‹ Mémoires pour servir à la connaissance des crinoïdes vivantsChapitre 3 sur 10 · La Tige QcolumnaJ · texte numérisé non relu

La Tige QcolumnaJ

A rticl es de la tige.

La tige (PI. 1 fig. 1) est à peu près cylindrique, longue, mince ou presque filiforme dans toute sa longueur, à l’exception de son sommet, qui est fortement évasé et obeonique ou caliciforme. Elle est composée d’une série nombreuse d’articles de nature calcaire. En général la partie supérieure est assez droite du faiblement fléchie et se dirigeant en haut; la base est ordinairement plus fléchie et couchée (fig. 1, c — b) sur le fond de la mer, fréquemment coui’-

bée en arc ou se dirigeant même parfois en haut avec son bout inférieur (fig. 16, 17). La longueur ou hauteur de la tige varie beaucoup chez les différents individus: le plus petit de ceux que nous avons observés ayant eu de 12 à 13 mm., et le plus grand près de 70 mm., le nombre de ses articles variant de 22 à 67 d’après les observations faites jusqu’à présent. Quoiqu’en règle les jeunes individus aient la tige plus courte et composée d’nrticles moins nombreux et plus minces, on en rencontre pourtant assez souvent dont les bras ne sont encore que peu développés, tandis que la tige est souvent plus grande et composée d’un plus grand nombre d’articles que celle d'individus à bras beaucoup plus développés. Voyez par exemple l’individu figuré pl. 1, fig. 1, dont la tige est haute de 54 mm. et composée de 60 articles, tandis que ses bras n’ont qu’un mm. de long; un autre spécimen, au contraire, dont la tige haute de 41 mm. n’est composée que de 43 articles, a des bras presque complètement développés de 8 mm. de long.

Les articles de la tige sont presque tous très allongés; sur les spécimens les plus grands ils sont longs ou hauts del-|- à 1-^ mm. et épais de^ mm., de manière qu’ils ont 2à 3 fois plus de hauteur que d’épaisseur ; à la base de la tige ils peuvent même atteindre une épaisseur de mm. Ils sont cylindriques, plus (fig. 8, 9) ou moins (fig. 6, 7) concaves au milieu et un peu épaissis ou renflés des deux bouts, presqu’en forme de sablier, ressemblant par conséquent d’une manière étonnante aux articles de la tige du Pentacrinoïde du genre vivdnt Antedon et à ceux delà base de la tige du genre îoss'ûe Bourgueticrinus. Leur concavité peut être parfaitement uniforme (fig. 6-9), ce qui arrive le plus souvent pour un nombre plus ou moins grand des articles inférieurs, ou il peut y avoir, au milieu de l’article, une convexité annulaire (fig. 39) faible mais large, ce qui se présente notamment sur les grands individus.

Dans quelques cas la concavité est très forte (fig. 8), ce qui n’arrive que très rarement et seulement, à ce qu’il semble, chez les jeunes individus (fig. 19) sur les articles inférieurs; en ce cas, le milieu de l’article devient extrêmement mince ; dans d’autres cas la concavité disparaît aux 8 ou 10 articles inférieurs, qui sont alors partout d’une grosseur égale. Les différents individus varient d’ailleurs beaucoup sous ce rapport. Dans la partie supérieure de la tige, les articles s’amincissent successivement jusqu’à mm. d’épaisseur; ils y prennent enfin une forme un peu différente (fig. 1, 16, 35, 36, 38, 39); car, au lieu d’être concaves, ils deviennent de plus en plus convexes au milieu, plus épais que les deux bouts, qui ne sont plus renflés. Cette forme, qu’on retrouve aussi à la partie supérieure de la tige du Bourgueticrinus et du Pentacrinoïde de VAntedon, se présente dans un nombre différent (de 5 à 12), suivant les différents individus, des articles supérieurs situés immédiatement audessous du dernier élargissement de la tige, qui sera mentionné plus tard. En même temps ces articles se raccourcissent peu à peu en montant, de façon que le plus élevé (fig. 35, 36, 38, 39, ar) est annulaire et a 2 ou 3, et même souvent 5 ou 6 fois plus de largeur qne de hauteur.

