‹ Mémoires pour servir à lhistoire du Jacobinisme (volume 2)Chapitre 23 sur 24 · Conspiration des Sophistes · texte numérisé non relu

Conspiration des Sophistes

traître , celui qui les écrit ou les répand , s'il voit et s'il veut faire le mal qu'il fait à la société ; qu'il soit puni en insensé , s'il croit pouvoir séduire et éviter les suites de la séduction.

Mais quoi ! déjà s'élèvent les cris d'intolérance , de tyrannie , d'oppression du génie dans l'empire des Lettres ! Je le prévoyois bien , que j'aurois à parler des hommes qui nous disent vouloir et qui ne veulent pas ; qui nous disent détester la Révolution , et qui redoutent d'en étouffer le germe. Mais vous , dont la profession honorable est d'éclairer les Nations par vos écrits , de montrer aux Princes les devoirs à remplir pour le bonheur des Citoyens; vous, dont l'intention se manifeste par la sainteté des principes , par votre zèle pour les lois , par la sagesse de vos leçons , est-ce de votre part que viennent ces réclamations ? Non , non , les chaînes à jeter sur l'écrivain empoisonneur de l'opinion publique n'effraient pas l'auteur honnête ; les lois prohibitives des poignards ne révoltent que l'assassin. Il n'est plus temps de nous laisser séduire par ces vains mots liberté du, génie , liberté de la presse. Dans la bouche des Jacobins , toutes ces réclamations désormais cacheroient mal le piège. — Voyez ce que la secte fait elle-même pour empêcher la vérité de dessiller les yeux du peuple. Par-tout où les adeptes régnent , demandez ce que c'est aujourd'hui que cette liberté de penser , de parler et d'écrire. Ils écrasent l'auteur , le vendeur et l'acheteur de tout livre contraire à leurs systèmes. Les presses de Crapart, les journaux de la Harpe , les discours de tout vrai citoyen , sont des conjurations que les Pentarques envoient expier dans les déserts de la Guiane. Il est temps de concevoir enfin toute l'illusion de cette prétendue oppression de la pensée et du génie. Si le Magistrat est dupe de ces cris, le peuple en est victime;

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et c'est le peuple qu'il faut sauver de l'illusion , pour le sauver des révolutions. Celui-là est leur père , et non pas leur despote ou leur tyran , qui arrache à ses enfans tout instrument qui peut devenir entre leurs mains, et contre eux-mêmes, le glaive de la mort.

Vainement le sophiste vous parle de discussions utiles. Demandez au Sénat de Rome pourquoi il se hâte de chasser du sol de la Pvépublique tous ces sophistes de la Grèce , arrivés si experts dans les discussions ; il vous répondra qu'on ne discute point pour savoir si la peste est utile ; qu'on se hâte d'écarter loin des peuples quiconque en est atteint , et tout ce qui peut en propager le germe. Redoutez pour ce peuple les discours , la présence de ces vils séducteurs ; mais redoutez encore plus leurs impies et séditieuses productions.

Toutes vos lois sont armées du glaive contre le. conjuré dont un mot a trahi les complots ; et vous souffrez que le sophiste conjuré vive et converse habituellement par ses écrits avec tous vos sujets; qu'il soit sans cesse , par ses livres, au milieu de leurs enfans ; qu'il leur répète sans cesse ses leçons ; qu'il leur en insinue tous les principes; qu'il les presse , les médite avec eux ; et qu'il les leur présente sous le jour qu'un génie perfide a longtemps étudié , qu'il a trouvé enfin le plus propre à les séduire , à les égarer, et à les révolter contre vous ! Ce mot qui échappa au Jacobin , pouvoit ne faire qu'une impression légère ; cette suite de sophismes , que sa plume a digérés , feront une impression profonde. Certes, vos lois ne sont qu'inconséquence, si l'écrivain révolutionnaire n'est pas pour elles le plus dangereux des conjurés ; et vous êtes le plus mal avisé des Magistrats , si vous lais.' eX toutes ses productions circuler librement dans les campagnes Q\ dîois les villes.

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Faudra-t-il encore vous apprendre tout ce que ces libelles ont donné de puissance à la secte ? La Kévolution n'est pas ingrate , et sa reconnoissance vous dit assez quels sont ses pères. Suivez le Jacobin au Panthéon. Voyez et les honneurs et les hommages qu'il leur rend. Demandez-lui ce qui peut mériter à Voltaire età Jèan-Jacques, la gloire de cette apothéose. Vous l'entendrez la justifier et vous répondre : Ces hommes ne sont plus , mais leur génie respire tout entier dans leurs livres ; et là ils font encore pour nous plus que nos légions. Là ils préparent les cœurs et les esprits à nos principes ; là ils nous donnent l'opinion publique, et quand l'opinion publique est conquise, nos conquérans volent à des triomphes certains. O vous, que ces aveux rendroient jaloux du même hommage , arrêtez un instant ; et tout autour de ces nouveaux Dieux , voyez l'ombre flottante des victimes de la Révolution ! Voyez comment , éplorées , furieuses ,, elles vont de l'urne de Voltaire à l'urne de Jean-Jacques ! Entendez-vous ces accablans reproches ? Jouis de tout l'encens que font brûler pour toi les Jacobins. Ce n'est pas eux , c'est loi qui nous a immolées. Tu dois être leur Dieu; tu fus notre premier bourreau. Tu es encore celui de nos enfans ; tu fus celui de notre R.oi. Dieu du blasphème et Dieu de l'anarchie! qu'il retombe sur toi leur sang et le nôtre, et tout celui que versent , que verseront encore les brigands formés à son école !

Epargnez-vous ces plaintes et vos propres remords , vous à qui le Dieu de la société a donné des talens , qu'il est en votre pouvoir de tourner à la perte ou à la conservation de vos semblables. Que ,1e nom des sophistes divinisés ne vous en impose pas. Ils ont pu obscurcir la lumière ; c'est à yçus ^ ramener l'ejnpir^ de ces vérités fonda-

