AE
Sur la JantTarne et sur la Prasranerrg de
M. Lamarck.
J ’A1 terminé mon histoire anatomique des gastéropodes pulmonés, par les genres du lmnée et du planorbe, démembrés avec juste raison des kelix de Linnæus, attendu qu’ils ont une autre manière de vivre , et que leurs formes, même extérieures, offrent des caractères suflisans pour les distinguer.
Je commencerai celie des gastéropodes à branchies pectinées, qui embrasse le plus grand nombre des coquilles univalves, par déux autres genres qui ont aussi été démembrés des Lelix, et avec plus de raison éncore.
En effet, si les /:mnées et les planorbes vivent dans l’eau, c’est toujours Pair en nature qu'ils respirent; mais les janthines, les phasianelles, ainsi que lhelix vivipara, et en général tous les gastéropodes dont les branchies, quoique cachées comme le poumon des belix dans une cavité dorsale recouverte par la coquille, ont la forme d’un peigne où d’une plume, tous ces genres à branchies pectinées, dis-je, respirent à la ma-
2 JANTHINE
nière des poissons, par l’intermède de l'eau, et n’ont pas un besoin absolu de venir à la surface ouvrir leur cavité respiratoire : aussi n’y ont-ils pas, comme les Zmnées et les planorbes, un petit orilice qui se ferme par un sphincter, mais elle est ouverte de toute sa largeur pour recevoir l'eau qui y pénètre, et qui porte sur les branchies l'air qu’elle contient, comme elle le fait dans les poissons.
Voilà pourquoi, dans les expériences de Spallanzani, les hélices vivipares ne sont point mortes quand on les a retenues au fond de l’eau, tandis que les /zmnées et les planorbes n’ont pu supporter la privation de l'air. Aussi toute l’anatomie des deux genres dont nous allons parler se rapprochet-elle de ce que nous verrons plus exactement dans les buccins, les murex et autres grandes turbinées aquatiques , et ne ressemble-t-elle point à ce que l’hé/ix et les autres pulmonés ont de particulier; tant il est vrai que l'anatomie est le plus sûr indice de la nature et des rapports réels des animaux.
La saNrRine ( Helx janthina. L.)
Ce petit mollusque a dû se faire remarquer de bonne heure par la singularité de sa forme, par la jolie couleur de sa coquille, parle suc abondant et d’un pourpre-foncé qu'il répand, enfin par l’organe extraordinaire, au moyen duquel il reste suspendu à la surface des flots.
Je ne crois pas cependant que personne en ait parlé avant 1616, que Fabius Columna en publia une bonne figure et une description extérieure assez exacte, dans son petit traité de Purpura, p. 13, fig. 2,
Breyrius en donna d’autres, sans se souvenir de ce qu'en
ET PHASIANELLE. 3 avoit dit Columna, Trans. phil. pour 1705, n° 3or, pl. >, fig. 5. La figure est petite et mauvaise. Une troisième description , faite sur l'animal, est celle de Forskahl, Anim. Arab., p- 127; et une quatrième, celle de M. Bosc, Coquilles, LV, 7x.
Cependant aucune de ces descriptions n’a pu être complète, parce qu'aucune n’a été accompagnée d’une dissection, et.que la véritable nature des organes apparens n'a pu être déterminée.
On en savoit néanmoins déjà assez pour juger que l'animal de la janthine étoit fort différent des colimacons , et le genre particulier qu'en a fait M. de Lamarck, et qui est justifié d’ailleurs par la forme de la coquille, a dù étre et a été en effet adopté par ceux qui ont écrit depuis lui sur les mollusques. Voyez Bosc, loc. cit. et Roissy, Moll. V. p. 394.
L'avantage que j'ai aujourd’hui de donner sur ce joli mollusque et sur son anatomie dés notions plus complètes que celles qu'on en avoit jusqu’à présent, je le dois à la complaisance presqué simultanée de troïs zélés naturalistes. Feu M. Homberg me donna le premier une janthine de la Mlapehes peu de temps après, M. Savigny ; à son retour d’ Égypte, n’en fit présent d’une seconde, recueillie dans la Méditerranée, avec plusieurs autres testacés , dont la description doit encore orner ce recueil; enfin, M. Péron m'en apporta plusieurs grandes ct belles de diverses parties de FOcéan Atlantique.
Ces individus, pris dans des parages si éloignés, ne nvont
offert aucunes différences spécifiques.
Leurs coquilles jusüfivient toutes le nom générique de jan: thine ou violette, car elles étoient toutes comme lavées d’une teinte lilas plus ou moins vive.
