‹ Mémoires pour servir à l'histoire ecclésiastique pendant le XVIIIe siècleChapitre 17 sur 17 · ART. III. PHILOSOPHES · texte numérisé non relu

ART. III. PHILOSOPHES

3»wf.— Bernard Nieuwentit, médecin hollandais, né en 1634, est auteur d'une Réfutation de Spinosa, et de Y Existence de Dieu, démontrée par les merveilles de La nature. Ce dernier ouvrage surtout lut a fait beaucoup d'honneur. C'est un hommage à la Providence, que l'auteur retrouve et admire partout.

9 Waltei- Moyle, liitérateur anglais, né en 167f, écrivit

contre la religion et contre le clergé, et attaqua entre autres le miracle de la légion thébéenne et la mémoire du martyre de saint Ignace. Dans un autre écrit, il prétendit que les miracles avaient cessé de bonne heure dans l'Eglise. Il était instruit, mais satirique.

23 janvier. — Henri, comte de Boulainvilliers, né à Saint-Saire en 1658, mort à Paris, est auteur entre autres d'une Histoire des Arabes et de Mahomet, et d'une Analyse du Traité théologico-politique de Spinosa ; ( Barbier croit que cette Analyse qui parut en 4767, est faussement attribuée à Boulainvilliers). Il passait pour porter assez loin la liberté de penser; et quelques-uns des principes avancés dans ses livres l'ont fait regarder comme peu favorable au christianisme. Cependant il était lié, dit le Morériy avec les se'gneurs de la cour qui avaient le plus de réputation de piété. Il mourut entre les bras du P. la Borde, de l'Oratoire, qui assura n'avoir jamais vu personne mieux disposé à recevoir les sacrements. Il les reçut en effet avec beaucoup de marques de piété. Il est certain au reste que les Doutes sur la religion, le Diner du comte de Boulainvilliers, et les autres écrits irréligieux, publiés sous son nom, ne sont pas de lui. On lui attribue dans la Biographie universelle, le Traité des trois imposteurs, soi-disant traduit de l'anglais, sans nom de lieu, 1775, in-octavo de 102 pages. Cette attribution ne parait pas plus fondée que les précédentes. On lui reproche, dans le rnéme ouvrage, de s'être occupé sérieusement d'astrologie judiciaire, et d'en avoir fait l'application aux événements de la politique.

11 mars. — Janus-Junius Toland, déiste anglais, naquit en Irlande en 1678. Elevé dans la religion catholique, qui était celle de ses parents, il la quitta à seize ans, peut-être môme plutôt, et depuis il munira toujours un zèle ardent contre elle. Il parut quelque- temps suivre le culte presbytérien; mais on s'aperçut bientôt qu'il n'était attaché ù aucune croyance. Il parlait contre la religion dans les calés et dans les clubs. Repris de cette conduite, il donna une déclaration de foi conforme aux principes de l'église anglicane. Mais dans le même temps il travaillait au Christianisme sans mystères, qu'il publia, en 1696, à Londres, et qui lui attira l'animadversion du parlement et du clergé. Retiré à Dublin, loin de s'y tenir tranquille, Toland révolta tous les esprits par la hardiesse de ses propos et l'intempérance de sa langue. Il débitait ses maximes dans les lieux publics, et se répandait en injures contre ses adversaires. Nous avons parlé ailleurs de ses principaux écrits. Comme il se trouvait souvent dans une extrême misère, il vendait sa plume aux partis. Il affectait un grand zèle pour

la maison d'Hanover, publiait des pamphlets contre le clergé, contre le prétendant, contre les Français. Collins, auquel il faisait assez bassement la cour, n'avait pas, dit-on, une bonne idée de sa sincérité. Toland a laissé parmi ses compatriotes une mémoire peu honorable. Swift n'en parle que comme d'un misérable. Le journal intitulé le Frec-holder, dit qu'il était grossier et arrogant. C'est un problème, ajouta-l-il, de savoir si les gens de bien ont eu plus de compassion pour lui que les incrédules eux-mêmes n'ont eu de mépris. Caustique et rampant, il prodiguait la satire et la flatterie suivant ses intérêts ou ses caprices. Desmaiseaux, qui s'efforce de le justifier sur plusieurs points, reconnaît qu'il aimait les paradoxes, et que la misère lui faisait prendre la plume. Diderot, dans son Essai sur le mérite et la vertu, parle d'Asgill, de Tindal et de Toland, comme de gens aussi décriés dans leur église en qualité de chrétiens, que dans la république des lettres en qualité d'auteurs, mauvais protestants et misérables chrétiens. L'auteur même de la partie de la Philosophie ancienne et moderne, dans Y Encyclopédie méthodique, Naigeon, tout favorable qu'il est aux écrits irréligieux, convient pourtant que ceux de Toland sont en général plus superficiels que solides, plus hardis que concluants, plus remplis cCinjures que de philosophie, et qu'il a laissé en Angleterre une mémoire décriée et même odieuse. Mais en même temps cet éditeur inconséquent a traduit en français quelquesuns de ces mêmes ouvrages, les a insérés dans son recueil, et n'a pas craint d'en vanter la force et la logique.

