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Il paraîtrait, cependant , qu'à regard des sources qui appartiennent aux mêmes localités et sont ainsi très-rapprochées, les conditions dont il s'agit pourraient bien observer entre elles quelques rapports. Ainsi, des deux sources d'Arles que j'ai comprises dans ce tableau , celle de Manjolet est à la fois la moins chaude , la moins abondante et la moins sulfureuse. Il sera utile de multiplier les occasions de ce genre de rapprochement ; je n'ai connu le regret de les avoir négligées , que lorsqu'il n'était plus temps d'y remédier L
La constance du caractère thermal que nous avons reconnu aux eaux sulfureuses des Pyrénées orientales, se rattache évidemment à leur composition chimique qui présente pour toutes ces eaux une uniformité des plus remarquables, en ce qu'elle a d'essentiel.
Je ferai ressortir, dans un autre Mémoire, que le principe sulfureux de nos eaux se présentait, constamment, à l'état d'hydro-sulfate alcalin; je n'ai trouvé, à cet égard, aucune exception. A cet
1 J'avais annoncé , dans mon Mémoire sur le dégagement du gaz azote, qui a été publié dans les Annales de chimie et de physique, tome XX , que la source Manjolet était , aux bains d'Arles, plus sulfureuse que la grande source; la contradiction n'est qu'apparente. Je comparais, dans le premier cas, l'eau de Manjolet à celle de la grande source , telle qu'elle est employée pour les besoins de l'établissement, c'est-à-dire après un refroidissement qui a fait disparaître une grande partie de son principe sulfureux.
ingrédient principal, se rattachent d'une manière invariable , du sous-carbonate de soude , de la silice et une substance pseudo-organique que je ferai connaître sous le nom de glairine. Ce sont là, si je ne me trompe, les matériaux véritablement essentiels et primitifs de ces eaux, ceux qui représentent, plus directement, l'espèce d'élaboration souterraine qui leur a donné naissance; ceux enfin, qui se rattachent de plus près aux causes de leur état thermal.
Les autres substances que l'on découvre dans le résidu fixe de leur évaporation, telles que l'hydrochlorate de soude, le sulfate de même base, à l'exception de la portion qui provient de l'oxigénation du principe sulfureux, etc., peuvent avoir été plus particulièrement dissoutes dans le trajet des eaux et enlevées aux terrains qu'elles traversent. C'est parmi elles que devraient se trouver les plus grandes variations.
Cette distinction entre les matériaux essentiels et les matériaux accessoires de ces eaux , d'où résultent manifestement quelques facilités pour s'élever à l'appréciation approximative des causes de leur état thermal, demande, pour acquérir de la consistance, à être suivie dans le parallèle d'un grand nombre d'eaux sulfureuses de différens pays, et devient, sous ce rapport , une vue très-importante de l'étude géognostique de ces eaux.
J'aurai bientôt à signaler, dans mon Mémoire sur les glaires et sur la glairine ? cette espèce d'u-
4q premier mémoire.
niversalité avec laquelle se représente, dans les eaux sulfureuses de contrées si variées ,1a matière pseudo-organique quêtai appelée de ce dernier nom. Il restera à vérifier jusqu'à quel point ce composé de nature si remarquable, coïncide avec les matériaux communs des eaux sulfureuses des Pyrénées orientales, ou avec d'autres formes du principe sulfureux et des matériaux différens.
Ce qu'il y a de remarquable, dans cette composition si uniforme des eaux sulfureuses des Pyrénées orientales , eu égard à leur thermalité , c'est que, d'un côté, elles ont de grandes analogies de nature avec les eaux des terrains volcanisés , par la présence constante de la silice et d'un sous-carbonate alcalin, surtout si Ton trouve réellement de l'acide carbonique libre dans un grand nombre d'eaux sulfureuses, comme on Ta prétendu; tandis que, de l'autre, la présence de l'acide hydro-suif urique ou d'un hydro-sulfate semblerait ]es rendre plus comparables que les eaux même de l'Auvergne et de la Bohême ? aux sources que l'on rencontre autour des volcans en activité, où il est si ordinaire , en effet , de découvrir des ingrédiens sulfureux en plus ou en moins grande abondance ; et cependant , les terrains qui donnent naissance à nos eaux sulfureuses des Pyrénées, n'offrent aucune trace volcanique.