Il est évident qu’immédiatement au-dessous de cet élargissement il se forme de nouveaux articles, et toute la suite des articles de la tige présente ainsi à nos yeux leur dé-

veloppement successif, les supérieurs étant les plus jeunes et les inférieurs les plus vieux. Dans quelques cas rares (fig. 17, 19), les dimensions présentent une disproportion plus grande, un nombre plus ou moins grand des articles de la partie supérieure devenant tout-à-coup plusieurs fois plus minces que ceux qui se trouvent au-dessous d’eux.

Outre cette différence de forme des articles, qui provient de la différence d’âge, le dernier (fig. 1, 6, b) ou le plus bas de la tige se montre un peu différent des autres en ce qu’il n’a que la moitié environ de la longueur des précédents; de plus, quoiqu’ayant en haut la même forme et la même épaisseur que les autres, cet article est plus mince ou un peu conique dans sa partie inférieure et il a le bout tronqué, ce qui lui donne l’air de n’être pour ainsi dire que la moitié supérieure d’un des articles précédents.

Ce qui est remarquable et caractéristique pour la tige du Rhizocrinus, c’est son sommet qui forme un grand évasetnent obconique ou caliciforme, ce qui donne à notre Crinoïde de la ressemblance avec les genres fossiles Apiocrinus et Bourgueticrinus. Chez les individus dont les bras sont bien développés, cette extrémité épaissie est en général plus allongée (fig. 35, 38, 39, a) que chez les jeunes moins développés (fig. 1, 2, 16, 17, 18, 36), où elle est aussi parfois très faiblement concave tout autour de son milieu. Chez les premiers elle atteint une hauteur de 1| à 2 mm. (soit à peu près la hauteur des 4 à 5 articles suivants réunis, ce qui dépasse de beaucoup celle de l’un des plus grands des autres articles); d’une largeur de 1 à li mm. en haut elle s’amincit peu à peu vers son bout inférieur, dont l’épaisseur ne dépasse pas celle de l’article annulaire qui vient immédiatement après. Cette extrémité n’est donc pas autre chose que le sommet de la tige qui s’élargit successivement. Il est évident qu’elle fait réellement partie de la tige et non de la couronne, car on voit clairement, notamment chez quelques jeunes individus, qu’elle n’est pas du tout distinctement séparée de la tige, mais qu’elle en sort en ligne droite en s’élargissant peu à peu en haut de façon qu’il est difficile de dire où elle commence et où la tige se termine. Chez un de ces individus je remarquai aussi tout près de son bout inférieur, qui n’était pas plus large que le premier article suivant, un sillon annulaire extrêmement fin, commencement de la formation d’un nouvel article. Comme la pièce centro-dorsale de l’Antedon, avec laquelle il semble avoir une analogie incontestable, le sommet ne se compose que d’un seul morceau ou article. Il est possible que dans l’origine il ait été formé de plusieurs articles qui se sont plus tard confondus, ce que semblent peut-être indiquer un ou deux sillons annulaires extrêmement faibles, qui sont visibles dans certains cas (fig. 35, 39); il ne s’est cependant pas séparé en plusieurs morceaux par la coction au kali caustique ou par l’action de la solution de natron. Sa surface est du reste partout convexe et lisse, à l’exception de quelques faibles sillons à sa partie supérieure, dont nous nous occuperons plus tard; de plus, son bout supérieur horizontalement tronqué, circulaire ou faiblement polygonal, fait voir au bord quelques petites proéminences peu saillantes, triangulaires ou angulaires, placées à égale distance les unes des autres entre les bases des articles radiaux de la couronne et au même nombre que ceux-ci.

