CHAPITRE X IL
Application des trois Conspirations à la Réi^olution Française.
Identité i\. Mcsurc quc je développois la nature , l'objet *^gia1T ^^ ^^^ moyens de tant de complots souterrains , complots, le lecteur m'a souvent prévenu dans l'application qu'il en faisoit à ce qui s'est passé sous ses yeux. 11 s'est dit bien des fois à lui-même : Qu'est-ce donc que cette suite de forfaits, de bouleversemens , d'horreurs , dont la Révolution Française est venu effrayer l'univers , si ce n'est les principes et les projets de toutes ces sectes conspiratrices , successivement mis en action ! Tout fut conçu dans les ténèbres , tout éclate au grand jour ; ces complots dévoilés, telle pourroit être, en deux mots , l'histoire de la Révolution. L'évidence l'a déjà démontré assez ouvertement ; elle nous dispense des détails fatigans. Evitons au moins ceux qui seroient plus propres à aigrir des plaies encore sai?glanies que nécessaires à la conviction. Je considérerai la Révolution Française dans ses préliminaires , dans ses attentats successifs contre la religion , contre la monarchie , et enfin contre la société universelle ; mais un coup - d'œil ra~
Dniis
éli-
DE l'Impiété et de l'Anarchie. 297 pide sur ces attentats suffit aux démonstrations.
Remontons à ces temps où les conjurés de itoutes les espèces en sont encore dans leurs antres, niin;,ir<s à épier l'instant propice à leurs complots. Les de in rjdisciples de Montesquieu et de Jean-Jacques^"""^"' l'avoient dit dès l'année 1 7 7 1 : c'est par une assemblée générale de Députés nationaux , que l'homme doit être rétabli dans ses droits primitifs légalité ^ de liberté, et le peuple dans ses droits imprescriptibles de souveraineté législative. Dès lors aussi , les adeptes sophistes avoient prononcé que le grand obstacle au rétablissement de ces prétendus droits , étoit dans cette antique distinction des trois ordres ; du Clergé , de la Noblesse et des Communes. ( Voy. t. 2. , de ces Mémoires , c, 4 ^^ 6. ) Obtenir la convocation des Etats-Généraux, anéantir dans ces mêmes Etats toute cette distinction des trois ordres ; tel devoit donc être et tel fut en eflèt le premier des moyens révolutionnaires.
Le vide que Necker avoit laissé dans le trésor public, les déprédations et les désordres d'un siècle sans mœurs , parce que les sophistes en ont fait le siècle de toute impiété , ont réduit un Monarque 5 presque seul conservant les mœurs antiques au milieu des désordres qui l'entourent , à convoquer les Notables de son Empire , pour satisfaire sa seule passion , celle de travailler au bonheur de son peuple. Le vœu qu'il en témoigne est le prétexte que les conjurés saisissent pour hâter cette Assemblée Nationale , où doivent triompher tous leurs complots. Tout ce que la sagesse des Notajjles pourra suggérer à Louis XVI, est rejeté d'avance, il faut à d'Orléans et à ses Comités politiques , les Etals-Généraux ; il faut que les Tribuns de la Nation se lèvent et discutent leurs droits contre le Souverain. A la tête de tous
29S Conspiration des Sophistes
les conjurés , Philippe d'Orléans est aussi le premier à se lever pour eux. Pour la première fois , il affiche le zèle de la chose publique ; le premier acte de son zèle est une protestation soleniielle contre les dispositions de Louis XVI , pour subvenir aux besoins de TEtat. ( P'oy, Séance royale pour le timbre et V impôt territorial. ) Dans ses manœuvres contre le Souverain , il s'unit à tous ces Magistrats que distinguoit alors l'esprit des factions ; à ce Déprémesnil , encore infatué des visions martinistes et des principes révolutionnaires ; aux Conseillers de Monsahert et Sabatier , les plus ardens ennemis de la Cour ; et à ce Frétcau qu'anime un même esprit, et ce Pelletier ^ qui votera un jour la mort du Roi. Il se joue du premier Parlement , et à force d'intrigues il en obtient le premier cri légal, la première demande formelle des Etats-Généraux. La fermentation des espriis fait hésiter Louis XVI; Philippe d'Orléans ajoute à la fermentation ; ses brigands se répandent dans Paris ; il solde les émeutes. Louis XVI croit enfin devoir accorder ces Etats - Généraux. La Secte qui les doit à d'Orléans n'a plus besoin que d'un Ministre qui en dirige la convocation dans le sens des complots. Ce Ministre sera précisément celui des conjurés qui a ouvert l'abîme. Ce sera ce Nccker, dont la perfide politique a ruiné le trésor de l'Etat : ce Necker, l'homme tout à la fois des courtisans ambitieux , qui de nouveau le poussent vers le Tiuue pour s'en rapprocher euxmêmes ; l'homme des Priiices de Beauveau et de Poix , du Maréchal de Castries, du Duc d'Ayen, de Sésenval et de Guibert; l'homme des couriisai^s conspirateurs , de Lafajette et des Lameth ; l'homme des grands sophistes de l'impiété , dont les complots se trament dans sa maison tout comme au club d'Holbach 5 l'homme enlin, dont l'image.
DE l'Impiété et de l'Anarchie. 299
dans ses triomphes révolutionnaires, sera si dignement portée à côté de celle d'Orléans.
Louis XVI a pu connoître ce periîde Ministre ; il a eu sous les yeux tout le plan de la conspiration ourdie nommément par Necker et par les adeptes de son philosophisme. Ce Prince, hélas ! trop bon pour croire à tant dhypocrisie et de scélératesse , sera un jour réduit à s'écrier : Pourquoi nai-je pas cru , il y a onze ans , tout ce que j'éprouve aujourd'hui P on me l'avoit dès lors annoncé. C'est sur Necker que tomberont ces plaintes trop tardives. Alors même de son premier ministère , c'étoient et sa personne et les complots , tramés dans sa maison et au club d'Jlolbach , que dénonçoit formellement un Mémoire présenté au Comte de Maurepas et à Louis XYI. Mais les conspirateurs ont enflé de nouveau toutes leurs trompettes, pour célébrer et les vertus et les talens du traître Genevois ; vaincu parleurs intrigues , Louis XVI croit encore trouver dans lui l'homme qui doit sauver la France ; il lui comle le soin de diriger la convocation des Etats -Généraux. C'est l'honuTie qu'il falloit pour faire de ces mêmes Etats l'empire de tous les conjurés, (a) Il sait que leur espoir est
(a) Je ne connois'-ois pas assez cet homiue-là , quand je me contentai de le mettre sur la ligne de Malesherbes et de Turgot. Que ce four])e et ambitieux traitant, se peigne en ce moment Ini-naême dans ses propos. — Cent mille ccus pour vous , si vous me faites Contrôleur général. — .Te suis riche et n'ai point de naissance; il faut dans ce cas-lh que l'or supplée la noblesse. Quand on peut le répandre , il ne faut pas .'pargner l'argent pour servir l'ambition. — Vous me parlez du peuple ? il peut éfre utile , et je m'eu servirai ; mais il ne peut nous nuire ( et je le jouerai. ) Quant à la Religion , il en faut une a ce peuple ; mais il ne lui faut pas son. Christianisme , et nous le détruirons. — Que Necker se présente , et me demande en quelles circonstances ou à
3oo Conspiration des Sophistes dans la multitude ; il sait qu'aux Etats-Généraux , le grand obstacle à tout complot contre le Souverain , seroit dans cette antique distinction des ordres du Clergé , de la Noblesse , du Tiers ou des Communes , et dans le contre-poids des suffrages. Il n'en peut pas douter ! c'est par le Tiers- Etat sur-tout que les conjurés font déjà entendre les vœux de leur révolution ; c'est dans cet ordre que dominent les Tribuns de la sédition ; et pour assurer à ces Tribuns l'empire des suffrages , il commence par doubler aux Etats les députés du Tiers. Ils arrivent en force; fiers de la multitude, ils se déclarent , à eux seuls , Assemblée Nationale; en vain la Noblesse et le Clergé réclament ce droit , moins précieux pour eux que pour l'Etat ,
qui sa monstrneusc probité a tenu ces propos, et je lui nommerai d'abord celui qui a reçu ces cent mille ëcus pour l'avoir fait ContnMeur général. Je lui dirai ensuite : ces propos , tu les avois tenus h la personne même qui a eu le courage de te les reprocher en face , au milieu de ta puissance j h celle-là même h qui ta douce humanité reproclioit des larmes sur son frère , et qui te reprochoit de l'avoir fait périr, quand tu craignis qu'il ne parlât j à cette même personne qui avoit refusé de s'enrôler dans cette compagnie de tes Séjans et de tes Tigellins, destinés à t'ouvrir la route par mille délations calomnieuses , rédigées et par eux et par toi , dans ces Mémoires que tu faisois passer à Louis XYI , pour lui rendre suspects tous ceux qui occupoient des places dont tu voulois pour toi ou pour tes adhérens j — à cette même personne, par qui tu voulôis faire accuser auprès de Louis XVI , le Ministre Sartine d'avoir volé vingt- deux millions sur cinquante- trois , et qui n'eut besoin que de l'en avertir , pour en rendre la fausseté e'videnlej — à cette même personne dont tu avois besoin dans tes intrigues, qui vit enfin dans toi un monstre, qui dévoila tes complots et tes noirceurs h Maurepas et à Louis XVI. — Si tes furfatïs secrets doivent occupert une place dans l'Histoire, apprends que toutes ses.» preuves ue sont pas encore perdues.
CE l'Impiété et de l'Anarchie. 3ot
ce droit de balancer les délibérations , de varier les corps délibérans , de peser dans les uns les résolutions que l'intérêt, la passion et l'artilice des Tribuns pourroit avoir hâtées dans les autres ; vainement le Clergé et la Noblesse , pour conserver ce droit , ont sacrifié tout ce qui pourroit n'être que privilèges dans les prétentions exclusives , tout ce qui n'est qu'intérêt pécuniaire dans la distribution de l'impôt ; le vrai privilège que leur envient Necker (a) et tous les conjurés , c'est le droit d'annuUer toute résolution contre la Religion ou la Monarchie. Vainement Louis XVI , plus en père qu'en Pioi , a fait par sa déclaration du ^3 Juin , des sacrifices dont l'excès est déjà une révolution , par l'atteinte portée à son autorité ; celte révolution n'est pas celle qu'il faut aux conjurés. — Les sophistes l'ont dit , pour le triomphe de leur égalité et de leur liberté , il faut que les suffrages cessent de se peser par ordre , qu'ils se comptent par têtes ; que tous ceux du Clergé et de la Noblesse viennent se confondre et s'anéantir devant la multitude ; il faut que la majorité de leurs chambres ne soient plus que la minorité dans le grand ensemble des Communes. Louis XVI ordonne en vain le maintien des trois ordres , conformément à l'ancienne Constitution; les conjurés protestent ; leur président Bailly les appelle à un nouveau théâtre ; un jeu de paume a reçu le serment de la révolte ; ils y ont tous juré de donner à la France la Constitution de leurs complots ; et
(a) Pour seconder son cligne père dans ce comhat des ordres, tandis qu'il intriguoit au Château, la Dame Staël intriguoil à la Ville. Elle avoit établi chez elle un bureau de souscriptions. Lafayette et Laraeth amenoient les traîtres à sa table , et là elle faisoit passer leur nom sur la liste des lâches qui promettoieut d'abandonner leur ordre pour aller se joindre au Tiev».