Si cette grande uniformité de constitution chimique qui caractérise nos eaux sulfureuses n'est pas, selon toute apparence, sans quelque rapport
avec les causes de leur caléfaction souterraine, il faudra aussi tenir bon compte de l'extrême petitesse des proportions de matériaux fixes que ces eaux entraînent. En effet , c'est le propre de ces eaux de n'offrir, comme résidu de leur évapora— tion, que de très-faibles quantités d'ingrédiens fixes; tellement qu'ils ne vont guère au-delà de la deux millième partie , et qu'ils en forment , le plus souvent , à peine la dix millième ; ce que témoigne le tableau suivant :
Tableau des quantités de résidu fixe obtenues de Vèvaporation de 1 ooo parties d'eau sulfureuse.
Sources.
Quantités obtenues.
La Preste
Vernet
Molitg
Arles , source Manjolet.
Escaldas
ossa.
Arles , grande source.
Thuez
o,i397gr.
0,2099 o,2458 o,3in o,5283
Dans ces résidus , si exigus par eux-mêmes , on ne découvre que pour une très-petite partie, et F hydro-sulfate alcalin, ou plutôt ses débris, et le sous-carbonaté de soude , qui en sont manifeste-
ment les principes les plus actifs. Comment ces deux matières salines, aussi éminemment solubles, sont-elles entraînées dans de si faibles proportions par des eaux qui devraient recevoir de leur température une si grande force dissolvante? C'est ce qu'il est bien difficile de concevoir, si Ton suppose que ces eaux se bornent à enlever ces sels, par le lavage des terrains qu'elles parcourent ; et ce qu'on ne peut guère expliquer qu'en admettant qu'une action électro-motrice a dégagé' ces matériaux de certaines combinaisons dont la cohésion eût suffi pour les mettre à l'abri d'une action simplement dissolvante. On entrevoit , ainsi , comment la nature de ces eaux se lie aux causes de leur caléfaction , et à la nature des terrains où elles prennent naissance.
Les terrains d'où sortent les sources sulfureuses des Pyrénées orientales sont tous , manifestement, des terrains primordiaux. C'est un point que j'aurai aussi occasion d'établir dans mon Mémoire sur la glairine. La ligne de circonscription est nettement tracée. Dès que les terrains primitifs disparaissent , avec eux disparaissent aussi les sources sulfureuses et les eaux thermales; et l'on voit se montrer, en échange, dans des terrains d\me formation bien moins ancienne , soit les eaux acidulés ferrugineuses , soit de véritables eaux salines.
Sur le versant méridional des Pyrénées , et dans la vallée de la haute Sègre , les eaux sulfu-
reuses d'Escaldas , de Dorres, de Quez et de Llo, sortent toutes directement du granité. Sur le versant septentrional, le granité donne encore issue aux sources de Molitg , de Nyer et de la Preste. Le gneiss, le granité passant au gneiss, passant encore à la pegmatite, le mica-schiste, Feurite, etc., livrent passage aux autres sulfureuses des deux vallées de la Tet et du Tech , et sont , toujours, peu éloignées du granité lui-même.
S'il était donc question de rechercher, par rapport aux eaux sulfureuses des Pyrénées orientales, quelle est l'hypothèse qui se prêterait le mieux à rendre raison de leur caléfaction souterraine , il me semble qu'elle devrait surtout s'adapter, entre autres, à ces conditions : Que ces eaux sortent des terrains primordiaux, tout-à-fait étrangers aux terrains volcaniques; qu'elles contiennent, avec une uniformité remarquable , un hydro-sulfate et un sous-carbonate alcalin , de la silice , et une matière pseudo- organique, abstraction faite de quelques matériaux accessoires ; que cesingrédiens, dont les deux premiers sont si éminemment solubles , ne s'y trouvent, cependant, qu'en proportions tellement petites, qu'on a cru, pendant longtemps, que les eaux chaudes qui coulent du sein des roches primitives, sont des eaux pures , ne tenant point de matières salines '/ enfin, que les ingrédiens les plus actifs et les plus caractéristi-
1 Brongniart, Traité de min,, t. T, p. 95.
ques de ces eaux n'ont encore jamais été reconnus comme disséminés dans ces sortes de terrains, tandis que ces mêmes terrains contiennent , manifestement , certains composés insolubles dont ces mêmes matériaux pourraient être dégagés en vertu d'une action électro-motrice.
Jusque quel point ces circonstances caractéristiques des eaux sulfureuses des Pyrénées orientales sont-elles communes aux eaux sulfureuses des autres pays? C'est ce qu'on ne saurait établir qu'autant qu'on aurait étudié , avec les mêmes vues de généralisation, les sources sulfureuses disséminées dans d'autres contrées.
