‹ Mémoires pour servir à l'histoire ecclésiastique pendant le dix-huitième siècleChapitre 10 sur 14 · ART. TIF. PHILOSOPHES · texte numérisé non relu

ART. TIF. PHILOSOPHES

2% août. — Jean Hctchinson, philosophe anglais, né en 1674, est auteur d'un système singulier. 11 publia, en 1725, la première partie de ses Principes de Moïse, et en 17-27, la seconde, où il croyait avoir fait entrer la subs'ance de la philosophie de l'Ecriture. Il prétendait que la Trinité était représentée dans les trois grands agents de l'univers , le feu, la lumière et l'esprit , et que toutes les connaissances naturelles et théologiques étaient renfermées dans les écritures hébraïques. Il trouvait dans chaque racine hébraïque des sens et des représentations de choses intellectuelles. Enfin, ii expliquait tout par l'hébreu. C'était un esprit ardent, original, bizarre, el doué de plus d'imagination que de jugement. Sou système théologico-philosopbtnue, tout singulier qui est, a eu néanmoins des partisans en Angleterre. Les plus célèbres sont Calcul, Baie, Jones et l'évèque Home. Ses OEuvrex ont été publiées, en 1718, en M vol. in-8°. Il voyait une

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foule de choses dans les chérubins de l'arche d'alliance, et interprétait tout comme des emblèmes et des hiéroglyphes. Ses disciples ont été appelés de son nom hutchinsoniens. Il ne faut pas le confondre avec Hutcheson, autre philosophe anglais et fondateur de l'école Ecossaise.

Novembre.— Benoît de Maillet, consul-général de France en Egypte, né en Lorraine enlCu9, mourut à Marseille, après avoir composé sous le nom de Tellianed, des Entretiens sur la nature du globe et l'origine des hommes. 11 nous fait sortir du sein des eaux (voyez le corps des Mémoires, t. n. p. 217). Ses Mémoires furent mis en ordre par Jean- Antoine Guer, avocat, né en Savoie en 1713, cl mort à Paris eu 1764. Celle première édition parut en 1748. La seconde , augmentée d'une vie de l'auleur, vit le jour en 1 7r>o . par les soins de l'abbé Je Mascrier.

[[Francis Hutciieson, naquit en IrlanJe le 8 août 1G94, et eut pour père John Iluicheson, ministre protestant. H lit ses études à Glaseow, et, après avoir enseigné quelque temps à Dublin , il fut rappelé à Glaseow pour y occuper la chaire de philosophie morale. Ses écrits sont au nombre de six : 1° Logicœ eompendium; 2° Synopsis metaphysicœ; 5° Pliilosophiœ Moralis institutio compendiaria; A0 Recherche sur le type de nos idées du bien et du beau; 5° Essai sur lu nature et la direction des passions et des affections, avec des éclaircissements sur le sens moral; 6° Système de Pltylosophie morale. Ces trois derniers ouvrages furent écrits en anglais. Le quatrième et le sixième ont été traduits dans notre langue. Hutcheson avait un espiit élevé et pénétrant; et il jeta dans son enseignement et dans ses ouvrages, les principes du système qu'adopta plus tard l'Ecole de Philosophie connue sous le nom d'Ecole Ecossaise. Il mourut à Glaseow, en 1747, à l'âge de 53 ans.]]

9 juin. — Jean Barbeyrac, publiciste protestant, né à Béziers en 1694, fut professeur de droit et d'histoire à Lausanne, en 1710, puis à Groningue, 1717. Il avait d'abord étudié la théologie, mais il la quitta pour le droit public, sur lequel il a beaucoup écrit. Nous ne citerons de lui qu'une traduction des sermons de Tilloison, en 6 vol. et un Traité de la morale des Pères, 1728, in-4° contre D. Ceillier, qui avait réfuté ce que Barbeyrac en avait dit dans sa préface sur Puffendorf. Barbeyrac y parle as>ez nul d^s Pèns, de leur éloquence, do leur dialectique, et des allégories qu'ils trouvaient dans l'Ecriture.

D. Ceillier lui a répondu de nouveau dans son Histoire générale des auteurs sacrés, ainsi que l'Anglais Guillaume Rëewes. La Biographie universelle suppose qu'il mourut en 17:29. Nous croyons que c'est une erreur.

9 juin. — Luc de Clapiers, marquis de Vauvenargues , oflicier au régiment du Roi, né à Aix en 1713 , mourut à 52 ans avec la constance et les sentiments d'un philosophe chrétien. Il semble, dit un de ses éditeurs, M. de Fortia , qu'il eût une sorte d'animosilé contre Baule. Il y a dans ses ouvrages une fort belle Méditation sur la foi; elle finit par une Prière à Dieu et à son Christ. Le Viscours contre les mœurs du siècle est du même Ion, et finit par une Prière au Fils de Dieu. Ces écrits, et quelques autres, sont d'un cœur sincèrement chrétien. C'est donc contre toute vraisemblable qu'on a voulu faire de lui un incrédule. Plusieurs passages liès-préci-. démentent cette imputation gratuite de l'académicien qui a donné, en 1806, une nouvelle édition des OLuvres de Vauvenargues, et une notice sur ce jeune oflicier.

11 avril. — de la Serre, officier, se trouvant à Mastricht en

1748 , et y ayant été attaqué de la maladie dont il mourut, appela le pasteur Vernède, et dressa, !e 10 avril, vei le de sa mon, une déclaration portant qu'il était l'auteur de [Examen de la religion, attribué à Saint- Evremont, ouvrage qui était, ajouta- l-il, le fruit d'une imagination échauffée et enivrée dans le libertinage. On trouve celte déclaration à la suite d'une letne du pasteur Yernède, dans la Bibliothèque raisonnée, t. xli, p. 470. VExamen parut en 1745 et 1761, sous les noms de Saint-Evremont et de Gilbert Burnet. Il n'est ni de l'un ni de l'autre. (Article extrait du Dictionnaire des ouvrages anonymes, t. III, p. 88.)

