des dîmes, à l'abolition du casuel des curés dans les campagnes; abolition qui devait toutefois être compensée par l'augmentation des portions congrues; à la suppression des annates, et du droit de déport (1); à la prohibition de la pluralité des bénéfices. Les députés du Tiers état abandonnaient les privilèges particuliers propres à certaines provinces ou à certaines villes. Ces articles furent couronnés par la proposition que fit l'archevêque de Paris d'jin Te Deum solennel, et par celle du marquis de Lalli- Tolendal, de décerner à Louis XVI le titre de restaurateur de la liberté française .
Tout avait été décrété sommairement sans discussion dans la nuit du A août : les jours suivants, on dut revenir sur chaque objet, pour rédiger dans ses détails cet ensemble de lois importantes: cette délibération occupa plusieurs séances, et c'est alors surtout que les droits du clergé commencèrent à être mis sérieusement en question. Déjà, dès le 8 août, à l'occasion d'un emprunt demandé par le ministre Necker, le député Lacoste, du Charolais, proposa d'hypothéquer cet emprunt sur les biens du clergé : cette motion était prématurée; on la repoussa pour le moment;
(i; [[On appelait déport le droit qu'avaient dans plusieurs diocèses lis evêques ou les archidiacres de jouir du revenu des cures vacantes.];
ANNEK 1789. 371
mais il fut aisé de prévoir, vu la disposition des e.spriis, (juc celle mesure serait adoptée tôt ou tard. La discussion devint bien plus grave, lorsqu'il fut question de rédiger le cinquième article voté dans la nuii du 4 août, et concernant les dîmes du clergé : au lieu du rachatj admis par le clergé lui même , Mirabeau proposa qu'on décrétât la suppression totale de la dîme ; et il se trouva aussitôt appuvé par une partie notablede l'Assemblée (l). Les observations graves de plusieurs évéques et autres ecclésiastiques ne purent détourner le coup qui privait le clergé de plus do la moitié de son revenu (2). Dans la journée du 10 août, on avait fait venir de Paris à Versailles des bandes tumultueuses, qui s'exprimaient avec violence contre les évéques et les prêtres, dont elles demandaient les tètes. Ces me-
(1) [[Le discours de Mirabeau, dans la scaïuc du 10 août, a une telle importance, que nous croyons devoir (n préscnler un court entrait. Ajirès" avoir essayé de prouver (|ue la dîme était excessivement oppressive, il soutint que les dîmes n'avaient jamais été pour le clergé que des jvuisiunces , annuelles, révocables à la volotité du soiU'erain, tout au plus le subside avec lequel lu nation salariait les officiers de morale ef d^ instruction. »
• J'entends, coniinua-t-il, à ce mot salarie, beaucoup de murmures, et l'on « dirait qu'il ble.'se lu dignité du sacerdoce j mais. Messieurs, il serait a temps, dans cette révolution qui fait éclore tant de sentiments Justes et » généreux, que l'on abiuràt les préjugés d'ignorance orgueilleuse, qui font » dédaigner les mots salaire et saL.rics. Je ne connais que trois manières » d'exister flans la société : W (ixuty être ou mendiant, ou 7'oleur, ou salarii: n le propriétaire n'est lui-même que le premier des salariés; ce que nous » a])pelons vulgairement sa i)r<ipricté n'est autre chose que le prix (|ue lui n j.aie la société pour les distributions qu'il est chargé de faire aux autres » individus par ses consommations et ses dépenses; les propriétaires sont » les agents, les économes du corps social. » On remarquera facilement dans ce langagf; ces principes de conununisnie. qui. après avoir commencé jjar la spoli:ition du cierge, ne devaient pas respecter la propriété privée.]]
(2) [[Parnu les orateurs (|ui s'opposèrent avec le plus de force à la suppression pure et simple des dîmes, il est juste de nommer l'abbé Sieyès. Voici un des raisonnemenis qu'il fit à l'asseuiblée : « Si la dîme est alxdie, est-ce D au bien de l'Etat, est-ce au service public qu'on fait ce sacrifice? Non, » c'est au propriétaire. Le prétendu patriotisme qui consacre cette mesure
» est l'avarice déguisée Ce ne seront pis les pauvres (|ui profiteront de
» r..bolitiun pure et simple : ce seront les riches. Je ne crois pas qu'il taille » (aire présent de soixante-dix millions de rente à des pro])rictaires fon- » cie:s. » {^royez pour les autres incidents ])rincipaiix de la discussion Y Histoire de l'Église de France pendant la iciclntion , par M. Jager tome I, page 210.)]]
naces étaienl destinées à effrayer le clergé. La séance du 1 1 août commença sous ces sinistres impressions. Plusieurs curés demandèrent la lecture d'un acte où ils déclaraient faire l'abandon de leurs droits sur la dlme : ils furent bientôt imités par une foule d'autres 5 et les évèques euxmêmes ne crurent pas devoir prolonger une discussion dont l'issue n'était pas douteuse. L'archevêque de Paris monta à la tribune, et prononça ces paroles remarquables: « Mes collègues n'ont fait que devancer le sacrifice que » nous offrons tous à la patrie; nous remettons tous dans » les mains de la nation toutes les dîmes ecclésiastiques, )) et nous nous confions entièrement en sa sagesse. Que l'E- » vanglle soit annoncé; que le culte divin soit célébré » avec décence et dignité-, que les églises soient pourvues » de pasteurs vertueux et zélés-, que les pauvres soient » secourus; voilà la fin de notre ministère. » Le cardinal de la Rochefoucauld parla également du consentement unanime du clergé. Il importe de peser les termes dans lesquels fut décrété cet article : nous joindrons immédiatement cinq autres articles de la même loi qui concernaient aussi les droits du clergé, et qui furent volés sans discussion sérieuse (l).
« Art. V. Les dîmes de toute nature, possédées par les n corps séculiers et réguliers, par les bénéficiers, les fa-
(t) [[Voici le précis des articles de la nuit du 4 août qui sont plus étrangers aux droits du clergé: « I. I/Assenil)lée nationale détruit le rcginie féodal. II.
» Le droit exclusif des coiomliiers est aboli III. Le droit exclusif de la
» chasse est aboli. IV. Toutes les justices seigneuriales sont supprimées sans la indeninilé. VI. Toutes les rentes perpetui lies seront rachelalde.-. Vit. La vé- » nalilé des offices de judicature et de municipalité est supprimée. La justice > sera rendue gratuitement. X. Tons les privilèges des provinces, cantons, « villes et communautés sont abniis sans retour, et demeureront confondus » dans le droit comu-un des Français. XI. Tous les citoyens, sans distinction » de naissance, sont admis à tous Us emplois et dignités. XIV. L'Assend)lée i> s'occupera, de concert avec le roi, de la suppression des pensions, grâces » et traitements qui n'auraient pas été cités, et dr 1 1 réduction de celles .qui seraient cx.essivcs. b Les derniers articles XVI, XVII, XViil , XIX concernaient la médiille qui devait ène frappée en mémoire de ces grandes délibérations, le titre de licstmirateur de la liberté, donne a Louis XVI, et la promulgation des priudpes fixés par le présent arrête.
AiNNEK 178!>. U7;j
» briques cl tous (jcns de mainmorte, sont abolies, sauf V à aviser aux moyens de subvenir d'une autre manière à » la dépense du culle divin, à renlrelien des ministres des » autels, au soulaj^emenl des pauvres, aux réparations el » constructions des églises et presbytères, el à tous les )) établissements, scniinaires, écoles, collèges, bopitaux, 1) communautés et autres, à l'entretien descpiels elles sont » actuellement afi'ectées. Et cependant jusqu'à ce qu'il y » ait été j)ourvu, et que les anciens possesseurs soient ( n- )) très en jouissance de leur remplacement, l'Assemblée )) nationale ordonne que lesdites dîmes continueront d être » perçues suivant les lois, et en la manière accoutumée.
» Art. VIII. Les droits casnels des curés de campagne 1) sont supprimés et cesseront d'èlre payés, aussitôt qu'il » aura été pourvu à l'augmentation des portions congrues ^) et à la pension des vicaires; et il sera fait un règlement » pour fixer le sort des curés des villes.
» AnT. IX. Les privilèges pécuniaires, personnels ou ■>) réels, en matière de subsides, sont abolis à jamais
» AuT. XIL A l'avenir, il ne sera envoyé eu cour de » Rome aucuns deniers pour annales, ou pour quelque » autre cause que ce soit : mais les diocésains s'adresseront )) à leurs évèques, pour toutes les provisions de bénéfices )) et dispenses, lesquelles seront accordées gratuitement, » nonobstant toutes réserves, expectatives, et partages de » mois; toutes les églises de France devant jouir de la w même liberté.
» Art. XIIL Les déports, dépouilles, vacat, droits cen- » saux — et autres de même genre, établis en faveur des » évêques, arcliidiacres, arcbiprêlres, curés primitifs et M tous autres, sont abolis, sauf à pourvoir ainsi qu'il ap- » partiendra, à la dotation des arcbidiaconés et arcbi- » prèirés qui ne seraient pas sutlisamment dotés.
)) Art. XV. La pluralité des bénélices n'aura plus lieu » à l'avenir, lorsque les revenus du bénéfice ou des béné- » fices dont on sera titulaire, excéderont la somme de trois n mille livres. «
31 i ANNÉE 1789.
Nous rapporterons tout à l'heure les observations du roi sur plusieurs de ces articles, et en particulier sur l'arlicle XIÏ. On a vu que les dîmes devaient être perçues, jusqu'à ce que l'on eût pourvu à leur remplacement; mais il arriva, comme on devait s'y attendre, que la dîme ne fut plus perçue: le peuple se refusa presque partout à la payer; et le recuirs aux voies de contrainte eût été bien dangereux en ce temps de fermentation : il en résulta donc immédiatement une gêne extrême dans la situation d'un grand nombre d'ecclésiastiques.
[[D'autres objets non moins graves occupaient en même temps l'Assemblée. 11 s'agissait de poser les bases de la consiilulion. On avait arrêté qu'on la ferait précéder d'une déclaration des droits de Ihonime; idée empruntée à la nouvelle république des Etats-Unis (l). Les longues discussions qui eurent lieu sur cette déclaration n'entrent pas dans noire plan. On formula un certain nombre d'axiomes philosophiques dont un grand nombre est plus ou moins contestable, dangereux, ayant besoin d'interprétation : et on les proclama solennellement (2).
(1) Voyez, jilus liant, page l'î2.
(2) [[Cette Jeclaration n'étant pas purement un acte ])olitique, mais ayant aussi une grande portée morale, nous croyons devoir insérer ici tout ce •ju'elle a d'essentiel,
« !-es représentants du peuple français, considérant que l'ignorance, » l'onhli ou \v- mépris des dvoils de l'Iiomine, sont les seules causes des » iiialheurs puhliis et de la cncmption des gouvernements, ont résolu d'ex— » poser, dans une déclaration si)lennelle, les droits naturels, inaliénables et » sacrés de l'homme.. .. En conséquence, l'Assemblée nationale reconnaît, » en présence et sous les auspices de l'Etre suprême, les droits suivants de n l'homme et du citoyen.
« I. Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droit.... Les distinctions .'-ociales ne peuvent être fondées que sur l'utilité commune.
« II. Le but de toute- association politique est la conservation des droits » naturels et imprescriptibles de l'homme. Ces droits sont la liberté, la pro— » priété , la sûreté, et la résistance à l'oppression.
« IH. Le principe de foute souveraineté réside essentiellement dans la
* nation. Nul corps, nul individu ne peut exercer d'autorité qui n'en émane B expressément.
« iv. La libf>rté consiste a pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui.
• Ainsi l'exercice des droits naturels de chaque homme n'a de bornes que » celles qui assurent aux autres membres de la société la jouissance île ces
ANMili 1789. ;nK
On eiilra ciisiiiU; ilaiis rcxainci: àcs articles ilc la constilulion piopremoiit diic. Un aiirihuant à TAsscnihlée nationale Icdroitclelaircles lois, il saisissait principalLinent de la manière dont le roi sanctiofiherail la loi. On ne lui rolusa pas seulement un eoncours nécessaire à la i'ornuition de la loi ; mais on ne lui accorda qu'un \élo suspensif. C'est au milieu des discussions orageuses sur la mesure dans laquelle ce droit devait s'étendi-e, que l'Assemblée reçut, le 18 scpteudîrc, les observations du roi sur les aiticles arrêtés dans la nuit du 4 août, et en particulier sur les articles concernant les dîmes et les annates. « J'accepte,
» niêiiies droits; Ces l)onu's ne pinvtnl être détcnninéts que par It loi.
o V. La loi n'a le droit de défendre ([lie les aelions nuisililes à la société.
« VI. L:i loi est ï'e.xprrsiioji de la volonlé géncrtile. Tous les cUnjcns » oiit droit de concourir personnelleiiieni, ou par leurs représentanls, à sa » torinalion. Klle doit être la mèine pour tous. Tous les citoyens, étant égaux » à ses y(u\, sont égaleiuent aduiissiLles à tous les emplois publies, sans » autre distinction que celles de leurs talents et de leurs vertus.
« VII. Nul homme ne peut être accusé, arrêté, ni détenu que dans les cas
» déterminés par la loi Mais tout liomnie, apjxdé ou saisi en vertu delà
» lo!, doit olieir à l'instant.
« VIK. La loi ne doit établir (|ue des peines strictement nécessaires : nul » ne peut être puni qu'en vertu d'une loi promulguée antérieurement.
« X. Nul ne doit être intiuiété pour ses ojnnions, nici/ie religieuses, » pourvu que leur manifestation ne (rouble pas l'ordre public ttabli par » la loi.
a XI. Lu libre communication des pensées et des opinions est un des » droits les plus précieux de i'homme; tout citoyen peut donc parler, B écrire, im|)rin:(r librement, sauf a répondre de l'abus de cette liberté, » dans les cas déterminés par la loi.
« XII. La garantie des droits de Tbomme nécessite nne force publitpie.
« XlII. Pour r<iilretien de la force piibliijue et pour les dépenses d'admi- » nistration, une conlributinn commune est indispi nsable. Klle doit être » également répartie entre tous les citoyens en raison de leurs facultés.
« XIV. Tous les citoyens ont le droit de constater, par cux-iiiêmes ou » par leurs représentants, la nécessité de In contribution pul)li(|nf, de la » consentir librement, d'en suivre l'emploi, et d'en déterminer la quotité.
« XV. La société a le droit de demander compte à tout a^ent public de » son administration.
« XVI. Toute société, dans lar|urlle la i^araniic <1<'S droits n'est pas assurée, » ni la séparation des pnui'oirs déterminée, n'a pas de constitution.
« XVII. La propriété étant un droit invi'dable et sacré, nul ne peut en
être privé, si ce n'est lors(|ue la nécessité |)iihlii|Mi', légalement eonsla!ée, » l'exige évidemment, et sous la condition d'une juvie et préalable indem- » nité. »
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» disait rinforluné monarijuc, le saciillce ûdert par ks » représentanls du clergé : mes observations portent seii- » leinent sur la disposition qu'on en doit faire. On ne rt connaît pas au juste la valeur des dîmes ecclésiastiques : » mais on peut raisonnablement l'estimer de soixante à » quatre-vingts millions; et si l'on se borne à la suppres- » sioM pure et simple, c'est une grande munificence au » profit des propriétaires des terres dans la propoition de » leurs possessions: mais cette proportion, très-juste dans » l'assiette d'un impôt, ne l'est pas pour la répartition d'un » bienfait. Les négociants, les manufacturiers, les per- » sonnes qui se livrent aux sciences et aux arts, les ren- » tiers, et, ce qui est plus intéressant, la classe nombreuse M des citoyens qui sont sans propriété n'auraient aucune » part à cette munificence. Cette faveur ne s'étendrait- » elle pas sur tous, si, dans un moment oîi les finances sont » épuisées, les revenus du clergé supprimés étaient consa- » ci'ésau secours général de l'Etat? Que dans une dislribu- » tion faite avec maturité, les cultivateurs les mcins aisés )) profitassent en grande partie des sacrifices du Clergé, )) je jouirais pleinement de l'amélioration de leur sort: » mais il est tel propriétaire de terres à qui l'affranchis- » sèment des dîmes vaudrait peut-être un accroissement, » de dix, vingt, et trente mille livres par an. Quel droit » a-t-il à une concession si inattendue:' Il ser.iit encore » important de connaître si le produit des dîmes mis à » part, le reste des biens du clergé sullirait aux dépenses » de l'Eglise, et si quelque supplément à cbaige aux peu- » pies ne deviendrait pas nécessaire — La rétribution des » aunates appartient à la cour de Rome 5 et se trouvant I) fondée sur le concordai de la France avec le Saint- » Siège, une seule des parties contractantes ne doit ])as )) l'annuler; mais le vœu de l'Asseudjlée nationale m cn- » gagera à mettre cette affaire en négociation avec les » égards dus à tous les princes souverains, et au cbef de » l'Eglise en parliculiei'. »
Ces observations sages, ainsi que celles qui couceinaient
j)lii.-,i(jiir.s ;iii!r< s iuliclc'S, ne pluiciil pi^ i» hi m;i)(ii i'c : clic prclendil (juc les arrèics du 4 aoùl n élaicnl |);ks clos lois sounuses à la sanction royale, mais des priiici|)es donl il fallail que la protnulfjalioii eùl lieu sans délai. On arièla donc qu'on supplierait le roi d'ordonner celle proniulgalion, en fassuranl toulefois cpie rAsscad)lce naiionalc, loi'>qu'e//c' s'occupentil des lois de dckail, pi en dr ait dans la plus scrupuleuse considération , les réflexions que Sa Majesté avait communiquées.... Le roi consenlil à la pronuiL'^aiion, cl ces graves mesures qui ont laui inllnc' sur la lc.;',islation subséquenle, reculent leur dernière consoninialion. Il est vrai cjue, en ce cpii concerne les dîmes, plusieurs lenlalives fuient faites ensuit; pour les conserver, en les applicjnant au service de l'Eiai ; mais elles n'ahoiiiircnt pas, et la dîme fui absolument supprimée. JJ
— Le 20 août. Cuéatioa du coMrrÉ ECCLÉsiASTiQtE. Lettre du r.oi aux évèques : Mandements. L'Assendilée naiionale nonuna, le -20 août, un comité dit ecclésiastiijue, qui était spécialement chargé de présenter les prqjels de loi sur les matières relatives à la reliîjion et au clerjjé. La conqiosition de ce comité ayant eu beaucoup d'iidluence sui- les décrets subséijuenls, nous croyons devoii- {aire connaître les noms des mend^rcs. Celaient AJM. de Bonnal et de Mercy, évèques de Clermont et de Luçon, le prince de liobcccj, le marcjuis de lioutliillier, d Ormesson de Noyseau, les curés Grandin, l^alande et Vanneau, Despatys de Courteille, juge, et les avocats Lanjuinais, Martineau, Salle de Choux, Treilhard, Legi'and et Durand de Maillanne. On voit que dans ce comité ecclésiastique il n'y avait qtie cinc| niend)res du clergé, mais en revanche il s'y trouvait six avocats (jui n'étaient pas très-favorables au clergé. L évè(|ue de Clermont fut d'abord nonmié président du comité; mais son influence fut bientôt conli-ariée par celle des avocats, (jui tous, à l'exception de Salle de Choux, appelaient à l'envi des innovations sur les matières les jdus étrangères à 1 autorité civile. Ceux ("i, de leur côlé. se plaigi'aieiil ([ue les
luenibres du clergé paralysaient leur zèle clans le comité. Nous verrons plus tard quel moyen ils prirent pour donner i'essor à leurs plans de desirucùon.
Le 2 septembre, le roi adressa une lettre à tous les évêques sur les troubles du royaume (l). 11 déplorait les excès, les violences, les dévasiations qui désolaient plusieurs provinces, et invitait les prélals à joindre à leurs prières des exhorlalioiis salutaires jîour faire sentir aux peuples la nécessité du bon ordre, d'une conduite paisible, de la souniission aux lois. Cette lettre respire toute la bonté de cet excellent prince-, on remarqua surtout ce qu'il disait, que depuis quelque temps les plaisirs du trône s'étaient changés pour lui en aniertume. Mais bien d'autres douleurs lui étaient léservées et il devait boire jusqu'à la lie le calice des tribulations.
Après la lettre du roi, tous les évèques publièrent des mandements pour indiquer des prières et donner des avis appropriés à la circonstance. Ces mandements étaient dans le même sens cpic la lettre, et tendaient à détourner le peuple des excès dont on avait à gémir. L'évêque de ïréguier, Lemintier, fit son mandement comme ses collègues. Le prélat déplorait les troubles, les émeutes, les crimes qui avaier.t ensanglanté la capitale-, il se plaignait des lil)ellistes fougueux, des écrits incendiaires, des brigands qui prècbai;nt la révolte dans les campagnes, attaquaient les cbàteaux et se livraient à toute sorte de violen-
(f) Peu auparavant, le roi avait appelé au ministère deux membres «le l'asseinLIée. M. de Cicé, arehevèqiip de Cordeaux, fut luit garde des sceaux, et M. de Poinj)igi;aii, archevêque de Vienne, ministre île la feuille de bénéfices. Le prélat dor.na inmiédialemeiit la démission de son archevêché; il ne noniiiia (jue trois évê([nes : M. d'Aviaux, ;i Vienne ; M. Asseline, ;i Boulogne, et M. de Couey, à la Rochelle. Les deux jjremicis choix étonnèrent d'abord; M. d'Aviaux, grand-vicaire de Poitiers, était inconnu à Paris; et M. Asseline, professeur de Sorbonne, était né dans une condition inférieure; mais tous les ('eux avaieiit autant de iiiéri(e et d'instruction que de ])iélé, et ils ont honoré l'r'.i^lise dans ces derniers temps par leur sagesse, leurs écrits et leur vertu. Ce furent les derniers choix pour l'épiscopat. Le 3 novembre, le roi fut prié \YAV l'Assemblée de suspendre toute nomination pour les bénéfices, et les décrets (jui se succédèrent rapidement oj)érèrcnt un bouleversement complet dans le clergé.