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déjà ils agitent leurs brigands ; leurs pierres homicides ont assailli le vénérable Pontife de Paris ; les jours du Roi sont menacés : elle se fait enfin cette fatale réunion , qui met l'Empire sous le joug de la multitude. Là , ils sont sûrs d'avoir pour eux tout ce que leurs intrigues dans les élections , ont mis d'apostats et de lâches dans la députation du Clergé et de la Noblesse ; là , Necker a doublé les Communes pour assurer à leurs décrets le nombre des suiFrages. Il a fait des Etats-Généraux tout ce que les sophistes vouloient en faire pour le succès de leurs complots. Il s'appitoiera un jour sur les forfaits et les désastres de la révolution ; qu'il n'en soit pas moins gravé sur son tombeau : Cest lui qui les a faits.
Désormais sans obstacles et sans crainte de voir leurs décrets balancés ou rejetés par aucune classe de citoyens , les conjurés se déclarent euxmêmes Assemblée Nationale. Ils se sont arrogé le droit de faire et de prononcer la loi ; les secrets de la secte peuvent sortir des Loges et des Lycées. Sous le titre de Droits de Vhomme , ils vont être la base de la Révolution. Par la première loi de ces législateurs , tous les hommes sont déclarés égaux et libres ; le principe de toute Souveraineté réside essentiellement dans la Nation ; la loi n'est autre chose que V expression de la volonté générale» Depuis un demi-siècle , ainsi l'ont prononcé dans leurs systèmes , Montesquieu , d'Argenson , Jean-Jacques et Voltaire. Ainsi , tous les sophistes dans leurs Lycées, tous les adeptes Franc- Maçons dans leurs arrière-Loges , tous les Illuminés dans leurs repaires , faisoient de tous ces principes de l'orgueil et de la révolte , le fondement de leurs mystères ; ainsi tous ces droits désorganisateurs n'ont fait que passer de leur école , et publique et secrète , au frontispice de leur code révolutionnaire.
DE L'bîFIÉTÉ ET DE I/AnARCHIE. 3o3
Ce peuple égal et Jibre , et souverain législaleur , peut encore vouloir que sa religion soit maintenue dans son intégrité ; qu'à sonRoi appartiennent toute la puissance nécessaire pour contenir les séditieux et les rebelles. L'amour de leurs Autels et de leur Prince est encore dans le coeur des Français. Il faut aux conjurés une force tirée du sem même de ce peuple, qu'ils puissent diriger a leur gré , ou pour ou contre lui , suivant qu'Us le verront docile ou revéclie à leur voix , et surtout une force qui annulle celle du Souverain. Tout a été prévu ; les sophistes ont dit depuis long-iemps : « Oli ! que nous aurions fait un grand » pas , si nous étions délivrés de ces soldats élran- » gers et mercenaires ! Une armée de nationaux » sedéclareroilpourlaliberté, dumoinsen partie; » mais c'est bien pour cela qu'on tient des troupes » étrangères. » ( Voy, leU attribuée à Montesquieu t. 2, de ces Mém. ch, 2. ) Les sophistes 1 ont du depuis trente ans ; les conjurés ne l'ont pas oublié. Déjà leur armée de nationaux est formée , et c'est du fond des Loges maçonniques qu'est sorti l'exemple et le signal. Ce même Sam^ lette de Lange , le président du Comité secret des Amis-Réunis , le grand maître de la correspondance, s'est présenté aux Municipes Parisiens , et voici sa harangue: « Wlessieurs,jesuiscaporal\ » Voici des citoyens que j'ai exercés à manier les » armes pour la défense de la patrie. Je ne me suis « point fait leur Major ou leur Général , nous som- » mestous égaux, jesuissimplementCaporal;mais » jai donné l'exemple. Ordonnez que tous les » citoyens le suivent ; que la Nation prenne les » armes , et la liberté est invincible. „ Savalette , en tenant ce discours , ne présente avec lui que sept à huit brigands équipés en soldats comme lui. Leur aspect elles cris répétés de Saurons la
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Patrie , excitent l'enthousiasme ; un peuple viûr» mense entoure en ce moment les Municipes ; la motion de Savalette est à l'instant changée en. décret. Le lendemain , l'armée des Nationaux Parisiens se forme , et bientôt les Provinces de tout l'Empire en comptent des millions, (a) Ils se sont tous voués aux conjurés ; il est temps que Louis XVI éprouve leur puissance. Il a chassé le perfide Necker ; ils ont encore besoin de lui. Déjà ils l'ont forcé de le rappeler. Il hésite à sanctionner les droits de l'homme égal et libre du peuple soui>erain ; ils sauront lui montrer toute la force de ce peuple.
En faveur de ces Droits , tous les conseils des conjurés s'unissent , et ils ont dit : De retour auprès du Trône , Necker affamera ce peuple pour le forcer à l'insurrection ; les Frères excita-leurs enverront de Paris les harpies des faubourgs demander du pain à Louis XVI ; désormais à la
(a) Bien des Auteurs se sont laissé tromper sur l'établissement de cette Garde nationale. Ils nous citent en preuve un arrêté du Comité' des Electeurs , envoyé de THôtel de Ville à toutes les sections de Paris pour former cette Garde , et signé par MM. de Flesselles , Tassin, de Leutre , Faucliet, le Marquis de la Salle j or il est constant, et tout le monde sait, i.° que cette Garde nationale ne fut formée que deux jours après la prise de la Bastille j 2.° que M. de Flesselles fut assassiné le jour même de la prise de cette Bastille j mais ce qu'où ne sait pas , c'est que le procès-verbal de cet arrêté , ainsi que tous les autres procès-verbaux de ce qui se passoit h l'Hôtel de Ville , pendant la première année de la Révolution, ne furent rédigés que l'année suivante , par le sieur du Vernier , sous les ordres de Lafayette , qui , malgré bien des observations, ne laissa rien cbanger à ce qu'il y avoit fait mettre , et qui auroit surtout été bien fâcbé de voir le monde instruit de la vé-^î-itable origine de cette Garde nationale ^ qu'il étoit si enchanté de commander.
tête
DE l'Impiété et de l*Anarchïe* 3o5
tête des Municipes , Bailly et ses assesseurs les feront suivre par les légions des Nationaux ; dé-» sonnais à la tête des Nationaux > Lafayette les em» mènera à Versailles ; il entourera Louis XVI > sous prétexte de veiller à sa défense , et il s'endormira. Mirabeau , Péihion et Ghapellier , Mon-^ tesquiou et Duport , Charles Lametli , Laclos , Sillery , d'Aiguillon , préviendront l'Assemblée <c^i\iljaut au peuple des victimes ; ils l'empêche^ ront de se porter auprès du Monarque pour veil* 1er sur ses jours ; ( séance du 5 Octobre ) et ils profiteront des ténèbres pour animer la populace , les brigands et les soldats. Ils ont déjà tout le cœur des furies ; ils en prendront le masque et le costume pour diriger leurs coups. ( Les dépositions juridiques , témoins loy, 226 , 200 , 370.) D'Orléans abreuvera ses monstres des liqueurs de la rage , de la frénésie ; et il leur montrera dans la Reine , la première victime à immoler. Syeyes et Grégoire , et la foule des autres conjurés , resteront spectateurs ; mais si le Roi succombe , ils donneront la couronne à d^Orléans , sûrs de la morceler au gré de leur égalité et de leur liberté, dès qu'il la tiendra d'eux* Necker se cachera ; sa vertueuse épouse ^ parée de ses bouquets , avec sa fidèle compagne , la Maréchale de Beauveau > et dans les galeries de Versailles au moment du carnage , tranquille spectatrice des fureurs deâ brigands , dira froidement à ceux qui leur résistent : Laissez donc faire ce bon peuple , il ny a pas de danger. Il n'y en a point pour elle ; déjà elle a eu soin d'en prévenir j en ces termes , son Frère Germani : « Soyez tranquille , tout ira j) bien ; nous ne pouvons ni parler ni écrire» » ( Lettre du 5 Octobre. )
Les atroces complots qu'une si digne confidente ne peut écrire , la miit du cinq au six Octobre les
ToAiE IV. y^
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ïi fait éclore ; l'historien n'a pas besoin de nos Mémoires pour en peindre l'horreur ; les dépositions des témoins entendus par les Magistrats du Châtelet , les dévoileront à la postérité. Mais <l'Orléans pâlit ; une poignée de ses Gardes du €orps , les seuls dont les perfides assurances de Lafayette aient permis à Louis XYI de rester eritouré , forment autour de lui et de Marie - Antoinette la barrière des héros. Leur valeur enchaînée par les ordres d'un Roi , qui ne leur permet pas de répandre le sang de ses assassins mêmes, ne les empêche pas de prodiguer le leur. A force de prodiges , de courage et de fidélité, ils ont su résister à des forets de piques et de haches , (a) et empêcher Philippe de consommer ses forfaits. Le jour qui vient les éclairer , a fait rougir ses brigands ttiêmes des horreurs dont il les fait les instrumens;
(d) Ce iour da six Octobre fut le dernier de la Monarchie Française. Quand elle renaîtra , qu'un monujneut soit élevé aux braves Chevabers , à qm il ne manqua , pour la sauver, que d'être plus bbres dans leur courage Que leur nom soit au moins consacre dans i'Histoire. Je voudrois mettre ici la liste des soixante oui se trouvant alors au Château , méritèrent si bieu le nom de Gardes du Corps. Je n'ai pu me procurer les noms que des suivans : ,,,t 7 nr
M. le Duc de Guiche , Capitaine ; MM. le Marquis
de Savonnière , Chef de Brigade; le Ficomte dAgoult;
le Vicomte de Sesmaisons ; le Comte de Mauleon; le
Chevalier de Dampierre ;le Chevalier de Samt-George,
Gardes du Corps.
MM. de Berard, 2 frères ; de VHuilUers ; le Marcuis de Faricourt, tué ; h Chevalier Deshutes , tue ; de Miomandre : le Baron Durepqire ; Derniers -Mou^ cheron ■ le Chevalier de la Tranchade ; le Chevalier de Duret le Chevalier de Valory ; le Comte du Mouthier; Bernadj ; MM Horric, 5 frères ; MM ^^ f^f ^^^ 3 frères ; Renaldj^ ; de Lamotte; le Cheyaher de Montaut; Puget,
t>Ë L*ÏMt>IÉTÉ ET DE L^AnaRCHÏE. 3o7
les Nationaux se souviennent enfin qu'ils sont Français. Tout leur vœu est désormais d'emmener Louis X\I au milieu d'eux , de le voir habiter , dans Paris , le Palais de ses pères. Il ne sait pas quels hommes ont profité de ce retour subit d'un sentiment national , pour inspirer ce vœu. Il croit se confier à l'amour de son peuple ; il ne fait que céder à l'impulsion des conjurés. Il ne sait pas que c*estlà encore une dernière ressource des conjurés, pour ne pas perdre tous les fruits de cette afl'reuse nuit. Ce qu'il en a coûté pour lui arracher la sanction de leurs Droits de l'homme , des principes désorganisateurs , annonce le besoin qu'ils auront de leurs brigands , pour appliquer et faire passer en lois les- conséquences. Chacun de ces décrets qui vont successivement anéantir la Religion et la Monarchie , doit coûter une émeute ; il faut que les lanternes et les piques se trouvent toujours là pour forcer les suffrages, effraj^er le Monarque et prévenir les réclamations. Désormais captif dans Paris , Louis XVI sera habituellement sous la mains des brigands , soudoyés par Necker et d'Orléans dans les faubourgs et les carrières» Lafayelte proclamera dans l'insurrection le plus saint des des^oirs , elle sera sans cesse à l'ordre du jour. Mirabeau , Cliapellier et Barnave en fixeront l'heure et l'objet ; les ordres passeront de leur anti-chambre aux Jacobins et aux faubourgs ; et chaque jour , à l'heure convenue , le Roi , le Clergé , la Noblesse , et tous ceux qui pourroient s'opposer aux décrets du moment , se verront entourés d'une populace dont les conjurés dirigeront les cris et les fureurs, (a)
{à) Quelques-uns de ces brigands habituellement Soudoyés pour l'insurrection du jour, se retiroient chez eus! £ur les dix et onze heures da soir ^ j'entendis leurl
3o8 Conspiration des Sophistes
Réduits à ces succès pour fruit de toutes les horreurs des cinq et six Octobre , les conjurés savent les apprécier : « Nous sommes contens , » écrit encore à Germani la femme de Necker , » tout a bien été, V Aristocratie auroit pris le » dessus ; nous avons été obligés de nous sentir » de la canaille, » ( Lett. du 8 Oct. ) Ici se termine ce que j'ai appelé les préliminaires de la Révolution. Necker a fait de son Assemblée nationale ce qu'il vouloit en faire ; il l'a transportée dans cette ville où il vouloit la voir pour sa révolution. Dans la marche tracée par les sophistes pour écraser le prétendu infâme , ici s'ouvre là guerre des lois contre le Christ.