Jusqu’à présent nous avons considéré les articles de la tige en général comme

cylindriques; mais, en les examinant de plus près, nous découvrons que les articles supérieurs (ordinairement 7 à 8 ou moins), immédiatement au-dessous du bout épaissi, ont seuls cette forme (fig. 20 — 23), tandis que tous les autres (fig. 25 — 27) ont seulement la partie du milieu ou le corps vraiment cylindrique, mais leurs deux bouts épaissis un peu latéralement comprimés, de façon que les deux faces articulaires deviennent un peu ovales ou elliptiques (fig, 27, 30, 31), et non circulaires. Cette compression n’a pas lieu dans la même, mais presque dans une direction opposée dans les deux bouts de chaque article, ainsi que l’axe le plus long de l’ellipse de la face articulaire supérieure croise celui de la face inférieure en formant un angle un peu oblique, et la compression alterne ainsi d’article en ar- ' ticle sur tout le reste de la tige. Ces rapports remarquables des articles de la tige entre eux n’ont été connus jusqu’à présent que chez le genre fossile Bourgueticrinus d’Orbigny, où ils ont déjà été décrits depuis nombre d’années par Miller (Natural History of the Crinoida, 1821, p. 34), et chez quelques espèces du genre Platycrinus (Miller p. 75). Je les ai cependant retrouvés identiques chez le Pentacrinoïde de l’Antedon actuel (voyez plus bas), où ils semblent n’avoir pas été remarqués jusqu’à présent.

Chez le Rhizocrinus, la jointure de ces articles est toute particulière. Les faces articulaires ne sont pas, comme chez le Pentacrinus, l’Apiocrinus etc., planes, mais un peu et uniformément convexes et au milieu fortement excavées, ou plutôt elles ont deux grandes excavations (fig. 27, àà, 30, 31)- arrondies, situées dans la direction de l’axe le plus court de l’ellipse et occupant à peu près les deux tiers de la largeur de la face articulaiio. Ces cavités se confondent cependant au milieu, où elles entourent le canal de l’axe(fig. 27, a, voyez plus bas), dont elles peuvent aussi être considérées comme un élargissement. Par le fait elles ne forment donc qu’une seule cavité presqu’en forme de biscuit. Le reste un peu convexe de la face articulaire présente une ligne ou étroite côte articulaire (fig. 27, 28, e), saillante et droite, très luisante, suivant la même direction que le grand axe, avec une interruption assez grande au milieu de la face articulaire, produite par la grande excavation en forme de biscuit sur le canal de l’axe, où la face articulaire au bord intérieur de cette côte saillante forme une proéminence (fig. 27, 28, d) coidque horizontale, produisant le resserrement qui donne à cette excavation sa forme particulière. Ces deux formations, la côte artieulaire et l’excavation, se croisent donc en formant des angles droits, la première occupant le plus long, le dernier le plus court des axes de la face articulaire. Des deux côtés de la côte sortent à intervalles égaux et à angles droits quelques dents (fig. 27, 28, g) ou petites crêtes droites et très courtes, comme les côtes d’une colonne vertébrale, qui ont la même apparence luisante que la côte articulaire elle-même et alternant avec celles du côté opposé. On compte 8 à 9 de ees dents de chaque côté de chacune des deux pièces interrompues par l’excavation centrale, dont se compose la côte articulaire, soit en tout 32 à 36.

La nature ainsi décrite des faces articulaires se montre, comme on a pu le voir, toutà-fait différente de ce qu’on observe chez le Peniacritms, mais d’un antre côté assez semblable à celle du Bourgueticrinus, où les articulations sont généralement citées comme „tout-

à-fait particulières et s’écartant de celles de tous les autres genres de Crinoïdes“ (Lütken, orn Vestindiens Pentacriner, Naturh. Forenings Meddelelser i Kjobenhavn 1864, p. 212). Toutefois, d’après les figures de Miller et de Goldfuss, et d’après quelques-uns des articles supérieurs de la tige, qui m’ont été donnés par M. le professeur Wyville Thomson, les excavations du Bourgueticrinus semblent moins marquées ou fortes (à quelques-uns des articles supérieurs même presqu’invisibles), tout en occupant un espace plus grand des deux côtés de la crête articulaire, c’est-à-dire jusqu’au bord de la face articulaire; aussi la côte, qui du reste a la même direction que chez le Rhizocrinus, est-elle beaucoup plus longue, n’étant interrompue qu’au centre de la face articulaire parole petit canal circulaire de l’axe; enfin, elle montre un sillon qui la longe dans toute son étendue, mais aucune trace de dents des deux côtés. Je trouve, au conti'aire, chez le Pentacrinoïde de l’Antedon Sarsii les faces articulaires presque complètement semblables à celles d<i Rhizocrinus, si ce n’est que je n’ai pu distinctement constater la présence des dents des deux côtés de la crête articulaire.

