‹ Mémoires pour servir à l'histoire générale des eaux minérales sulfureuses et des eaux thermalesChapitre 20 sur 36 · XI · texte numérisé non relu

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Il suffit de jeter un coup-d'œil sur la colonne du tableau où sont exprimées les différences de température qui affecteraient les évaluations les plus récentes, comparativement aux plus anciennes, pour se convaincre que toutes ces eaux se seraient plus ou moins sensiblement refroidies , durant cet intervalle.

Les limites de leur refroidissement respectif seraient d'ailleurs très- variables , pendant que la source de Nyer ne se serait refroidie que de o°,5 , l'abaissement de température que celle d'Olette aurait subi, équivaudrait à 270. En général, les abaissemens survenus dans les températures répondraient assez, à l'élévation de celles dont les sources étaient douées à la première époque, c^està-dire que les plus chaudes se seraient plus décidément refroidies que les autres. Cette espèce de loi de proportionnalité n'offrirait que peu d'exceptions, et ces exceptions ne sont pas même sans importance, pour affermir l'ensemble des résultats.

Le décaissement général des températures est trop en opposition avec les opinions familièrement admises sur ce point , ainsi qu'avec les résultats obtenus par d'autres observateurs , pour qu'on ne soit pas tenté, au premier abord , de suspecter la fidélité des premières évaluations, exécutées à une époque où Ton était loin d'apporter à la confection des thermomètres les mêmes garanties qu'on y a introduites depuis. Mais si l'on est ré-

PREMIER MEMOIRE. 6j

duit à accuser d'infidélité les instrumens à l'aide desquels furent recueillies les évaluations de 1754, comment se fait-il que certaines de ces évaluations s'éloignent si peu des nôtres ? Comment se fait-il encore qu'elles aient indiqué comme uniformes, des températures que nous avons trouvées sensiblement différentes entre elles ?

Je sais tout ce qu'on peut attribuer d'inexactitude, soit aux vices de l'instrument, soit aux différences d'habileté des observateurs, soit enfin à la diversité des points où s'effectuent les observations; mais il s'en faut que cela suffise pour déprécier les évaluations consignées dans le traité de Carrère , au point de repousser les conséquences qui s'en déduisent naturellement. Ici l'observateur était un savant auquel la science des eaux minérales a les plus notables obligations; l'importance de la mission qu'il remplissait , ne permet nullement de douter qu'il ne fût pourvu des meilleurs instrumens de l'époque, et la disposition des lieux me permet d'assurer que , malgré l'éloignement des temps , la mesure des températures a été prise, dans la plupart des cas, aux mêmes points. Ayant eu moi-même occasion de prendre la température de la principale source de Molitg, à deux époques séparées par vingt ans d'intervalle, je lui ai trouvé, la première fois , 3i* R. , tandis qu'en 1818, cette cbaleur ne fut plus que de 3o°,3. Si le thermomètre dont j'avais fait usage pour la première évaluation , avait mérité de m'inspirer

autant de confiance que ceux de M. Fortin, qui me servirent , lors de la seconde , je n'hésiterais pas à regarder comme positif que ces eaux avaient perdu dans ce laps de temps 00,7 de leur température; et je ne pourrais m'empêcher de remarquer que cette déperdition serait, à très-peu de chose près, proportionnelle à celle que leur attribuerait le lableauque j'ai tracé, pour une période desoixanîecinq ans.

Lorsque je poursuivais mes recherches sur les eaux des bains d'Arles , j'eus soin d'éprouver chaque jour, en faisant varier l'époque de la journée , la température de la grande source , au point où elle sort de la montagne, et je lui trouvai constamment 4g° R., avec des thermomètres assez délicats , pour permettre d'appre'cier, sans peine , des variations de ~ de degré. Repassant, un an après, aux mêmes lieux, je retrouvai encore exactement la même température. Mais on voit bien que des vérifications réalisées, ainsi, à des époques aussi rapprochées, sont d'une faible importance, pour mettre en évidence des changemens de température qui , lors même que le refroidissement progressif des eaux thermales serait mis hors de doute , se prononceraient trop lentement pour ne pas e'chapper dans ces limites aux instrumens les plus délicats.

En admettant , en effet , que la grande source des bains d'Arles se fût refroidie en soixante-cinq ans de 6°, 5 R. ( ce qui est, selon toute apparence, une

quantité trop forte ), le refroidissement annuel, n'équivalant qu'à ~ de degré , deviendrait , par cela même, d'une vérification difficile; car, quelque parfait que soit l'instrument mis en œuvre, et quelque attention qu'y apporte l'observateur, les erreurs d'un dixième de degré deviennent faciles, quand on opère à de longs intervalles.