Il sera souvent très-difficile de bien juger de la nature primitive et essentielle d'une eau sulfureuse , et de pressentir, par conséquent, les conditions qui ont présidé à sa formation , si on se borne à l'étudier dans son état d'isolement, et si on ne distingue pas convenablement les matériaux essentiels, qu'elle a puisés à son origine , d'avec les matériaux accessoires qu'elle a trouvé à dissoudre dans son cours. Cet inconvénient s'effacera en partie, si l'observateur, embrassant dans ses recherches un grand nombre de ces eaux, parvient à découvrir, dans la même formation hydrologique , quelque source sulfureuse qui, par la nature des terrains d'où elle s'échappe, par ses caractères physiques , par la nature et les proportions de ses matériaux , puisse lui servir de terme de comparaison.
Lorsque M. le docteur Cantu eut publié l'intéressante découverte de l'iode, dans un grand nombre d'eaux sulfureuses du Piémont , je m'empressai de le rechercher à mon tour, dans les résidus de l'évaporation de nos eaux des Pyrénées qui se trouvaient disponibles dans mon laboratoire. Je l'entrepris sans compter sur le succès , et je l'entrepris en vain. Cette défiance m'était inspire'e par le caractère des terrains qui produisent nos eaux. Ce pressentiment a été pleinement justifié par les renseignemens que M. Cantu a eu la complaisance de me donner de vive voix.
La source de Castel-Novo d'Asti , qu'il présente comme la plus riche en iode , ainsi que les autres eaux sulfureuses qui lui ont offert cet ingrédient remarquable, sont des eaux froides, chargées de grandes proportions de matières fixes; tenant, surtout , beaucoup d'bydro-chlorate de soude et de sulfate de chaux , et sortant des terrains tertiaires. Qui ne dirait , à ces caractères , que ces eaux sulfureuses sont d'une formation tout-à-fait différente de celle de nos eaux des Pyrénées , et qu'il n'y a de commun , entre elles , que la présence du principe sulfureux? Cependant, M. Cantu luimême a remarqué qu'à une certaine distance de ces eaux, l'on découvre d'autres sources sulfureuses qui sont décidément thermales; donnent peu de produits fixes; sortent de terrains primordiaux, et sont placées , par rapport aux premières , dans des rapports de position qui les font, justement,
regarder comme appartenant à une même formation hydrologique.
Comment sont donc survenues des différences aussi notables entre ces deux sortes d'eaux sulfureuses? Tout tend à suggérer que les eaux sulfureuses froides du Piémont proviennent également de terrains primitifs; quelles en sont sorties chaudes , peu chargées de matières salines ; mais , qu'ayant trouvé à parcourir des terrains superposés , à sédiment , plus ou moins imprégnés de sel gemme , elles ont perdu , en les traversant , leur chaleur primitive , et se sont chargées , en échange, de quantités plus ou moins grandes de matières salines, parmi lesquelles se trouve un hydriodate, que tout fait regarder comme devant être un ingrédient commun de ces sortes de terrains.
Ce qui semble témoigner, irrésistiblement, que tel est, en effet, le mode de transformation des eaux sulfureuses thermales, en eaux sulfureuses salines froides , c'est qu'on retrouve l'iode dans d'autres sources minérales de la même contrée , quoiqu'elles n'aient rien de sulfureux. C'est ainsi que ce principe avait été signalé , par M. Angelini, dans Peau de Sales, près de Voghera, qui n'est qu'une eau saline, très-chargée d'hydro-chlorate de soude \
Si ces conjectures sont fondées ( et tout semble leur être favorable ) , il faut bien en conclure que,
1 M.Cantu, Essai chim. médical sur l'existence de l'iode dans les eaux min. suif., page 3.
dans ces cas , l'iode n'est point un principe essentiel de ces eaux sulfureuses , un ingrédient qui émane du mode d'élaboration qui les avait produites dans les couches profondes de la terre où elles ont prit naissance ; qu'il a été pris , secondairement, en dissolution, ainsi que la plus grande partie des autres matières salines , pendant le cours de ces eaux à travers des terrains plus superficiels 5 que , dès-lors , il faut faire abstraction de l'iode et des autres matériaux accidentels , si l'on veut chercher quelles ont été les conditions primitivement productrices de ces eaux , et jusqu'à quel point la formation des eaux sulfureuses se lie , même dans ces cas , à des causes de caléfaction.