La jonction des articles de la tige se fait chez le Rhizocrinus par des ligaments élastiques (fig. 8, 9, l) composés de fibres très fines, mais extrêmement fortes ou presque tendineuses, lisses, parallèles et souvent assez longues, notamment les ligaments qui s’attachent à la cavité en forme de biscuit, où ils semblent former un épais faisceau droit (fig. 32, U) de chaque coté du canal de l’axe. En examinant de plus près la tige des individus conservés à l’esprit de vin, on peut conclure avec quelque vraisemblance que ces ligaments élastiques doivent aussi être jusqu’à un certain point quelque peu contractiles, attendu que les articles de la tige montrent très souvent un certain degré de flexion (fig. 9), tantôt de l’un tantôt de l’autre côté, mais toujours dans la direction de l’axe le plus court des faces articulaires, où sont situées les excavations dans lesquelles s’attachent les faisceaux ligamenteux. Dans ce cas les bords des faces des deux articles contigus se trouvent d’un côté en étroit contact, le faisceau qui y est situé étant contracté; de l’autre côté, au contraire, il existe entre les deux faces un espace allongé ou elliptique et transversal assez considérable, qui est rempli par le faisceau qui s’y trouve et dont les fibres sont tendues par suite de leur élasticité et sautent, par conséquent, parfaitement aux yeux. La tige possède donc une certaine flexibilité, sans doute très restreinte, qui, en raison de la nature des faces articulaires, consiste essentiellement en une espèce d’oscillation on de balancement de l’un des articles sur l’autre dans la direction de l’axe le plus court des faces articulaires ou des deux côtés de la côte articulaire, qui est le point d’appui du mouvement et le seul point où les articles sont véritablement en contact l’un avec l’autre. C’est avec raison qu’on a supposé une pareille flexibilité chez le genre fossile Bourgueticrinus. Sur le Pentacrinoïde de l’Antedon., qui d’après mes observations présente une flexion des deux côtés, semblable à celle décrite chez le Rhizocrinus, M. Allman rapporte (Transact. of the Royal Society of Edinburgh, vol. 23, p. 243): „The stem admits of a slight flexure from side to side, and during life the animal may be every now and then seen swaying through a small arc.“ Quant à la cause de ces mouvements, M. Allman ne fait aucune observation. J. V. Thompson a pris la membrane

transparente (couche de sai-code), qui enveloppe les articles calcaires de la tige chez le jeune Pentacrinoïde, pour le siège de la contractilité; mais chez le Pentacrinoïde adulte, de même que chez le Rhizocrinus, on ne retrouve plus cette enveloppe.

Bien que la petitesse de l’objet ne m’ait pas permis de le voir distinctement, il se trouve aussi sans aucun doute le long de la 'côte articulaire, probablement entre ses dents, des ligaments appelés interarticûlaires, dont les fonctions spéciales sont de réunir les articles et qui vraisemblablement, plus que ceux décrits plus haut, ressemblent à ,.la substance interarticulaire élastique“ que J. Mülle7' a trouvée entre les articles de la tige du Pentacrinus. Chez le Rhizocrinus la jonction des articles est d’ailleurs tellement forte qu’il est très difficile de les détacher les uns des autres: aussi se brisent-ils souvent sur d’autres points qu’aux faces articulaires.