Cette sorte de coquille, fig. 1 , est assez semblable, pour la
À JANTHINE forme arrondie de sa spire, à nos escargots de jardin; mais son ouverture est différente, parce que la columelle se prolonge davantage , et que le bord externe, au lieu de s’arrondir à sa partie inférieure, y forme avec la columelle ur angle d'environ soixante degrés, qui peut être considéré comme un premier vestige de canal, et qui rapproche ‘par conséquent la coquille de la janthine de celle des buccins et des murex. L'animal ne s’en rapproche pas moins, malgré les singularités que les prémiers observateurs ont voulu y voir. Gette partie à laquelle ils ont trouvé la forme d'un pénis ( fig. r, 2 et 3, a), n’est qu'une trompe, organisée à-peu-près comme celle de’ces genres; ces lèvres ciliées b, b, qui la terminent, et où Phmagination a cherché encore une autre ressemblance, ne sont que des replis de la membrane linguale. Lies tentacules c,c, sontiau nombre de deux , et non de quatre, comme on la cru; mais ils sont plus profondément fourchus que ceux des murex. NICE Le: seul organe réellement propre à la Sabine est donc sonappendice vésiculeux d, dj mais ilne tient pas lieu de pied, comme on l’a dit, au contraire ilest attaché à la pantie postérieure du pied, à peu-prèsau-dessous de l'endroit oùsetrouve Popercule des autres genres. Jé penserois même assez volontiers que c’est un vestige d’opercule qui éprouve dans sa forme. et dans son tissu des changemeris pareils à ceux que la nature nous fait observer dans tant d’autres de ses productions, L'expression de Fabius. Columna pour désigner cet organe vésiculaire ( spuma cartilaginea ), est excellente. Ce sont des vésicules transparentes comme celles de l’écume, mais leurs parois sont quelquefois comme de cartilage, assez dures même vers la racine et la partie postérieure; plus molles; plus mem-
ET PHASIANELLE. 5
braneuses en avant et à l'extrémité. Dans d’autres individus, je les ai trouvées plus étendues et entièrement membraneuses. Leur enveloppe générale y étoit teinte en noiratre.
L’organe n’a point de communication directe avec Pintérieur du corps; c’est un simple :appendice des tégumens, et il ne paroit pas que l’animal puisse à son gré le vider ou le remphr d'air : il peut seulement le-comprimer en le faisant rentrer dans sa coquille, ou Pabandonner à son élasticité naiurelle, en l’en laissant sortir.
C’est du moins là ce que me suggère son inspection anatomique, et ce qu'une partie des observateurs ne paroiït pas contredire. « Je ne me suis point apercu ( dit M. Bory- » Saint-Vincent, Voy. [, p. 141 ), que l’animal eût la faculté de le vider ou dele remplir à volonté et avec promptitude. »
o Fabius Columna, Breynius et l'orskahl ne disent rien de positif. M. Bosc seul annonce que l'animal absorbe L'air de ses vésicules ( Coquilles LV, p.74) , et qu'il les enfle à volonté (Ib. p. 72). Mais comme je n'ai pu trouver aucune communication, ni aucun réservoir Intérieur Où cel air se puisse rendre, j imagine que cette assertion de M. Bosc n’est qu’uné supposition et non un fait constaté par des expériences directes.
Fous les individus n’ont pas cet organe: j'en ai trois qui n'en montrent aucun vestige, et J'en représente un, figure 4. M. Bory dit aussi ( Loc. cit.) , qu'il en a vu dans lesquels l'organe avoit été écrasé ou emporté aux trois quarts , sans qu'ils parussent avoir beaucoup souffert. Sa nature est en effet telle, que les janthines qu'on en priveroit de force, n’éprouveroient probablement d'autre gêne que celle qui
6 JANTHINE résulteroit de la difficulté de se rendre à la surface de l'eau.
Mais j'ai lieu de croire qu’il y en a aussi qui en sont privées naturellement, soit qu'il ne se développe qu’à un certain âge ou dans une certaine saison; et mon motif est que je n’ai pu apercevoir aucune cicatrice, aucun reste de cette partie dans les individus qui en manquent et que je possède.
Le pied e,e, sous lequel cet organe est attaché, est court el large, mais de même structure que dans les autres gastéropodes ; il doit très-bien servir à ramper, quand l’organe ne Vembarrasse pas. À chacune de ses parties latérales, un peu au-dessus de son bord, est une petite membrane longitudinale, f,J, qui tient sans doute lieu de nageoire.
Quand la trompe est retirée en dedans, comme dans lindividu de la figure 4, la tête a simplement la forme dun cercle enfoncé dans son milieu. C’est de cet enfoncement que la trompe sort; quand elle ne l’est pas encore entièrement, la peau forme à sa base eue rides circulaires qui disparoissent quand elle est tout-à-fait développée.