Ce que je viens de dire, comme exemple, des eaux sulfureuses du Piémont, qui contiennent de l'iode, n'est e'videmment destiné qu'à suggérer comment il faudra démêler, à travers les insrédiens des eaux sulfureuses, quels sont les matériaux essentiels, quels sont les matériaux accessoires, si l'on veut s'élever à une théorie convenable de la formation et de la thermalité de ces eaux.
Des eaux thermales à chaleur d'emprunt.
J'ai eu à étudier, dans les Pyrénées orientales, deux sortes d'eaux thermales, savoir : des eaux
thermales sulfureuses qui sont de beaucoup les plus nombreuses, et des eaux thermales que je nommerai thermales simples, parce que, n'offrant que les ingrédiens les plus familiers des eaux communes, elles semblent n'être que de Feau ordinaire dont la température a été plus ou moins élevée dans l'intérieur de la terre.
Ces eaux thermales simples se sont constamment offertes à côté ou dans le voisinage de sources sulfureuses plus chaudes qu'elles. La constance de ces rapports de position et de thermalité me paraît suggérer, fortement, que les premières, loin d'être des thermales primitives et des eaux profondes , c'est-à-dire des eaux qui auraient puisé leur chaleur dans des régions souterraines analogues à celles d'où provient la chaleur des eaux sulfureuses, n'auraient été chauffées que parce que leurs canaux auraient été rapprochés dans une partie plus ou moins grande de leur trajet souterrain , d'une source sulfureuse très-chaude; et que des communications calorifiques , se réalisant à travers des parois convenablement conducteurs , auraient décidé leur caléfaction aux dépens de ces eaux sulfureuses.
A Moliîg , deux sources chaudes coulent à quelques mètres de distance l'une de l'autre , le long du mur de l'établissement thermal; mais pendant que l'une d'elles , qui est puissamment sulfureuse , entraînant des glaires , etc., est d'une température de 3oe, 5 R. , l'autre, véritable thermale simple 7
n'offrant aucun caractère sulfureux , et ne laissant aucune trace de dépôts glaireux , n'élève le thermomètre qu'à 28% R.
Non loin d'Olette , sur la rive gauche de la Tet, on voit sourdre une eau sulfureuse, dont la température et de 43%5 R-i tandis que dans un fort grand voisinage, et à peu près sur le même plan, quoique sur la rive droite, on découvre une thermale simple, qui forme ce qu'on nomme, dans le pays , le bain d'En, et dont la chaleur ne s'élève qu'à 4oo, R. Or, la disposition des lieux, quoique la rivière les sépare, ne permet guère de douter que leurs canaux souterrains ne suivent une même direction, et ne soient très-rapprochés dans une partie du cours intérieur des eaux.
Dans le terroir de la commune de Thuez, qui offre , sans contredit , le plus imposant atelier d'eaux thermales des Pyrénées orientales, et peutêtre aussi de toute la chaîne Pyrénéenne, on trouve une source thermale qui ne peut figurer que parmi celles que j'ai nommées thermales simples, dont la température va jusqu'à 44 \ R-, et qui est comme entourée de trois autres sources thermales, fort abondantes , |mais sulfureuses. De ces dernières , la source du torrent , ou de la cascade , la plus élevée par sa position, est d'une température de 620, 25 R. ; celle du plan moyen ( bain de Thuez ) , marque 36°, R. ; et celle du plan inférieur (source du pré de F. Garenne, de Thuez) élève la sienne jusqu'à 6o°. Toutes quatre se
montrent sur le même flanc de la montagne; elles sont peu distantes les unes des autres, et la position relative de la thermale simple est telle, que son plan est intermédiaire aux points d'émergence des sources à 6o°, R., et à 62°, 25.
La constance de ces rapports de température, dénature chimique et de position respective, dans ces deux ordres d'eaux thermales, m'a paru un fait important qui méritait, à tous égards, de fixer l'attention des physiciens; et qui, s'il se représentai! ailleurs, tel que j'ai eu à l'observer dans les Pyrénées orientales , ferait sentir la nécessité de modifier, du moins en ce qui concerne les thermales impies, dont il est question, toute doctrine que Ton adopterait sur les causes de la chaleur des thermales.