ANNIîlE 1780. :n;)
ces. Il engiigeail ses cures h prémunir leurs ouailles coulie les pièges qu'on leur tendait par des déclamations vl des suggestions funestes à leur propre repos. Tel était ce mandement qui ne eunlenail que des considérations générales et trop vraies sur Tétat des choses. Nous avons ce mandenienl sous les yeu.\, et nous pouvons dire qu'il est modéré, judicieux vl tout à fait pastoral (l). Il fut dénoncé par diverses municipalités du diocèse-, des libellistes fougueux qui abusaient eux-mêmes de la liberté de la presse, firent grand bruit au sujet de ce mandement qu'ils traitaient d'incendiaire. L'accusation fut portée à l'Assemblée par Chapelier, député Breton fort avancé. D'autres griefs étaient portés contre le prélat : une information faite dans les mêmes municipalités, lui reprochait d'avoir concouru avec la noblesse à faire déserter les rangs de la milice nationale, et à entretenir dans la jeunesse l'opposition ou nouvel ordre de choses. Sur un rapport présenté piw Alquier, le 22 octobre, l'Assemblée décréta : « qu'on écri- » rait une circulaire aux municipalités de Tréguier, pour » les inviter à la paix, et les prémunir contre les insiiiua- » tions des ennemis de l'Etat, relativement à la consiitu- » lion et au zèle de l'Assemblée nationale:... et que le » mandement du sieur évéque de Tréguier, ensemble les » pièces et les informations, seraient remises au tribunal )) chargé d'instruire et de juger les affaires qid ont pour » objet les crimes de lèse- nation. »
(1) Ce niaiiilt'inent st; trouve en entier dans le Journal l'cclciiaitifjiie tie M. Rarriiel, pour 1789, tome lit. On en trouvera cl( s fragments notables dans Ï/Iiiloirc de la perscculion en Brelnguc, par M. Tresvaux, tome I, page 30.
[[Nous ferons ce])endant ()l)ser>er (|ue l'inslruetion pastorale de M. l'cvêcjue de Tréguier, contenait jilusicurs j)assages (|ni ponvaienl Lien n'être pas opportuns , dans la situation très-agilée oii se trouvait la Bretagne. Le prélai portait ses ouailles à réclamer les anciennes lois qui usaient rendu les peuj/lcs heureux. Il ne se bornait jias à dé|)lorer les maux de la I'"rancc, comme beaucoup d'évèques l'avaient fail, ni à s'<'X|)rimer avec liberté sur les libellistes et les démagogues; il atteignait assez clairement les décrets de l'Assemblée nationale, en blâmant celte ci^nlité dans Us rniigs, qui n'est que cliinicre, ces limiles qu^on vouhtit uieUi e a VaulovUé dn sniwei ain, ce système d'indépendance présenté arec art, reçu av'ec cntliousiasme, soutenu par la viotenee, etr.]]
380 ANNÉK 178">.
Ce (lihunal vlnïl ulors \c Chàleli'l (ic Paris. Car les par- Icrr.enîs vctiaicnlcrèircsuj)j>rinK's par un simple arrête de l'Assemblée nationale ; et l'organisation nouvelle de la justice n'était pas terminée (l). Le prélat ayant été assigné crut devoir comparaître: il se justifia-, et le 14 septembre 1790, le Ghàtelel, après avoir examiné l'afiaire, le déchargea de toute accusation.
— Le 26 septembre. Séance de l'Assemblée katioaale,
ou LE CLERGÉ OFFRE SON MOBILIER POUR SUBVENIR AUX BESOINS
DE l'I'^tat. Dans l'état d'anarchie où se trouvait le royaume, la détresse du trésor loyal se faisait sentir de jour en jour d'une manière plus incpiiétante. On fit appel à la générosité des particuliers. Le roi et la reine, donnant l'exemple, envoyèrent à la Monnaie une partie notable de leur vaisselle; et cet exemple eut bien des imitateurs-, mais c'eîait là une faible ressource dans les circonstances. Le premier ministre vint, le -26 scpicmbre, exposer la triste situation du trésor: ayant annoncé des économies, dont la plus importante était la suppression de la maison de la reine, il fit la proposition d'une coniribullon patriotique, fixée au quart du revenu de toutes les propriétés et des trallemenis, et payable soit en numéraiie, soit en vaisselles ou bijoux. Au milieu de la vive discussion qu'amena cette proposition, un député de la noblesse, de Jessc, avait invité l'Assemblée à employer au soulagement de l'Etat Vargentcrie des églises ; il l'évaluait à cent quarante mil-
(i) [[A propremenl parler, les parlenients n'avaient été que suspendus par l'arrcle du 3 noveuibre l'SD, et les ehainbres des vacations avaient été chargées de rendre la justice en attendant , mais cette suspension, qui avait pour liut (i'allendre l'organisation nouvelle, é(|uivalait .1 la suppression. Un ado aussi iuiporiaul ne passa |ias sans réciaiiiation. l'iusieurs parlements protestèrent. I>a protestation du parlement de l'aris fut, deux ou (rois ans après, sous la Urrcnr, ce qui (it condamner les magistrats à mort par le trii)unal révolutionnaire. On ne ))eut nier (pie dans celte ciiconstanre ils n aient moiitié une grande dignité. D'autres parlements essayèrent de résister; ils furent dcnoneés i\ rAsseinblee nationale. Les magistrats du parlement de Rennes, en particulier, durent même comparaître devant l'Assemblée; ils y dércmlireut leur conduite avec liberté. Mirabeau déploya contre eux tout son talent: Maiiry les défendit avec éliiquence. iL7//Aioi/ e de Louis Xf'I, par Droz, tome 111, donne sur cet incident, dos détails intéressants.)
lions, cl il supposait qu'on ne conservant que ce qui ciait nécessaire à la décence du culte, la plus faraude panie pouvait è(re envoyée à la Monnaie. On éiail curieux d(i savoir quelle serait la réponse du clerj^é à une sendjlable proposition. L'archevêque de Paris, -M. de Juifjué, se leva pour consentir au nom de ses collè,';ues et de tout son ordre, et il ne l'ut, en cfTct, conircdil par personne. En conséquence, l'AssendjIée prit un arrêté en ces termes : Il Sur la proposition de l'un de ses membres, et sur l'adlié- » sion de plusieurs membres du clergé, l'Assemblée na- >) tionalc i/mte les évêques, les chapitres, les supérieurs » de maisons et communautés séculières et réî>^ulières de » l'un et l'autre sexe, municipalités, fabri(|ues et confré- » ries, à faire portera riiolel des monnaies le plus pro- » chain toute l'arj^cnterie des églises, fabriques, chapelles » et confréries, (/uf ne sera pas fiécessairr fwui- la décence » duculfedwin. » Ce décret et celui sur le quart du revenu, exposa le clergé, en beaucoup d'endroits, a bien des vexations de la part des autorités locales, et des patriotes exaltés. Il est d'ailleurs dillicile au milieu de la confusion (pii alla toujours en croissant, d'évaluer dans quelle mesure se firent les offrandes: mais dans celte circonstance comme dans un si grand nombre d'autres, le clergé montra du moins combien il était éloigné de celle cupidité qu'on lui a si injustement reprochée.
Un Incident malheureux qui suivit la séance du 26 septembre, mit au jour une des plaies profondes que recelait l'état monastique. On lut une lettre que treize religieux clunisles du monastère de Saint-Marlin-des-Chanq^s h Paris, adressaient à l'Assemblée pour lui offrir d'appliquer aux besoins de l'Etat les biens de leur ordre, dont ils faisaient monter les revenus annuels à dix huit cent mille livres, moyennant une pension de quinze cents livres qui leur serait assurée: ils ne dissimulaient pas leurs vœux pour hi liberté, dont ils voulaient jouircomuie les autres Français. Les observations graves des évéques n'empêchèrent pas la majorité de déclarer dans le procès-
verbal, que l'Assemblée avait accueilli avec satisfaction ces preuves de patriotisme. Malheureusement beaucoup d'autres signes indiquèrent bientôt qu'il y avait dans les cloîtres un certain nombre d hommes ennuyés de leur état et appelant eux-mêmes la spoliation.
— Les 5 et 6 octobre. Imsultes faites au koi et a sa FAMILLE. Louis X\ I et l'Assemblée a Paris. Conséquences DE CET événement. Nous Fcnvoyons aux historiens qui ont raconté les faits de la révolution française, tout le détail des f «its lamentables qui rendirent ces journées fameuses. Des factieux profilèrentde la disette, et en particulier delà cherté du pain, pour égarer la multitude, et lui persuader que le roi était l'auteur de ses souffrances; une conspiration atroce fut ourdie et exécutée publiquement. Le 5 octobre, un attroupement composé de plus de dix mille femmes ou hommes déguisés en femmes, et guidé par quelques meneurs hardis et déterminés, se porta de Paris à Versailles. La résidence royale fut envahie, et elle retentit d'injures grossières et de menaces contre le roi et la reine. L'Assemblée nationale ne sut pas se faire respecter elle-même, et la plus vile populace vint se mêler à ses séances, La famille royale courut les plus grands dangers. Dans la nuit funeste du 6 octobre, plusieurs gardes du corps furent massacrés jusque dans finlérieur du château. L'airivée de la garde nationale de Paris, conduite par Lafayelle, ne fit que compliquer la situation. On ne calma l'effervescence de cette multitude que quand le roi eut promis, le 6 octobre, de venir à Paris avec la reine et son fils. Il y alla, en effet, le même jour, entouré de l'escorte effrayante d'hommes ivres de vin et de sang et de femmes plus horribles encore. Lorsqu'il fut arrivé à l'Hottd de Ville, on obtint de lui la promesse de s'y fixer et d'habiter les Tuileries, où dès lors il se vit prisonnier et à la merci de ses ennemis.
[[Dans le cours de l'année suivante, les attentats des 5 et 6 octobre furent l'objet d'une procédure singulière, dont l'issue ne montra que trop les honteuses dispositions
d un jjrand nombre de personnages. Le Cliàtelet, chargédc poursuivre loscriiiiesde/<'.v<?-«r<//u//, inslruisitsurlesautcurs de ces fnlalos journées-, et après dix mois de reclierclies, il envoya à l'Assemblée nationale unedépulation cpn déclara que, deux de ses membres étant in>pli(jués dans les dépositions, on ne pouvait procéder contre eux qu'avec I autorisation de l'Assemblée (l). Celle-ci chargea un comité d'examiner les pièces de la procédure: cl le rapport que Chabroud fit en conséquence ne s appliqua qu'à diminuer I horreur pour les attentats, à éloigner tout soupçon de conjuration, et à récrimin(,'r contre la procédure du Chàtelet, procédure, disait-il, empreiiite d'une tiédeur qui engourdissait le patriotisme, et jetait la division dans les esprits.
iMal;;ré les efforts des amis de la monarchie, ei les représentations éloquentes de Maurv, l'Assemblée refusa, l'autorisation des poursuites contre les deux députés: elle applautlit aux récriminations scandaleuses par lesquelles Alirabeau rejeta aille procédure infernale sur les ennemis de la révolution (i).]]
[i] ,[Ck^ doux incinl)rcs rlaienl le duc d'Orléans et Mirabeau. Maury, qui n'avait nullt" raison de n)éiiaL;ci MÉralieau, déelara lui-inênie, ([u'aprés avoir [)ris connaissance des pièces de la procédure, l«;s charges contre Miiaheau ne lui parai^^aient pa - suffisantes. Mais il insista avec force pour que l'afTaire iùt suivie pir rapport au duc d'Oi léans.y,
(2) [[Le «liscoui's que Maury prononça h cette occasion, le 9 septembre 1790, est un (les ]ilus reniarqnal)les de cet orateur. Réfutant avec énergie cet cirauge r-ippori, ((ui, niant dans les attentats d'octobre loiite conspiration, ne voyait dans l'œxivre du Cli.itelct (|H'une procédure contre la révolution, « Je sais, disait-ii, combien tous ces mois parasites de réuDlulion, de » libelle, de patriote, ont de laveur dans cette assemblée !.... Pour moi, je » demande qu'on définisse enfin nettement le mot rcs'olulion. Je demande » s'il est dans le sens de la rcvolution de souiller par des crimes dignes de » cannibi.lcs, le palais de nos rois; je demande si la ré\'Olulion a pu être » un litre d'impunité jiour les grands crimes, etc.; je demande si l'on n regarde comme ennemis de la ici'olutiun tous ceux qui sont prolbndéi> ment révoltes des horribles attentats de Versailles, et, dans celle siippo- » sition, je déclare que je me mets à leur tête.
a Uelalivement à la conspiratiov, M. le rapporteur nous a dit qu'il 1) n'apercivail dans les horreurs du 6 odobre, qu'un Jiii cruel du .••ort, cl » qu'il lui était impossible de découviir dans la procédure ra;>parence d'un » complot. J'ai lu attentivement celle procédure, et je déclare qu'il m'est
Celle assemblée, dont la niajoiilé montra, au milieu de ces scènes déplorables, tant d'indifierence pour les dangers de la famille royale, vint, le 19 octobre, s'installer elle-même à Paris : elle tint d'abord ses séances à l'Archevêché, dans la grande salle de rotllciaiilé; elle fut bientôt après transférée près des Tuileries, dans une vaste salle qui avait longtemps servi de manège; et c'est là que, d'après la manière dont se groupèrent les députés à raison de leurs opinions, on commença à distinguer la droite, la gauche, la montagne.
[[Les conséquences de cette résidence de l'Assemblée
» (liiiionUé, connue à toii.s its esprits (|ui ne sont pas prévenus, cjiie les >> foii'aits (le Versailles ont été le rt sultat il'iine véritable eonspiraliun. Un » seul fait sudit ])our donner!» mon asseition la plus ineonteslable évidence. » Il est prouvé par les dépositions unanimes des témoins que parmi cette » luultit'ide de brigands, dont le seul souvenir l'ait encore fiissonner d'Iiors reur, il y avait un très-grund nombre d'hommes déguisés en femmes. Or, 1) quand le peuple vient seulement demander du pain à son roi, quand il est M ouvertement en insurrection, il ne se masque pas de peur d'être reconnu. Je » i)ourrais m'en ttnir à cette seule observation ; mais à qui persuadera-l-on » sérieusement que l'unité du départ à la même heure, l'ensemble de plus » de dix mille ])ersonnes qui se rendent au même lieu, qui tiennent le » même langage, (jui portent les mêmes armes, qui annoncent sur la route n la veille de cette journée déplorable, qu'elles ne sont pas piessées parce » (lue le lendez-vuus n'est fixé que le lendemain à six heures du matin, » qui, en arrivant, font entindre les mêmes menaces, (jui »e mêlent avec des » s«d(lats subornés le même jour, ([ui attendent avec toute la patience rlii » crime, ])endaiit une nuit entière, le signal des malheurs, (|ui, à l'heure I) annoncée d'avance, se réunissent au même point, forcent la barrière qui » environne le palais du roi, .jui font retentir les airs d'imprécations et de n blasphèmes contre la m.vieste royale, qui égorgent la garde fidèle de nos n rois, (lui pénèirent jiis(in'a l'apîiartement de la reine, et qui, en souillant » par l'eflusion du tang telle enceinte sacrée, ne regardent ces preujiers » crimes que comme le prélude d'un crime plus grand encore, destiné ;i dcsho- » norev à jamais la nation; il qui persuadera-l-on, dis-je, qu'un pareil » accord ne suppose pas un com])lot? Il faut fermer les yeux h la lumière » du S(deil pour ne jjas voir dans de tels exci's de scélératesse, préparés, » annoncés, combinés, tous les caiactères de li plus infâme conspiration, » et lors(iue nous fûmes témoins de ces scèn(s d'horreur, nul de nous Il ne douta qi'.'il n'y eût un plan, des chefs, des complices au milieu de (elle n féroce mulliîude (jui obéis.'sait, sans le .saNoir, à des impulsions étrangères .. » On voulait intimider le roi ; on vouhiit l'éloigner; on voulait le remplacer » par un regen! ; on ct^nscntit, par capitulation, il attenter sur la liberté » du clief suprême de l'État, en le traînnnt :i main arn ée, dans sa capitale. » La c<)ns»ir.-.lion contre la reine est encore plus évidente. » (OEiiyres choi- « sics de iMaury, loine IV, pig' s 300 et suivantes.) ]
ANNÉE nSO. 385
luilionaU; à Paris rurtnl immenses par rapporl au progrès de la révolution ; car elle s'y trouva trop souvent ilominée par des pouvoirs tie nature diverse, qui induèrenl notablement sur ses décisions.
Nous avons déjà eu occasion de nommer la comniwie de Paris. Formée des représentants de chaque district, elle prétendait ([ue. si lAssemblée nationale pouvait faire les lois géncrnlesy c'était à elle-même qu'il apparienail de (aire tous les rèjjlemenis concernant la capitale \ or la centralisation qui se consommait alors, donnait nécessairement, visà-vis de la France entière, une importance extrême à la ville de Paris, que la commune était censée représenter, et où elle disposait de la force armée.
La puissance de la commune était balancée par les clubs, qui, à celte époque, prirent un fjrand développement. Le club, dont l'organisation devint bientôt la plus formidable, fut celui des Jacobins. Des députés bretons du tiers-état avaient d'abord formé à Versailles même une réunion d'lion)mcs avancés, connue sous le nom de club breton. Transférée à Paris avec l'Assemblée, elle s'établit dans une salle du couvent des Jacobins réformés, rue Saint-Honoré et accpilt une vogue extraordinaire. Duport, Barnavc, et les deux Lameth y dominaient; ils ouvrirent leurs rangs, d'abord aux écrivains, dénomination sous Ia(juelle étaient compris tous les libellistes, puis aux patriotes de toutes les condiiions, Lescbefsdu club des Jacobins voulurent bientôt avoir des correspondants dans toutes les parties de la France; et c'est ainsi que furent formées dans toutes les provinces des sociétés patriotiques qu'ils s'alliliaient, auxquelles ils communiquaient leurs instructions, et dont à leur tour ils recevaient les inspirations. Un comité plus intime, qui était formé de dix membres, et qu'on nomma le sabbat, était chargé de la direction, et transmettait ses ordres à d'autres comités restreints, qui agissaient sur les clubs particuliers, de manière que toutes les sections recevaient à la fols le mot d'ordre pour une émeute, pour une T. v. 25
dénonciation (l). Ainsi se constitua cette puissance, qui balança et domina souvent l'Assemblée nationale ellemême. Le club dt^s Jacobins avait d'idjord admis un certain nombre de modérés, dont les fondateurs avaient eux-mêmes désiré Tinfluence; mais il alla toujours en s'épurant, selon l'expression reçue, c'est-à-diie en excluant tous ceux qui montraient quelque tiédeur pour les intérêts de la révolution civile et religieuse. Le club des Cordeliers ,'A\m\ appelé du couvent où il s'était établi, sans avoir une organisation aussi forte, l'emporta longtemps par l'exaltaliou furibonde de ses principaux membres, Danton, i\Iarat , Camille Desmoulins. Sous prétexte qu il représentait les inlérêls du district des Cordeliers , on !e vit plus d'une fois lutter audacieusement contre la commune, résister aux mesures adoptées par elle, la dénoncer aux autres districts. Pbisieursdes membres qui avaient appartenu au club des Jacobins, effrayés des opinions avancées qui s'y débitaient, s'en séparèrent et se réunirent au monastère des Feuillants, près les Tuileries ; mais ils furent loin d'avoir le même succès. D'autres députés, encore plus effrayés que les précédents des progrès de la révolution, essayèrent de se coaliser sous le nom d'indépendants ou impartiaux. Des tentatives furent faites pour fonder un club aux Petitsyéugustins; maisdivisés entre eux, et menacés par lesagitateurs, ils ne purent réussir à se constituer d'une manière durable. Les divers clubs avaient un instrument terrible pour agir sur les masses dans les feuilles périoditjues, dont plusieurs exhalaient chaque jour impunément les piovocations les plus violentes.
C'est aussi après les journées des 5 et 6 octobre que l'émigration de la noblesse devint bien plus considérable. Elle avait déjà commencé après la prise de la Bastille. Un des frères du roi et d'autres princes du sang avaient donné l'exemple; une foule de membres de la noblesse les avaient
(1) Mémoires deLafayelte, lonie II, pnge 371.