DE l'Impiété et de l'Anarchie. 43 i mentales : le Dieu qui a formé les hommes pour la société , ne leur a pas donné le code de ces prétendus Droits d'égalité et de liberté^ principes de désordre et d'anarchie. Le Dieu qui ne soutient I.1 société que parla sagesse des lois , n'a pas livré à l'inexpérience et au caprice delà multitude, le soin de les dicter ou celui de les sanctionner. Le Dieu qui ne nous montre l'empire et le maintien des lois, que dans la subordination des citoyens aux Magistrats , aux Souverains , n'a pas fait autant de Magistrats , de Souverains , que de citoyens. Le Dieu qui a lié les classes de la société par la diversité des besoins, et qui fournit à ces besoins par la diversité des talens , des professions , des arts , n'a pas donné à l'artisan et au berger le droit du Prince chargé de présider à la chose publique. — A ces vérités simples et naturelles, rendez ce jour de l'évidence que les sophistes de la rébellion sont venus obscurcir, et le danger des révolutions disparoîtra. Prenez , pour éclairer ce peuple , tous les soins qu'ont pris les Jacobins pour l'aveugler. Rendez-lui ses principes ; rendez-les-lui dans toute leur pureté. Point de composition avec l'erreur ; quelle que soit l'illusion qui entraîne vers la Ptévolution , peu importe à la secte , pourvu que sa Révolution arrive. Elle a pour les uns ses sophismes anti-religieux , et pour les autres ses sophismes anti-politiques. A d'autres encore , elle ne montrera que la moitié des conséquences à tirer ou du chemin à parcourir; souvent , sous le prétexte des réformes , ce seront quelques essais à faire sur les nouveaux moyens qu'elle propose. Loin de nous ces génies à demi-révolutions, à demi-conséquences ! Ce sont nos Lafayette , nos Necker que la secte met en avant ; ce sont ou ces hommes hautement rebelles , appelés Constitutionnels , ou ces autres hommes , par dérision sans doute , appelés

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Monarchiens. Ils ont commencé notre Révolution j ils ont encore la sottise d'admirer ce qu'ils vouloient faire , et de s'étonner que d'autres soient venu briser le sceptre qu'ils avoient morcelé. Les écrivains de cette espèce, loin d'éclairer le peuple, ne font que jeter sur nos yeux le premier bandeau de l'erreur ; c'est le service des premiers adeptes révolutionnaires.

Dans vos leçons encore , gardez-vous d'imiter cet écrivain qui croit servir le Trône , en ne montrant dans la Religion que des ressources inutiles pour la cause des Gouvernemens. Que n'a-t-il mieux senti les conséquences du sarcasme copié de Bayle et de Jean-Jacques , celui qui , au milieu de ses justes et pressantes exhortations adressées aux Princes pour réunir leurs forces contre les Jacobins , s'est permis de dire à ses lecteurs : « Dans une crise semblable , les Romains se fus- » sent armés avec la résolution de mourir ou de » vaincre : les premiers Chrétiens eussent chanté » des hymnes à la Providence et couru au mar- » tyre : leurs successeurs ne meurent ni ne com- » battent. » ( Mercure Britannique , çoL i . N,^^ 4 > p. 292.) Assurément l'intention de cet auteur n'est pas de renouveler le mépris tant affecté de nos sophistes pour la Religion ; mais ne voyez-vous pas combien fausse est votre politique , lorsque vous nous montrez la prétendue nullité du Christianisme , quand il s'agit d'opposer le courage des peuples aux tyrans révolutionnaires ? Heureusejment il n'est pas vrai que les premiers Chrétiens se fussent contentés de chanter des hymnes à la Providence et de courir au martyre. Les premiers Chrétiens n'étoient pas des imbécilles ; ils ne confondoient pas la puissance légitime , à laquelle il tie faut opposer que le courage du martyre , avec celle du tyran usurpateur ou du barbare armé

contra^

DE l'Impiété et de l'Anarcïîie. 433 contre l'Empire. Sous le drapeau des CësarSj, ils savoient , aussi bien que les autres Romains, vaincre ou mourir ; ils le savoient encore mieux qu'eux ; et ce n'ctoit pas sans raison que leurs apologistes délioient l'école des sophistes de montrer dans les légions Chrétiennes des lâches ou des traîtres» De nos jours encore, ils ne se contentoient pas de chanter des hymnes, ces Chrétiens de la Vendée, dont les plus fiers liépublic ains redoutoient autrement le courage que tout celui des soldats de Beaulieu ou de Ciayrfait. Ceux de nos Emigrés , que leur piété disùnguoit au milieu des camps , ne savoient-ils aussi que chanter des hymnes à la Providence , quand il falloit combattre Tennemi ? Pourquoi ce triple outrage aux héros Chréîiens , à leur Religion et à l'évidence même de la raison? Pourquoi cette afïectation de présenter comme inutiles à la cause des Gouvernemens , ces ressorts si puissans et si actifs du Christianisme ? La cou^ ronne du soldat mourant pour des lois ou pour un Roi que son Dieu lui ordonne de défendre , ne vaut-elle pas tous vos lauriers ? Dites à ce soldat Chrétien qu'il n'entre point de lâches dans les Cieux , et vous verrez s'il ne sait pas aussi vaincre ou mourir. Vous croyez nous servir contre les Jacobins 5 en nous présentant le Christianisme sous le Jour de la sottise ? Les Jacobins payeroient vos sarcasmes , parce qu'ils en prévoient les conséquences. Faudra-t-il donc toujours que les écrivains de la secte soient plus avisés que les nôtres? Elle sait leur apprendre à combattre à la fois le Trône et l'Autel; ne saurons-nous donc jamais défendre l'un sans heurter l'autre ?

Quelle est donc ici la cause de ces imprudences, de ces fausses lumières? On n'étudie pas asse/r îa secte et ses artifices. On cherche à se cacherjusques à sa puissance et à son influence. J'admif© T6m£ IV. Ka

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comme vous la vigueur de ce même écrivain qui cherche à réveiller le courage des Nations ; mais certes , s'il se trompe sur les véritables causes de nos malheurs 5 que ne devons-nous pas craindre de ceux qui n'ont pas, à beaucoup près, son énergie et ses lumières? J'ai peur que la secte ne lui sache encore gré de nous dire : « Cest à ce fanatisme » continental bien aiUrement qu'aux Illuminés, » qu'on doit attribuer la léthargie des classes » supérieures, » Je ne couois point, moi, de fanatisme continental ou insulaire; et je ne veux point que les Princes y croient, parce que le leur insinuer , c'est ajouter à cette léthargie. On ne fait point d'efforts contre la fatalité. Je sais au moins que les Illuminés seront bien aises que vous croyiez très-peu à leur influence ; parce que moins vos écrits les feront redouter, moins il sera pris de précautions contre eux. Je suis même assuré que si vous aviez étudié les ressources des Frères Insinuans auprès des classes supérieures, auprès des Cours elles-mêmes, vous auriez trouvé à cette léthargie bien d'autres causes que la fatalité («). Loin de moi l'absurde prétention de croire pou-

(a) Au reste , il est réellement aisé de voir que l'intëntion de l'Auteur du Merctire n'est rien moins que de favoriser les Illumines. Il est tout comme nous indigné du succès, des inepties philosophiques , du moderne républicanisme , de la guerre que les révolutions font à la propriété et à toutes les lois , de ces jeunes Jacobins arrivant de l'Université de Gottingue , de l'audace des lettrés révolutionnaires , de ce Pacte du Nord , c'est-hdire de cette réunion de Théologiens , de Professeurs et de Philosophes du Holstein , demandant à se former en Assemblée centrale , ajant sous elle des Com,ités subordonnés , pour former et diriger l'éducation publique , avec une entière indépendance du Gouvernement, des Lois, delà Religion etc. (p. 292.) Il auroit parlé tout eomme nous des Illuminés f s'il avoit su que ces inepties phi-

