ISABELLE DE BEAUJEU
Comme la seigneurie do Beaujeu étoit le bien propre d'Isabelle, elle continua d'en jouir après la mort de son mari. Elle donna, en 4 270 (a), à Jean Villon, vicaire de Lent, le pouvoir de garder la propriété d'une maison dans la ville de Lent, quoiqu'il fut ecclésiastique; ainsi elle dérogea, en faveur de ce vicaire, à l'article troisième des privilèges qu'elle et son mari a\ oient accordés à la ville de Lent, l'année précédente, mais elle n'y dérogea que pendant la vie de ce vicaire, dont elle affranchit la maison de toutes les charges de la ville, ce qu'elle lit, ii ce que je crois, sans le consentement des habitants qui exigèrent de ce vicaire une déclaration par laquelle il reconnoissoit que s'il venoit à vendre sa maison ou a cesser d'y demeurer, que cette maison retourneroit aux us et coutumes des autres maisons de Lent, et que si le privilège ou affranchissement qu'il s'éloit fait accorder étoit contraire au serment de .Madame, il ne s'en prévaudrait pas.
Les habitants prétendoient que Madame n*a\oit pu accorder ce privilège contre le serment qu'elle avoit fait en leur accordant leurs privilèges, et ce vicaire, plus scrupuleux que bien des gens, promit de ne se pas servir de son affranchissement, s'il étoit contraire au serment d'une princesse dont il avoit apparemment surpris la religion.
Les us et coutumes auxquels ce vicaire consent que sa maison retourne, en cas de vente ou après sa mort, étoienl apparemment les contributions, soit aux dons gratuits de la princesse, soit aux dettes de la communauté, comme encore les imposi-
i Arm. iï. liauc Uni, colt 57î.
A l'histoire de dombes.
lions à cause des aguets, gardes et fortifications, soit de la ville, soit du château, cl les autres charges ordinaires.
L'on obligeoit les ecclésiastiques à contribuer aux tailles et dettes des villes pour les biens qu'ils avoient hérités de leur père, et ils n'ont encore aujourd'hui d'exemption que pour les biens de leur patrimoine. Le 20 mai (327, le parlement de Paris jugea qu'un ecclésiastique, fils d'un bourgeois, devoit contribuer aux impositions que l'on faisoit à Laon, à raison de ses biens, et qu'il ne pouvoil en être quitte en en payant les droits de sortie de la ville (a).
Guy de Chabeu reprit, la môme année (b), le fief de Saint-Trivier, de notre princesse, pour le château et bourg, car l'on n'appeloit pas encore Saint-Trivier du nom de ville, avec l'arrière-fief de Dulieu et la garde et cimetière de Sandrans ; il augmenta son fief du mas de Jean Chanel, situé dans la paroisse de Châtenay, et de l'Espinasse, situé à Versailleux. Ces deux mas, qu'il déclare avoir possédés en franc-aleu jusqu'alors, étoient au mandemenl de Chalamont, et Madame, pour le dédommager de ce qu'il reconnoissoil ces terres de son fief, lui céda des droits qu'elle avoil sur le mas Vcrinondet, dans le même mandement de Chalamont.
L'arrière-fief de Mr de Bulieu, BuUou ou Bulion, dont parle cette reprise de fief, étoit la terre et seigneurie de Bérins. Il n'y avoit alors, suivant Mr Guichcnon, qu'une poëpe en fief et justice possédée par Etienne Bulieu, dont les descendants étant décédés sans enfants, leur terre fit retour par droit de fief, ainsi que je le crois, aux seigneurs de Saint-Trivier, ou peut-être par testament ou donation, comme Guichenon ledit.
Hugues, seigneur de Saint-Trivier, Jeanne de Beaujeu, sa femme, et Guy, seigneur de Chamelle, vendirent cette terre à Pierre Bagé (c), et ils s'en réservèrent l'hommage et le droit de fief, qu'ils lui quittèrent néanmoins, par contrat du 2 juin
Mais, comme les seigneurs de Saint-Trivier ne pouvoient amoindrir leur fief au préjudice des souverains de Dombes, Bérins devint un fief immédiat de la souveraineté. Cependant, Pierre de Bagié, qui étoit bourgeois de Châtillon, s'appuya des officiers de Bresse pour en obtenir la permission d'y bùtir la grosse tour, et prélendit que Bérins étoit du ressort de Bresse, comme il en étoit lui-même; cependant les souverains de Dombes y ont toujours exercé leur droit de souveraineté, jusqu'en 4 612, que l'on Ut des limites provisionnelles de la Dombes avec la Bresse, car les commissaires pour faire ce règlement provisionnel ayant laissé le choix à la dame de Bérins de roconnoltre la souveraineté qu'elle voudroit, elle choisit celle du roi, a quoi les commissaires du prince de Dombes ne s'opposèrent point assez; ainsi ce
(a) Corbin, Suite du Droit de patronage, p. 61.
(a) Arm. 55, liasse 4, lit. 56.
(c) Guieh., KM. de Breiae, au mot Berios, p. 1 1.
MÉMOIRES POUR SERVIR A l.'HISTOIRF. I>F. OOMBES.
fief de la souveraineté en a été séparé, par la négligence de ces commissaires et la mauvaise volonté de la dame de Bérins.
Sandrans avoit été bâti par M" de Saint-Trivier et dépendoit de leur terre et du fief de nos princes, comme nous le verrons encore par d'autres reprises de fief: mais ces seigneurs l'ayant repris, en 1375, de M" île Thoire et de Villars, et ensuite des comtes de Savoie, par conventions de l'an 1377 (a), cette paroisse s'est aussi éclipsée de cette souveraineté.
Jacques Boschy, chevalier, donna, au mois de décembre, au prieur et à l'église Saint-Pierre de Màcon, les biens qu'il avoit à Miséria, et qui ont apparemment fait une partie du domaine et rente de la Poipe de Miséria, dont cette église jouit encore dans la paroisse Saint-Didier-de-Chalaronne et près celle de Uarnerans. Ce Jacques Boschy étoit homme de madame de Baugé; il tenoit d'elle la maison d'Aïuaret avec ses fossés et forteresses, et il lui en fit hommage en U72 (b).
(») Guirlirnon, Hist. Dresse, au mol S» mira m. (•) ïlisl. Rkmc, Preuves, p. 18.