Décrets Commencer par ôtcr à l'Eglise ses Corps Eeliieh^re-gieux , ct privcr le reste de ses Ministres de leur nuere As- g^^jj^istance , SOUS prétexte des besoins de l'Etat ;
semblée ' * j, , j/- i l> i
naii. unie miner sourdement ledi/ice, employer enhn ta colitreia fo^-Qe majeure . appeler les Hercules et les Bellérophons ; nous 1 avons vu dans le premier volume de ces Mémoires : tels étoient les moyens combinés entre les sophistes pour renverser tous les Autels du Christianisme. Substituer à ces Autels de Jésus-Christ le culte de leur grand architecte de Punivers , à l'Evangile la lumière des Loges , au Dieu de la Révélation le Dieu de leur prétendue raison : tels étoient les mystères les plus modérés des arrière-Loges maçonniques.
adieux ; ils se les faisoient hautement en ces termes : « Ca n'a pas mal été aujourd'hui ; adieu donc j mais » nous comptons sur toi , demain. — Oui , demain ; à » quelle heure ? A l'ouverture de l'Assemblée. — Chez » qui l'çrdre ? Mais , chez Mirabeau , Chapellier ou » Barnave, a l'ordinaire. » Jusques à ce moment j'avois douté de l'audience que ces Législateurs donnoient chaque jour aux brigands, pour fixer l'objet et le mode de l'insurrection.
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Imaginer , substituer encore an Christianisme de nouvelles religions , et les donner au peuple en attendant qu'il s'accoutume à se passer de toutes ; au nom même de l'égalité et de la liberté , se rendre puissans et formidables , lier ensuite les mains , subjuguer , étouffer tout ce qui pourroit s'opposer encore à l'empire de l'impiété et de l'athéisme : tels sont les vœux et les complots de VEpopte , du Régent , du Mage Illuminés. Nous avons vu leur code , nous avons entendu leurs sermens ; dans tous ces vœux et ces complots de tant de sectes conspiratrices , quel est celui dont la Révolution n'ait pas rempli l'objet ?
Les vœux de Religion d*abord suspendus , et bientôt abolis ; le Clergé dépouillé de sa propriété; tous les fonds de l'Eglise convertis en assignats pour payer les traitans ; tous les vases sacrés profanés et pillés ; tout l'or et tout l'argent des Temples , jusqu'à l'airain sonnant qui servoit à convoquer le peuple au Service divin , convertis en lingots pour payer les spoliateurs mêmes ; ce n'est encore là que les premiers essais de cette guerre que la Révolution vient faire à l'Eglise Chrétienne. ( f^oy. Décrets des 2S Oct, 2. Noi^, 1 9 Dec. 1 789; iSFéi^, 1790. ) Il reste encore à cette Eglise sa foi , son vrai trésor ; et Mirabeau a prononcé que c'est là le trésor qu'il faut lui enlever : que si la France n'est pas décatholicisée , la Révolution n'est pas consolidée. A cette décision succèdent les décrets d'une constitution qu'il appelle civile , et dont il fait le code du Clergé. C'est la constitution du schisme et de l'apostasie. C'est la première Religion inventée pour accoutumer le peuple à ne plus en avoir. Fondée sur les principes mêmes de l'égalité et de la liberté révolutionnaires , elle constitue le peuple souverain dans le Sanctuaire , comme il s'est constitué souverain auprès du Trônej
va
3io Conspiration des Sophistes
elle donne à ce penple souverain les droits qne TEvangile rëserve à ces Pasteurs. C'est la religion de Camus ; de l'Apostat d'Ypres et du schisme d'IJtreclit, depuis long-temps frappé de Tanathèrae. Malgré tous les dehors dont elle s'enveloppe , les Evêques Français et les Pasteurs du second ordre ont démêlé la ruse et l'artifice ; ils ont offert lei^r tête et refusé le serment de l'apostasie ; bientôt tous ces Pasteurs fidèles chassés de leurs Eglises , de leurs Sièges , abreuvés , rassasiés de calomnies , d'outrages , éprouvent tout l'effet de ces promesses des Comités législateurs ; Osez tout contre le Clergé y i^ous serez soutenus. Déjà le culte national n'est plus que celui du parjure et de l'intrusion ; tout vrai Prêtre de Jésus- Christ est banni de son Temple; ceux de Nîmes et d'Avignon sont déjà massacrés; et celui qui jura S'écraser Jésus- Christ, et celui qui osa ne voir dans l'Evangile de Jésus-Christ , que l'Evangile des esclaves , et celui qui ouvrit la Révolution par l'avis d'ôter à la France la Religion de Jésus- Christ , jouissent des triomphes de l'apothéose ? Et le plus magnifique des temples que la France eût élevé à Jésus- Christ , n'est plus que la mosquée de Voltaire, de Jean-Jacques, de Mirabeau; le Panthéon des Dieux que la France s'est fait des coriphées de son impiété. {Séances des loAi^ril, 24 Août , 4 Jamn'er, 4 Ai>rîl , 3o Mai et 2.'] Août. ) Ce n'est encore là que l'œuvre des premiers législateurs révolutionnaires.
De nouveaux conjurés sur le siège de ces premiers législateurs poursuivent les complots contre ^*^^* le Sacerdoce. De nouveaux sermens toujours plus insidieux sont proposés aux Prêtres ; ils dévoilent dans tous l'apostasie et l'artifice. Leur constance fatigue ; les réfractaires à leur Dieu ne voient plus Sans eux que des réfractaires à la loi ; aux décrets
Seconde As;erii-
DE l'Impiété et de l'Anarchie. 3h du parjure et de l'apostasie succèdent les décrets de déportation ; ( /// Assemb. Décrets des 29 Noi^embre , 6 Ai^ril, 26 Mai et 2.Q Août ) et ces décrets eux - mêmes ne sont pour les brigands que le signal de faire ce que les conjurés législateurs n'osent pas statuer publiquement. Leurs, Municipes ont eu soin d'entasser dans les temples , changés en vastes prisons , ces Prêtres à déporter ; les brigrands sont aux portes avec leurs piques et leurs haches ; c'est le jour des Hercules et des BeUérophons septembriseurs ; c'est celui des adeptes bourreaux exercés dans les derniers mystères à venger Abiram , à frapper les victimes , à arracher le cœur , à porter en triomphe les tcies des prétendus profanes. Quand l'Historien peindra ces jours d'atrocités , qu'il se souvienne du serment des Kadosch et des hommes sur qui doit tomber la vengeance. Qu'il suive au fond des Loges les brigands que Philippe d'Orléans y fit initier ; il sera moins surpris de voir tant de Pontifes , tant de Prêtres immolés en ce jour , à la haine des adeptes et aux mânes du Fondateur, (a)
Contre l'espoir des conjurés , le peuple a refusé
(a) J'en suis facjié , mais je tie puis le taire ; leâ honnêtes Franc-Maçons en frémiront; mais il faut bien qu'ils sachent à quels monstres leurs Loges avoient été ouvertes. Dans tout moment d'émeute, soit h l'Hôtel de Ville, soit aux Carmes, les vrais signes de ralliement, le vrai moyon de fraterniser avec les brigands etoient les signes maçonniques. Dans l'instant des massacres même , les bourreaux tendoient la main en Franc- Maçons à ceux des simples spectateurs qui les approchoient. Il les accueilloient ou bien les repoussoient , suivant qu'ils les trouvoient experts ou ignorans dans la re'ponse. J'^ai vu un homme du bas peuple qui m'a luimême répété la manière maçonnique dont les baurreaus lui présentoient la maiu , et qui fut repoussé par eux
3i2 Conspiration des Sophistes
d'imiter les brigands : des le'gions de victimes désignées aux provinces échappent au massacre ; les conjurés Municipes de la Capitale ont beau inviter la France entière à chercher son salut dans la mort de tant de Prêtres prétendus réfractaires ;{ Adresse du 3 Septembre. ) et Latitte et les autres commissaires des conjurés législateurs ont beau parcourir les campagnes , les villes , et avertir le peuple que Tesprit du décret déportateur n'est pas l'exil , mais la mort de ces Prêtres ; ce peuple n'est pas mûr pour tant d'atrocités. Les bourreaux manquent aux conjurés bien plus que les décrets de leur seconde Assemblée. Il n'en est pas moins vrai de dire que dès lors il ne tint pas à eux de consommer l'œuvre de la première. Sous celle-là , ils ont ruiné et chassé de leurs temples tous les Prêtres fidèles à leur Dieu ; sous celle-ci , il les ont immolés par hécatombe ; ce n'est qu'en frémissant qu'ils en voient les restes échapper à leur rage , et porter aux nations étrangères le spectacle de tant de milliers de Pasteurs exilés pour leur foi au Dieu de l'Evangile.
Troisième Jusqu'ici Cependant les prétextes ont pallié le Assem- vrai motif des persécutions. La secte n'a pas dit par quel culte elle veut suppléer à celui de nos
avec mépris , parce qu'il ne savoit pas répondre , tandis que d'autres plus instruits étoient au même signe accueillis d'un sourire , au milieu du carnage. — J'ai vu même un abbé que ce signe maçonnique sauva des brigands à l'Hôtel de Ville. Il est vrai que sa science maçonnique lui eût été inutile , sans son déguisement ; car les brigands auxquels il avoit échappé le recherchèrent quand on leur dit que c'étoit un Abbé. Il est vrai encore que le signe maçonnique eût été fort inutile aux Frères reconnus pour ce qu'on appeloit Aristocrates; mais les Abbés et les Aristocrates Maçons ne pouvoient que mieux y reconnoître combien ils avoient été dupes de la fraternité des arrière secrets.
