Mémoires pour servir à lhistoire du Jacobinisme
XL est des Journalistes dont le suffrage m'est pre'cieux, parce que je connois les services qu'ils rendent au public , en propageant les bons principes. Il en est dont l'éloge me seroit odieux, parce que sous le masque des sciences, ils ne servent que la cause de l'impie'té et de la re'bellion. Je ne lis pas assez babituellement M. Griffith , ou bien son Monthlj Re^'iew , pour savoir dans quelle classe il faut le ranger , lui ou son lieutenant et son faiseur. Mais il seroit fâcheux que l'on pût en juger par le cojîipte qu'ils ont rendu de mes Mémoires sur le Jacobinisme. Dans l'appendice, au vingt-cinquième volume de leur Journal , ils ont amalgame' des imputa^ lions , sur lesquelles je laisserois à tout lecteur le soin de prononcer , s'il s'agissoit d'une dispute purement litte'raire j mais j'ai de'nonce' la conspiration la plus redoutable qui ait jamais e'te' trame'e contre la Religion et la société' ; je dois à ma cause , je me dois h moimême de prouver à qui conviennent les accusations d* mau</aise foi , de tours d'adresse , et d'une perfide ingénuité. Heureusement la tâche n'est pas bien difficile, i.** M. Griffith me fait la grâce de trouver passables, satisfaisantes même , les preuves que je donne de la Conspiration des Sophistes contre V Autel ; xanis celles des Sophistes contre le Trône lui semblent, nous dit-il, si imparfaitement de'montre'es , que jusqu'ici il croit devoir attribuer l'extinction de la Royauté' en France à des circonstances locales, bien plus qu'aux vœux et aux complots des chefs de la Re'volution. Ce qu'il y a de vrai , c'est que les Jacobins ne seroient pas fâche's que l'on s'en tînt à cette opinion ; c'est que les Jacobins aussi prétendent avoir le droit de dire à nos Rois : Si 1% a iij
Mons en touIoOs à votre Trône , prenez-vous-en à tousriêraes • ce sont vos perfidies et votre despotisme qui , bien plus que Brissot etSyeyes, ont dëtrôné Louis XVI; qui , bien plus que Pe'thion et Robespierre , ont fait tomber sa tête. C'est sur-tout la tyrannie de Louis XYI, qui nous a inspire' le vœu si public, de ne pas laisser un seul Roi sur la terre. Mais ce qu'il y a de vrai aussi, c'est que M. Griffitb aime bien mieux prononcer sur jnes preuves que les citer ou les analyser, de peur que ses lecteurs ne les trouvent de'monstratives. Pas la moindre mention des lettres , des systèmes , du club des Sophistes d'Holbacb , du Comité central, des e'missaires du Grand-Orient , des de'clamatious , des aveux si formels des conjure's eux-mêmes, des adeptes Leroi, Condorcet , Gudin , Lame'tberie , ou des confrères journalistes du Mercure. Tout cela prouveroit que M. Griffitb est difficile en fait de preuves , quand il lui plaît de l'être ; et qu'il sait au moins les taire, sinon les réfuter. Il est tant d'hommes qui jugent sur la parole du Magister , qu'il ne vaut pas la peine de leur donner des raisons. Vous verrez que M. Griffitb ne daignera pas faire mention de ce Walpole qui nous parloit si positivement , et il y a si long-temps, de la conspiration des Sophistes contre le Trône. M. Griffitb aime à fermer les yeux , je ne sais pas les faire ouvrir de force.