DE lImpiété et de i/Anarchie. 43S Voir seul donner des conseils utiles; c'est au con--traire parce que ]e voudrois que le public fût aidé des vôtres , que je voudrois aussi vous voir mieu^ instruit sur la cause de nos malheurs. Je voudrois qu'il se fît une sainte coalition de tous ces hommes, qui aux lalens et au génie des lettres, joignent un véritable zèle contre les erreurs révolutionnaires» Je sais le mal qu'a fait la coalition des écrivains sophistes du club d'Holbach , sophistes des Loges maçonniques et sophistes des antres de l'Illuminisme; je sais et l'influence de leurs principes sur l'opinion, et celle de l'opinion sur nos malheurs; pourquoi les écrivains honnêtes ne s'uniroient-ils pas pour corriger l'opinion , et ramener le peuple aux vrais principes, en lui découvrant tous les artifices de la secte qui l'égaré ?

Il est dans son code des instructions spéciales que nous avons vu consacrées aux adeptes pour séduire cet âge plus accessible à l'illusion. Je voii* drois inspirer aux pères citoyens , le vœu d'écartet loin de leurs enfans tous les livres et tous les maîtres suspects. Je voudrois que le Gouvernement ■

losophiques ei leur ^«ccJèi^, sont très-specialement l'œuvre tle la secte ; que ces e'Ièves sortant de l'Uaiversité de Gottingue y arrivent d'un repaire d'Illuminés; que ce Pacte du Nord n'est qu'une branche de VCiùon Gerinaniifue ^ imaginée par \ Illuminé Barhdt ; que le plan dé cette éducation est dû à \ lllunnné Campe , ci-devant Pasteur et Prédicateur de la Garnison de Postdani , appelé à Brunswick, grand protégé du premier Ministre, et décoré du titre de Citoyen Français , en récompense de tout ce qu'il a écrit plus spécialement sur cette éducation indépendante. ( Voj'. Révision universelle de c6 qui a rapport aux écoles , etc. t. 6. ) J'en reviens donc h dire : étudiez la secte , son code , son histoire , ses moyens auprès des Grands ; et loin de m'prlser son influence , vous verrez qu'elle explique bien mieux que votre fatalisme , la désastreuse léthargie des hommes qui devroient se montrer les plus uctifs.

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eût, pour éloigner ces adeptes révolutionnaires, des chaires publiques , des fonctions de pasteur , de professeur, autant de soins que nous avons vu la secte en prendre pour les procurer k ses élèves, et s'assurer ainsi de la jeunesse. Malheur à nous , si le détail des précautions nous etiraie , lorsque la secte les néglige si peu elle-même ! Lorsqu'on la voit presque aussi soucieuse pour le maître d'école qu'elle placera dans un village , que pour l'adepte qu'elle insinuera dans les Cours, ou pour le Général qu'elle donnera à ses légions !

11 est par-dessus tout une illusion chère au Jacobinisme 5 celle qu'il cherche à faire par des essais , par des demi-réformes ; celle par laquelle il a le plus tenté les Anglais mêmes. Ah ! prévenez sur-tout les peuples contre tous ces perfides essais. Dites-leur que la France a aussi commencé par des essais ; que les succès n'en sont que trop connus. S'il faut humilier ici l'orgueil du sophiste Jacobin , et dissiper l'espoir de tout ce prétendu bonheur qu'il attache à ses systèmes , dites au peuple que les essais sont faits depuis long-temps ; que les brigands I^^liards , et les brigands Bégards, les brigands de Jean de Wall , des MaiUotins et des Muncer , nous promettoient aussi le bonheur de l'égalité et de la liberté ; que c'étoit bien la peine de nous parler de révoliuions philosophiques , quand on ne fait que rajeunir les erreurs de ces sectes les plus viles, les plus méprisées par nos pères , et tout à la fois les plus barbares , les plus dévastatrices. Lorsque, sous prétexte d'avoir des vérités à éclaircir , le Jacobin cherche à vous entraîner dans ses discussions , prévenez ses sophismes ; répondez qu'on ne discure ni avec Weishaupt ni avec Robespierre. L'un nous dit tout ce que dirent les brigands de tous les siècles , l'autre lait ce qu'ils liienuSi les modernes Jacobins ajoutent

DE l'Impiété et de l*Anarchie. 437 quelque chose , ce n'est pas aux principes , c'est nniquement aux artifices, à la férocité de toutes ces sectes. Ils n'ont acquis de droits qu'à nos mépris et à notre liaiue.

Repoussée parce double sentiment, que la secte perde enfin cet empire de Tillusion , qui prépare tant de triomphes à ses héros ; vous la verrez rentrer dans ses souterrains, dans ses arrière-Loges, qui si long-temps lui servirent d'asile. Elle y cherchera de nouveau à se former des légions d'adeptes , elle y méditera encore de nouveau la ruine des Autels, du Trône et de la société. Mais ici, quel ciloyeu honuête ne voit pas ses devoirs ? Sous quelque nom, sous quelque prétexte ou apparence que le Magistrat ait cru pouvoir tolérer jusqu'ici les clubs , les antres ou les Loges des sociétés secrètes , qu'attendent donc pour les proscrire , les Puissances qui en ont vu sortir tant de légions de conjurés ? Qu'attendez-vous pour en sortir vousmême , et vous sur-tout qui prétendez avoir des droits à nos exceptions? Celte loyauté personnelle que vous nous objectez , cette fidélité dont vous faites profession envers la Religion et la patrie , comment les conciliez-vous désormais avec cette affection pour ces Loges que vous savez avoir servi d'asile à tant de sectes conspiratrices ? Ce n'est pas nous , ce sont les Jacobins et les chefs mêmes les plus monstrueux des Jacobins, ce sont leurs lettres , leurs discours , et tous les fastes de leur histoire , qui vous ont dit tout le parti qu'ils nvoient su tirer de vos mystères et de toutes vos sociétés secrètes , pour hâter le succès de leurs conspirations contre la société générale , contre toutes nos lois et tous nos Autels. Vainement voudriezvous le cacher : rien n'est mieux constaté dans l'histoire ; ces conspirations sont au moins toutes entrées dans vos Loi^es ; elles s'y sont toutes for-