1 1 avrUM —Jean-Jacques Bdrlamaqci, publiciste, né à Genève en 1004, professa le droit dans celte ville. Ses Principes du droit naturel et politique virent je jour en 1754. Il y est trop favorable aux droits des peuples. Félice a continué et augmenté cei ouvrage sous le litre de Principes du droit de la nature et des gens (Grimm, dans sa Correspondance, dit que Fortunato Félice était un Récollet italien qui avait quitté le froc ei l'église romaine , et s'était fixé à Berne, où on l'avail l'ait professeur). 11 y a aussi ajouté de nouvelles erreurs, et parle fort mal, dit Feller, de la religion catholique.

9 décembre. — Pierre Ciannom:, né au royaume de Naples vers

1680, esi auteur de V Histoire de Naples. 11 n'y esl pas favorable aux Papes, au clergé, ei même à la religion. On a imprimé, à Amsterdam, en 1738, des Anedoctes ecclésiastiques, tirées de son Histoire. On les attribue à Jacques Vernet. Il ne faut pas les confondre avec celles de Jaubert et Dinouart. Depuis la mort de Giannone, on a publié ses Œuvres posthumes, qui contiennent sa profession de foi. Joseph San- Felice , jésuite , a réfuté Giannone dans ses Réflexions morales et Ihéologiques , imprimées en italien à Rome , sous le nom de Cologne, en 1728.

8 mars. — Nicolas Fréret, littérateur et érudit, naquit à Paris en 1638. H fui un des membres les [dus laborieux de l'Académie des inscriptions el belles-lettres, et composa plusieurs Mémoires curieux cl plusieurs dissertations savantes. II est bien reconnu aujourd'hui qu'il n'est point auteur de YExamen critique des apologistes de la religion chrétienne, publié sous son nom en 17G7. Fréret pensait et écrivait sur la chronologie des Chinois et sur celle de la Bible, lout autrement que Pau eur de ['Examen, comme on le voit par un Mémoire qu'il lut à l'Acadéune en 170:2. 11 avait fait une éimie approfondie de la chronologie , et composa des dissertations sur l'histoire des plus anciens peuples. 11 ne fait remonter cel'e des Egyptiens, la plus ancienne de loutes, qu'à 2900 ans avant Jésus-Cbti*t. Dans un Mémoire sur la chronologie chinoise , il démontie également qu - l'histoire de cet empire ne lemonte point au-delà de l'an 2375 avant Jésus-Christ, el par conséquent qu'elle s'accorde avec le récii de Moïse. De tous les ouvrages philosophiques attribués à Fréret, le seul dont il so.t véritablement l'auteur, est la Lettre de Trasybule à Leucippe. Encore cette lettre, étant posthume, a-l-clle pu être altérée par quelque éditeur, comme elle l'a été par Naigeon dans V Encyclopédie méthodique. Fréret, dit-on, écrivit celte lettre en 1722: or, en 1722, on ne s'exprimait point sur la religion du ton employé dans la lettre. Fréret, dans plusieurs de ses Mémoires, parle tout autrement. Ainsi, dans des 06servations sur le mol Dunum, nous remarquons ce passuge: « To'and, » que l'indécent c avec laquelle il attaquait la religion a rendu célèbre, » n'avait que de la hardiesse avec une médiocre érudition, sans au- » cime justesse d'esprit et sans aucune critique. » El plus bas : « Aux » livres des évangélistes il voulait substituer le prétendu évangile de ») saint Barnabe, conservé, disait-il, par les mahométans. Car tous ces » libres-penseurs, ces frce-lhiockers, du nombre desquels était To- » land, ne sont pour l'ordinaire ni meilleurs raisonneurs, ni même de » meilleure foi que les partisans de la crédulité superslitii use, et que » les défenseurs des fausses légendes. Tolamlen a été convaincu plus

» d'une fois. » Cette manière de s'exprimer n'annonce pas dans Fréret un ennemi aussi décidé de la religion qu'on le suppose. Barbier dans l'examen critique donne de nouvelles raisons pour attribuer cet écrit à Fréret; le baron de Sainte-Croix était du même avis. Voyez son éloge par le Deau, t. XXIII des Mémoires àe V Académie des inscriptions.

2-2 mars. — Jean-Pierre de Crousaz, ministre protestant, né à Lausanne en 1603, Fut successivement professseur de philosophie à Lausanne et à Groningue, et gouverneur du prince de liesse- Casse!. Il revint mourir dans sa patrie. Il était théologien, littérateur et philosophe, et jouissait, au dedans et au dehors de sa communion, d'une réputation méritée par ses connaissances et son caractère. Ses principaux ouvrages sont : Examen dupyrrhonisme ancien et moderne, où il réfuie Bayle; Examen de l'Essai sur l'homme, de Pope, et de la lia ludion de l'abbé du Besnel ; Examen du Discours sur la liberté de penser, de Collins; Sermons. Il était venu en France, où il s'était lié avec les gens de lettres les plus distingués, entre autres avec Malebranche, qui avait essayé, dit-on, de le ramener à la religion catholique. Il y eut à Lausanne, sous son second rectorat, des disputes sur la signature du Consensus, ou formulaire de doctrine des Eglises protestantes de Suisse. Voyez les Mémoires pour servir à l'histoire des troubles sur celle signature, en 1726.

28 juillet. — Thomas Gordon, Ecossais, est auteur de quelques mauvais ouvrages en faveur de l'irréligion, comme le Cordial pour les esprits forts, en 3 vol. ; les Piliers de la supercherie sacerdotale et de l'orthodoxie ébranles. Le titre de ces pamphlets en annonce le ton.