— Jean Trench ard, Anglais, né en 1669, publia dans le London Journal, puis dans le British Journal, une suite de lettres sous le nom de Diogènes, sur divers points de religion. Ces lettres lui attirèrent des critiques, et en méritaient en effet. Il était lié avec Gordon, dont nous avons parlé (t. h, page 96). Il paraît qu'il n'était pas croyant; mais les écrits publiés depuis en France, et annoncés comme traduits de l'anglais de Trenchard, sont moins de lui que du baron d'Holbach, ou des écrivains de sa société.

20 mars. — Isaac Newton, célèbre philosophe anglais, naquit à Volstrop en 1645. 11 étudia à Cambridge, se rendit habile dans les mathématiques, et fut fait professeur de cette science en 1662. Il devint ensuite maître de la monnaie, président de la société royale, et mourut à Londres. Peu d'hommes ont joui, pendant leur vie, d'une

réputation plus étendue et plus méritée. Ce qui la lui attira, ce furent ses découvertes en mathématiques et en physique. Ses Principes mathématiques de la philosophie naturelle;— sa Théorie de la lumière y — et ses Leçons d'optique, attestent son génie, et prouvent en même temps sa croyance religieuse. Il termine le premier de ces ouvrages par un beau morceau sur Dieu et ses attributs ; et Cotes, son traducteur, a regardé les Principes eux-mêmes comme un rempart élevé par Newton contre l'athéisme et l'irréligion. Un traité d'optique ne semblait pas lui offrir d'occasion de parler de Dieu ; mais ce grand homme trouve encore moyen de faire voir ses sentiments dans deux passages, qui sont des témoignages précieux de sa croyance, et que nous regrettons de ne pouvoir citer ici. On publia, en 1736, quatre lettres inédites de Newton à Bentley, qui avait consulté Newton sur un argument des matérialistes. Newton, dans ses lettres, qui sont de 1692 et de 1693, montre que le système du monde n'a pu éire formé que par un auteur intelligent, et ne peut être soutenu que par une force divine.

Les ouvrages précédents de Newton n'avaient pas un rapport direct avec la religion ; mais il en a composé d'autres qui manifestent encore mieux ses sentiments. En 1727 parut sa grande Chronologie des anciens royaumes corrigée. Il dit dans sa préface, qu'il a fait cet ouvrage pour rendre la chronologie conforme à l'ordre de la nature, à l'astronomie, à l'histoire sacrée et à Hérodote. On voit dans ce livre combien l'Ecriture était familière à Newton. 11 cite très-souvent les prophètes. Il se moque des longs règnes que les anciens, et surtout les Egyptiens, assignaient à leurs rois dans leurs histoires. Tout son langage décèle son respect profond pour nos livres sacrés. Il dit dans un endroit que l'histoire sainte, depuis Abraham jusqu'à Salomon, ne permet pas d'admettre un conquérant tel que Sésostris ; ce qui montre qu'il regardait la Bible comme un monument certain d'après lequel on devait juger des faits rapportés dans l'histoire profane. Il appelle nettement des impies ceux à qui l'écrivain sâcré donne ce nom ; Manassés, par exemple.

Enfin, il est un livre de Newton, qui a encore un rapport plus direct avec la religion. Ce sont ses Observations sur les prophéties de Daniel et de saint Jean. Voltaire a dit que sur ce livre il aurait fait mettre Newton à Bedlam, maison des fous. On a répété cet arrêt. Mais il est probable que ni Voltaire ni les autres n'avaient lu ces Observations ; et ce qui achève de le faire croire, c'est qu'ils ne parlent jamais que de l'Apocalypse, tandis que les Observations sur Daniel ne méritaient pas moins d'être remarquées. Elles sont mêmes plus étendues que celles sur saint Jean, et renferment les mêmes applications. Reprocherait-on à Newton d'avoir essayé d'expliquer quelques parties de l'Ecriture? Ce travail prouve, au contraire, son attachement au christianisme. Trouverait-on ridicule qu'il eût cherché à expliquer l'Apocalypse ? Mais de grands hommes l'ont essayé avant lui. Bossuet ne