Un canal central, „le soi-disant canal de nutrition^, traverse l’axe de toute la tige. Assez étroit il n’est jamais tout-à-fait rond, mais angulaire, tantôt carré (fig. 26, 27, o) tantôt pentagone (fig. 21, a) ou hexagone (fig. 22, a), ce qui, d’après l’examen que j’ai fait de plusieurs individus, semble dépendre de la division de la couronne en 4, 5 ou 6 rayons. Le canal de l’axe est rempli d’un cordon mou, mais solide et assez fort (fig. 33, st.), que, chez l’Antedon, M. Carpenter croit composé de sarcode et qui, chez mes spécimens à l’esprit de vin du Rhizocrinus, semble renfermer des fibres longitudinales assez fortes, semblables à celles des ligaments. Dans le sommet épaissi de la tige le canal de l’axe s’élargit successivement un peu en montant (fig. 45, a). De cet élargissement il envoie à chacun des rayons de la couronne un rameau (fig. 45, a’), canal de l’axe, qui parcourt les articles radiaux (radialia) et brachiaux (brachialia), et un seul rameau (fig. 46) central au disque.

Enfin, quant à la structure des articles de la tige, il en est comme pour les autres parties du squelette (les articles radiaux et brachiaux, etc.), c’est-à-dire qu’elle consiste en un treillage ou réseau de bâtons calcaires hyalins, le plus souvent assez irrégulier, mais, sur la surface des articles les plus jeunes (fig. 20), sur la partie médiane des anciens et sur la face intérieure du canal central, très régulier (fig. 24) et composé de longs bâtons longitudinaux parallèles et parfaitement droits (qu’on peut même isoler sur une grande étendue), liés entre eux par des traverses qui alternent les unes avec les autres des deux côtés de ces bâtons et laissent entre elles des mailles arrondies disposées en quinconce, dont le diamètre ne dépasse pas l’épaisseur des bâtons longitudinaux.

D’ailleurs ici, comme chez tous les autres lis de mer, la tige n’est qu’un appendice du squelette radial, sans continuité avec les viscères, qui ne se trouvent entourées que de ce squelette.

Les cirrhes (.cirri).

Une des particularités les plus remarquables que présente le Rhizocrinus, c’est qu’il n’est pas, comme certains Crinoïdes fossiles (le mode de fixation du Pentacrinus actuel est encore inconnu) et le Pentacrinoïde de l’Antedon, attaché immédiatement ou avec le bout

inférieur de la tige à des corps étrangers situés au fond de la mer, mais au moyen de filaments (fig. 1, 6, 7, 16, 17, 19, c) qui ressemblent aux fibres radicales d’une plante, et dont la partie inférieure de la tige est pourvue, souvent sur une étendue assez longue. Or, l’article inférieur (fig. 1, 6, b) de la tige, lequel, comme nous l’avons déjà dit plus haut, est plus court et d’une forme un peu differente de ceux immédiatement supérieurs, est garni à son bout inférieur libre et tronqué de plusieurs de ces filaments (ibid. c’) (en général de 5 à 9, dont un au centre (fig. 10, c’) et les autres tout autour de la périphérie), qui descendent librement et s’écartent de tous les côtés. De plus, à la partie supérieure épaissie de cet article, se trouvent 2 autres de ces filaments (fig. 10, c), qui sont placés l’un vis-à-vis de l’autre, chacun de son côté de l’article. Des filaments semblables se présentent aussi sans interruption sur un nombre plus ou moins grand des articles situés au-dessus, mais on les y trouve toujours à leur partie supérieure épaissie près de la face articulaire, jamais sur aucune autre partie de la surface des articles. Ils en sortent (fig. 6, 7 c), comme à la partie supérieure de l’article inférieur dont nous venons de parler, de 2 points opposés ou situés vis-à-vis l’un de l’autre, chacun de son côté de l’article : en général un seul filament de chacun de ces points, plus rarement deux, qui, très rapprochés l’un de l’autre à la base, présentent peut-être un seul fil déjà bifurqué dès sa naissance. Les filaments de tous ces articles en sortent en ligne droite ou à peu près perpendiculaires à l’axe de la tige, et, en les examinant de plus près,, on découvre que, loin d’être dispersés au hasard, comme on pourrait être tenté de le croire au premier coup d’oeil, ils sont disposés avec une régularité remarquable. Or, à chaque article, ils sortent de deux faces à peu près opposées à celles où ils se présentent à l’article précédent et au suivant, mais des mêmes faces que sur les seconds articles supérieur et inférieur, ou, en d’autres termes, leurs points de naissance sont exactement les mêmes à tous les deux articles et alternent régulièrement en croisant ceux de l’article suivant. En les étudiant de plus près on voit que les deux points de sortie (fig. 25, 27, 30, 31, cc) sont situés chacun au bout de l’axe le plus long de la face articulaire supérieure des articles, non complètement au niveau, mais un peu au-dessous de cette face. Ils croisent donc ceux des deux articles précédent et suivmnt, non à angle droit mais oblique, conformément à ce que nous avons exposé plus haut sur la compression alternative des articles de la tige. Nous avons déjà dit que les filaments se présentent sur une étendue plus ou moins grande de la partie inférieure de la tige, ou plus ou moins nombreux chez les différents individus : c’est ainsi par exemple que j’ai trouvé ces filaments, ou au ^moins leurs traces distinctes (car, étant très fragiles, ils se trouvent souvent rompus à leur base, qui reste cependant d’ordinaire comme un petit noeud ou cylindre), chez 7 individus différents à tous leurs articles inférieurs, au nombre de 3, 5, 6, 15, 17, 22, 32.