DE l'Impiété et de l'Anarchie. 3i3 pères. Il n'est plus en France d'f^glise pour les Catholiques ; mais les Intrus constitutionnels , les enfans de Luther et de Calvin prononcent encore dans leurs temples le nom de Jésus-Christ. La troisième Assemblée lève le masque. Les Hiérophantes de "Weishaupt ont dit dans leurs mystères , qu'il viendroit ce jour oii la raison serait le seul code de l'homme : l'adepte Hébert paroît avec ce code ; il n'est plus pour la France que le culte de la raison. C'est celui du sophiste à qui sa raison dit qu'il est un Dieu ; c'est celui du sophiste à qui sa raison dit qu'il n'est point de Dieu ; c'est celui du sophiste s'adorant lui-même, ou sa raison^ sa prétendue sagesse ; c'est celui du suprême délire ; il n'en sera pas moins le seul culte du Jacobin égal et libre. Les prostituées de Vénus se présentent , et il en fait l'image de sa raison. Que nul encens ne brûle désormais , si ce n'est autour de cette Idole. Tout ce qui avoit pu échapper jusqu'alors à l'ancien culte, va tomber sous la hache ; c'est le temps à' étouffer dans son germe tout ce qui exista d'évangélique , d'abolir jusqu'à la mémoire du Dieu des Chrétiens, de ses Saints et de ses Fêtes. Leurs jours sont effacés des calendriers du peuple , comme ils l'étoient depuis longtemps de celui de la secte ; l'ordre des semaines , des mois et des années est renversé. Le grand jour du Seigneur , le Dimanche est aboli ; il rappeloit au peuple le repos et l'existence d'im Dieu créateur. Si ce peuple craignoit encore un Dieu vengeur , qui attend les impies à la mort, il sera rassuré. Sur le tombeau des pères et sur celui qui les attend eux-mêmes , les enfans liront assidûment ce dernier des mystères : La mort n'est qu'un sommeil éternel. S'il reste encore quelques Prêtres de ce Dieu créateur et vengeur , qu'ils abjurent jusques au caractère de l'ancien Sacerdoce ,
3*4 Conspiration des Sophistes on qu'ils périssent entassés dans les prisons , hachés sous la Guillotine ou engloutis dans les eanx. C'est le règne des conjurés Hébert et Robespierre.
Les tyrans se divisent et se dévorent les uns les autres; la révolution a elle-même ses révolutions: an milieu de ses vicissitudes , l'impiété change ses formes et ne se désiste pas de sa guerre contre l'Evangile et les Prêtres du Christ. Elle semble revenir sur ses pas ; le peuple ne veut point de sa raison sans Dieu ; Robespierre lui donne pour un temps l'Etre Suprême ; La Reveillère -Lépaux arrive avec son culte ihéophilantropique ; c'est le quatrième inventé par la secte. C'est encore le tyran d'Israël qui donne au peuple sesVeaux d'or, pour l'empêcher d'adorer le vrai Dieu. Ce sont encore les Mages de Weishaupt , inventant religion sur religion. Dieu sur Dieu, pour que ce peuple enfin se lasse de tout Dieu. Ils lui permettent de nouveau d'en prononcer le nom ; mais pénétrons encore dans les antres de ces prétendus Théophilaniropes. Là, ils traitent de fou et d'insensé, d'homme à préjugés vulgaires, celui qui croit encore en Dieu. Là , ils ne cachent plus que si jamais ils peuvent rendre ce peuple philosophe comme eux , tous ces nouveaux autels doivent tomber, ainsi que les anciens. («) C'est encore le culte de la ruse , et c'est toujours celui de la rage contre les Prêtres de Jésus-Christ. La secte semble avoir jeté la hache qu'elle tenoit suspendue sur leur tête ; mais une mort plus lente et plus cruelle les attend. Elle ne cesse pf?s de proclamer régalilé et la liberté; elle ne cesse pas de mettre,
(a) C'est po itiveinent ce qwc je sais d'un homme qui s'est fait admettre à Paris parmi les adeptes de la Théophilaiuropie actuelle.
DE l'Impiété et de l'Anarchie. 3i5 pour les Prêtres , l'ëgalité , la liberté au prix du parjure et du serment de ses complots. ( Décret du lo Janvier 1796. ) Malheur encore à ceux qui le refusent ! Le citoyen leur offre vainement un asile dans sa maison ; tout y sera fouillé pour les trouver. Qu'ils se retirent dans les forêts, qu'ils se cachent dans les cavernes , là encore ils sont poursuivis ; et s'ils sont découverts , c'est aux contrées désertes de la Guiane qu'on les relègue , et des nochers plus dangereux que les tempêtes sont chargés du transport.
Ainsi se développent au grand jour les trames si long-temps ourdies dans les ténèbres par les sophistes de l'impiété ; ainsi la révolution Française est venu accomplir ce vœu de leurs mystères : Détruisons , écrasons , anéantissons le Christ , sa Religion et ses Prêtres. Mais aux complots de l'impiété sont venus se joindre tous les cornplots de la rébellion. Les adeptes ont dit aussi : Ecrasons le monarque et son Trône ; ici encore le lecteur me prévient , et il dit : ces vœux contre le Trône , la Révolution est venu les remplir aussi fidèlement que tous leurs vœux contre l'Autel.
Ici que de forfaits , d'horreurs et d'atrocités se Forfaits présentent encore à l'historien ! Si la plume ne s'y '^'^.'^ i""erefuse pas , qu'il en trace la multitude et l'énor- sembit-r mité ; mais qu'il ne perde jamais de vue la secte *='^"''^'' qui les enfante. Qu'il en suive la marche , les ac- chie. leurs auront beau varier , les conjurés législateurs se succéder, tons sortiront des mêmes antres oii sesad eptes ont formé leurs complots. La trame aura passé par des mains différentes , elle sera toujours la même. Toujours l'égalité et la liberté en seront le principe ; toujours les conséquences se poursuivront contre les Rois et la société, ainsi que contre Dieu et la Religion. Dans la Révolulioii de cette égalité et de cette liberté les crimes
3i6 Conspiration des Sophistes s'entrelacent ; c'est aujourd'hui contre le Christ et son Sacerdoce, et ce sera demain contre le monarque et la Noblesse , après demain contre les riches, pour reprendre de nouveau contre l'Autel et contre le Trône, contre les riches et les nobles; mais tous les conseils sortent de ce repaire oii nous avons vu les adeptes se réunir sous le nom de Jacobins. Leurs premiers conjurés législateurs, Mirabeau, Syeyes, Barnave, d'Orléans, La fayette, Lamelh , Chabroud , Grégoire , Péthion , Bailly , Rabaud , Ghapellier , et tout ce qu'ils appellent Jes Députés de la montagne , passent habituellement de la tribune des Jacobins à la tribune du Manège. Là, se combine et se digère une première Constitution, dont l'objet est de faire du Trône ce qu'ils font de l'Autel ; de dépouiller Louis XVI , de Taflbiblir, de lui ôter l'affection de son peuple, la disposition de ses armées , la ressource de sa noblesse , et de lui enlever chaque jour quelque partie de cette autorité qui constitue le Monarque. Deux ans entiers se passent en calomnies , en insurrections , en décrets ; aujourd'hui contre le Clergé, demain contre le Roi. De l'ensemble de ces décrets étoit d'abord sortie , contre l'Eglise , cette constitulion qui ne laisse à la France que le nom de la religion , de ce même ensemble sort enfin contre la Monarchie une Constitution qui ne laisse à Louis XVI que le titre de Roi. Captif dans son Palais, entourré de brigands, comme les Prêtres, il faut qu'il sanctionne comme eux , au prix de ses sermens, la loi qui le dépouille. Ils ont opposé les devoirs du Sacerdoce , il oppose les devoirs du Monarque. II réclame comme eux la liberté; il crut l'avoir trouvée dans sa fuite à Varennes. Le traître (n) Lafayette ne le laisse
(a) Les monuœens publies pourroient manquer à l'Historien sur k conduite de Lafajette dans cette cix-
DE l'Impiété et de l'Anarchie. 317
im instant dans l'illusion que pour le ramener porfaît» couvert d'opprobres , et resserrer ses liens à son ^^ '« s»^retour. Louis enfin la sanctionne dans les fers , 7c"i.biér cette constitution de l'égalité et de la liberté. 11
ooiilre le lloi.
constance. Bien des personnes ont voulu faire croire qu'il h'avoit pas été prévenu du départ du Roi ; voici la vérité des faits : Une femme Allemande mariée à uo Français nommé Rochereuil , étoit attachée à la Reine en qualité de Porte-chaise d'affaires. Cette femme avoit témoigné tant d'indignation et versé tant de larmes sur les horreurs des 5 et 6 Octobre , que la Reine touchée de ces preuves d'attachement, lui donna sa confiance , la chargea du soin de 'préparer ses bouillons , et la logea au rez-de-chaussée de son appartement, dans une chambre qui communiquoit à l'appartement qu'avoit occupé M. le Duc de Villequier, Au commencement de Juin , la Reine méditant son évasion , fit transporter dans une autre chambre la femme Rochereuil. Celle-ci soupçonna des projets j elle épia le Roi et la Reine. La confiance qu'on avoit en elle , la mit à portée de connoître exactement ce qui se méditoit pour la fuite du Roi. Le lo Juin , elle en dénonça les préparatifs à MM. de Lafayette , de Gouvion , et au Comité des recherches de l'Assemblée nationale. Elle eut avec eux onze conférences, dans l'espace de neuf Jours. D'après ces dénonciations , M. de Lafayette chargea treize Officiers de confiance , de faire toutes les nuits des patrouilles dans l'enceinte des Thuileries, avec l'ordre secret de favoriser l'évasion. Ses ordres furent donnés de même sur la route. Drouet fut prévenu du rôle qu'il avoit à jouer. Tout le reste de la fatale journée de Varennes et de l'arrestation du Roi se conçoit aisément, si ce n'est cependant l'excès de cette insolence avec laquelle Lafayette usa de sa victoire , et des outrages qu'il fit essuyer h Louis XVI t en le ramenant dans sa prison des Thuileries.
Une chose encore assez inconcevable , c'est que lorsque la Reine , instruite des trahisons de la femme Rochereuil , l'eut chassée , cette mégère eut encore la hardiesse de présenter un mémoire rédigé par un Député , pour rentrer au service de la Reine , et pour lui dir« qu'elle u'avoit pu mieux prouYer sa recounois^
3i8 Conspiration des Sophtstès
porte encore le nom de Roi , d'autres brigands , d'autres adeptes législateurs arrivent pour former leur seconde Assemblée nationale. Ils ont trouvé Louis XVI captif dans son Palais, ils ont suivi les erremens de leurs prédécesseurs. Chaque jour de iiouv€;aux décrets toujours plus outrageans pour le Monarque ; chaque jour des émeutes contre l'Eglise ou contre le Trône. Le temps arrive enfin de porter les derniers coups à l'un et à l'autre. La liste des Prêtres à immoler est déjà dressée par les Jacobins municipes , les Jacobins législateurs entourent le palais de Louis XVI de toutes les légions et de tous les foudres de leurs brigands. Il est réduit à chercher un asile dans le sein même de cette assemblée qui les a suscités contre lui. Ils prononcent le décret qui suspend pour lui le titre de Roi; et pour qu'il sache bien quel est son crime , en suspendant la Royauté dont les formes du peuple souverain ne leur permettent pas encore de prononcer l'abolition , ils proclament à dater de ce jour , et la nouvelle ère et le nouveau serment de Vésalité et de la liberté. Ils décrètent la nouvelle Assemblée qui doit définitivement prononcer sur le sort du Monarque. Tous ces décrets se rendent en présence de Louis XVI , ignominieusement captif dans la tribune , où ils l'ont enfermé pour qu'il ne perde pas un mot des outrages et des calomnies dont leur salle retentit contre lui , ou des lois qui ont brisé son sceptre. Sur le mur de cet asile môme , en lettres de sang, ils ont déjà écrit ce mot , la mort ; et ils l'envoient l'attendre
sance et sa fidélité , qu'en empêchant Sa Majesté de suivre les conseils des Royalistes. — Ce mémoire fut remis par la Reine à M. Prieur , historiographe du département des affaires étrangères. — Quant à la dénonciation même , elle est précieusement conseivée aux HTchivcs appelées nationales.
