CONCLUSION
(juELLE triste et pénible carrière j'ai enfin terminée ! Au milieu de ces antres , où se creusoit dans le silence des ténèbres le tombeau des Autels cl des Trônes , dans ces clubs souterrains , où se sapoient les fondemens de toute religion et de toute société , combien de fois l'âme oppressée , le cœur serré , et tous les sens glacés d'horreur, j'ai senti ma constance prête à m'abandonner ! Indigné de la trame que je voyois s'ourdir, de cette chaîne immense de forfaits que je voyois.se méditer encore , combien de fois je me suis dit à moimême : laisse-là ces vils et monstrueux conjurés ; laisse-les dans l'abîme de leurs complots. Peutêlre vaut-il mieux encore devenir leur victime , que souiller ta pensée de tant d'impiétés , de tant de noirceur , de tant de scélératesse , et apprendre à la postérité que ton siècle en a été coupable. — Mais dans ce siècle , il est encore des hommes à sauver ; il est encore des Nations qui n'ont pas subi le joug des Jacobins ; pour se résoudre enfin à le secouer , peut-être seroit-il utile à tes compatriotes de savoir quelle suite de noirs complots et d'artifices le leur ont fait subir ; peut-être la postérité aura-t-elle besoin de savoir ce que fut de nos jours la secte désastreuse , pour empêcher lei fléau de renaître. Cet espoir seul a triomphé dans moi d'une répugnance si naturelle à l'écrivain honnête. Seul il a soutenu mon ame révoltée d'un travail qui tenoit sans cesse devant mes yeux l'image «dieuse de tant de conjurés , et les preuves trop
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4^0 Conspiration des Sophistes palpables des forfaits , des désastres qu'ils prëpareiit encore à l'univers.
Me serois-je trompe dans cet espoir ? Ah ! s'il en est ainsi , qu'elles soient donc déchirées toutes ces feuilles que j'ai consacrées à tirer des ténèbres la trame qui s'ourdit contre vous ! Rois, Pontifes, Magistrats, Princes et citoyens de tous les ordres , s'il est vrai que désormais nous cherchons vainement à dissiper l'illusion fatale; s'il est vrai que déjà l'air empesté des Jacobins , engourdissant et votre ame et vos sens , vous ait plongés dans un assoupissement léthargique ; s'il est vrai que déjà la torpeur de la paresse vous rende insensibles à vos dangers, à ceux de vos enfans, de votre patrie , de votre religion et de toutes vos lois ; si déjà vous n'êtes plus capables du moindre effort , du moindre sacrifice à faire pour le salut de la chose publique et le vôtre ; s'il n'est plus dans le monde que de ces âmes lâches , toutes disposées à subir le joug de la secte , vivez, soyez esclaves des Jacobins. Soyez-les des principes de leurs adeptes , et que votre fortune soit la proie de leurs brigands; que vos Temples , vos Trônes , vos Gouvernemens , que ces palais et ces maisons qui vous servent d'asile , s'écroulent sous leurs haches. Déchirez, avec ces feuilles, le présage de ces désastres : attendez dans la joie , la mollesse, les festins et le 5ommeiI , que l'heure des révolutions sonne pour vous. Les Jacobins prennent sur eux le soin de la hâter. L'oracle qui l'annonce ne seroit qu'un supplice précoce et inutile. Fermez l'oreille au bruit tîes chaînes qui se forgent pour vous. Gardez-vous d'approcher Taugure de vos malheurs , et cherchez des prophètes qui vous disent des choses agréables.