Tous les filaments sont de forme cylindrique, épaissis à la base et s’amincissant peu à peu vers le sommet; à des intervalles irréguliers ils sont plusieurs fois, dans certains cas souvent, b ifurqués ou ramifiés (fig. 11), tantôt déjà à leur base tantôt à un point plus avancé. Ces rameaux, à flexions multiples et irrégulières dans tous les sens, s’attachent, comme les filaments

des plantes, plus fôt ou plus tard, aux corps étrangers que, pendant leur croissance, ils rencontrent sur le fond de la mer, en s’y réunissant complètement par leur partie terminale (quelquefois aussi par une partie plus ou moins grande de leur face latérale (fig. 13), qui s’y applique et les entoure ensuite en partie). Ce bout s’élargit généralement en un disque irrégulier (fig. 12, 13, 15, d), de la circonférence duquel il sort de nouveau de petits prolongements filiformes (ibid. d), qui s’étendent en rampant sur la surface du corps étranger. Or, sur un de mes spécimens, un filament assez épais s’est attaché, à peu de distance de son point de sortie, à un grand test de Rhizopode (Saccammina subglobosa Sars, nov. gen. et spec.), en s’y étalant en un disque de largeur presque double, de la périphérie duquel il sort tout autour 9 prolongements filiformes, qui s’étendent en rampant sur le test du Rhizopode et en s’y réunissant. De ces prolongements les 6 sont très courts ; les 3 plus longs se sont détachés, après une adhésion de petite étendue, du corps étranger, et continuent leur course comme des filaments articulés libres qui s’attachent enfin de nouveau à un autre point plus éloigné du même test. D’autres élargissements semblables des extrémités des filaments sont représentés planche 1, fig. 11 à 13, 15, d. Les individus complets de notre Rhizocrinus sont tous ainsi attachés à différents corps : à des coquilles de conchifères ou à leurs fragments, à des coquilles de dentalides, à des tiges de polyzoaires, à des coquilles de rhizopodes, à des épines d’échinus, à des grains de sable ou à de petites pierres, etc., et restent ainsi au fond de la mer amarrés par ces filaments comme un navire par un grand nombre de câbles.

Les filaments des articles supérieurs sont généralement courts et minces, mais ceux des 3 ou 4, ou d’un plus grand nombre des articles inférieurs, atteignent quelquefois une longueur de 8 à 9 mm. et à leur base une épaisseur de '/a mm.; dans des cas rares quelques-uns y sont presque aussi épais que l’article même de la tige auquel ils sont réunis. Leurs rameaux si flexueux, déliés vers le bout comme des cheveux, y forment alors souvent une confusion de petits filaments entrelacés (fig. 16, 17, c), qui ressemblent d’une manière frappante aux fibres radicales d’une plante ou aux soi-disant filaments radicaux (hydroriza, Huxley), par lesquels un grand nombre d’Hydroïdes s’attachent à d’autres objets.