Cette trompe est grosse, cylindrique, et quelquefois renflée; l'animal vivant Pallonge un peu plus que nous ne l'avons représentée figure 2 et 3; elle se termine par deux lèvres cartilagineuses, verticales, presque tranchantes, entre lesquelles en sont deux autres, grosses, et toutes hérissées de petites épines recourbées en dedans, où il en règne de semblable sur toutes les parois de la bouche. C'est en appliquant ces deux lèvres aux corps, et en leur imprimant un petit mouvement péristaltique, que la janthine parvient à les entamer ; elle perce même des coquilles, comme tous les autres gasté-
ET PHASIANELLE. 5 ropodes à trompe, en s’aidant sans doute d’une liqueur particulière dont nous ferons connoître les sources.
Les tentacules c, c , adhèrent à la base de la trompe; par conséquent , lorsque celle-ci est rentrée, ils se trouvent aux bords de la tête, un peu plus bas que le milieu. Chacun d’eux est divisé en deux portions coniques, dont l’inférieure est plus petite. |
Le limbe ou collier g,g, est entièrement ouvert, et laisse, comme dans les autres turbinées vraiment aquatiques, une hbre entrée dans la cavité des branchies. L'angle inférieur de la coquille n’est pas assez prolongé pour que le limbe fasse un siphon marque.
Pour donner une idée de l'anatomie de la janthine, nous avons d’abord fait la préparation de la figure 5.
Le plafond de la cavité branchiale % à été fendu par son côté gauche; et rejeté sur le côté droit, avec les branchies et le rectum 4,
Le péricarde a été ouvert et montre le cœur et son oreillette m; celle-ci recoit, comme à l'ordinaire, le sang des hranchies, et le cœur transmet ce sang par tout.
L’organe de la viscosité est aussi ouvert en 7.
Evfin lon a fendu longitudinalement le plancher de la cavité branchiale qui se continue avec la peau de la tête et de la trompe, on l'a fendu, dis-je, jusqu'à l'extrémité de celle-ci.
De cette maniere, on a mis à nu la masse charnue de la trompe o, et ses muscles extrinsèques ; les glandes salivaires P; p, l'œsophage g, les estomacs r et s, l'un des deux principaux ganglions du système cérébral #, enfin les muscles qui attachoient l'animal à sa coquille w, uw’.
8 JANTHINE
Dans la figure 6, après avoir enlevé les estomacs, on a développé et représenté par leur face supérieure les mêmes parües de l'intérieur de la tête et du pied, qu’on voyoit par leur côté gauche dans la figure précédente.
Quand on fend longitudimalement la trompe ( comme en figure 7), on voit les deux petites parois verticales hérissées Fe crochets, dont les bords antérieurs forment ces lèvres ciliées dont nous avons parle:
La trompe elle-même n’a d'autre objet que de porter ces lèvres en avant ou de les faire rentrer. Pour cet effet, elle a d’abord ses fibres propres; ensuite ses muscles extrinsèques. Parmi ces derniers, il ÿ en a qui la portent en avant; on les voit marqués v,v: d’autres la font rentrer; ils sont marqués w,w. Une espèce de sphincter en ferme lorifice y, 7. Au resie, ce mécanisme sera beaucoup plus sensible dansles figures que nous donnerons.de la trompe d’un buccin.
Au fond de la bouche, entre les deux parois hérissées,. est une irès-pelite langue &, ete niet l'esophage b commence immédiatement.
Arrivé sous le cœur, il pénètre obliquement par une fente. étroite dans un premier estomac r, que nous représentons ouvert en figure 8. Il est purement membraneux, et donne dans un second s, représenté également ouvert, figure 8; enfin le canal intestinal ou le rectum, car il est si court qu’on ne peut y faire de division, se dirige subitement pour ouvrir son anus sous le plancher de la cavité branchiale à droite des branches.
Ce deuxième ‘estomac et le rectum sont plus épais que le premier , et leur membrane interne est plissée en beaucoup de rides longitudinales.
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Les branchies z, sont deux rangées de feuillets triangulaires et dentelés, attachés comme à l'ordinaire au ‘plafond de la cavité qui les contient. |
Entre le rectum et le corps, du côté droit, je trouve dans quelques individus une petite verge z, comme dans les buccins mâles. Cette verge manque à d’autres; ce qui me fait croire que la janthine a les sexes séparés comme tous les gastéropodes à branchies pectinées que je connois; mais je n'ai pu distinguer assez les organes intérieurs de la génération, pour donner le dernier sceau à ma présomption.
Le reste de la spire contient, avec ces organes, le foie dont la masse n’est point divisée par les circonvolutions de ce court intestin.
Comme dans tous les gastéropodes turbinés, deux muscles principaux s’attachent à la coquille; l’un d'eux 4, pénètre dans le pied, l’autre u', s'insère à la masse charnue de la trompe.