DE l'Impiété et de l'Anarchte. 3 19 aux Tours du Temple. ( Séances des lo y il et 12. Aoat. )
Je serois peu jaloux d'insister sur les atrocités Com^w— qui signalèrent ces afiïeux triomphes de la seconde ",'0*^^ Assemblée nationale , ou sur les artifices qui les avoient préparés. Mais ici l'histoire a besoin d'être aidée ; la véritable trame de tant de forfaits n'a pas encore été assez dévoilée. Elle fut toute ourdie par Brissot. La secte lui fournit ses coopérateurs mais il fut constamment le chef de la conspiration du I G Août. Il la trama pendant un an entier. U l'avoit toute entière dans son cœur , dès l'instant même oi\ il se vit nommer Législateur. Initié à tous les mystères du club d'Holbach , et disputant à Gondorcet même le premier rang parmi les sophistes Voltairiens, il n'étoit arrivé à l'Assemblée qu'en se félicitant de se voir appelé à remplir cet oracle qu'ils avoient prononcé depuis tant d'années : Le sceptre des Bourbons sera brisé , et la France sera érigée en République* (a) A peine
(a) Louis XVI étoit encore enfant , et voici ce qu'ecrivoit le Lord Orford , plus connu sous le nom à! Horace IValpole y sur le projet des Sopliistes dont un très-court séjour à Paris avoit suffi pour l'instruire , et dont il rendoit compte au feld Maréchal Conwaj, dans une lettre datée du 28 Octobre 1765 : « Le Dauphin » ( père de Louis XVI ) n'a plus infailliblement que » peu de jours à vivre. La perspective de sa mort rem- » plit les Philosophes de la plus grande joie , parce » qu'ils redoutoient ses efforts pour le rétablissement » des Jésuites. Vous parler de Philosophes et de leurs » sentimens, vous paroîtra une étrange nouvelle en fait » de politique ; mais savez-vous ce que c'est que les » Philosophes , ou bien ce que ce mot vent dire l » D'abord il désigne ici presque tout le monde ; eh >> second lieu , il signifie des hommes qui, sous prétexte » de la guerre qu'ils font au Catholicisnae , ( against » Popery) tendent , les uns à la destruction de toute » Religion ; les autres » en plus grand nombre , à la
320 Conspiration des Sophistes
se trouva - 1 - il assis sur le siège des Législateurs , qu'il regarda autour de lui , cherchant a distinguer parmi les adeptes ceux à qui il pourroit s'ouvrir sur le projet de renverser ce fantôme de Roi , que leurs prédécesseurs avoient encore laissé sur le Trône. Il retrouva toute sa haine dans le cœur de Péthion et de Buzot , dans celui de Vergniaux , Guadet , Gensonné et Louvet. Il en fit les premiers confidens de ses projets.
Dans le plan que nous verrons tracé par les conjurés mêmes , la France devoit d'abord être inondée de journaux, invitant désormais le peuple à mettre enfin la dernière main à l'œuvre de sa liberté. A force de libelles , de calomnies et de traits odieux répandus sur Louis XVI et sur la Reine , ils dévoient leur arracher l'estime et Faf-* fection des Français. Bientôt ils imaginèrent de révolter les puissances étrangères , pour entraîner Louis XVI dans les horreurs de la guerre avec l'ennemi du dehors , et triompher plus aisément de lui dans l'intérieur. Dès lors on les entend dire dans leur club , ce que Brissot écrivoit ensuite
» destruction du pouvoir monarchique. — Vous allez me » dire : Comment savez-vous cela, vous qui n'êtes en » France que depuis six semaines, et qui en avez passd » trois confiné dans votre chambre \ — Oui , mais pen- ^ dant les trois premières semaines, j'ai fait des visites » par-tout, je n'entendois que cela. Confiné chez moi, » i'ai été obsédé de visites, et j'ai eu des conversations » longues et détaillées avec bien des personnes qui pen- » sent comme je vous le dis , avec quelques-unes d'un » sentiment opposé , et qui n'en sont pas moins per- » suadées que ce projet existe. Dernièrement , entre » autres , j'avois chez moi deux Officiers , l'un et l'autre 5> d'un âge mûr. J'eus bien de la peine à les empocher » d'en venir à une querelle sérieuse j et dans la chaleur » de la dispute, ils m'en dirent plus que je n'aurois pu 5!» en apprendre par bien des recherches. » ( (Euyres de JValpole, tom. 5, lett. 8, Octob. lySS. > -
t)Ë L*tMPiÉtÉ Et i)Ë l^Anarcîîië. 32 i' ftllx généraux de sa révolution : Il faut incendief les quatre coins de l'Europe ; notre salut est là» ( Voy* Gonsidér» sur la natute de la RévoL par M. Mallet du Pan , p. 37. ) Par la voie des adepteâ et des clubs, répandus dans l'intérieur , ils excitent en même temps des troubles continuels , pour erl faire retomber l'odieux sur le Roi et sur la Reine* Dans le sein de l'Assemblée , sous prétexte d'écarter le danger dans lequel tant de séditions semblent mettre la France > sous le nom de Corninissioiz extraordinaire , ils composent ce Comité secret , dont la faction est appelée celle des Giràndinst. C'est là que Brissot , à la tête de ses élus , et président de la Commission , prépare et rédige , dans le silence des complots , les décrets consommateurs de la rébellion. Il voudroit lui donner l'apparence d'une révolution toute philosophique, toute sollicitée par un peuple philosophe , lassé de ses Monarques , et ne voulant enfin avoir d'autre Roi que lui-même. Il envoie ses émissaires dans les provinces ; il,s reviennent lui apprendre que le peuple Français ne se résout point à se passer de Roi. Il sonde l'Assemblée législatrice elle-même ^ la grande majorilé se trouve encore disposée comme le peuple. Ce qu'il n'a pas pu faire en sophiste et par conviction , il le fera au moins efl tyran , par les piques et les foudres des brigands* 11 appelle tous ceux que la Révolution a rassemblés vers le Midi , sous le nom de Mars.eillai.^. Les Jaicobins de l'Occident sont avertis de faire avancef vers Paris leurs brigands de Brest. D'ans Paris même , il dévoile ses projets à tous les chefs des Jacobins. BarharouxeiPani^ , Carra eXBéailjois, vicaire intrus de Blois , De Besse de la Drôme y Gallissot de Laugres , Fournier le Créole , le général Westermann , KieuUn de Strasbourg ^ Santerre le brasseur , Antoine de Metz , Corsai , JOME IV. X
322 Conspiration des Sophistes le journaliste , se joignent au.% Girondins. Les cons«^ils se tiennent tantôt ciiez Bobespierre , tantôt à l'auberge du Soleil d'Or , auprès de la Bastille. Sjeyes , avec son club des çingt-deux et l'arrière- conseil des Jacobins , fournit tous ses ni03'ens. Marat^ et Prud'homme , et Millin , et tous les journalistes du parti , ajoutent chaque jour aux calomnies contre Louis et son bççtw^ç., Alexandre et Chabot soufflent la rage aux faubourgs Saint-Antoine et Saint-Marceau. Philippe d'Orlëans les sert tous de son argent et de son parti , parce qu'il espère se servir de tous pour monter sur le Trône après en avoir précipite Louis XYI, et parce que , s'il ne peut y monter et assouvir son ambition , il veut au moins assouvir sa vengeance.
Tous les conseils sont pris et les brigands sont arrivés; le tocsin a sonné toute la nuit; le dix Août paroît. La seconde Assemblée a consommé sa tache ; Louis XVI est déclaré déchu de tous ses droits à la couronne. Du palais de ses Pères il /gst passé aux Tours du Temple. C'est là que la troisième Assemblée des législateurs conjurés viendra le prendre pour le conduire à l'échafaud 5 et remplir les derniers serniens des arrière- Loges.
Si l'Historien hésite à voir dans cette marche toute celle de la secte , pour arriver à cette catastrophe du I G Août , qu'il lise les aveux des adeptes eux-mêmes. Le temps est venu où ils se disputent la gloire des horreurs et de tous les forfaits de cette désastreuse journée. Elle donne à Brissot le sceptre des Jacobins ; Robespierre , et Marat , et Danton, le lui arrachent, et il veut le reprendre. Il s'adresse à tous ceux de la France pour démontrer ses droits. Son apologie et celle de Louvet, son coadepte , ne so<it pas autre
i)Ë l^Impiété Et DE l'Anarchie. 313
ttiose dans toute leur substance , que l'IiistoiFô même de la conspiration que je viens de tracer» S'il fatit en citer au moins quelque partie , pour la conviction du lecteur , lisons ces paroles de Brissot , et prêtons-nous à son langage :
« Les triumvirs Robespierre , et Marat, et s> Danton , m'ont accusé , dit-il , d'avoir provo- » que la guerre ; et sans la guerre la Royauté » subsisteroit encore ! Et sans la guerre , mille ft talens , mille vertus ne se seroient pas dévej> loppés ! Et sans la guerre , la Savoie et tant ft d'autres pays dont les fers vont tomber , n'aui) roient pas eu la liberté. — Ils craignoient la » guerre faite par un Roi — politiques à vue Si étroite ! C'est précisément parce que ce Roi » parjure devoit diriger la guerre , parce qu'il ne î) pouvoit la diriger qu'en traître ; parce que *> cette trahison seule le menoit à sa perte ; c'est 0 par cela seul qu'il falloit vouloir la guerre du » Roi. — Cétoit V abolition de la Royauté que » fa<^ois en vue en faisant déclarer la guerre^ » ~ Les hommes éclairés m'entendirent , le '6<:» t> Décembre 1791 j quand, répondant a Robes- » pierre qui me parloit toujours de trahisons à » craindre , je lui disois : Je n'ai qu'une crainte ^ j) c'est que nous ne soyons pas trahis» Nous j) avons besoin de trahison ; notre salut est là* n ■^~ Les trahisons feront disparoître ce qui s'op- *) pose à la grandeur de la Nation Française 5 » — la Royauté. »
En parlant ici de tant de trahisons , en se glorifiant de celle qu'il ourdissoit contre Louis XVI ^ comme de son grand tilre à l'admiration des Jat-cobins , Brissot se garde bien de mentionner à quel prix il mettoit celle qu'il préparoit aux traîtres mêmes, si Louis XVI eût été alors assez riche pour racheter* Le neuf Août encore , la veille d»
324 Conspiration des Sophistes
ce jour où tous ces conjurés dévoient se mettre en action , il deinandoit au Roi douze miUions pour se désister du complot et poUr en empêcher V exécution. ( Mémoires de M* Bertrand , ministre d'Etat , t. 3 , chap. 22* ) Quels êtres que ces sopliistes ! Quelles idées ils se font de leurs miiie vertus ! Faisons^noiis violence ; prétons encore l'oreille à celui-ci ; car enfin c'est dans letïr propre apologie que se trouve la véritable histoire de leurs forfaits. Voyons ce même Brissot exalter tous les siens par le temps même qu'il consacre à les méditer, et nous donner ensuite son sens froid au milieu des horreurs , comme un exemple de grandeur qui doit faire oublier en ce jour les atrocités même de ses cannibales. « On m'accuse, *> reprend- il , d'avoir présidé la Commission ex- » traordinaire ; et si de bons esprits de cette iy Commission na\>oieni pas préparé , et même » long temps avant le dix Août , les décrets saii- >) veurs de la France , de la suspension du Roi , » de la convocation de la Convention , de Vof- » ganisation d'un Ministère Républicain ', si » dans ces décrets , la sagesse des combinaisons ï) n'en avoit pas écarté l'idée de la force et de la >^ terreur , si l'on n'avoit pas imprimé à ces » décrets un caractère de grandeur et de réflexion » froide et calme ; la révolution du dix Août n n'auroit paru aux yeux de l'Europe qu'une léf> solution de cannibales. Mais l'Eiuope crut au » salut de la France , en voyant la sagesse présiy> der an sein de ces orages , et subjuguer jusqu'à « la soif du carnage. Qu'on calomnie tant qu'on » voudra la journée du dix Août ; la valeur des » Fédérés , et les décrets réfléchis de l'Assemï) blée nationale , préparés par la Commission , » innnortaliseront à jamais cette journée. » hett. de Brissût à tous les Républicains de la France y