ANNLI-: [l»\i. :j87
suivis. Déjà, le 23 soploinbrc 1789, le dt'pnté Bouche, dciioticanl réniifjinlion , portait le nombre des personnes sorliesdc France, à (jnalre-vinj'is mille, et à vinp^l millions de revenus ce f|u'elles empoiiaienl. Peul-èlie cette cva- Inaiion était alors exa.^érée ; mais il est certain qu'après les scènes d'octobre le nombre des éniifjrés au.omenta considérablement : plus d'une centaine de membres de l'Assend:>l('e nationale, et dans ce nombre plusieurs évéques, se reliièrent pour toujours, et laissèrent jiarcela même plus de liberté aux ennemis de rEf;lise. C'est alors en particulier (jiie rarchevè(|ue de Paris, de Juiçné, fatigué des accusations injustes par lesquelles on le noircissait auprès du peuple, des menaces, des injures atroces dont il s'était vu l'objet, se retira d'abord en Savoie, puis en Suisse (J). Toutefois ce ne fut que dans ïes années suivantes, et surtout vers la (in de 1791, que le clerg<5 séculier et réîjnlier fut réduit à s'expatrier. Jj
— 2 novembre. Dkcret de i/Ass-e^wblée wationale sdk
LES BIENS ECCLÉSIASTIQTJES. MeSL'RES Qll SOPIT PRISES E^
coissÊQVEiscE. Lc clcrgé avait été dépossédé des dîmes cpii formaient la partie la plus considérable peut -être de son revenu. H lui restait encore des biens-fonds considéi^ables, proie ardemment convoitée par la cupidité. Déjà on avffit proposé d bypothé(pier sur ces biens les dettes de TEtaf (?): et cette motion avait eu alors peu de succès. Ce fut l'évèqued'Autun, de Talleyrand-Périî,^ord, qui porta à la propriété de l'Kîjlise un coup fatal. Le 10 octobre, après avoir fait la peinture la plus triste des besoins de I Etat auxquels les autres ressoui'ces ne lui paraissaient pas pouvoir sufKire, « il en est une immense, dit-il, qui peut s'allier avec le )) resprct pour les propriétés : elle existe dans les biens du » clerjjé. Une grande opération surces biens est inévitable ;
(1) Le 29 scplenibrc, le lendciiiaiii iiiènie du juur oii nous L'jivons vu laire, dans l'A.ssimI)lce nationale, «ne ofTie généreuse, il présidait dans l'église mélropoliiainc, à lu l>énédi(ttf)ii (Ir-, drapeaux de ta garde nationale : el ( elle-ei s'etail pcrinJs d'exeeiiLev dans le saiift lieu dc.t (eux de peluton, ce nui déplut beaueoup au prélat. Il avait été incBacc dans les jouruées d'oclolire.
(2) royc: la motion de I.icosîe, plus Iniif, pngo 1^70.
» ne fût-ce que pour remplacer les dîmes, qui sont deve- » nues le patrimoine de l'Etat. Le clergé n'est pas pioprié- » taire à l'instar des autres propriétaires. La nation jouis- » sant d'un droit trèsétendu sur tous les corps, en exerce » de très-réels sur le clergé ; elle peut détruire les agi é- » gâtions de cet ordre qui pourraient paraître inutiles à la » société, et nécessairement leurs biens deviendraient alors » le juste partage de la nation : elle peut de même anéan- » tir les bénéfices sans fonctions; elle peut donc dès ce » moment, prendre les biens de cette nature qui sont va- » cants et qui vaqueront par la suite : nulle difliculté à cet » égard, mais peut-elle réduire le revenu des bénéficiers M vivants?... Nous savons tous que la partie de ces biens » nécessaire à l'honnête subsistance des bénéficiers, est la » seule qui leur appartienne : le reste est la propriété des » temples et des pauvres. Si donc la nation conserve à M chaque titulaire, de quelque nature que soit son bénéw fice, celte subsistance honorable, elle est bien sûre de ne » pas toucher à la véritable propriété : en se chargeant 5) de l'administration du reste, et en remplissant les obli- » gâtions qui y sont attachées, comme l'entretien des hopi- » taux, des ateliers de charité, la réparation des églises, » les intentions des fondateurs seront remplies, et toute » justice sévèrement remplie. »
Après ces préliminaires, l'évêque d'Autun faisait les calculs suivants. Les dîmes seraient désormaisacquittéesau profit de la nation ; elles se montaient à quatre-vingts millions-, les biens-fonds produisaient au moins soixante-dix millions. Voilà donc un total de cent-cinquante millions. Sur cette masse, l'orateur attribuait cent millions à la subsistance de quatre-vingts mille ecclésiastiques, que Ion comptait alors en France; il comprenait dans ce nombre quarante mille curés, à chacun desquels il assurait au moins douze cents livres, outre le logement. Ces cent millions seraient bientôt réduits à quatre-vingts millions par l'extinction des bénéficiers sans emploi-, tout le reste devait être employé par l'Etat à payer la dette du clergé, à combler le
déficit, à rembourser les charges de judicature, à créer une caisse d'amorlissenicnt. A ces fir.s, le prélat proposait qu'on vendît les biens-fonds du clerj^é, et il promettait que de fjrauds aviuilafjes résulieraiint de cette quantité de biens inuueubles mise en circulation.
Cette motion si scandaleuse, el appuyéede tant de sopbismes, fut encore exagérée par Mirabeau, qui demanda que la nation se déclarât propriclaire des biens du cierge. Elle fut réfutée par plL:sieurs membres du clergé, elMaury, en particulier, la combattit dans une brillante improvisation. [[Il fit voir que cette mesure était le triomphe des agioteurs accoutumés à profiter des maux de lEiat, spéculant surla ruine du clergé, attendant celte riche proie t/uon leur préparait en silence , dévorant d'avance ces propriétés ; attendant avec impatience que la vente des biens de i Eglise, en faisant monter les effets publics, augmentât subitement leur fortune. Il montra les conséquences de ci tte spéculation par rapport aux propriétés privées. « La propriété » est une, dit-il; elle est sacrée pour nous comme pour » vous. Nos propriétés garantissent les vôtres. Nous soiumes » attaqués aujourd'hui; mais ne vous y trompez pas; si » nous sommes dé|)0uillés, vous le serez à votre tour; ou » vous opposera votre propre innnoralité-, el la première » calamité, en matière de finances, atteindra et dévorera )) vos héritages. Nous n'avons usurpé les possessions de » personne : nos biens nous appartiennent, parce que nous » les avons acquis, ou parce que ce vous nous les avez » donnés. Nous les avons acquis du produit de nos écono- 1) mies; nous produisons lesiitresde nos acquisitions; nous » les avons (aites sous rautorisalion expresse des lois. On » nous a donné nos biens : les actes de fondation existent. » Ce n'est pas même au culte public que ces dons ont été » faits; tout a été individuel entre le donateur qui a légué, )) el l'église particulière qui a reçu. On ne coiuiaît aucun » don fait en général à lEglise. Les dotations d'un tiès- « grand nombre de curés ne sont que des fondations m- )) spirées par la piété de quelques paroissiens, el ne peu-
■Am
AlSmE 1789.
» venl par conséquent retourner à la iiaiioa, parce qu'elles )) n'en viennent point.... Il est avéré par les preniiers » luonumenls de la législation française, que la nation » eu corps n'a jamais ni stipendié, ni doté le culte public. )) La dîme elle-même ne nous a point été donnée par la » uation : les lois les plus anciennes en confirment la per- » ception ; mais elles supposent toutes la préexistence de » ce droit.... Si la nalioii peut remonter à l'origine de la » société pour nous dépouiller de nos propriélés, recon- » nues ei protégées par les lois pendant plus de quatorze » siècles, ce nouveau principe métaphysicpie vous con- » duira directement à toutes les insurreciions de la loi » a.oraire-, le peuple profilera du chaos pour demander à « entrer en partage de vos biens 5 il aura sur vous tous les )) droi'.s que vous exercerez siu' nous: je suis loiu d'inler- » jeter un appel au peuple; mais il m'est permis d'opposer » à un piMiicipe injuste et incendiaire, les factieuses cou- » séquences que peut en tirer la cupidité. »
L'orateur montrait ensuite les immenses iuconvénienls de la mesure; l'inégalité de la répartition-, des provinces riches en biens ecclésiastiques supportan l lout le poids de la dette nationale et des frais du culte, tandis que d'autres orandes provinces n'en acquitteraient rien; les frais de i'adminislraliou remise à l'Eiat absorbant une grande p.îriie des propriétés ; l'état précaire où allait se trouver k: clergé : « C'est, disait-il, une inslilulion vraiment pré- ») cieuse à l'Etat que la dotalioii territoriale des miiiislres » de la religion. Le culte public sérail compromis, s'ildé- » pendait d'un salaire avilissant et incerlam. Bientôt l'ir- » rcHpiou et l'avidité mettraient ces fonctions au rabais, « et solliciteraient le cullie le moins dispendit;ux, pour par- » venir à la suppression de tous les cullcs. l'ne disette « passagère, une interruption momentanée ou durable ^) dans la perception des impôls, une guerre ruineuse, » cent autres causes de suspensions de paiement redui- » raient à l'aumône le corps entier de ce clergé salarié ; .) aucun citoyen ne voudrait embrasser un état si précaire
■) et si borné; toules les paroisses des campagnes seraient ) abandonnées; et le royaume bvré à l'anarcbie, appren- » drait bientôt par ses désastres celle grande vérité poli- >' tique, trop oubliée aujourd'hui, que Tordre politique » repose sur la reliijion, el que les ministres du culte » peuvent seuls répoudre du peuple au gouvernement. » C'est par ses incalculables aumônes cpie le clergé rend » les peuples dociles. Comment pourra-t-il les contenir, ') lorsqu'il n'aura plus la faculté de les assister? » Et ici l'orateur montrait l'Angleterre, qui, après avoir usurpé les possessions des évéchés et des chapitres les plus riches de l'Europe, était obligée de suppléer par la taxe des pauvres aux aumônes du clergé (1)]]
La discussion, interrompue par la translation de l'Assemblée de Versailles à Paris, fut reprise avec vivacité le •23 octobre: MM. de Boisgelin, aichevèquc d'Aix, de Bonnal, évécpie de Clermont, Cortois de Balore, évèqiu; de Nîmes, l'abbé de 3]ontesquiou, le vicomte de Miiabeau, frère du célèbre orateur, 1 avocat Camus, K' poète Lebrun, plaidèrent avec force les droits du cleigé, qui furent attaqués avec plus ou moins d adresse par les avocats Thouret, Treilhard, Garât et autres: les débats furent soutenus de pari et d'autre avec chaleur, et même avec un grand talent (-2). L'autorité de Thistoire, la philosophie, la politique, réconomie politique, tout fut invoqué (3).
Dans la journée du 31 octobre, le succès parut d'abord devoir répondre aux efforts du clergé. On fut surtout frappé du discours de l'archevêque d'Aix, qui, après avoir relevé les droits de lEglise, montra de quelles ressources
1) OEuvres choisies de iMaiir\, tome III, pages 380 el suivantes.
(2) rqyez, dans M. Jager, Ili^toive de l'Église de Fiance pendant la iiviiliiliofi, loine I, une analyse plus développée de cette dicussion.
(3) ;[I)ans rintervalle, l'assemblée nationale avait pris comme en passant, .'«; 25 octoljre, un arrêté plus ^rave qu'on ne voulait l'avouer. Le comité des rapports ayant rendu nuiipte de lettres eerites par deux religieux ei une religieuse, réclamant contre les vœux perpétuels; il fut décide que <<)M/eénii>sion de Tœiix serait suspendue dans les nionaslci es de l'un et l'autre Sexe. Ce fut en vain que le cierge fit observer que dans les circonstances, la suspension équivalait .i l'exclusion définitirc des vœux.;)
392 ANNlïb: 1780.
l'Etal lui-même «illait se priver, si l'on touchait aux bient> ecclésiastiques. Il ofTrait d'ailleurs, au nom de son ordre, une somme de quatre cents millions à hypothéquersursesbiens, pour subvenir aux besoins actuels du trésor. Rassurant le clergé inférieur, il déclarait également qu'on consentirait à tontes les réformes nécessaires pour l'amélioration du sort des ciH'és. On demandait à aller aux voix : Mirabeau craignit qu'elles ne fussent pas favorables à son opinion, et piu-vini à faire remettre la conclusion au surlendemain, lundi, 2 novembre. Dans l'intervalle, on ameuta la poj)ulace de Paris -, rArchevèché, où TAssemblée devait tenir ses séances, fut investi avant le jour par une foule de bandits, qui f lisaient entendre les plus violentes menaces, cl qui outrageaient même les députés ecclésiastiques par des voies de fait les plus odieuses : c'est sous cette triste influence que commença la délibération. Les ennemis du clergé furent presque les seuls entendus. Pour obtenir plus facilement le succè«, Mirabeau, voyant qu'on aurait trop de peine à faire décréter que les biens du clergé appartiennent àla nation, proposa une modification, qui, tout importante qu'elleélait, necliangeaii guère que la forme. La décision lut arrêtée en ces termes : « l'Assemblée na- » tionale décrète, I°que tous les biens ecclésiastiques sont » à /rt disposition de la nation, à la cliarge de pourvoir » d'une manière convenable aux frais du culte, à l'en- » tretien de ses ministres, et au soulagement des pauvres, w sous la surveillance et d'après les instructions des pro- » vinces; 2" que dans les dispositions à faire pour l'entre- » tien des ministres de la religion, il ne pourra être assuré » à la dotation d'aucune cure, moins de douze cents livres » par année, non compris le logement et les jardins en )) dépendant. » Ce décret fut rendu à la majorité de trois cent soixante-huit voix contre trois cent quarante-six. Quarante membres s'abstinrent, sans compter ceux que l'émeute populaire avait éloignés de la séance (1).
(I) On fil la remarque que co tltcret fut adopté le jour dts Moi (s, ,'.
On îissurc (Hi'uii reilaiii iiombrc de députés ne vovalcni dans le dccrci (|n un moyen donne à 1 Kl al de {ijaianiir les eniprunls qui lui ('laienl nécessaires. C'esl peui-éire paire motif que le roi. (pii se trouvait d'ailleurs dans une position si dillieile, au milieu de I exaltation des esprits, ne crut p is devoir refuser si sanction ; il l'envoya à l'Assemblée dès le 4 novend)re. Mais ceux (pii avai(;nt cru cpie le décret n'(''lait |>as destiné à déjiouiller le cleryé durent être bientôt déirc)nq)és par les mesures qui furent piises successivemenl. Le 7 novembre, un déciet mit lis biens ecclésiastiques sous la surveillance des autorités locales, afin d éviter qu'ils fussent li\rés au pilla^je. [[Deux jours après, on arrêta que le loi serait supj)lié de surseoir à la nomination à tous les bénéfices, même auxévêcliés, alle:idu qu'il était déjà question de n'avoir (ju un évêcbé par déparlement.]] Le -n'y du même mois, ou arrêta (jue tous les titulaires des Ix'nefices et fous les supérieurs des maison> ecclésiasti(pies auraient à faire devant les mêmes anloriiés locales, une dc'claralion détaillée de tous les biens uiubiliers et iiumohiliei s dépendant de leurs bénéfices ou établissements. Déplus, ils devaient allirmer qu'il n'avait été fait aucune destruction des titres, papiers et mobilier. Le 17 décembre, on entama enfin nettement la question de la vente d'une partie des biens ecclésiastiques.
Le ministre des finances, Necker, avait présenté un projet de décret pour autoriser la caisse d'es(om|)le, moyc-nnanl certaines conditions, à faire au trésor publie une avance de cent soixant-dix millions qui étaient nécessaires. Le comité des finances, par l'organe de son député, Lecoulteux de Cauteleu, proposa un décret assez conq)li(jué, mais qui conq)rcnait la vente des biens ecclé>iastiques
rarchevêctié, et d'aprcs I;i inoliuii d'un tv»;(jiii. Piusicuis écrits |iariiri:it a cette époque sur cette question. Nous citerons p.-irnii les plus connus : Ic Discouii de l'aiclici-cque d'.lix sur le^ inoinniliDii^ ec(lciiastiqiic\ ; des Coiisidi'i aliuns polttinuci utr les biens tcni/ii>icls tin ctcigc, p,r I,ar;ire, évêque de Nancy; Y rlpjicl ii la commune tic Paris et aux fiUui s ilt/xiite- Tnenl\, par l'abbé Ddion. I/aiitcur s'y servait avec fr)rce d'.irguiiu-n(^ puisTi dans le Cuntrat social et dans lis principes d'i i|iiilc maiircllc.
3f)i ANNEt; 1789.
jusqu'à la concurre!ice de quatre cenis nnllions, puis la créaliop^ (ïassigiiats de dix mille livres chacun, porîanl intérêt de cinq pour cent, et devant êlrc admis de préférencci daiîs Tachât de ces biens. On le voit, c'était précisément uue somme équivalente que rarclievccjue d'Aix avait offert d'hypolhéquer sur les biens du clergé. Mais ou voulait enfin entamer la propriété. Cette pi-oposilion renouvela toutes les luttes précédentes. « Le clergé, dit un recueil périodique de ce tem[)s, rassembla ses dernières Ibrces pour retarder I instant où ses anciennes propriétés allaient éire mises à l'encan. Le respect du droit des titulaires, respect qui avait éié manifesté tant de lois pendant la discussion sur la propriété des biens de l'Eglise; l'incertitude de la valeur des revenus qui restaient à celle-ci, après que la suppression de la dîme les avait diminués de plus de moitié; l'engagement solennel de pourvoir honorablement au service des autels, à l'entretien de ses niiriis'.rcs, à celui des pauvres, aux intérêts de la dette du «■lergé et âvs communautés particulières; le danger d'aliéner les capitaux de l'Eglise, avant que ses besoins et ses. devoirs l'ussenl remplis, avant que les provinces eusseat été consultées, ainsi que l'exigeait le décret du 4 novembre; c'était là autar.t de moyens de défense que les députés ecclésiastiques employaient avec l'énergie du désespoir, mais inutilement. Ils ont inspiré plus de lassitude que dintérèt : ils n'ont obtenu cl conservé la parole cpi'au milieu des inlerruptions, il ne leur a pas même été possible de se faire entendre jusqu'au bout, et l'on eût dit ([ue. parties au procès, leur opinion devait être ju.gée récusable(]). » C'est au milieu d'un tumulte effroyable que fui voté le décret, dont voici les principaux articles : « L U )» sei'a formé une caisse de \ extraordinaire, dans laquelle i> seront versés les fonds j)rovenanl de la contribution' )) p ilriotiipie, ceux proveiinnt du produit des ventes, qui
(1) r,0!in>tc îpiuin p.ir MaUtl-Di!j)aii ili; la st-aiiie tlu 10 (Kteiiiluc 17S5, ■hsris If |i l'iiiirr i)u:tHr.> du Mcrciu e //e Fiance lie 1700.
ANNIiE 1789. :i'j:i
» seront ordoniK'C.s p;n- le prô.seiil dccrcl, cl iniMcs les au- » trcs recettes extioidiiiaiies de 1 Eiai. li. Les domaines » de lîj couronne, à rexception des (oièls, et des maisons » royales(l),.., seront niisen vente, ainsi qu'uneqnanlilé » de domaines ecclésiaslit|nes suOisanle pour lormer en- » semble la valeur de cjualic cents millions. III. J/Assem- » blée nationale se l'éseive de dési.;',ner incessamnuMit les- » dits objets, ainsi que de ré;*j|er la forme et les conditions 1) de leur vente, après avoir reçu les renseisjnenjents qui » lui seront donnes par les assemblées de département, » conformément à son décret du 2 novembre, IV, Il sera M créé sur la caisse de l'Extraordinaire des assignats de di.x » mille livres cbacun, jusqu à concurrence de la valeur » desdits biensà vendre. » Dans la séance suivante, Maury demanda, sans pouvoir 1 Obtenir, rpie le procès- verbal fît mention des protestations du clergé. <( Il iaq^orle, s écriail- » il, que la nation apprenne que, lorsqu il s'affaissait de » vendre lesbiensdu clergé, cet ordre demandait la parole » et n'a pu l'obtenir. » Ces réclamations tlu clergé ne faisaient qu'irriter les passions dans une partie du public : on lui faisait un crime de sa résistance, et de ses efforts pour transmettre à d'autres ce qu'il n'avait reçu qu'à cette condilion ; et on lui piodignait les injures au moment même oii il tombait en sacrifice (2).
Les ennemis de l'Eglise triomplièrent de ses malbeurs. Depuis longtemps la cupidiié convoitait celte ricbe moisson, dont elle attendait des trésois immenses. Le mauvais usage que plusieurs ecclésiastiques faisaient de leurs revenus servait de prétexte à des plaintes, dans lesquelles, comme il arrive souvent, on en voulait encore moins à l'abus qu'à la cbose même. On insultait à la piété des anciens bien-
('2) Mercure de France, Inco citatn.
39(i ANNKE 1780.
f'aiteurs de l'Eglise 5 on se moquait de leur religieuse prodigalité : on ne voulait pas voir que celait le clergé luimême qui, le plus souvent, avait donné à des possessions auparavant arides et inhabitées, l'importance et la culture qu'elles avaient acquises. On se dissimulait que ces biens étaient fondés sur des titres que leur antiquité seule eût dû rendre sacrés, et que si une jouissance aussi constante était méconnue, nulle propriété ne serait plus garantie. Aussi il est remarquable que le décret d'envahissement piononcé par l'Assemblée a été le prélude d'autres injustices non moins criantes. L'usurpation des biens du clergé n'a fait que précéder celle des biens des déportés, des condamnés à mon, des émigrés. N'eût- on pas dû respecter au moins les possessions des hôpitaux, ces possessions recommandables par leur destination sacrée, ce patrimoine de l'indigent et du malade, celte ressource assurée de tant de familles malheureuses? Mais la cupidité n'épargna rien; et l'humanilé philosophique envahit les dons de la charité chrétienne (1).