Il y a quatre glandes salivaires, toutes très-longues, trèsmenues , et terminées par un canal excréteur très-grêle. Deux insèrent le leur au bord antérieur de la trompe; deux autres auprès de la naissance de l'æsophage. Il est probable que les premières au moins fournissent quelque liqueur propre à dissoudre les corps durs que l'animal entasse.
Le système nerveux présente deux gros ganglions placés aux côtés de l'œsophage,.et le recouvrant d’une bride nerveuse; et deux autres plus petits, situés sous la naissance méme de ce canal.
La distribution des nerfs n’a rien de remarquable
La liqueur pourpre de la janthine.se sécrète, comme celle de tous les autres mollusques qui en produisent, dans l'épaisseur du limbe et du plafond de la cavité branchiale. Nous avons fait
ao ::: JANTHINE
connoître l'organe destiné à sa production, dans l’aplysia, Celui-ci lui est analogue, sauf les différences de figures qu'en trainoient celles de l'animal.
” La PHaSrANELLE.
Les charmantes coquilles qui composent ce genre étoient encore rares et peu connues il y a quelques années; à peine quelques naturalistes en avoient-ils indiqué une.
Mais le dernier voyage aux Terres Australes, commandé par le capitaine Baudin, les a rendues communes, et non-seulement les habiles naturalistes embarqués dans l'expédition, et surtout M. Péron, mais jusqu'aux simples matelots, alléchés par la cherté de ces coquilles, en ont rapporté un assez grand nombre pour en faire baisser subitement le prix.
On peut voir , dans les Annales du Muséum , tome IV, p. 205, les motifs qui ont engagé M. de Lamarck à séparer les phasianelles du genre limnée, où elles seroient entrées d’après la circonscription recue jusques-là. |
Ils sont tirés de la coquille, et surtout d’un: certain aplatissement de la columelle, qui n’est point dans les limnées, ainsi que de l’'opercule permanent accordé aux phasianelles comme aux {urbo, mais refusé aux limnées comme à tous les gastéropodes pulmonés connus jusqu'ici. :
Cet opercule, en m’annonçant un animal à branchies pectiniformes , confirma parfaitement à mes yeux la distinction établie par M. de Lamarck, et ne me laissa pas douter de la place que anatomie assigneroit à la phasianelle; mais un bel individu, rapporté par M: Péron,im'en assura plus positivement encore, 1 | ;
C'est en effetun gastéropode pectinibranche, complétement
ET PHASIANE LL E. IA aquatique, et tout-à-fait analogue aux furbo et aux genres voisins : tant il est vrai que la forme de l'ouverture de la co: quille est un indice fort équivoque de laffinité des espèces parmi les gastéropodes.
Notre figure Q montre l’animal détaché de sa coquille, mais Ja tête et le pied encore renfermés dans la cavité du manteau, et cachés par l’opercule.
a est cet opercule attaché, comme à l'ordinaire, sur le derrière du pied, et quise repliera contre la columelle quand l'animal voudra marcher.
b,b est la face par laquelle le api muscle de l'animal Y'aitéchoit à la columelle.
c, c, © est une partie du premier tour de lanimal. On voit au travers de la peau .des traces de la cavité branchiale, des branchies et du rectum.
La figure 0 montre le même animal sorti de sa coquille par-devant. Lorsqu'il voudra s'étendre, sa tête retirée actuelleiment dans la cavité branchiale s'avancera par dessous le bord antérieur du manteau d, d , en même temps.que l’opercule a, figure 9, se repliera. contre le bord ‘postérieur.
Dans la figure 11, le même: animal est presque dans la même position; mais on a coupé la paroi supérieure de la cavité pulmonaire, et rejeté sur le côté une portion & de cette paroi. De cette maniere on voit non-seulement ce qui s’y étoit reliré momentanément, mais encore une partie de: ce qu’elle contient constamment.
b est le bord antérieur du He c, sa face inférieure toute froncée par la contraction, et vue en raccourci, à cause de la position de l'animal. Sa parte postérieure, qui supporte Popercule, ne peut se voir.
12 6 JANTHINE
d'est la tête. On peut y remarquer, r° les doubles lèvres frangées e, e et f, f, qui forment une espèce de voile recouvrant la bouche.
£, g, les deux petits tentacules cylindriques qui paroissent porter des yeux.
h,h;, les deux longs tentacules coniques, placés à la base inférieure des premiers.