Jl serait, par exemple, bien difficile d'admettre que ces eaux thermales simples, dont les températures, à 28°, l\o% 44%R«i contrastent avec les températures des sulfureuses qui les a voisinent ef qui s'élèvent respectivement, à 3o°,5; 43°,5; 6o°, ou (Ï20, 5 , vont puiser la chaleur dont elles sont pénétrées à des profondeurs correspondantes, quoiqu'elles soient si fortement rapprochées. N'est-il pas bien plus probable que la chaleur de ces thermales simples est une chaleur d'emprunt; qu'elle leur a été communiquée par les sulfureuses duvoisinage, d'une température supérieure à la leur; que Peau thermale simple n'est qu'un courant d'eau commune qui, sans pénétrer aussi profon-
PREMIER MÉMOIRE-. 5l
dément dans les entrailles de la terre, coule dans un canal que sa position fait coïncider, dans une portion plus ou moins grande de son étendue souterraine, avec le conduit de Peau sulfureuse dont il ne serait séparé que par des parois d'une faible épaisseur, et peut-être d'une nature plus décidément conductrice que les terrains ordinaires ?
Il arrive souvent, dans les établissemens thermaux alimentés par des sources sulfureuses, que ces eaux, étant trop chaudes pour être appropriées, directement, aux usages médicinaux, doivent subir un refroidissement quelquefois très-long; or, ce refroidissement, ayant lieu au contact de l'air, expose ces eaux à perdre de leurs vertus par la destruction progressive du principe sulfureux. Le meilleur moyen de prévenir cette déperdition ( et j'ai eu plusieurs occasions d'en donner le conseil \ étant d'opérer le refroidissement à l'abri de l'air, et le plus promptement possible, il suffit de soumettre l'eau thermale à une forte réfrigération , en la faisant passer dans des canaux de fonte ou de zinc , qu'on entoure d'un courant d'eau froide. Celle-ci s'échauife aux dépens de l'eau thermale , peut se prêter ainsi à des applications particulières, et nous offre une image fidèle de la manière dont se produisent, dans la nature, les sources thermales simples qui m'occupent en ce moment.
Le sentiment qui attribuerait à ces thermales simples une chaleur indépendante de celle des eaux sulfureuses du voisinage , et qui supposerait
qu'elles vont puiser cette chaleur dans des couches terrestres d'une profondeur proportionnelle , serait, ce me semble, susceptible d'objections qui ne permettent nullement de l'accueillir.
ip. Le fait de la. supériorité constante de température d1une eau sulfureuse voisine rend, d'abord, éminemment probable que la thermale simple a été chauffée à ses dépens.
Il serait , en effet, bien singulier que dans un département où les sources thermales sont si répandues, on ne trouvât aucune thermale simple assez distante des eaux sulfureuses pour autoriser la suggestion d'indépendance ; ou que , malgré ce rapprochement des sulfureuses , on n'aperçût aucune thermale simple qui l'emportât par sa température sur les sulfureuses d'alentour.
2°. Les thermales simples ne coïncident pas seulement avec les sulfures d'une température supérieure à la leur; elles sont, de plus, très-rapprochées d'eaux sulfureuses d'une température inférieure, ce qui n'ajoute pas peu à la difficulté.
Ainsi la source thermale simple de Molitg (28°), est fort voisine d'une source sulfureuse à 220, R. , qu'utilisel'établissement. L^eau thermale d'En (4o°), est peu éloignée de la source sulfureuse de Nyer , qui n'offre que 18°, R., de chaleur; enfin la thermale simple de Thuez (44°)? se trouve tout à côté d'une eau sulfureuse de 36° ( bain de Thuez ).
On voit bien , d'après cela , qu'il faudrait supposer que l'eau thermale simple a été , dans tous
les cas, puiser sa température dans des couches terrestres intermédiaires à celles qui fournissent les eaux sulfureuses , ce qui n'est nullement probable, lors surtout que Ton prend en considération l'extrême rapprochement de ces eaux.
3°. La grande étendue que paraissent avoir les terrains à matériaux sulfureux, est encore une circonstance qui semble repousser, naturellement, toute probabilité de l'indépendance des eaux thermales simples.
Comment admettre , en effet, que dans une contrée où Ton trouve , de tous côtés, des eaux sulfureuses, dont la température varie depuis i3°, R., jusqu'à 620, 5 R., en offrant, pour ainsi dire, tous les degrés intermédiaires , ce qui suppose que les terrains à matériaux sulfureux s'offrent déjà à environ 160 mètres de profondeur, et se représentent encore à plus de 2,000 mètres, on puisse placer, dans cet intervalle, l'origine des thermales simples? La supposition ne me paraît offrir aucune espèce de vraisemblance, lors surtout qu'on a tant de raisons de penser que les terrains à matériaux sulfureux, loin de borner leurs dimensions dans les limites des Pyrénées orientales, semblent s'étendre dans toute la chaîne avec un caractère d'uniformité des plus remarquables.
§ iv.
La température des eaux thermales ri est pas toujours en rapport avec V élévation des lieux ou elles sourd ent.
