‹ Mémoires pour servir à la connaissance des crinoïdes vivantsChapitre 2 sur 10 · PL · texte numérisé non relu

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En 1864 mon fils G. O. Sars a rapporté d’une de ses excursions zoologiques aux îles Lofoten un Crinoïde pris dans la drague de fond à 720 pieds de profondeur aux îles de Guldbrand près de la pêcherie de Skraaven (située à 68® 11' de latitude N.). Ce Crinoïde ayant au premier coup d’oeil présenté quelque ressemblance avec le Pentacrinoïde ou l’état de larve pédicellé de l’Antedon Sarsii qu’on rencontre fréquemment dans la même localité, il l’a pris d’abord pour le Pentacrinoïde d’une .espèce encore inconnue du genre Antedon.

Un examen plus détaillé nous fit cependant bientôt découvrir que nous avions devant nous un genre nouveau et tout particulier des Crinoïdes ou lis de mer, auquel nous avons donné le nom de Rhizocrinus à cause des cirrhes rameux particuliers qui attachent la partie inférieure de sa tige. Ces cirrhes ressemblent aux fibrilles radiculaires d’une plante et ils servent en effet à attacher cet animal à des corps étrangers qui se trouvent au fond de la mer. Le nom d’espèce de lofotensis servira à rappeler son existence auprès du groupe bien connu des îles Lofoten en-dedans du cercle polaire.

Le 14 Octobre de la même année je présentai à la Société des Sciences de Christiania (v. les Discussions de 1864, p. 127) une description provisoire, accompagnée de dessins, du nouveau Crinoïde sous le nom précité. Par plusieurs raisons je jugeai cependant convenable d’en suspendre quelque temps la publication, espérant pouvoir réunir des matériaux plus nombreux et rendre la description plus complète. La mission confiée par le Gouvernement à mon fils, savoir: de faire des observations scientifiques pratiques sur la pêche de mer de Norvège, l’ayant obligé de visiter de nouveau pendant les trois années suivantes les îles Lofoten, il s’est empressé, sur ma demande, de se procurer pendant ses voyages des renseignements plus détaillés sur l’apparition, la manière de vivre etc. du nouveau Crinoïde, ainsi que d’en recueillir autant de spécimens que possible. Ainsi, sans compter un grand nombre de fragments, il ne m’en a pas rapporté moins de 75 spécimens plus ou moins complets, conservés avec soin dans l’esprit de vin, et recueillis dans des saisons très différentes. Ce sont aussi ces matériaux considérables qui ont contribué à diminuer

un peu les grands obstacles que la petitesse de cet animal oppose à l’examen de son

organisation, surtout pour celui qui, comme moi, n’a pas eu l’occasion de l’étudier à l’état vivant et qui, par conséquent, doit se contenter de faire ses observations sur des individus conservés à l’esprit de vin.

C’est un fait constaté que le plus grand nombre de genres et d’espèces des Crinoïdes appartient aux anciennes périodes, et surtout à l’époque paléozoïque, la plus ancienne de toutes; dans l’époque mésozoïque le nombre des espèces est encore considérable, mais celui des genres beaucoup plus petit; dans la période caïnozoïque, enfin, le nombre des genres et des espèces va continuellement en diminuant. De tous les Crinoïdes connus jusqu’à ce jour, s’élevant, d’après Broun, à plus de 650 espèces divisées en 120 -genres environ, dont certainement un grand nombre ne sont encore connus qu’imparfaitement et en partie, on ne connaît actuellement que quarante et quelques espèces appartenant à 4 genres. Deux de ces genres ; l’Antedon avec près de 40 et le Comaster avec 1 espèce, sont libres à l’état adulte; le genre Holopus avec 1 espèce, qui est cependant encore très imparfaitement connu, est sans tige mais attaché, et le genre Pentacriuus avec 3 espèces est attaché par une tige multiarticulée. Les Crinoïdes pédicellés ou lis de mer, qui dans les anciennes périodes géologiques formaient la plus grande partie des genres et des espèces, ne sont donc actuellement représentés que par un seul genre vivant, le Pentacriuus. On voit par conséquent quel grand intérêt offre la découverte de ce nouveau genre, notre Rhisocriuus. La connaissance des genres vivants peu nombreux des Crinoïdes, que nous avons tirée jusqu’à présent de l’étude seule d^s genres Antedon et Pentacrinus, dont le dernier est très rare, est de la plus haute importance en elle-même et en ce qu’elle donne seule la clef de l’intelligence des formes fossiles bien supérieures en nombre. En proportion des lis de mer connus jusqu’à présent, le Rhizocrinus lofotensis est extrêmement petit et n’atteint qu’une longueur ou hauteur de près de 80 mm. Il est partout gris-brun clair ou gris-jaune et même blanc-gris, sans taches ni zones; la membrane du disque, transparente et incolore, fait voir à l’intérieur la masse viscérale arrondie de couleur brune foncée.

On pourra diviser le Rhizocrinus., comme les autres Crinoïdes, en trois parties principales, savoir: la tige, la couronne et les bras. Nous devons toutefois faire observer que toutes les parties radiaires de la couronne, notamment du calice, appartiennent aux bras sous le double rapport morphologique et physiologique.

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