A~'ôl

9 février. — Henri-François d'Aguesseau , chancelier de France, naquit, en 1608, à Limoges, dont son père était alors intendant. Il fut formé à la fuis par son père à l'amour de la religion, et aux connaissances nécessaires à l'état auquel on le destinait. Etant entre dans la magistrature, il fut avocat général, puis procureur général au parlement de Paris. Il s'y montra défenseur très-zélé des libertés de l'église gallicane, et sollicita avec ardeur la suppression de quelques brefs de Clément XI, qu'il regardait comme conlraires à nos maximes au moins dans la forme. On dit sans fondement dans la Biographie universelle qu'il parut menacé d'une disgrâce absolue à cause de sa résistance à l'enregistrement de la bulle Unigcnitus. Nous

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n'avons point Itouvc tic irace de ce fait. Le journal de l'abbé L'orsanne, si minutieux (railleurs, si attentif à noter (ont ce qui est favorab'e à sa cau'-e, ne fait point mention d'une telle résisiance, et Ton v voit que la bulle passa au parlement sans aucune difliculté. Personne n'argumenta sur le fond. Les conseillers, qui passaient pour les plus favorables aux jansénistes, furent de l'avis de l'enregistrement, et l'abbé Pucelle lui-même opina dans ce sens. Ce ne fut que sous la régence que d'Aguesseau fui disgracié. Ayant été nommé chancelier en 1717, il fut exilé l'année suivante à cause de son opposition au système de Law. Rappelé en 1720, il fut exilé de nouveau en 1722, et rappelé en 1727. On a 'lieu de croire qu'en avançant en âge, ce grand magistral prit, sur plusieurs points, des sentiments différents de ceux qu'il avait professés dans sa jeunesse, et le chancelier lie pensa pas toujours comme le procureur général. Il avait donné, sur les matières ecclésiastiques, sa confiance à l'abbé Couet, et parut revenir avec lui à des sentiments plus favorables à la paix de l'Eglise. En 1720, il montra du zèle pour l'extinction des divisions, et il dressa lui-même la déclaration du i août contre les opposants. Il mérita encore leurs reproches par la part qu'il prit à la soumission du cardinal de Noailles, et Dorsanne le compte parmi ceux qui sollicitèrent ce prélat de se désister de son appel. Le chancelier ne contribua pas moins à la déclaration du 24 mars 1730, et exposa au parlement les motifs de cette loi. Chargé, à différentes fois, de répondre aux remontrances du parlement sur les maiières ecclésiastiques, il s'expliqua toujours dans le sens le plus favoiable à l'autorité de l'Eglise et à celle du souverain. Lors des refus des sacrements, il blâma les juges qui s'en attribuaient la connaissance, ainsi qu'on le voit par des lettres au parlement de Guyenne, en 1751 et en 17 il ; et les Nouvelles ecclésiastiques rapportent plusieurs lettres semblables dans lesquelles il défend les vrais principes, et montre que sur ces matières purement spirituelles, il convient de laisser à l'Eglise tous ses droils. Il revint aussi de ses préventions contre plusieurs corps qu'il ne juge pas toujours favorablement dans ses écrits, et il leur donna des preuves de son estime et de sa confiance. Ce changement était d'autant plus important à noter, que la plupart de ceux qui ont parlé de d'Aguesseau, ont omis, peut-être à dessein, d'en faire mention. On ne voulait pas perdre un tel suffrage, et on a continué de le compter pour soi, lors même que l'on savait combien ses sentiments avaient changé. En 1750, d'Aguesseau, accablé d'infirmités, donna sa démission de sa place de ehmcolier, et vécut dans la retraite. Il avait toujours été très-religieux, s'était interdit le théâtre dès sa jeunesse, et il ne passa jamais un jour sans faire une lecture dans la Bible qu'il s'éhtit par-là rendue très-familière. Il avait étudié à fond les preuves de la vérité du christianisme et de la divinité de Jésus-Christ, et il s'était convaincu, comme il le dit lui-même, que ia religion est la vraie philosophie, que ses préceptes sont la route assurée pour parvenir au sou-

DES ECRIVAINS; ({Toi.; 481

vetain bien qu'elle seule peut îioms faire trouver, et que c'est elle qui doit animer tous nos travaux, qui en adoucit la peine, et qui peut seule les rendre véritablement villes. Devenu très-infirme dans ses dernières années, il ne s'occupait plus, dans ses douleurs, qu'à faire usage des passages de l'Ecriture qui pouvaient convenir à son élat, et qu'il savait par cœur. Il mourut dans ces sentiments de religion, et voulut être enterré modestement à Auieuil. Ses Œuvres ont été publiées en 15 vol. in -i° par André, qui avait été son bibliothécaire (André, précédemment de l'Oratoire, est auteur d'une lettre à l'abbé Prévost, sur les Missions du Paraguay, 1758, d'une Réfutation de l'Emile, 1762; de la Divinité de la religion chrétienne vengée des sophismes de Rousseau, 17(33; (c'est la continuation de l'ouvrage précédent.) de l'Esprit de Duguet, 1 764, et de la Morale de l'Evangile en forme d'élévation éi Dieu, 1786. André est mort pendant la révolution). Elles renferment beaucoup de choses étrangères à la religion, et nous n'en citerons que ce qui a rapport à l'objet de nos Mémoires. Ainsi, le premier volume contient des Instructions que ce magistral adressait à son fils. Il y parle de la religion en homme aus-i pieux qu'éclairé, et il instruit son fils de ses devoirs à cet égard. Dans le XIe volume, on trouve des Méditations sur la justice, qui sont pleines des principes les plus sages et les plus lumineux. La métaphysique en est toujours d'accord avec la religion. L'auteur y réfute Hobbes et les pyrrhoniens , et se déclare pour les idées innées. Cet ouvrage, dit l'éditeur, doit assurer à M. d'Aqucsseau une place distinguée parmi les apologistes de la religion chrétienne. Le tome XII s'ouvie par trois Lettres sur la création. D'Aguesseau croit que les anciens philosophes ont pu la connaître. Dans plusieurs des lettres suivantes, il y a de belles idées sur l'existence de Dieu, sur l'immortalité de l'âme, sur la liberté et sur divers autres sujets de métaphysique. La doctrine de d'Ague-seau sur tous ces points est aussi saine qu'élevée. Il y saisit toutes les occasions de montrer son attachement à la religion, rapporte tout à elle, les lois, la morale , la métaphysique, et la regarde comme la source et le complément de toutes nos connaissances. A la suite des lettres, est un morceau d'une assez grande étendue, qui a pour titre : Réflexions diverses sur Jésus- Christ, ou Caractères divins de Jésus- Christ dans sa doctrine et dans ses œuvres. C'est une espèce de concorde des évangélistes, ou plutôt ce sont des réflexions sur la concorde. C'est une esquisse que l'auteur paraît avoir tracée pour lui-même. Il n'y entre point dans la controverse, et ne s'y livre point à de froides spéculations. On voit qu'il cherchait à fortifier sa foi et à nourrir sa piété. 11 s'attache sans ces^-e a. faire ressortir les traits de divinité qui éclatent dans les actions et dan- les paroles de Jésus-Christ. Le XIIIe et dernier volume, qei ne fut publié qu'en 1789, renferme un Discours au chancelier sur la vie et la mort de M. d Aguesseau, le conseiller d'Etat, son père, et des Mémoires historiques sur les affaires de V Eglise depuis 1007 t. ut. 51