ù.° M. Griffitb nous dit aussi que j'ai parfaitement tort en faisant de Xcgalité et de la liberté le secret des Maçons. Ici j'étois presque tenté de ne voir dans M. Griffith qu'un Frère dupe ; mais il a ses raisons pour paroître en savoir plus que moi. Il nous montre des correspondances, des ambassades établies entre les grandes Loges de Londres et de Berlin , dès 1776, dans un temps où celle-ci éioit le foyer de convergence, le centre dans lequel venaient se réunir tous les rajons de la philosophie moderne ; et puis il ajoute : Ces ambassades n'étoient-elles que des jeux d'enfans î ou bien j avoit-il quelques Timoléons cachés dans les Loges l — J'avouerai franchement que si j'avois connu ces ambassades, ces correspondances avec une Loge devenue le centre des Sophistes, au lieu de rétracter mes preuves sur la conspiration des Franc-Maçons , je n'aurois fait qu'y ajouter. J'aurois sur-tout bien moins généralise l'exception sur la Franc- Maçonnerie de la grande Loge de Londres , si j'avois su qu'elle recelât des Frères aussi ennemis des Rois que ce Timolcon , assassin de son
( ^ij ) frère Timophane , comme un premier Brutiis le fut de ses cnfans , comme un second Brutus le fut de son l)ienfaiteurCe'sar, et pour la même cause. Je laisse aux IVanc-Maçons Anglais le soin de dissiper les soupçons c]ue re'pand sur eux le Frère Journaliste. Mais on avouera que voilà chez M. Griffith une e'trange manière de prouver que j'ai tort de chercher des conspirations dans les Loges maçonniques , puisqu'au lieu d'accuser faussement les Frères Maçons , tout mon tort seroit d'avoir excepte' ceux même qu'on auroit cru le moins coupables.
'5.'^ M. Griffith devient plus e'trangement difficile à persuader, lorsqu'il s'agit des chers Illumine's , et de leurs complots contre toute socie'te' , toute proprie'te' , et contre les sciences. C'est ici que les imputations de anauvaise foi , d'infide'lite', de perfidie coulent sous sa plume. Le lecteur va juger quel est celui qui les mérite.
Le Journaliste tire ses grandes preuves de la manière dont j'ai traduit deux textes de Weishaupt. J'avoue que Je premier m'embarrassa beaucoup, non par la difficulté du langage , par-tout ailleurs très-intelligible , mais par la sottise et l'e'norme contradiction que pre'sente ce texte dans l'endroit où il se trouve. Pour traduire Weishaupt dans son sens littéral , il falloit lui faire dire : <^ Peu de besoins; voilà le premier pas vers la liberté. » Cest pour cela que les sauvages et les hommes les » plus savans , ou bien les hommes éclairés au suprême » degré , sont peut être les seuls libres , les seuls in- » dépendans. » Je voyois une grande ineptie à donner ïios savans pour les hommes qui ont le moins de besoins , ou qui sont le plus libres, le plus indépendans de la société'. Ils ont d'abord besoin d'une fortune honnête qui les délivre de tout souci pour vaquer à l'étude. Ils ont besoin que d'autres travaillent à les loger, à les nourrir, à les vêtir. Ils ont besoin plus que tout autre , de cette paix et de cette tranquillité , si nécessaires pour Je progrès des sciences. Ils sont les plus ingrats des citoyens , s'ils méconnoissent l'autorité publique , sans Jaqueile les sciences n'existeroient pas plus pour eux que pour les Ilurons. Mettez un Académicien seul d'un cote , dans de vastes campagnes ou forêts ; mettez de l'autre un simple paysan , ou artisan , et vous verrez lequel des deux a le moins besoin de l'autre pour se tirer d'affaire.
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( ^iij ) Ce n'est pas tout, Weisliaupt rons donne très-positi- ▼enient les sciences pour mère de ï esclavage ; comment concevoir après cela que les savans sont les plus libres , les plus indépendans des hommes \ Pour e'viter à Weishaupt ces absurdités, sachant très-bien d'ailleurs que , suivant lui , il n'y a point d'hommes véritablement éclaires , si ce n'est les sauvages ou ceux qui veulent nous ramener à l'ëtat des sauvages j je traduisis : «Peu
V de besoins , voilà le premier pas vers la liberté. » Cest pour cela que les sauvages sont au suprême » degré les plus éclairés des hoimncs , et peut-être » aussi les seuls libres ; » mais j'eus soin de citer le texte même de Weishaupt : Darum sind wilde , und in hœchsten grad auffgefdœrte , vielleicht die einzige
freje menschen. Je citai ces paroles , afin que chacuH pût le\ir donner le sens qu'il jugeroltà propos. M. Griffith a cru mieux faire. Il a cité lui-même cet autre texte , où Weishaupt nous donne très-positivement les sciences pour mère de l'esclavage j il ne lui en l'ait pas moins dire que les savans et les sauvages sont peut-être les seuls hommes libres. Je ne réclame point contre cette traduction ; elle rend mieux le sens de la phrase prise séparément ; la mienne est plus conforme à l'ensemble du discours. Je consens cependant que l'on mette cet errata : « Tome 5 de ses mémoires , page 22 , » ligne 1 1 , lisez : Peu de besoins , voilà le premier » pas vers la liberté. C'est pour cela cjue les sauvages b> et les savans , ou les hommes instruits au suprême
V degré , sont peut-être les seuls hom.mes libres. » Mais je veux qu'on ajoute : Observez la sottise et la contradiction.