Mais s'il est encore de ces hommes qui n'aient besoin qi^e de connoître l'ennemi des Autels et de
LE l'Impiété et de l'Anarchie, 42 r; la patrie , pour montrer le courage de la vertu et les ressources d'une ame vigoureuse , c'est pour ceux-là que j'ai écrit. C'est à ceux-là que je viens dire . malgré tous les complots des Jacobins et tous les artifices de leur secte, malgré toute cette puissance qu'ils ont déjà acquise , le monde n'est pas encore à eux. 11 est encore possible d'écraser cette secte, qui jure d'écraser votre Dieu , votre patrie, vos familles et tout l'édifice de vos sociétés. 11 est encore pour vous et pour la patrie des moyens de salut. — Mais dans la guerre que la secte vous fait , ainsi que dans toute autre guerre , tout ce salut dépend d'abord de la conviction de vos dangers , de la vraie connoissance de l'ennemi , de ses projets et de ses moyens. Ce n'est pas sans raison que j'ai accumulé les preuves de l'évidence,, pour vous montrer dans le Jacobinisme la coalition des Sophistes de V impiété , jurant de renverser tous les Autels du Dieu de l'Evangile; des Sophistes de la rébellion^ jurant de renverser tous les Trônes des Rois ; des Sophistes de l'anarchie , au serment de détruire les Autels du Christianisme , ajoutant celui de renverser toute Religion quelconque ; au serment de renverser tous les Trônes des Rois , ajoutant celui d'anéantir tout Gouvernement quelconque, toute propriété , toute société gouvernée par des lois. Je savois qu'on néglige tout moyen de salut , tant qu'on croit les dangers imaginaires. Si mes démonstrations vous laissent encore sans conviction , et résistant à l'évidence même sur la réalité des complots de la secte , j'ai perdu tout le fruit de mon zèle ; il ne me restd plus qu'à gémir sur votre aveuglement. Vous, voilà dans la situation oij. la secte désire vous trouver. Moins vous croirez à ses projets , plus elle est sûre de les exécuter. J'insiste donc encore ;
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pardonnez à des instances qui ont pour tout objet votre salut et celui de la chose publique.
Permettez-nous de supposer que l'on vienne vous apprendre qu'il est autour de vous des hommes qui se cachent sous le voile de l'amitié , qui n'attendent que l'heure favorable au projet formé depuis long-temps , de s'emparer de votre or et de vos champs, d'incendier votre demeure, peut-élre d'attenter à votre vie , à celle de vos proches , de votre épouse ou de vos enfans : supposez que l'on vous a donné de ce complot formé contre vous , la millième partie des démonstrations que j'ai fournies des complots formés contre l'Etat , contre tous les Etats sans exception , perdrez-vous en vains raisonnemens , en doutes superflus sur la réalité de vos dangers , un temps que les perfides emploîront à hâter votre perte ? ou faudra-t-il encore recourir à des exhortations pour vous presser de vous défendre ? Eh bien ! ce que je veux ici , c'est que vous sachiez bien , princes , riches et pauvres , nobles , bourgeois, marchands et citoyens de toutes lès classes , c'est que toutes ces conspirations des adçptes Sophistes , des adeptes Franc-Maçons , des adeptes Illuminés , soîit des conspirations contre vous , contre vos trésors, vos comptoirs , vos familles, vos personnes. C'est que votre patrie , livrée à l'incendie révolutionnaire , ce palais ou bien celte maison que vous habitez , ne sont pas marqués pour échapper aux flammes , c'est que votre fortune, tout comme le trésor de l'Etat , est la proie destinée aux brigands ou bien aux réquisitions de leurs Pentarques; c'est que le caractère spécial d'une révolution faite par des sectaires , n'est pas que ses dangers diminuent en devenant communs ; c'est qu'elle fait pleuvoir la terreur, l'indigence, l'esclavage sur chacun comme sur tous.
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Dans toute l'étendue des régions où la secte a pu se montrer souveraine , en France et en Hollande , en Brabant , en Savoie , en Suisse et en Italie , cherchez en effet un seul homme riche qui ait conservé sa fortune intacte ; un seul pauvre qui n'ait pas à craindre la réquisition de ses bras , de son industrie ou de ses enfans ; une seule famille qui n'ait pas à pleurer sur la ruine ou bien sur la mort de quelqu'un de ses membres ; un seul citoyen qui puisse s'endormir dans la confiance qu'il se réveillera plus certain de sa fortune, de sa liberté, de sa vie , que ceux qu'il aura vus la veille, ou dépouillés , ou traînés dans les fers , ou expirant sur î'échafaud ; vous n'en trouverez pas. Cessez donc de vous flatter vous-mêmes. Le danger est certain , il est continuel , il est terrible ; il vous menace tous sans exception.