LISTE CilKONOLOGIOl'E

s'est poim déslionoré par un travail semblable. L'Apocalypse, quelque mystérieux que soit ce livre, renferme beaucoup de vérités importantes, que Ton peut chercher à découvrir. Newton a proposé ses idées, qu'il est libre a chacun de contester ou d'admettre. Il a cru voir dans Daniel et dans saint Jean la succession des empires et des royaumes ,* il n'est ni le seul ni le premier qui ait eu celte idée. C'est ie sentiment presque unanime des plus doctes auteurs, pris dans toutes les communions chrétiennes. Mais, dit-on, Newton a cru voir le Pape dans l'antechrisl. Assurément ce n'est pas en cela que nous voulons le défendre. On peut dire seulement que ce sentiment lui avait été suggéré par l'esprit de l'église anglicane, que presque tous les protestants qui l'ont précédé ont été de cet avis,* que celle erreur prouve non pas qu'ils fussent fous, mais qu'ils étaient entraînés par la force des préjugés ; que Newton partageait ces préjugés ; qu'il se montra toujours très-vif contre les catholiques, et que si Voltaire a voulu pour cela le mettre à Bedlam, cet excès de zèle qu'il montre en celte circonstance pour la religion, peut bien ne pas nous servir de modèle. D'ailleurs, l'article de l'antecbrist à part, les Observations de Newton ne nous paraîtront nullement dignes de risée. Il assigne l'époque où il croit que chacun des livres saints a été composé, et propose à ce sujet ses conjectures avec une réserve et une modestie qui paraîtraient étonnantes de nos jours. Il prouve néanmoins très-bien que le Pentateuque était le livre de la loi avant la séparation des dix tribus, puisqu'on le reconnaissait de part et d'autre malgré les rivalités et les haines mutuelles, et que sans doute Juda n'aurait point reçu ce livre d'Israël, ni Israël de Juda. Il y a dans le I*r chapitre des Observations sur Daniel, un morceau dont les pensées et le ton sont dignes de l'interprète le plus orthodoxe, et même d'un orateur chrétien. Dans le chapitre n, l'auteur établit l'autorité des prophéties de Daniel. Les rejeter, dit-il, c'est rejeter la religion chrétienne; car la religion est fondée sur ces prophéties relatives au Messie. En général, il y a dans toute la première partie qui traite de Daniel, beaucoup de recherches et d'éi luliiion. Newton y cile souvent les Pères de l'Eglise. Il suit la même marche dans les Observations sur l'Apocalypse, et montre la liaison de ces deux prophéties.

La dernière édition de Newton, faite à Londres en 1779, parHorsley, renferme encore deux écrits de ce philosophe, qui tous deux roulent sur l'Ecriture. Newton y discute deux altérations qu'il croil avoir été faites au texte sacré, la première dans l'Epitrc de saint Jean, i, 7; la seconde dans PEpiirc de saint Paul à Timolhée, m, 16. Ces lieux passages ont déjà exercé les critiques, et il ne parait pas que de l'opinion de Newton on puisse conclure certainement qu'il ne croyait pas au mystère de la Trinité, ni à celui de l'Incarnation. 11 sut très-mauvais gré à quelques ariens qui voulaient le faire passer pour partisan de leur doctrine. Les deux écrits cités achèvent de prouver combien la littérature biblique, les Pères et l'histoire de l'Eglise étaient familiers

à Newton. On peut même remarquer que ce ne fut pan seulement dans sesdernièresannées qu'il se livra à cette élude. Elle l'avait occupé dans la maturilé de l'âge. La Bible fait ait, comme dit Fontenelle, l'objet de ses lectures les plus ordinaires, et le ton grave el religieux qu'il prend constamment dans les discussions auxquelles il se livre sur les livres saints, forme un grand contraste avec la légèreté et le persiflage d'écrivains qui étaient pourtant un peu éloignés des connaissances et du génie de Newton. Il avait composé encore une Dissertation sur la coudée sacrée des Juifs. On la trouva jointe à un ouvrage de lui qui n'était pas fini, et qui était intitulé : Lexicon propheticum. Ni l'un ni l'autre ne sont dans l'édition de Horsley.

Qu'il soit donc constant que Newton était fermement attaché aux grands principes de la révélation. Toute sa conduite fut d'ailleurs celle d'un membre zélé de l'église anglicane. M. Emery se proposait de faire sur Newton le même travail que hit Bacon, Descaries et Leibnitz, et de prouver, par ses écrits, son attachement au christianisme. On doit beaucoup regretter qu'il n'ait pas eu le temps d'exécuter ce projet.