4-** Le second reproche de M. Griffith , par qui j'entends ici l'auteur même de cet article , puisque c'est sur son compte qu'il s'imprime , le second reproche de M. Griffith sur ma traduction est conçu en ces termes : •« Le texte de Weishaupt porte expressément, des formes î> actuelles et imparfaites de la société civile , nous v avons à passer à des formes nouvelles et mieux choi- » sies. — Mais pour attribuer a Weishaupt le projet î> pervers de perpétuer l'Anarchie , l'Abbé rend infidè- » lement unfairlj- runders , ce passage , comme si le » le sens de Weishaupt étoit que nous avons à revenir » à l'état sauvage. » Puis , en faisant semblant de pouvoir citer dans mon ouvrage bien d'autres exemples d'iufidélilé , le Journaliste ajoute : « sur l'article de la
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» propriété , ce sont encore des libertés semblaLles » mises en usage avec une ingénuité non moins perfide. » On the topic of property ^ similar freedoms hâve been vsed with a not less treacheroiis ingenuit-y-
Sur des reproches de cette nature, M. Griffith, écoutez ma réponse : vous donnez joliment aux autres vos défauts. — Malgré tout ce que vos accusations ont de calomnieux et de révoltant , je vous avois écrit comme on pourroit le faire à un Journaliste honnête , qui peut se tromper, mais qui , après de semblables imputations, ne refusera pas au moins de mettre dans un des Numéros suivans la justification que je lui envoie. Vous m'avez refusé ce moyen de détruire vos odieuses imputations. Je vous prévenois que dans tous les cas mon intention n'étoit pas de laisser le Public dans l'erreur oîi votre Journal pourroit l'induire , erreur trop dangereuse dans les circonstances présentes. Je vous offrois un rendez-vous , pour vous montrer dans les Ecrits originaux les preuves évidentes de vos calomnies. Vous avez refusé tous ces moyens de rendre justice à \o vérité. Vous n'avez pas plus de droit d'être ménagé , que vous ne ménagez un homme qui certainement n'avoit dans son travail d'autre vue que l'intérêt public , et que certainement vous calomniez ici contre toute évidence.
Il vous plaît de donner la résolution où je vous disois être , de désabuser le Public , pour une menace risible de vous dénoncer comme Illuminé j vous avez ajouté que j'étois bien maître de vous faire ou ce reproche ou ce compliment. ( Monthly review , June 1798 , art. Correspondance. ) Eh bien , Monsieur, vous êtes bien le maître vous-même, de prendre pour un reproche ou pour un compliment , tout ce que je vais dire de vous ou de votre faiseur , mais sans savoir si vous êtes ou non dans les secrets de l'iUuminisme , au moins est-il bien sûr qu'un véritable Illuminé ne pouvoit pas montrer moins de bonne foi, que ne le fait l'auteur de l'article auquel j'ai à répondre.
