‹ Mémoires pour servir à l'histoire générale des eaux minérales sulfureuses et des eaux thermalesChapitre 36 sur 36 · EAU DE BAGIVÈRES DE LUCHON · texte numérisé non relu

EAU DE BAGIVÈRES DE LUCHON

M. Longcbamp n ''ayant point fait connaître s'il avait eu à s^occuper des eaux de Bagnères de Luchon, j'aurais pu me dispenser de les soumettre, de mon côté, aux mêmes vérifications. Cependant l'importance de ces sources m^a rendu très-agréable la facilité que j'ai eue de me procurer également de leurs eaux, et de pouvoir assigner ainsi une plus grande extension aux analogies de constitution qui semblent lier, entre elles, les eaux sulfureuses des Pyrénées.

Mes essais ont pu être répétés sur les eaux de la source de la Grotte et de la source de la Reine. L^ne et l'autre se sont montrées, à Montpellier, d'un caractère plus décidément sulfureux que l'eau même de Baréges. Le nitrate ammoniacal d'argent est fortement précipité en noir par elles. L'acide arsénieux qui les jaunit puissamment, ne le fait qu'autant qu'on ajoute un autre acide.

Traitement par Vèbullilion et par un acide. Les eaux de Bagnères de Luchon ont subi l'action de la chaleur au degré de l'ébullition, et l'intervention de l'acide sulfurique comme l'avaient fait les autres eaux déjà signalées. On a eu à noter, exactement, les mêmes phénomènes.

3oo centimètres cubes de l'eau de la source de la Reine ont produit 0,078 gram. de carbonate de baryte; dmi la quantité d'acide carbonique dégage de 1000 centimètres cubes , eût été de o,o58 gram. et eût donné o5i4o gram. de sous-carbonate de

soude.

L'acide carbonique obtenu de l'eau de la Grotte a été, sensiblement, plus abondant. 1000 centimètres cubes de cette eau eussent donné o53o7 gram. de carbonate de baryte, et contiennent par conséquent 0,166 gram. de sous - carbonate de soude.

Ce traitement comparatif des eaux de Bagnères de Luchon les montre comme étant, également, plus chargées de sous-carbonate alcalin que l'eau de Bnrégesqui semble être, cependant, la plus riche

des eaux sulfureuses des Hautes-Pyrénées dont j'ai eu à m'occuper.

Traitement par Veau de chaux. Ce réactif a produit, sur les eaux de Bagnères de Luchon , précisément les effets déjà signalés. De même que dans les cas précédens, l'effet instantané s'est montré comme nul , et ce n'est qu'après quelques heures que s'est manifesté un précipité floconneux qu'il a été facile de reconnaître pour du carbonate de chaux.

Je ne pense pas qu'après des épreuves aussi décisives, il puisse rester le moindre doute sur l'existence de l'acide carbonique dans les eaux sulfureuses dont il vient d'être question, ni qu'on puisse y méconnaître la présence de l'alcali à l'état de sous-carbonate.

Dans cette manière de procéder, toute équivoque disparaît , toute illusion se dissipe; si l'on trouve à signaler, dans ces eaux, un sous-carbonate alcalin , c'est qu'en effet ce sel est un de leurs ingrédiens naturels.

Les chimistes ont eu, quelquefois, de l'incertitude , pour décider si le sous-carbonate de soude que l'on retrouve dans le résidu fixe de l'évaporation de certaines eaux minérales, n'était pas un produit accidentel du transport de l'acide carbonique de Pair sur l'alcali caustique, effectué durant l'évaporation. Toute indécision aurait disparu s'ils avaient soumis ces eaux , dans leur état naturel, au

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genre d'investigation dont j'ai fait usage dans les mêmes vues.

C'est donc à l'influence d'un sous-carbonate alcalin et non à l'alcali caustique, qu'il faudra attribuer, désormais, une partie des bons effets qui rendent les eaux sulfureuses des Pyrc'nées si précieuses parmi les ressources de la thérapeutique.

C'est ce sous-carbonate alcalin qui conserve encore à ces eaux une grande efficacité, lors même que leur principe sulfureux a disparu.

C'est lui qui assure , entre autres effets , le succès de certaines eaux sulfureuses dégénérées, dans le traitement de quelques maladies chroniques des voies urinaires.

C'est par lui, enfin, que les eaux sulfureuses des Pyréne'es peuvent n'offrir, lorsqu'on les emploie, aucun vestige du principe sulfureux et se comporter encore , néanmoins, à l'instar des eaux de Plombières et autres eaux minérales alcalines communes dans les Vosges.

De tels résultats fortifient, ce me semble, d'une manière notable , les pressentimens que j'avais émis, dans mes premiers Mémoires, sur l'uniformité de constitution des eaux sulfureures des Pyrénées; pressentimens qui se fondaient, dès-lors, sur l'extrême ressemblance de composition que je retrouvais dans les eaux sulfureuses des Pyrénées orientales où elles sont en effet si répandues. Par l'extension qu'ils assignent à ce genre de

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composition , ils témoignent encore que Jes souscarbonates alcalins sont bien plus communs dans les eaux minérales, qu'on n'avait été, jusqu'ici, tente de l'admettre.

Il est très-possible, enfin, que ces résultats ne fussent pas sans utilité', s"*il s'agissait d'essayer quelques conjectures sur la production des eaux thermales sulfureuses qui proviennent des terrains primitifs, comme on l'observe pour toutes celles des Pyréne'es.

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