On remarque encore des deux côtés du corps une membrane 1, t, frangée comme le voile des lèvres, et qui, quand l’animal rampe, est étendue autour de lui, en débordant de toute part le pied et la coquille. Nous venons d'en voir un vestige dansla janthine, et les gastéropodes pectinés nous en offriront encore beaucoup d’autres. Ce voile frangé porte en arrière trois tentacules de chaque côté k, k, qui servent à: l'animal pour apercevoir tout ce qui se passe autour de lui, comme les longs de sa tête ; pour ce qui se passe ‘en avant.: Nous les retrouverons dans quelques trochus et dans d’autres genres.
Toutes ces parties se montrent au dehors; il nous reste à parler de celles que la coquille cache toujours, et d’abord de celles que contient la cavité ‘branchiale, et où l'eau pénètre par le large intervalle qui se trouve entre la tête et le bord m de la paroi supérieure de cette cavité, :
Il faut remarquer premièrement une cloison membraneuse n,n, qui partage la cavité en deux parties, Les deux peignes branchiaux sont attachés aux deux faces de cette cloison, et dépassent son bord antérieur.
Lé peigne supérieur se voit en o, figure 11, Où lacloison est restée en place et entière. [/ inférieur se voit enp, figure
>, où elle est détachée et rejetée sur le côté droit. ‘Foutes les
lettres de cette figure 12 ont d’ailleurs la même signification
ET PHASIANELLE,. 13
Ces deux peignes sont composés d’une multitude de barbes ou filamens parallèles, tous perpendiculaires à leur base commune. Il n’est pas douteux que chacun d’eux contient une artère et une veine. Je n’ai pas bien suivisur l'individu unique qui m'a servi de sujet, les veines qui rapportent le sang du corps dans l'artère branchiale ; mais la veine branchiale qui porte dans le cœur le sang qui a respiré, étoit ‘très-visible , comme je l'ai dessinée en g, g, et je l'ai suivie très-facilement jusque dans le cœur r, placé comme dans tous les univalves turbinés , derrière le fond dela cavité branchiale. La figure 11 le montre encore enfermé dans son péricarde; et dans la figure 12, on a ouvert cette enveloppe. La lettre r y est gravée
sur l'oreillette ; le ventricule s'aperçoit en arrière,
Deux choses se font encore remarquer dans cette chambre inférieure de la eavité branchiale, le rectum et l'ouverture de l'organe de la viscosité..
Le rectum s'aperçoit dès l’extérieun du corps au travers de la peau, en s, s, figure 113; mais ilest à découvert en s, 5, figure 12, où l’on voit aussi, en {, 4’, un prolongement de l'estomac qui le précède ‘et qui s’y joint à peu près sous le cœur.
: L'anus w est un petit tube ouvert sous le bord antérieur et ‘au côté droit de la cloison qui sépare les deux chambres de la cavité branchiale, L’organe de la viscosité est placé derrière et sous le fond de cette cavité et du péricarde. Ilremplit lui-même une cavité particulière, que l’on a ouverte, figure 12, env, v,et dont l’orifice x, donne dans la cavité branchiale sous le rectum. L’organe même est glanduleux, “et se compose d’une foule de petits feuillets parenchymateux, qui recoivent beaucoup de sang par des artères nombreuses, et
A JANTHINE qui, dans l’état de vie, produisoïent sans doute une mucosité pré où moins abondante.
Tout le reste de la spire est rempli par le foie, par lestomac et par les organes de la génération. ;
Si nous voulons maintenant revenir du côté de la tête, il faut fendre longitudmalement le plancher de la cavité Mid chiale jusqu’au bout du museau.
On obtient alors la préparation représentée, figure 19, où lon a de plus enlevé une partie du foie, pour découvrir lestomac, que l’on a ouvert; enfin l’on y a ramené le rectum sur ke côté gauche, et enlevé tout le reste de la cavité branchiale.b,e,fh,s,t,u,vetx, représentent les mêmeschoses que dans les figures précédentes.
A est la masse charnue de la bouche, organisée à peu près comme dans le Jimacon et laplysia Deux petites plaques cornées, plus verticales, plus épaisses et plus dures à leur bord externe, forment toute la garniture de la bouche, et tiennent lieu de machoires.
Il ne paroït pas que la bouche puisse s’allonger assez pour former une vraïe trompe. La langue est une membrane hérissée de petits crochets disposés régulièrement, comme dans presque tous les mollusques pourvus d’une tête. Elle se pro= longe en arrière dans un long tuyau membraneux, marqué B, qui se termine par plusieurs tours de spirale que l’on aperçoit au travers de la peau en y, figure 10. J'ai déjà parlé plusieurs fois de la nature et des fonctions de cette sorte singulière de langue, et j'auraiencore occasion d’y revenir.