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tifiées des légions de vos Frères. — Voiis n*étes point de ceux dont la secte osa tenter l'honnêteté? Nous voulons bien le croire ; mais quel garant pourriez-vous nous fournir ? La secte sait si bien donner au parjure le ton .de l'innocence. — Nous vouions bien le croire; mais ce n'est là pour nous qu'un nouveau motif de vous solliciter , au nom de la patrie même , de sortir de ces Loges : car votre présence n'en sert que mieux à voiler leurs complots. Plus vous êtes honnêtes^ plus les adeptes conjurés s'autorisent de votre nom et de la fraternité 5 de l'intimité dans laquelle vous vivez avec eux. — Nous vous adressons nos plaintes à vousmêmes; avouez que nous pouvions les adresser au Prince et à nos Sénats. Avouez que vous nous donnez bien le droit de leur dire que vous n'êtes, après tout 5 qu'un demi-citO}'en; puisqu'en vertu de vos sermens, vous avez des Frères qui vous sont plus cliers que nous. Avouez que nous avons le droit d'ajouter : peut-être même n'êtes-vous qu'un ennemi secret de tout citoyen attaché à sa Religion et aux lois de sa patrie , puisque nous sommes sûrs que^vous faites partie d'une société secrète , dans laquelle il existe une multitude de Frères conjurés, et qu'il est impossible de distinguer vos Frères conjurés , des Frères innocens de leurs complots contre notre Religion et nos lois. De quel droit vous plaindricz-vous , si le Prince et nos Sénats vous excluoient de toute Magistrature, de tout emploi qui exige le citoyen tout entier, le citoyen impartial et au-dessus de tout soupçon ; puisque votre affection est au moins partagée entre la société générale et vos sociétés secrètes ; puisque cette affection doit être par vos lois , plus grande pour les membres de vos sociétés secrètes, qu'elle ne l'est pour nous ; puisqu'il est une vraie démonstration que les sociétés secrètes sont pour un très^

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grand nombre de leurs membres des sociétés consipiratrices. En vain parleriez-vous de quelques Loges qui ne vous ont point olFert de danger. N'eusw siez-vous été initié qu'aux mystères de la grande Loge de Londres; apprenez que, malgré toutes nos exceptions , cette Loge elle-même est devenue suspecte , et qu'on se croit fondé à nous reprocher nos exceptions. ( Voyez le MonthJy Reçiew , ap-' pendice au 35e. w/. , p. 5o4. ) Si vous êtes assez peu jaloux de votre honneur pour rester insensible à ces soupçons , souiïVez que je vous parle au moins au nom de ce genre humain dont vous dites que l'intérêt vous est si cher.

Il n'y a pas encore un siècle, le reste de l'Eu*rope vivoit dans l'heureuse ignorance de vos mys^ térieuses Loges. Vous lui en fîtes le désastreux cadeau ; elles se sont remplies de Jacobins ; et il en est sorti le plus épouvantable fléau dont l'Univers ait été atlligé. Vous leur avez donné pour le produire, les mystères de votre égalité et de votre liberté; vous leur avez donné pour le mûrir et pour le combiner, vos ténébreux asiles ; et pour y préparer leurs élèves , vos sermens , vos épreuves. Vous leur avez donné enfui , pour le propager d'un pôle à l'autre , votre langage , vos symboles, vos signes, vos caractères, vos directoires, votre hiérarchie et toutes les lois de votre correspondance invisible. I^s enfans , je le veux, ont ajouté au secret des pères ; mais n'y ont-ils donc pas assez ajouté pour abjurer le lien qui vous unit? Vos Loges ne sont-elles donc pas assez souillées , pour vous hâter d'en sortir ? Le fléau qu'elles vomissent n'est-il donc pas assez désastreux pour en fermer à jamais toutes les portes ? O vous , à qui le Ciel accorde sur les flottes de la secte des triomphes si éclatans ! l'Univers attend encore de vous une victoire plus utile peut-être. La secte disparoî t an

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grand jour devant vos Amiraux ; chassez-la des ténèbres où elle se flatte d'être née de vous. Montrez que si l'abus de vos mystérieuses sociétés a pu être fatal à l'Univers , il vous en coûte peu d'ôter à de vils conjurés un prétexte qui peut obscurcir votre gloire. Prouvez que si des jeux innocens chez vous ont pu se changer en fléau, ce n'est pas à votre ame que coûtera un sacrifice utile aux INations. Votre exemple est puissant , et il vous appartient de donner celui de l'anathème sur toute société secrète ; de fermer les Loges maçonniques, et de les fermer sans exception et pour toujours, quels que soient leurs mystères. Iln'estpointde ces iintres oii la secte ne cherche à pénétrer. Il n'en est point où le Magistrat public, où le vrai citoyen puisse être assuré qu'elle n'est pas entrée avec ses complots, avec tous ses moyens de séduction. Plus vous clés vous-même zélé pour nos lois , moins vous pouvez nous servir de garant contre ses projets ; puisqu'à coté de vous , elle attend de vous avoir séduit pour se manifester à vous. Frères Maçons Anglais, vous avez fait au monde un présent devenu bien funeste! que votre histoire se termine en ces mois : Le fléau étoit sorti des Loges qu'ils avoienl données aux Nations ; ils surent sacrifier leurs propres Loges pour le salut des Nations,

Ce que nous disons aux Frères de la Maçonnerie Anglaise , pourquoi tous les Frères honnêtes ne se le diroient-ils pas à eux-mêmes sur le continent? Leur présence dans ces asiles de ténèbres , n'autoriseroii plus les Jacobins à s'y réfugier avec tous leurs mystères. Réduits à eux-mêmes, les Sophistes ou brigands ennemis de nos lois , par cela même qu'ils s'y trouveroient seuls , parleroient vainement de l'innocence de leurs jeux. S'ils continuoient à fréquenter ces autres , le Magistrat ,

en sévissant contre enx , n'auroit pins à craindre les réclamations des citoyens honnêtes. Tont lui diroit alors qu'il est temps de frapper toute société secrète de ranatlième de la loi. Alors toutes les productions publiques de la secte supprimées ou rejelées avec indignation par tous les citoyens; les vrais principes seuls présentés au peuple , et prenant dans son esprit la place de toute erreur désorganisatrice; alors encore , la secte chassée de tous ses souterrains , nous pourrions enfin nous flatter de voir la vérité et la lumière succéder à toute cette guerre d'illnsion, d'erreurs, de ténèbres , qui par les triomphes des Jacobins sophistes va par- tout préparant les triomphes des Jacobins brigands et destructeurs.