13 décembre. — Antoine Collins, philosophe anglais, né en 1678, fut ami intime de Locke, et a été compté, par les aaiis comme par les ennemis de la religion, comme un des plus ardents détracteurs du christianisme. Nous avons cité dans le corps de cet ouvrage ( t. n% p. 18) la plus grande partie de ses écrits, et nous avons donné une idée succincte des principes qu'ils renferment et des réfutations qu'on y a opposées. Il ne nous reste plus qu'à faire mention de quelques autres productions moins importantes de cet écrivain. En 1709, il publia un pamphlet intitulé : L'artifice des prêtres à son comble. 11 y accusait le clergé d'avoir altéré le 20« article de la confession de foi anglicane. Depuis il donna un Essai historique et critique sur les xxxix articles. On dit qu'à 4a mort il déclara que, commet/ s'était toujours efforcé de servir de son mieux Dieu, le Roi et son pays, il était persuadé qu'il entrerait dans le séjour que Dieu a préparé pour ceux qui l'aiment. Il est difficile d'accorder celte assurance avec le reste de la conduite de Collins, dont toute la vie avait été occupée à saper les principes, non-seulement de la révélation, mais même de ia loi naturelle. 11 est remarquable, au reste, que des hommes, qui ne passaient pas pour très-orthodoxes, se sont accordés à blâmer Collins. L'arien Wbiston lui reproche de s'être fait admettre à prêter serment sur la Bible, et de n'avoir pas manqué de participer à la cène pendant plusieurs années consécutives, quoiqu'il fit profession de ne croire ni à la cène, ni à la Bible, ni même à la Providence. L'auteur du Guardian, journal estimé, ne fait pas de lui un porirait bien flatteur.

L'auteur de la Biographie britannique, le latitudinairc kippis, le regarde comme un écrivain sans bonne foi, sans scrupule dans les citations, les faisant servir à ses preuves, sans s" embarrasser du sens des auteurs, et qui a été pris plus d'une fois en faute à cet égard par ses adversaires. C'est ainsi que des compatriotes de Collins ont apprécié son caractère et ses écrits. On peut consulter surtout ce qu'en dit Léeland dans son Examen des déistes anglais.

19 janvier. — Bernard de Mandeville, médecin, né à Dordrecht en 1671, se usa à Londres, où il publia sa Fable des abeilles, et ses Pensées libres sur la religion. Celles-ci furent traduites en français par Van Eflen. Nous avons parlé ailleurs de la Fable des abeilles. On dit que sa conduite n'était pas meilleure que sa doctrine.

16 août. — Matthieu Tindal, déiste anglais, né vers 1657, se fit catholique sous Jacques II, et renonça à celte religion lorsqu'il s'aperçut qu'elle ne le conduirait pas à la fortune. Il se déclara hautement pour la révolution de 1688, et publia une lettre sur la Trinité et le Symbole de saint Athanaee. Nous avons cité, sous 1721, la plupart de ses autres écrits. Il était mal famé pour ses mœurs, dit la Biographie britannique. Il n'a pas laissé une mémoire honorable parmi ses compatriotes, et, soit comme philosophe, soit comme écrivain, il est regardé comme indigne de considération et de confiance. C'est le jugement qu'en ont porté des philosophes très-ardents. Naigcon, quelque favorable qu'il dût être aux écrivains irréligieux, ne l'est point à Tindal. Il le regarde comme un auteur médiocre, plus occupé à éblouir par son ton affirmalif qu'à discuter sagement, et dont les idées sont vagues, inconsistantes et mal ordonnées.

22 juillet. — Pierre Kitig, baron d'OCKHAM, et grand chancelier d'Angleterre, né en 1669, fut ami de Locke. En 1691, il publia des Recherches sur la constitution, la discipline, l'unité, et le culte de l'église primitive dans les trois premiers siècles. Il y soutenait l'égalité des prêtres et des évéques quant à l'ordre. En 1702, il donna Y Histoire du Symbole des Apôtres, où l'on dit qu'il parut original même après Y Exposition du Crédo, du docteur Pearson. 11 fut un des conseils de l'arien Whision, lors de son procès à la cour des délégués. Ce savant parait avoir été latitudinairc.

18 septembre, — Juste Van Effen, littérateur et journaliste, né à Ulreeht en 1684, est auteur de la Bagatelle, ou Discours ironique où l'on prête des sophismes ingénieux au vice ou à l'extravagance pour en faire mieux sentir le ridicule, 1719, 3 ?o!. Il traduisit les Pensées libres sur la religion, de Mandeville, 4722, 2 vol. Ces productions ne font pas beaucoup d'honneur au jugement et à la religion de Van Effen.

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