‹ Mémoires pour servir à lhistoire du Jacobinisme (volume 2)Chapitre 19 sur 24 · BIEN COMMUN , OU LA COMMUNAUTÉ DES BIENS · texte numérisé non relu

BIEN COMMUN , OU LA COMMUNAUTÉ DES BIENS

Plus de propriété indii^iduelle des terres ; la terre ri est à personne. Nous réclamons , nous voulons la jouissance communale des biens de la teiTe : les fruits sont à tout le inonde . . .

Disparoissez enfin , réi^oltantes distinctions de riches et de pauvres, de grands et de petits, de maîtres et de valets , de gouvernans et de gouvernés ! Qu'il ne soit plus d autre différence parmi les hommes que celle de l'âge et du sexe... »

( Extraits des pièces trouvées chez Babœuf, imprimées par ordre de l'Assemblée, )

Sans doute ils ont parlé trop tôt , les auteurs de cette adresse ; mais qui ne voit au moins qu'ils ont parlé comme le Hiérophante illuminé , V Homme' Roi de Weishaupt ? Sans doute la France encore ne s'est pas trouvé mûre pour ce -dernier complot; mais il est des adeptes qu'il faut envoyer à la découverte , qu'il faut mettre en avant pour sonder le terrain , la secte en dût-elle être quitte pour les sacrifier en les désavouant. Mais si Baboeuf est mort victime des mystères , ses complices vivent encore ; la terreur de leurs légions a fait fléchir les juges de Drouet et les Pentarques mêmes. Les adeptes attendent d'autres temps. Un seul échec «près tant de succès , après tant d'atteintes impu-

DE l'Impiété et de l'Anarchie. 343 iiément portées à la propriété individuelle , après la spoliation complète des premières classes de la société, après tant de bourgeois, tant de marchands , tant de négocians pillés , volés , ruinés comme les Nobles et le Clergé , un seul échec sufïit-il pour nous dire qu'il n'arrivera pas ce jour, où la secte sera assez forte pour proclamer enfin cette liberté et cette égalité défait^ qui feront disparoitre toutes ces distinctions da riches et de pauvres , de grands et de petits , de mailres et de ualets , et ultérieurement de goui>ernans et de goui^ernés ?

Nous nous flattons encore que nos sciences Contre éloigneront ces temps de barbarie, cette époque ^f j"" des hommes réduits à errer en nomades , sans lois scieuctf, et sans magistrats ; mais nos sciences mêmes , nous l'avons vu dans les mystères , sont - elles pour la secte autre chose que le principe de nos malheurs et du prétendu esclavage de nos sociétés ? ( Voy. Grade du Régent illuminé, ) Et si Jes faits ne parlent pas encore assez haut ^ si tant de monumens des arts abîmés dans un instant, ne disent pas encore assez clairement ce que sont pour le Jacobin toutes les productions du génie ; s'il est encore un reste de pudeur ou d'apparente vénération pour les Pères des Lettres , gardonsnous bien de croire que les adeptes aient réellement rougi de leurs Vandales-Carmagnoles. Et le feu, et la hache n'ont fait que hâter les progrès dont ils s'applaudissent. Babœuf n'est pas le seul à dire : Périssent^ s'il lejaut , tous les arts, pourvu *juil nous reste V égalité réelle. Pour peu qu'il soit sincère , le philosophe Jacobin vous dira dans ses confidences ce que ses législateurs ont dit sur leurs tribunes : à quoi bon vos Collèges et vos Académies , et vos Bibliothèques ? Faut-il donc tant d'études et tant de livres pour la seule vraie

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science ? Qjie les peuples sachent les droits de

V homme , et ils en ont assez (a).

Je le sais , on nous parle de la magnificence de ce Musée et de cet Institut, où la Révolution semble \ouloir rendre la vie aux arts et aux sciences ; mais au milieu de ce pompeux Musée, que le sage se recueille un instant ; frappé du grand ensemble des larcins, des pillages , des vols érigés sans pudeur en trophées , il pourra réfléchir et se dire : ils savent donc braver jusqu'à l'idée de toute propriété , ces hommes qui étalent avec tant de faste le fruit de leurs rapines et de leur brigandage ! Après avoir pillé , haché chez eux, ils accourent voler les nations tranquilles de la Sambre , de l'Escaut et du Tibre ; ils se partagent l'or qu'ils ont volé pour eux ; et ici , ils transforment en spectacle public ce qu'ils ont volé pour la Patrie. Dans ce temple des arts , la propriété est morte , comme à l'école de ces adeptes , dont l'intention n'est pas que la société lui survive.

Qu'est-ce encore que ce Lycée national, auprès du géomètre Laplace , de l'astronome Lalande , du versificateur Chénier , du commentateur du zodiaque Dupuis , de l'historien des montagnes Lamétheiie , consacrant toute leur science à prouver qu'il n'y a point de Dieu ! Voyez la secte sourire à leurs travaux. Elle sait que la société comme la propriété , que les arts eux-mêmes et toutes les sciences doivent périr sous l'athéisme ; que lui importe à elle que la plupart des savans s'arré-

(rt) Je u'al plus présent quel est le législateur qui a tenu ces propos sur la tribune ; mais je puis au moins assurer qu'ils e'ioient dans les socie'te's , ceux du sophiste logislateur Rahaud de Saint-Etienne -y et qu'ils furent même quelquefois l'occasion de ses contestations assez vives avec quelques lionimes de lettres, et nommément avec M. Désil , dès le commeiicemeutde la Uévolutioû.