Mais ils sont arrivés , ces jours si long-temps attendus dans les mystères de la secte , ces jours de brigandage et de dévastation. Les adeptes se sont multipliés dans les ténèbres ; ils en ont fait sortir leurs légions. Sans renoncer à cette première guerre d'illusion, ils ont ouvert celle des piques et des haches, de tous les foudres révolutionnaires. Souverains et Ministres desEmpif'es, c'est à vous qu'appartient le soin de répondre par la valeur de nos héros et par la force de nos armées , à ces hommes de sang ! Il ne m'est point donné d'entrer dans les conseils de nos guerriers, et de délibérer avec eux sur les moyens de repousser la secte au champ de Mars. Mais pour en triompher par votre valeur , nous sera-t-il permis d'avertir votre sagesse ,^ qu'il est pour vous une autre étude à faire que celle de la force? Le Jacobhi n'est pas un ennemi commun. Il vous fait une guerre de secte , et l'on ne triomphe pas des sectes comme de ces héros , ou même de ces brigands , de ces barbares simplement ambitieux de conquêtes ou avides de butin. Tous les combats ici sont ceux

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de l'opinion. Le Jacobin en a tout le délire, mais il en a aussi toutes les ressources. Pour triompher de ses fureurs, commencez donc par connokre l'objel de son délire.

Je Ta vois annoncé, je crois en avoir fourni assez de preuves : dans cette guerre de piques et de foudres, la secte n'envoie pas ses légions pour s'emparer des sceptres , mais pour les briser tous^ Elle ne promet ni à ses soldats , ni à ses adeptes , la cotironne des Princes , des Rois , des Empereurs ; elle exige des uns comme des autres le serment de broyer les couronnes, lesPrinces, les Rois, les Empereurs. Dans vous , ce n'est pas même votre personne qu'elle hait, c'est le chef, le ministre de l'ordre social. La guerre qu'elle fait aux Nations, est contre elles ce qu'elle est contre vous.C'est encore la guerre del'opinionqui hait, non pas l'Anglais, mais les lois de l'Anglais ; qui déteste , non pas le Germain ou l'Espagnol , l'Italien , ou bien tout autre peuple ; mais le Dieu , les Autels, les Sénats , les Trônes du Germain , de l'Espagnol , de l'Italien et de tout autre peuple. Ne vous y trompez pas, ses Penlarques , sans doute, s'efi'orcerit de plier ses projets et ses complots à leur ambition ; mais ses mystères nous l'ont assez appris ; ce n'est pas pour mettre d'Orléans, ou Barras , ou Revvbel sur le Trône, qu'elle vote la mort de Louis XVI. Elle se sert de ses tyrans pour abattre les Rois ; mais elle se réserve d'abattre ses tyrans , quand enfin elle aura brisé par eux tous les liens de {n société. Non , ce n'est pas un nouvel empire qu'elle veut établir ; c'est à la nullité même de tout empire , de tout ordre , de tout rang, de toute distinction , de toute propriété , de tout lien social , qu'elle veut arriver. (>'est là le dernier terme des mystères de son égalité et de sa liberté; c'est là ce règne d'anarchie €t d'absolue indépendance , proclamé dans ses an-

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très, sous le nom de règne patriarcal , règne de la raison et de la nature.

Souverains et Ministres , vous tous sur qui reposent les intérêts des Citoyens ! savez-vous pourquoi nous insistons sur cette haine dominante , gratuite , générale, seul principe ultérieur de toute cette guerre ? C'est qu'elle vous apprend à n'opposer vous-mêmes à la secte qu'une guerre toute d'amour , de zèle et d'ardeur pour le maintien universel de l'ordre social. C'est qu'il faut ici plusque^ jamais vous résoudre à mettre de côté tout ce qui n'est qu'intérêt personnel , tout ce qui vous feroit oublier l'intérêt général de la société. C'est que , dussent pour un instant les intérêts de la secte se combiner avec les vôtres , il n'en faudra pas moins suspendre ici tous ces ressentimens mutuels de puissances , ou même de nations jadis émules, jalouses et trop long-temps ennemies les unes des autres ; c'est que malheur à vous , politique imprudent , si vous croyez un seul instant pouvoir faire servir la secte, ou ses principes, ou ses bras à vos propres vengeances, à vos vues personnelles, sans que les services que vous en attendez se tournent contre vous !

Je ne suis point de ceux qui , dans les premiers mouvemens de la Révolution Française, ont cru voir les ressorts de cette absurde et funeste politique s'unissant aux Jacobins, sinon pour écraser, du moins pour afï'oiblir une puissance antique , dont la gloire fatiguoit celles mêmes qui partagèrent le plus tout son éclat. Je sais ce que la secte sulTisoità faire d'elle-même, quand elle est sortie de ses antres. Mais qu'elle ne soit point perdue pour l'histoire, qu'elle soit toujours présente aux Souverains , la leçon terrible que leur donna cet homme regardé si long-temps comme le grand politique du siècle. La secte s'annonçoit en Amérique,

444 Conspiration des Sophistes avec les premiers éle'mens de son code d égalité , de liberté et de peuple souverain ; par des combinaisons désastreuses , Lafayette , d'Estaing , Hochambeau, volèrent aider ce peuple souverain à secouer le joug de la mère pairie. Je n'entre point ici dans la discussion des droits, des prétentions , entre Philadelphie et Londres; mais qu'il sorie aujourd'hui du tombeau, ce Vergennes, faiseur en Amérique et fauteur en Hollande, des révohilions da peuple égal et libre ; et qu'il voie ce que la secte a fait du Trône qu'il prétendit venger par elle, en abaissant une Puissance émule. Qu'il se joigne à Vergennes , ce Mercy d'Argenteau , Ministre de Joseph II, et qu'il voie à quoi ont abouti les services de cette populace souveraine qu'il se préparoit à convoquer dans le Brabant , les services des prétendus amis du salut public, c'est-àdire , de ces émissaires de la secte déjà régnante dans Paris , de ces Jacobins qu'il accueil! oit et qu'il favorisait , pour arriver à l'oppression par l'anarchie. ( Lett. sur les affaires des Pays-Bas Autrichiens, lett. 2 , p. 3i.) Non , la secte qui jure de briser tous les sceptres , n'est pas faite pour étayer le vôtre ou le venger. Loin donc toute alliance , toute union de ses principes , de ses moyens avec les vôtres ! Elle ne perdra pas de vue l'essence même de ses projets ; elle ne semblera s'ouvrir à vous , en abattant ce Trône que vous jalousez , que pour vous trouver seul , quand elle se tournera contre vous.