jusqu'en 1710, avec des pièces analogues. Le Discouru respire une vénération filiale qui touche, et en même temps je ne sais quelle odeur de sagesse, de raison, de religion et même de piété. Les Mémoires sont d'un magistrat très-attaché aux usages de son corps, très-chatouilleux sur nos maximes, très-soupçonneux sur tout ce qui venait de la cour de Rome. D'Aguesseau lui fait quelquefois des querelles sans beaucoup de motifs, et ne se montre pas toujours équitable envers elle. Jeune encore, tout fraîchement imbu des prérogatives et des prétentions de la magistrature, il n'avait pas encore senti, comme il le lit par la suite, que le repos de l'Eglise ne pouvait se trouver que dans le respect et l'attachement des fidèles pour le père commun. D'Aguesseau paraît dans ces Mémoires, tel que le duc de Saint-Simon le dépeint dans les siens, attaché aux plus petites formes, et minutieusement occupé à suivre toutes les maximes de son corps. Ne lui en faisons plus un crime, puisque dans la suite il revint à d'autres Idées. Mais observons que dans ces mêmes Mémoires, il laisse voir ce qu'il pensait des jansénistes. Il ne fait aucune difficulté de les appeler des novateurs et des révoltés, et son éditeur le gourmande même à ce sujet. Il appelle D. Thierri de Viaixnes, l'auteur du Problème ecclésiastique, un janséniste des plus outrés, et il parle de l'affectation de ce parti à traiter toujours le jansénisme de fantôme. Une autre chose remarquable dans ces Mémoires, c'est l'attention qu'avaient alors les parlements à régler leurs démarches sur les ordres du prince. D'Aguesseau et ses collègues ne font point un pas un peu important sans y être autorisés, et leur déférence pour Louis XIV contraste étrangement avec la conduite qu'on tint depuis avec son successeur. L'expérience a fait assez voir combien il eût été à désirer, pour le repos de l'Eglise et de l'Etat, qu'on n'eût pas laissé le parlement s'écarter de la ligne qui lui avait été tracée par la sagesse et la fermeté d'un grand monarque. Il est bon de prévenir, en finissant, qu'en tète de ce XIIIe volume l'éditeur a placé un Avertissement, des Remarques et des Extraits dont il doit être seul responsable. André, qui n'avait pu insinuer ses idées dans les précédents volumes, a voulu apparemment s'en dédommager dans celui-ci, qui l'ut publié en 1789, Il y a inséré des réflexions et des opinions qui n'ont aucun rapport avec son sujet, et qui n'ont d'autre but que d'insinuer, les principes de son parti. Il prétenJ que plusieurs de ces Remarques et Extraits ont été trouvés dans les papiers du chancelier, et il veut bien convenir néanmoins que cela ne prouve pas que telle fût la doctrine de ce magislr.il. C'était , dit-il, ou des extraits cjuil faisait de ses lectures, ou les réponses de théologiens et de jurisconsultes qu'il avait consultés. J'ai peine à croire que l'éditeur luimême n'y soit pas aussi pour quelque chose. Le plus pur jansénisme respire dans ces Extraits. Les miracles mêmes du diacre Paris y sont mentionnés avec honneur. On y débite toutes les maximes les plus chères au parti, Vous y lirez, par exemple, que le plus grand nombre

des pasteurs, qui a le Pape à sa léte, possède à la vérité une plus grande autorité de juridiction, mais non une plus grande autorité en genre de persuasion : distinction fausse, ridicu'e, inconnue à l'antiquité, et manifestement inventée par le besoin. Enfin le ton aigre et tranchant de la plupart de ces Extraits, aurait dû les faire exclure d'une colleciion à laquelle ils ne tiennent par aucun côté, dans laquelle ils sont doublement déplacés, et où ils conirastent avec la réserve ci la modération de l'illustre auteur, à l'abri du nom duquel on semble vouloir les faire passer.

11 novembre. — Julien Offray de La Mettrie, médecin, naquit à Saini-Malo en 1709. Ayant été obligé de sortir de France pour son Histoire naturelle de V âme , il se retira en Hollande, puis h Berlin, où il continua d'écrire en laveur du matérialisme. C'est à son sujet que Voltaire disait, dans une lettre du 6 novembre 1750 : « La Mettrie » vient de faire, sans le savoir, un mauvais livre, imprimé à Posldam, » dans lequel il proscrit la vertu cl le remords, fait l'éloge des vices, » et invile son lecteur à tous les désordres. Ily a dans son ouvrage » mille traits de feu, et pas une demi-page de raison. Des gens sen- » ses se sont avisés de lui remontrer l'énormité de sa morale. Il ne » savait pas ce qu'il avait écrit. » On recueillit à Berlin ses Œuvres, en 2 vol. Elles renferment le Traité de Vàme; Y Abrégé des systèmes; le Système d'Epicure; Y 'Homme machine ; Y Homme plante; les Animaux plus que machines; Y Art de jouir, etc. Ces écrits respirent un épicuréi>me grossier. La mort de La Mettrie fut digne de sa vie. Voltaire, qui se trouvait aussi alors en Prusse, nous apprend qu'il mourut d'une indigestion, pour avoir voulu manger, par défi, un pâté aux truffes tout eniier. On a dit qu'il avait reconnu ses erreurs à sa mort ; le fait ne paraît pas constant. Voltaire, qui n'en parle que comme d'un brave athée, d'un gourmand célèbre et d'un fou, ajoute qu'il « laissé une mémoire exécrable. Voyez sa Correspondance générale, en 1751 et 1752.