L'œæsophage D part, comme à l'ordinaire, du dessus de la bouche; arrivé dans le foie, il se renfle en un estomac trèsconsidérable Æ, divisé dans son intérieur en plusieurs poches par des espèces de brides où de demi-cloisons, et dont quel-
ET PHASIANELLE. 15 ques parties des parois ont plusieurs plis susceptibles de s'étendre ; ce qui suppose que la phasianelle est très-vorace, et mange beaucoup à la fois. Cet estomac se prolonge en une portion cylindrique #, qui part du côté droit du cardia, pour revenir en avant, el se recourbe ensuite en arrière pour gagner le pylore £. Ici est intérieurement un étranglement marqué, que lon peut regarder comme l’origine de l'intestin. Il y a aussi un repli qui ramène en avant le reste du canal, en le faisant passer, comme nous l'avons dit, sous la cloison mitoyenne de la cavité branchiale, en s, s, jusqu’à l'anus w; de sorte qu'il n’y a vraiment d’autre intestin que le rectum.
Le cerveau se compose, comme dans la plupart des pectinibranches, de deux ganglions a, 4, figure 13, fort écartés Jun de l’autre, et réunis par un filet transversal qui passe sur l’'œsophage, et par un autre qui passe dessous; c’est d’eux que partent les principaux nerfs, dont deux vont former, sous la naissance de l'œsophage, un petit ganglion double qui fournit, comme à l’ordinaire, les nerfs particuliers, au moins à la partie antérieure du canal intestinal.
La partie plus blanche de l'extrémité de la spire est occupée par l'organe de la génération , et envoie un canal qui descend à gauche entre le rectum et le Corps; mais je ne le décrirai point en détail, par les mêmes raisons qui m'en ont empêché à l'égard de la janthine.
Il résulte toujours fort clairement de ce Mémoire que les deux genres dont nous avons parlé, doivent être placés dans l’ordre naturel, assez loin des hélix et des autres gastéropodes pulmonés à coquille, quoique leur coquille les ait fait jusqu’à présent confondre avec eux, ou au moins les en ait fait beau- Coup trop rapprocher.
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PI72 de 1& 8. JANTHINE, et de’ 9 &18. PHASIANELLE .
Cuvier del . Choquet seulp
Sur la VrrrPARE D'EAU DOUCE (CYCLOSTOMA vivirarum Draparn. Herix VIVIPARA Lin.) ; surquelques espèces voisines, el idée générale sur la tribu des gastéropodes pectinés & coquille entière
LA vivipare d'eau douce est un des coquillages les plus intéressans de notre pays, par la réunion extraordinaire de singularités qu’elle présente. Lister en a publié, en 1695 (Exerc. anat. alt. p. 49), la première description anatomique, trèsbonne pour le temps, et accompagnée d'excellentes observations sur l'état successif des œufs et des petits dans l'utérus aux diverses époques de l’année, ainsi que sur la distinction des sexes et les caractères du mâle; mais ses figures sont grossières. |
Swammerdam qui ne connoissoit pas letravail de Lister, en laissa un autre ( Bibl. nat. 1, p. 168) où se trouvent deux faits de plus, celui des particules calcaires semées dans toute
la peau de l'animal, et celui des poils coniques et cristallins qui hérissent sa coquille pendant le premier âge; mais son anatomie n’est qu'ébauchée, et il paroït même avoir ignoré la séparation des sexes.
Spallanzant a fait aussi des observations précieusés sur cet animal ( Traité sur la respiration, trad. fr. p. 263 };il a remarqué qu'il n’a pas besoin, comme les limnées ;de l'air en nature , et qu'en conséquence il est beaucoup plus diflicile à DE ; néanmoins il consomme l'oxygène, comme les poissous dont la respiration est semblable à la sienne.
Le même naturaliste a cru découvrir que cette espèce est parfaitement hermaphrodite et capable de se féconder ellemême, parce que des individus enlevés du ventre de la mère et tenus dans l'isolement en ont cependant produit d’autres ; mais comme le mäle de la vivipare est bien connu et qu'on l'a vu s’accoupler , les expériences de Spallanzani, en les supposant exactes, prouveroient tout au plus qu'un seul accouplement féconde plusieurs générations, comme dans les Pie: cerons. |
Draparnaud enfin ( Moll. terr. et fluv. p. 35) à shétea AE recüfier quelque chose à l’assértion de Lister, trop facilement adoptée selon lui par Geoffroy, sur la position de l'organe mâle dans le tentacule droit; mais il s’est trompé, et cet organe est placé, ainsi que nous le verrons bientôt, comme Lister Vavoit dit.
- Les autres naturalistes n’ont parlé de la vivipare qu’en nomenclateurs, encore n’ont-ils pas été tous heureux dans le choix
de la place qu'ils lui ont assignée.