Il serait possible, d'ailleurs, que ce refroidissement progressif que donne, pour les eaux thermales des Pyrénées orientales, la comparaison des évaluations de Carrère avec les miennes , ne fût propre qu'à cette région. C'est ce qu'on ne pourra entrevoir qu'à l'aide de rapprochemens analogues entre les anciennes et les nouvelles évaluations de températures, pour les eaux thermales des autres pays. Ce qui semblerait suggérer, du moins, qu'une cause comme locale a pu affecter la température de nos thermales , c'est l'étendue même du changement qui est survenu dans la source d'Olette.

Cette source qui, avec satempérature de 70 ,5 R., a été long-temps réputée la plus chaude des thermales de France1, ne m'a offert, en 1818, qu'une chaleur de 43°, 5 R. , c'est-à-dire qu'elle avait subi un refroidissement de 270. Certes, une variation aussi étendue ne saurait être réputée l'ouvrage des causes naturelles du refroidissement progressif qui pourrait affecter, d'ailleurs, les sources chaudes , tant il est hors de toutes proportions.

' Carrère, Catalogue raisonné des ouvrages publiés sur les eaux min., page 537.

Il est fâcheux qu'on ne puisse décider si le changement survenu a dû intéresser la source à son origine souterraine, par suite de quelque révolution intérieure; ou s'il se bornerait à être la conséquence de quelque filet d'eau froide qui serait venu se joindre à la source. Il n'y avait qu'un moyen d'attacher plus de force à Tune de ces conjectures qu'à l'autre. C'eût été que son volume et les proportions de ses matériaux eussent été exactement déterminés pendant qu'elle avait sa température primitive ; j'eusse vérifié alors quels changemens étaient survenus sous ce double rapport ; et s'il avait pu être constaté que le volume n'avait point augmenté, que ses matériaux étaient restés les mêmes et dans les mêmes rapports, nous aurions pu en tirer quelques inductions sur les causes de ce bouleversement de température ; tout ce que j'ai pu reconnaître, c'est que cette eau se maintient encore très-sulfureuse, et plus même qu'elle ne devrait l'être, eu égard aux autres sulfureuses de ses alentours , si le refroidissement était dû à l'intervention d'un courant d'eau commune.

Ce n'est pas, seulement, par des abaissemens plus ou moins brusques de tempe'rature que se manifestent, quelquefois, les révolutions intérieures dont les sources thermales sont susceptibles. Elles peuvent être encore caractérisées , en sens contraire , par des augmentations plus ou moins subites. C'est ainsi que MM. Boussingault et Ilivero ont trouvé ,

dans le mois de mars 1822, les eaux de Mariara, de la Cordillière de Venezuela , s'échappant d'un terrain granitique avec une température de 64° c. ; tandis que , peu d'années avant , elles n'avaient offert à M. de Humboldt qu'une chaleur de 5q°,2,c.\

C'est par une observation attentive des changemens qui peuvent atteindre la température des sources thermales , et par une appréciation convenable, soit des événemens atmosphériques ou terrestres qui auraient pu exercer quelque influence , soit des variations de volume ou de nature qui auront pu survenir, qu'on parviendra , peut-être , dans la suite , à pouvoir raisonner plus pertinemment sur les causes de cette chaleur des eaux thermales. Tout est à faire , pour ainsi dire , à ce sujet.

Rien n'est plus familier que d'entendre affirmer que la température des eaux thermales est d'une fixité sur laquelle le temps n'a pas de prise. Cependant , il est plus difficile qu'on ne serait tenté de le penser de trouver des évaluations comparatives qui, prises à de longs intervalles, déposent en faveur de cette constance , et méritent d'inspirer une confiance entière. Les observateurs qui viendront après nous se trouveront probablement, à cet égard, dans une meilleure position.

Dans le petit nombre d'observations de ce genre que leur concordance et l'habileté des observateurs recommandent d'une manière particulière ,

1 Ann. de chim. et dephys., t. XXIII, p. 274.

je citerai volontiers la détermination de la température de Peau du Sprudel , à Carlsbad, faite , en 1822, par M. Berzelius, qui la trouva de 5o/ R. , c'est-à-dire, rigoureusement la même que Bêcher, auteur d'une très-belle analyse de ces eaux , l'avait signalée en 1770, un demi-siècle avant1. Mais il est digne de remarque que cette même source n'offrit au célèbre Klaproth, en 1791, qu'une température de 55°,5 R. Or, ce fait n'intéresserait pas, seulement , par l'e'tendue de l'oscillation de température qu'il aurait constaté; mais encore par la justesse avec laquelle cette même température se serait releve'e au point de se retrouver, en 1822, justement ce qu'elle était en 1770.