15 novembre. — Henri Saint-Jean, vicomte Bolingbroke , né en 1672, de parents dissidents, se lit de bonne heure anglican. La Biographie britannique avoue les désordres de sa jeunesse. 11 entra dans la Chambre des Communes en 1702, devint secrétaire d'Etat en 1704, donna sa démission en 1707, fui rappelé en 1710, et prit beaucoup de part à la paix d'Ulrecbt. On l'en récompensa par les honneurs de la pairie. Disgracié en 1714, à l'avènement de la Maison de Hanovre, il se retira en France l'année suivante. Il refusa d'abord de se joindre au prétendant qui résidait alors à Bar en Lorraine ; mais il alla peu après à sa cour, et y prit même les sceaux. On le déclara en Angleterre, le 10 septembre 1715, convaincu de haute trahison. Presque dans le même temps le prétendant l'accusait de son côté de l'avoir fort mal servi, cl lui ô!a sa place de secrétaire d'État. Bolingbroke fut fortement soupçonné d'avoir trahi ce prince pour

faire sa paix avec le nouveau roi d'Angleterre, et sa réputation en est resiée entachée. Il se réconcilia en effet avec le gouvernement anglais, et retourna dans son pays en 1723. Il avait épousé, en France, la veuve du marquis de Viîlelté. Sa conduite politique changea encore plus d'une fois, et lui attira quelques désagréments. Il se i élira des affaires en 1735, revint en France, et retourna enfin en Ang'elerre. La collection de ses œuvres, pur Mallet, renferme les Lettres sur V étude de l'histoire ; les Lettres à Pope sur la religion et la philosophie; les Lettres à M. de Pouilly, elc. « Ce dernier ouvrage est » doublement précieux,» dit M. de Lally-Tolendal , «comme étant » fort contre l'athéisme, et faible contre la religion. Sa philosophie » spéculative, sa théologie naturelle, ainsi qu'il l'appelait, ses dis- » eussions mi-parties contre l'athéisme et contre la révélation, en al- » testant des lectures immenses, offrent, suivant le même écrivain, « des raisonnements étroits, des contradictions frappantes, des sarr> casmes donnés pour arguments, des jeux de mois dans les défini— » lions les plus graves dont l'esprit humain puisse s'occuper. Pope, » dil-il encore, « après avoir célébié Bolingbroke avec idolâtrie, lui re- « pro: ha de l'avoir engagé plus loin qu'il ne voulait dans une méta- » physique obscure, ei de l'avoir fait sortir déiste, sans le savoir, du » labyrinthe où il était entré chrétien. » Nous avons apprécié ailleurs les écrits de Bolingbroke. Quant à son caractère moral, il est resté fort équivoque, et le même M. de Lally, dans le jugement qu'il a porté de cet homme extraordinaire, ne l'a pas toujours peint sous des traits honorables. Il n'est pas besoin de dire que Bolingbroke n'est pas l'auteur de VExamen important de la relie/ion, composé par Voltaire sous son nom, non plus que la de Lettre qui suit ce pamphlet dans la collection des Œuvres de Voltaire.

i4 janvier. — Georges Berkeley, évêque anglican de Cloyne, en Blinde, naquit en 1G84 dans celle île. Il se fil connaître en 1709, par sa Théorie de la vision, et en 4710, par ses, Principes des connaissances humaines. L'objet de celui-ci est de prouver que la notion commune sur l'existence de la matière est famse; que les objets matériels ne sont point hors de nous, mais qu'ils ne sont que les impressions faites sur notre esprit par un acte immédiat de la divinité. Ou en a conclu que Berkeley était un sceptique qui rejetait le témoignage dis sens. Mais dans le fait, la dis-pute ne roule pas sur la réalité des sensations, mais sur leur cause. En 1715, Beikeley appuya son système dans trois Dialogues entre llylas cl l'hilonoïts. 11 consacra

une partie de sa fortune à un projet d'établissement en faveur des Indiens el des colons d'Amérique. De retour en Angleterre, il publia, en 1752. Alcyphron, ou le Petit Philosophe, où il combattit les libres-penseurs, et établit les preuves de l'existence de Dieu sur sa nouvelle théorie de la vision. Il devint évèqne de Cloync l'année suivante, adiessa deux écrits aux catholiques de ce diocèse, et fit supprimer une société irréligieuse qui s'était formée sous le nom de Blaster s. On reconnaît qu'au milieu de ses paradoxes il n'eut jamais que des intentions louables.

— 9 avril. — Christian deWolff, philosophe allemand, né à Breslaw en 1679, se proposa Descaries pour modèle, et voulut compléter la philosophie de ce grand homme. Une harangue qu'il prononça, en 1721, sur la morale des Chinois, et où il exaltait ce peuple outre mcsuie, excita le zèle des théologiens de Halle. Ils examinèrent ses ouvrages, et après de vives altercations, Woltf fut déposé, ei banni le 15 novembre 1725. Il se relira à Casse], et ne fut rappelé à Halle qu'en 1741, par le nouveau roi de Prusse. Il mourut dans cette dernière ville, jouissant d'une grande réputation, et ayant vu sa philosophie se répandre en Allemagne. Ses écrits sont nombreux. Nous n'en citerons que sa Théologie naturelle, sa Méthode de démontrer la vérité de la religion chrétienne, el ses Considérations sur Dieu, sur /e monde et Céline humaine. (11 ne faut pas confondre cet ouvrage avec celui qui a pour litre : Meditationes philosophicœ de Deo, mundo et homine. (Celui-ci n'est qu'une brochure in-8° de 48 pages, qui parait être de 1717. Elle fut supprimée avec grand soin, et l'auteur (Louis Théodore Làu) obligé de sorlirde Francfort. Vogt dit qu'il mourut à Hambourg, en 1740. On a réimprimé ces Méditations, en 1770, avec une traduction française, sous le titre de Kcenigsberg, pour formelle tome vm de la Bibliothèque du bon sens portative. On trouve en tète du volume une notice sur la vie de l'auteur. (Extrait du Dictionnaire des ouvrages anonymes, lomc iv.) On assure que Wolff était attaché à la religion, quoiqu'il ail élé quelquefois accusé de ne lui être pas favorable, et une lettre d'un jésuite allemand assure même qu'il mourut catholique.