— Le 6 novend)re. — Bulle d'érection nu siège de Baltimore, dans L'AMÉniQtiE septeintrionale. Pour appiécier un événement qui a eu pour l'Eglise catholique des conséquences si heureuses, il est nécessaire de dire un mol de la révolution politique qui s'élaii opérée dans l'Amérique du noid. Nous avons parlé brièvement de l'insurrection d'une pallie des possessions anglaises de l'Améri(|ue, et de la déclaiation d'indépendance, qui avait été comme le signal de la guerre (2). Soutenus pai- la France,
(1) [[On sait (in'eii effet, dèi !<• tL'ni|)s iiicine de rAsseinblée constituante, les biens des hospices fiirenl menacés : d'après les décrets du 5 novembre, on ne leur laissait que /noi'i.toirfnieitt l'adiniiiistration de leurs biens. Un décret de la Ciinvention, 1 1 juillet ITU'i, prononça <(ue l'aitil des hôpitaux Taisait partie des propriétés nationales, et que les biens seraient vendus. L'assistance des pauvres ne laissait pas d'être reconnue couinie une dette. Tf^c gouvernement révolutionnaire ne tarda pas à reconnaître les inconvénients de cette mesure, (|ui avait eu à peine un commencement d'exécution dès le ai octobre 1795; on suspendit d'abord tout acte d'aliéiiation, et le 7 octobre I79G ou rct:iblit les hospices civils dans la plénitude de leurs droits et on les dedommagia de la perte de leurs biens.]]
(2) f'oji-z plus haut, pai;e 131.
ANNÉI-: 1789. 3't7
ces Etats avaient en elle! conquis leur iiirrancliissemenl des liens qui les unissaient à rAnjjieterre, cl le traite fait pâteux avec cette puissance en 1783 assinsnt l'exislence jX)litiquede la nouvelle répul)rK|tie , qui devait bientôt prendre de si prodifjienx développenicnls. Treize Etats seulement , situés sur le rivap/> oriental de l'Océan Atlantique, formaient alors la confédération (l).()n peut les rapporter à quatre {groupes : le premier renferme les six provinces, sur la côte au nord, q«ji (ormaietil la Nouvelle ylngletcire : c'étaient le New-llampshire ; le Massachnsells (capitale Hoston);Rliode Island (ville principale la Providence, nom qui lui fut donné par des sectaires qui vinrent d'abord y chercher un asile); leConneciicul; New-York (villesprincipales, New- York et Albany), et le New-Jersey. Le second fjroupe, sur le mèmerivaj^e, mais au centre, contient les trois provinces de la Pensylvanie, qui dut sa fondation et son nom au célèbre quaker (iuillaume Penn ; le Delaware , qui avait fait longtemps partie de la Pensylvanie, et le Maryland, qui avait été fondé par le lord catholique Baltimore, sur les concessions faites à lui-même par Tinforiuné roi Charles I". Le groupe du sud-est comprenait la Yirginie, la Caroline du nord, la Caroline du sud, et la Géorgie. Ces treize provinces réunies ne renfermaient à l'époque du premier recensement, en 1790, qu'une population de près de quatre millions d'habitants (2).
La religion catholiciue était loin de dominer dans les treize provinces. Les premiers colons de cette partie de l'Amérique septentrionale à lacpielle on a depuis donné le
(1) [[Les États-Unis forment anionrd'liui trente et un Iltats. Dans ce nombre, il y en a trois qui ne sont (|ue «lis (ItMncmhrcmtnls des Irei/.c primitifs, savoir, le Maine, qui était roiiipiis dans le M.issac liussets ; Vermond, capitale Montpellier, cjui appartenait au New-lianipshire, et le Kentvuky, qui a été détache de la Virginie l'armi les autres provinces, nous remarquerons en particulier la l,ouisiane, achetée de la France, en 1802, <t la IHoride, cédée par l'F.spagne, en lS19. Plusieurs antres Etats avaient dû leur origine à des établissements français, comme l'Alabaina, le Mississipi, les bouches du Grand-Fleuve, l'Illinois, le Missouri, l'Xrkansas. ]
[1) Le premier recensement fait en 1*90, ilonnait 3,0:9,827 habitants. En 1830, la population totale des Etats-Unis se montait à 23,397,311 àmcs.
308 ANNÉE i789.
nom à' Etats-Unis , n'étaient guère que des anglicans ou des presbytériens qui conservèrent dans leur émigration i'atiachenient aux erreurs de leurs pères. Les catholiques se tiouvaient en très-petit nombre parmi eux. Le Maryland était la province qui en renfermait le plus, et même dans l'origine tous ses habitants j)rofessaienl cette religion. Ils s'y étaient établis avec lord Baltimore, seigneur anglais, qui prit possession de ce pays sous Charles ï*', et donna son nom à la ville principale. La haine qu'on portait au catholicisme en Angleterre et en Irlande, détermina successivement plusieurs personnes de cette religion à se retirer dans ces contrées lointaines où l'on espérait jouir de plus de liberté. André While, Jésuite anglais, avait accompagné lord Baltimore (l). Après lui, d'autres missionnaires, presque tons de la même Société, gouvernèrent celte église naissante. En 17-20, le père Graylon introduisit le catholicisme dans la Pensylvanie, province peuplée principalement de quakers. Ces missions furent longtemps peu nombreuses. Elles étaient traversées par les anglicans, et les persécutions qui s'élevèrent en différents temps contre les catholiques delà mère patrie , se firent sentir jusqu'en ces climats éloignés. On déclara les catholiques inhabiles aux emplois; on les força à entretenir des ministres protestants, on inquiéta leurs prêtres (2).
La guerre de l'indépendance vint améliorer le sort des catholiques. La part que prirent un grand nombre à la révolution nouvelle, l'intérêt puissant qui portait à les ménager, et aussi à détacher de l'Angleterre les provinces du Canada , que la France lui avait récemment cédées, et où le catholicisme était dominant (3) , la reconnaissance due
(1) Voyez Mémoires, tome I, Introduction, page 222.
(2) [[\.'Jmi de la religion, dans les volumes CLIII et suivants, jusqu'au GLXVIII, a pnhlié une série d'articles curieux et instructifs sur VEglise aux États-Unis, par M. fU; Coiircy. Les sectes nombreuses du protestantisme, qui n'ont guère d'autres liens communs que la haine du catholicisme, y sont bien étudiées et appréciées.]]
(3j [[Dès 1776, le congrès avait envoyé aux Canadiens une députation remarqualjle à la tête de laquelle se trouA-ait le célèbre Franklin, et qui avait pour
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à la France, cl en parliculicr an roi Louis XVI, doul l'aitachenunt à la foi cailiolique élaii si connu, louits ces circonstances disposèrent les insurgés à laisser à l'Eglise une liberté dont elle était jirivée depuis lonîjten)|is. Si la conslilution lédérale, voté<; en 1787, ne s'e.\()iiinc pas sur ce point essentiel, le silence même qu'elle siaidail excluait la prépondérance du prolestanlisuie. En outre, un amendement qui y fut ajouté en 1791, est ainsi conçu : u Le » congrès ne fera aucune loi relative à l'élahlissement ^) d'une religion, ni pour prohiber rexercicc d'aucune re- » ligiou(l). » Ce ne lut point là, comme ailleurs, une vaine formule et une promesse illusoire. Toutes les lois pénales furent abolies, et le culte catholique put se ujontier à découvert.
Il était bien naturel qu'on cherchât à j)rofiter de ce que cette situation nouvelle avait d'avantageux. Jusque-là ces pays avaient été administres pour le spirituel par des ecclésiastiques anglais, la plupart anciens jésuites, sous la dépendance du vicaire apostolique de Londres : cet élatde choses ne devait pas durer, et l'orgaîiisalion ecclésias-
but d'entraîner les Canadiens dans la révolte contre l'Angleterre. Le père Carroll, dont il va èirfi mention, faisait partie de celte deputalion, et devait, en parliculicr, s'aliouclier avec le clergé. (On assure toutefois (ju'il se bornait à demander aux Canadiens la mutralité. Voyez sur celte circonstance, V.Jmi de lu nllgio/i, tome CFAVI ]. Il est trè'-impurtant d'observer que l'évèiiue catholique de Québec, Ollivier Driand, Français d'origine, défendit positiveuienL h son cierge toute relation avec l'envoyé ecclésiastique du conn-ii's. Franklin, qui eut tant d'indueiiee sur la constilulion américaine, n'oublia jamais les services personnels (|Uc le i>cre Carroll loi rendit j]
(1) Chacune des constitutions particulières que s'étaient données les treize États, dès le coinnienceuient de l'Union, proclama expressément la liberté de conscience, quolcjuc quei<iucs-unes laissassent eiaore (|ucl(|iies prérogatives an eulle protestant, elles n'exigeaient du moins des catliolii|ncs, ni serment, ni autre pratique contraire a la conscience. Ces disposiiions de toleranc< devinrent de plus en plus gcnerales après la paix de ITS^i.
La constiintion des Massaehussets, votée en 1779, obligeait ceux qui voulaient obtenu Un emploi, à abiirer sous serment l'obéissance à tout l)Ou\'oir ecclcsiaatique élianf;er. Ce serment a été modifie en 1821. Cctt< même clause subsista aussi (]u< Ique temps dans celui de New-York ; mais elle fut abolie en 1^06. Il parait qu'il n'y a guère j)rcscntement (|ue dans b New-Hampshire. ou les catlioli(|ues soient exclus des emplois publics. (Voyez VAmi de la nUgion, tome CLXVI, j.age 3C0.)
tique ne pouvait être en dcsaccord avec Torganisation politique. Qu'une seconde guerre s'élevât entre l'Angleterre et les Etals-Unis, que seraienl alors devenues les conimunicatlons? D'ailleurs le nombre des catholiques était assez considérable pour motiver l'érection dun évêché (1). Aussi, dès que la paix fut rendue à ces contrées, le Saint-Siège se préoccupa de leurs intérêts spirituels, et pensa à leur donner un évéque. Le '28 juillel 1783, le nonce apostolique de France, Doria, adressait à Franklin, alors ambassadeur des Etats-Unis à Paris, un acte portant en substance que l'ancien ordre établi pour le gouvernement spirituel des catholiques, ne pouvait être maintenu plus longtemps, et que la congrégation de la Propagande proposait au congrès le projet, qu'elle avait adopté, d'établir dans une des villes des Etats-Unis ou un évéque vicaire apostolique, ce qui paraissait le plus convenable, ou du moins un préfet apostolique (2). En attendant les suites de la négociation, la congrégation de la Propagande donna les pouvoirs les plus étendus à M, Carroll, que reconunandait spécialement l'ambassadeur américain. Le gouvernement fédéral ayant déclaré qu'd n'avait pas d'opinion à émettre sur la question du gouvernement des catholiques, le Pape nomma un certain nombre de cardinaux de la Propagande pour examiner celte affaire; et le 12 juillel 1789, il fut
(1) Le nonilire des catholiques pouvait monter, en 1783, à environ seize mille personnes dans le Marvlaïul, à sept mille en Pensylvanie, à quinze cents environ dans les antres Etats Cette évaluation est de Monseigneur Carroll lui-même; mais il paraît qu'elle ne comprend que les citoyens des treize Etats proprement dits. 11 y avait en outre un grand nombre de catholiques situés dans les vastes territoires qui furent cédés par l'Angleterre h la Confédération, par le traité de paix en 1783, à l'ouest de l'Ohio, sur les bords du Michigan , et sur les rives du Mississipi. Le nombre de ces catholiques, presque tous Français d'origine, et venus du Canada, ponvaient être de quatre mille environ. [JmL de la religion, tome CLXVII, page 532.)
(2) M. Picot disait ici : « Le clergé catholiqne des Etat-Unis fit au P.-pe la » demande d'un évêqnc, et le congrès, (|u'on avait eu soin de prévenir, » apj)rouva et appuya cette démarche. » Un article de Yj4mi delà religion, tome CLXVII, page 622, prouve fort bien que ces assertions ne sont pas très-exactes, et que les missionnaires américains cherchèrent plutôt d'abord à éloigner cette mesure qu'ils ne la provoquèrent, accoutumés qu'ils étaient au régime des simples missions. Le Congrès l'appuya encore moins.
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rendu un décret approuvé pnr le Pape, et portant que loua les prédes qui exerraic iH le niinislère dans les Elais-Unis se réuniraient, pour délerunncr dans quelle ville serait placé le siège épiscopal, et lequel d'entre eux paraissait le plus propre à être élevé à Tépiscopat : privilège qu'on leur accordait par faveur, et pour cette (ois seulement. Ils s'assembljrenr, et convinrent unanimement que l'évéclié devait èlre établi à Baltimore, tant parce que celte ville est située à peu près au centre des Elafs, que parce qu'elle renfermait le plus de catholiques. Quant au choix de l'évèque, sur vingt-six volants, vingt-quatre désignèrent le docteur Cairoll. Le Saint-Siège accéda aux vœux de ces missionnaires, et le 6 novembre J789, le Pape donna une bulle qui érigeait un siège épiscopal à Baltimore pour tout le territoire des Etals-Unis, et qui nommait à ce siège le docteur Jean Carroll. Celui-ci se rendit sur-le-champ en Angleterre, où il devait se faire sacrer. Il se présenta pour cet effet à M. Charles Walmesley, évé(|nede Rama in partibus infideliuni, et le plus ancien des quatre vicaires aposloli(pies anglais. H était lié depuis longtemps avec cet estimable et savant prélat, qui lui donna la consécration épiscopale, le 15 août 1790, dans la chapelle du château de Ludworth, au milieu d'un concours de prêtres et de fidèles accourus poiu- être témoins de cette cérémonie. En mémoire de cet événement, le nouvel évèque établit la fête de l'Assomption comme fête palronale de son vaste diocèse.
Dans le même temps des ecclésiastiques français formèrent le projet de fonder un séminaire à Baltimore. Membres d'une congrégation vouée à l'éducation sacerdotale, les prêtres de Saint-Sulpice pensaient à remplir le but de leur institution en formant dans celle nouvelle chrétienté un clergé rempli de l'esprit de son ministère. (Ils dirigeaient déjà le séminaire de iMont-Rèal , en Canada.) M. Emery, supérieur général de la Congrégation, pensa qu au milieu des orages qui commençaienl à gronder sur l'Eglise de France, il était mile d'ouvrir à ses confrères, T. V. 20
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comme un nouveau champ où s'exerçât leur zèle. Un d'entre eux, M. Naj^oi, fat envoyé à Londres pour proposer ce projet à M. Carroll, qui l'accueillit avec reconnaissance. M. Nagot purtit en conséquence l'année suivante avec quelques prêtres ses collègues, et arriva le 10 juillet à Baltimore; il y acheta une maison dont on fit un séminaire. C'est le même qui subsiste encore. A l'occasion du premier synode qui se tint à Baltimore en 1791, nous parlerons de l'organisation qui fut donnée à ce nouveau diocèse (l).
Le 20 décembre. Cérémonies expiatoires a Saiint-
ETiENiSE-Du-xMoNT. Ou Comprendra facilement pourquoi nous appelons l'attention de nos lecteurs sur les détails que nous allons rapporter. Un vol sacrilège avait été commis le 4 novembre dans l'église de Saint-Etienne du- Mont. Un misérable avait trouvé moyen de s'approcher de l'autel en plein jour sans êlre vu, et d'emporter le ciboire et les hosties consacrées qui s'y trouvaient. La piété des fidèles s'émut à cette nouvelle. On fit à Saint-Etienne les prières des Quarante Heures. Les parois'ses et les communautés y allèrent successivement en procession. Le Chapitre de Notre-Dame, tous les séminaires, et l'Université en corps s'y rendirent aussi. 11 y eut chaque soir des amendes honorables, des discours, des prières et dts chants d'expialion. L'abbé Asseline, nommé à l'évêché de Boulogne, prononça entre autres un discours très louchant. Les actes de réparation se prolongèrent pendant plus d'un mois. Le 20 décembre il y eut une cérémonie très-solennelle, à laquelle se trouvèrent, en vertu d'un arrêté pris la veille, les représentants de la commune de Paris^ vêtus de noir, et ayant à leur tête le maire de la capitale, Bailly. Ils partirent de rilotel-de-Ville en grande pompe avec une escorte, et entre deux haies des gardes de la ville. A l'en-
(1) ["^'Jmide la religi'^n, tome CLXVIII, page 142, entre (tans des aétails intéressants sur la colonie sulpiciennc. On sait qu'un des compagnons de M. Nao-jt, était M. Antoine Garnier, le même qui devint ensuite supérieur de la congrégation de Saint-Sulpice, et qui mourut en 1846.
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née de l'éj^lise ils ruren! coiiipHiiunilés par le curé, le l'. de Penvcrn, GéiiovéCain. Gel acte solennel fut comme le derniei", où les roiiciioiinaircs revèlus de I aulorilé muitieipjile rendirenl piihlKjiiement liomm.'ijjeà la reli'pion cailiolicjiie. [[LaiMK'e suivante, rAssemblée nationale assista en corps à procession de la Fèle-Dien.Jj
— Le 4 février. Phemier sekment de riDÉj.iiii; a i.k coNSTiTLTiOxV. Daos Ics premières semaines de 1790, un jjiocès poliiicjne, celui du marcpiis de Favras, occupait le public: on avait dénoncé une conspiration qui aurait eu pour but de dissoudre, par la violence, l'Assemblée nationale, d immoler Bailly, Necker et Lafayette, d'enlever le roi. et d'organiser une conlre-révoluiion. D'un autre côté, la nouvelle division de la France en départements et districts, à laquelle travaillait l'Assemblée, loucbait à trop d intérêts pour ne pas entretenir dans le royaume une .igilation presque générale. Pour calmer et pour rassurer les esprits, le roi vint à l'Assemblée nationale, le 4 février, sans solennité, accompagné seulement de Necker et de l'archevêque de Bordeaux, alors garde des sceaux : il y prononça un discours dans lequel, après s'être engagé lui-même à maintenir le nouvel ordre de choses, et en particidier à seconder de tout son pouvoir la nouvelle organisation du royaume, il engageait les représentants de la nation et tous les citoyens même à s unir à lui par un effort général el commun, et à bannir toute défiance. « Que les vrais citoyens, dit- il, y réfléchissent, et ils ver- 1 ronl que, même avec des opinions différentes, un in- » térêt éminenl doit les réunir aujourd'hui. Le temps re- » formera ce qui pourra rester de défectueux dans la ') collection des lois qui auront été l'ouvrage de cellt- » Asscntbiée : mais toute entreprise qui lendrail à ébranler 1) les principes de la constilulion même, tout concert qui » aurait pour bul de les renverser ou d'en affaiblir l'heu-
)» reuse influence, ne serviraient qu'à introduire au milieu » de nous les maux effrayants de la discorde.... Que par- » tout on sache que le monarque et les représenlanls de w la nation, sont unis d'un même intérêt et d'un même » vœu, afin que celte ferme croyance répande dans les » provinces un esprit de paix et de bonne volonté; et que » tous les citoyens recommandables par leur honnêteté, » s'empressent de prendre part aux différentes subdivi- » sions de l'administration générale, dont l'enchaînement » et l'ensemble doivent concourir ellicacement au réia-
» blissementde Tordre, elà la prospérité du royaume »
Apres quelques observations fort sages sur divers points essentiels qui devaient trouver place dans la constitution non encore terminée, et spécialement sur V a^'ermisseineiit du pouvoir exécutifs cette condition, sans laquelle il ne saurait exister aucun ordre durable au dedans, ni aucune considération au dehors, il terminait ainsi : « Puisse cette » journée où votre monarque vient s'unir à vous de la ma- )) nière la plus franche, être une époque mémorable dans » l'histoire de cet empire : elle le sera, je l'espère, si mes >t instantes exhortations peuvent être un signal de paix et » de rapprochement entre vous, si nous ne professons tous, » à compter de ce jour, je vous en donne l'exemple, qu'une » seule opinion, qu'un seul intérêt, qu'une seule volonté, » l'attachement à la constitution nouvelle, et le désir ar- » dent du bonheur de la France. )> La première impression que produisit ce discours sur l'Assemblée fut trèsvive. Après qu'on eut voté une adresse de remercîment au roi et à la relue, un député, Goupil de Préfern, proposa de prêter tous immédiatement le serment civique ; un autre. Emery, fit la motion de repousser de l'Assemblée ceux qui ne le prêteraient pas. La formule suivante fut à l'instant adoptée, u Je jure d'être fidèle à la nation, au roi, et de » maintenir de tout mon pouvoir la constitution décrétée » par l'Assemblée nationale et acceptée par le roi. » Le serment fut prêté à l'instant, d'après l'appel nominal. Les évêques et les autres membres du clergé ne crurent pas
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devoir le leliiser. 11 est à observer ([im la eonslilutioii n'éliiit p.ns encore lerniinée, et que ju.S(jue-là elle ne contenait rien qui loiuliàt, directement du n)oins, au spirituel. Toutefois, cinq ou six membres de l'Assendilée, qui étaient absents, ou qui s'élaienl retires au moment de la prestation du serment, présenlèrenl ensuite quelques objections sur la partie du serment qui oblifjcait cbacun à viainîcnii de tout son pouvoir une constitution qui n'était [)as encore connue dans son ensemble : mais ils se rendirent j)resque tous sur les explications qui furent données par le président, Bureau de Puzy, relativement au droit qu'aurait essentiellement la nation de réformer cette constitution. Nous verrons, sous la date du 12 juillet 1790, les évéques s'empresser de mettre des réserves à un serment trop général.