C'est peu de renoncer aux désastreux services d^in moment ; quand l'ennemi commun de la société se montre , il faut que tous les chefs de la société ne voient plus que l'ennemi commun à repousser. Tout ce que vous ferez contre lui, vous l'aurez fait pour vous, pour votre peuple , ou pour cette partie de la société et des Empires dont vous éies le chef. Loin donc ici encore ces calculs de

DE l'Impiété et de l'Anarchie. 445 tout ce qu'il pourra vous en coûter de sacrifices et d'elForts , ou de ce qui pourra vous en dédommager ! Quand vous voyez brûler ce toit voisin de vos palais, est-ce assez de ne pas ajouter à l'incendie ? ou bien commencez-vous par demander quelle sera la récompense des soins que vous donnerez à éteindre les flammes ? Plus follement avide , perdrez-vous à piller cette maison en feu , un temps que l'incendie gagne pour embraser la vôtre ? Sauvez tous les Empires, vous sauverez le vôtre. Tous ceux que vous laissez au Jacobin le temps d'abattre , sont autant d'obstacles qu'il écarte pour arriver à vous. Tous les foudres qu'il sait tirer de leurs ruines, et toutes ces nouvelles légions dont il se fortifie, assureront-elles vos dédommagemens ? ou bien à force de bassesses , de tempéramens et de complaisances , attendrez-vous des exceptions ? et vous flatterez-vous de trouver toujours neutre le Pentarque qui aura fait semblant de n'en pas exiger davantage de vous ? Ou même encore , dans la désertion de la cause commune , vous reposerez-vous sur des traités de paix , sur des traités même d'une alliance otiènsive oudéfensive? O pudeur ! ô oubli de la cause commune! ô honte! ô lâcheté ! Non , non, vous n^auriez pas pensé à ces traités , si vous aviez connu la secte qui vous les proposoit. Vous les avez signés ! Vous n'êtes pas en paix , et vous n'êtes pas neutre à son égard ; vous êtes son esclave. Vous avez fait de votre sceptre ce qu'elle a impérieusement voulu que vous en fissiez, en attendant qu'elle le brise. Vous êtes resté neutre ! c'est-à-dire , vous n'avez pas osé résister au Jacobin , qui n'attend, pour vous faire sentir tout le poids de vos fers , ou pour vous inir moler, que d'avoir triomphé de ceux quipouvoient vous défendre ou venger votre mort. Vous avez fait la paix avec cet ennemi commun de la société ! C'est-à-dire, que vous avez juré de laisser égorger

446 Conspiration des Sophistes

la société entière, renverser tous les Trônes, broyer toutes les Puissances, sans opposer la moindre résistance. Vous avez fait des traités d'alliance î' c'est-à-dire , que vous avez juré d'aîder les destructeurs , les dévastateurs à détruire et à dévaster. Vous sentez , comme nous, la honte, la bassesse , l'opprobre de la neutralité , de la paix et de tous ces traités ; mais il est une force majeure... Eh bien , dites-le donc que vous êtes vaincu ; que vous êtes déjà esclave de la secte , et nous vous répondrons : ne faut-il donc jamais savoir mourir, plutôt que de subir le joug ? Est-il sal^vé , ce Trône , sur lequel la secte ne vous laisse que pour régner par vous ? Est-il sauvé , ce peuple , quand il faut que ses bras servent jusqu'aux forfaits des Jacobins? Est-il sauvé l'esclave enchaîné sur le banc des galères, et dont les bras ne peuvent qu'agiter des rames pour le service du pirate? Ah ! s'il vous reste encore quelque force et quelque liberté, levez-vous , et combattez encore les combats de la société. Si cette vaine image de puissance que la secte vous laisse peut encore vous séduire, écoutez donc la secte même , par la bouche de Jean de Bry, et au milieu de ses législateurs , sollicitant la légion régicide , le décret qui devoit envoyer douze cents assassins tuer , non pas un Roi, mais tous les Rois ! Ne vous ont-ils pas dit assez clairement ce qu'ils veulent de vous , de votre peuple , ces législateurs mêmes , lorsqu'ils ont déclaré Jraternîser avec tout peuple qui voudra secouer le joug de ses lois , de son chef, de ses magistrats? (Décret du 9 noi^. 1 792. ) Quoi! voua croiriez encore qu'il est un Roi exempt de la proscription ? et vous voyez la secte célébrer tous les ans la fête des bourreaux de leur Roi , et vous les entendez décréter , répéter dans leurs fêtes , en présence de ces Ambassadeurs de Rois neutres ou de Rois alliés , le plus solennel de leurs sermens ,

DE l'Impiété et de l'Anarchie. 447 le serment de luiine à la Royauté ! Vous voyez leurs adeptes, jiisques dans vos cimuesà'enseignementpubUc, annoncer qu'encore quelques années, et les derniers mystères de la secte seront remplis; il n'y aura plus ni Roi , ni mai^istrat , ni nation , ni patrie , ni société gouvernée par des lois ; et vous hésiterez à oublier toutes vos jalousies, toutes vos dissensions personnelles ; à mettre de côté toutes ces réserves , toutes ces prétentions, toutes ces méfiances, et ces altercations, et ces inimitiés de Roi à Roi , de peuple à peuple , de puissance à puissance , quand il s'agit de sauver , non pas voire puissance, mais toutes les puissances , non pas votre peuple , mais tout peuple vivant en société, ou sous des Rois , ou sous des lois quelconques !

Il en est encore temps, les nations sont encore plus puissantes que la secte ; que toutes les nations, que tous leurs Rois et leurs Sénats; que tous leurs citoyens s'unissent ; que pas un seul homme vivant en société , ne regarde comme étrangère à sa personne cette guerre d'une secte qui a juré la ruine de toute société. Que le Jacobin ne soit pas le seul à connoîtreles ressources de l'enthousiasme. Celui de la patrie, celui de ses Autels, celui de ses lois, celui de vos fortunes , de vos enfans, de vos villes, de vos maisons, celui enfin de l'ordre social à conserver, seront-ils donc ou moins actifs , ou moins puissans ? Vous inspireront-ils moins de courage , et vous résoudront-ils à moins de sacrifices que l'enthousiasme du délire ? et sera-l-il dit que les brigands seront toujours les seuls à connoître le prix de l'union et du concert des forces ? Par-tout ils ne sont qu'un; ils n'ont qu'un même objet ; ils ne servent qu'une seule et même cause. Ils sont frères par-tout, par cela seul qu'ils voient par-tout l'ordre social à renverser. Chefs des nations, soyez frères comme eux, par cela seul qu'il est pour vous tous un intérêt commun à