En considérant cette ressemblance, on n’est que plus surpris en examinant de plus près la nature de ces filaments. Or, sous plusieurs rapports, ils se trouvent conformes à la tige, puisque, d’abord, ils se composent delà même matière calcaire et, ensuite, parcequ’ils sont articulés (fig. 11 — 13) dans toute leur longueur. De plus, ils renferment un canal de l’axe („canal de nutrition"), sortant de celui de la tige, qui n’est cependant pas anguleux, mais circulaire (fig. 34 a) et relativement beaucoup plus étroit. Ils se distinguent toutefois de la tige par leurs faces articulaires (fig. 34) complètement planes et égales sans excavations ni crête articulaire. Les articles, dont les grands filaments peuvent avoir un nombre très considérable, sont plus courts près de la base, mais toujours un peu plus longs qu’épais ; aux rameaux ils sont même beaucoup plus longs ^ souvent aux rameaux fins leur

longueur dépasse de beaucoup de fois leur épaisseur. Fréquemment deux articles forment

ensemble un angle (fig. 11), et de la répétition de ces angles provient la flexuosité des filaments. Près de leur base les filaments sont peu flexibles; plus loin et, surtout aux rameaux fins, ils le sont au coi^traii’e beaucoup (peut-être à cause de l’abondance de la substance interarticulaire), ou ils paraissent mous, quoique un examen plus minutieux nous fasse voir que tous les articles, jusqu’aux extrémités des rameaux, consistent en un réseau calcaire (fig. 14), qui y est cependant plus irrégulier et à mailles plus grandes en proportion des bâtons.

Comme, chez les différents individus, on trouve ces filaments sur une étendue tantôt plus grande tantôt plus petite de la longueur de la tige, mais toujours sur sa partie inférieure seule, il est évident qu’ils s’y développent plus ou moins nombreux suivant le besoin de l’animal, qui, de son côté, dépend de la nature du fond de la mer ou d’autres causes qui exigent un nombre plus on moins grand de ces points d'appui pour maintenir l’individu dans sa position naturelle, c’est-à-dire avec la partie supérieure de la tige et la couronne qui la surmonte droit en haut et s’élevant librement dans l’eau.

D’après tout ce qui précède il n’est guère douteux qu’on ne doive considérer les filaments décrits comme des formations homologues avec les cirrhes (en allemand „Ranken“) de l’Antédon et du Pentacrinus, avec lesquels ils s’accordent par leur nature calcaire et par leur composition de nombreux articles avec un canal de l’axe qui les parcourt. D'autre part, ils s’en éloignent en ce qu’ils sont ramifiés et qu’ils s’attachent d’une manière permanente ou se réunissent complètement par leur extrémité à la surface de corps étrangers. Chez l’Autédon adulte, qui se meut librement, les cirrhes fonctionnent comme instruments pour retenir ou attacher l’animal à des corps étrangers (plantes marines, polypaires etc.j, mais seulement pour un temps; car, ne trouvant plus son point d’attache commode pour ses besoins, il peut lâcher prise et se diriger en nageant à une autre place. Sans ordre fixé les cirrhes se trouvent dispersés sur le soi-disant „bouton dorsab^ ou la pièce centro-dorsale. Chez le Pentacrinus à longue tige articulée, ils sont disposés en verticilles, 5 dans chacun, à distances déterminées ou sur certains articles de la tige dans toute sa longueur, et ressemblent à ceux de l’Antédon, tant sous le rapport de la forme qu’en ce que leur bout conique courbé en crochet est libre et peut probablement se fixer momentanément à des objets étrangers. Par la situation régulière des cirrhes sur la tige, notre Rhizocrinus ressemble plus au Pentacrinus qu’à l’Antédon; mais la disposition n’en est pas la meme, car les cirrhes, qui ne sortent que de deux points de chaque article et ne se présentent que sur la partie