DE lImpiété et de l'Anarchie. 3^5 de la scmété des Jacobins. 24 Oct. 1792.) Corillnuons à lire , et écoutons encore cet étrange sophiste. Après noiis avoir dit comment il a trahi Louis XVI , le voilà qui va nous dire encore comment il a trahi la Nation et l'Assemblée; comment ils s'y sont pris , lui et ses adhérens , pour amener le peuple et la majorité de cette Assemblée à des forfaits dont ce peuple et cette majorité ne vouloient pas. « On m'a reproché mon opinion ( du 9 Juillet ) sur la déchéance du Roi ; on a reproché à Vergniaux la sienne. — J'en atteste tous mes collègues ; j'en atteste ceux qui ont connu l'état de notre Assemblée ^ la foiblesse de la minorité des patriotes , la corruption de la terreur , l'aversion des exagérés pour le parti de la Cour ; sans doute il falloit quelque courage pour hasarder , au milieu de cette Assemblée , l'hypothèse éloquente de Yergniaux sur les crimes du Roi. 11 en falloit le lendemain de cette réunion qui avoit allbibli le parti des patriotes , pour tracer le tableau vigoureux des crimes du Roi , pour oser proposer de le soumettre en jugement. Cétoit un blasphème aux yeux de la majorité ', et je le prononçai cependant. »
En nous parlant ensuite des Girondins , son principal appui , « occupés sans cesse , continue » Brissot , à réparer leurs fautes , réunis avec » d'autres patriotes éclairés , ils préparaient les » esprits à prononcer la suspension du Roi, — T^es » esprits en étoient bien loin encore ; et voilà » pourquoi je hasardai le fameux discours sur » la déchéance , du 26 Juillet ; discours qui » parut aux yeux ordinaires un changement d'a- » pinion , et qui pour les hommes éclairés né/oit ») qu'une manœuvre prudente et nécessaire. — Je » savois que le côté droit ne désiroit rien tant
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que d'aborder la question sur la déchéance , parce qu'il se croyoit sûr du succès , parce que l'opinion n était pas mûre dans les départemens. — La défaite des patriotes étoit inévitable* Iljalloit donc louvoyer pour se donner le temps , ou d'éclairer V opinion publique , c^u de mûrir Vinsurrection , car la suspension ne pouvoit réussir que par l'un ou par l'autre. Tels étoient les motifs qui me dictèrent ce discours du 26 Juillet , qui m'a valu tant d'injures et me fit ranger parmi les royalistes , tandis que le Patriote français ( c'est le journal qu'il écrivoit ) ne cessoit de préparer les esprits dans les départemens , à ces mesures extraor' dinaires. »
A travers les réflexions que suggèrent tous ces aveux , que le lecteur pèse un instant sur ces paroles ; Ilfalloit donc louvoyer pour se donner le temps , ou d'éclairer l'opinion publique , ou de mûrir l'insurrection. Elles nous manifestent une grande vérité dans la théorie des révolutions. Elles nous disent que ces insurrections qu'on nous donne pour les grands mouvemens du peuple ^ de la majorité de la Nation , ne sont précisément que les grands mouvemens des factieux contre la majorité de la Nation ; que si la Nation eût pensé comme ces factieux, ils n'auroient pas en besoin de réunir tous leurs brigands pour triompher par les armes et la terreur , d'une Nation qui n'a que son opinion sans armes et prise au dépourvu. On peut nous dire ici que la France avoit alors ses Gardes nationaux ; oui , elle les avoit ; mais Brissot n'avoit garde de les appeler. Il les avoit vu accourir des Provinces à la fédération du i4 Juillet , et c'étoient là ceux qui s'appeloient vraiment les Fédérés. Mais presque tous avoient donné au Roi et à la Reine les
DE l'Impiété et de l'Anarchie. 827 marques les moins équivoques d'attachement ; ce n'est pas devant ces Fédérés nationaux qu'on se fût flatté de détrôner Louis XYI. Que font les conjurés? Ils appellent tous ces brigands appelés Marseillais , non qu'ils fussent Marseillais ou Provençaux , mais parce qu'ils étoient pour la plupart sortis des galères de Marseille. Ils donnent le nom de Fédérés à ces galériens , brigands de toutes les contrées ; ils forcent la populace des faubourgs à marcher avec eux ; ils assassinent le Commandant de la Garde nationale pour la paralyser , et ne laisser agir avec leurs bandits que la partie de ces gardes gagnée par les chefs de la conspiration. Ils appellent ensuite volonté du peuple , soulèvement de la Nation , ce qu'ils BOUS démontrent eux-mêmes n'être que leurs complots et le soulèvement de leurs brigands contre la Nation , contre le Roi. C'est ainsi que s'est faite toute la révolution ; toute par des émeutes et des insurrections journalières , c'est-à-dire , d'après la théorie et les aveux des chefs ; toute par les moyens de la force et de la J:erreur , qui mettent sous le joug cette Nation que nul autre moyen n'a pu séduire.
Avec la même évidence , l'Historien pourra trouver toute l'histoire de cette atroce révolution du 10 Août, dans les discours du député Louvet; il y verra les mêmes complots et les mêmes artifices décrits avec la même jactance. Nous i>oulions la guerre^ dit, entre autres , ce Louvet; « nous la voulions , nous autres Jacobins, parce » qu'à coup sûr la paix tuoit la République.... » Parce qu'entreprise à temps , ses premiers » revers inévitables pouvoienl du moins se répa- » rer , et dévoient purger à la fois le Sénat , les » Armées et le Trône..*. Ils appeloient la guerre , » ious les Républicains dignes de réire. Ils
328 Conspiration des Sophistes
» osaient aspirer à l'honneur de tuer la Royauté » même ; de la tuera jamais^ d'abord en France, « et puis dans runiv^^rs. » Puis , en venant au rôle que jouoient ses complices , « ceux que tu » appelles les miens , dit-il à Robespierre , c'étoient 3> Roland ; ii avoit dénoncé Louis XVI à la France » entière — Serçan ; il avoit partagé l'honorable » retraite du Ministre de l'intérieur ; il n'étoit » rentré qu'avec lui , et cela pour sauver la France » — Péthion ; sa conduite en même temps vigou- » reuse et sage usoit la Royauté — Brissot ; il M écrivoit contre la Monarchie ; ( et Condorcet
» aussi dans le même temps ) Vergniaux ,
» Gensonné et beaucoup d'autres ; ils faisoient » d'amnce , le projet de la suspension — Guadet ; » il occupoit le fauteuil au premier bruit des dé- 3) charges de l'artillerie -- Barbaroux ; il arrivoit 3> pour la journée du i o avec les Marseillais ; et
» bien vous en a pris qu'ils y fussent Moi ,
» ( Louvet ) j'écrivois la Sentinelle ; et tes éter- )) nelles vanleries me forcent à me rappeler quel- 3> quefois que ce journal a, plus que le Défenseur » àe la Constitution ( journal de Robespierre ) , » contribué à la révolution du dix. » ( Adresse de Louvet à Robespierre. ) («) La France Aiusi ces conjurés législateurs ont fourni euxâ^^'hif mêmes à l'histoire toutes les preuves de leurs for-
Kcpubli- 1 T> r r\ u
^ue. faits et de leurs complots contre la noyaute, i^uelle paroisse donc cette Ptépublique de l'égalité et de la liberté , si long-temps appelée par les sophistes
(a) Si l'on veut encore voir les aveux et les jactances d'une foule d'autres conjurés sur l'art avec lequel ils avoient préparé cette journée , qu'on lise la Lettre de^ Robespierre à ses commettans , les Observations de Péthion sur celte Lettre , les Annales patriotiques de Carra et Mercier , 5o Novembre 1792; ia Chronique de Paris , par Millin , et ses menaces du 5 Août , etc. efec .
DE l'Impiété et de l'Anarchie. 829
des Lycées et par les adeptes des arrière-Loges ! Louis n'est plus sur le Trône ; que Louis , et que nul des Bourbons, et que nul des mortels ne puisse désormais y prétendre. La Royauté est abolie ^ la France est T^rocXauiée République. C'est le premier décret des nouveaux conjurés , qui sous le titre de Convention , succèdent à leur seconde Assemblée dite Nationale. {Séance du 2 1 Sept. 1 792.) Pour en sanctionner l'égalité, que tout titre de supériorité, de déférence même et d'honnêteté , soit proscrit comme celui de Roi ; que toute dénomination autre que celle de Citoyen soit bannie de la société. ( 9. Oct. ) Pour que le seul aspect d'un Français qui a pu se montrer fidèle au Roi , ne puisse au moins en rappeler l'idée, que nul des Kmigrés ne remette le pied sur le sol delà nouvelle République ; le décret de mort les y attend. (10 iVoi-'. ) La même peine est prononcée contre tout homme, qm osera proposer en FraTice le rétablissement de la Royauté. (4 Décemb. )
Ainsi la secte avance vers la consommation des i^""'» mystères. Mais ce Louis qui fut Roi , existe en- damn^plr core , et les adeptes n'ont pas été en vain exercés ^^ coudans l'antre des Kadosch , à fouler aux pieds les vràirmo- Couronnes , à trancher la tête du manequin des *'f* ''« *» Rois. Il faut qu'aux jeux atroces succèdent des vengeances réelles. Robespierre s'avance ; laissons-le là avec tous ses bourreaux ; il n'est que la bête féroce lâchée par la secte. Ce n'est point lui, c'est elle qui dévore Louis XVI ; et dans Louis même distinguons la victime que la secte poursuit. Ce n'est point sa personne qu'elle hait ; les Jacobins eux-mêmes auroient aimé et révéré Louis XVI , s'il n'eût pas été Roi. Ils font tomber sa tête, comme ils abattent les statues du bon , du grand Henri : il n'a point d'autres titres à leur haine. Il fut Roi , et il faut que tout ce qui annonce qu'il
TMOrt,,
33o Conspiration des Sophistesexista des Rois , que tous leurs monumens , que tous leurs emblèmes soient livrés à la hache. Ce n'est pas à Louis , c'est à la Royauté que se fait cette guerre de Vandales. Ils ont dit Louis XVI un tyran ! ils le disent encore , mais ils savent très-bien dans quel sens ils l'entendent. Ils le disent comme tous leurs sophistes disoient tout Roi tyran. Ils le savent : Louis XVI pendant dix-neuf ans de règne , a écrit bien des lettres de grâce , il n'a pas signé la mort d'un seul homme ; et ce n'est pas là le règne d'un tyran. Ils le savent ; Louis XVI ne s'est annoncé Roi , qu'en commençant par sacrifier à ses sujets le tribut de son avènement à la Couronne. Il abolit en faveur de son peuple l'usage des corvées ; en faveur des coupables euxmêmes ou de tout accusé , l'usage des tortures ; ce ne sont pas là les Edits d'un tyran. Ils l'ont vu encore abandonner à ce sujet tous les droits féodaux de s^es domaines, afin d'obtenir par l'exemple en faveur de son peuple , ce que la justice et le droit des propriétés ne lui permettoient pas de requérir par voie d'autorité. Ils le savent ; Louis XVI n'a aucun de ces vices odieux ou onéreux aux nations ; il est religieux , ennemi de tout faste; il est compatissant , généreux pour le pauvre : ils l'ont vu ouvrir tous ses trésors pour réchauffer , vêtir , nourrir l'indigence, et lui porter lui-même ses secours dans les chaumières. Ils ont vu jusqu'à ce monument que les pauvres roulant , pressant la neige en pyramide , élevèrent à Louis XVI adoucissant pour eux la rigueur des hivers; et ils le savent bien , ce n'est pas en l'honneur des tyrans que la reconnoissance du pauvre est tout à la fois si touchante et si industrieuse. Ils le disent et despote et tyran ; ils ne l'ignorent pas , jamais Prince ne fut plus zélé pour ses devoirs , et ne fut moins jaloux de ses droits que Louis XVL
DE l'Impiété et de l'Anarchie. 3^f Il n'en connoissoit qu'un, celui de la confiance et de l'amour. Si jamais il a su parler en maître qui veut être obéi , c'est lorsqu'environné d'assassins, il disoit tant de fois à ses Gardes : S'il faut pour me smwer qu'une goutte de sang soit çersée , je défends quon la uerse* Et ce ne sont pas là les ordres d'un tyran. Et si la calomnie sobstine , Louis a écrit ses derniers sentimens ; qu'elle lise : « Je prie tous ceux que je pourrois avoir offensés » par inadvertance ( car je ne me rappelle pas » d'avoir fait sciemment aucune offense à per- » sonne ) ou ceux à qui j'aurois pu donner de » mauvais exemples ou des scandales , de me )> pardonner le mal qu'ils croient que je peux » leur avoir fait ; « qu'ils continuent à lire , ces juges régicides ! c'est d'eux-mêmes qu'il parle et qu'il dit : « Je pardonne de tout mon cœur à ceux j> qui se sont fait mes ennemis , sans que je leur » en aie donné aucun sujet ; et je prie Dieu de » leur pardonner. » Qu'ils le suivent enfin montant à l'échafaud ; qu'ils contemplent , s'ils l'osent , ce front dont la sérénité annonce toute celle de son arae au milieu des bourreaux : et s'ils l'osent encore, qu'ils l'écoutent dans ce dernier moment ; mais ils n'osent pas ; ils font rouler sur lui le bruit de leurs tambours ; ils le savent trop bien ; non, ce n'est pas ainsi que vivent , et ce n'est pas ainsi sur-tout que meurent les tyrans.