Au debors de TAssemblée, le mouvement fut fjénéral. Des le soir même du A février, la Commune de l'aris, après avoir décidé que soixante de ses membres iraient féliciter le roi et la reine, prêta tout entière le serment. La place de Grève était en ce moment couverte d'une grande multitude : le maire, Bailly, se présenta au balcon, et lut la formule, à laquelle mille voix proclamèrent l'adbésion universelle. On décida qu'un Te. Deum solennel serait cbanlé à la métropole le dimanche suivant, 7 février. L'Assemblée nationale s'y rendit en corps, ainsi que la Communede Paris ^ Mulot, prieur de Saint- Victor,
(I) [[Dans la séance niêinc «lu 4 février, l'évèqiie de Perpignan, M. Dcsponchez, avait (i'al)oi(l voulu faire dis réserves; mais sur les observations du président, il iniit.i ses (■(ill('j;ues. l'iusieins membres de la noljles.te, et entre ies autres le vicomte de Mirabeau, «jui s'étaient retirés au moment «lu serment, le prêtèrent «gaiement après les explications dont il a été parlé. Il y eut à ec sujet, dans la séance «lu 8 février, des discussions orageuses «ju'il n'entre pas dans notre plan d'anal\ser. Un demandait de (piel droit l'Assemblée piiuvail exclure de^ reprtsentants «jui n«' tenaient point d'elle leurs pou- ▼oirs. Le célèbre écrivain Bergasse, «jui n'était pas présent, écrivit et publia une lettre dan> I.nnielle, après avoir ennmére les vices <|u'il remarquait dans les articles de la constitniion déjà arrètie, il d.clarait son refus de serment: il y persista, et depuis ce moment, quoii|n'il se iej;ardat loiijouis comme membre de lAsseniblec il n'y reparut plus, |)ar<c qu'on n«- lui aurait pas permis d'y pri'n«lre la parole. ' |
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et représentant de la Commune, prononça un discours, et le serment civique fut ensuite pieté par tous les assistants.
Ce mouvement qui paraissait utile eut peu de suites. L'Assemblée nationale elle-même parut comme étonnée de l'impression qu'avait produit sur elle le discours du roi; et on ne put Tamener à prendre sérieusement en considération les points qu'il avait le plus expressément recommandés,
- — Le 13 février. Suppression des voecx monastiques PAU l'Assemblée nationale. L'esprit des chefs de l'Assemblée se développait de plus en plus. La philosophie les avait instruits à mépriser les moines, à voir avec dédain des hommes qui ne devaient s'occuper que de la prière cl du soin de leur salut ; on avait transformé la plus belle des vertus en un enthousiasme insensé; on avait présenté les vœux do relifiion comme un en^rapcment contre na-
ture : car on était allé jusque-là-, et dans la discussion même, on reproduisit ces téméraires maximes.
C'est du sein du comité ecclésiastique que partirent les coups portés à des institutions qui ont rendu à l'Eglise de si éminents services. Ce comité avait peu avancé jusquelà dans ses opérations. Les quinze membres qui le composaient avaient été pris dans les deux grandes fractions de l'Assemblée; et l'ardeur de Lanjulnais, Treilhardet autres, avait souvent été arrêtée par l'opposition des évêques de Clermont et de Luçon et d'autres ecclésiastiques, et même laïques. Les amis de la révolution voulurent se donner une majorité incontestée au sein du comité; ils firent décider, le 7 février, qu'on leur adjoindrait quinze nouveaux membres. Le choix tomba sur sept ecclésiastiques, l'abbé de Montesquiou, l'abbé Expilly, les curés iMassieu, Gassendi et Thibault, et deux religieux, dom Gerle, Chartreux, et dom Le Breton, Bénédictin; et sur huit laïques, Dionis, Guillaume, Delacosle, Dupont de Nemours, Chasset, de Boislandry, de Ferment et Lapoule. Il ne pouvait plus y avoir de doute sur le parti qui l'emporterait : car parmi les ecclésiastiques que nous venons de nommer, il n'y avait
que 1 abbé de Moules(juiou, ancien aj],enl du Cler(;é, qui volât avec le colé droit. l*resque tons les autres prirent une part publique au sehisnie consliUitionnel. Les laïques étaient presque tous des avocats (léjà connus, nu (jui ne lardèrent pas à l'éire par leur opposition au clergé (1). La victoire était assurée aux innovations de tout [jcnre , et bientôt la retraite des évè(jues de Clernionl et de Ltieon, celle de l'abbé de Montescjuiou, des curés Vanneau, Grandin, et Lalande, du prince de Uosbccq, el de Leboutbilier, laissa le cbainp libre au.\ avocats, qui voulaient tout bouleverser dans l'Ej^lise.
Déjà, vers la fin de Tannée précédente, le 17 décembre, Trcilbard éiaii venu (aire à l'Assemblée, au nom du comité, la lecture d'un rapport (pii concluait à oier la sanction civile aux vœux monasli(|ues, à accorder la liberté et des pensions aux religieux qui voudraient sortir, et à réduire le noinbie des maisons qui seraient conservées. Cette proposition avait été faite au milieu de la discussion, dont nous avons rendu compte, du décret affectant quatre cents millions de biens ecclésiastiques au paiement des dettes de l Klat : la suppression d'un grand nombre de monastères était, disait-on, le moyen qui devait laeilitcr cette opération. .Mais alors, l'évèque de ClermonI, de Honnal, (pii éiail président du comité ecclésiastique, avait déchue (ju'il croyait devoir à son caractère et à sa délicatesse de prolester contre le plan pi'opnsé au nom de ce comité, et à la rédaction i!u(piLl il n'avait eu aucune part, ni din clément, ni iudireelemcnt ; et l'Assemblée avait remisa une épncpie uliérieure l'examen du [irojet. Dès (pie la majorité ilu comité se fut fortifiée, comme on vient de ie voir, Treilbaid vint de nouveau proposer, le 1 1 février, et il obtint de (aire une nouvelle lecliue de son rapport. La discussion Cul vive et animée. L'évèciue de ClermonI parla le premier en faveur des ordres monastiques ; il cila d'abord l'exemple des contrées qui avaient porté
(1' Voyez jilns tia;(, ]):i-(; Ml, li [nt'iiiuiL- c:.ini>i)siti(.ii «lu (omiti-.
atteinte à ces antiques instiliitions, et où la destruction des religieux avait amené l'avilissement de la religion, déiruit la subordination, et fomenté l'anarchie, a Les » religieux, dit-il ensuite, qui profiteraient de voire dé- » cret avant d'y être autorisés par la puissance spirituelle, fi manqueraient à leurs engagements les plus sacrés; et » votre décret même serait une tentation qu'il est indigne » de vous de leur offrir. Vous ne renoncerez pas à cette » prérogative des législateurs, de proléger les engage- » nients sacrés, qui ne dépendent que de la puissance spi- » rituelle. Car c'est une triste philosophie que celle qui s jugerait, contraire aux droits de l'homme, le pouvoir de » faire liommage de sa liberté n)éme à celui à qui nous » devons tout — Doit-on abattre l'arbre qui a porté tant » d'excellents fruits pour quelques branches parasites. » Un discours si sérieux fut souvent interrompu par les murmures, les éclats de rire, les huées méme(l).
L'évêque de Nancy, de la Fare, parvint le lendemain à se faire écouler plus attentivement, et traita l'affaire sous louies ses faces. Il démontra combien , sous le rapport même financier, les mesures proposées étaient hasardeuses, propres à augmenter les charges de l'Etat (-2),
(1) Mercure de France, 1790, numéro du 20 juin.
(2) [[Nous croyons devoir reproduire le soniuiaire des calculs de M. de Ja Fare, qni nous paraissent propres à faire connaître la situation du clergé.
« Les plans les moins suspects d'exagération et de laveur pour le clergé, k demandent un tonds annuel de cent millions pour la dépense du culte. Ce » fonds se trouvera-t-il d'après le résultat de vos précédents décrets et des » nnuveaiix qu'on vous propose ?
« Les calculateurs les plus exagérés n'étendent pas au delà de cent cin-
> quante millions la possibilité des revenus ccclésia!tti(|ues.
• Si la tliiiie reste abolie, il faut soustraire de ces revenus possibles, * soixanbe-dix millions. Pour la partie des droits Jcodaux &upi>Timés sans » indemnité, deux millions. — Pour la rente représentative des valeurs ter- » riloriales cju'il faudra vendre pour compléter les quatre cents millions de •• ])ropviétés ecclésiastiques que vous avez projeté de vendre, dix millions. — t Four les intérêts de la dette au clergé de France et de ses ûiocèsei, au
> mo;ns douze millions. — Pour les intérêts de la délie du clergé étranger » et des établissements ecclcsiasti<|ues du royaume, au moins quatre mil- •• lions. — La soustraction totale à faire sur les revenus du tiercé sera dont
et exposant le culte divin h iiiaiiquer LiiMit()t des ressources les plus essentielles. Il j)laida élocjnenuiieMl la cause des religieux, cl il annonça d'avance les catasirophes qui ne tardèrent pas à se réaliser. « Si l'Klat n'acquillait pas (idèle- » ment la dette sacrée de leur pension -, si tant de nialhcu- » reuses victimes de la spéculation financière cjue l'Etat » aurait faite sur leurs biens étaient réduites à demander
» de i)uali-f-\ii)|;t-r|ii.itor/.e iiiillioiis ; il il ne rcbU-ra plus ([Hc ciiKiuantc-six tt iiiillioiis »
« On vous propose, Mi'ssipiirs, d'ouvrir (ous les cloîlri-s ft do rriidrf .m » siècle tous les religieux de l'iin el de l'autre sexe en lixinl à tliaeun iiiK- « pension graduée sur l'âge, dont la moyenne proportionnelle sera de huit
■ centslivres par tête Ou vous pio]iose également de fixer huit cents livres
> de pension h i liaque tète (jui aura pri léri' de rester dans le cloître. (Kncore » veut-on (|iie sur cette pension, déjà si modii|ue, soient prélevés les frais du
• culte et des reparutions. Cette annonce u jeté la consternation dans loun
• les monastères de la capitale.) I.e nombre des religieux des deux sexes » dans toute l'étendue du rovauine, est au moins de cin(]uanle-dcux mille. » En parlant de i:elle somme, la de[)ense pour les religieux sera d'environ » quarante-deux millions. « (Treilhard soutenait que les renseignements reçus au comité ccclesiastiiiuc ne ])ortaieiit le nnmhre des religieux qu'a di\-liuil iiiille: (lU portail le nombre des religieuses à trente mille.)
» Ceite partie <le dépenses, calculée avec la déduction ci-dessus rapportée
• de quatre-vingt-quatorze millions, donne nu résultat de cent trente-six » millions.
« Mais il faut ajouter les impositions nationales, les contributions locales,
• les réparations des bâtiments d'exploita ion, Wicquitlcinciit tici fondiition', » (car vous vomirez qu'elles s'acquittent}. Pour le tout au moins quatorze » millions. La totalité de l'emploi des revcnui ecclésiastiques sera «lonc déjà » de cent cin({Uunte milliops.
« Selon votre comité, t'est à la nation à administrer les biens ecclcsias-
D tiques Les frais inséparables d'une ré^ie absorberont au moins cin(( à
» six millions.
« (,e n'est pa.>' tout. On proposait d'assigner aux pauvres le quart du revenu- » Ce serait encore un prélèvement :i faire d'cirviioii onie millions.
« Lu recapitulation de toutes ces dépenses, /inaldùfes a l'ciHrctien du » culw et </ei' riioiiuilùrfs, donnerait une somaie de cent soixante-six mil- » lions, c'est-a-dire ex<:edaiit de seize millions la pusiibilile reconnue des » revenus du cierge. Voilix pourtant ou vous n>èneiit ces motions isolées, » étendues ou divisées avec art, qui se près eut et se préci|)ilcul avec une » incroyable rapidité. Kncore (|uelques décrets, et il ne restera plus rieil » de ces vastes |)ossessioiis qui naguère excilaier.t l'envie, mais dont la » déplorable dilapidation fera pille, bans telle triste subversion, qui pmir- > voliu a l'tiilietien du culte i* d [Meicure, ibidem.)
Que pouvait-on répondre a ces cLillre». La suie du temps ii'.i fait qu'en conlirmer l'exaclilude. Le mépris qu'on en a fuit n'a pu que conduire a une cllroyable banqueroute.
4aO ANNÉE 1790.
» en vain leur paiement, ye/ee5 dans le inonde, sans état, » sa)is crédit, sans ressources ^ celle supposition fait fiémir » toute àme sensible. » Le prélat citait en preuve « ce » qui était arrivé aux membres dispersés de cette Société » célèbre, consacrée à l'éducation publique, à qui la » France a peut-éire dû la plupart de ses grands hommes » et la gloire des derniers siècles: leur pension, et quelle » pension ! leur pension, avilissante et barbare de quatre » cents livres ne leur est même pas payée-,... etcependant )) la suppression de l'ordre des Jésuites avait laissé à l'Etat » des biens beaucoup plus que sullisants pour leur faire un » meilleur sort. » S'élevant ensuite à des considérations plus élevées: « Ainsi, di.>ait-il, la volonté de Tbomme pourra » rompre à son gré l'engagement qu'il auia voloniaire- » ment el librement formé. La conséquence naturelle » d'une pareille doctrine doil être d'annuler, selon son » caprice tout engagement religieux, civil et militaire. » Une semblable proposition attaque à la fois la religion, » la morale et la politique.... »
Au lieu de réfuter ces raisons, les orateurs du parti opposé au clergé trouvaient que le projet du connté était trop modéré : ils eussent voulu que la suppression des ordres monastiques fût faite sans aucune réserve, parce qu'à leurs veux celle insliiution répugnait au droit naturel. a Quand même la nation, disait Barnave, ne trouverait » pas d'avantage pécuniaire dans cette suppresion, il sullit » que rexi>tenco dos moines soit incompatible avec les » droits de l'iiomme et avec le bon ordre de la société, » nuisible à la religion, et inutile à tous les autres objets » auxquels on a voulu les consacrer. Je suis obligé, disait » Garai, de faire ma profession de foi. Je n'ai pu concevoir » qu'il fut permis à l'homme d'aliéner ce qu'il lient de )) la nature, de commettre un suicide civil el un vol de sa » personne à la société;... je jure que jamais je n ai cançu » comment Dieu peut vouloir soustraire l'homme aux » obligations qu'il lui a imposées, et lui reprendre le pre- » mier bien qu'il lui a donné, la liberté. » Celle espèce de
ANNtE nOO. 411
svmlx)lf, cxprinit- avec véhémence, CcUis;i la j)lus vive af^ilation : une |)arlie de rAsseinblée deiiianda que l opinant lût rappelé à 1 ordre. L'évècpie de Nancy, étant remonlé à la tribune, se plaifjnit avec force de ces outrages publics laits à la religion; et il proposa « que l'Asseaiblée » déclarât que la religion catholique, apostolique et ro- )• malne, élait la religion nationale et de l'Etat. » Celte motion, soutenue par de Cazalès et d'autres, fut loccasion d'un incroyable tumulte. « M. Lnnielh trouvait qu'elle était une conspiration contre la traïuiuillité du peuple. M. Garât reprit la parole, la reperdit, la recouvra: chacun à l'envi protestait de son zèle pour la religion. Deux heures et demie s'écoulèrent dans ce bouleversement : deux lois la sonnette cassa (I). » Enfin la majorité parvint à écarler la motion. Elle n'accueillit pas mieux un amendement de l'abbé de Montesquiou, qui faisait mention expresse du droit de la puissance ecclésiastique de connaître des vœux pour le for intcrieur.
Le décret fut jwrté en ces termes : « 1. L'Assemblée na- • tionale décrète, comme article conslitutioiinel, que la loi M ne reconnaîtra plus de vœux monastiques solennels de )» l'un ni de l'autre sexe -, déclare, en conséquence, que les M ordres dans lesquels on fait de pareils vœux, sont et » demeureront supprimés en France, sans qu'il puisse en » être établis de semblables à l'avenir. II. Tous les indi- » vidus de l'un et de l'autre sexe existants dans les mai- » sons religieuses pourront en sortir en faisant leur dé- )) claration devant la municipalité du lieu; et il sera » pourvu incessamment à leur sort par une pension con- » venable.... Il sera pareillement indiqué des maisons où » pourront se retirer ceux cjui ne voudront pas j)rolitcr de » la disposition du présent décret. Déclare, au surplus, » l'Assemblée qu'il ne sera rien changé, à l'égard des M maisons chargées de l'éducation publique et des eta- » blissements de charité, jusqu'à ce que l'Assemblée na-
1) Rccil du Mercure de \790, du 20 février.
412 kmÈE 1790.
» lionale ait pris un autre parti. III. I/Asssemblée excepte i) expressément les religieuses de l'article qui oblige les ') religieux de se réunir de plusieurs maisons dans une. »
[[Il restait à fixer la quotité de la pension : on décida (ju'il serait attribué aux religieux mendiants qui sortiraient du cloître sept cents livres jusqu'à cinquante ans 5 huit cents livres jusqu'à soixante-dix ans; et mille livres après soixante-dix uns. Les religieux non mendianis devaient avoir, selon les mêmes divisions, ou neuf cents, ou mille, ou douze cenis livres. L'abbé de Montesquiou fit ici adopter un amendement qui assiudlait les anciens Jésuites aux religieux de cette dernière classe, a Vous ne refuserez » pas, avait-il dit, votre justice à cette congrégation cé- » lèbre, dont les fautes ont été un problème, et dont les ) malheurs ne le sont pas (1). » On assignait aux frères eonvers trois cents livres jusqu'à cinquante ans, et quatre cents livres après cet âge. Une disposition qui parut peu en harmonie avec le décret, fut ajoutée : « Les religieux » qui sortiront de leurs maisons, n'en resteront pas moins )) incapables de toutes successions et dispositions testamen- » taires; ils pourront seulement recevoir des pensions ou » rentes viagères. » Nous mentionnerons, sous la date du 1 4 octobre 1790, un autre décret, qui aggrava ces mesures.]]
Des plaies qui furent faites alors à la religion, celle-ci fut une des plus sensibles. Des moines déjà séduits par les attraits du monde, se hâtèrent de rompre leurs liens. On les vit se jeter avec ardeur hors de leurs cloîtres, cl grossir le nouveau clergé que l'Assemblée allait former. Il en resta cependant un grand nombre qui demeurèrent fidèles à leur vocation, et qui ne se crurent pas dégagés de leurs
J) Mercure de France, 27 février 1790. [[Les religieux qui s'élaienl adresses à rAssemblée nationale pour demander la liberté de sortir du cicitre, furent désappointes (|uand ils virent la modicité de la pension Ues religieux Bénédictins ayant publie des Obàer\'ations sur la motion de M. 1 reilfiard, relalii'einent à la dotation des reli^ieur, s'atlir^rent une réponse sévère et méritée, et dont l'analjsc se trouve dans les Xvut'cllcs ecclcsiai" iiques pour 1790, page 86. j]
ANNLE n9(». 4t3
vœux parce que les lois séculières n'eu voulaient plus reconnaître (1). Ils conliiiuèrenltl observer leurrè}',le tant qu'ils le purent, et se réunirent à cet eflet clans les m.Tisons qui furent inouientanément conservées. Les religieuses surtout otfrirent l'exemple d'un attachement sincère à leur état; et ces filles pieuses, dont des écrivains irrélipieux ou frivoles avaient affecté de déplorer le sort, qu'ils avaient peintes comme a^iclimes des préjn.^és , comme p^é(nissant sous la tyrannie la plus dure, donnèrent le démenti le plus formel à jetns détracteurs. Elles convainquirent de calomnie, et de la manière la plus solennelle, ces fables débitées sur leiu' compte par la malignité, et ces fictions théâtrales où on les livrait à une pitié insultante ou à un ridicule injuste et amer. Très-peu, parmi elles, profitèrent des nouveaux décrets. Les autres persévérèrent dans leur respectable vocation, et rendirent à la relifïion, par leur {rénérense fermeté, un témoinnafïe qui l'honorait ainsi qu'elles. Il semblait que l'Assemblée eût du faire au moins une exception en faveur de quelques monastères qui ne présentaient, ni de grandes richesses à Tavarice, ni l'oubli des règles à la malignité ; de ces mo-
(1) 11 avait pavii, en déceinhre 1789, mie adresse des Dominicains de la lUc du Dac à rAsseiiil)lée. Ils demandaient de rester dans leur e(>ii\ent; l'adresse était signée de vingt religieux prêtres et de onze novices. Les demandes dt sécularisation faites à l'Assemblée par des religieux, n'étaient que le fait d'individus aussi tuccnntenls de leur ordre que l'ordre l'était (Feux. C'est ce que soutint le Pire Ilurtrel , Minime, dans une lettre ou il s'élevail contre une pareille demande faite par un religieux de son ordre, au nom, disait celui-ci, de la province des Minimes de Paris, quoique cette demande, rejelée par une partie de la province et igiorée jjar l'autre, n'eut été adopter que par deux paMicnlicrs. Les Chirlre.ix de P.iris firent une réclamalion semblable. Le père Labruleric, Thealin, jirolesla dans une lettre du 1*. mars 17011. contre ce qui avait été dit à l'Assemblée, que les Théalins ne répugnaient point à leur sécularisation, tandis qu'.iu contraire, le mémoire envoyé par ceux-ci .à l'Assei'îblée, exprimait un vif désir de mourir dans l'état qu'iK avaient embrasse. {Jouriinl ecclcùnslique, de lianucl, décembre 1781), janvier et mars 1790.) Les religieux Gcnovéfains de Chàlillon-sur-Seine avaient fait une demande semblable ; et la ville avait j.ris, le 2 février 1791. la délibération la plus honorable pour eux : une pétition des autorites et des habitants avait été dres.sée dans le même but. {Soticc sur l'ubhc JoUy. dans VJnit de la religion, tome LXUI, page 22G.; Toutes les (lemandc^ de celte nature furent repoussées sans pitié.