Linnœus en fait un helx, et cependant l'ouverture de la
TURBO, etc. 3
coquille n’est pas en croissant ; elle est ronde dans prèsque tout son contour , excepté vers le haut où elle fait un angle.
Geoffroy ( Cog. des env. de Paris) et Muller ( Ferm. terr. et fluv. IL, 182) se réglant sur la position des yeux et la présence de l’opercule , la réunissent, avec d’autres Gen de la méme famille, au genre des nérites.
Poiret ( Ca. fluv. et terr. du dép. de l'Aine, p.60 ) la met avec les bulimes démembrés des helix par Bruguières, mais où celui-ci ne lavoit pas comprise.
Draparnaud( Loc. cit. et tabl. des Moll. de la FT. p. ko), et M. de. Férussac( Essais d'une méth. Conch. p.66) d’après l'indication de M. de Lamarck, la rangent parmi les cyclostomes , où ils font entrer toutes les coquilles à bouche à-peu= près rondé el à bords continus qui ne sont ni turriculées, ni garnies de côtes, ni dentées à l'ouverture. Füen n'empêche sans doute qu’on ne prenne le vivipare pour type du genre eyclostome; mais il est probable qu’alors on sera obligé d'en exclure plusieurs des espèces qu'on y. a laissées jusqu'ici , et notaminent toutes les terrestres. |
Les observations que nous allons exposer aideront à trouver les bases de ces déterminations.
L'animal de la vivipare a deux tentacules coniques plus ou moins allongeables, mais non rétractiles, et qui portent Îles yeux vers leur base extérieure.
Le tentacule droit du mâle est plus gros que l’autre, et percé vers son extrémité et'un peu en dehors d’un trou par lequel sort la verge. Le trou n'est pas difficile à remarquer sans dissection , et l'anatomie montre promptement son usage. Ainsi j'ai de la peine à comprendre comment Draparnaud a pu sy tromper.
n VIVIPARE:
Entre les tentacules est une trompe courte et ronde.
Il n’y a point de trachée tubiforme, quoique . Draparnaud l'ait dit; mais la mernbrane latérale du côté droit du corps s'avance jusque sous le tentacule du même côté, où ellese recourbe en un demi-canal qui se continue jusque fort avant dans la cavité des branchies, au moyen d’un repli élevé du plancher de cette cavité.
Il est probable que c’est, comme le syphon des buccins et des murex, un moyen de faire pénétrer l’eau vers les branchies quand l'animal est rentré dans sa coquille. Du reste, la cavité branchiale est ouverte sous tout le bord antérieur du manteau, et son entrée est aussi large que dans aucun pectini-branche.
Les deux petites membranes latérales sont simples et sans franges, dentelures ni tentacules. Le bord antérieur ‘du pied est muni d’une double lèvre ; cet organe, comme ‘dans tous les genres cperculés, se replie en deux pour rentrer dans la coquille ; et lopercule, attaché sur le dos de sa partie postérieure, bouche alors l'entrée sans y laisser de vide.
En ajoutant à ce que nous venons de dire que l’on aperçoit sous le bord antérieur du manteau, et par conséquent à lentrée de la cavité des branchies, quelques houpes de celles-ci, l'orifice de Ja matrice et celui de l'anus, on aura une idée complète de ce que l'animal montre sans dissection.
Pour en voir davantage, il faut, comme à l'ordinaire, couper la membrane qui sert de voûte àla cavité branchiale, au côté gauche, suivant la ligne de sa jonction au corps.
En la rejetant sur le côté droit, l’on voit qu’elle porte Les branchies, le rectum, le canal F8 la viscosité, et, dans les femelles, la matrice.
TURBO, ete! k
Cette dernière partie est celle qui: frappe Jle‘plus, surtout au printemps lorsqu'elle est toute remplie de: petits < animaux dans leurs coquilles, déjà prêts à marcher: : |
Il yen a ainsi, non-seulement dans:la partie de la matrice Yattachée à-la voûte de la cavité branchiale, mais encore beaucoup plus haut et dans toute <k pe du: premier tour de spire.
C'est dans cet état que nous LERRÉSP MORE cel organe en. figure 2. ;
À mesure que l’on remonte vers son fond, re trouve des: coquilles plus petites et enveloppées d’une matière glaireuse plus abondante.
Vers le fond il ny a plus que des globules de cette matière, dans le centre desquels on voit à la loupe le très-petit aval avec une coquille d'un demi-tour, et qui est loin encore de pouvoir le renfermer.
Cette substance des œufs se durcit dans l'esprit-de-vin, et se comporte en tont comme de l’albumine.
Cet animal est donc proprement ile comme les, vipères.
A côté de la portion 44 matrice qui est au-delà de la cavité branchiale, se trouve un organe glanduleux blanchâtre qui pourroït bien être l'ovaire primitif, ou au moins. servir à sécréter l'enveloppe glaireuse des œufs.