Ils le savoient tous avant de le juger , ces conjurés législateurs; aussi dans ce moment, où ils votent la mort de Louis XVI , demandez -leur quel est son crime , et quel est leur motif ? Ils l'ont dit assez haut: Louis XVI fut Roi , et notre vœu est la mort de tout Roi. N'est-ce pas là le sens du Jacobin Robert , quand il opine : « Je )) condamne le tyran à la mort; et en prononçant n cet arrêt , il ne me reste qu'un regret , c'est que
332 Conspiration des Sophistes
» ma compétence ne s'étendepas sur tous les tyrans, » pour les condamner tous à la même peine. » West-cepas là le sens du Jacobin Carra : « Pour » r instruction des peuples, dans tous les temps » dans tous les lieux , et pour refiioi des tyrans, » je vote pour la mort. » Que faut-il donc entendre encore , lorsque le Jacobin Chabot conclut : « he sang des tyrans doit cimenter la Répuhli- » que ; je vote pour la mort. Et quand le Jacobin » Boileau ajoute , les peuples accoutumés à con- » sidérer les Rois comme des objets sacrés , se » diront ne'cessairement : mais il faut pourtant » que ces têtes de I|iois ne soient pas si sacrées , » puisque la haclie en appproche, et que le bras » vengeur de la justice sait les frapper: c'est ainsi » que vous les poussez dans la carrière de la li- » berté , - — je vote pour la mort. » ( Voyez le Moniteur , séance du 2, Jançier et jours suii'ans 1 793. ) Si la cause ultérieure de la mort de Louis X\ I n'est pas assez manifestée par ce langage , remontez à ce club des Sophistes , où Condorcet apprenoit à nous dire , qu'il viendra ce moment où le soleil n'éclairera plus que des hommes libres, oiù les Rois et les Prêtres n'existeront plus que dans l'histoire et sur les théâtres ; ( Esquisse des progrès de l'esprit humain , ép. 1 o. ) Revenez dans les antres des arrière-Loges ; et si vous le pouvez, cachez-vous , à vous-même cette grande vérité historique: Louis XVI a péri sur l'échafaud, parce qu'il étoit Roi. La fille des Césars a péri , parce qu'elle étoit Reine , parce qu'elle ne fut jamais plus digne de l'être, que dans ces jours où elle montroit tant de fidélité et de grandeur d'ame au milieu des conjurés bourreaux de son Epoux et les siens. Madame Elisabeth a péri, parce qu'il n'est point de vertu, d'innocence, de magnanimité, qui rachètent aux yeux des Jacobins, le crime
t)E l'Impiété Et de l'Anarchie. 333 d'être fille de Roi , tante de Roi. Philippe d'Orléans a beau servir la secte , de toute sa fortune, de toutes ses bassesses , et de tous ses forfaits ; il àJbeau porter la lâcheté et l'infamie jusqu'à voter avec ses conjurés , la mort de Louis XVI ; sous le nom di égalité , il a beau renier et son rang, et son nom, et son père, dès l'instant oii la secte n'a plus besoin de sa scélératesse , il meurt parce qu'il fut de la race des Rois. Les conjurés ont peur que la hache ne tombe de la main des bourreaux , s'il falloit immoler jusquà l'image de la bonté même, dans la Duchesse d'Orléans; trop de sacrifices de la part de la Duchesse de Bourbon , et de la part du Prince de Conti , ne leur ont montré que des restes du sang Royal , bien peu redoutables à leur Révolution ; il n'en faudra pas moins que , sans exception , ils évacuent le sol de la nouvelle République , tous ceux qui ont encore quelque goutte de ce sang dans leurs veines. Pour cimenter enfin celte haine des Piois 5 que le jour où Louis XVI périt sur l'échafaud, soit à jamais la fête du peuple égal et libre ; qu'eu ce jour , le serment de haine à la Royauté soit solennellement prononcé par tous les Magistrats ; que ce serment enfin soit le seul qui assure les droits de Citoyen et les faveurs de la Révolution ; tous ces décrets sont prononcés , tous s'exécutent ; et la peine de mort est enfin statuée contre tout homme qui osera proposer en France le rétablissement de ses Monarques. ( Décret du 4 Dec» )
Quelques fleuves de sang qu'il en coûte à la Atrocfte'» rrance , pour arriver a ce période des complots voiuio contre la Pioyauté , la secte et ses agens le voient ^Y^'*^" couler par-tout avec les transports et la brutalité des Cannibales. La guillotine est permanente dans Paris ; elle se promène dans les provinces , à la recherche des Pvoy alites comme à celle des Prêtres..
tjori
ces
secte»
334 Conspiration dès Sophistes
Elle ne suffit plus à leurs bourreaux ; le langage des pères n*a pas même laisse aux enfans assez de mots , pour exprimer la multitude des victimes qui tombent à la fois dans la boucherie desfusil-^ lades , ou qui sont englouties par les noyades* Sera-ce donc encore la secte , qui férocise ainsi le cœur des Jacobins ? Est*ce donc encore à ses leçons qu'il faudra remonter, pour expliquer et le choix , et le nombre de ses victimes , et le sens froid de ses adeptes, et les transports, Tatroce joie de ses bourreaux ? Oui , vous oubliez ces mystères , et vous nous forcez de vous les rappeler ^ vous qui croiriez trouver ailleurs que dans les principes mêmes de la secte , la vraie source de tant d'atrocités* Oui , c'est elle qui , à l'aspect des télés portées sur des piques , arrache à Barnave son rire sardonique , et ce secret de la férocité ; étoit-il donc si pur ce sang , que Von ne puisse en répandre une goutte ? Oui , c'est elle qui , à l'aspect des brigands accourus pour inonder de sang le Château de Versailles, pour s'abreuver surtout du sang de la Reine , fait publier par Cha-^ pellier , Mirabeau et Grégoire , o^^il Jaut au peuple des victimes* C'est elle qui éteint jusques au sentiment du frère pour son frère , de l'enfant pour son père , quand l'adepte Chénier, à l'aspect d'un frère livré à ses bourreaux, répond froidement , si jnon frère nest pas dans le sens de la Résolution , qu'il soit sacrifié ; quand l'adepte Philip porte en triomphe aux Jacobins , la tête de son père et de sa mère. C'est la secte toujours \ insatiable de sang , qui par la bouche de Marat , demande encore deux cent soixante et dix mille iêtes, qui bientôt ne veut plus les compter que par millions. Elle le sait ; tous les mystères de son égalité ne peuvent s'accomplir dans leurs dernières conséquences qu'eu dépeuplant le monde; et c'est
CE L^ÎMPIÉtÉ ET DE L*AnARCHÎE. 335
eîle qui répond par Le Bo , aux Communes de Montaiibaii , eiïrajées du défaut de provisions : « Soyez tranquilles , la France en a assez pour » douze millions d^hommes ; il faut que tout le » reste , c'est-à-dire il faut que les douze autres » millions de Français soient mis à mort, et alors « le pain ne cous manquera plus* » ( Rapport du Comité de salut public, séance du 8 Août 1795.)
Nous frémissons , nous autres ; nous aimons au moins à faire retomber sur Robespierre seul ou sur ses Marats , toutes ces atrocités ; jmais le règne de Barnave a précédé celui de Robespierre, ce n'est ni de Barnave , ni de Robespierre , c'est de la secte qu'est venu le serment de dénoncer parens , amis , frères et sœurs , et de regarder, sans exception, comme proscrit, tout homme qui ne partage point les opinions révolutionnaires. Ce serment étoit celui des Loges , avant d'être celui des Jacobins. Ce n'est point de Robespierre» c'est du Lycée d'Holbach que Condorcet apprit à s'écrier en pleine Assemblée législative : Que le monde périsse , plutôt que de sacrifier nos prin-' cipes d'égalité. Ce ne sont pas les brigands seuls, c'est Sjeyes , c'est Garât , c'est l'élite même des Sophistes du jour , c'est le club des vingt-deux Elus , qui sourient à nos frémissemens. Ce sont ces sages eux-mêmes qui repondent à nos reproches , ce que Syeyes répond à ceux de M. Mallet du Pan , sur l'horreur qu'inspirent ces moyens révolutionnaires : Vous nous parlez toujours de nos m-oyens; eh ! Monsieur , c'est la fia , cest l'objet et le but qi/ il faut apprendre à çoir. Et ce principe qui console nos Syeyes de tant d'atrocités , c'est encore de la secte elle-même qu'ils l'ont appris i c'est du code et des Loges de Weishaup;
336 Conspiration dks Sophistes
que nous l'avons vn passer au code Jacobin («)»
Un temps viendra peut-être où i'iiistoire dira plus spécialerïient coiuraeiit et daus quels anlres, toujours altérée de sang , la secte désignoit seâ victimes, préparoit ses adeptes à ne pas se laisset effrayer de leur multitude; maisparmi ces antres, il en est un auquel j'ai promis de ramener mes lecteurs , celui de la rue Sourdière , celui oi^i dominoient ce SaçaJctte de Lange , qui avoit accueilli les envoyés Illuminés , et ce Dictrich , qui le premier en avoit apporté les mystères en France. Le trait suivant pourra au moins aider l'Historien à dévoiler la source de bien des atrocités.