4ii ANNÉE 1790.
nastères que les vertus de leurs fondateurs et Tauslérité de leurs relipieux avaient rendus célèbres, et qui, situés dans des reti-aiies profondes, ne demandaient qu'à être oubliés du monde, comme il y était oublié lui-même. La Trappe cl Sept-Fonts étaient, depuis plus d'un siècle, l'asile de ceux qui , fatigués du siècle , ou dégouiés de leurs erreurs, cberchaienl dans la solitude un abri pour leur faiblesse, et dans la pratique des austérités et de la pénitence une expiation de leurs I^iutes. Ces maisons furent supprimées comme toutes les autres, et leurs religieux dispersés. La maison de la Trappe avait cependant adressé à l'Assemblée, à la fin de 1790, uu mémoire pour sa conservation, et elle avait été appuyée par les municipalités et les districts voisins; le conseil général de l'Orne lui avait rendu un témoignage honorable. Rien ne put arrêter sa destruction totale (l). La Providence procura cependant un asile à quelques Trappistes qui désiraient persévérer dans leur vocation. Us quittèrent leur monastère le 2G avril 1791, sous la conduite de dom Au;;uslin de Lestrange, traversèrent la France vivant pauvrement, cl se retirèrent à la Valsainte, au canton de Fribourg en Suisse. Ils s'y reformèrent en communauté, et furent joints successivement par de nouveaux religieux que leur vocation et les désastres même de l'Eglise ap[)elaient dans cette retraite austère.
— Le 20 février. Mokt de Joseph II-, avènement de LéopoldH; conséquences de cet événement. L'empereur Joseph succomba à la maladie qui le minait depuis longtemps ; prince extraordinaire, mélange singulier de bonnes et de mauvaises qualités. Actif et laborieux, il eût pu faire le bien des peuples : mais il fut trompé dans les moy<'ns propres à le conduire à ce but. Des maîtres imprudents avaient jeté dans son esprit des dispositions peu favorables pour le Saint-Siège (2). La lecture des livres
()) \oyi'z La Trajipe mieux connue 1834, in-8°, page 3'i. (S) Foycz plus haut, page 142.
philosophiques, la flalleiie cl les mauvais conseils achevèrent de régarer. Il asservit l'Eglise, allligca les liommes religieux, diminua le respect dû aux lois par la mnlîiplicilé cl la hizaircrie des siennes; s'aliéna le cœur de ses sujets qu'il conUariait dans leurs allcclions, el doul il dédaignait les plaintes, eljela dans ses Klals des semencesde troubles et d'ii-réligion. Il fil au chef de l'Kglise une guerre dechicaues; nous en avons retracé les principales phases. On a vu, dins le cours de ce volume, combien d'atteinles il avait portées à la discipline ecclésiastique, sous le prétexte de réiorme.
Parmi les choses dont nous n'avons pas parlé, nous menlionnerons la caisse de religion, (|u'on aurait pu appe'er une caisse de rapines. [[Elle ilevait d'ab(jrd se composer des revenus des couvenis supprimés (1) : ou devait les appliquer à des œuvres pieuses, et en particulier à doter de nouvelles cures, lorsque les besoins de la population réclameraient leur érection, et lorsque les revenus attachés h la charge pastorale nesulliraient pas à l'entreiien des anciens et des nouveaux pasteurs. Mais, de plus, sous prétexte de faire une distribution plus équitable et plus uniforme des revenus ecclésiastiques, l'Empereur exigea, par un décret du 6 juin 1782, que tous les bénéficieis séculiers ou réguliers, donnassent luie déclaraîion exacte de lous les revenus ecclésiastiques qu'ils possédaient, et des charges qui y répondaient (2) ; puis il parut déterminé à faire verser dans la caisse de religion, tout ce qu'il lui parut convenable de lui attribuer.]] Il dépouillait ainsi les usufruitiers pour s'attribuer la gestion des biens ecclésiastiques, et pour s'en servir, soit à propager ses réformes, soit à enrichir des hommes avides (3).
(1) ^'ojes plus liant, page 152.
(2] Nom^elles ecclésiastiques pour 17S4, page 203.
(3) [(L'iviipcrcur voulait que le noniI)rc des paroisses de la ville de Vienne lût augmente. Ou assure (|ue eette grande eapilMle n'avait que trois [aroisses (|ui étaient toutes les trois dans la ville, et dont une en parlieulier eonlenail quatre-vingt mille ànies; les faubourgs n'étaient desservis (luo par des chapelles suteursale» dépendantes des cures. Des difTiculiés s'élevèrent à ce sujet
Joseph II n'ayant point laissé d'enfants, Léopold, son frère, grand-duc de Toscane, devenait son successeur. La conduite qu'il avait tenue dans le gouvernement de ses Etais pouvait faire craindre (ju'il ne continuât à suivre les mêmes plans en Allemagne: mais l'emptreur ne parut pas penser comme le grand-duc^ les troubles qui avaient apité les Pavs-Bas l'averlissaient des dangers des innovalions; et avant même de quitter la Toscane, n avait pu voir les peuples également prêts à se soulever. Ce qui se passait en France n'était pas moins propre à lui faire comprendre la nécessité d'une grande circonspection. Il crut donc devoir adopter une marche toute différente de celle qu'avait tenue son frère, et qu'il avait précédemment tenue lui-même: il annonça des dispositions plus bienveillantes pour la cour de Rome: il rendit h plusieurs évêchés des Etals héréditaires les revenus que Joseph leur avait enlevés; et il rétablit quelques-unes des institutions ecclésiastiques qui avaient été détruites.
Nous n'avons pas à nous arrêter sur les concessions po-
entre la cour impériale et le cardinal Migazzi, nrclievêque de Vienne, qui, entre autres points, réclamait avec justice le droit de nommer aux nouvelles cures. Le premier de l'an 1783, le cardinal, rendant ses respects à l'Empereur, crut devoir profiter de l'occasion pour lui parler des dillicultcs qu'offrirait l'érection, d'autant plus (pic la caisse de religion pouiniil bien n'être pas sufiisante. Joseph répondit (|uc cette caisse ne conipicnail pas seiileincnl les biens des coiu'ents su))prunés ou à supprimer; mais qu'il leur défaut les revenus de tous les ecclésiastiques j suppléeraient, L'Eminencc lui ayant observé que l'Eglise n'avait pas donné aux évèques le jjouvoir de disposer à leur gré des biens ecclésiastiques : « ï'EgUse, repartit u l'Empereur, a bienfait, parce que c'était aux princes a régler le lein- » poi-el. » [Nom'ellei ecclésiastiques pour 178 i, page 65.)
On voit ici jusiiu'oii s'étendaient les préttntions de Jose])li. On remar- (juera aussi dans quels inconvénients et quelle tyrannie même se jettent les puissances, lorsque, pour procurer des réformes vaimcnt désirables, elles ne .suivent pas la marche canonique, et ne s'adressent pas à l'autorité chargé»de gouverner l'Eglise de Dieu. On ne peut nier qu'il n'y eut des abus dans l'usage des revenus ecclésiastiques et en particulier dans la pluralité des bénéfices, ou dans la trop grande étendue des diocèses et paroisses, choses alors trop communes en All(<magne : mais ce n'en était ])as moins un tort de lu puissance séculière , de s'attribuer arbitrairement le droit de statuer sur des matières spirituelles; et de vouloir régler par elie-mème l'usage des rt- \ ;-;ius de l'Eglise. ^i
ANNÉE 1700. 4i7
liliqiics qu'il fil à la Hongrie, en décrélant la révocnlion de plusieurs chaiwjjMnenls opérés sous le dernier reflue : ce <jui se passa dans la Bel{ji(|uc incrile davanla.'^e noire alleniion. Les nouveaux Etals- Belles-Unis n'avaient pas tardé à elic déchirés par des divisions et des rivalités intestines (1). L'Aulriclie y fil passer des troupes: on opposa d'abord à ses réclamai ions et même à ses avances les plus modérées des rodomoniac.'es pleines de jactance; mais partout les insurgés lurent aisément défaits; leurs troupes lâchaient pied et fuyaient sans condjatire : les puissances étrangères, qui leur avaient d'abord témoigné de l'intérêt, comme la Hollande et la Prusse, les engagèrent ellesmêmes à se soinnet!ri\ Avant la fin de 1790, tout le pays était rentré sous l'obéissance de l'Empereur, fpii,du reste, n'abusa point de la victoire, et s'ciforea de pacifier ces provinces en leur accordant l'amnistie la plus générale, en leur rendant l'exercice de leurs anciens privilèges, et spécial.,'ment en renonçant aux innovations religieuses de Joseph. Ces moyens toutefois purent à peine rétablir pour quelipie temps la trancpiillilé : une princesse de la maison d'Autriche, l'archiduchesse de Saxe-Teschen, put bien prendre solennellement possession de ces provinces au nom lie l'Empereur; mais il resta un ferment de discorde, dont laclion vint bientôt se confondre avec les bouleversements politiques qui furent dans ces contrées la suite de la révolution française (2).
(1) [[foyez plus haut, pnge SS^^. Deux parlis surtout cherchaient à dominer : l'iii) plus (avorahlc à V'iwWxuxnx- arUtorr iliqiic avait pour clicfs, l'avocit Van-di r-N()0(Jl et le giand (xiiilenlier fl'Aiivtrs Vaii-Eupen ; l'autre plus démocrate, était conduit par l'avocat Voiick , et foruiait ce rju'on appelait les A'oof Ai'v/ei.]]
(2) [[î-e 3/e/t«rc de France, pour les années 1700 et 1791, donne tous les détail-, de la restauration de la |iiiissance autrichienne dans la D( lgi(|ue.
Voici, en ce (jui cuncjinie les intérêts de la religion, les (criiics de la convention signée au nom de Leopcdd, le 24 <l<(<-iiil)re i790, i)ar Merey, son pl( nipotenti^iire, an congrès de \j\ Haye, conjointement avec Us anihassadcnrs d'Angleterre, de Prusse et de Hollande, «jui garantissaient la souveraineté de l'Autr clie sur les provinces Leige.s. « Sa Ma.joié impériale, sur les instances » des cours médiatrices, a consenti d'accor<ler li-s concessions dont le contenu
[[Léopold travailla vers la même époque à réiablir les droiis de l'Eglise dans un ptMit Eiat limiiiopbe de la Belgique, qui avait eu aussi sa révolution. Au moisd'aoûi 1789, à la suite de coniestations purement politiques, les Liégeois s'étaient insurgés contre le prince-évèque, et l'avaient obligé de fuir, ainsi que les membres du cbapitre. Bientôt l'anarcbie la plus complète avait régné dans la principauté. Les principes de la liberté et de Végalité^ tels que les enlendaieni les démagogues français, avaient été proclamés pour servir de base au nouvel Eiat. Il en était résulté bien des violences et des atteintes à la propriété que ne pouvaient réprimer les autorités municipales inqjrovisées à la faveur de ce mouvement ; les réclamations et les injonctions du corps germanique furent longlenqjs méprisées. Ou avait compté un instant sur Tappui de la Prusse, qui joua pendant quelque temps un rôle un peu équivoque : mais qui fut obligée de renoncer à proléger des patriotes professant des principes trop évidenunenl subversifs. Ces mêmes bommes se déclaraient déterminés à vivre libres ou à mourir. Mais I Empereur ayant fait passer dans la principauté quelques troupes, les chefs furent les premiers à
» est exprimé dans les articles suivants: 1° Que pour satisfaire l'opinion sur » plusieurs points de discipline en nialière ecclesiasti(|ue :ni.\(|tiels la legis- » ialion des Pays-Bas a porte quelques < hangemenis sous le dernier règue , •"ïlans dc'- vues dont la pureté a été méconnue, Sa Majesté veut bien revo- » qner toutes tes ordonnances concernant les séminaires, les processions, les » confréries, et quelques autres pratiques de piélé, et remettia tous ces ob- » jets sous la direction immédiate di's évèques, avec tous les pouvoirs qu'il;» » exerçaient à la fin du règne de Marie-Tliérèse. 2" Sa Majesté veut l»ien u remettre toutes les tlioses, à l'cgard de l'université de Lnuvaiii, sur le pied » oi] elles étaient à la fin du rèj;ne de Sa Majesté l'impéiatrice. et notani- » ment la réintégrer dans le droit de nomination qu'elle exerçait sur cer- » tains bénéfices e<'clésiastiques, en vertu d'un induit du Siège apostoii- » que. 30 Comme il serait impossible de rétablir tous les couvents qui ont » été supprimés sous le dernier règne, Sa Majesté promet de n employer les » revenus de ces biens qu'à des usages pieux, bs plus analogues que possi- » ble aux intentions des fondateurs, et sur les propositions (|ui lui seront u faites par les Etals. Sa Majesté promet de rétablir les abbayes suppri- » mées , qui avaient d'ancienneté le droit dc députer leurs chels aux » Etats. bJ]
AiN.NEC 1790. im
publier qn ils céAmnl à i inipériGuse nécessité (hs circonstances (I).
0»»ai»l à la Toscane, le départ de Léopold av.iit été comme le signal d un retour géi»éral aux pratiques qu'il avait voulu rélornier; el con)mc l'évèquede Pistoie s'étail montré le plus ardent à introduire les innovations, c'était aussi diinsson diocèse que la réaction s'étail montrée plus puissante. Peu de mois étaient à ptine écoulés qu'il étail obligé de se retirer à Florence. Léopold, qui continuait à le protéger, devant revenir en Ta-'Caue, vers le milieu d'avril 1791 pour v établir son fils Ferdinand, auquel il laissait ce duché, avait exigé impéritusenient que Ricci fût rétabli à Pistoie avant son arrivée. Quoiqu il lui fil ensuite un accueil honorable, Ricci put bicutôi s'upercevoir qn il ne serait plus que laibUMnent soutenu (2). Bientôt, en effit, le nouveau grand-duc se cini dans la nécessité de demander sa démission à l'évèque de Pistoie,^ qui la donna immédiatement le 28 mai 1791.]]
C'est ainsi que se dissipèient tous ces projets pernicieux d'un parti ennemi du repos. Celui qui eût observé la situation de l'Eglise vers 1787, el qui n'eût jugé que sur les apparences, l'eût penl-èirecrue menacée d'une ruine prochaine. A Vienne, un empereur, prétendant relondre la discipline, s'emparant de l'enstignement pour le mieux dénaturer, décidant de tout arbitrairement dans les matières le moins souniiîes à son poïivoir, et n'avant guère de rapports avec le souverain Pontife que pour le fatiguer par ses querelles et ses menaces; à Florence et Naples, deux princes entraînés par le premier el suivant ses errements; en Allemagne, les prélats les plus qualifiés (qui
(1) yfercu) e île France, janvier 1791.
(2 [[Dans l'audience que Ricci reçut de Léopold, au mois d'avril 1791, le prince ne cessa de nidntier une lelle in(|uictiide d'esprit, un li 1 état d'anxfélé que le prélat ne retrouva phis dans Lé<'|>old ni !« force pliy^^ique .TCioiitumée, ai son courage. Le prince lui parla des troubles des Etats héréditaires df l'Aulridie, de ceux de France, de ses craintes pour la famille royale, et pour la reine sa sœur en particulier, [fie de liirri, coni/>o.<,(e mr les mtnwirei autographes du prélat, par de l'otter, tome il, |»agc 18G.)]]
l'eût pu croire ! ), les quatre méiropolltains de celle grande contrée, tramant une ligue contre leur chef, aidant à déprimer le Saint-Siège, suscitant des divisions, et visant à une indépendance qui eût abouti à tout soumettre à la puissance civile: telle était, on l'a vu, vers 1787, la situation de l'Eglise. Mais la Providence, qui avait permis ces orages, y mit un terme : elle dissipa d'un soulHe cetie ligue, en apparence si bien combinée. Joseph, qui en élait l'âme, meurt dans sa quarante-neuvième année : Léopold en changeant d'Elats, change aussi d'inclinations: le roi de Naples se réconcilie avec Pie VI; la Toscane rentre dans une voie meilleure ; le congrès d'Ems devient suspect à ses propres auteurs ; deux des métropolitains l'abandonnent expressément (1); les deux autres, privés de l'appui qu'ils ont espéré, sont obligés de se désister. L'Eglise voit s'évanouir les projets de ses ennemis, elle triomphe des obstacles et des dangers. Mais à peine elle recouvre le calme de ce côté, que d'un autre on lui prépare de nouveaux combats. Du sein d'un royaume qui n'avait point pris de part aux traverses que nous venons de décrire, s'élève contre elle une guerre, dont les épouvantables progrès faillirent la mettre à deux doigts de sa ruine. Ces nouveaux assauts, que nous avons à raconter, montreront, avec encore bien plus d'éclat, la protection que Dieu a promise à son œuvre.
[[Le règne de Léopold II fut de bien courte duiée. Ce prince mourut en mars 1792. Il avait été obligé, dès son avènement à l'empire, d'adresser à la France des réclamalions contre des décrets de l'Assemblée nationale qui violaient les droits féodaux de plusieurs princes de l'empire; et cette réclamation s'étendait à beaucoup d'innovations ecclésiastiques, qui, relativement au clergé d'Alsace en particulier, étaient contraires aux traités de Munster, appelé \a Paix de Westphalie.On sait que ces réclamations ne devaient avoir aucun succès. Léopold paraissait déter-
(1) yoyez\\\ii haut, page 247.
miné n déclarer la guerre, lorsque la niorl le déchargea de celte rude lâche.
Les Irois niéiropoiilaiiis de Trêves, (Pologne et Mayence, faisaient aussi en leur nom des réclaniaiions, encore plus inellicaces. Mayence surtout, en sa qualité de métropole de Sirashourg, se trouvait plus spécialement lésée par la consliiulion civile du clergé. Bienlot les principautés de ces prélals devinrent le ihéàlre d'une guerre formidable : obligés de fuir et d'errer, ils se virent dépouillés 5 et toute leur puissance fut comme anéanlie.]]
— Le 9 mars. Allocution dk I'ie VI srn l'état de l'église de Fkance. Le chef de 1 Eglise ne pouvait qu'être très-ému des nouvelles qu'il recevait tous les jours de France. Pouvait-il, d'une part, garder le silence au sujet de tant de décrets qu'avait déjà rendus l'Assemblée nationale, et qui, dil le Ponlife, houleversaicnt la religion^ usurpaient les droits du Saint-Siège, et ^violaient des traites solennels ? D'un autre colé, n'était-il pas facile de prévoir, comme il le dit lui-même, que non-seulement ses plaintes ne seraietjl pas ellicaces pour arrêter un peuple livré à une licence sans frein, mais qu'elles pourraient même l'irriter et le porter à de nouveaux excès? Dans cette perplexité, il croyait du moins devoir exprimer sa doukiM". Voici en particulier les décrets qu'il signalait : « Comme tous ces maux ont dû leur naissance aux doc- » trines fausses de ces livres empoisonnés qui étaient dans )) les mains de lout le monde, afin (|ue ces opinions conta- » gieuses pussent se propager à I avenir avec plus de li- » berié, on a pUux* parmi les |)reiniers décrets celui qui >) assure à chacun la liberté de penser sur la religion ce » qui lui plaira el de ntanifesler impunément ses pensées; )) comme aussi le droit de n'êlre assujetti à d'autres lois » qu'à celles qu'il aura eonsenlles lui-même. Ou a mis » en délibération, si la religion catholique sera conservée 1) comme dominante dans le rovaume de France : les non- » catholiques ont été déclarés aptes à tous les enqilois, » municipaux, civils el militaires; on a statué qu'on ne
4^ ANNEE iVM.
«) tiendrait pins compte des vœux solennels; tous les nio- » naslères dos deux sexes ont été ouverts. On a, en outre, >y déclaré que tous les biens ecclésiastiques étnient à la ) disposition de la nation : on a aboli les dîmes qui for- « maieni une grande partie de ces biens : on a saisi l'ar- ') genterie des églises et des autels. D'autres mesures du » méfne genre ont été prises, ou elles ne larderont pas à être.
» Ah ! sans doute, continue le Pontife, il semblerait •) qu'on peut nous appliquer le reproche que s'adressait » Isaïe : Malheur à moi, parce que je me suis tu. Mais » commeul, etàqni faut-il parler? sera-ce aux évêques, qui »> sont privés <lc toute autorité, et dont un grand nombre » ont déjà été obligés de quitter leurs sièges? sera-ce au » clergé, qui est dispersé et humilié, et qui ne peut plus » tenir ses assemblées? sera-ce au roi Itès-clirétien lui- )> même, à qui l'autorité royale a été enlevée, et qui est » dans la dépendance de ras>emblée, et qui est obligé de » sanctionner tous ses décrets : la nation presque entière » paraît séduite par l'apparence d'une vaine liberté, et » elle est l'esclave d'une réunion de philosophes, qui s'ac- » casent et se déchirent réciproquement, sans reconriaître » que le salut de l'Etat repose principalement sur l'auto- I) ritéde Jésus Christ, et que l'on n'est heureux, selon l'eX'- » pression de saint Augustin, que quand d'un plein con~ » sentement on obéit aux rois : car ils sont les ministres de » Dieu pour le bien, les enfants et les défenseurs de TE- » glise, qu'ils doivent aimer comme leur mère, et défendre » contre ceux qui l'attaquent. » En attendant donc le moment favorable pour parlt-r, le Pontife voulait du moins qu'on ne put imputer à la négligence ou à l'oubli de ses devoirs le silence, qu'il croyait nécessaire de garder dans ces circonstances, et qu'on coni.ûl, au contraire, combien il était alfecté des maux d'une portion si intéressante de la catholicité (l).