Loin de vouloir prêter à Weishaupt une intention qu'il n'avoit pas , lorsqu'il écrivoit ces paroles aus den staaten tretten wir in neue klàger Gewœhlte , je les ai exactement traduites par celles-ci : de ces sociétés ( civiles , de ces gouvernemens ) nous passons à des vœux , à un choix plus sage ; et comme cette plirase , ni en Allemand , ni en Français , ne dit par elle-même rien de précis , je me suis contenté d'avertir en note , que
la phrase suivante exprlmoit assez clairement ce que c'est que ce choix. {^Troisième volume de ces Mémoire y page i5o. ) Le Traducteur Anglais a omis cette note , qui dans le fond n'e'toit qu'un excès de précaution. (^Page i3i.) Mais l'eût-il mise comme moi, qu'en re'sultoit-il autre chose qu'une attention particulière à ne point prêter à Weishaupt un sens contraire à la suite du texte l Est-ce ma faute , à moi, si tout ce qui précède et tout ce qui suit , démontre évidemment que ce Sophiste veut nous ramener à l'état sauvage l Je ménagerois trop le Journaliste , ou plutôt je n'en ferois qu'un franc imbécille , si je disois qu'il a pu s'y méprendre ; car voici cette phrase avec ce qui la précède et ce qui la suit : « La nature a tiré les hommes de » l'état sauvage et les a réunis en sociétés ciyiles ; de » ces sociétés nous passons à des vœux , à un choix » plus sage. De nouvelles associations s'offrent à ces » vœux ; et par elles nous revenons à l'état dont nous V sommes sortis , non pour parcourir de nouveau Van" » ciencercle , mais pour mieux jouir de notre destinée. » Puisque le Journaliste refuse les rendez-vous que nous lui demandons , pour lui montrer le texte allemand , qu'il le lise ici j qu'il le traduise ou le fasse traduire par qui bon lui semblera ; je le défie devant tous les interpi'ètes , de prouver que j'ai le moins du monde altéré le passage : « Die natur hat das menschenges~ chlecht aus der wildheit gerissen , wid in staaten vereinigt ; aus den staaten tretten wir in neue klùger gewœhlte. Z.u unseren wiinschen nahen sich neue verbindungen und durch dièse langen wir wieder dort an , ivo wir ausgegangen sind ; aber nicht um dereinst den alten zirkul wieder zuriick zu machen, sondent um unsere weitere beslimmung nœher zu erffahren. » Je le demande hardiment : Quel est l'esprit assez bouché , assez stupide , assez dépourvu de logique , pour ne pas Toir ici, que cet état dont Weishaupt prétend que la nature nous a tirés , et auquel il veut qu'elle nous ramène par ses associations (secrètes) est l'état sauvage? D'ailleurs , Weishaupt ajoute qu'il va expliquer ce mystère j comment l'explique-^t-il ? en consacrant plus de quarante pages à nous prouver que le but de la nature dans les sociétés secrètes , est de détruire jusqu'au nom de peuple , de prince , de nation , et de patrie. Il nous dit positivement que c'est là un de ses grands mjystères. Le monstrueux sophiste ajoute que le péché
originel , la claite des t homme , iiVst pas autre chose •]ue leur formation en sociétés civiles , que la Rédemption est notre rétablissement clans l'état antérieur à la société. C'est aijisi qu'il explique la doctrine même de l'Evangile ; c'est ainsi qu'il explique la Pierre briite , fendue , polie , des Franc~Maçons ; et l'on viendra nous accuser de fraude , de tours d'adresse , d'une ingénuité perfide , lorsque nous dévoilons l'absurdité et la scélératesse de sou Illumiuisme î M. Griffith , ou vous M. son Lieutenant, prenez pour vous ce qui vous appartient j gardez la fraude , les tours d'adresse , la perfidie , et laissez-nous notre ingénuité,