Gardez-vous cependant de céder à cette espèce de terreur , qui n'est en elle-même que lâcheté et découragement ; car , avec la certitude des dangers, je n'en dirai pas moins : veuillez être sauvés, vous le serez. Je le dirai au nom des Jacobins euxmêmes. Ils l'ont assez souvent répété pour nous l'apprendre : on ne triomphe pas d'une Nation qui veut bien se défendre. Sachez vouloir comme eux , et vous n'aurez plus rien à craindre d'eux. Pour le vrai Jacobin , il n'est point de ces velléités que les premiers obstacles fout disparoître. Il n'est dans les mystères de la secte qu'une volonté ferme , générale , constante , inébranlable *, celle d'arriver malgré tous les obstacles, à l'exécution de ses derniers projets. Le serment, et le seul de ses sermens irrévocables , celui de changer la face de l'univers , de le soumettre tout entier à ses systèmes , voilà le vrai principe de ses ressources, de tout ce zèle dont elle anime ses adeptes , de tous les sacrifices qu'elle sait en obtenir; de tout l'enthousiasme
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qu'elle inspire à ses guerriers ; de toutes les fureurs , de toute la rage qu'elle souffle à ses brigands. C'est par là qu'elle est secte ; c'est par là qu'elle est forte ; c'est par là qu'elle tend , qu'elle dirige sans cesse ses adeptes , ses légions, ses clubs , ses loges et ses sénats au même but. Mais c'est par là aussi qu'elle vous donne la leçon, la plus essentielle à prendre dans la nature même de ses complots. C'est par là qu'elle nous autorise à vous dire : toute cette révolution Française n'est pas autre chose que le fruit des sermens que la secte inspire à ses adeptes , c'est-à-dire , de cette volonté , de cette résolution ferme , constante , inébranlable , de renverser par-tout l'Autel, le Trône et la société. C'est parce qu'elle sait voidoir, qu'elle triomphe ; donc ^ pour triompher d'elle , il faut savoir lui opposer en faveur de l'Autel , du Trône et de la société , cette résolution et cette volonté , tout aussi fortement prononcée , aussi peu accessible aux compositions et au relâchement , quele vœu de ses adeptes. Qu'il ne soit donc plus dit que les Jacobins seuls savent vouloir, seuls suivre leur objet. Connoître tous les maux dont la Révolution vous menace , et vouloir franchement , réellement et fortement vous y soustraire , ne vous dispense pas sans doute des moyens à étudier, des efforts , des sacrifices à faire pour vous en délivrer ; mais n'imaginez pas aussi que nous insistions vainement sur la franchise et la sincérité de cette volonté. Il en est de la Révolution Française comme il en est des vices et des passions. On sait en général qu'il est des dangers et des malheurs attachés à leur suite ; on voudroit s'en défendre ; on le veut foiblement , lâchement ; les passions et les viCes triomphent , et on subit le joug. Suis-je venu à bout au contraire de vous inspirer le courage des résolutions ? Puis-je compter que tout ce qui vous
DE l'IivIPIÉTÉ et de L'ANARCmE. 4^-5 manque est de connoître les vrais moyens de triompher de la secte ? Je vous le dis avec confiance ; la secte est écrasée , et tous les désastres de la Révolution disparoissent. — Lecteur humain , que pourroient révolter ces paroles ; la secte est écrasée ; souvenez-vous qu'en vous disant : il faut que la secte des Jacobins soit écrasée , ou bien que la société toute entière périsse , j'ai eu soin d'ajouter : écraser une secte n est pas imiter ses Jiireurs et Vhomicide enthousiasme dont elle anim,e ses élèves* Souvenez-vous qu'ea vous disant : la secte est monstrueuse, je me suis hâté d'ajouter : mais ses disciples ne sont pas tous des monstres. Oui , anéantissez le Jacobin , mais laissez piçre Vhomme. La secte est toute entière dans ses opinions ; elle n existe plus , elle est doublement écrasée , quand ses disciples l'abandonnent pour se rendre aux principes de la société, C'étoit pour arriver aux moyens d'arracher au Jacobinisme ses victimes et pour les rendre à la société, non pour les immoler, que j'ai consacré tant de soins à vous faire connoître les projets et la marche de la secte ; et ce sont ces moyens conservateurs que je m'applaudis enfin de voir former le résultat de ces Mémoires. Voyez combien les armes que je viens lui opposer , diffèrent de celles qu'elle met entre les mains de ses disciples.