inférieure de la tige, se trouvent ici sans interruption sur un nombre d’articles plus ou moins

grand sans en sauter un seul. Parmi les Crinoïdes connus jusqu’ici, cette disposition des cirrhes ne semble se présenter que chez le genre fossile Bourgueticrinus. D’après les figures de Goldfuss (Petrefacta Germaniæ, table 57, fig. 3, B à E), ce Crinoïde doit aussi porter des

cirrhes sur la partie supérieure ou les articles convexes de la tige; mais sur les spécimens

qui m’ont été envoyés par M. ’W. Thomson je n’en ai trouvé aucune trace.

Le Pentacrinoïde de l’Antédon rosaceus est attaché à des corps étrangers par l’article inférieur de la tige, qui se répand en disque calcaire plat et .circulaire, dont le bord, d’après

M. Carpenier, est „plus ou moins profondément divisé en lobes. “ Chez le Pentacrinoïde de l’Antédon Sarsii, ce disque envoie de sa périphérie de petits prolongements irréguliers, filiformes, inarticulés, qui s’avancent en rampant sur les corps étrangers.

Le mode d’attache des Crinoïdes pédicellés actuels (les espèces du genre Pentacrinus) est encore inconnu; chez quelques Crinoïdes fossiles, au conti'aire, il est connu. Ainsi, chez l’Apiocrinus, l’Eugeniacrinus et l’Encrinus (voyez les figures des ouvrages de Miller et de Goldfuss), la base de la tige est très épaissie, inarticulée et répandue sous la forme d’un piston ou d’un disque plus ou moins distinct, par lequel l’animal s’attache aux rochers et à d’autres objets étrangers. La base du Cyathocrinus, de l’Actinocrinus et de l’Anthocrinus envoie aussi des prolongements filiformes, parfois un peu ramifiés, qui ressemblent à des „racines“et qui sans doute ont également servi à fixer la tige. L’appareil d’attache des dits Crinoïdes fossiles, que j’ai seulement pu examiner sur un spécimen de l’Apiocrinus Parkinsonii Schlotheim, qui m’a été donné par M. W. Thomson, est cependant, par l’irrégularité de sa forme et de sa position et surtout par son absence d’articles, très différent des cirrhes articulés du Rhizocrinus, bien que ceux-ci, comme nous l’avons vu plus haut, se transforment aussi au bout en élargissements radiciformes ou disciformes semblables à ceux par lesquels ces crinoïdes fossiles se trouvaient attachés. Ce qu’il y a, sous ce rapport, de particulier chez le Rhizocrinus, c’est que sa tige n’est pas attachée au fond de la mer directement ou par son article inférieur, qui par conséquent n’est ni élargi ni épaissi, mais bien par le moyen de ses cirrhes. Il y a cependant un ancien genre, le Bourgueticrinus^ déjà souvent cité, qui présente aussi sous plusieurs autres rapports beaucoup de ressemblance avec notre Rhizocrinus, et dont on dit (Lütken 1. c., p. 212) „qu’il sort du bout inférieur de sa tige des „racines“ articulées, par le moyen desquelles il s’attache au fond même de la mer.“ Ces „racines“ ou cirrhes, qui ne paraissent cependant pas ramifiées, semblent situées de la même manière que chez notre Rhizocrinus. Or, on lit dans l’ouvrage deM.M. Dujardin et Hupé (Histoire naturelle des Echinodermes, page 177), probablement d’après d'Orbigny (je n’ai pu me procurer son histoire naturelle des Crinoïdes), „qu’il sort quelquefois un rayon accessoire (c’est-à-dire cirrhe) du bout de la côte saillante qui suit la direction du grand diamètre de chaque face articulaire. “ D’un autre côté, Goldfuss (Petrefacta Germauiæ, table 59, fig. 1, a) nous fait voir une „pièce radicale" qu’il rapporte au Cyathocrinus rugosus Miller et qui présente des cirrhes articulés et ramifiés semblables à ceux du Rhizocrinus.

Page 1