5.^ Qu'est-ce encore que tout le zèle du Journaliste pour TVeishaupt et pour Kmgge , ces deux vrais prototypes de l'illuminisme l Pour les justifier , il me parle du Théisme , et des opinions qu'ils ont affecté de soutenir dans leurs productions faites pour le public j il joue le Frère dupe , en se retranchant sur le Socinien Dassedow , que Weisliaupt fait lire à ses novices. Qu'est-ce que cela fait à un homme qui vous parle des opinions secrètes de Weishaupt , de Knigge , et qui vous les montre dans toute la doctrine de leurs mys-' ières conspirateurs? A un homme qui vous fait voir par les lettres même de Weishaupt et de Knigge , après l'étude du Socinien Ba<;sedow , ces deux athées donnant à leurs adeptes et leur recommandant toutes les productions de l'athée Boulanger , de l'athée Robinet , de l'athée Helvétius , de l'athée Diderot , et tout cet athéisme venant même plutôt que ne l'eût voulu Knigge, dévoiler les secrets de la secte? ( Ecrits originaux , tome I , lettre 3 de Spartaciis à Caton ; tofne 2 , lettre '2 de Philon au même. ) — Que sont encore pour lai conspiration que je dévoile toutes les inepties que le Journaliste copie des Illuminés Allemands sur les Jésuites j toutes les terreurs paniques qu'il affecte sur le letour du Catholicisme dans les pays Protestansj comme' si les Protestans et tous les Citoyens d'une religiorr' quelconque n'avoient pas chacun le plus grand intérêt à déjouer l'illuminisme ? Si l'on veut donner le change à l'Angleterre , comme les adeptes l'ont fait quelque tenïps h l'Allemagne, l'artifice est usé, M. Grlffith aura beau répéter ÎVlirabeau et Bcyineville, ou exalter comme eux les prétendues preuves de la Maçonnerie Jésuitique , découvertes par l'Illuminé Lucien Nicolaï y nous sommes à portée de vérifier ces grandes preuves. Nous
( ^ij ) prierons M. Griflith , de nous montrer le fameux Pelican découvert à Oxford , et sur-tout de nous dire comment ce Pélican se trouve remplacé par Vépervier qui se remplume ; et comment Vépervier qui se remplume démontre les Jésuites cachés depuis long-temps dans les Loges Anglaises ^ et si l'on n'y prend garde, tous prêts h en sortir pour faire un terrible ravage. Il voudra bien nous dire aussi , comment la démonstration devient évidente , quand ou fait attention que Christophe Wren, l'Architecte de S. Paul , étoit à Oxford , professeur dans un collège , et que le pélican et l'épervier furent trouvés dans un autre collège l Mais quand M. Griffith aura bien développé toutes ces grandes preuves de Nicolaï , j'ai peur que les Anglais ne mettent l'inventeur et le panégyriste sur la même ligne. ( Voyez le Monthlj- Review ^ Août 1798 , page 4(30 ef 461;) mais voyez aussi toutes ces inepties de Nicolaï , appréciées dans l'ouvrage Allemand intitulé , Le voile levé sur la Maçonnerie , page 3i8 ef suiv.
Et que M. Griffitli ne croie pas que tout soit dit , «juand nous aurons haussé les épaules sur cette fable du Catholicisme et du Jésuitisme cachés dans la Franc- Maçonnerie. Nous saurons , s'il le faut , produire de nouvelles preuves que toute cette fable n'a été inventée que pour distraire les Protestans de l'attention qu'ils font ou qu'ils doivent faire aux complots de l'Illuminisme. Nous montrerons les Frères archi-illumlnés , Brunner , Curé catholique , apostat de Tiefenbach, et l'apostat Nimis , le vrai Chabot d'Allemagne , les adeptes Dorsch ^ et Blau , TVreden., fameux illuminés de Mayence et de Spire et de Bonne, méditant et com- })inant entre eux les moyens de donner à cette fable en Allemagne, le nouveau cours que M. Griffith cherche à lui donner en Angleterre. Nous produirons la lettre de l'adepte Brunner à Nimis, découverte dans les papiers de Blau, et envoyée par les Officiers de la Justice à VEvêque de Spire. M. Griffith sait bien des choses sur la Maçonnerie et sur l'Illuminisme ; il pourroit cependant ignorer l'objet de cette lettre. Il faut qu'il la connoisse : il en concevra mieux le rôle qu'il joue y et les services qu'il rend à l'Illuminisme.
La dépêche est datée du 9 Juin 1792 , c'est-à-dire, d'un temps oîi la coalition des Princes sembloit menacer le Jacobinisme d'une perte prochaine ; elle nous montre tous ces adeptes fort occupés du plan de donner à
( xîij ) i'Illuminisme une nouvelle forme pour lui donner aussi de nouvelles forces. Il s'agit dans ce plan de trouver un voile qui, cacliant une grande niacliine , donne à se» instrumens la liberté d'agir sans être vus, et d'atteindre l'objet de la secte , sans être soupçonne's de s'occuper d'Illuminisme.