(1) Cette all<K!uîjon, qu'on cherche en vain dans le liullaire romain de
ANNKli 1790. i23
— Vers la fin de mars. Copjthovkrse prk/.ldant a la . ONSTiTL'TioN civii.F. PII CLERCÉ. Lt's iiiiuix s';u;p,riiv:iieiU dc jour en [oiir. On sivail f|ii»' le coniiiô fccl(\siasli(|uc prcparail un |)Iom d'après k(|ncl htaiicdiip de siéjjes ôpiscopaux scraieni supprimés et d'auircs érl;;és; on crut peut-être que rautorilé de canoniales en répiiialion ferait quelcpic impression sur les avocats du comité. Nous ne croyons pas devoir passer sous silence ces discussions préliminaires. Les évèques de Clermont et du Mans demandèrent un mémoire sur ce sujet à Tabbé Jabineau, avocat canonisie, qui n'était pas soupçonné d'un excès de déférence pour le Saint-Sié.jje et pour les dioils de lépiscopat. Jabineau, (juelles que fussent si s prcveniions sur les affaires du jansénisme, ne put s empècbcr de proclamer les véritables principes (l). Il montrait que la puissance temporelle n'avail aucun droit à cet égard, et que les cvéqnes devaient s'efTorcer d empècber une usurpation qui |)ouvail avoir les plnsfàclieuscssuites,el(|u'ilsnedi valent point abandonner l'exercice de leur juridiction. Cetteconsu. talion fulsignée, outre Jabineau, par boit autres avocats canonistes, savoir : Maulirot, iVIey, Ualléas, Meunier, Vauquetin, Mauclerc, Blonde et Biiard. Les deux prenùers surtout jouissaient de la réputation d'bommes instruits et capables, et étaient connus par plusieurs ouvrages sur les matières ecclésiasli- (jues. Mais ce qui est lemanjuable, c est que les bnit signataires étaient tous atiacbésau parti janséniste et en avaient donné des preuves. Leur opposition aux nouveautés projetées n'en avait que plus de poids; et Ton pouvait croire encore qu'elle ne serait pas sans résultat sur l'opinion de leurs partisans et de leurs confrères.
Le parti qui voulait tout détruire jugea donc qu'il (allait opposer autorité à autorité, avocats à avocats. L'abbé
t'ic N I, ainsi que la plupart des pièces imporlanles relatives aux afTaires de France, se trouve dans la Cullectiou des biefs de fie Vi, par lliilot, page J. (I) Jaliineau puMia, sous la date du 15 mars 1790, un Mtnioirc à con- Miller, el co/isuUiUion sui- la compétence de ta puissance tcniporcllf pour l'ère) lion el la suppression des si<ges épiscoijatix, in-8* de 4t) pages.
Saurine, député, qui devint depuis évêque, consulta l'avocat Fauresur la question de savoir si la puissance spirituelle pouvait contester à t Assenthlé.e le droit (f ériger et de supprimer des évêchés. Faure prélendit (jue le droit de l'Assemblée était évident, ei il essaya de réfuter la consultation du 15 mars. Sa consultation, qui était datée du 27 mai 1790, n'annonçait pas une étude bien profonde des sciences ecclésiastiques. Elle fut signée, outre Faure, des huit avocats, Le Roy de Montécly, Bureau du C(ilond)ier, Jozeau, Boicartoin, Agicr, Garran de Couloii, d'Hcrbelot etLefebvre; tous, à l'exception d'Agier, fort étrangers aux matières ecclésiastiques; mais on avait voulu pouvoir opposer, à la consultation du 15 mars, un nombre égal de signatures. D'ailleurs, celle consultation portail le cachet du jansénisme, on y faisait un grand éloge de Soanen. Les jansénistes se Irouvèrenl donc divisés en deux camps : à la tête de l'un étaient Maulirol, Mey, J.ibineau, Vauvilliers. le P. Lambert, Blonde; l'autre avait pour chefs Cimus, Durand de Maillane, Larrière : les uns et les autres publièrent, vers cette époque, beaucoup d'écrits sur les questions agitées (l).
— Le 14 avril. Décret de l'Assemblée tvAtiojNAle qui
ENLÈVE EJVTIÈREMEINT AL" CLERGÉ l'aDMINISTBATIOW DES BIENS ECCLÉsrASTIQUES. ReJET d'l'NE PROPOSITION INCIDENTE SllU LA RELIGION DE l'EtAT. CoNSÉQl'ENCES DE CES DÉCRETS. ([L'As-
semblée avait ordonné de melire en vente des biens ecclésiastiques, de manière à compléter la somme de quatre cents millions (2) : les conditions qu'elle y avait mises elle-même offraient quelque difliculté; et environ trois mois s'étaient passés sans que la mesure fût exécutée.
La commune de Paris vint ouvrir une voie facile : elle offrit par l'organe de Bailly, son maire, d'acbeier directement pour deux cents millions de biens dits nationaux,
(1) lUauitrot surtout se distingua par son zèle et sa fécondité. On trouvera la suite de ses écrits à son article, dans la Riograi>liie universelle de Michaiid, et d;ins le n» C32 de l'Ami de la religion, tome XXV.
(2) f^qyez plus haut, page 3!,"3.
AMINÉE 1790. 42B
dont lespropriélés ecclésiiisliqnos fotinaicDl la pliis(;r;>nde pariie, afin de les icveiidre cnsuiic cii délail. Celte proposition fui aussiiol accueillie avec faveur par la majoiiu' de l'Assemblée; el, par un décret rendu le 17 mars, on se hàia de proposer ce mode d'aliénaiion à toutes les luunioipaliiés du royaume.
Quelques jours après, le 9 avril, le député Chasscy vint, au nom du comité des dîmes, faire une proposition d'une bien plus {grande p(Mtéc. 11 s'a.jjissait du moyen de rentpiaccr définiiivement les dîmes, cpii, d'après l'avis du comité, cesseraient à jamais d'être perçues. Sous prétexte d'y sup|)léer de manière à conserver au culte divin sa majesté, et aux ecclésiasiicpies une bonorable aisance, on présentait un plan, dont les bases, relativement au régime du clergé, avaient déjà été adoptées par le comité ecclc.si istique, et (pii consistait à enUner déllnitivcmenl au clergé l'administration des biens ecclésiastiques, puis à pourvoir par une prestation en argent, prise sur les contributions générales, au iraiiement du clergé et aux frais du culte. Après être entré dans des calculs dont l'exactitude a été contestée (1); le rappoiteur du comiié des dîmes insistait sur des considérations générales. Selon lui, « il élait d'abord juste et constilulionncl de faire sup- » porter à tous les ciloyens les frais du culte par le moyen » des impositions générales. Le culle est un devoir de » tous : tous sont censés en user, parée que le lenqile du » Seigneur est ouvert à tous. La maison sainte est entre- » tenue pour rniillléde tous, de même que l'armée, aux » dépenses de laquelle personne ne tentera de se sous- » traire, b D'un autre coté, il était nécessaire de convertir
(I) Voici, il'apn's Its plans du comité ecclésiastiiiuc «t le rapport tin comité «les «lîiiits, ((iitllf devait îlre a lai'enir la silii;ilion du tlcrj^i-. Il devait y avoir un évÎMiue par dépailemcnt, et les traitenuiiis des cvê(|iies, variant selon la population des villes, devai.nt former une somme totale d'environ 2,000,000 livres. Le traitement des curés titulaires devait former une somme totale de 22, .^00,000 livres. Le traitement des vicaires, une somme totale de 19,*:O0,( 00 livres. Ias frais de conilruction et d'entretien devaient se monter à 12,000,000 livres. l
lit) ANNÉE n90.
dès celte année en argent le irailement des ecclésiasù- (jues, non-seulement pour pourvoir aux besoins de ceux (jui n'avaient (|ue les dinies pour ressource, mais pour que i'Eiat eût en main un gage sûr qui rassurât ses créanciers. u II est imj)oliiique, di-ait Cliassey, que les grands corps .) aient des propriétés. On est impalieni de l'exécution de )) vos décrets : celui du 2 novembre (l) ne sera rien, tant » que le clergé ne sera point exproprié. Les ennemis de la .) révoluiion vous accusent de l'aibiesae : ils sentent (|ue les .) biens du clergé dans les mains des ecclésiastiques, sont .> nuls pour vous, nuls pour la confiance, nuls pour la ) prospérité publique. »
Le clergé, qui se voyait ainsi subitement dépouiller de tous ses droits, ne pouvait manquer de faire entendre les plus énergiques protestations. L'évèque de Nancy, M. de Lafare, soutint le premier la lutte, et il le fit avec éloquence : « S'il m'était possible, dit-il, de séparer mes inté- » rèis temporels de ceux des églises de France, de mon » église en particulier, et de la religion même, je me serais « condamné au silence, plaçant mon âme à la hauteur de >) l'abnégation évangélique ; j'aurais sans peine précipité » dans le gouffre dévorant qui demande tant de victimes, » les biens temporels qui m'ont été départis : mais il s'agit )> ici de l'intérêt perpétuel et durable de nos églises cl de » la religion; il faut alors que les ministres des autels .) défendent avec constance les droits sacrés que 1 un atta- ■) que. C'est une de ces circonstances , où la résistance est )) le plus saint des devoirs. Qu'il est douloureux pour les » membres du clergé de n'avoir à faire entendre leurs » voix que pour se plaindre du fond ou de la forme de >) vos délibérations, en ce qui les concerne ! N'était-ce pas 0 .\ssez que, malgré une possession de quatorze siècles,... ■) toutes les propiiétés ecclésiastiques eussent été par un ) seul acte de votre volonté, mises à la disposition de la » nation? (décret du 2 novembre). N'était ce pas assez
(I) F'oje: plus liant, page 392.
0 que, snns avoir consulte les provinces, selon cpic le por- .) tait ce premier déci'el, vous avez piis siir vous <le (J(''cré- » 1er, le 111 déci luljrc. la venic i\e!> biens de TK^Iise, pour )) une valeur d'environ qtiaiie cenis millions? N'éiail-ce » pas assez que voire décret du 13 lévrier lùi, maljjré nos ') représentations, et les principes les plus certains de la » relijjion el de l'écpiiié, snppiimé toutes les institutions » monastiques si chères à rKp,lise? N'était-ce pas assez » que reprenant tout à coup aux provinces la suiv&ti/lance ») de toute disposition des biens ecclésiastiques renf» r- » mes dans leur territoire, vous Tavez par votre décret » du 17 mars, transmise aux municipalités, en leurcon- ») fiant la vente des biens ecclésiasii(pies, sous l'apparence » d'adjudication ;' La motion qui vous est faite a pour ») objet d'enlever à toutes les «'{^jlises. h tons les béné- ') ficiers, la jouissance et radminislraiion de leurs bieiis: » proposition révoliatite! Deniitndezà chaqiie titulaire des » sacrifices, el il les fera de lui-même : mais vouloir que » l'Assemblée porte l'abus du pouvoir jnscpi'à déj>ouiiler ►) arbitrairement, \vxr l'acie absolu de sa volonlé, des pos- » sesseurs légitimes, c'est lui conseiller le crime le plus » flétrissant pour une nation, l'abus de la force contre la » faiblesse, une lâcheté (pie vous ne pouvez commetire. » Le prélat entrait enstiiie da-is une série de calculs oîi nous ne pouvons le suivre, pour montrer combien celle mesure serait désastreuse, onéreuse pour l'Etat, funeste surtout dans ses conséquences par raj^port à la relijjion (l).
Ces considérations furent développées avec une force nouvelleparrarchcvèqued'Aix. qui, reprenant l'offrequ'il avait faite précédemment d'un emprunt que le clergé aurait garanti, démontrait par l'expérience el jiar l'insuccès de toutes ks mesures adopiéesjusque-là, ccnubien l'Assemblée avait eu tort de le repousser. Il concluait p.u* ces paroles remarquables: « Nous épuiserons, sans nous lasser
(I) royez pins liaul, page 408, IcsctIcuIs préstDtiS par le mcmc prêtai à l'occasion de la loi sur les ortires iiionasliques.
428 AiNNÈE 1790.
» tous les moyens de conciliation qui sont en notre poii- » voir: 1° nous renouvelons l'offre solennelle d'un em- )) prunl de quatre cents nullions, lequel serait autorisé, » garanti, décrété et levé par l'Assemblée nationale, niak » hypothéqué sur les biens du clergé, qui en payerait ies » intérêts, et rembourserait le capital par des ventes pro- » Qress'ix es, faites snhant les formes canoniques et civiles^ » 1° nous demandons qu'il soit décrété qu'il n'y a pas lieu » à délibérer sur les arlicks proposés; 3" et dans le cas » où, en délibérant, ces articles seraient adoptés, nou* » demandons la convocation d'un concile national, et qu'il ») nous soit donné acte de la déclaration que nous faisons » de ne pouvoir participer en rien à ce décret, nous ré- » servant de réclamer pour les droits de la puissance ecclén siastitjue, suivant les conciles, les canons, et les lois de » l'Eglise gallicane. »]]
La discussion fut tout à coup interrompue, le 12 avril, patune pro|)Osilion incidente que fit un député qui volait oixiinairemenl avec la majorité, et qui fréquentait d'ailleurs le club des Jacobins; c était le chartreux dom Gerle. Comme on avait dit qu'il y avait un parti pris contre le clergé daas les comités particuliers, et comme ce reproche paraissaitsurtout adressé au comité ecclésiastique, principal auteur du plan proposé : « Pour fermer la bouche, dit-il, à ceux qui » calomnient l'Assemblée,... il faut décréter que la religiort » catholique , apostolique et romaine est et demeurera )) pour toujours la religion de la nation^ et que son culte » sera seul autorisé. » Des motions équivalentes avaient déjà été faites plusieurs fois par le clergé, et elles avaient été ajournées sous différents prétextes (1). Quand on vil la proposition mise en avant par un membre appartenant au coté gauclie de l'Assemblée, on espéra qu'elle ne rencontrerait pas d'opposition. Cependant Charles de LamelK cheicha aussitôt à l'ajournerj sous le prétexte de ne pas
(1) V(yyez plus liaut, page 41 1, la proposition faite par l'évêque de Naacf, dans la discussion sur les vœux monastiques.
ANNÉK 1790. 429
quitter une question tic finances pour une question de théologie. « X'esl-il p;«s nlllifjeant, s'éciia niors l'évèquc 9 de Clermont, de Boun;d, de voir rejeter par des fins de » non-recevoir une question de cette importance. Il est de » principe que, dans Tordre de la relijjion, on doit niani- >» fesler sa foi, du moment qu'on en est requis : je ni étonne » que, dans un royaume calholicpie, on refuse de rendre « hommare à la religion call)oli(|ue, non par une dclibé- » ration, mais par une acclamation uiiiverjelle. >: Tout le c6(é droit se lève à ces paroles, et demande que la proposition soit mise aux voix sur-le-champ; la majoiité ne fait ps moins d'efforts pour l'écarter : on se sépare au milieu d'un grand tumulte.
Pendant la nuit, les deux camps orj^anisent leurs forces. D'un coté, les députés de la dioile, réunis dans l'éf^lise des Capucins, rue Saint-Uonoré, travaillent à se fortifier. A quelques pas de là, le clul) des Jacobins (même rue), est en séance: dom Gerle est gourmande sur sa motion inconsidérée, et promet de la retirer : on ne se borne pas à des discours : on cherche à employer la force brutale contre ceux qui veulent faire triouqiher la proposition. On agite le peuple, et on l'exciie à s'attrouper (l).
Aussi, le 13 avril, dès l'ouverture de la séance, l'agitaûon fut extrême. Une allluence prodigieuse se pressait tout autour de la salle des séances, les cris du dehors appuyaient les clameuis des députés de la gauche : on refu-
(1) [[Voici les termes curinix par lesquels Loustalot, dans le journal intilalé : Hci'olutions de Paris, rendait couipie le surlcinkinain des sci-nis cuxiruses de lel'e nuil. « Maiiry sortit de la séance ne se sentant i)as daise, et . ne put s'empêcher de dire: Celle fois ils ne pcwcitnon^ cchnri'tr : celte
• motion est une miche allumée sous un biiiil de poudre, dite mtempe- » rance de langue faillit lui être fatale. Manry ne lavnit pas que le Irnde- » uiiin il ferait une figure hiin diff.renir. Le soir, assemblée générale des » aristocrates aux Capucins de la me Saint Honoré. M.intlosier (il le |,lan » d'attaque pour le lendemain : quatre membres seulement parleront, Maury, » Ca/.alis, Mirabeau cadet et Monllosier.... Non loin de là, les patriotes
• étaient assembles aux Jacobins, ou la commotion excitée par la demande de . don. Grrlc ne se faisait pas moins sentir. Dom Gerle se desola.t de sa mo- . jion inconsidérée: mais il avait servi notre cause mieux qu'il ne le pentaif.
430 AiNNÉK 1790.
sait la parole aux membres qui voulaient soutenir la motion de dom Gerle. Le Chartreux déclara qu'ayant reconnu les iiiconwéiitents de la motion qu'il avait faite la veille, il y renonçait : maisaussiiôt plusieurs membres du coié droit la reprirent, et cherchèrent à la défendre, en adoptant un amendement du comte de Virieu, qui portait que , si la religion catholique devait seule jouir du culte public, les lois pénales contre les non catholiques n'en < taient pas moins abolies. La discussion ayant été déclarée fermée, an milieu du tnmnlie, Mirabeau parvint néanmoins à s'emparer de la tribune, sons prétexte d observations incidentes, et c est alors qu'il fil usage de celle figure : « Puisqu'on se permet des citations historiques en M celte maiière, je vous supplie de ne pas oublier que de » celle tribune où je vous parle, j'aperçois la fenêtre » d'où 1 1 main d'un de nos rois lira l'arquebuse, qui fut le « signal de la Saint-Barihélemy : je n'en dis pas davan- »» tage, voyez encore si vous voulez délibérer. » L'oiaieur ne voyait la fenèire que dans son imagination ; mais l'efTet du mouvement n'en (ut pas moins ia)mense sur la majorité qu'il dominait. Tous les efforts que fit Maury pour se
• et cette seronsse devait réveiller le patriotisme des Parisiens, qui semblait » sommeiller depuis longtemps. Sur les neuf heures et demie, le comité des
• Ftiiillants lut iiisfiuil pir les Capucins, que, malgré eux, il se tenait dans » le chœur dr leur église un coniiliaLule d'aristocrates, uniquement composés » <te tous les noirs; que rassemblée noclurne réunissait tous les caractères » d'un altroupement séditieux et d'un sabbat, et allait enlever à l'ordre sé- ■ rapliiquc sa réputation de patriotisme. Le lendemain, dès le malin, les » trois cents trompettes patriotiques des colporteurs proclamèrent la fendie
• intitulére •■ /assemblée ile'i aristocrates aux Capucins : ncuueau complot
• dcrntit'ert. Il n'en fallait pas davantage pour mettre Paris en mouvc- I) ment, ei rallier tous les bons citoyens autour du congrès; et les arislo- » crates. en traversant ces groHp<'S ù'iinuileurs et ces baies de soldats, pour B aller s'asseoir snr les bans de la droite, virent bien que Maury leur en avait e imposé sur la disposiiion des esprits, n (C<fe par M. Bûchez, Histoire par- » lenienlaire, tome V, page 313.)
Les cafés du Palais-R-^yal n'étaient pas n»oins animés. Le district des Cordeliers décidait de son côté que les citoyens non enrôles prendraient les armes, et se tiendraient prêts à soutenir la gaide nationale. La i:rainte de graves collisions obligea Bailly et Lafiyetle de doubler les postes, et de réunir «les forces considérables autour de la salle des séances.}]
faire entciulre furent inuiilcs(l). Enfin l'Assemblée adopta ce décret qu'avait rédigé le duc de la Kocliefoncauld : « L'Assend)lée njuionaie, considérant qu'elle ne peut avoir » aucun pouvoir à exercer sur les consciences et les opi- » nions religieuses; que le respect dû à la religion ne » permit pas qu'elle devienne l'objet d'une délibiraiion j » consi(lér;nil que railacbcinenl de l'Assemblée nationale » au cullc callioli(|ue, aposlolicjue e! romain, ne saurait » ëire mis en doute, au moment même où ce culte seul va » être mis par elle à la première place dans les dépenses » publiques, et oii par un mouvement unanime de respect, » elle a exprimé ses seniimenis de la seule manière qui » puisse convenir à la dignité de la religion et an carac- » tère de l'Assiinblée nationale, décrète qu'elle ne peut « ni ne doit délibérer sur la motion proposée, et tju elle va » repiendre l'ordre du jour concernant les dîmes ecelé- » siasiiques. » Il est impossible de ne pas apercevoir- combien ce langage était bypocrite dans les circonstances où on le tenait. Les députés de la droite n'avaient pas pris part au vote, et n'y avaient opposé que leurs protestations : au sortir de la séance ils furent accueillis par les huées et les cris de la ujultitude. Nous verrons à I instant les preuves de l'inq^rcssion douloureuse que cet incident produisit sur les hommes religieux.