L'hypothèse qui attribue la chaleur des eaux thermales à celle des couches terrestres d'où elles proviennent, semble suggérer naturellement que les sources de même nature doivent être d'autant plus chaudes qu'elles sourdent à de moindres hauteurs , et qu'ainsi le rapport des températures peut servir à mesurer, approximativement , la différence de niveau des lieux ou sont situés leurs bouillons.
C'est, en effet, ce qu'on a été porté à penser; mais si parmi les faits que j'ai eu occasion de noter, relativement à la position des sources thermales, il en est quelques-uns qui semblent justifier cette conjecture, je dois dire qu'il en est aussi un grand nombre qui la repoussent : ce qui annoncerait que cette induction n'aurait pas pour elle le plus de probabilités , s'il fallait s'en rapporter à ce qui s'observe dans les Pyrénées orientales. Ce n'est qu'en multipliant les observations de ce genre qu'on pourra déterminer jusqu'à quel point il serait permis de faire servir la chaleur des sources thermales , pour en déduire les différences de niveau des lieux où elles se montrent.
Je vais utiliser ces observations, je Ta voue, avec le regret de Savoir pas évalué barométriquement la hauteur des lieux. Lorsque j'entrepris mon excursion hydrographique sur les Pyrénées, je n'avais pas assez prévu ce que ce genre d'évaluations pouvait m'ofrrir d'avantageux, et je sacrifiai le baromètre à la nécessité de m'y trouver entoure d'instrumens plus en rapport avec le caractère des recherches qui m'y amenaient.
Dans la vallée du Tech, la température des sources thermales est fidèle à la loi de leur position. Les eaux de la Preste, situées vers la partie la plus haute de la vallée, n'ont qu'une chaleur de 35°, 2 R. ; tandis que celles d'Arles, qui sourdent six lieues plus bas, nous offrent jusqu'à 5o , 3 R. de température.
Ce rapport des températures avec la hauteur des lieux ne se retrouve plus, à beaucoup près, dans la vallée de la Tet, si riche en eaux thermales. Ici la disposition est telle, que les thermales les plus chaudes répondent , à peu près, à la hauteur moyenne de la vallée, pendant que sa région inférieure n'offre plus que des thermales d'une faible température.
Lorsqu'on descend la vailée de la Tet, l'on trouve d'abord , non loin du Mont-Louis, la belle source de Saint-Thomas, avec une température de 46°3 5, R. Deux lieues plus bas, se présentent les sources de Thuez, qui élèvent le thermomèlr. à 62°, 25 ; tandis que cinq lieues plus loin la source
sulfureuse de Vinça, la dernière de toutes, le long de cette vallée, n'offre plus que 180, 8, R., et semble sortir, pour ainsi dire , du groupe des eaux thermales. Dans l'intervalle de celle de Thuez à celle de Vinça, se font remarquer, à droite, les eaux du Vernet, de 44% 5, et à gauche, un peu au-dessous, les eaux de Molitg, qui n'élèvent le thermomètre qu'à 3o°, 3.
Il ne serait donc pas toujours légitime d'envisager les sources minérales les plus chaudes comme étant, à leur point d'émergence, plus rapprochées de la couche intérieure qui leur communique sa chaleur, et de prendre 'ainsi le rapport des températures des eaux thermales, d^une constitution analogue, comme inverse delà hauteur des lieux où elles se montrent.
Ce genre d'observations'ïne semble di°ne d'être suivi, et je ne me dissimule point que pour Tètre plus utilement, il conviendra d'y apporter plus d'exactitude que je n'ai pu le faire moi-même, en s'étayant des mesures barométriques.
L'inégalité de température des sources n'entraîne pas Vinègalité de profondeur des couches terrestres d'où elles proviennent.
Lors même quW trouverait de fortes raisons d'admettre que des sources thermales , auxquelles
PREMIER MÉMOIRE. 5j
leur identité de nature semble assigner, comme point de départ, les mêmes régions intérieures du globe, doivent, toutes choses égales, se montrer doutant plus chaudes , qu'elles s'échappent à de moindres élévations, il n'en faudrait pas moins reconnaître que certaines circonstances accessoires, telles entre autres, que le volume des sources et leur trajet plus ou moins sinueux, peuvent altérer ce rapport d^ne manière notable.
C'est ce que me semble témoigner, avec force, cette grande diversité de températures que Ton trouve aux divers filets d'une source , quoique tout annonce qu'ils ont une origine commune.