Lors même que la comparaison des températures assignées par Carrère, aux eaux thermales des Pyrénées orientales , avec celles que je leur ai moi-même reconnues plus d'un demi-siècle après , rendrait éminemment probable que ces eaux ont subi un refroidissement , et que cet abaissement des températures est un phénomène général , je ne pense pas que les différences qu'on déduirait de cette comparaison pussent représenter les progrès de ce refroidissement.

Il est impossible d'admettre une progression aussi rapide dans le décroissement des températures, du moins comme phénomène général. Cela ne s^ccorderait nullement avec la haute antiquité

1 Ann. de chim. etdephys., t. XXVIII, p. 3gi.

qu'on peut assigner, d'après les monumens, à l'écoulement d'un certain nombre de ces sources.

Si Ton avait assez de motifs pour accueillir, comme rigoureuses , les deux séries d'observations que j'ai rapprochées , Ton ne pourrait guère se dispenser de rapporter un changement aussi notable , pour une période aussi bornée, à l'influence de causes temporaires et locales.

Je n'aperçois , au milieu de ces incertitudes , aucune donnée qui laisse entrevoir quel peut être le rapport de ce refroidissement , en admettant sa réalité.

M. Berzelius a bieu vu que si ce refroidissement s'effectue, il ne peut être qu'extrêmement lent. Pour donner une idée approximative de cette lenteur , il remarque qu'on se baignait encore au Mont-d'Or, en 181g, dans un bain construit du temps de César, et que cette température s'élevant, encore aujourd'hui, à 38°,7 R., ce qui est à peu près le degré le plus élevé que les hommes puissent supporter, il n'est guère probable que ces eaux fussent beaucoup plus chaudes il y a deux mille ans *.

L'induction serait des plus entraînantes , s'il n'y avait aucune possibilité qu'on exécutât, autrefois, au Mont-d'Or ce qu'on pratiquait, naguère, aux sources d'Arles qui paraissent avoir été également employées dans ces temps reculés. A Arles, comme

' Ann. de chim. et dcphys., t. XXVIII, p. 392.

y 4 PREMIER MEMOIRE.

dans toutes les localités où Ton avait à mettre en œuvre des sources trop chaudes, on recevait les eaux dans de vastes piscines , pour les y laisser convenablement refroidir, en détournant ensuite le courant. C'est ainsi que des eaux de 5o° R., et plus , pouvaient seulement être utilisées. On conçoit que les eaux du Mont-d'Or auraient pu être d'une température bien plus élevée dans ces anciens temps , tout en servant déjà à alimenter un établissement thermal.

Cette constance imperturbable de température que Ton assigne , généralement , aux eaux thermales, s'accorde bien moins avec l'hypothèse qui fait dépendre cette chaleur de celle des couches terrestres que ces eaux profondes ont parcourues, que ne le ferait la loi d'un refroidissement progressif, mais d'une extrême lenteur.

Sans doute , la quantité de calorique dont le noyau du globe est réputé imprégné est hors de toute proportion avec celui que les sources thermales, même les plus chaudes et les plus abondantes , exportent à la surface ; de sorte que si les déperditions calorifiques que sont exposées à subir, par cette cause , les couches profondes que les eaux parcourent, pouvaient être compensées par le rétablissement continu de l'équilibre , de longues suites de siècles pourraient s'écouler sans qu'il fût possible , même avec les instrumens les plus délicats, de trouver la moindre trace du refroidissement de ces eaux. Mais les conditions de*

PREMIER MÉMOIRE. j5

mouvemens du calorique a travers la matière constitutive du globe sont, suivant toutes les probabilités, fort différentes. Tout ce que nous savons du pouvoir conducteur de ces matières, même des plus favorables, semblerait nous autoriser à penser que la soustraction de calorique, effectuée par les courans d'eaux thermales, devrait être plus efficace, pour refroidir ces couches, que leur pouvoir conducteur ne le serait pour compenser ces pertes; et, conséquemment , que les températures des couches terrestres devraient subir une diminution progressive dans toute la sphère d'activité de ces causes locales de réfrigération. Dans ce sens , les eaux thermales , loin d'être considérées comme appartenant à des foyers particuliers de caléfaction, se borneraient à marquer des foyers de réfrigération au milieu des températures propres à l'intérieur du «lobe.

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