[[Le jour suivant, 14 avril, l'Assemblée, après une discussion non moins oragerise, repoussa déliuiiivement les ofFres du clergé; et elle ne voulut pas même délibérer sur les pi'oposilions de larchevèque d Aix : elle refusa de discuter la question préliminaire que posait Malouet : « si » Von conserverait aux églises de France^ et aux pauwres « une dotation territoriale, « parce que dans ces termes, il eût été trop odieux de répondre négativement. Elle résista
(1) [iLe viroinle de Mirat>eau parvint cependant, sons prétexte d'im amendement, à faire à son frère celte courte n-|>l!(|iie : « Quant an |>réo]iinaut, jt » réponds (]iic l'-ilius drs termes est l>ien l«rril)l«\ Si le fanal isine a ahiisé du » nidt retiiiion \w»r tonseillci la Sainl-Barilii knij, des scélérats ont abusé • du mot Liberté pour violer l'asile de nos rois. »]}
aux représentations d'une minorité nombreuse, qui formait à peu près le tiers des membres présents, et qui s'était levée pour adhérer à la protestation de l'évêque de Clermont. « Je dois, avait dit ce prélat, à mon église, à » l'EijIise gallicane, à i'Kglise entière, à ma conscience, de » déclarer que je regarde ce plan comme funeste à fem- » pire, et désastreux pour la religion; que je m'y oppo- » serai toujours, dussé-je avoir mille glaives suspendus sur )» ma lèle, et que je ne p« ux participer à la délibération. »
C'est dans ces circonstances que furent votés les quatre articles suivants: « I. L'administration des biens déclarés » par le décret du 2 novembre dernier, être à la dis- » position de la nation, sera et demeurera, dès la pré- » sente année, confiée aux assemblées des départements » et de districts, ou à leurs directoires, selon les règles, » exceptions et modificaiionsqui seront expliquées. II. Do- » rénavanl et à partir de la présente année, le traite- ■» ment de tous les ecclésiastiques sera payé en argent, » aux termes et sur le pied qui seront incessamment 0 fixés-, et néanmoins les curés de campagne conti- » nueront provisoirement à administrer les fonds ler- » ritoriaux attachés à leurs bénéfices, à la charge d'en » compenser les fruits avec leur traitement, et de faire » raison du surplus, s'il y a litu. III. Les dîmes de toute » espèce abolies par l'article V du décret du 4 août , cesse- » ront d'èlre perçues à jamais à compter du 1" janvier » 1791. IV. Dans l'état des dépenses publiques de chaque » année, il sera porté une somme sulïisante pour fournir M aux frais du culte de la religion catholique, apostolique » et romaine, à l'entretien des ministres des autels, au » soulagement des pauvres, et aux pensions des ecclésias- » tiques tant séculiers que réguliers de l'un et l'autre » sexe, de manière que les biens qui sont h la disposition j) de la nation puissent être dégagés de toutes charges, et » employés par ses représentants aux plus grands et aux » plus pressants besoins de l'Etat. »
La spoliation de l'Eglise gallicane était consommée par
ANNIili n90. 133
l'cUc mesure^ le clfifjo, qui avait si loii(j(i'ni|)s clé rctjartlé coiiime le piciniiîr oitlrc de I Kîal, cl (jvii, en venu njcme de rorf^nDisaiiun cjui lui élail propre, avait rendu tant d'cMuincnls services (l), cessait d'être un coips, et il était à la merci de lép,islaleursdeslilués de reliijion sérieuse: pour le réduire à la plus extrême détresse, il ne restait plus cpi à lui imposer des lois contraires à la conscience : cette situaiion ne lardera pas à lui être (aile.
l.e 19 avril suivant, on vola (pickpies articles complémentaires du mémo décret; le septième a une importance qui n'échappera à personne : « Sont cl demeureront » exceplés, quant à présent, des dispositions de Tarticle » premier du présent décret, l'ordre de Alalle, les iabri- ') ques, les hôpitaux, les maisons de charité et autres où » sont reçus Us malades, les collèges, et malsons d'insti- » tution, élude et retraite, administrés par des ecclésiasli- •) ques ou par des corps séculiers, ainsi que les maisons ') des religieuses occupées à l'éducation publiijue et au sou- » lagementdes malades, lesquelsconlinueront, couuncpar » le passé, et jusqu'à ce qu'il en ait été autrement ordonné » par le Corps législaiif, d'administrer leurs biens, et de ') peicevoir, durant la présente année seulement, les n dîmes dont ils jouissaient j sauf à pourvoir, s'il y a lieu, » pour les années suivantes, à l'indennulé cpie pourrait * prétendre 1 ordre de Malle, et à subvenir aux auli'cs be- ») soins que les autres établissenienls éprouveraient par » la privation de ces dîmes. » Ainsi l'AssendjIée reculait elle-même devant la pensée d'enlever à ces établissements publies la possession territoriale qu'elle enlevait au culte <livin et à ses ministres.
Il entre moins dans notre plan d'exposer les cons ipjcnces de cette mesure par rapport à lEtat. En même
(1) [[La nécessité incmc ou se Iroiivail en ce moment l'Asseinlilec de piotiamev que l'.'s dettes du clergé étaient réputées nationales, et i|iie VEtal serait clungé d'en acquitter lis iritéi cts et tes cnpiinnx (loi du 17 aviil sur les as,signals, art. l), rappelait implieitenieni les saeriticcs exlraoniinaire» fjue le cierge s'était tant de fui»; imposés ponr le bien puMic.]]
iU ANNÉE 1790.
temps que l'on expropriait ainsi le clergé, l'Assenibléc votait la loi sur les assignats, qui étaient censés représenter la valeur des biens du clergé destinés à être mis en rente, et qui devaient être donnés en gage aux créanciers de l Etat. Plusieurs des ecclésiastiques les plus distin- .tfués de TAssemblée s'étaient attachés à démontrer les suites funestes qu'aurait ce moyen de crédit : on sait assez combien une dépréciation rapide prouva la justesse de leurs prévisions.]]
De toutes les mesures précédentes, celle qui amena vers celte époque les plus vives réclamations, fut le refus qu'avait fait l'Assemblée de déclarer que la religion catholique serait seule reconnue dans TEtat. Les députés du colé droit s'assemblèrent dans 1 église des Capucms, et, malgré les moyens d'intimidation dont on chercha à user à leur égard, ils signèrent, le 19 avril, une protestation contre le décret qui avait écarté la motion de dom Gerle. Nous y remarquerons surtout ce passage : « Inviolablement » attachés à la foi de nos pères, nous étions arrivés avec » l'ordre précis ou rintention connue de nos bailliages » respectifs, de faire déclarer, comme article de la consti- )) lulion française, que la religion catholique, apostolique » et romaine est la religion de V Etal, et qu'elle doit conti- ») nuer à jouir seule dans le royaume de la solennité du » culte public. » Cette déclaration fut signée de deux cent quatre-vingt-dix-sept membres de l'Assemblée, à la tète desquels étaient trente-trois évèques. Parmi les autres ecclésiastiques, nous remarquerons seulement les abbé> de Pradt, devenu si fameux depuis, de Varicourt, qui fut plus lard évèque d Orléans , de la Rochefoucauld, de iVïontesquioueldeRastignac. Parmi les laïques, on comptait cent quatre membres de la noblesse (nous ne nommerons que Montlosier, député de l'Auvergne, qui adhérait alors à toutes les déclarations du coté droit), et quarante-neui membres du tiers-Etal. Mais ce qui fit ressortir la division qui devenait sensible dans le clergé, c'est que le plus grand nombre des curés qui siégeaient à l'Assemblée
n'adhcrcrenl pas à la protcslaiioii ; sur environ trois cents ecclrsiasiiijiics, il n'y eut, en elTct, que cent quarante signaiaircs. Quelques uns mcMue des curés qui l'avaient signée, reliièreul pnl)li(|uemenl leurs signatures (l). L'évêquc de Lydda, tiobcl, qui avait cependant soutenu la molion de dom Gerle, expliqua, dans une lettre adressée à ses commettants, les motifs qui l'avaient détourné de signer, [fil n'est pas inutile d'obsirver que, selon l'appréciaiion du prélat, le refus même qu'avaient fait les membres de la droite, de prendre part à la délibéraiion , avait notablement contribué à assurer le triompbe de l'opinion contraire (2). Jj
En dcliors de l'Assemblée, s'élevèrent bien d'autres réclamations. Dès le 14 avril, le chapitre métropolitain de Paris avait, par une délibération spéciale, chargé I abbé deBonneval, un de ses membres et député à TAssemblée,
;i) Parmi ciiix qui rétraclèrent piil)li<|iHnunt leur signature, 'on cite Gros, ciiix de Saint-NicoIas-du-Cliardonnet de Paris [Souvetles ecclcsias— tiqua lie IT^'O, page li7 ; Demandre, curé de Besançon, le inènic qui derint plus fard évè<]iie consU'tutioiinel du DouLs.
(2) f'iijez ee refus plus haut, |)aj;e 431.
[[« Si, dit l'évèque de Ljddi, je n'ai pas cru pouvoir protester contre • le dicrel de l'Asseinhlée, je n'avais pas cru non plus pouvoir ni'ahslenir de » prendre part à la délibération dont il a été le résultat. Ia- refus de délibé- » rer, prononcé par les mêmes membres (|ui , postérieurement, ont signé la » declaralidn, ayant cimsideralilenienl réduit le nombre de riux dont l'inten- » tion était, ainsi que la leur, de faire passer la motion de dom (nrle, il » fui très-l'aeiie aux membres qui avaient embrassé l'opinion contraire d'a- B voir la majorité. » Cette lettre, qui présente d'autres considérations, est insérée au Journal ecclésiastique du mois de juin 17!)fl.]]
Un autre ecclésiastiiiue , menibre de l'Assemblée, Charrier de la Hoche, prévôt d'Ainai , le même qui entra depuis dans l'église eonstilutionnelle , et qui devint, après le concordat, évêque de Versailles, fil aussi paraître une lettre dans le même sens que la précédente : il n'avait pas cru devoir signer la déi:lar,ition, parce <|u'il craiijnait qu'elle ne lût propre à aigrir les esprits-, et il prédis. lit aux signalaires <|ue cet acte allait être le signal d'une guerre de religion. « Cette prédiction, disent les HourclUs ecdfsiosfiques, n'a été I que trop vérifiée par les funestes événements de Montauban, Nîmes et au- » très villes du Lan^u<-doc. o [IViiii^'ellçs ccclisiastiqnes porr 1790, p. 143) Mais ne serait-ce pas plutôt le décret de l'Assemblée )|u'il faudrait accuser d'avoir donné occasion à ces malheurs. La lettre de M. Charrier devint entre son auteur et l'avocat Maultrot, la matière d'une controverse, [l'oyez \'.4wj de la religion, tome XXV, page 03 )
-iâC AvN.NÉE 171)0.
d'exprimer son aftacliement à la religion calholiqne, qui seule est la véritable ,• qui seule a toujours été la religion de la irwnarcliie française, dont elle a précédé l élahlisseiuent dans les Gaules ,• qui seule doit y avoir le droit d'exercer un culte public. V.ii\Y\hv\i\w\{\ii la police défenclil de publier cel acIediichapiire.OoenagiidenièmeàRouenà l'égard d une délibération que prii It; chapitre métropolitain deceite ville, le a mars, pour protester de son attachement à la religion. Nous a\-ons sous les yeux des décolorations semblables de la part des ehapiires de Besançon, de Bourges, de ïroyes, de Nanites, de Blois, de Baveux, de Vannes, de Tréguier, etc. Le chapitre d Autun se -crut d'autant plus obligé de r(»clamer qu'il s'afUigeait de la conduite de son évêque -, il envoya au prélat son adhésion à la déclaration faite par les députés de la droite, le 19 avril, en le priant d'y joindre sa propre signature. Le chapitre de Notre-Dame à Autun, les curés de la ville, et plusieurs communautés, se joignirent à la démarche du chapitre de la cathédrale. La réponse du prélat, fondée sur les principes de la tolérance, était peu propre à rassurer ses diocésains (l). Une adresse du clergé de Rennes à l'Assemblée, en date du 23 mai, renfermait des observations judicieuses et modérées sur les derniers décrets. Dans une déclaration subséquente, cent cinq curés et prêtres du diocèse de Nantes adhérèrent à la déclaration du 19 avril et à l'adresîfedu clergé de Rennes.
Des laïques prirent part à ces réclamations du clergé ; et dans le Mitli sm-tout, on rédigea des protestations conlie les derniers décrets de l'Assemblée nationale. Le 20 avril, les
(1) [[Ia lettre ftii clinpitre d'Aiitun et la réponse du prélat, se lisent dans ^Histoire du cleiffé de France pendnitl Itx r<h'oliitton , ])ar Régnier , tome I, p;ige 165 « S'il est un principe sacré pariiii les hommes, disait M. de » T.illcyrand, c'est que la conscience est nn asile inviolable , et que lotit » moyen de conlrniiite en matière de retiginn, est un attentat c<nilre le » premier des droits de l'iionnuc. Ce principt- éternel de raison et de paix » que l'ignorance et la passion ont pu seules obscurcir, ne pouvait être trop 0 hautement proclame par rAssemblée.... Je ne sais ce que c'est que de » presentei au corps le^ishilil' une protestation contre ses décrets.... « On pressent, en lisant ces paroles, la conduite ultérieure rie l'evêque.]]
^is^EL; 17î)o. 437
cathoIic|Ucs de Niini's s'nsseniblcicnt avec l'aïUorisiiiion de la mairie, el résolurent de demander (|iic la relifjion calholi(jiie l'ÙJ (U'elarée rclii^ioii de llilai, qu'elle eùl seule un eullc |)u|jlie, el (ju'il n'y eût aucun changemenl dans la hiérarchie (jue d après les formes canunujues. Nous ue menrionnerons pas les auJres denwindcs qui ('(aient lelalivcs à la |K)lili(|ue. La délibération fut signée par 3127 personnes de lous les étals: 1560 autres v adhérèrent, et beaucoup dhahilanls des environs de la ville y joi{;airent leurs sulIVages. Le 1" juin suivant, les calholi{|Ucs de IS'îmes firent une nouvelle déclaration el pétition. Ils ne pouvaient croire qu'on les biamàt d'avoir manil'eslé leur altachement pour la religion, à rexeujple, disaient-ils, de Chàluns-sur-iMarne , de tout le pays de (^ominges, des princi[)ales villes d'Alsace, de Toidouse, dAIbi, de Munlauban, de Lautrec, délais, d Uzès et d'autres principales villes du Languedoc : ils.persistaicnl dans leur pétition du ■20 aviil, et adhéraient à la déclaration d'une partie de ! Assemblée du 19 avril, et aux délibérations de Moniauban, de Toulouse, d'Albi, d'Alais, d'Uzès et autres villes. Ils firent en même lenvps des adresses au roi el à l'Assemblée (1).
(1) Nous ne connaissons pas toutes les dcliliérations des villes dont les catlioli(|ues dcNÎMics l'ont ici mention, mais nuns avons sous les \eux celles de Touhiuse, de Monlauban , d'Lzè-, d'Alais et de Saint-Gauclens.
A Toulouse, une rennioii nos breusc (rh;iLit:ints , leniic le l8 avril, avec la peruiissinn <le l'antorité ninnieipale, arrêta unaninieinenl de demanderque la religion calh^ili(|ue lût déclarée relii^ion d'Elat, que le siège ar< hiepiscupat lût conservé, ainsi <|ne les cliapiires d«- Saiiit-lUienne et de Sainl-héveriii, toutes les cures et annexes, les séminaires, tous les établissements ecclésiastiques du diocèse et toutes les communautés des deux sexes; les ollieieis municipaux étaient pries de suspendre les opérations dont ils pourraient être eliarjés relativement aux maisons religieuses. Celte delibciation elait signée pat cent quatre-vingt-neuf liabilants île tous tiats, parmi le.vqnrls étaient vmgtneut ecelrsinstiques. Des réclamations et ««tresses lurent rédigées dans ce sen- tt signées, outre les |):é«'edents, par plus de oirze cents liabilauls. Des actes si legili'aes et laits îrés-paisiblemrnt, iloniiènnt cependant lieu a des reclierc lies et à des procédures contre les sitju.aaires.
A ftloiilauban, les catholiques l'oruiant la majorité Uc la population, réclamèrent contre le décret du 13 avril et contre la vente de> biens du cli rjjé.
A Liés, les cailioliiiuo, adhérant aux pétitions de rS'iaies el d'Alais, ikn:;!n-
Ji est triste de dire que les délibérations et adresses des calIiolif|ues de Nîmes servirent de prétexte à d'horribles excès. Elles furent dénoncées par les Jacobins et les protestants du pays. On prétendit que les prêtres et les aristocrates excitaient la (guerre civile dans le Languedoc. On répandit des pamphlels propres à échauffer une partie de la population contre Tauire. L'As>emblée eut le tort d'accueillir les bruits propagés par des hommes exaltés. Un rapport du comité des /ecZ/erc/ze.? demanda que les signataires des délibérations de Nîmes et d'Czès fussent privés des droits des citoyens actifs. A Nîmes, les factieux, renforcés par les protestants arrivés des villages environnants et des Cévennes, se portèrent inopinément, le H juin, au couvent des Capucins, dont on prétendait que les catholiques voulaient faire une citadelle pour opprimer les protestants. Ils pillèrent tout dans ce couvent, dévastèrent l'église, enlevèrent les vases sacrés, et n'écoutant que leurs fureurs, ils massacrèrent quatre pauvres religieux, deux frères et deux jardiniers. Les Capucins étaient les pères Benoît de Beaucaire, Simron de Souilhac, Séraphin et Célestin, de Nîmes (l), et Fidèle d'Annecy ; celui-ci avait quatre-vingt-trois ans et était sourd et aveugle,
lièrent, le 2 m.ii. que la n-ligioii catholique fût déclarée religion de l'Etat, que le 'siège épiscopal, le tiiapilre et les élahlissinients religinix d'Uzès fussent conserves, et que nul tiiangeinent ne fût fait dans l'organisation du clcroe sans le contours de la puissance ecclésiastique II y avait eu le 16 février une première adresse des catholiques d'Uzès à l'Assemblée dans le même but- celte adresse, bien motivée, était revêtue de huit pages de signatures, Je maire et les oiriciers municipaux d'Uzès y adhérèrent formellement.
Ces adresses étaient précieuses à recueillir: elles consolent la fi.i dans le moment oii nous allons voir s'opérer tant de b<mleversements. Elles sont consignées dans les écrits du temps, notamment dans le Recueil des diirlarations et protestations des députes des tiois ordres aux Etats-généraux, in-40 publié, en 1814, par le marquis de Clermont-Saint-.lean ; dans ia Collection ecclesia tique publiée sous le nom de l'abbé Birade, par l'abbe Guillon, tome XIV, p:<ge 15i et suiv. ; dans le Journal ecclésiastique de Barruel, et dans le recueil de pièces imprimées sur les décrets de l'Assemblée constituante, 34 vol, in-S^.
(1) Suivant l'abbé Guillon, dans ses Martyrs de la Foi, Séraphin et Célestin n'étaient que novices. Il y eut plusieurs autres catholiques de Nice massacrés à la même époque.
A.NMii: 17yo. 439
il lui haclK' il;ins son lil. Les aiilres rurenl lues dans l'église où ils s'éiaicul réfugiés. Les aulrcs couvcnis de la ville furent aussi livrés au pillage; mais les religieux avaient eu le temps de se retirer ailleurs. Enviion cinjj cenismaisons furent pillées, toutes appartenantà descalholi(|ues. l)(puis, les protestants ont cherché à pallier ces violences et ces atrociiés; mais leurs efforts n'ont pu obscurir la vérilésnrdes faitsaussi publics etaussiconnus(l). En vain les aniisde Tordre réclamèrent la piniiiioii des coupables 5 les patriotes de l'Assemblée les prirent sons leur protection; ils firent également absoudre les auteurs des désordres qui avaient eu lieu dans le même temps à Mon- (anban (2). Toutes les rigueurs tombèrent sur ceux-là même qui avaient été les victimes. Ce n'était là que le prélude d'une persécution qui devait bient(k s'étendre à toute la France (3).
(1) Le prott'staiil Renjniniii Constant fit insérer, dans la vingt-liulliènie livraison (!<• la Miitci\'e en 1S18, un écrit, oii il dit que les <leux partis se livrèrent à d'inexcusables excès; on lui répondit par une lettre à M, Benjamin Connant , imprimée à Tarascon en ISlrf: l'auteur y rétablit les faits, et prouve (juc dans les scènes qui avaient eu lieu à Nîmes en juin 1790 toutes 1rs victimes étaient d'un coté, et tous les assassins de l'autre.
(2) Voyez ['f/i^toirr des crimes de la réi'oltitioii, par rrudliomnie, l. III et le Mctnoire historique et politique sur le massacre des catholiques de Ninies, les 13,14, 15 et \G juin 17!)0 ; Nice, \'[)0, par Froment. Les recueils périodiiiues du leiiips, et spécialement le Meicure de France, que redigeail alors Ma!let-I)npan, donnent des détails curieux sur les troubles du Midi et sur 1< s disiussions de l'Assemblée qui s'y rapportent.
(3) [[Nous avons placé dans ce volume tes evcne.nents des premiers mois de 17!J0, parce qu'ils ont plus de rapport avec ce qui précède; au lieu que les événements dis derniers nio s <le la même année inllneiit plus directement sur ce qui nous reste à raconter. I/bisloire de l'Assemblée constituante, en ce qui toudie le clergé, ])eut se diviser en deux époques : la première, que nous avons parcourue, a surtout |)our resullat rexpri|>riation du clergé ; la seconde, à partir de juin 179 », a pour principal <d»iet la constilulion civile imposée au clcr;;c, et ses funestes conséquences.])
Um CllltOMILOfilOl E
DES ECRIVAINS DU DIX-miTlÈME SlECLE
CONSIDÉUÉS