Rien n'est plus familier que de voir, dans une même localité, sourdre , non loin les unes des autres, diverses ramifications d'une même eau thermale , avec des températures très- différentes. L'extrême rapprochement des sources, la direction de leur cours, l'identité de constitution chimique qu'on leur découvre , tout concourt à les faire envisager comme autant de rameaux d'une source commune; tout fait présumer que ces rameaux, dont la bifurcation a pu s'effectuer plus ou moins près de la surface, doivent ces différences de température, soit à la longueur du trajet que chacun d'eux a eu à parcourir, soit au volume du filet plus ou moins facile à refroidir, peut-être encore à la nature plus ou moins conductrice des couches parcourues.
Aux bains d'Arles , se montrent sur une aire de
peu d'étendue, près de vingt sources thermales dont les températures diffèrent, depuis 27° R. jusqu'à 5o.3. Toutes, cependant, se comportent chimiquement de la même manière. Si, au premier aspect, certaines d'entre elles offrent des caractères assez distincts pour qu'on fût tenté de leur attribuer une origine différente, la divergence n'est qu'apparente; il est facile de s'en assurer.
Au milieu de ces sources si diversement chaudes , il en est une qui avait mérité d'être distinguée à raison de sa nature plus décidément sulfureuse. C'est la source de Manjolet dont la chaleur est de 34°, 5. Cette circonstance lui avail acquis depuis long- temps une sorte de faveur populaire. Cependant, l'inspection des lieux ne me permettant nullement d'envisager cette petite source comme indépendante des autres , je fu> porté à rechercher si ces dernières ne seraient pas également sulfureuses dans leur cours, quoiqu'elles le fussent très-faiblement aux points où je pouvais aborder leurs eaux. J'acquis facilement la certitude de l'affirmative, à l'égard de la source principale, en la faisant mettre à découvert, au sortir même de la montagne. Il me fut ainsi démontré que, malgré ces modifications de température et même de nature chimique, ces diverses sources reconnaissaient même origine.
Bordeu, retrouvant à Baréges plusieurs source* d'inégale température, fut porté à penser que le* moins chaudes étaient mêlées de sources froide»
PREMIER MÉMOIRE. 5û,
et devaient être, par conséquent, moins efficaces '. Quoique cette adjonction de quelque source froide puisse être réelle , dans quelques circonstances, l'exemple que je viens de citer est décisif pour attester qu'une source peut être moins chaude que celles du voisinage, et, cependant, plus chargée d'ingrédiens médicinaux, ce qui repousse la supposition de l'intervention d'une eau commune.
J'ai même quelques raisons de croire que cette petite source de Manjolet n'est restée plus décidément sulfureuse , que parce que le faible filet d'eau qui la constitue, ayant été plus efficacement refroidi, a mieux préservé le principe sulfureux de l'altération progressive qui tend à le faire disparaître. D'où il faudra conclure que l'abaissement de température d'une source pourra être , quelquefois, une condition de sa plus grande richesse en ingrédiens actifs. Dans tous les cas , l'analyse pourra seule reconnaître jusqu'à quel point ces différences de température coïncident avec des proportions plus ou moins grandes des matériaux que ces eaux entraînent.
Nulle part je n'ai vu un exemple aussi frappant de cette diversité de températures , pour des filets d'eau thermale ayant, manifestement, même origine, que celui des sources qui alimentent l'établissement du sieur Calt à Molitg. Là, sortaient, des fentes d'un rocher, par des voies différentes et sur
1 Eaux du Bêarn , page i68.
une surface à peine de dix mètres carrés , onze filets d'eau sulfureuse, dont la température variait depuis 23°, 5 jusqu'à 29°,9, et qui ayant été tous réunis dans un même bassin, pour les besoins de rétablissement , ont donné pour température résultante 290. Bien certainement la température moyenne eût été plus basse , si les divers filets avaient été réunis avec les degrés de chaleur qu'ils m'avaient offerts primitivement. Je n'attribue l'amélioration survenue dans la chaleur moyenne, qu'à ce qu'on a détaché une grande partie de ce rocher, pour élever l'établissement thermal, et qu'on a pu prendre , ainsi , ces petites sources plus près de leur embranchement commun; ce qui a causé de moindres déperditions de calorique.
Si cette conjecture est fondée, comme je suis autorisé à le croire, il faudrait en déduire qu'une augmentation, même légère, du trajet souterrain que parcourent les eaux thermales, peut introduire des différences assez notables dans leur chaleur respective.