La matrice se termine vers le bas par un tubercule charnu percé d’un trou qui se dilate au moment du part.
Les branchies se composent de trois rangées de filamens coniques, disposés très-régulièrement.
Entre elles et la matrice sont le rectum et le canal de la
(Ci VIVIPARE.
viscosité. Le prèémier s'ouvre un peu plus bas que l’autre, et par un orifice un peu plus grand.
Dans les deux sexes il y a une ligne saillante et charnue qui part de dessous da corne droite et se continue sur le plancher et jusque dans le fond de la cavité branchiale; elle forme nécessairement, avec le bord droit de la voûte de cette cavité, une espèce de demi-canal qui se continue, avec le petit syphon, dont j'ai déjà parlé, sous la corne droite.
L'autre extrémité de ce demi-canal est aveugle, et je ne peux, comme je Jai dit, lui apercevoir: d'autre usage que de faire entrer et sortir l’eau pour la respiration.
L’organe sécréteur de la viscosité, le péricarde et le cœur occupent, comme à lordinaire, la région située derrière le fond de la cavité des branchies, et n’ont rien que nous n'ayons déjà vu dans les autres gastéropodes turbinés. Le-reste de la spire est encore rempli, comme de coutume, par l'estomac, l'intestin et le foie.
L’æœsophage est. d’une minceur et d’une longueur remarquables; il fait un repli avant d’avoir quitté le dessus du pied, etil en fait un second dans la spire avant d'entrer dans l'estomac. | D ER : Celui-ci est un sac assez vaste et divisé intérieurement par différens replis: Îl:s'amincit et ‘revient en avant pour former le pylore; la première partie de lintéstin se porte en arrière , sé collant au bord droit de l'estomac ; la deuxième revient en avant, en longeant tout le bord gauche de la matrice, et: s'ouvre à l'anus sans avoir éprouvé de renflement remarquable.
La bouche est une petite masse charnue et cylindrique qui ne peut former de trompe considérable.
TURBO ,'etc. ds:
La langue n’est qu'un petit tubercule hérissé qui fait une Jégère saillie sur le, plancher de la bouche.
Il n'y à que deux glandes salivaires peu considérables.
Le cerveau est divisé.en deux lobes écartés Fun de l'autre par un filet mince. Le-seul nerf un peu particulier part du lobe droit, croise sur l’œsophage, et va donner des branches aux muscles qui attachent l’animal à sa coquille. Ceux de la bouche, des yeux, des tentacules. sont -comme à l'ordinaire. -" Dans le mâle, la verge occupe la plus grande partie. de l’espace situé au-dessus du pied , et cet espace se trouve par là bien plus gros que dans la femelle; mais comme il n’y a point de matrice attâächée à la voûte de la cavité branchiale, le vide de celle-ci n’est pas plus rempli.
Cette vergeest cylindrique , très-grosse, entourée de fibres annulaires et charnues très-vigoureuses. Elle doit pouvoir se retourner comme celle des limaces, et alors elle sort , ‘ainsi que nous lavons dit, par le trou du tentacule droit. Le testicule occupe dans la spire l’espace que la matrice et l'ovaire tiennent dans la femelle, Il communique avec la verge par un canal court et tortueux. |
Tout ce que nous venons de dire prouve que la wivipare est déjà plus voisine de la janthine et de la phasianelle , décrits dans le Mémoire précédent, que des Aelix, des planorbes et des Zimnées, dont on auroit pu être tenté de la rapprocher, d’après sa coquille et d’après le genre où l’avoit placée Linnœæus.
Ces trois premiers coquillages commenceront donc pour nous une grande famille qui est celle des gastéropodes à branchiés pectinées et à bouche entière, et qui comprend toutes les espèces aquatiques des anciens genres turbo, trochus ct nerita de Linnœus.
(] “NAVIPARE.
Les genres à branchies pectinées et à syphon ;ou au moins à échancrure, savoir buccinum, strombus , murex,°voluta, et tous leurs démembremens ne diffèrent:essentiellement des premiers que parle petit! prolongement: du :manteau qui passe par le syÿphon ou par l'échancrure de la coquille. |
Entre eux, ces divers animaux varient d’une manière facilement appréciable.
- Par la longueur de la trompe;
* Par les détoupures et les productions des deux-memshe qui garmissent'lés côtés du pied ; et de celle qui couvre & ou moins le devant de la tête; | |
:3.° Par le nombre et la Ée des : peignes lis leurs bifétifes: eut 0-9) à |
k° Par du position intérieure où extérieure de la verge dns l'état derepos; | |
5° Par la longueur de la bande hérissée de la langue;