LesJacobins font à l'esprit despeuples une guerre secrète d'illusion , d'erreur et de ténèbres; je veux que vous leur opposiez une guerre de sagesse , de vérité et de lumière.
Les Jacobins font aux Princes , aux Gouvernemens des peuples , une guerre de haine pour le» lois et la société , une guerre de rage et de des-truction ; je veux que vous leur opposiez une guerre de société , d'humanité et de conservation*
LesJacobins font aux Autels , à la Religion deg
426 Conspiration des Sophistes peuples , une guerre d'impiété et de corruption ; je veux que vous leur opposiez une guerre de mœurs , de vertus , de conversion ; et je m'explique.
J'entends ici par guerre d'illusion, d'erreur, de ténèbres , celle que fait la secte par les productions de ses sophistes , par les pièges de ses émissaires , par les mystères de ses clubs , de ses loges, de ses sociétés secrètes. Il n'est plus temps ici de le contester, nous l'avons démontré jusqu'à satiété: ce sont là les grands moyens préparatoires des triomphes révolutionnaires. C'est par là que le Jacobinisme vient à bout d'insinuer ses principes d'ime égalité et d'une liberté désorganisatrices , d'une souveraineté toujours chimérique, mais toujours flatteuse pour l'orgueil de la multitude, toujours mise en avant par les Tribuns qui la maîtrisent. C'est à force de mettre sous les yeux de cette multitude tous les sophismes de leurs vains Droits de t homme ; c'est par les déclamations exagérées contre les lois actuelles , par les descriptions du prétendu bonheur qu'ils nous préparent , par les essais au moins qu'ils nous proposent , que les émissaires du Jacobinisme s'assurent sur le peuple l'empire de cette opinion, qui leur ouvre les portes de vos villes , bien plus sûrement que leurs foudres n'abattent vos remparts. — De ces faits désormais incontestables , je conclus : s'il est dans vos conseils de prévenir les désastres de nos révolutions , commencez par ôter à la secte tous ces moyens d'illusion. Ecartez loin du peuple toutes ces productions incendiaires ; et quand je dis du du peuple , je dis de toutes les classes de la société ; car je n'en connois point d'inaccessibles à l'illusion. Je dis même plus spécialement de cette classe que vous avez cru la plus abondante en lumières. Je dis de cette classe de nos Littérateurs sophistes ,
DE l'Impiété et de L'ANARcfriF. 427 de nos Voltaire et de nos d'Alembert, de nos Jean- Jacques et de nos Diderot , de nos Académies et de nos Docteurs de Musées ; car c'est précisément cette classe qui a le mieux prouvé combien l'illusion des sophismes a de pouvoir sur elle. C'est dans celte classe que se trouvent les Minisires ré-' volutionnaires , les Turgot, les Necker; c'est dans cette classe que se trouvent les grands acteurs révolutionnaires 5 les Mirabeau , les Syeyes , Jes
.Laclos , les Condorcet ; et toutes les trompettes révolutionnaires, les Brissot , les Champfort, les Garât, les Mercier, les Gudin , les Lamélherie, les Lalande , les Chénier; et les bourreaux méqie révolutionnaires , les Carrât , les Freron , les Marat. Je dis encore de toute cette classe d'avocats
' si féconds en paroles , si riches en délire ; car c'est dans cette classe que se trouvent les Target , les Camus , les Treillard , les Barrère ; et les tyrans de la Révolution , les Lareveillère-Lépaux , les Rewbel , les Merlin , les Robespierre : car tout tout ce qu'a éprouvé cette classe de sophistes des des Lettres et des Académies , ou du Barreau , c'est que si elle avoit plus de moyens pour donner des couleurs séduisantes aux sophismes de la sédition et de l'impiété, et à tous les principes de la Révolution , elle étoit aussi celle qui s'abreuve le plus facilement, le plus abondamment de ses poisons ; c'est qu'elle étoit tout à la fois la plus empestée et la plus contagieuse, la plus prompte à boire le venin , et la plus dangereuse , la plus ardente à le répandre. Non, je ne ferai point d'exception de classe, il n'en est point qui m'autorise à en faire pour elle , quand je dis au Magistrat public , aux Souverains : voulez-vous éviter les désastres de la Révolution Française ? écartez loin du peuple toutes ces productions , tous ces libelles de l'impiété et de la sédition. Qu'il soit puni en