[ Nous avons déjà pailé de Wolff, sous l'année 17iG, à la suite de l'article consacré à Leibnitz, dont il avait en quelque sorte révisé toute la philosophie, pour en former un corps aussi complet que possible. La forme excessivement didactique ou dogmatique de Wo 11' eut cependant, sous plusieurs rapports, une fâcheuse influence.

48fi LISTE CHRONOLOGIQUE.

10 février. — Charles de Secondât, baron de Moniesquieu, présirfent à mortier au Pailement de Bordeaux, étail né dans eetle ville en 1689. Nous avons parlé de ses Lettres personnes sous 17^5, et de son Esprit des lois sous 1750. Ces deux ouvrages, et surtout le dernir, ont eu beaueonp de réputation. Montesquieu élanl tombé malade se confessa au P. Routh, jésuite. Celui-ci, dans une lettre au prélat Guallerio, nonce du Pape à Paris, rendit un compte assez détaillé des dispositions du président, qui, dit il, répondit à ses questions avec beaucoup de candeur et de simplicité, et lui avoua entre autres qu'il n'avait jamais été incrédule, cl que s'il avait quelquefois blessé la religion, il avait été entraîné par « le goût du neuf et du singulier,» par « le désir de passer pour un génie supérieur aux préjugés et aux » maximes communes, » et par « l'envie de plaire et de niétiter les » applaudissements de ces personnes qui donnent le ton à restitue » publique, et qui n'accordent jamais plus facilement la leur que » quand on semble les autoriser à secouer le joug de toute dépen- « danceet de toute contrainte. » Moniesquieu suivit ensuite les conseils de son confesseur, reçut les sacrements, et parut se joindre avec attention aux prières de l'Eglise. Outre les écrits que nous avons cités, il y a encore les Lettres familières de Montesquieu, qui furent publiées par l'abbé de Guasco en 1767, et des OEuvres posthumes, imprimées en 1788, dont Bernard, libraire, ex-Oralorien, mort en 1808, fut éditeur. Ces publications ne paraissent devoir ni augmenter ni diminuer la réputation de Moniesquieu. Elles montrent quelquefois en lui un amour propre extrêmement chatouilleux, mais non un incrédule.

2 mars. — Louis de Saint-Simon, duc et pair de France, né à Paris en 1675, fut en disgrâce pendant une partie du règne de Louis XIV; ce qui n'a pas contribué à le rendre très-favorable à la mémoire de ce prince. Fort attaché d'ailleurs au duc d'Orléans, il fut en faveur sons la régence. Dorsanne dit de lui, dans son Journal, qu'il fit paraître un zèle merveilleux pour les appels, et qu'il écrivait de tous côtés pour engagera appeler. Lors du refus des bulles en 1718, le Régent nomma Saint-Simon membre d'une commission pour s'occuper de celle affaire, et le même Dorsanne nous apprend que Saint- Simon ne consulta que des appelants. Ayant quitté la cour après la régence, il vécut dans la retraite, et y composa ses Mémoires, qui ne furent rendus publics qu'à la révolution. Mais avant celte époque plusieurs gens de lettres en avaient eu communication, et Duclos et Marmontel entr'autres les avaient mis largement à contribution, l'un

dans ses Mémoires secrets, l'autre dans son Histoire de la Régenre. Avec un peu plus de discernement, ils auraient dû se défier d'un guide bien éloigné d'être impartial. «Le duc de Saint-Simon,» dit un de ses éditeurs, (Mémoires du duc de Saint-Simon, à Paris, cliez Buisson, 1789, 7 vol. in-8°, y compris le Supplément.) «était foit » entiché de sa noblesse. L'austérité de ses moeurs, la franchise de son » caractère, et un certain ton tranchant qu'il affectait dans la conver- » salion, avaient rendu son commerce difficile. Il faut avouer qu'il » paraît avoir quelquefois chargé ses portraits, et que constamment » attaché à un parti, il ne ménage pas assez ceux qui lui sont con- » Iraires; ce qui lient au caractère haineux qu'on peut lui attribuer » avec quelque raison. Il est encore vrai qu'il semble avoir pris » plaisir à recueillir tous les traits de la malignité et de l'envie. » Plus loin, le même éditeur convient qu' «il ne faut pas adopter toutes » les réflexions de Saint-Simon, » que ce duc était « né avec un ca- » raclère jaloux, soupçonneux, plein d'ambition, porté à la critique » et même à la satire la plus amère, » que « ses écrits portent rem- » preinte de la passion, » et que a si sa plume distille le fiel, ce » qu'elle a de trop hardi, de trop douteux, de faux même, oblige de » ne croire le reste qu'avec beaucoup de précaution. » Ce portrait de Saint-Simon ne paraîtra pas trop chargé à quiconque aura lu ses Mémoires avec les yeux d'une sage critique. ( Marmontel lui-même, quoiqu'il n'ait guère fait que copier Saint-Simon, en le mettant en meilleur fiançais, avoue que « la haine dans ses » Mémoires « distille » le plus noir venin. » Il le peint « avec cette partialité qui exagère » tout à ses yeux, et lui fait tout louer ou blâmer sans mesure, avec » celte vanité si faible, avec ce caractère souvent si passionné, avec » celle bile envenimée qu'il répand à grands flots sur tous les objets » de sa haine ou de ses fiers ressentiments, avec cet inlétèt per-