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tent dans la route des mystères ? Ils la servent sans le savoir , dans le grade même où ils se fixent. Elle a ses grades ultérieurs ; elle sait que du sophiste et Jacobin athée, naissent les Jacobins désorganisateurs ; elle voit ses enfans dans le Lycée des sophistes laborieux athées , comme dans les légions de Babœuf et Drouet. Ils ont tous ses principes , ils sont tous Jacobins. Que lui importe même qu'ils rejettent ce nom avec mépris ? Ce ne sont point les noms , ce sont les principes qui font ses disciples. Ceux-là s'arrêtent aux premières conséquences ; ceux-ci ne sont pas même révoltés des dernières ; elle fixe les uns aux premiers grades , elle dévoile aux autres les derniers mystères. Qu'elle agisse par les savans ou par les progrèsbrutes , peu lui importe encore. Dans la Révolu- *'"" '*^"" tion Française , elle a toujours su varier ses rôles , complots les distribuer comme ses grades , et tendre ton- .t' *^r

-, . ?iii -ï-w- rôles, dans

jours au dernier terme. Elle a eu contre Dieu , la RcVoses intrus , ses déistes , ses athées. Les premiers l^'^o"ont détruit les Autels catholiques ; les seconds èeux du calvinisme , du luthéranisme , de toute religion conservant le nom du Christianisme , les derniers ne laissent plus d'Autels.

Contre la Monarchie , la sectje avoit ses Neckeristes , ses Fayetistes , ses Constitutionnels, ses Girondins , ses Conventionnels. C'est ici sur-tout qu'elle a su varier , ménager et graduer les rôles pour arriver à la dernière catastrophe ; c'est ici que l'histoire les montre fidèlement remplis. Syeyes prononce que le tyran mourra ; ce tyran c'est Louis XVL Necker le prend , le livre à la discrétion des conjurés du Tiers législateur ; Lafayette , Bailly , leurs conslituans le reçoivent en cet état, ne lui laissent plus qu'un sceptre morcelé et sa robe de pourpre, lis le quittent , après avoir appris au peuple a le traîner de Versailles

346 Conspiration des Sophistes à la Grève , de Yarenne aux Thuileries. Là, ils l'abandonnent , entourré des bandits et de toutes les piques de la rébellion. Brissot et ses Girondins poursuivant la route ouverte par Necker, aplanie par Lafayette , n'avoient plus qu'a souffler sur le Trône ; ils le hachent , et Louis XVI passe des Thuileries aux Tours du Temple. C'est là que Robespierre, Péthion et Marat vont le prendre ; et du Temple Louis XYl est mené à l'échafaud. Dans toute cette suite de séditions, de rébellions, de trahisons , jusqu'à la consommation du régicide, je vois bien des acteurs ditl'érens; je n'en vois pas un moins coupable que l'autre. Tout cela appartient aux mêmes complots de l'égalité et de la liberté ; tout cela est sorti des antres de la même secte ; tout cela est Jacobin,

Dans la conspiration contre la propriété et la société , mêmes principes encore , même graduation dans les adeptes et dans les rôles ; même constance dans la secte , à tendre au dernier but. Les sophistes irréligieux de toutes les classes , dépouillent le Clergé ; les sophistes de la jalousie bourgeoise dépouilknt la Noblesse ; les sophistes bandits dépouillent le bourgeois marchand et tous les bourgeois riches ; les sophistes conquérans étalent les dépouilles des nations ; les sophistes athées brisent le dernier lien de la société. Ils n'ont admis pour eux qu'une partie des derniers mystères de la secte ; les sophistes brigands les admettent dans leur entier. Il faut , pour eux qu'il n'y ait plus de propriété , ni pour l'Eglise , ni pour le Noble, ni pour le bourgeois, ni pour personne. En vertu de l'égalité , il faut que la terre ne soit à personne , que les fruits soient à tous. En vertu de la liberté , Condorcet refuse d'obéir à Dieu , Brissot refuse d'obéir aux Rois ; en venu de la môme liberté, Babœuf refuse

DE l'Impiété et de l'Anarchie. 34 j d'obéir à la République et à des magistrats , des gouvernans quelconques* Et d'où sont-ils encore sortis tous ces hommes ? Tous viennent du même antre des Jacobins ; tous y sont accourus du Lycée des sophistes et des Loges des mystères ; tous ont pour père Voltaire et Jean- Jacques, les Vénérables des Kadosch , et le Spartacus Bavarois.

Ainsi dans ses forfaits et dans ses succès contre Dieu , contre les Rois , ainsi jusques dans ses derniers essais contre les Républiques mêmes , et les derniers vestiges de la société, tout, absolument tout , dans la Révolution Française , nous montre la secte poursuivant sans cesse ses projets, et ses disciples , ses adeptes , ses brigands de tous les grades , mis sans cesse en action pour arriver au dernier terme de ses conspirations et de ses vœux. Il ne lui a pas été donné encore , et nous espérons bien qu'il ne lui sera jamais donné d'en combler la mesure ; mais que l'esprit humain calcule , s'il le peut , tous les forfaits , tous les désastres que lui doit déjà la France ; il lui restera toujours à prévoir ceux qu'elle médite encore ; à ne pas oublier cet avis des adeptes eux-mêmes , que la Résolution Française nest que Vai^antcourrière d'une Réi>olution bien plus grande et bien plus solennelle* Pour tenir les Nations en garde , montrons-leur encore dans le dernier caractère de cette Révolution , ce qui les menace toutes , sans exception , des mêmes malheurs qu'elle a fait éprouver à la France ; car la secte l'a dit dans ses mystères : ce n'est pns à un peuple que ses projets se bornent ; ils les embrassent tous. J'interrogerai donc encore les faits , et nous verrons s'ils ne nous disent pas tout ce qu'a dit le code de la secte , sur l'étendue et l'universalité de ses conspirations.

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