Les conséquences qui semblent se rattacher au fait dont il est question, ne sont pas sans importance.
i°. Si la température d'une source thermale peut être aussi notablement modifiée, rien qu'en parcourant une portion plus ou moins grande des couches superficielles de la terre , il ne serait pas surprenant que cette température pût varier aux diverses époques de la journée, suivant que les
températures extérieures auront pu exercer leur influence sur ces couches, ce que l'observation a fait entrevoir pour certaines sources et ce qu'il importe de constater de plus en plus.
2°. Si, malgré les grandes différences de température que peuvent offrir les sources thermales d'une même localité, on ne peut s'empêcher de les regarder comme ramifications d'une source commune , comme provenant des mêmes régions souterraines , n'est-on pas autorise' à penser que lorsque des sources thermales s'identifient, d'ailleurs, par la nature de leurs matériaux, quoiqu'elles soient distribuées sur une grande étendue de terrain , comme serait, par exemple , la surface d'un département ou même celle de la chaîne des Pyrénées, et quelles offrent des températures si différentes, elJes proviennent cependant des mêmes régions souterraines; soit que ces régions recèlent les matériaux que ces courans d'eau entraînent; soit que la nature y ait établi l'atelier où s'élaborent, par des procédés qui nous sont inconnus, les ingrédiens caractéristiques de ces eaux? Ce qui revient à dire que la conformité de nature des sources thermales pourrait bien être plus propre que l'égalité des températures à leur faire attribuer une communauté d'origine.
62 PKEMJER MÉMOIRE.
S vi.
De l'uniformité de température des eaux thermales.
Le phénomène le pins remarquable des eaux thermales est, sans contredit, cette imperturbable uniformité de température qu'on leur attribue et qu'on dit se maintenir dans tous les temps, malgré la diversité des saisons et des variations atmosphériques.
On conçoit combien cette attribution , si elle est aussi réelle qu'on le suppose communément, est propre à introduire de difficultés dans tout essai d'interprétation de la chaleur de ces eaux, d'autant que, pour un grand nombre de ces sources, cette constance de température remonterait aux temps les plus reculés et aurait traversé, en restant toujours la même , une longue suite de siècles.
Il faut convenir cependant que cette température des eaux thermales n'est pas d'une invariabilité aussi décisive qu'on le soutient généralement ; d'un côté, certaines d'entre elles subissent, dans leur température, des révolutions qui rélèvent ou l'abaissent ; de l'autre , il faut convenir que les observations d'après lesquelles cette constance de température aurait été établie ne comptent guère jusqu'ici qu'un siècle d'existence, et n'ont même
été faites , pendant long-temps , qu'à l'aide d'instrumens infidèles et peu comparables; de telle sorte que , loin de servir à éclairer le problême, la plupart d'entre elles ne sont propres qu'à l'embarrasser.
Ce point de la doctrine des eaux thermales mérite donc de fixer encore pendant long-temps Fatlention des observateurs; de ceux surtout qui, vivant habituellement au voisinage des sources, peuvent vérifier plus assidûment s'il est vrai que ces températures soient aussi stationnaires qu'on Ta prétendu , et jusqu'à quel point les variations survenues , coïncideraient avec certaines modifications de nature , avec l'augmentation ou la diminution de quantité des ingrédiens de ces eaux. Ces sortes d'observations, pour être utiles, devront être faites avec une exactitude scrupuleuse, à Faide cFinstrumens fidèles et avec une grande persévérance.
Mon travail sur les eaux des Pyrénées orientales dont je recueillais , sur les lieux, les matériaux, en 1818 et 1819, semblait m'offrir une bonne occasion de vérifier, par la facilite' de comparer un grand nombre de sources thermales, jusqu'à quel point leur température pouvait avoir changé, après plus d'un demi-siècle d'intervalle. Le traité de Garrère sur les mêmes eaux avait été publié en 1704? ce médecin avait accompagné, auprès des sources, le célèbre Venel , qui avait reçu du gouvernement la mission de faire connaître les
eaux minérales de France, et ce furent les données rassemblées dans cette excursion qu'il utilisa. I/habileté des observateurs et l'importance de la mission, tout semble garantir et la bonté des instrumens et la justesse des évaluations. Je n'ai pas été peu étonné, lorsque, rapprochant les températures assignées aux sources par Carrère , de celles que je leur avais reconnues moi-même , environ soixante-cinq ans après, en employant des thermomètres de M. Fortin, j'ai pu constater que les indications thermomé triques de la dernière époque se montraient toutes sensiblement plus basses que celles de la première.
Le tableau suivant est destiné à représenter, je ne dis pas les variations survenues , mais les variations indiquées :
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