» sonnel qui le domine » Quels éloges pourraient faire passer

de tels défauts, et comment expliquer que Marmontel, après avoir porté ce jugement de Saint-Simon, prenne néanmoins un tel guide, adopte ses écrits, el écrive, pour ainsi dire, sons sa dictée?) Comment imaginer qu'un historien ose avancer que Louis XIV ne fit jamais rien à Paris, ni ornement ni commodité, que, le Pont royal par pure nécessite ? Je ne sais s'il est une contre-vérité plus hautement démentie par l'évidence. Ailleurs Saint-Simon, par une exagération non moins ridicule, prétend que pour ce qu'avait coûté Marly, on ne dira pas trop en comptant par milliards. Nul n'a prodigué plus que lui les soupçons d'empoisonnement, el il accueille à ce sujet les bruits les plus absurdes. La manière dont il raconte les affaires ecclésiastiques n'est pas plus faite pour inspirer la confiance. Son éditeur nous apprend qu'tï a toujours vécu d<ois la plus grande intimité avec les plus célèbres du parti janséniste, et qu'il passait pour un janséniste très-rigide. A l'entendre, ce sont les Jésuites qui ont tout fait. Il reproche à M. Godet des Marais, évoque de Charlrc»,

d'avoir contribué à remplir l'épiseopat de gens inconnus et de bas lieu; c'est que Saint-Simon n'estimait que la noblesse, et ne pouvait souffrir que le mérhe conduisît aux dignités. Il fait sa profession de foi en faveur de Port-Royal. Du reste, à iravcr.- tout ce qu'il dit en faveur de celte cause, il lui échappe un aveu assez singulier. Je croit, dit-il, qu'il y a des personnes qui tiennent les cinq propositions pour bonnes et vraies, qui sont unies entfclles, et qui font un parti. Je ne pense pas que les amis île Saint Simon eussent ai prouvé qu'il nous eût f.iit celte coniiden.ee. Saint-Simon, accoutumé, comme il l'était, à dire du mal de tout le monde, ne devait pas ménageries évêques ; aussi il les traite fort mal. Malheur àceux surtout qui n'étaient pas gens de qualité. Mais le plus grand défaut de ces Mémoires, c'est la profusion des anecdotes que raconte l'auteur. I! ramasse à cet égard les bruits les plus invraisemblables, les traits les plus piquants; et comme il était a*sez méchant, on peut conjecturer, sans beaucoup de noirceur, qu'il y ajoute tme pointe de malignité en les brodant. 11 raconte, par exemple, que Louis XIV ayant reproché au duc d'Orléans d'emmener avec lui un officier janséniste, et le duc lui ayant répondu que cet officier ne croyait pas en Dieu, Louis XIV lui dit : Si cela est, il n'y a pas de mal ; vous le pouvez emmener. A qui fera-t-on croire que ce prince si décent, si mesuré dans tous ses discours, ait jamais tenu un pareil propos? Saint-Simon en prêle un aussi ridicule à Clément XI, qu'il assure avoir confié à M. Amelol ses regrets d'avoir donné la consiitution Unigenîtus, ei la violence que leTellier lui avait faite. Comment supposer qu'un tel pape se fût déshonoré ainsi lui-même en montrant sa faiblesse, et qu'il eût choisi un ministre de Louis XIV pour lui faire celle étrange confidence? Il en est de même de beaucoup d'autres anecdotes rapportées dans Saint- Simon. Le mariage de l'abbé Dubois, par exemple, est une de ces fables qu'on lui doit d'avoir été répandues, et son récit est visiblement arrangé pour divertir ses lecteurs. Quelques personnes croient aussi qu'il est faux que Dubois eût une pension de l'Anglelerre, comme Saint-Simon l'en accuse. Voyez l'article Dubois dans la Biographie universelle. Les Mémoires de Saint-Simon, malgré tous ces défauts, ont été la source où les écrivains postérieurs sont allés puiser la connaissance de l'histoire de ce temps; ce qui a accrédité tant d'erreurs, de faux jugemenis, de portraits satiriques, et d'anecdotes défavorables sur le compte des personnages les plus recommandables.

\ 1 juin. — César Chesnf.au nu Mausais, grammairien et littérateur, naquit à Marseille en 1670. Après avoir été quelque temps dans l'Oratoire, il se livra à l'enseignement. On l'a fait passer, après sa

mort, pour un ennemi de la religion. On lui attribue le Philosophe, petit écrit imprimé pour la première fo;s dans les Nouvelles libertés <lc penser, en 1743; réimprimé dans le Recueil philosophique, publié par Naigeon, en 1770; et enfin inséré p;ir ce dernier, avec des corrections, dans le Dictionnaire de la philosophie ancienne et moderne , qui fait partie de V Encyclopédie méthodique. On lui attribue encore un petit écrit du même genre, intitulé : la liaison, que Ton trouve dans le même Recueil philosophique , de Naigeon. Ce fut lui, ajoute-t on, qui publia, en 1751, le Monde, son origine cl son antiquité, que Ton croit être de Mirabaud. Mais il est bon de prévenir que ces différentes attributions n'ont pour auteur et pour garant que Naigeon, qui donne à du Marsais la gloire d'avoir été un franc athée, quoiqu'il ne puisse guère l'avoir connu (L'auteur de l'article du Marsais, dans la Biographie universelle, croit, comme nous, que du Marsais fut étranger à ces écrits philosophiques, et que les attributions de Naigeon sont sans fondement. Le même biographe représente du Marsais comme un homme tranquille qui craignait de se compromettre, et dont les principes étaient opposés à ceux des livres qu'on met sous son nom). Lancelot, ami de du Marsais, le fait auteur de la Politique charnelle de la cour de Rome, tirée de V Histoire du concile de Trente, de Pallavicini, écrit qu'on suppose avoir été composé par ordre du Régent, en 1719, pour mortifier la cour de Rome. On publia, aussi en 1758, comme de du Marsais, une Exposition de la doctrine de l'Eglise gallicane par rapport aux prétentions de la cour de Rome. On convient généralement qu'il n'est pas l'auteur de VEssai sur les préjugés, que Ton fit paraître sous son nom, et qui parait être sorti de la société du baron d'Holbach. Si du Marsais avait été séduit par les opinions philosophiques, il y a lieu de croire qu'il s'en repentit dans ses derniers moments. Il reçut les sacrements, et Voltaire écrivait à d'Alembert, le 6 décembre 1757 : Je suis fâché des grimaces de du Marsais à la mort. Du Marsais fournil à YEncyclopédie les articles de grammaire. Duchozal et Millon publièrent à Paris, en 1797, ses Œuvres, en 7 vol. in-8°. Cette édition est faite sans critique et sans choix.