448 Conspiration des Sophistes

conserver cet ordre social. Voilà ce que j'appelle une guerre de zèle pour la société , une guerre toute dirigée contre la secte même, et la seule qui puisse lui ôter ces ressources, que ne lui ont peutêtre déjà que trop fournies des politiques accoutumés aux guerres de vengeance , de jalousie et d'ambition , peu habitués aux sacrifices que prescrivent les guerres d'un intérêt couuiiun et général. . Lorsque j'invite ainsi toutes les Puissances , toutes les Nations à ne faire , en quelque sorte , qu'une seule Puissance , qu'une seule Nation , à n'avoir toutes qu'un même zèle et qu'une même ardeur dans les combats contre la secte , me demandez-vous, lecteur, ce que devient celle guerre toute d'humanité , de conservation, que je voulois voir opposée à cette guerre de fureur , de destruclion , de rage qu'elle fait elle-même à la société ? Sans doute, répondrai-je , sans doute, il m'en coûte de sonner en quelque sorte , moi-même le tocsin qui appelle toutes vos légions au champ de Mars ; mais lorsqu'enfin toutes celles de la secte se nourrissent de sang el de carnage ; lorsqu'il est des cent mille et des cent mille citoyens que leur tranquillité, leur aversion même pour toute résistance, n'empêcha pas d'êlre viciimes ; lorsque des femmes, des vieillards, des enfans ont été égorgés .nouvellement encore dans les montagnes de la Suisse , comme dans les plaines de la Vendée et dans toute la France; lorsque par-tout où la secte peut faire arriver ses armées de brigands , il faut ou ployer le genou devant l'idole, ou tomber sous les piques, quel est ici le véritable ami de l'humanité ? Celui-là pense-t-il à conserver la société , qui laisse les armées de la secte se promener successivement du BrabantenHfdlande, de la Savoie en Suisse, du Piémont au Milanais , à Rome , et par-tout renverser l'ordre social , parce que partout elles ixe trouvent qu'une résistance foible et

isolée ?

DK l'Impiété et de l'Anarchie. 4i^

isolée ? Le véritable ami de rhumariité , est-cd donc celui qui laisse le fléau s'étendre et ravager l'Europe, ou bien celui qui vous presse d'en étouf-» fer le germe ? La main conservatrice de vos jours ^ est-elle celle qui, craignant de toucher à la plaie, la laisse mûrir des semences de la mort ; ou bien celle qui , appliquant le fer et le feu , tranche le membre gangrené pour conserver le corps ? Oh I si vos conseillers d'une "cruelle huminité avoient vu qu'une secte , dont l'empire est tout dans la terreur , dont les moyens sont tous ceux des brigands assassins , ne doit pas être domptée par de perfides complaisances ; combien ils eussent épargné d'horreurs et de fleuves de sang î Combien cette terreur a donné à la secte de citoyens et de soldats , qui eussent mieux aimé servir contre elle que pour elle ! Et combien encore qui, malgré la terreur , se fussent joints à vous, s'ils avoient cm vous voir armés uniquement contre elle , non pouf" votre propre ambition ! Je ne suis point entré dans les conseils des Puissances ; j'aime à croire l'erreur de mes compatriotes mal fondée; et peutêtre faut-il la rejeter sur la secte même , qui en tire un parti si désastreux ; mais combien de soldats elle a su se donner , dont le courage eût été tout pour vous , si vous étiez venu à bout de les convaincre que votre cause étoit uniquement celle de leur Roi, de leurs lois et de leur religion; s'ils ne s'étoient pas crus entre deux ennemis , et obligés de repousser celui qui venoit , non pas pour les défendre, mais pour profiter de leurs dissensions, pour se faire une proie de leur patrie, ou pour leur ménagerie sort que la Pologne et Venise ont subi ! Qu'il soit au moins ôté aux Jacobins ce vain prétexte; que tout peuple opprimé apprenne de vos déclarations franches et soutenues paf les faits , à ne plus voir dans vous que de vrais- Tome ly, F f

4So Conspiration Des Sophistes libérateurs; et dans vos légions, que des hommes armés par le vœu seul de rétablir l'ordre social.

Mais que fais -je, et qu'allois-je promettre? Verrois-je donc le sort de ma patrie , le destin des Empires, dépendre tout entier de la force de nos armées? Ali ! il est une guerre que la secte nous fait plus terrible que celle de ses brigands. Les succès de son impiété , la corruption des moeurs^ l'apostasie d'un siècle se disant celui de la philosophie, voilà ses véritables armes et lagrande source de nos désastres. Vous que ces vérités effraient , parce qu'elles vous touchent de plus près, remontez aux causes de vos malheurs , et apprenez à les retrouver toutes dans cette apostasie. Avec tout le génie des démons , un désastreux sophiste s'écria : je ne servirai point , ma raison sera libre. Le Dieu de la Révélation me poursuivra , je poursuivrai le Dieu de la Révélation. Je me ferai contre lui une école ; j'aurai mes adeptes conjurés avec moi , et je leur crierai : Ecrasez Vinfâme , écrasez Jésus-Christ. — Cette école s'est établie sur la terre ; des Rois , des Grands du monde ont applaudi à ses leçons ; ils les ont savourées parce qu'ils y irouvoient la liberté de toutes leurs passions. Voilà le premier pas de la Révolution. Ne m'importunez plus de vos inutiles réclamations ; relisez les fastes de l'impie que vous avez idolâtré; c'est là que sont nos preuves. Princes , riches , seigneurs , chevaliers , voilà le crime , non pas de chacun de vous , mais d'un nombre si grand parmi vous , que je peux en quelque sorte l'appeler le crime de votre caste. Les prêtres de ce Dieu que vous aviez al>andonnc , vous avertirent qu'il etoit des fléaux réservés aux apostats ; que votre exemple seroit funef.le au peuple comme à vous. Souvenezvous comment furent reçues ces menaces; mais reprenez les fastes de l'école que vous nous

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apposiez. Le Ciel , dans sa colère , laissa les élèves des sophistes se multiplier comme les sauterelles. Ils se crurent aussi les Dieux de la raison ; ils dirent aussi : nous ne servirons pas; mais c'est en jetant les yeux sur vous , qu'ils ajoutèrent : l'oppression et la tyrannie ont mis sur le Trône des hommes comme nous ; le hasard de la naissance a fait des Nobles et des Grands, qui valent moins que nous. Ils le dirent, et ce que la liberté des passions vous faisoit faire contre Jésus-Ciirist, l'orgueil de leur égalité le fit contre vous. Ils conspirèrent contre le Trône et contre les Grands ou les Nobles qui l'entouroient. — Frappés d'a-f veuglcment, vous accueillîtes cette nuée de Sophistes comme vous aviez accueilli leur maître. — Les Prêtres du Seigneur vous avertirent encore que toute cette école d'impiété , avec la ruine de de l'Eglise , entraîneroit la vôtre , celle des Lois , des Magistrais, des Princes et des Rois. La raison elle-même vous parloit hautement comme vos Prêtres ; mais vous aviez fermé l'oreille à la révélation ; vous refusâtes d'écouter la raison.