Dans ce temps oii les brigands comrtiehcérent à se mettre en activité révolutionnaire , oii les châteaux brûloient dans les provinces , où les têtes des Nobles tomboient départ et d'autre , M. l'abbé Royou 5 déjà très-connu par son zèle contre leâ sophistes , s'étoit vu réduit à quitter Paris pour échapper aux bandits du Palais-Pioyal. Il avoit erré quelque temps de village en village, lorsqu'il revint en secret à Paris , et arriva chez moi vers les quatre heures du malin. Sur les questions que je lui fis , comment il avoit passé son temps dans sa fuite : « J'ai vécu , me dit-il , presque toujours » chez des Curés , bien accueilli par eux , mais ne » pouvant long - temps rester chez les mêmes, « crainte de les exposer atix mêmes dangers que ï> moi. Le dernier chez qui je m'étois retiré , me
rfi ■— ...i ■- ■ ^ ■-■— «.t. I ■ , -■I— il I iii ■ I I ■ — ■ ■ —
(d) Je laisse à M. Matlet do Pan , le soin cle révéler ïui-niême tout ce qu'il entendit dans ce club, et l'horreur qu'il en conçut , avec quelle indignation il rejeta l'invitation des vingt-deux , h se faire un des leurs j ïnais c'est de la bouche même de cet Auteur si justement célèbre , que j'ai appris la réponse que Syeyes falsoit à ses reprochei.
» devenoit
m L^ÎMPiETÉ Et t)Ë l'Anarchie. 337 » devenoit suspect, lorsqu'il lui arrivai de Paria » une lettre , que je le vis ouvrir et lire , avec » un air qui ajoutoit à mes Soupçons. Presque » assuré qu'elle rouloit sur moi , je saisis le moment » oii ses fonctions l'appeloient ailleurs, pour en- » trer dans sa chambre , et j'y trouvai la lettre* y> Elle étoit conçue en ces termes : Votre lettre p » mon cher ami , a été lue en présence de tout » le Club. On a été surpris de trouver tant de » philosophie dans un Curé de village. Soyez » tranquille , mon cher* Curé ; nous sommes » trois cents ; nous désignons les têtes , et elhs ï> tombent. Pour ce dont cous parlez , il n'est î> pas temps encore. Tenez seulement votre monde *» prêt ; disposez vos paroissiens à exécuter les » ordres , ils vous seront donnés à temps. »
Cette lettre , ajoutoit M. l'abbé Pxoyoa , étoit signée Dleirich, secrétaire. Aux réflexions qu'elle suggère , j'ajouterai seulement que le club (Voh elle étoit partie , avoit changé le lieu de ses séances pour se transporter au faubourg Saint-Honoré; et que là, il resta inconnu à la Cour , jusqu'au moment d'une de ces orgies , dont Tobit^i vint encore apprendre au Roi le sort qui i'attendoit. A la suite d'un de ces repas célébrés au nom de la yra/erA7£7e , tous les Frères se piqiièreni le bras et versèrent de leur sang dans leur verre \ tous burent de ce sang, après avoir crié: A la mort de3 Rois, et ce fut la dernière santé du repas fraternel. Elle nous dit assez quels hommes avoient formé cette légion <1es Douze cents , dont Jean de j6/7'eproposoit l'établissement à la Convenion, et dont l'objet étoit de se répandre dans les Empires pour assassiner tous les Rois de la terre.
C'est ainsi qu'il étoit donné à la secte , sous 1er nom de fraternité, et parla frénésie de son égalité, par la nature même de ses principes, par la soif ToMÊ IV, • \
338 Conspiration des Sophistes
du sang qu'elle inspiroit dans ses atroces jeux , de dénaturer les cœurs , de se former des clubs de trois cents i^ieux de la Montagne , et de changer ses grands acteurs en bourreaux cannibales. Ainsi s'explique par les mystères mêmes de la secte , jusqu'à la joie féroce des Marat , des Saint-Just, des Lebon , des Carrier , des Collot-d'Herbois , et la sérénité plus féroce encore des sophistes de la Révolution , au milieu de ses massacres , de ses fleuves de sang.
Mais le Dieu qui semble vouloir laver la France de ses iniquités , dans ces fleuves de sang, vient donner au monde un autre spectacle de ses vengeances. Le Christ n!a plus d'Autel en France ; les Rois n'ont plus de Trône ; ceux qui ont renversé et le Trône et l'Autel , conspirent les uns contre les autres. Les intrus , les déistes et les athées ont égorgé les Catholiques ; les intrus , les athées et les déistes s'égorgent les uns les autres. Les Constitutionnels ont chassé les Royalistes , les Républicains chassent les Constitutionnels ; les démocrates de la République une et indwisihle , tuent les démocrates de la République /éfû?er^e ; la faction de la Montagne guillotine la faction de la Gironde. La faction de la Montagne se divise en faction d'Hébert et de Marat , en faction de Danton et de Chabot, en faction de Cloots et de Chaïunette , en faction de Robespierre qui les dévore tous , et qui sera à son tour dévoré par la faction de Tallien et de Fréron. Brissot et Gensonné, Guadet , Fauchet , Rabaud , Barbaroux et trente autres sont jugés par Fouquier-Tinville comme ils ont jugé Louis XVI; Fouquier-Tinville est lui-même jugé comme il j ugea Brissot. Péthion et Buzot , errans dans les forêts , périssent consumés par la faim, dévorés par les bêtes; Perrin meurt dans les fers , Gondôrcet s'empoisonne dan»
DE l'Impiété et de l'Anarchte. SSg sa prison , Valage et Labat se poignardent , Marat est tué par Charlotte Corday; Robespierre n'est plus ; Syeyes leur reste encore , parce qu'il faut encore à la France ses fléaux. L'enfer, pour afiermir le règne de son impiété , le Ciel pour l'en punir , lui donnent sous le nom de Directeurs ses cinq tyrans ou ses Pentarques (ci) et son double Sénat. Revvbel , Carnot , Barras , le Tourneur , la Réveillère-Lépaux lui volent ses armées , chassent les Députés de son égalité et de sa liberté , foudroient ses sections, la pressent dans leurs serres et font peser sur elle un joug de fer. Tout tremble devant eux ; ils s'étiraient , se jalousent , s'exilent les uns les autres ; mais de nouveaux tyrans arrivent, et s'unissent ; les déportations , la stupeur, l'effroi et ses Pentarques, en ce moment voilà les Dieux qui régnent sur la France. Le silence de la terreur dans son empire , ou sa vaste prison, vingt millions d'esclaves tous muets sous la verge, au seul nom de la Guiane , de Merlin , ou de Rewbel; voilà ce peuple tant de fois proclamé égal et libre et souverain.
A travers cette succession de massacres , de ^ «eçtef factions et de tyrans , la secte sembleroit avoir ^aiTsel perdu le fil de ses complots; elle n'a pas cessé un complots moment de les poursuivre. En ce moment , plus p""priÀé que jamais , elle les presse par ses Pentarques , *'.'f , contre les Prêtres et les Nobles ; et contre ses *°"*'** Pentarques eux-mêmes , elle a encore le dernier de ses mystères. Vainement ils s'efforcent de maintenir un reste de société pour affermir leur trône sur les débris de celui des Bourbons ; elle n'a point perdu de vue ses projets ultérieurs. Elle a dit : ces débris des Trônes et de toute société
(à) Pentarchie , Pentarques , mots de'rivés du Grec , «îgnlfiajitgouvcraement des cinq, et les cinq Directeurs.
3^0 Conspiration des Sophistes civile périront avec les débris de la propriété. SoiiS ses premiers législateurs , elle a d'abord anéanti celle de l'Eglise, bientôt a disparu celle des Nobles émigrés. Ceux de l'intérieur ont vu la leur se fondre sous les confiscations. Bientôt les adeptes Bruissart , Robespierre et les deux Julien , ont écrit qu'il étoit venu le temps de tuer T aristocratie mercantile , comme celle des nobles. Ils ont dit dans leurs confidences , ainsi que "Weishaupt dans ses mystères , qu'il falloit écraser le nègociantisme ; que là oit il y avoit beaucoup de gros commerçans , il y avoit beaucoup de fripons ^ et que la liberté ne pouvoit y établir son empire ; ( Voy. les pièces trouvées chez Robespierre , imprimées par ordre de la Convention, N.°^ j^'à, 76, 89 , 1 07 , etc. ) et les spoliations , les réquisitions ont dépouillé les bourgeois, les marchands, comme les Nobles et l'Eglise. Et ce ne sont pas là les derniers coups que la secte médite contre toute propriété , pour écraser enfin toute société. Sous les Pentarques mêmes , lisons les adresses qu'elle prépare au peuple, et que les adeptes Drouet, Baboeuf et Lagnelot se disposent à maintenir.
Extrait de l'Adresse au Peuple Français , trompée dans les papiers de Baboeuf.
« Peuple de France, pendant quinze siècles tn as vécu esclave , et par conséquent malheureux. Depuis six années tu respires à peine dans l'attente de l'indépendance , du bonheur et de Végalité» Toujours et par - tout on berça les hommes de belles paroles ; jamais et nulle part ilsn'oijt obtenri la chose av^c lé mot. De temps immémorial oa nous répèle avec hypocrisie, les hommes sont égaux; de temps immémorial la plus monstrueuse inégalité pèse insolemment sur le genre humain. Depuis qu'il y a des sociétés civiles^ le plus bel
DE l'Impiété et de l'Anarchie. 34 i' apanage de l'homme est sans contredit recpnnu ^ mais n'a pu encore se réaliser une seule fois : l'égalité nefut autre chose quune belle est stérile fiction delà loi. Aujourd'hui qu'elle est réclamée d'une voix plus forte , on nous répond \ Taisezvous , misérables ! l'égalité de fait n'est qu'une chimère ; contentez-vous de l'égalité conditionnelle. Vous êtes tous égaux devant la loi ; canaille ! que te faut-il de plus ? . . . Ce qu'il nous faut de plus ! . . . Législateurs, gouvernans ^ riches ■propriétaires ; écoutez à votre tour.
Nous sommes tous égaux. Ce principe demeure incontesté... .
Eh bien ! nous prétendons désormais i^ii^re et mourir comme nous sommes nés. Nous voulons l'égalité réelle , ou la mort. Voilà ce qu'il nous faut ; et nous l'aurons cette égalité réelle , n'iraporte à quel prix. Malheur à ceux que nous.ren^ contrerons entre elle et nous l Malheur à qui feroit résistance à un vœu si prononcé ! La Révolution Française n'est que V avant-courrière d'une Révolution bien plus grande , bien plus solen-^ nelle, et qui sera la dernière...
Ce qu'il nous faut de plus que l'égalité des droits? 11 ne nous faut pas seulement cette égalité transcrite dans la déclaration des droits de l'homme et du citoyen ; nous la voulons au milieu de nous, sous le toit de nos maisons. Nous consentons à tout pour elle , à faire table rase pour nous en tenir à elle seule. Périssent, s'il le faut , tous les arts , pourvu qu'il nous reste l'égalité réelle.
Législateurs et gouvernans . . . propriétaires riches et sans entrailles , en vain essayez -vous de neutraliser notre sainte entreprise , en disant : « Ils ne font que reproduire cette loi agraire , » demandée déjà plusieurs fois avant eux. »
Calomniateurs ! taisez - vous à votre tour ; et
3^2 Conspiration des Sophistes dans le silence de la confusion , écoutez nos prétentions , dictées par la nature et posées sur la justice.
La loi agraire , ou Je partage des terres ,Jut le vœu instantané de quelques soldats sans principes, de quelques peuplades mues par leur instinct plutôt que par la riiison. Nous tendons à quelque chose de plus sublime , de plus équitable , le