Le voile si propice au projet des Frères , est une académie des sciences , composée de deux classes d'iiommesj les uns savans connus par leur zèle pour la Religion , et les autres profonds Illumine's. Il doit y avoir aussi pour protecteurs des membres honoraires; et si Dalbert, ajoute ici l'adepte auteur du projet, si Dalbert arrive une fois au Gouvernement (si de Suffragant il devient Electeur de Mayence,) c'est de tous les Princes le meilleur pour notre objet. Peut-être lui dévoilerons-nous tout notre plan , et mettrons-nous le centre de notre Académie dans Majence. Pour éviter le soupçon des mj^stères cachés dans cette Académie , il sera bon que chacun de ses membres porte sur la poitrine une médaille ajant pour devise Religioni et ScrENTiis ( à la Religion et aux Sciences.) — Pour mieux cacher encore tout objet secret ^ il faudroit spécialement engager tous les savans Jésuites^ par exemple Sattler^Sailer , Mustchelle ^ et les autres savans Religieux orthodoxes , tels que Gerbert et S chwartzueber, — Il faudroit même faire annoncer l'établissement de notre Académie , non par un de nos adeptes , mais , si on le pouvoit , par un Jésuite.
Avez-vous lu cela , M. Griffitb ? Voyez à présent ce qu'ajoute le Frère auteur du beau projet : « Si avec s> tout cela on crloit encore contre le Jésuitisme caché » et contre les progrès du Catholicisme, ce n'eu seroit » que mieux ; on n'en éviteroit que mieux le soupçon » d'une association secrète", on pourroit, (observez ces » paroles, M. Griffith ) on pourroit soi-même aider à » répandre cette fausse alarme, i^ Voici encore le texte Allemand; traduisez-le vous-même dans votre Journal, mais ajoutez-y aussi le texte, afin qu'on voie qui de nous deux est le fourbe , le perfide ( le treacherous ) «; wurde ùber heimlichen Jesuitism , oder iiber gœssere » aufbreitung des Katholicisin geschrien, desto besser; » dadurch wurde aller verdacht einer geheimen i^er- » bindung nur um so mehr heseitiget. Man kœnnte •» sogar diesen blinden lœrm selbsschlagen helfen. » ■— Quand tous aurez , Monsieur , bien médité sax ce
( xiv ) plan des adeptes, dites-nous , je vous prie , ce que vou8 pouviez faire de mieux pour le seconder que ce que vous faites, en rendant compte de l'ouvrage de M. Robison , du mien , et de la polissonnerie imprime'e sous le titre de Première lettre d'un Franc-Maçon à l'abbé Barruel. . — Observez encore que ce plan des adeptes est de Juin 1792J et je me flatte au moins que vous ne renverrez pas vos lecteurs à Bœttiger pour leur faire croirfî que depuis 1790 il n est plus question d'ilhaninisme en Allemagne.
Je me flatte même qu'en ce moment vous pensez in«te'rieurement comme moi , que vous auriez mieux fait ï.*' de ne rien dire sur ces ouvrages, ou d'en parler sur un ton plus vrai et plus honnête j 2.° d'accepter l'invitation que je vous faisois de vous montrer kg textes originaux ; 3.** de publier la lettre que je vous priois d'inse'rer dans votre Journal ; /\.^ et sur-tout de ne pas prétendre que je vous avois menacé de vous de'noncer comme Illuminé. Car fx^anchement, Monsieur, je n'ai nulle envie de prononcer s*i les illumines vous ont admis, vous ou votre faiseur à leur dernier secret. Vous commencez par avouer qu'il existe vine conspiration des Sophistes conlre l'Autel j vous finissez par dire sur les Illuminés, que quelque extravagantes que puissent être les opinions de quelques-uns de leurs chefs , l'objet général des Loges confédérées semble être le Socinianisme et le Républicanisme , plutôt que l'anarchie. C'est avouer au moins qu'il existe dans ces Loges une conspiration contre le Dieu de l'Evangile et contre tous les trônes des Souverains. C'est de plus abandonner la défense des adeptes , ou chefs ou fondateurs de celte confédération des Illuminés. Lorsque vous en venez à ces aveux , j'aurois au moins le droit de vous dire : il valoit bien la peine de m'imputer tant de mauvaise foi pour finir par confesser qu'après tout je pouvois très-bien avoir raison en tout. Car enfin j'ai eu soin de distinguer les grades j j'ai montré par le code Blême des Illuminés , comment ils se contentoient d'inspirer à la première classe la haine des Rois , et cette espèce de Socinianisme qui se rapproche si fort du vrai Déisme. C'étoit là , ce me semble , avoir déjà montré chez eux une conspiration qui mérite l'attention du Public. Lorsque je les accuse de tendre à l'absolue anarchie , c'est aux chefs seulement et aux profonds adeptes que je montre ce secret réservé, quoiqu'aujour-