9 janvier. — Bernard le Bovier de Fontenelle, membre des trois grandes académies de Paris, né à Rouen en 1057, était à la fois littérateur, philosophe, mathématicien et poète. Ses ouvrages sont nombreux. Nous ne parlerons que de ceux qui ont rapport à notre plan. Il donna, en 1087, Y Histoire des Oracles, tirée en partie de l'ouvrage de Van-Dale sur le même sujet. Elle a clé réfutée par le P. Baltus. Cet ouvrage ne donne, ni en soi, ni par la manière dont il est traité, aucun motif suffisant pour suspecter la religion de Font -

ndie. On lui attribue la Relation de l'île de Bornéo, citée par Baylc, el qui renferme une histoire allégorique et critique de l'église de Rome et de celle de Genève. Ce morceau si court ne pourrait être regardé que comme une plaisanterie, et ne saurait convaincre Fonte* nelle d'incrédulité. Fonlendle ne parle jamais de la religion qu'avec respect dans ses écrits avoués. S'il lui eût clé contraire, il aurait pu glisser de temps en temps quelques traits contre elle. Il ne l'a point l'ail, quoiqu'il fût assez porté, parla trempe de son esprit, aux allusions lines et aux épigrammes plus ou moins voilées, el qu'il les ait prodiguées sur d'autres sujets. Dans wsElogesdcs académiciens, il ne manque jamais de faire mention de leur attachement et de leur respect pour la religion, sans que sans doute rien l'oblig» àl à en parler. Voltaire, dans sa Correspondance, lui reproche d'avoir été un lâche; ce qui veut dire apparemment qu'il n'avait pas de zèle pour la philosophie. Le Moréri rapporte que le 1er janvier 1757, sans se trouver plus mal qu'à l'ordinaire, Fontenelle avait de lui-même demandé les sacrements, et les avait reçus avec une parfaite connaissance. Il dit au curé de Saint-Roch , quand celui-ci approcha de son lit, qu'il avait vécu et voulait mourir dans le sein de l'Eglise catholique. Le curé s'était entretenu avec lui quelques jours auparavant, et depuis plusieurs années Fontenelle voyait souvent le P. Bernard d'Arras, religieux Capucin. ( Le P. Bernard d'Arras est auteur des ouvrages suivants : le grand Commandement de la loi, ou le Devoir principal de l'homme envers Dieu et envers le prochain, l'Ordre de C Eglise, ou la Primauté et la subordination ecclésiastique selon saint Thomas, 1755, in-12; [supprimé par arrêt du conseil du 28 juillet 1756, parce que l'on craignit que quelques propositions de cet ouvrage ne donnassent lieu de renouveler des disputes sur des matières déjà trop vivement agitées] le Ministère de l'absolution, Paris, 1740, in-12; le Code des paroisses, MAS, 2 vol. in-12; les Ecarts des théologiens d'Auxerre sur la pénitence et l'eucharistie, 1748, in-4°; el le Ministère primitif de la pénitence enseigné dans toute l'église gallicane, 1752, in-12. Nous ignorons l'année de sa mort.) Ceux qui veulent faire de lui un ennemi de la religion, seraient donc obligés de dire qu'il revint à elle dans ses derniers temps. On sait d'ailleurs qu'il était par caractère extrêmement éloigné de toute dispute et de tout esprit de parii. L'auteur de son Srlicle dans le Moréri, l'abbé Trublet, son ami, dit : Nous ne parlons point de quelques écrits qui lui ont été attribués, la Relation de l'ilc de Roméo; une Lettre sur la résurrection du corps; un écrit sur l'infini; un petit Traité de la liberté, en quatre parties, etc. On peut douter qu'ils soient de lui, et on doit souhaiter qu'ils n'en soient pas. Il faut se rappeler qu'à cette époque les philosophes se plaisaient à attribuer à plusieurs hommes célèbres des ouvrages auxquels ceux-ci étaient étrangers, et c'est à quoi Voltaire l'ail allusion dans sa lettre à Damilaville, le 24 septembre 1706: Boulanger a bien fait de mourir il y a quelques années, aussibien que la Mcttrie,

du Marsais, Frc'ret, Bolingbroke et tant d'autres. T. LIX de ses

Œuvres, p. 478.

H avril. — André-François Boureau Deslandes, commissaire de la marine, né à Pondichéri en 1G0O, mort à Paris, est principalement connu par son Histoire critique de la philosophie, en 5 vol. Cel ouvrage n'annonce point un incrédule, comme <n l'a quelquefois supposé. L'auteur y témoigne au contraire son respect pour la religion. Voyez entre autres le IIIe vol., livre vin, cliap. 34, où il pu le très-convenablement dt' Jésus-Guis! et du christianisme. Il recommanda en mourant, dit Voltaire, qu'on brûlât son livre des Grands Hommes morts en plaisantant. On dit dans Va Biographie universelle qu'on lui attribue la traduction d'un ouvrage anglais intitulé : de la Certitude des connaissances humaines, ou Examen philosophique des diverses prérogatives de la raison et de la foi, 1741; ouvrage, ajoute-t-on, pesamment écrit, et un des mauvais livres publiés contre la religion. L'auteur de l'article Deslandes, dans la même Biographie, dit qu'il possède une relation manuscrite de ses derniers moments, par le marquis de la Sône, son gendre, qui montre que Deslandes abjura ses erreurs à la mort.

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