.Le Dieu que votre apostasie irritoit chaque jour , laissa cette nuée de Sophistes s'enfoncer dans l'abîme des Loges ; et là sous le voile des jeux maçonniques , les arrière -adeptes réunirent Jeur conspiration contre l'Autel, contre le Trône, contre toute grandeur , à celles de ces sages dont TOUS étiez les dupes. Les adeptes se multiplièrent autant que les Sophistes. Sous les auspices d'un nouveau sage , ajoutant l'impiété à l'impiété , le blasphème au blasphème , se forma , sous le nom d'illuminés , une nouvelle secte , méditant , comme le héros de votre apostasie d'écraser Jésus- Christ ; et comme les élèves de ce héros , jurant de vous écraser vous-mêmes; et comme toutes les sectes des brigands , d'écraser tout empire des lois. — C'étoit à ses complots que se réduisoiea

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'^5 3 Conspiration des Sophistes

tous les fruits de la philosophie que vous vous obstiniez à regarder comme la vraie sagesse. Pour vous désabuser en lin de cette idole, et bien moins encore pour se venger que pour vous rappeler à la Foi, aux vertus de son Evangile, savezvous ce qu'a fait votre Dieu ? il a fait taire ces Prophètes eux-mêmes et les Docteurs de sa loi. Il leur a dit : « Laissez-là ces leçons que vous » opposez au délire des impies. C'est à moi qu'ils l> opposent leur raison ; c'est mon fils qu'ils ont » fait serment d'écraser. Ils veulent être seuls à » régner sur ce peuple. Ils ont pris sur eux » seuls le soin de le conduire au vrai bonheur ; » je les laisserai faire ; j'abandonne ce peuple à » leur sagesse. Sortez du milieu d'eux , vous tous , » mes Prêtres et mes Pontifes ; emportez avec » vous l'Evangile de mon fils ; laissez les sage» » abattre ses Autels; laissez-les au milieu de ses » Temples élever des trophées au héros qui » voulut l'écraser , et que ce peuple marche » guidé par la lumière seule de leur raison. » Sortez , retirez-vous ; mon Fils et moi , nous » livrons et ces Grands , et ce peuple , à leurs » sages. Qu^ils soient conduits par eux, puisqu'ils » ne veulent plus de moi et de mon Fils. »>

Français , ainsi a dit le Dieu de vos pères. Oh ! qu'il sait bien confondre la prudence des prudens , la sagesse des sages ! Parcourez à présent ce vaste empire qu'il a livré à votre prétendue philosophie. Ses Prêtres n'y sont plus , ses Autels sont abattus , son Evangile a disparu. Calculez à présent les forfaits et les désastres. Promenezvous sur ces ruines ; voyez et ces débris et ses décombres. Demandez à ce peuple ce que sont devenus ces millions de citoyens qui peuploient ses campagnes et ses villes ? Dites-lui : quelle inondation de Barbares est venue les désoler ? Qu'est devenue cette ville si Cère de sa grandeur

DE LlJI»lÉW'i|r55iEVÂNÂRCHîï. 45S et de la pompe de ses jpalais ? que sont - elles devenues ces autres villes, les émules de T}t? Où s'est-il ëcoulé cet or que leurs vaisseaux apportoient chaque année , des rives de l'Aurore et des îles de l'Occident ? Cette joie et ces champs d'allégresse , pourquoi sont-ils changés en pleurs et en géraissemens ? Ces fronts , jadis l'image du bonheur , pourquoi sont-ils couverts du sombre voile de la terreur ? Et pourquoi ces soupirs que la crainte d'être entendus étouffe vainement ? Vous tous , peuples naguères si heureux encore sous les lois de vos pères ; aujourd'hui en proie à tous les maux de la Révolution , n'avez-vous pas ses philosophes et tonte la sagesse de ses déistes , de ses athées ou de ses philantropes ? Vous sur-tout , disciples et long-temps zélés prolecteurs de tous ces sages de la Révolution , d'où vient donc que vous êtes aujourd'hui errans et vagabonds , pauvres et désolés sur toute la surface de l'Europe? N'est-elle pas aujourd'hui triomphante dans le centre de son Empire , cette philosophie dont vous aviez fait votre Idole?

Ah! qu'ils sont accablans , ces sarcasmes d'un Dieu trop bien vengé ! Malheureuses victimes de votre confiance à tant de faux sages ! concevez donc enfin qu'il est terrible d'être abandonné à J'empire de leur impiété. Avouez qu'elle a été bien désastreuse votre crédulité , votre confiance à ce* héros sophistes. Ils vous avoient promis une révolution de sagesse , de lumières , de vertus, et ils vous ont donné une révolution de délire , d'extravagance et de scélératesse. Ils vous avoient prorais une révolution de bonheur , d'égalité , de liberté, de l'âge d'or, et ils vous ont donné une l'évolution, à elle seule , le plus épouvantable des fléaux qu'un Dieu , justement irrité par l'orgueil et par l'impiété des hommes, ait jamais versé sur la terre; et voilà le terme de toute cette impiété

4^4 GONSPIRATION 'f)E^ SOPHISTES , etc.

qu'il vous plut d'appeler philosophie. Encore nna fois , il ne s'agit plus de contester sur la cause primordiale de nos malheurs ; elle est trop évidente. Et Voltaire et Jean-Jacques sont les héros de la Révolution , comme ils furent les héros de votre philosophisme. Il s'agit de mettre un terme à votre illusion , si vous ne voulez pas que le fléau continue , ou bien être sans cesse exposés au danger de le voir renaître. Il faut que la révolution soit la mort de cette philosophie d'impiété, si vous voulez qu'il s'apaise , ce Dieu qui n'envoya la révolution que pour venger son Fils. Ce n'est pas en persistant dans l'outrage , en laissant dans votre cœur la première cause de vos désastres , que vous en trouverez la lin. Le grand crime du Jacobin , c'est son impiété ; mais sa grande ressource , c'est la foiblesse , hélas ! peutêtre la nullité de votre foi. Il a l'Enfer pour lui, tant qu'il combat contre Jésus-Christ; vous n'aurez pas les Cieux pour vous , tant que vos mœurs ou votre incrédulité vous tiendront , conmie lui , ennemis de Jésus-Christ. Par votre impiété vous êtes frères du Jacobin , vous êtes Jacobins de la révolution contre l'Autel ; ce n'est pas en persistant comme lui dans cette haine de l'Autel , que vous apaiserez le Dieu qui venge cet Autel par la révolution des Trônes , et par la perte de vos propriétés , de vos rangs , et de vos dignités.

Telle est la dernière, telle est la plus importante des leçons que nous donnent ces fléaux progressifs, comme les complots même des Sophistes de l'impiété , des Sophistes de la rébellion , des Sophistes de l'anarchie. Puissé-je l'avoir profondément inculquée dans l'esprit de mes lecteurs ! Puisse-t-elle sur-tout disposer les voies au retour de la Religion , des lois et du bonheur dans ma patrie ! Et le Dieu qui soutint mes travaux , ne les aura pas laissés sans récompense.

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